
Le chapitre se présente comme un dialogue : les ṛṣi demandent quel est le lieu où Brahmā et les sages Vālakhilya accomplirent leur tapas, et Sūta situe le récit dans un paysage sacré orienté, où se trouvent un siège/sanctuaire nommé Rudraśīrṣa et un kuṇḍa (bassin rituel). Vient ensuite un épisode moral et rituel : une femme brāhmane, soupçonnée de relations illicites, est découverte et accusée ; pour attester son innocence, elle se soumet à un « divya-graha » (épreuve publique) devant les anciens et les divinités. Agni précise que sa purification ne provient pas d’une approbation éthique de l’acte, mais de la puissance du lieu, marqué par Rudraśīrṣa et par l’eau du kuṇḍa ; le récit se déplace ainsi du différend personnel vers une théologie du site. La société blâme la dureté du mari, tout en avertissant d’un désordre moral : des vers ultérieurs décrivent l’effondrement du dharma conjugal aux alentours, comme si la force du lieu devenait dangereusement permissive lorsqu’on l’approche avec désir et moha plutôt qu’avec discipline. Un second exemple introduit le roi Vidūratha : emporté par la colère, il fait combler le kuṇḍa et endommage l’édifice ; une contre-malédiction déclare que quiconque restaurera le bassin et le temple héritera du fardeau karmique des transgressions érotiques commises en ce lieu—dissuasion éthique et affirmation saisissante de l’économie de mérite et de démérite du tīrtha. Le chapitre s’achève sur une prescription de bhakti : au Māgha Śukla Caturdaśī, adorer et réciter en japa le nom « Rudraśīrṣa » selon le compte prescrit (108), promettant l’accomplissement des souhaits, la purification des fautes quotidiennes et la « paramā gati », sous forme de phalaśruti.
Verse 1
। ऋषय ऊचुः । ब्रह्मणा कतमे स्थाने तत्र सूत कृतं तपः । वालखिल्यैश्च तैः सर्वैर्मुनिभिः शंसितव्रतैः
Les sages dirent : « Ô Sūta, en quel lieu Brahmā accomplit-il là son austérité, et en quel lieu tous ces sages Vālakhilya, ascètes loués pour leurs vœux, la pratiquèrent-ils ? »
Verse 2
सूत उवाच । तस्या वायव्यदिग्भागे हरवेद्या द्विजोत्तमाः । सम्यक्छ्रद्धाप्रयत्नेन ब्रह्मणा विहितं तपः
Sūta dit : «Ô le meilleur des deux-fois-nés, dans le quartier nord-ouest de cette Haravedī, Brahmā accomplit l’austérité prescrite, avec une foi juste et un effort ardent.»
Verse 3
पश्चिमे वालखिल्यैश्च जपस्नानपरायणैः । तत्राश्चर्यमभूद्यद्वै पूर्वं ब्राह्मण सत्तमाः । आश्रमे चतुरास्यस्य तद्वो वक्ष्यामि सांप्रतम्
Et dans la partie occidentale, auprès des Vālakhilya voués au japa et aux bains rituels, il advint jadis une merveille, ô le meilleur des brāhmaṇa, dans l’ermitage de Caturāsya (Brahmā). Je vais à présent vous la dire.
Verse 4
तत्र दुश्चारिणी काचिद्रात्रौ ब्राह्मणवंशजा । देवदत्तं समासाद्य वल्लभं रमते सदा
Là se trouvait une femme de lignée brāhmane, mais au comportement dévoyé ; la nuit, elle rejoignait son bien-aimé Devadatta et s’abandonnait sans cesse au plaisir avec lui.
Verse 5
अज्ञाता पतिना मात्रा तथान्यैरपि बांधवैः । कृष्णपक्षं समासाद्य विजने हृष्टमानसा
À l’insu de son mari, de sa mère et des autres parents, elle choisissait la quinzaine sombre (kṛṣṇa-pakṣa) et, dans un lieu retiré, s’y rendait l’esprit réjoui.
Verse 6
कस्यचित्त्वथ कालस्य दृष्टा सा केनचि द्द्विजाः । तत्रस्था जारसंयुक्ता स्वभर्तुश्च निवेदिता
Après quelque temps, un brāhmane la vit là, en compagnie de son amant, et rapporta l’affaire à son mari.
Verse 7
अथासौ कोपसंयुक्तस्तस्या भर्ता सुनिष्ठुरैः । वाक्यैस्तां गर्हयामास प्रहारैश्चाप्य ताडयत्
Alors son époux, saisi de colère, la blâma par des paroles très dures et la frappa même de coups.
Verse 8
अथ सा धार्ष्ट्यमासाद्य स्त्रीस्वभावं समाश्रिता । प्रोवाच बाष्पपूर्णाक्षी दीनांजलिपुटा स्थिता
Alors elle, prenant hardiesse et suivant la manière propre aux femmes, parla debout, les paumes jointes, les yeux pleins de larmes.
Verse 9
किं मां दुर्जनवाक्येन त्वं ताडयसि निष्ठुरैः । प्रहारैर्दोषनिर्मुक्तां त्वत्पादप्रणतां विभो
Pourquoi me frapper de coups cruels à cause des paroles des méchants, moi qui suis sans faute et prosternée à tes pieds, ô Seigneur ?
Verse 10
अहं त्वां शपथं कृत्वा भक्षयित्वाऽथ वा विषम् । प्रविश्य हव्यवाहं वा करिष्ये प्रत्ययान्वितम्
Je te ferai croire par un serment : soit en buvant du poison, soit en entrant dans le feu sacré, porteur des offrandes.
Verse 11
अथ तां ब्राह्मणः प्राह यदि त्वं पापवर्जिता । पुरतो देवविप्राणां कुरु दिव्यग्रहं स्वयम्
Alors un brahmane lui dit : « Si tu es exempte de péché, devant les dieux et les brahmanes, accomplis toi‑même l’épreuve divine ».
Verse 12
सा तथेति प्रतिज्ञाय साहसेन समन्विता । दिव्यग्रहं ततश्चक्रे यथोक्तविधिना सती
Elle acquiesça en disant : « Qu’il en soit ainsi », et, animée d’une ferme résolution, elle accomplit l’épreuve divine selon le rite prescrit.
Verse 13
शुद्धिं च प्राप्ता सर्वेषां बन्धूनां च द्विजन्मनाम् । पुरतश्च गुरूणां च देवानामपि पापकृत्
Et elle obtint la justification, la pureté, en présence de tous : ses parents, les deux-fois-nés, les maîtres, et même les dieux, bien qu’elle eût commis une faute.
Verse 14
एतस्मिन्नन्तरे तस्याः साधुवादो महानभूत् । धिक्छब्दश्च तथा पत्युः सर्वैर्दत्तः सुगर्हितः
Cependant, de grandes acclamations s’élevèrent en sa faveur ; et de tous jaillit aussi un cri puissant de blâme — « Honte ! » — dirigé contre son époux, vivement réprouvé.
Verse 15
अहो पापसमाचारो दुष्टोऽयं ब्राह्मणाधमः । अपापां धर्मपत्नीं यो मिथ्यादोषेणयोजयेत्
« Hélas, quelle conduite pécheresse ! Ce misérable, le plus vil des brāhmaṇas, veut attacher une accusation mensongère à une épouse sans faute, vouée au dharma. »
Verse 16
एवं स निन्द्यमानस्तु सर्वलोकैर्द्विजोत्तमाः । कोपं चक्रे ततो वह्निं समुद्दिश्य सदुःखितः
Ainsi, tandis qu’il était blâmé par tous, ô meilleur des deux-fois-nés, il s’emporta et, accablé de douleur, tourna sa colère vers Agni, le dieu du Feu.
Verse 17
शापं दातुं मतिं चक्रे ततो वह्नेः सुदुःखितः । अब्रवीत्परुषं वाक्यं निन्दमानः पुनःपुनः
Alors, accablé d’une profonde détresse, il résolut de proférer une malédiction contre Agni; et, le blâmant sans cesse, il prononça des paroles dures.
Verse 18
मया स्वयं प्रदृष्टेयं जारेण सह संगता । त्वया वह्ने सुपापेयं न कस्माद्भस्मसात्कृता
« Je l’ai vue moi-même s’unir à un amant. Pourquoi donc, ô Agni, cette grande pécheresse n’a-t-elle pas été réduite en cendres par toi ? »
Verse 19
तस्मात्त्वां पापकर्माणमसत्यपक्षपातिनम् । असंदिग्धं शपिष्यामि रौद्रशापेन सांप्रतम्
« C’est pourquoi, sans hésiter, je te maudirai à présent d’une malédiction farouche, car tu agis en pécheur et prends le parti du mensonge. »
Verse 20
सूत उवाच । तस्य तद्वचनं श्रुत्वा संक्रुद्धस्य द्विजन्मनः । सप्तार्चिर्भयसंत्रस्तः कृतांजलिरुवाच तम्
Sūta dit : Entendant ces paroles du brāhmane courroucé, Saptārcis (Agni), saisi de crainte, s’adressa à lui les mains jointes.
Verse 21
अग्निरुवाच । नैष दोषो मम ब्रह्मन्यन्न दग्धा तव प्रिया । कृतागसाऽपि मे वाक्यं शृणुष्वात्र स्फुटेरितम्
Agni dit : « Ô brāhmane, ce n’est pas ma faute si ta bien-aimée n’a pas été brûlée. Bien qu’elle ait commis une faute, écoute ici mes paroles, énoncées clairement. »
Verse 22
अनया परकांतेन कृतः सह समागमः । चिरं कालं द्विज श्रेष्ठ त्वया ज्ञाताद्य वासरे
«Avec un autre homme, elle a réellement entretenu cette union durant longtemps, ô le meilleur des deux-fois-nés—bien que tu ne l’aies appris qu’en ce jour.»
Verse 23
परं यस्माद्विशुद्धैषा मया दग्धा न सा द्विज । कारणं तच्च ते वच्मि शृणुष्वैकमनाः स्थितः
«Mais puisque désormais elle est purifiée, je ne l’ai pas brûlée, ô brāhmane. Je t’en dirai la raison—écoute, l’esprit fixé en un seul point.»
Verse 24
यत्रानया कृतः संगः परकांतेन वै द्विज । तस्मिन्नायतने ब्रह्मा रुद्रशीर्षो व्यवस्थितः
«Ô brāhmane, dans le sanctuaire même où elle s’unit à l’aimé d’autrui, Brahmā lui-même demeure établi, portant la marque de la tête tranchée de Rudra (Rudraśīrṣa).»
Verse 25
तत्र कृत्वा रतं चित्रं परकांतसमं तदा । पश्यति स्म ततो रुद्रं ब्रह्ममस्तकसंस्थितम्
«Là, après avoir accompli un étrange acte de passion, semblable à celui avec l’aimé d’autrui, elle aperçut Rudra, présent sur la tête de Brahmā.»
Verse 26
ततः प्रक्षालयत्यंगं कुण्डे तत्राग्रतः स्थिते । कृतपापापि तेनैषा शुद्धिं याति शुचिस्मिता
«Puis elle lava son corps dans le bassin sacré (kuṇḍa) qui se tenait là, juste devant; bien qu’elle eût commis une faute, par cet acte elle atteignit la pureté—elle au doux sourire.»
Verse 27
अत्र पूर्वं विपाप्माऽभूद्ब्रह्मा लोकपितामहः । सतीवक्त्रं समालोक्य कामार्तोऽपि स पापकृत्
Ici, jadis, Brahmā—l’aïeul des mondes—fut entaché de péché ; car, ayant contemplé le visage de Satī, il fut saisi par le désir et commit une faute.
Verse 28
तस्मान्नास्त्यत्र मे दोषः स्वल्पोऽपि द्विजसत्तम । रुद्रशीर्षप्रभावोऽयं तस्य कुण्डोदकस्य च
Ainsi donc, ô le meilleur des brāhmaṇas, il n’y a ici en moi pas la moindre faute ; telle est la puissance de Rudraśīrṣa et de l’eau de ce bassin sacré.
Verse 29
तस्मादेनां समादाय संशुद्धां पापवर्जिताम् । गृहं गच्छ द्विजश्रेष्ठ सत्यमेतन्मयो दितम्
C’est pourquoi, ô le plus éminent des brāhmaṇas, prends-la—désormais purifiée et exempte de péché—et retourne en ta demeure. Ceci est la vérité, telle que je l’ai proclamée.
Verse 30
ब्राह्मण उवाच । या मया सहसा दृष्टा स्वयमेव हुताशन । परकांतेन तां नाद्य शुद्धामपि गृहं नये
Le brāhmaṇa dit : Ô Hutāśana (Agni), celle que j’ai vue soudain de mes propres yeux auprès de l’aimé d’autrui, je ne la ramènerai pas aujourd’hui en ma maison, fût-elle purifiée.
Verse 31
इत्युक्त्वा च द्विजश्रेष्ठस्तां त्यक्त्वापि शुचिव्रतः । जगाम स्वगृहं पश्चात्तथा जग्मुर्जना गृहान्
Ayant ainsi parlé, ce brāhmaṇa éminent—bien qu’attaché à des vœux de pureté—l’abandonna et, ensuite, regagna sa demeure ; de même, les gens s’en allèrent chacun chez soi.
Verse 32
सापि तेन परित्यक्ता पतिना हृष्टमानसा । ज्ञात्वा तत्तीर्थमाहात्म्यं वैश्वानरमुखेरितम्
Bien qu’abandonnée par son époux, elle demeura joyeuse en son cœur, ayant compris la grandeur de ce tīrtha, proclamée par la bouche de Vaiśvānara (Agni).
Verse 33
तेनैव परकांतेन विशेषेण रतिक्रियाम् । तस्मिन्नायतने चक्रे कुण्डे तोयावगाहनम्
Avec ce même amant, elle accomplit de nouveau l’acte de passion d’une manière particulière ; et, dans ce sanctuaire, elle s’immergea aussi dans les eaux du bassin (kuṇḍa).
Verse 34
अथान्ये परलोकस्य भीत्याऽतीव व्यवस्थिताः । विमुखाः परदारेषु नार्यश्चापि पतिव्रताः
Alors d’autres, fermement retenus par la crainte de l’au-delà, se détournèrent des épouses d’autrui ; et les femmes aussi demeurèrent pativratā, chastes et fidèles à leurs maris.
Verse 35
दूरतोऽपि समभ्येत्य ते सर्वे तत्र मंदिरे । रुद्रशीर्षाभिधानं च प्रचक्रुः सुरतोत्सवम्
Venant même de loin, ils se rassemblèrent tous dans ce sanctuaire et célébrèrent la fête appelée « Rudraśīrṣa », un rite joyeux de délectation.
Verse 36
निमज्जंति ततः कुण्डे तस्मिन्पातकनाशने । भवंति पापनिर्मुक्ता रुद्रशीर्षावलोकनात्
Puis ils s’immergent dans ce bassin, destructeur des péchés ; et, par la vision de Rudraśīrṣa, ils sont délivrés de toute faute.
Verse 37
एतस्मिन्नंतरे नष्टो धर्मः पत्नीसमुद्भवः । पुरुषाणां ततः स्त्रीणां निजकांतासमुद्भवः
Cependant, le dharma fondé sur la fidélité de l’épouse périt ; et, de même, chez les hommes et les femmes, se perdit le dharma né de la dévotion exclusive envers son propre bien-aimé, l’époux ou l’épouse.
Verse 38
यो यां पश्यति रूपाढ्यां नारीमपि कुलोद्भवाम् । स तत्रानीय संहृष्टो भजते द्विजसत्तमाः
Quel que soit l’homme qui voit une femme riche de beauté — fût-elle issue d’une noble lignée —, transporté de joie, l’y amène et s’abandonne à l’union ; ô meilleurs des deux-fois-nés !
Verse 39
तथा नारी सुरूपाढ्यं यं पश्यति नरं क्वचित् । सापि तत्र समानीय कुरुते सुरतोत्सवम्
De même, lorsqu’une femme, quelque part, voit un homme beau, elle aussi l’y conduit et accomplit cette fête de la volupté.
Verse 40
लिप्यते न च पापेन कथंचित्तकृतेन च । नरो वा यदि वा नारी तत्तीर्थस्य प्रभावतः
Par la puissance de ce tīrtha, ni l’homme ni la femme ne sont souillés par le péché, même par une faute commise de quelque manière que ce soit.
Verse 41
कस्यचित्त्वथ कालस्य तत्र राजा विदूरथः । आनर्त्तविषये जज्ञे वार्धक्यं च क्रमाद्ययौ
Or, après quelque temps, il y eut un roi nommé Vidūratha, né dans le pays d’Ānarta ; et, au fil des jours, il parvint peu à peu à la vieillesse.
Verse 42
तस्य भार्याऽभवत्तन्वी तरुणी वररूपधृक् । पश्चिमे वयसि प्राप्ते प्राणेभ्योऽपि गरीयसी
Son épouse était svelte, jeune et d’une beauté exquise ; et lorsqu’il parvint aux années du déclin, elle lui devint plus chère que la vie même.
Verse 43
न तस्याः स जराग्रस्तश्चित्ते वसति पार्थिवः । तस्मिंस्तीर्थे समागत्य वांछितं रमते नरः
Ce roi, accablé par la vieillesse, ne demeurait plus dans le cœur d’elle. Mais quiconque vient à ce tīrtha goûte l’accomplissement de son désir.
Verse 44
पार्थिवोऽपि परिज्ञाय तस्यास्तच्च विचेष्टितम् । कोपाविष्टस्ततो गत्वा तस्मिन्क्षेत्रे सुशोभने
Lorsque le roi apprit sa conduite et ce qu’elle avait accompli, la colère le saisit ; puis, s’en allant aussitôt, il parvint, furieux, à ce kṣetra sacré et splendide.
Verse 45
तत्कुण्डं पूरयामास ततः पांशूत्करैर्द्रुतम् । बभंज तं च प्रासादं ततः प्रोवाच दारुणम्
Il fit combler ce bassin sacré, promptement, par des monceaux de poussière ; il brisa aussi ce sanctuaire, puis proféra une parole terrible.
Verse 46
यश्चैतत्पूरितं कुण्डं पांशुना निखनिष्यति । प्रासादं च पुनश्चैनं करिष्यति पुनर्नवम्
Et quiconque ensevelira de nouveau ce bassin comblé de poussière, et quiconque rebâtira encore ce sanctuaire pour le rendre à nouveau neuf—
Verse 47
परदारकृतं पापं तस्य संपत्स्यतेऽखिलम् । यदत्र प्रकरिष्यंति मानवाः काममोहिताः
Tout le péché né de l’union avec l’épouse d’autrui retombera entièrement sur celui-là—quoi que fassent en ce lieu les hommes, égarés par le désir.
Verse 48
सूत उवाच । एवं स पार्थिवः प्रोच्य तामादाय ततः प्रियाम् । जगाम स्वगृहं पश्चात्प्रहृष्टेनांतरात्मना
Sūta dit : Ayant ainsi parlé, le roi prit avec lui sa bien-aimée, puis retourna à sa demeure, l’âme intérieure toute réjouie.
Verse 49
अथ तां विरतां ज्ञात्वा सोऽन्यचित्तां प्रियां नृपः । यत्नेन रक्षयामास विश्वासं नैव गच्छति
Puis, sachant qu’elle s’était détournée de lui et que l’esprit de sa bien-aimée était ailleurs, le roi la garda avec grand soin—mais la confiance ne revint point véritablement.
Verse 50
अन्यस्मिन्दिवसे शस्त्रं सूक्ष्मं वेण्यां निधाय सा । जगाम शयनं तस्य वधार्थं वरवर्णिनी
Un autre jour, la femme au beau teint cacha une arme fine dans sa tresse et se rendit au lit du roi avec l’intention de le tuer.
Verse 51
ततस्तेन समं हास्यं कृत्वा क्षत्रियभावजम् । सुरतं रुचिरैर्भावैर्हावैर्भूरिभिरेव च
Alors, riant avec lui d’une manière digne de l’ardeur d’un kṣatriya, elle s’adonna à l’union amoureuse, riche de charmes, d’élans et de maints gestes de séduction.
Verse 52
ततो निद्रावशं प्राप्तं तं नृपं सा नृपप्रिया । स्ववेण्याः शस्त्रमादाय निजघान सुनिर्दया
Alors, lorsque le roi fut tombé sous l’emprise du sommeil, la bien-aimée du roi—d’une cruauté sans merci—prit l’arme cachée dans sa tresse et l’abattit.
Verse 53
एवं तस्य फलं जातं सद्यस्तीर्थस्य भंगजम् । आनर्ताधिपते रौद्रं सर्वलोकविगर्हितम्
Ainsi, pour le seigneur d’Ānarta, surgit aussitôt le fruit né de la profanation du tīrtha : d’une nature farouche et blâmé par tous les peuples.
Verse 54
अद्यापि तत्र देवेशो रुद्रशीर्षः स तिष्ठति । लिंगभेदभयात्तेन न स भग्नो द्विजोत्तमाः
Aujourd’hui encore, le Seigneur des dieux, nommé Rudraśīrṣa, demeure en ce lieu. Par crainte d’endommager le liṅga, il ne fut pas brisé, ô vous, les plus éminents des deux-fois-nés.
Verse 55
यस्तस्य पुरतः स्थित्वा जपेद्रुद्रशिरः शुचिः । माघशुक्लचतुर्दश्यां पूजयित्वा स्रगादिभिः
Quiconque, pur, se tient devant Lui et récite le Rudraśīrṣa, et, le quatorzième jour lunaire de la quinzaine claire de Māgha, l’honore par des guirlandes et autres offrandes—
Verse 56
वांछितं लभते चाशु तस्येशस्य प्रभावतः । अष्टोत्तरशतं यावद्यो जपेत्पुरतः स्थितः
Par la puissance de ce Seigneur, il obtient promptement ce qu’il désire, s’il se tient devant Lui et accomplit le japa jusqu’à cent huit fois.
Verse 57
रुद्रशीर्षं न संदेहः स याति परमां गतिम् । एकवारं नरो यो वा तत्पुरः पठति द्विजः
Quant à la récitation du Rudraśīrṣa, il n’y a nul doute : il atteint l’état suprême. Qu’il soit homme ordinaire ou « deux-fois-né », quiconque le récite ne fût-ce qu’une fois en sa présence—
Verse 58
नित्यं दिनकृतात्पापान्मुच्यते द्विजसत्तमाः । एतद्वः सर्वमाख्यातं रुद्रशीर्षसमुद्भवम्
Ô vous, les meilleurs des « deux-fois-nés » ! Chaque jour, il est délivré des péchés commis au cours de la journée. Ainsi vous ai-je tout exposé concernant l’origine et le récit du Rudraśīrṣa.
Verse 59
माहात्म्यं सर्वपापानां सद्यो नाशनकारकम् । मंगलं परमं ह्येतदायुष्यं कीर्तिवर्धनम् । रुद्रशीर्षस्य माहात्म्यं तस्माच्छ्रोतव्यमादरात्
Ce Māhātmya est cause de la destruction immédiate de tous les péchés. Il est, en vérité, souverainement auspice, accroît la longévité et fait grandir la renommée. Aussi le Māhātmya du Rudraśīrṣa doit-il être écouté avec vénération.