Adhyaya 47
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योगस्वरूप-धारणा-समाधि-वर्णनम् (केशिध्वजोपदेशः)

Sanandana rapporte un dialogue où le roi Keśidhvaja, loué comme une autorité dans la lignée de Nimi, enseigne au roi Khāṇḍikya la nature du Yoga. Le Yoga est défini comme l’union volontaire du mental avec Brahman ; le mental engendre la servitude lorsqu’il s’attache aux objets des sens, et la délivrance lorsqu’il s’en retire. La voie est progressive : yama et niyama (cinq chacun) comme fondement éthique ; prāṇāyāma (sabīja/abīja) et pratyāhāra pour maîtriser le prāṇa et les sens ; puis dhāraṇā sur un support auspicious. Keśidhvaja distingue des supports supérieurs/inférieurs, avec forme/sans forme, et présente une triple bhāvanā (orientée vers Brahman, vers le karma, et mixte). Comme l’informe ne peut être saisi sans discipline yogique, le yogin médite la forme tangible de Hari et le Viśvarūpa qui englobe la hiérarchie cosmique et tous les êtres. La dhāraṇā mûrit en samādhi, culminant dans la non-différence avec Paramātman lorsque cesse la connaissance discriminante. Les deux rois poursuivent la mokṣa : Khāṇḍikya renonce, installe son fils et s’absorbe en Viṣṇu ; Keśidhvaja agit sans mobile, consume le karma et se libère des trois afflictions.

Shlokas

Verse 1

सनन्दन उवाच । एतदध्यात्ममानाढ्यं वचः केशिध्वजस्य सः । खाडिक्योऽमृतवच्छ्रुत्वा पुनराह तमीरयन् 1. ॥ १ ॥

Sanandana dit : Ayant entendu les paroles de Keśidhvaja, riches de la dignité de la sagesse intérieure, Khāḍikya les reçut comme un nectar et lui parla de nouveau, pour l’interroger davantage.

Verse 2

खाण्डिक्य उवाच । तद् ब्रूहि त्वं महाभाग योगं योगविदुत्तम । विज्ञातयोगशास्त्रार्थस्त्वमस्यां निमिसन्ततौ ॥ २ ॥

Khāṇḍikya dit : «Ainsi donc, ô très fortuné, ô le meilleur des connaisseurs du Yoga, enseigne-moi ce Yoga. Tu as pleinement saisi le sens des Yoga-śāstra, et dans cette lignée de Nimi tu te tiens comme guide faisant autorité».

Verse 3

केशिध्वज उवाच । योगस्वरूपं खाण्डिक्य श्रूयतां गदतो मम । यत्र स्थितो न च्यवते प्राप्य ब्रह्मलयं मुनिः ॥ ३ ॥

Keśidhvaja dit : «Ô Khāṇḍikya, écoute-moi tandis que je décris la vraie nature du Yoga : cet état où, une fois établi, le sage ne déchoit plus, ayant atteint l’absorption en Brahman».

Verse 4

मन एव मनुष्याणां कारणं बन्धमोक्षयोः । बंधस्य विषयासङ्गि मुक्तेर्निर्विषयं तथा ॥ ४ ॥

Le mental, et lui seul, est pour l’homme la cause de l’enchaînement comme de la délivrance. Attaché aux objets des sens, il mène à la servitude; dépourvu d’objets, il est véritablement libération.

Verse 5

विषयेभ्यः समाहृत्य विज्ञानात्मा बुधो मनः । चिन्तयेन्मुक्तये तेन ब्रह्मभूतं परेश्वरम् ॥ ५ ॥

Ayant retiré le mental des objets des sens, le sage—dont la nature est le discernement véritable—doit, pour la délivrance, contempler le Seigneur Suprême, établi comme Brahman.

Verse 6

आत्मभावं नयेत्तेन तद्ब्रह्माध्यापनं मनः । विकार्यमात्मनः शक्त्या लोहमाकर्षको यथा ॥ ६ ॥

Par cette discipline, qu’on conduise le mental vers le sentiment du Soi; alors le mental s’absorbe en Brahman. Par la puissance de sa propre énergie intérieure, il devient transformable, tel l’aimant qui attire le fer.

Verse 7

आत्मप्रयत्नसापेक्षा विशिष्टा या मनोगतिः । तस्या ब्रह्मणि संयोगो योग इत्यभिधीते ॥ ७ ॥

Ce mouvement singulier du mental, qui dépend de l’effort délibéré de soi-même : son union avec Brahman est ce qu’on appelle « yoga ».

Verse 8

एवमत्यन्तवैशिष्ट्ययुक्तधर्मोपलक्षणम् । यस्य योगः स वै योगी मुमुक्षुरमिधीयते ॥ ८ ॥

Ainsi, le signe distinctif de celui dont le dharma est doté de la plus haute excellence est ceci : celui en qui demeure le Yoga est véritablement appelé yogin, un mumukṣu, avide de délivrance.

Verse 9

योगयुक् प्रथमं योगी युञ्जमानोऽभिधीयते । विनिष्पन्नसमाधिस्तु परब्रह्मोपलब्धिमान् ॥ ९ ॥

Le yogin est d’abord appelé « yoga-yukta » lorsqu’il s’applique à la pratique du yoga. Mais lorsque son samādhi est pleinement accompli, il devient celui qui a réalisé le Parabrahman, le Brahman suprême.

Verse 10

यद्यन्तरायदोषेण दूष्यते नास्य मानसम् । जन्मान्तरैरभ्यसनान्मुक्तिः पूर्वस्य जायते ॥ १० ॥

Même si, par la faute des obstacles, son mental se trouve souillé, la délivrance (moksha) jadis cultivée renaît grâce à la pratique poursuivie au fil des existences successives.

Verse 11

विनिष्पन्नसमाधिस्तु मुक्तिस्तत्रैव जन्मनि । प्राप्नोति योगी योगाग्निदग्धकर्मचयोऽचिरात् ॥ ११ ॥

Mais le yogin dont le samādhi est pleinement accompli obtient la délivrance en cette même vie, car l’amas de ses karmas est vite consumé par le feu du Yoga.

Verse 12

ब्रह्मचर्यमहिंसां च सत्यास्तेयापरिग्रहान् । सेवेतयोगी निष्कामो योगितां स्वमनो नयन् ॥ १२ ॥

Le yogin sans désir doit pratiquer le brahmacarya, l’ahimsā, la véracité, le non-vol et le non-attachement aux possessions, guidant son propre mental vers la discipline du Yoga.

Verse 13

स्वाध्यायशौचसन्तोषतपांसि नियमान्यमान् । कुर्व्वीत ब्रह्मणि तथा परस्मिन्प्रवणं मनः ॥ १३ ॥

Qu’on pratique les yamas et les niyamas—l’étude de soi (svādhyāya), la pureté, le contentement et l’austérité—et qu’ainsi l’esprit s’incline vers le Brahman Suprême.

Verse 14

एते यमाश्च नियमाः पञ्च पञ्चप्रकीर्तिताः । विशिष्टफलदाः काम्या निष्कामानां विमुक्तिदाः ॥ १४ ॥

Ainsi ont été proclamés les yamas et les niyamas : cinq et cinq. Pratiqués avec désir, ils donnent des fruits particuliers recherchés ; mais pour les sans-désir, ils accordent la délivrance.

Verse 15

एवं भद्रा सनादीनां समास्थाय गुणैर्युतः । यमाख्यैर्नियमाख्यैश्च युञ्जीत नियतो यतिः ॥ १५ ॥

Ainsi, le renonçant maître de lui, solidement établi dans les disciplines de bon augure enseignées par Sanaka et les autres, et pourvu des vertus requises, doit s’adonner avec rigueur à la pratique au moyen des observances nommées yama et des règles nommées niyama.

Verse 16

प्राणाख्यमवलंबस्थमभ्यासात्कुरुते तु यत् । प्राणायामः स विज्ञेयः सबीजोऽबीज एव च ॥ १६ ॥

La pratique par laquelle, à force d’exercices répétés, on régule le souffle vital (prāṇa) tout en demeurant établi sur son juste support, doit être connue comme prāṇāyāma ; et elle est de deux sortes : « avec semence » (sabīja) et « sans semence » (abīja).

Verse 17

परस्परेणाभिभवं प्राणापानौ यदानिलौ । कुरुतः सद्विधानेन तृतीयः संयमात्तयोः ॥ १७ ॥

Lorsque les deux souffles—prāṇa et apāna—dûment réglés, commencent à se contenir et à se dominer l’un l’autre, alors, par la maîtrise (saṃyama) des deux, surgit un troisième mouvement du vāyu.

Verse 18

तस्य चालंबनवत्स्थूलं रूपं द्विषत्पते । आलंबनमनन्तस्य योगिनोऽभ्यसतः स्मृतम् ॥ १८ ॥

Ô seigneur parmi les ennemis, il est enseigné au yogin qui s’exerce de prendre pour support (ālambana) une forme tangible et grossière de Cet Infini, comme un appui qui affermit l’esprit.

Verse 19

शब्दादिष्वनुरक्तानि निगृह्याक्षाणि योगवित् । कुर्य्याच्चित्तानुकारीणि प्रत्याहारपरायणः ॥ १९ ॥

Le connaisseur du Yoga, voué au pratyāhāra (retrait des sens), doit réfréner les organes des sens attachés au son et aux autres objets, et les faire suivre l’esprit (plutôt que l’extérieur).

Verse 20

वश्यता परमा तेन जायते निश्चलात्मनाम् । इन्द्रि याणामवश्यैस्तैर्न योगी योगसाधकः ॥ २० ॥

Par cette discipline naît la souveraine maîtrise de soi chez ceux dont l’esprit demeure inébranlable. Mais celui dont les sens restent sans frein n’est ni yogin, ni véritable pratiquant du yoga.

Verse 21

प्राणायामेन पवनैः प्रत्याहरेण चेन्द्रि यैः । वशीकृतैस्ततः कुर्यात्स्थिरं चेतः शुभाश्रये ॥ २१ ॥

Après avoir maîtrisé les souffles vitaux par le prāṇāyāma et dompté les sens par le pratyāhāra, qu’on rende ensuite l’esprit stable, en le posant sur un appui auspicious et pur.

Verse 22

खाण्डिक्य उवाच । कथ्यतां मे महाभाग चेतसो यः शुभाश्रयः । यदाधारमशेषं तु हन्ति दोषसमुद्भवम् ॥ २२ ॥

Khāṇḍikya dit : Ô grand bienheureux, dis-moi quel est l’appui auspicious de l’esprit ; lorsqu’on le prend pour fondement, toute naissance des fautes est entièrement détruite.

Verse 23

केशिध्वज उवाच । आश्रयश्चेतसो ज्ञानिन् द्विधा तच्च स्वरूपतः । रूपं मूर्तममूर्तं च परं चापरमेव च ॥ २३ ॥

Keśidhvaja dit : Ô connaisseur du vrai, l’appui de l’esprit est, par nature, double : il relève de la « forme », à la fois incarnée et non incarnée, et il est aussi supérieur et inférieur.

Verse 24

त्रिविधा भावना रूपं विश्वमेतत्त्रिधोच्यते । ब्रह्माख्या कर्मसंज्ञा च तथा चैवोभयात्मिका ॥ २४ ॥

Cet univers, dont la forme est façonnée par la bhāvanā (cognition et contemplation), est dit triple : (1) ce qu’on nomme Brahman, (2) ce qu’on appelle karma (action, rite), et (3) ce qui est de nature double, participant des deux.

Verse 25

कर्मभावात्मिका ह्येका ब्रह्मभावात्मिका परा । उभयात्मिका तथैवान्या त्रिविधा भावभावना ॥ २५ ॥

En vérité, une forme de culture contemplative (bhāvanā) est tournée vers la disposition de l’action (karma-bhāva) ; une autre, plus haute, vers la disposition de Brahman (brahma-bhāva). Il en est encore une, de nature mêlée. Ainsi, la contemplation spirituelle est triple.

Verse 26

सनकाद्यासदा ज्ञानिन् ब्रह्मभावनया युताः । कर्मभावनया चान्ये देवाद्याः स्थावराश्चराः ॥ २६ ॥

Sanaka et les autres sages demeurent toujours établis dans la connaissance, pourvus de la contemplation de Brahman (brahma-bhāvanā) ; tandis que d’autres êtres—à commencer par les dieux, mobiles et immobiles—sont orientés par la contemplation de l’action (karma-bhāvanā).

Verse 27

हिरण्यगर्भादिषु च ब्रह्मकर्मात्मिका द्विधा । अधिकारबोधयुक्तेषु विद्यते भावभावना ॥ २७ ॥

Même parmi Hiraṇyagarbha et d’autres, cette orientation est double : fondée sur Brahman et sur l’action rituelle (karma). Chez ceux qui possèdent la conscience de l’aptitude spirituelle (adhikāra), naît la culture de la juste disposition intérieure.

Verse 28

अक्षीणेषु समस्तेषु विशेषज्ञानकर्मसु । विश्वमेतत्परं चान्यद्भेदभिन्नदृशां नृप ॥ २८ ॥

Ô Roi, tant que tous les savoirs et actes particularisés ne sont pas épuisés (tant qu’ils demeurent comme tendances limitantes), pour ceux dont la vision est scindée par les distinctions, cet univers paraît une chose et le Suprême une autre.

Verse 29

प्रत्यस्तमितभेदं यत्सत्तामात्रमगोचरम् । वचसामात्मसन्तोद्यं तज्ज्ञानं ब्रह्मसंज्ञितम् ॥ २९ ॥

On nomme « Brahman » cette connaissance où toute différence s’est éteinte, qui n’est que l’Être pur au-delà de la portée des sens, et qui n’est pas objet de parole, mais éveil intérieur du Soi.

Verse 30

तच्च विष्णोः परं रूपमरूपस्याजनस्य च । विश्वस्वरूपवैरूप्यलक्षणं परमात्मनः ॥ ३० ॥

Telle est la forme suprême de Viṣṇu—de l’Informe et de l’Inné, non né : le signe du Paramātman, dont la nature est l’univers lui-même, se manifestant en formes innombrables et en apparitions diverses.

Verse 31

न तद्योगयुजा शक्यं नृप चिन्तयितुं यतः । ततः स्थूलं हरे रूपं चिन्त्यं यच्चक्षुगोचरम् ॥ ३१ ॥

Ô Roi, puisque cette réalité subtile et sans forme ne peut être contemplée par celui qui n’est pas discipliné dans le Yoga, qu’on médite donc sur la forme tangible de Hari, celle qui s’offre au regard.

Verse 32

हिरण्यगर्भो भगवान्वासवोऽथ प्रजापतिः । मरुतो वसवो रुद्रा भास्करास्तारका ग्रहाः ॥ ३२ ॥

Le Bienheureux Hiraṇyagarbha (Brahmā), puis Vāsava (Indra) et Prajāpati ; les Maruts, les Vasus, les Rudras ; les soleils, les étoiles et les planètes — tout cela compose l’ordre cosmique divin.

Verse 33

गन्धार्वा यक्षदैत्याश्च सकला देवयोनयः । मनुष्याः पशवः शैला समुद्रा ः सरितो द्रुमाः ॥ ३३ ॥

Gandharvas, Yakṣas et Daityas — en vérité, toutes les classes issues d’une origine divine — ainsi que les humains et les animaux ; montagnes, océans, rivières et arbres : tout cela est contenu dans cet agencement cosmique.

Verse 34

भूप भूतान्यशेषाणि भूतानां ये च हेतवः । प्रधानादिविशेषान्ताश्चेतनाचेतनात्मकम् ॥ ३४ ॥

Ô Roi, tous les êtres sans exception — et aussi les causes des êtres — depuis Pradhāna jusqu’aux principes de différenciation spécifiques (Viśeṣa), sont de nature à la fois consciente et inconsciente.

Verse 35

एकपादं द्विपादं च बहुपादमपादकम् । मूर्त्तमेतद्धरे रूपं भावनात्रितयात्मकम् ॥ ३५ ॥

À un pied, à deux pieds, à plusieurs pieds, et même sans pieds : telle est la forme manifestée (mūrti) de Hari, faite de la triple manière de contemplation (bhāvanā).

Verse 36

एतत्सर्वमिदं विश्वं जगदेतच्चराचरम् । परब्रह्मस्वरूपस्य विष्णोः शक्तिसमन्वितम् ॥ ३६ ॥

Cet univers tout entier—ce monde d’êtres mobiles et immobiles—est pénétré et soutenu par la Śakti de Viṣṇu, dont la nature même est le Parabrahman, le Brahman suprême.

Verse 37

विष्णुशक्तिः परा प्रोक्ता क्षेत्रज्ञाख्या तथापरा । अविद्याकर्मसंज्ञान्या तृतीया शक्तिरिष्यते ॥ ३७ ॥

La puissance (Śakti) de Viṣṇu est dite suprême (parā). Une autre est appelée la puissance du Connaisseur du Champ (kṣetrajña). La troisième puissance est reconnue comme celle qu’on nomme ignorance et action : avidyā et karma.

Verse 38

येयं क्षेत्रज्ञशक्तिः सा चेष्टिता नृप कर्मजा । असारभूते संसारे प्रोक्ता तत्र महामते ॥ ३८ ॥

Cette puissance du Connaisseur du Champ (kṣetrajña) est appelée ceṣṭā, l’activité, ô roi, et elle naît du karma. Ainsi l’enseigne-t-on dans ce saṃsāra sans substance, ô grand d’esprit.

Verse 39

संसारतापानखिलानवाप्नोत्यनुसंज्ञितान् । तया तिरोहितत्वात्तु शक्तिः क्षेत्रज्ञसंज्ञिता ॥ ३९ ॥

Elle n’est pas atteinte par toutes les brûlures et tourments du saṃsāra, tels qu’on les connaît par l’expérience. Mais, parce qu’elle est voilée par cette puissance, la śakti est dite « Connaisseur du Champ » (kṣetrajña).

Verse 40

सर्वभूतेषु भूपाल तारतम्येन लक्ष्यते । अप्राणवत्सु खल्वल्पा स्थावरेषु ततोऽधिका ॥ ४० ॥

Ô roi, parmi tous les êtres on constate une gradation par degrés. Dans l’inanimé elle est infime, et dans les êtres immobiles (plantes et formes fixes) elle est plus grande que cela.

Verse 41

सरीसृपेषु तेभ्योऽन्याप्यतिशक्त्या पतत्त्रिषु । पतत्त्रिभ्यो मृगास्तेभ्यः स्वशक्त्या पशवोऽधिकाः ॥ ४१ ॥

Parmi les reptiles, ceux qui possèdent une puissance plus grande sont les oiseaux. Au-dessus des oiseaux viennent les bêtes sauvages; et au-dessus d’elles, par leur force innée, les bêtes domestiques (comme le bétail).

Verse 42

पशुभ्यो मनुजाश्चातिशक्त्या पुंसः प्रभाविताः । तेभ्योऽपि नागगन्धर्वयक्षाद्या देवता नृप ॥ ४२ ॥

Au-dessus des bêtes domestiques se tiennent les hommes, manifestant une puissance et une capacité bien plus grandes. Et au-delà même des hommes, ô roi, se trouvent les classes divines telles que les Nāgas, Gandharvas, Yakṣas et autres.

Verse 43

शक्रः समस्तदेवेभ्यस्ततश्चातिप्रजापतिः । हिरण्यगर्भोऽपि ततः पुंसः शक्त्युपलक्षितः ॥ ४३ ॥

Parmi tous les dieux, on l’appelle Śakra (Indra) ; au-delà d’eux, il est aussi Prajāpati. Et au-delà encore, il est connu comme Hiraṇyagarbha : ainsi le Puruṣa suprême se distingue par ses puissances et ses fonctions.

Verse 44

एतान्यशेषरूपाणि तस्य रूपाणि पार्थिव । यतस्तच्छक्तियोगेन युक्तानि नभसा यथा ॥ ४४ ॥

Ô homme de la terre, toutes ces formes innombrables sont en vérité Ses formes. Car elles sont reliées à Lui par l’union de Sa propre puissance, comme les choses sont portées et soutenues par l’espace.

Verse 45

द्वितीयं विष्णुसंज्ञस्य योगिध्येयं महामते । अमूर्तं ब्रह्मणो रूपं यत्सदित्युच्यते बुधैः ॥ ४५ ॥

Ô esprit magnanime, la seconde contemplation de Celui qu’on nomme Viṣṇu—objet de méditation des yogins—est la forme sans forme de Brahman, que les sages appellent « Sat », l’Être pur.

Verse 46

समस्ताः शक्तयश्चैता नृप यत्र प्रतिष्ठिताः । नहि स्वरूपरूपं वै रूपमन्यद्धरेर्महत् ॥ ४६ ॥

Ô Roi, toutes ces puissances (śakti) sont solidement établies en Lui. En vérité, il n’est pas d’autre grande forme de Hari que sa propre forme essentielle.

Verse 47

समस्तशक्तिरूपाणि तत्करोति जनेश्वर । देवतिर्यङ्मनुष्यादिचेष्टावन्ति स्वलीलया ॥ ४७ ॥

Ô Seigneur des êtres, Il se manifeste sous les formes de toutes les puissances et accomplit cette activité. Par sa līlā divine, dieux, animaux, humains et autres s’animent selon leurs fonctions propres.

Verse 48

जगतामुपकाराय तस्य कर्मनिमित्तजा । चेष्टा तस्याप्रमेयस्य व्यापिन्यविहितात्मिका ॥ ४८ ॥

Pour le bien de tous les mondes, l’activité de ce Seigneur incommensurable surgit en lien avec le karma ; et pourtant, parce qu’Il est omniprésent, elle demeure d’une nature non conditionnée.

Verse 49

तद्रू पं विश्वरूपस्य चिन्त्यं योगयुजा नृप । तस्य ह्यात्मविशुर्द्ध्य्थं सर्वकिल्बिषनाशनम् ॥ ४९ ॥

Ô Roi, le yogin doit contempler cette forme du Viśvarūpa, la Forme universelle ; car elle est faite pour purifier le soi et elle détruit tout péché et toute souillure.

Verse 50

यथाग्निरुद्धतशिखः कक्षं दहति सानिलः । तथा चित्तस्थितो विष्णुर्योगिनां सर्वकिल्बिषम् ॥ ५० ॥

De même que le feu, dont les flammes sont dressées par le vent, consume les broussailles sèches, ainsi Vishnou—lorsqu’il est établi dans l’esprit—brûle tous les péchés et toutes les souillures des yogins.

Verse 51

तस्मात्समस्तशक्तीनामाद्यान्ते तत्र चेतसः । कुर्वीत संस्थितं साधु विज्ञेया शुद्धलक्षणा ॥ ५१ ॥

C’est pourquoi, au commencement comme à la fin, qu’on établisse fermement l’esprit là—dans la Puissance primordiale de toutes les puissances ; cette absorption stable doit être reconnue comme le signe de la pureté.

Verse 52

शुभाश्रयः सचित्तस्य सर्वगस्य तथात्मनः । त्रिभावभावनातीतो मुक्तये योगिनां नृप ॥ ५२ ॥

Ô roi, cette Réalité est le refuge auspicious de l’esprit ; elle pénètre tout et elle est le Soi même. Dépassant toute contemplation des trois états, elle devient pour les yogins le moyen de la délivrance.

Verse 53

अन्ये तु पुरुषव्याघ्र चेतसो ये व्यपाश्रयाः । अशुद्धास्ते समस्तास्तु देवाद्याः कर्मयोनयः ॥ ५३ ॥

Mais d’autres, ô tigre parmi les hommes, qui prennent refuge dans de simples constructions mentales, sont tous impurs ; même les dieux et les autres ne sont que des naissances issues du karma.

Verse 54

मूर्त्तं भगवतो रूपं सर्वापाश्रयनिस्पृहः । एषा वै धारणा ज्ञेया यच्चित्तं तत्र धार्यते ॥ ५४ ॥

Sache que voici la véritable dhāraṇā (concentration) : lorsque, sans désir d’aucun autre refuge ni soutien, on maintient l’esprit sur la forme manifestée de Bhagavān.

Verse 55

तत्र मूर्त्तं हरे रूपं यादृक् चिन्त्यं नराधिप । तच्छ्रूयतामनाधारे धारणा नोपपद्यते ॥ ५५ ॥

Là, ô roi, écoute quelle forme incarnée de Hari doit être contemplée; car sans un support (objet de méditation), la dhāraṇā, la concentration, ne peut naître comme il convient.

Verse 56

प्रसन्नचारुवदनं पद्मपत्रायतेक्षणम् । सुकपोलं सुविस्तीर्णं ललाटफलकोज्ज्वलम् ॥ ५६ ॥

Il avait un visage serein et gracieux, des yeux allongés comme des pétales de lotus, des joues bien dessinées et un front large et rayonnant.

Verse 57

समकर्णांसविन्यस्तचारुकर्णोपभूषणम् । कम्बुग्रीवं सुविस्तीर्णश्रीवत्साङ्कितवक्षसम् ॥ ५७ ॥

Il est paré de beaux ornements d’oreilles, posés en parfaite symétrie le long de la ligne des oreilles et des épaules; son cou est tel une conque, et sa vaste poitrine porte le signe sacré de Śrīvatsa.

Verse 58

बलित्रिभङ्गिना भुग्ननाभिना चोदरेण वै । प्रलम्बाष्टभुजं विष्णुमथवापि चतुर्भुजम् ॥ ५८ ॥

On peut méditer Viṣṇu dans la gracieuse posture de triple flexion (tribhaṅga), avec le nombril légèrement courbé et le ventre arrondi—soit comme le Seigneur majestueux aux huit bras, soit comme le Seigneur aux quatre bras.

Verse 59

समस्थितोरुजघनं सुस्थिराङिघ्रकराम्बुजम् । चिन्तयेद्ब्रह्मभूतं तं पीतनिर्मलवाससम् ॥ ५९ ॥

Qu’on médite sur ce Seigneur, réalisé comme Brahman : hanches et cuisses larges en parfait équilibre; pieds de lotus et mains de lotus, stables et paisibles; vêtu d’un vêtement jaune, pur et sans tache.

Verse 60

किरीटचारुकेयूरकटकादिविभूषितम् । शार्ङ्गशङ्खगदाखड्गप्रकाशवलयाञ्चितम् ॥ ६० ॥

Paré d’une couronne splendide, de beaux bracelets de bras, de bracelets et d’autres ornements; et entouré des emblèmes resplendissants — Śārṅga (l’arc), la conque sacrée, la massue et l’épée.

Verse 61

चिन्तयेत्तन्मयो योगी समाधायात्ममानसम् । तावद्यावद् दृढीभूता तत्रैव नृप धारणा ॥ ६१ ॥

Ayant stabilisé son esprit intérieur dans le samādhi, le yogin doit contempler le Suprême jusqu’à être totalement absorbé en Lui. Ô Roi, telle est la dhāraṇā : demeurer fixé là jusqu’à ce que la concentration devienne inébranlable.

Verse 62

वदतस्तिष्ठतो यद्वा स्वेच्छया कर्म कुर्वतः । नापयाति यदा चित्तात्सिद्धां मन्येत तां तदा ॥ ६२ ॥

Qu’on parle, qu’on se tienne debout ou qu’on agisse selon son gré, lorsque cette conscience/atteinte ne s’éloigne plus de l’esprit, qu’on sache alors qu’elle est parvenue à la perfection (siddhā).

Verse 63

ततः शङ्खगदाचक्रशार्ङ्गादिरहितं बुधः । चिन्तयेद्भगवद्रू पं प्रशान्तं साक्षसूत्रकम् ॥ ६३ ॥

Alors le sage doit contempler la forme du Bhagavān, dépouillée de la conque, de la massue, du disque et de l’arc Śārṅga, et autres; parfaitement paisible, portant manifestement le cordon sacré.

Verse 64

सा यदा धारणा तद्वदवस्थानवती ततः । किरीटकेयूरमुखैर्भूषणैः रहितं स्मरेत् ॥ ६४ ॥

Lorsque cette dhāraṇā devient stable et s’établit ainsi fermement, qu’on se souvienne alors du Seigneur comme dépouillé des ornements — couronne, bracelets de bras, et autres semblables.

Verse 65

तदेकावयवं चैवं चेतसा हि पुनर्बुधः । कुर्यात्ततोऽवयविनि प्रणिधानपरो भवेत् ॥ ६५ ॥

Ainsi, le sage, reprenant mentalement une seule partie comme point d’appui, doit s’élever de celle-ci au Tout qui possède les parties; alors il devient voué au praṇidhāna, la concentration profonde sur ce Tout.

Verse 66

तद्रू पप्रत्यये चैकसंनतिश्चान्यनिःस्पृहा । तद्ध्य्नां प्रथमैरङ्गैः षड्भिर्निष्पाद्यते नृप ॥ ६६ ॥

Ô roi, la stabilité dans la perception de Sa propre forme, l’absorption en un seul point et l’absence de désir pour toute autre chose : cette méditation sur Lui s’accomplit par les six premiers membres (pratiques préliminaires).

Verse 67

तस्यैवं कल्पनाहीनं स्वरूपग्रहणं हि यत् । मनसा ध्याननिष्पाद्यं समाधिः सोऽभिधीयते ॥ ६७ ॥

Lorsque, ainsi, l’esprit saisit la nature essentielle de Cette Réalité, libre de toute construction mentale, accomplie par la contemplation (dhyāna), cela est appelé samādhi.

Verse 68

विज्ञानं प्रापकं प्राप्ये परे ब्रह्मणि पार्थिव । प्रापणीयस्तथैवात्मा प्रक्षीणाशेषभावनः ॥ ६८ ॥

Ô roi, à l’égard du Brahman Suprême—le but à atteindre—le vijñāna, la connaissance discriminante, est le moyen d’y parvenir; et le Soi (Ātman) est bien ce qui est atteint lorsque toutes les bhāvanās résiduelles sont entièrement épuisées.

Verse 69

क्षेत्रज्ञकरणीज्ञानं करणं तेन तस्य तत् । निष्पाद्य मुक्तिकार्यं वै कृतकृत्यो निवर्तते ॥ ६९ ॥

La connaissance à cultiver au sujet du Connaisseur du Champ (kṣetrajña) devient l’instrument du chercheur. Ayant accompli l’œuvre de la libération, il est comblé dans son dessein et se retire de tout effort ultérieur.

Verse 70

तद्भावभावनापन्नस्ततोऽसौ परमात्मनः । भवत्यभेदी भेदश्च तस्याज्ञानकृतो भवेत् ॥ ७० ॥

Absorbé dans la contemplation de Cela (la Réalité suprême), il devient alors non différent du Paramātman. Toute impression de différence à Son égard ne provient que de l’ignorance.

Verse 71

विभेदजनके ज्ञाने नाशमात्यन्तिकं गते । आत्मनो ब्रह्मणाभेदं संमतं कः करिष्यति ॥ ७१ ॥

Lorsque la connaissance qui engendre la différenciation s’est éteinte totalement, qui maintiendra encore l’opinion admise que le Soi n’est pas différent de Brahman ?

Verse 72

इत्युक्तस्ते मया योगः खाण्डिक्य परिपृच्छतः । संक्षेपविस्तराभ्यां तु किमन्यत्क्रियतां तव ॥ ७२ ॥

Ainsi, ô Khāṇḍikya, puisque tu as interrogé, je t’ai exposé le Yoga, à la fois brièvement et en détail. Que veux-tu encore que je fasse pour toi ?

Verse 73

खाण्डिक्य उवाच । कथितो योगसद्भावः सर्वमेव कृतं मम । तवोपदेशात्सकलो नष्टश्चित्तमलो मम ॥ ७३ ॥

Khāṇḍikya dit : «Tu as exposé la véritable nature du Yoga ; pour moi, tout est accompli. Par ton enseignement, toute l’impureté de mon esprit a été détruite.»

Verse 74

ममेति यन्मया प्रोक्तमसदेतन्न चान्यथा । नरेन्द्र गदितुं शक्यमपि विज्ञेयवेदिभिः ॥ ७४ ॥

« À moi » : tout ce que j’ai dit ainsi est irréel, et ne peut être autrement. Ô roi des hommes, même ceux qui sont versés dans ce qui doit être connu ne peuvent le déclarer comme réalité ultime.

Verse 75

अहं ममेत्यविद्येयं व्यवहारस्तथानयोः । परमार्थस्त्वसंलाप्यो वचसां गोचरो न यः ॥ ७५ ॥

La notion d’échange « moi » et « mien » naît de l’ignorance : ainsi vont les rapports des êtres incarnés. Mais le Paramārtha, la Réalité suprême, dépasse toute négociation par les mots ; il n’est pas un objet dans le domaine de la parole.

Verse 76

तद्गच्छ श्रेयसे सर्वं ममैतद्भवता कृतम् । यद्विमुक्तिपरो योगः प्रोक्तः केशिध्वजाव्ययः ॥ ७६ ॥

Ainsi, avance vers le bien suprême ; tout cela, tu l’as accompli pour moi—car tu as enseigné le yoga impérissable dont le but est la délivrance totale, ô Keśidhvaja.

Verse 77

सनन्दन उवाच । यथार्हपूजया तेन खाण्डिक्येन स पूजितः । आजगाम पुरं ब्रह्मंस्ततः केशिध्वजो नृपः ॥ ७७ ॥

Sanandana dit : Honoré par Khāṇḍikya selon l’hospitalité et le culte qui conviennent, le roi Keśidhvaja revint ensuite à la cité, ô brahmane.

Verse 78

खाण्डिक्योऽपि सुतं कृत्वा राजानं योगसिद्धये । विशालामगमत्कृष्णे समावेशितमानसः ॥ ७८ ॥

Khāṇḍikya aussi, après avoir établi son fils comme roi afin d’atteindre la perfection du yoga, se rendit à Viśālā—l’esprit entièrement absorbé en Kṛṣṇa.

Verse 79

स तत्रैकान्तिको भूत्वा यमादिगुणसंयुतः । विष्ण्वाख्ये निर्मले ब्रह्मण्यवाप नृपतिर्लयम् ॥ ७९ ॥

Là, devenu entièrement unifié (dans la bhakti) et pourvu des vertus commençant par les yamas, le roi atteignit le laya—la dissolution ultime—dans la Réalité suprême sans tache, connue sous le nom de Viṣṇu.

Verse 80

केशिध्वजोऽपि मुक्त्यर्थं स्वकर्मक्षपणोन्मुखः । बुभुजे विषयान्कर्म चक्रे चानभिसन्धितम् ॥ ८० ॥

Même Keśidhvaja, tendu vers la délivrance et appliqué à consumer le reliquat de ses actes passés, goûta aux objets du monde; pourtant il agissait sans dessein caché ni attente de fruit.

Verse 81

स कल्याणोपभोगैश्च क्षीणपापोऽमलस्ततः । अवाप सिद्धिमत्यन्तत्रितापक्षपणीं मुने ॥ ८१ ॥

Alors, ses péchés épuisés et devenu sans tache, il goûta des jouissances propices et obtint, ô sage, une perfection spirituelle qui anéantit totalement les trois sortes d’affliction.

Verse 82

एतत्ते कथितं सर्वं यन्मां त्वं परिपृष्टवान् । तापत्रयचिकित्सार्थं किमन्यत्कथयामि ते ॥ ८२ ॥

Je t’ai dit en entier tout ce que tu m’as demandé. Pour guérir les trois afflictions, que pourrais-je encore t’expliquer ?

Verse 83

इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणे पूर्वभागे द्वितीयपादे सप्तचत्वारिंशत्तमोऽध्यायः ॥ ४७ ॥

Ainsi s’achève le quarante-septième chapitre de la Première Partie (Pūrvabhāga), Deuxième Section (Dvitīya-pāda) du saint Bṛhannāradīya Purāṇa.

Frequently Asked Questions

Because the formless, unborn Sat-Brahman is said to be inaccessible to one not yet disciplined in Yoga; therefore a gross, visible ālambana (Hari’s form/Viśvarūpa) stabilizes the mind until dhāraṇā matures into construction-free samādhi.

Yoga is defined as the distinctive, effort-dependent movement of the mind whereby it is united with Brahman—i.e., intentional mental integration culminating in absorption.

When practiced with desire, they yield specific sought-after results; when practiced without desire (as a mumukṣu), they become direct supports for liberation by purifying and steadying the mind for higher limbs of Yoga.