
Cet adhyāya s’ouvre sur la promesse de Sūta de raconter un itihāsa purificateur centré sur les tīrtha jumeaux Gayatrī et Sarasvatī. Le récit revient d’abord à l’épisode célèbre du roi Parīkṣit : lors d’une chasse, il offense un sage en méditation en déposant un serpent mort sur son épaule. Le fils du sage, Śṛṅgī, prononce alors une malédiction : Parīkṣit mourra dans sept jours par la morsure de Takṣaka. Le roi prend des mesures de protection, tandis que le brāhmaṇa-mantrika Kaśyapa se met en route pour neutraliser le poison. Takṣaka intercepte Kaśyapa, brûle un grand banian pour montrer sa puissance mortelle, et Kaśyapa le défie par ses mantras, rendant vie à l’arbre et à un homme qui s’y trouvait. Mais Takṣaka détourne Kaśyapa par des richesses, et Parīkṣit est finalement tué lorsque Takṣaka, déguisé en ver dans un fruit, le mord. Le propos se déplace ensuite vers la crise morale de Kaśyapa : il est blâmé pour n’avoir pas sauvé une personne empoisonnée alors qu’il en avait la capacité. Il cherche conseil auprès du sage Śākalya, qui énonce une règle de dharma très stricte : refuser sciemment une aide salvatrice par avidité est tenu pour une faute extrême, entraînant de lourdes conséquences sociales et rituelles. Comme voie de réparation, Śākalya l’envoie vers l’océan du Sud, dans la région de Setu, en un lieu associé à Ghaṇḍamādana où se trouvent les deux tīrtha Gayatrī et Sarasvatī. Kaśyapa observe les niyama, se baigne avec saṅkalpa et est purifié sur-le-champ. Les déesses Gayatrī et Sarasvatī se manifestent, se déclarent formes résidentes des tīrtha, accordent des bienfaits et reçoivent l’hymne de Kaśyapa, qui les loue comme incarnation de la vidyā et comme mères du Veda. Le chapitre s’achève sur le phala : se baigner ou écouter ce qui concerne ces tīrtha procure un mérite purificateur.
Verse 1
श्रीसूत उवाच । अथातः संप्रवक्ष्यामि गायत्रीं च सरस्वतीम् । लक्ष्यीकृत्य कथामेकां पवित्रां द्विजसत्तमाः
Śrī Sūta dit : À présent, je vais exposer comme il se doit (la grandeur de) Gāyatrī et de Sarasvatī, ô meilleurs des deux-fois-nés, en me concentrant sur un unique récit sacré.
Verse 2
कश्यपाख्यो द्विजः पूर्वमस्मिंस्तीर्थद्वये शुभे । स्नात्वातिमहतः पापाद्विमुक्तो नरकप्रदात्
Autrefois, un brāhmane nommé Kāśyapa, après s’être baigné dans ces deux tīrthas de bon augure, fut délivré d’un péché très grave, qui l’aurait mené en enfer.
Verse 3
ऋषय ऊचुः । मुने कश्यपनामासावकरोत्किं हि पातकम् । स्नात्वा तीर्थद्वयेप्यत्र यस्मान्मुक्तोऽभवत्क्षणात्
Les sages dirent : Ô muni, quel péché cet homme nommé Kāśyapa a-t-il commis, pour qu’en se baignant ici dans les deux tīrthas il fût délivré sur-le-champ ?
Verse 4
एतन्नः श्रद्दधानानां ब्रूहि सूत कृपाबलात् । त्वद्वचोऽमृततृप्तानां न पिपासापि विद्यते
Dis-le-nous, à nous qui sommes pleins de foi, ô Sūta, par la puissance de ta compassion. Car pour ceux que le nectar de tes paroles a rassasiés, il ne demeure plus aucune soif.
Verse 5
श्रीसूत उवाच । गायत्र्याश्च सरस्वत्या माहात्म्यप्रतिपादकम् । इतिहासं प्रवक्ष्यामि शृण्वतां पापनाशनम्
Śrī Sūta dit : Je vais raconter un ancien récit qui proclame la grandeur de Gāyatrī et de Sarasvatī, récit qui anéantit les péchés de ceux qui l’écoutent.
Verse 6
अभिमन्युसुतो राजा परीक्षिन्नाम नामतः । अध्यास्ते हास्तिनपुरं पालयन्धर्मतो महीम्
Il y avait un roi, fils d’Abhimanyu, nommé Parīkṣit. Depuis Hāstinapura, il gouvernait, protégeant la terre selon le dharma.
Verse 7
स राजा जातु विपिने चचार मृगया रतः । षष्टिवर्षवया भूपः क्षुत्तृष्णापरिपीडितः
Un jour, ce roi erra dans la forêt, passionné de chasse. Le souverain, âgé de soixante ans, était tourmenté par la faim et la soif.
Verse 8
नष्टमेकं स विपिने मार्गयन्मृगमादरात् । ध्यानारूढं मुनिं दृष्ट्वा प्राह तं चीरवाससम्
Cherchant avec ardeur dans la forêt un cerf égaré, il vit un muni plongé dans la méditation, vêtu d’écorces, et il lui adressa la parole.
Verse 9
मया बाणेन विपिने मृगो विद्धोऽधुना मुने । दृष्टः स किं त्वया विद्वन्विद्रुतो भयकातरः
«Ô muni, à l’instant un cerf a été frappé par ma flèche dans la forêt. Ô sage, l’as-tu vu s’enfuir, tremblant de peur ?»
Verse 10
समाधिनिष्ठो मौनित्वान्न किं चिदपि सोऽब्रवीत् । ततो धनुरटन्याऽसौ स्कंधे तस्य महामुनेः
Établi dans le samādhi et observant le vœu de silence, il ne prononça pas un seul mot. Alors cet homme (le roi) posa son arc et son carquois sur l’épaule de ce grand muni.
Verse 11
निधाय मृतसर्पं तु कुपितः स्वपुरं ययौ । मुनेस्तस्य सुतः कश्चिच्छृंगीनाम बभूव वै
Après avoir posé le serpent mort (sur le sage), le roi, courroucé, retourna dans sa propre cité. Ce muni avait en vérité un fils, nommé Śṛṅgī.
Verse 12
सखा तस्य कृशाख्योऽभूच्छृंगिणो द्विजसत्तमाः । सखायं शृङ्गिणं प्राह कृशाख्यः स सखा ततः
Ô meilleur des deux-fois-nés, son ami était un certain Kṛśa. Alors cet ami, Kṛśa, s’adressa à son compagnon Śṛṅgī.
Verse 13
पिता तव मृतं सर्पं स्कंधेन वहतेऽधुना । मा भूद्दर्पस्तव सखे मा कृथास्त्वं मदं वृथा
«Ton père porte à présent sur son épaule un serpent mort. Qu’il n’y ait pas d’orgueil en toi, mon ami ; ne te livre pas en vain à l’arrogance.»
Verse 14
सोऽवदत्कुपितः शृंगी दित्सुश्शापं नृपाय वै । मत्ताते शवसर्पं यो न्यस्तवान्मूढचेतनः
Alors Śṛṅgī, irrité et voulant proférer une malédiction contre le roi, dit : «Cet insensé, l’esprit égaré, qui a déposé un serpent mort sur mon père…»
Verse 15
स सप्तरात्रान्म्रियतां संदष्टस्तक्षकाहिना । शशापैवं मुनिसुतः सौभद्रेयं परीक्षितम्
«Qu’il meure dans l’espace de sept nuits, mordu par le serpent Takṣaka !» Ainsi le fils du sage maudit Parīkṣit, fils de Subhadrā.
Verse 16
शमीकाख्यः पिता तस्य श्रुत्वा शप्तं सुतेन तम् । नृपं प्रोवाच तनयं शृंगिणं मुनिपुंगवः
Son père, le sage nommé Śamīka, ayant appris que le roi avait été maudit par son fils, s’adressa à son enfant Śṛṅgī, taureau parmi les sages.
Verse 17
रक्षकं सर्वलोकानां नृपं किं शप्तवानसि । अराजके वयं लोके स्थास्यामः कथमंजसा
«Pourquoi as-tu maudit le roi, protecteur de tous les mondes ? Dans un monde sans souverain, comment pourrions-nous vivre aisément ?»
Verse 18
क्रोधेन पातकमभून्न त्वया प्राप्यते सुखम् । यः समुत्पादितं कोपं क्षमयैव निरस्यति
«Par la colère, le péché est né ; par cela tu n’atteindras pas le bonheur. Celui qui rejette la colère surgie, par le seul pardon, la surmonte vraiment.»
Verse 19
इह लोके परत्रासावत्यंतं सुखमेधते । क्षमायुक्ता हि पुरुषा लभंते श्रेय उत्तमम्
«En ce monde et dans l’au-delà, une joie abondante s’épanouit. Car les hommes unis au pardon obtiennent le bien suprême.»
Verse 20
ततः शमीकः स्वं शिष्यं प्राह गौरमुखाभिधम् । भो गौ मुख गत्वा त्वं वद भूपं परीक्षितम्
Alors Śamīka s’adressa à son disciple nommé Gauramukha : « Ô Gauramukha, va et avertis le roi Parīkṣit. »
Verse 21
इमं शापं मत्सुतोक्तं तक्षकाहिविदंशनम् । पुनरायाहि शीघ्रं त्वं मत्समीपे महामते
« Cette malédiction—prononcée par mon fils—attire la morsure mortelle du serpent Takṣaka. Reviens vite auprès de moi, ô grand d’esprit. »
Verse 22
एवमुक्तः शमीकेन ययौ गौरमुखो नृपम् । समेत्य चाब्रवीद्भूपं सौभद्रेयं परीक्षितम्
Ainsi mandaté par Śamīka, Gauramukha se rendit auprès du roi ; et l’ayant rencontré, il parla au souverain Parīkṣit, fils de Subhadrā.
Verse 23
दृष्ट्वा सर्पं पितुः स्कन्धे त्वया विनिहितं मृतम् । शमीकस्य सुतः शृंगी शशाप त्वां रुषान्वितः
Voyant le serpent mort que tu avais déposé sur l’épaule de son père, Śṛṅgī—fils de Śamīka—te maudit, emporté par la colère.
Verse 24
एतद्दिनात्सप्तमेऽह्नि तक्षकेण महाहिना । दष्टो विषाग्निना दग्धो भूयादाश्वभिमन्युजः
« À partir d’aujourd’hui, le septième jour, que le fils d’Abhimanyu soit mordu par le grand serpent Takṣaka et consumé par le feu du venin. »
Verse 25
एवं शशाप त्वां राजञ्छृंगी तस्य मुनेः सुतः । एतद्वक्तुं पिता तस्य प्राहिणोन्मां त्वदंतिकम्
«Ainsi Śṛṅgī, fils de ce muni, t’a maudit, ô roi. Pour te le dire, son père m’a envoyé en ta présence.»
Verse 26
इतीरयित्वा तं भूपमाशु गौरमुखो ययौ । गते गौरमुखे पश्चाद्राजा शोकपरायणः
Après avoir ainsi parlé au roi, Gauramukha s’en alla promptement. Quand il fut parti, le roi se livra tout entier à la douleur.
Verse 27
अभ्रंलिहमथोत्तुंगमेकस्तंभं सुविस्तृतम् । मध्येगंगं व्यतनुत मंडपं नृपपुंगवः
Alors le taureau parmi les rois érigea, au milieu de la Gaṅgā, un maṇḍapa vaste et élevé, porté par un seul pilier qui semblait lécher les nuées.
Verse 28
महागारुडमंत्रज्ञैरौषधज्ञैश्चिकित्सकैः । तक्षकस्य विषं हंतुं यत्नं कुर्वन्समाहितः
Avec des maîtres des grands mantras de Gāruḍa et des médecins connaissant les plantes, il s’efforça, l’esprit concentré, d’anéantir le poison de Takṣaka.
Verse 29
अनेकदेवब्रह्मर्षिराजर्षिप्रवरान्वितः । आस्ते तस्मिन्नृपस्तुंगे मंडपे विष्णुभक्तिमान्
Entouré de nombreux devas illustres, de brahmarṣis et des plus éminents rājārṣis, ce roi dévot de Viṣṇu demeura dans ce maṇḍapa élevé.
Verse 30
तस्मिन्नवसरे विप्रः काश्यपो मांत्रिकोत्तमः । राजानं रक्षितुं प्रायात्तक्षकस्य महाविषात्
En cet instant, le brāhmane Kāśyapa, le plus éminent des connaisseurs de mantras, se mit en route pour protéger le roi du terrible poison de Takṣaka.
Verse 31
सप्तमेऽहनि विप्रेंद्रो दरिद्रो धनकामुकः । अत्रांतरे तक्षकोऽपि विप्ररूपी समाययौ
Le septième jour, ce brāhmane éminent—bien que pauvre et avide de richesse—était en route. Alors Takṣaka arriva aussi, ayant pris l’apparence d’un brāhmane.
Verse 32
मध्येमार्गं विलोक्याथ कश्यपं प्रत्यभाषत । ब्राह्मण त्वं कुत्र यासि वद मेऽद्य महामुने
L’ayant observé sur la route, il s’adressa à Kāśyapa : «Ô brāhmane, où vas-tu ? Dis-le-moi aujourd’hui, ô grand muni.»
Verse 33
इति पृष्टस्तदावादीत्काश्यपस्तक्षकं द्विजाः । परीक्षितं महाराजं तक्षकोऽद्य विषाग्निना
Ainsi interrogé, Kāśyapa répondit à Takṣaka : «Ô brāhmanas, aujourd’hui Takṣaka consumera le grand roi Parīkṣit par le feu du poison.»
Verse 34
दक्ष्यते तं शमयितुं तत्समीपमुपैम्यहम् । इत्युक्तवंतं तं विप्रं तक्षकः पुनरब्रवीत्
«Je pourrai apaiser cela (le poison) ; c’est pourquoi je m’approche de lui», dit le brāhmane. Après ces paroles, Takṣaka lui répondit de nouveau.
Verse 35
तक्षकोहं द्विजश्रेष्ठ मया दष्टश्चिकित्सितुम् । न शक्यो ऽब्दशतेनापि महामंत्रायुतैरपि
«Je suis Takṣaka, ô le meilleur des deux-fois-nés. Celui que j’ai mordu ne peut être guéri — pas même en cent ans, pas même par des dizaines de milliers de grands mantras.»
Verse 36
चिकित्सितुं चेन्मद्दष्टं शक्तिरस्ति तवाधुना । अनेकयोजनोच्छ्रायमिमं वटतरुं त्वहम्
«Si tu as vraiment, à présent, le pouvoir de guérir celui que j’ai mordu, regarde : ce banian, haut de maintes yojanas — c’est sur lui que je ferai d’abord l’épreuve.»
Verse 37
दशाम्युज्जीवयैनं त्वं समर्थोऽस्ति ततो भवान् । इतीरयित्वा तं वृक्षमदशत्तक्षकस्तदा
«Je vais le mordre ; ranime-le, si tu le peux : alors ta compétence sera établie.» Ayant parlé ainsi, Takṣaka mordit cet arbre.
Verse 38
अभवद्भस्मसात्सोऽपि वृक्षोऽत्यंतं समूर्च्छितः । पूर्वमेव नरः कश्चित्तं वृक्षमधिरूढवान्
Cet arbre aussi fut réduit en cendres, terrassé jusqu’à l’extrême. Mais auparavant, un certain homme était déjà monté sur cet arbre.
Verse 39
तक्षकस्य विषोल्काभिः सोऽपि दग्धोऽभवत्तदा । तं नरं न विजिज्ञाते तौ च काश्यपतक्षकौ
Par les braises flamboyantes du venin de Takṣaka, cet homme aussi fut brûlé alors. Pourtant, ni Kāśyapa ni Takṣaka ne reconnurent qui était cet homme.
Verse 40
काश्यपः प्रतिजज्ञेऽथ तक्षकस्यापि शृण्वतः । तन्मंत्रशक्तिं पश्यंतु सर्वे विप्रा हि नोऽधुना
Alors Kāśyapa fit un vœu, tandis que Takṣaka écoutait aussi : «Que tous les brāhmanes voient maintenant la puissance de ce mantra qui est mien.»
Verse 41
इतीरयित्वा तं वृक्षं भस्मीभूतं विषाग्निना । अजीवयन्मन्त्रशक्त्या काश्यपो मांत्रिकोत्तमः
Ayant ainsi parlé, Kāśyapa — le plus éminent des connaisseurs de mantras — ranima, par la puissance de ses mantras, cet arbre réduit en cendres par le feu du poison.
Verse 42
नरोऽपि तेन वृक्षेण साकमुज्जीवितोऽभवत् । अथाब्रवीत्तक्षकस्तं काश्यपं मंत्रकोविदम्
Cet homme aussi revint à la vie avec l’arbre. Alors Takṣaka s’adressa à Kāśyapa, expert en mantras.
Verse 43
यथा न मुनिवाङ्मिथ्या भवेदेवं कुरु द्विज । यत्ते राजा धनं दद्यात्ततोपि द्विगुणं धनम्
«Afin que la parole d’un muni ne devienne pas mensonge, fais ceci, ô brāhmane : la richesse que le roi te donnerait, je te donnerai le double de cette richesse.»
Verse 44
ददाम्यहं निवर्तस्व शीघ्रमेव द्विजोत्तम । इत्युक्त्वानर्घ्यरत्नानि तस्मै दत्त्वा स तक्षकः
«Je te le donnerai ; retourne sans tarder, ô meilleur des dvija.» Ainsi parlant, Takṣaka lui remit des joyaux inestimables.
Verse 45
न्यवर्तयत्काश्यपं तं ब्राह्मणं मंत्रको विदम् । अल्पायुषं नृपं मत्वा ज्ञानदृष्ट्या स काश्यपः
Ainsi Kāśyapa —le brāhmane versé dans les mantras— fit demi-tour, car par l’œil de la connaissance il sut que le roi était de courte vie.
Verse 46
स्वाश्रमं प्रययौ तूष्णीं लब्धरत्नश्च तक्षकात् । सोऽब्रवीत्तक्षकः सर्वान्सर्पानाहूय तत्क्षणे
En silence il regagna son propre āśrama, ayant reçu des joyaux de Takṣaka. Alors Takṣaka, appelant toutes les serpents à l’instant même, prit la parole.
Verse 47
यूयं तं नृपतिं प्राप्य मुनीनां वेषधारिणः । उपहारफलान्याशु प्रयच्छत परीक्षिते
«Allez vers ce roi, revêtus du costume des munis, et offrez sans tarder à Parīkṣit des fruits en présent.»
Verse 48
तथेत्युक्त्वा सर्वसर्पा ददू राज्ञे फलान्यमी । तक्षकोपि तदा तत्र कस्मिंश्चिद्बदरीफले
Disant : «Ainsi soit-il», tous ces serpents offrirent des fruits au roi. Et Takṣaka aussi, sur-le-champ, entra dans un certain fruit de badarī (jujube).
Verse 49
कृमिवेषधरो भूत्वा व्यतिष्ठद्दंशितुं नृपम् । अथ राजा प्रदत्तानि सर्पैर्ब्राह्मणरूपकैः
Ayant pris l’apparence d’un ver, il se tint aux aguets pour mordre le roi. Alors le roi remarqua les fruits offerts par des serpents sous forme de brāhmanes.
Verse 50
परीक्षिन्मंत्रवृद्धेभ्यो दत्त्वा सर्वफलान्यपि । कौतूहलेन जग्राह स्थूलमेकं फलं करे
Parīkṣit, après avoir offert tous les fruits aux anciens connaisseurs des mantras, prit, par curiosité, un gros fruit dans sa main.
Verse 51
अस्मिन्नवसरे सूर्योऽप्यस्ताचलमगाहत । मिथ्या ऋषिवचो मा भूदिति तत्रत्यमानवाः
À cet instant même, le Soleil aussi s’enfonça dans la montagne du couchant. Craignant que la parole du ṛṣi ne se révélât vaine, les gens présents furent saisis d’angoisse.
Verse 52
अन्योयमवदन्त्सर्वे ब्राह्मणाश्च नृपास्तथा । एवं वदत्सु सर्वेषु फले तस्मिन्नदृश्यत
Tous—brāhmaṇas et rois pareillement—disaient : «C’est autre chose». Tandis que tous parlaient ainsi, on aperçut quelque chose dans ce fruit.
Verse 53
फले रक्तकृमिः सर्वे राज्ञा चापि परीक्षिता । अयं किं मां दशेदद्य कृमिरित्युक्तवा न्नृपः
Tous virent dans le fruit un ver rouge sang, et le roi l’examina lui aussi. Le roi dit : «Que peut donc faire ce ver ? Peut-il me mordre aujourd’hui ?»
Verse 54
निदधे तत्फलं कर्णे सकृमि द्विजसत्तमाः । तक्षकोऽस्मिन्स्थितः पूर्वं कृमिरूपी फले तदा
Ô meilleurs des brāhmaṇas, il posa ce fruit—avec le ver—sur son oreille. Car Takṣaka demeurait déjà auparavant dans ce fruit, y prenant alors la forme d’un ver.
Verse 55
निर्गत्य तत्फलादाशु नृपदे हमवेष्टयत् । तक्षकावेष्टिते भूपे पार्श्वस्था दुद्रुवुर्भयात्
Sortant promptement de ce fruit, il s’enroula autour du corps du roi. Quand le roi fut ainsi enlacé par Takṣaka, ceux qui se tenaient auprès s’enfuirent de peur.
Verse 56
अनंतरं नृपो विप्रास्तक्षकस्य विषाग्निना । दग्धोऽभूद्भस्मसादाशु सप्रासादो बलीयसा
Aussitôt après, ô brāhmaṇas, le roi—avec son palais—fut promptement brûlé et réduit en cendres par le poison ardent de Takṣaka, tant il était puissant.
Verse 57
कृत्वोर्ध्वदैहिकं तस्य नृपस्य सपुरोहिताः । मंत्रिणस्तत्सुतं राज्ये जनमेजयनामकम्
Après avoir accompli les rites d’après-funérailles pour ce roi, les ministres—avec les prêtres royaux—installèrent sur le trône son fils, nommé Janamejaya.
Verse 58
राजानमभ्यषिंचन्वै गजद्रक्ष णवांछया । तक्षकाद्रक्षितुं भूपमायातः काश्यपाभिधः
Ils le consacrèrent en vérité comme roi, désirant la protection de la lignée royale. Et un brāhmaṇa nommé Kāśyapa arriva, voulant préserver le souverain de Takṣaka.
Verse 59
यो ब्राह्मणो मुनिश्रेष्ठाः स सर्वैर्निंदितो जनैः । बभ्राम सकलान्देशाञ्छिष्टैः सर्वैश्च दूषितः
Ô meilleurs des sages, ce brāhmaṇa fut blâmé par tous les gens. Réprouvé par tous les honorables, il erra à travers tous les pays dans la honte.
Verse 60
अवस्थानं न लेभेऽसौ ग्रामे वाप्याश्रमेऽपि वा । यान्यान्देशानसौ यातस्तत्रतत्रमहाजनैः
Il ne trouva nulle demeure où s’établir—ni dans un village, ni même dans un āśrama. Vers quelque contrée qu’il se rendît, partout les notables de la communauté l’affrontaient.
Verse 61
तत्तद्देशान्निरस्तः स शाकल्यं शरणं ययौ । प्रणम्य शाकल्यमुनिं काश्यपो निन्दितो जनैः । इदं विज्ञापयामास शाकल्याय महात्मने
Chassé de contrée en contrée, il prit refuge auprès de Śākalya. Kāśyapa—blâmé par les gens—se prosterna devant le sage Śākalya et lui soumit cette affaire, à ce grand d’âme.
Verse 62
काश्यप उवाच । भगवन्सर्वधर्मज्ञ शाकल्य हरिवल्लभ
Kāśyapa dit : « Ô Bhagavān, toi qui connais tout dharma—ô Śākalya, bien-aimé de Hari— ».
Verse 63
मुनयो ब्राह्मणाश्चान्ये मां निंदंति सुहृज्जनाः । नास्याहं कारणं जाने किं मां निंदंति मानवाः
«Les sages, les brāhmaṇas, et même d’autres amis bienveillants me blâment. Je n’en connais pas la cause : pourquoi les hommes me condamnent-ils ?»
Verse 64
ब्रह्महत्या सुरापानं गुरुस्त्रीगमनं तथा । स्तेयं संसर्गदोषो वा मया नाचरितः क्वचित्
«Le meurtre d’un brāhmaṇa, la boisson enivrante, l’approche de l’épouse du maître, le vol, ou même la faute d’une fréquentation souillante—rien de cela je ne l’ai jamais commis.»
Verse 65
अन्यान्यपि हि पापानि न कृतानि मया मुने । तथापि निंदंति जना वृथा मां बांधवादयः
«D’autres péchés encore, ô sage, je ne les ai point commis ; et pourtant les gens—parents et autres—me blâment sans raison.»
Verse 66
जानासि चेत्त्वं शाकल्य मया दोषं कृतं वद । उक्तोऽथ काश्यपेनैवं शाकल्याख्यो महामुनिः । क्षणं ध्यात्वा बभाषे तं काश्यपं द्विजसत्तमाः
«Si tu le sais, ô Śākalya, dis-moi quelle faute j’ai commise.» Ainsi interpellé par Kāśyapa, le grand sage nommé Śākalya réfléchit un instant, puis parla à Kāśyapa, le meilleur des deux-fois-nés.
Verse 67
शाकल्य उवाच । परीक्षितं महाराजं तक्षकाद्रक्षितुं भवान्
Śākalya dit : «Tu devais protéger le roi Parīkṣit contre Takṣaka—»
Verse 68
अयासीदर्धमार्गे तु तक्षकेण निवारितः । चिकित्सितुं समर्थोऽपि विषरोगादिपीडितम्
«Tu t’étais mis en route, mais à mi-chemin Takṣaka t’a arrêté—bien que tu fusses capable de soigner celui qui souffre du poison, de la maladie et autres maux.»
Verse 69
यो न रक्षति लोभेन तमाहुर्ब्रह्मघातकम् । क्रोधात्कामाद्भयाल्लोभान्मात्सर्यान्मोहतोऽपि वा
«Celui qui, par avidité, ne protège pas (celui qui est en péril), on l’appelle meurtrier d’un brāhmaṇa. Que ce soit par colère, désir, peur, cupidité, jalousie ou même par égarement—»
Verse 70
यो न रक्षति विप्रेंद्र विषरोगातुरं नरम् । ब्रह्महा स सुरापी च स्तेयी च गुरुतल्पगः
Ô le meilleur des brāhmanes, celui qui ne protège pas un homme tourmenté par le poison ou la maladie est aussi coupable que le meurtrier d’un brāhmane, le buveur d’alcool, le voleur et celui qui profane le lit du guru.
Verse 71
संसर्गदोषदुष्टश्च नापि तस्य हि निष्कृतिः । कन्याविक्रयिणश्चापि हयविक्रयिणस्तथा
Celui que se trouve souillé par la faute d’une fréquentation corrompue n’a, en vérité, aucune expiation. De même sont blâmés ceux qui vendent une jeune fille (en mariage) et, pareillement, ceux qui vendent des chevaux.
Verse 72
कृतघ्न स्यापि शास्त्रेषु प्रायश्चित्तं हि विद्यते । विषरोगातुरं यस्तु समर्थोपि न रक्षति
Même pour l’ingrat, les śāstra enseignent une expiation. Mais celui qui, bien qu’en ayant la capacité, ne protège pas un homme affligé par le poison ou la maladie—
Verse 73
न तस्य निष्कृतिः प्रोक्ता प्रायश्चित्तायुतैरपि । न तेन सह पंक्तौ च भुंजीत सुकृती जनः
Pour un tel homme, aucune expiation n’est proclamée, fût-ce par des dizaines de milliers de pénitences. L’homme vertueux ne doit même pas manger dans la même rangée que lui.
Verse 74
न तेन सह भाषेत न पश्येत्तं नरं क्वचित् । तत्संभाषणमात्रेण महापातकभाग्भवेत्
Qu’on ne lui adresse pas la parole, qu’on ne voie cet homme nulle part ; par le seul fait de converser avec lui, on devient participant d’un grand péché.
Verse 75
परीक्षित्स महाराजः पुण्यश्लोकश्च धार्मिकः । विष्णुभक्तो महायोगी चातुर्वर्ण्यस्य रक्षिता
Le Mahārāja Parīkṣit était illustre par une renommée sainte et établi dans le dharma : dévot de Viṣṇu, grand yogin, et protecteur de l’ordre social des quatre varṇa.
Verse 76
व्यासपुत्राद्धरिकथां श्रुतवान्भक्तिपूर्वकम् । अरक्षित्वा नृपं तं त्वं वचसा तक्षकस्य यत्
Après avoir écouté avec dévotion, de la bouche du fils de Vyāsa, le récit sacré de Hari, tu n’as pourtant pas protégé ce roi, à cause des paroles concernant Takṣaka.
Verse 77
निवृत्तस्तेन विप्रेंद्रैर्बांधवैरपि दूष्यसे । स परीक्षिन्महाराजो यद्यपि क्ष णजीवितः
Pour t’être détourné de ton devoir, tu es blâmé par les meilleurs des brāhmanes et même par tes propres proches. Ce Mahārāja Parīkṣit, bien que sa vie ne fût plus qu’un instant—
Verse 78
तथापि यावन्मरणं बुधैः कार्यं चिकित्सनम् । यावत्कण्ठगताः प्राणा मुमूर्षोर्मानवस्य हि
Pourtant, les sages doivent prodiguer le soin jusqu’à la mort, tant que les souffles vitaux du mourant ne sont pas encore montés à la gorge, c’est‑à‑dire jusqu’au tout dernier instant.
Verse 79
तावच्चिकित्सा कर्तव्या कालस्य कुटिला गतिः । इति प्राहुः पुरा श्लोकं भिषग्वैद्याब्धिपारगाः
Jusque-là, le soin doit être entrepris, car la marche du Temps est tortueuse et imprévisible. Ainsi, jadis, les médecins ayant traversé l’océan de la science médicale ont énoncé ce verset.
Verse 80
अतश्चिकित्साशक्तोऽपि यस्मादकृतभेषजः । अर्धमार्गे निवृत्तस्त्वं तेन तं हतवानसि । शाकल्येनैवमुदितः काश्यपः प्रत्यभाषत
Ainsi, bien que tu eusses le pouvoir de soigner, puisque tu n’as pas donné le remède et que tu t’es retiré à mi-chemin, par cela même tu l’as tué. Ainsi repris par Śākalya, Kāśyapa répondit.
Verse 81
काश्यप उवाच । ममैतद्दोषशांत्यर्थमुपायं वद सुव्रत
Kāśyapa dit : «Ô toi aux vœux excellents, dis-moi le moyen par lequel cette faute mienne pourra être apaisée.»
Verse 82
येन मां प्रतिगृह्णीयुर्बांधवाः ससुहृज्जनाः
«Par quel moyen mes parents—avec mes amis et ceux qui me veulent du bien—m’accueilleront-ils de nouveau ?»
Verse 83
कृपां मयि कुरुष्व त्वं शाकल्य हरिवल्लभ । काश्यपेनैवमुक्तस्तु शाकल्योपि मुनीश्वरः । क्षणं ध्यात्वा जगादैवं काश्यपं कृपया तदा
«Aie pitié de moi, ô Śākalya, bien-aimé de Hari.» Ainsi supplié par Kāśyapa, le souverain des sages Śākalya, après avoir médité un instant, s’adressa alors à Kāśyapa avec bienveillance.
Verse 84
शाकल्य उवाच । अस्य पापस्य शात्यर्थमुपायं प्रवदामि ते
Śākalya dit : «Pour l’apaisement de ce péché, je te déclarerai le moyen convenable.»
Verse 85
तत्कर्त्तव्यं त्वया शीघ्रं विलंबं मा कृथा द्विज । दक्षिणांबुनिधौ सेतौ गंधमादनपर्वते
Fais cela sur-le-champ; ne tarde pas, ô deux-fois-né. À Setu, sur l’océan du Sud, au mont Gandhamādana…
Verse 86
अस्ति तीर्थद्वयं विप्रा गायत्री च सरस्वती । तत्र त्वं स्नानमात्रेण शुद्धो भूयाश्च तत्क्षणे
Ô brāhmane, il est deux tīrtha sacrés : Gāyatrī et Sarasvatī. Par le seul bain en ce lieu, tu seras purifié à l’instant même.
Verse 87
गायत्र्या च सरस्वत्या जलवात स्पृशो नरः । विधूय सर्वपापानि स्वर्गं यास्यंति निर्मलाः
Les hommes qui touchent les eaux —et même la brise purifiante— de Gāyatrī et de Sarasvatī, secouant tous les péchés, gagnent le ciel dans une pureté sans tache.
Verse 88
तद्याहि शीघ्र विप्र त्वं गायत्रीं च सरस्वतीम् । इत्युक्तः काश्यपस्तेन शाकल्येन द्विजोत्तमाः
Va donc sans tarder, ô brāhmane, vers Gāyatrī et Sarasvatī. Ainsi exhorté par Śākalya, le meilleur des deux-fois-nés, Kāśyapa se mit en route.
Verse 89
नत्वा मुनिं च शाकल्यं तमापृच्छ्य मुनीश्वरम् । तेन चैवाभ्यनुज्ञातः प्रययौ गन्धमादनम्
S’étant prosterné devant le sage Śākalya et ayant pris congé de ce seigneur parmi les munis, puis reçu son assentiment, Kāśyapa partit pour Gandhamādana.
Verse 90
तत्र गत्वा च गायत्रीसरस्वत्यौ च काश्यपः । नत्वा तीर्थद्वयं भक्त्या दण्डपाणिं च भैरवम्
Parvenu en ce lieu, Kāśyapa s’approcha de Gāyatrī et de Sarasvatī. Avec dévotion, il se prosterna devant les deux tīrthas, et aussi devant Bhairava, le Porteur du bâton (Daṇḍapāṇi).
Verse 91
संकल्पपूर्वं तत्तीर्थे सस्नौ नियमसंयुतः । तीर्थद्वये स्नानमात्रान्मुक्तपापोऽथ काश्यपः
Après avoir formulé un saṅkalpa solennel et observé les règles de discipline, Kāśyapa se baigna en ce tīrtha. Par le seul bain dans les deux tīrthas sacrés, il fut délivré du péché.
Verse 92
तीर्थद्वयस्य तीरेऽसौ किंचित्कालं तु तस्थिवान् । तस्मिन्काले च गायत्रीसरस्वत्यौ मुनीश्वराः
Il demeura quelque temps sur la rive des deux eaux sacrées. En cet instant même, ô seigneurs parmi les munis, Gāyatrī et Sarasvatī allaient s’y manifester.
Verse 93
प्रादुर्बभूवतुर्मूर्ते सर्वाभरणभूषिते । देव्यौ ते स नमस्कृत्य काश्यपो भक्तिपूर्वकम्
Les deux déesses apparurent sous une forme incarnée, parées de tous les ornements. Kāśyapa, avec dévotion, leur rendit hommage en se prosternant.
Verse 94
के युवां रूपसंपन्ने सर्वालंकारसंयुते । इति पप्रच्छ दृष्ट्वा ते काश्यपो हृष्टमानसः । तेन पृष्टे च गायत्रीसरस्वत्यौ तमूचतुः
«Qui êtes-vous donc, vous deux, si resplendissantes de forme et parées de tous les ornements ?» Ainsi demanda Kāśyapa, le cœur réjoui en les voyant. Interrogées, Gāyatrī et Sarasvatī lui répondirent.
Verse 95
गायत्रीसरस्वत्यावूचतुः । काश्यपावां हि गायत्रीसरस्वत्यौ विधिप्रिये
Gāyatrī et Sarasvatī dirent : « Ô Kaśyapa, cher aux saintes prescriptions, nous sommes en vérité Gāyatrī et Sarasvatī. »
Verse 96
एतत्तीर्थस्वरूपेण नित्यं वर्तावहे त्वतः । अत्र तीर्थद्वये स्नानादावां तुष्टे तवाधुना
«Ici nous demeurons à jamais sous la forme même de ce tīrtha. Par ton bain dans cette double eau sacrée, nous deux sommes à présent satisfaites de toi.»
Verse 97
वरं मत्तो वृणीष्व त्वं यदिष्टं काश्यप द्विज । स्नांति तीर्थद्वये येऽत्र दास्यावस्तदभीप्सितम्
«Choisis de nous une grâce, ce que tu désires, ô Kaśyapa, ô deux-fois-né. Et à ceux qui se baignent ici dans ce double tīrtha, nous accorderons l’objet de leur vœu.»
Verse 98
श्रुत्वा वचस्तद्गायत्रीसरस्वत्योः स काश्यपः । तुष्टाव वाग्भिरग्र्याभिस्ते देव्यौ वेधसः प्रिये
Ayant entendu les paroles de Gāyatrī et de Sarasvatī, Kaśyapa loua ces deux déesses, chéries du Créateur (Brahmā), par des hymnes sublimes.
Verse 99
काश्यप उवाच । चतुराननगेहिन्यौ जगद्धात्र्यौ नमाम्यहम् । विद्यास्वरूपे गायत्री सरस्वत्यौ शुभे उभे
Kaśyapa dit : «Je me prosterne devant les deux qui demeurent auprès du Seigneur aux quatre visages (Brahmā), soutiens du monde : Gāyatrī et Sarasvatī, toutes deux de bon augure, toutes deux l’essence même de la connaissance sacrée.»
Verse 100
सृष्टिस्थित्यंतकारिण्यौ जगतो वेदमातरौ । हव्यकव्यस्वरूपे च चंद्रादित्यविलोचने
Vous deux présidez à la création, au maintien et à la dissolution; vous êtes les Mères des Veda pour le monde entier. Vous êtes la forme même des offrandes aux devas et aux ancêtres, et vos yeux sont la Lune et le Soleil.
Verse 110
काश्यपोऽपि कृतार्थः सन्स्व देशं प्रति निर्ययौ । बांधवा ब्राह्मणाः सर्वे काश्यपं गतकिल्बिषम्
Kāśyapa aussi, son dessein accompli, se mit en route vers son propre pays. Et tous ses proches — les brāhmaṇas — rendirent hommage à Kāśyapa, désormais délivré de toute faute.
Verse 113
यो गायत्र्यां सरस्वत्यां स स्नातफलमश्नुते
Quiconque se baigne dans Gāyatrī et dans Sarasvatī obtient le fruit entier du bain sacré.