
Le chapitre 63 présente l’étiologie du tīrtha de Someśvara : Sūta décrit un liṅga renommé que l’on dit établi par Soma (la Lune). Il y est prescrit une observance limitée dans le temps—adorer Śiva chaque lundi pendant une année—associée à la délivrance de maladies graves, notamment les affections de dépérissement (yakṣmā) et d’autres maux chroniques. Le récit explique ensuite l’origine de l’épreuve de Soma : il épouse les vingt-sept filles de Dakṣa (les Nakṣatras), mais s’attache exclusivement à Rohiṇī, ce qui pousse les autres à se plaindre. Dakṣa le réprimande au nom du dharma ; Soma promet de se corriger, puis retombe dans la même conduite, et Dakṣa le maudit d’une maladie consumante. Soma cherche remèdes et médecins en vain, adopte le renoncement et le pèlerinage, et parvient à Prabhāsa-kṣetra où il rencontre le sage Romaka. Romaka enseigne que la malédiction ne peut être annulée directement, mais que ses effets peuvent être apaisés par la bhakti envers Śiva : Soma doit établir des liṅgas dans les tīrthas (soixante-huit sont évoqués) et les vénérer avec foi. Śiva apparaît, intercède auprès de Dakṣa et institue une résolution cyclique : Soma croîtra et décroîtra par moitiés selon la quinzaine (pakṣa), sauvegardant la vérité de la malédiction tout en accordant le soulagement. Soma demande la présence continue de Śiva dans les liṅgas installés ; Śiva accorde une proximité particulière le lundi. Le chapitre s’achève en affirmant les manifestations de Someśvara à travers les tīrthas.
Verse 1
सूत उवाच । अथ सोमेश्वराख्यं च तत्र लिंगं सुशोभनम् । अस्ति ख्यातं त्रिलोकेऽत्र स्वयं सोमेन निर्मितम्
Sūta dit : Là se trouve un liṅga splendide nommé Somēśvara, renommé dans les trois mondes, établi ici par Soma (la Lune) lui-même.
Verse 2
सोमवारेण यस्तत्र वत्सरं यावदर्चयेत् । क्षणं कृत्वा स रोगेण दारुणेनापि मुच्यते
Quiconque y rend un culte les lundis durant une année—fût-ce après une observance même brève—est délivré même des maladies les plus redoutables.
Verse 3
यक्ष्मणापि न संदेहः किं पुनः कुष्ठपूर्वकैः । तस्मात्सर्वप्रयत्नेन रोगार्त्तस्तं प्रपूजयेत्
Même pour le yakṣmā (phtisie), il n’y a aucun doute quant à la délivrance ; à plus forte raison pour des maux tels que la lèpre (kuṣṭha) et autres. Ainsi, celui que la maladie accable doit L’adorer là de tous ses efforts.
Verse 4
तदाराध्य पुरा सोमः क्षयव्याधिसमन्वितः । बभूव नीरुग्देहोऽसौ यथा पांड्यो नराधिपः
Autrefois, Soma, atteint du mal de dépérissement, adora Celui-là, Somēśvara. Son corps fut alors délivré de la maladie, comme le fut ensuite le roi Pāṇḍya.
Verse 5
ऋषय ऊचुः । ओषधीनामधीशस्य कथं सोमस्य सूतज । क्षयव्याधिः पुरा जाता उपशांतिं कथं गतः
Les sages dirent : «Ô fils de Sūta, comment Soma, seigneur des plantes médicinales, fut-il jadis atteint du mal de dépérissement ? Et comment s’apaisa-t-il ?»
Verse 6
एतन्नः सर्वमाचक्ष्व विस्तरेण महामते । तथा तस्य महीपस्य पांड्यस्यापि कथां शुभाम्
Expose-nous tout cela en détail, ô grand d’âme, et raconte aussi l’heureux récit de ce roi, le Pāṇḍya.
Verse 7
सूत उवाच । दक्षस्य कन्यकाः पूर्वं सप्तविंशतिसंख्यया । उपयेमे निशानाथो देवाग्निगुरुसंनिधौ
Sūta dit : «Autrefois, le Seigneur de la Nuit (Soma) prit pour épouses les filles de Dakṣa, au nombre de vingt-sept, en présence des dieux, du feu sacré et des gurus.»
Verse 8
नक्षत्रसंज्ञिता लोके कीर्त्यंते या द्विजोत्तमैः । दैवज्ञैरश्विनीपूर्वा रूपौदार्यगुणान्विताः
Dans le monde, on les connaît sous le nom de Nakṣatras, louées par les meilleurs des deux-fois-nés et par les astrologues, à commencer par Aśvinī ; elles sont pourvues de beauté, de générosité et de vertus.
Verse 9
अथ तासां समस्तानां मध्ये तस्य निशापतेः । रोहिणी वल्लभा जज्ञे प्राणेभ्योऽपि गरीयसी
Alors, parmi toutes, Rohiṇī devint la bien-aimée de ce Seigneur de la Nuit (la Lune), plus chère à lui que ses propres souffles de vie.
Verse 10
ततः समं परित्यज्य सर्वास्ता दक्षकन्यकाः । रोहिण्या सह संयुक्तः संबभूव दिवानिशम्
Ensuite, délaissant l’égalité envers toutes les filles de Dakṣa, il demeura uni à Rohiṇī, jour et nuit.
Verse 11
ततस्ताः काम संतप्ता दौर्भाग्येन समन्विताः । प्रोचुर्दुःखान्विता दक्षं गत्वा बाष्पप्लुताननाः
Alors ces jeunes filles, brûlées par un désir inassouvi et accablées de malchance, allèrent vers Dakṣa ; le visage baigné de larmes, elles lui parlèrent dans la douleur.
Verse 12
वयं यस्मै त्वया दत्ताः पत्न्यर्थं तात पापिने । ऋतुमात्रमपि प्रीत्या सोऽस्माकं न प्रयच्छति
«Père, tu nous as données à ce pécheur pour époux ; pourtant, avec affection, il ne nous accorde pas même une seule saison d’intimité—un ṛtu—et ne s’approche pas de nous.»
Verse 14
सूत उवाच । तासां तद्वचनं श्रुत्वा दक्षो दुःखसमन्वितः । सर्वास्ताः स्वयमादाय जगाम शशिसंनिधौ
Sūta dit : Entendant leurs paroles, Dakṣa fut saisi de chagrin ; les prenant toutes avec lui, il se rendit auprès de Śaśin (la Lune).
Verse 15
ततः प्रोवाच सोऽन्वक्षं तासां दक्षः प्रजापतिः । भर्त्सयन्परुषैर्वाक्यैर्निशानाथं मुहुर्मुहुः
Alors Dakṣa Prajāpati, se tenant devant elles, réprimanda maintes et maintes fois Niśānātha (Seigneur de la Nuit, la Lune) par des paroles dures.
Verse 16
किमिदं युज्यते कर्तुं त्वया रात्रिपतेऽधम । कर्म मूढ सतां बाह्य धर्मशास्त्रविगर्हितम्
«Ô Seigneur de la Nuit, être vil ! Comment peux-tu juger convenable d’agir ainsi ? Ô égaré, cet acte est hors de la conduite des justes et il est blâmé par les Dharma-śāstra.»
Verse 17
ऋतुकालेऽपि संप्राप्ते सुता मम समुद्भवाः । यन्न संभाषसि प्रीत्या धर्मशास्त्रं न वेत्सि किम्
«Même lorsque la saison propice est venue, tu ne t’entretiens pas avec affection avec mes filles, nées de moi. Ne connais-tu donc pas le Dharma-śāstra ?»
Verse 18
ऋतु स्नातां तु यो भार्यां संनिधौ नोपगच्छति । घोरायां भ्रूणहत्यायां युज्यते नात्र संशयः
«Mais celui qui n’approche pas son épouse, baignée et prête en la saison du ṛtu, même lorsqu’elle est tout près, encourt le terrible péché de fœticide ; là-dessus, nul doute.»
Verse 19
तस्य तद्वचनं श्रुत्वा सलज्जो रात्रिनायकः । प्रोवाचाधोमुखो दक्षं प्रकरिष्ये वचस्तव
Entendant ces paroles, le Seigneur de la Nuit fut saisi de honte ; la tête baissée, il dit à Dakṣa : «J’accomplirai ton ordre.»
Verse 20
ततो हृष्टमना दक्षः सुताः सर्वा हिमद्युते । निवेद्यामंत्र्य तं पश्चाज्जगाम निजमंदिरम्
Alors Dakṣa, le cœur comblé de joie, présenta toutes ses filles à Celui dont l’éclat est glacé (la Lune). Après lui avoir rendu hommage et pris congé, il retourna à sa propre demeure.
Verse 21
चन्द्रोऽपि पूर्ववत्सर्वास्ताः परित्यज्य दक्षजाः । रोहिण्या सह संसर्गं प्रचकारानुरागतः
Pourtant la Lune, comme auparavant, délaissa toutes ces filles de Dakṣa et, attachée par le désir, poursuivit son union avec Rohiṇī.
Verse 22
अथ ता दुःखिता भूयो जग्मुर्यत्र पिता स्थितः । प्रोचुश्च बाष्पपूर्णाक्षास्तत्कालसदृशं वचः
Alors, accablées de chagrin, elles retournèrent là où se tenait leur père. Les yeux pleins de larmes, elles prononcèrent des paroles à la mesure de la détresse de l’instant.
Verse 23
एतत्तात महद्दुःखमस्माकं वर्तते हृदि । यद्दौर्भाग्यं प्रसंजातं सर्वस्त्रीजनगर्हितम्
«Père bien-aimé, une grande douleur demeure dans nos cœurs, car le malheur s’est abattu sur nous : une honte que toutes les femmes réprouvent.»
Verse 24
यत्पुनस्त्वं कृतस्तेन कामुकेन दुरात्मना । व्यर्थश्रमोऽप्रमाणीव कृतेऽस्माकं गतः स्वयम्
«Et de plus, à cause de ce débauché au cœur mauvais, l’on t’a fait paraître comme si ton effort était vain et ton autorité méprisée, alors même que tu agissais pour nous.»
Verse 25
तद्दुःखं न वयं शक्ता हृदि धर्तुं कथंचन । रमते स हि रोहिण्या चंद्रमाः सहितोऽनिशम्
«Nous ne pouvons, d’aucune manière, porter cette douleur dans notre cœur ; car la Lune se réjouit sans cesse, ne tenant compagnie qu’à Rohiṇī.»
Verse 26
विशेषात्तव वाक्येन निषिद्धो रात्रिनायकः । अनुज्ञां देहि तस्मात्त्वमस्माकं तत्र सांप्रतम् । दौर्भाग्यदुःखसंतप्तास्त्यजामो येन जीवितम्
«C’est surtout par ton ordre que le Seigneur de la Nuit a été interdit. Accorde-nous donc, à présent, la permission d’aller là-bas : consumées par la douleur du malheur, nous quitterons la vie par ce moyen.»
Verse 27
सूत उवाच । तासां तद्वचनं श्रुत्वा दक्षः कोपसमन्वितः । शशाप शर्वरीनाथं गत्वा तत्संनिधौ ततः
Sūta dit : «Ayant entendu leurs paroles, Dakṣa, empli de colère, se rendit en sa présence et maudit alors le Seigneur de la Nuit.»
Verse 28
यस्मात्पाप न मे वाक्यं त्वया धर्मसमन्वितम् । कृतं तस्मात्क्षयव्याधिस्त्वां ग्रसिष्यति दारुणः
«Puisque toi, pécheur, tu n’as pas suivi ma parole établie dans le dharma, une terrible maladie de dépérissement te saisira.»
Verse 29
एवमुक्त्वा ययौ दक्षश्चन्द्रोऽपि द्विजसत्तमाः । तत्क्षणाद्यक्ष्मणाश्लिष्टः क्षयं याति दिने दिने
Après avoir parlé ainsi, Dakṣa s’en alla ; et la Lune aussi—ô meilleurs des deux-fois-nés—fut, dès cet instant, saisie par la consomption, et de jour en jour dépérit.
Verse 30
ततोऽसौ कृशतां प्राप्तः संपरित्यज्य रोहिणीम् । अशक्तः सेवितुं कामं वभ्राम जगतीतले
Alors il devint décharné; abandonnant Rohiṇī et, incapable de poursuivre les plaisirs des sens, il erra à la surface de la terre.
Verse 31
क्षयव्याधिप्रणाशाय पृच्छ मानश्चिकित्सकान् । औषधानि विचित्राणि प्रकुर्वाणो जितेन्द्रियः
Désirant anéantir la maladie de dépérissement, il interrogea les médecins; et, maître de ses sens, il prépara des remèdes variés.
Verse 32
तथापि मुच्यते नैव यक्ष्मणा स निशापतिः । दक्षशापेन रौद्रेण क्षयं याति दिनेदिने
Pourtant, le Seigneur de la Nuit (la Lune) n’est pas délivré de la yakṣmā, la consomption. Par la terrible malédiction de Dakṣa, il dépérit de jour en jour.
Verse 33
ततो वैराग्यमापन्नस्तीर्थयात्रापरायणः । बभूव श्रद्धयायुक्तस्त्यक्त्वा भेषजमुत्तमम्
Alors, gagnant le détachement, il se voua au pèlerinage vers les tīrtha; rempli de foi, il mit de côté même les remèdes les plus excellents.
Verse 34
अथासौ भ्रममाणस्तु तीर्थान्यायतनानि च । संप्राप्तो ब्राह्मणश्रेष्ठाः प्रभासं क्षेत्रमुत्तमम्
Ainsi, errant parmi les tīrtha et les sanctuaires sacrés, il parvint—ô meilleurs des brāhmaṇas—à Prabhāsa, le kṣetra suprêmement excellent.
Verse 35
तत्र स्नात्वा शुचिर्भूत्वा प्रभासं वीक्ष्य रात्रिपः । यावत्संप्रस्थितोन्यत्र तावदग्रे व्यवस्थितम्
Là, après s’être baigné et être devenu pur, le Seigneur de la Nuit contempla Prabhāsa. Et comme il s’apprêtait à partir ailleurs, il vit quelqu’un se tenir devant lui.
Verse 36
अपश्यद्रोमकंनाम स मुनि संशितव्रतम् । तपोवीर्यसमोपेतं सर्वसत्त्वानुकम्पकम्
Il aperçut un sage nommé Romaka, ferme dans son vœu, pourvu de la puissance née de l’ascèse, et plein de compassion pour tous les êtres.
Verse 37
तं दृष्ट्वा स प्रणम्योच्चै स्ततः प्रोवाच सादरम् । क्षयव्याधियुतश्चन्द्रो निर्वेदाद्द्विजसत्तमाः
L’ayant vu, il se prosterna profondément, puis parla avec déférence. Candra, atteint du mal de dépérissement, s’adressa à lui dans un profond désespoir : «Ô le meilleur des deux-fois-nés !»
Verse 38
परिक्षीणोऽस्मि विप्रेंद्र क्षयव्याधिप्रभावतः । तस्मात्कुरु प्रतीकार महं त्वां शरणं गतः
«Ô Viprendra, seigneur parmi les brāhmaṇas, je suis entièrement épuisé par la puissance de ce mal de dépérissement. Accorde-moi donc un remède : je suis venu chercher refuge auprès de toi.»
Verse 39
मया चिकित्सकाः पृष्टास्तैरुक्तं भेषजं कृतम् । अनेकधा महाभाग परिक्षीणो दिनेदिने
«J’ai interrogé des médecins et j’ai employé, de bien des façons, les remèdes qu’ils ont prescrits ; pourtant, ô grand bienheureux, je continue à dépérir de jour en jour.»
Verse 40
यदि नैवोपदेशं मे कञ्चित्त्वं संप्रदास्यसि । व्याधिनाशाय तत्तेन त्यक्ष्याम्यद्य कलेवरम्
Si tu ne m’accordes aucun enseignement pour détruire cette maladie, alors pour cette seule raison j’abandonnerai aujourd’hui ce corps.
Verse 41
रोमक उवाच । अन्यस्यापि निशानाथ न शापः कर्तुमन्यथा । शक्यते किं पुनस्तस्य दक्षस्यामिततेजसः
Romaka dit : «Ô Seigneur de la Nuit, même la malédiction d’un autre ne peut être faite autrement ; combien moins celle de Dakṣa, dont l’éclat est sans mesure !»
Verse 42
तस्मादत्रोपदेशं ते प्रयच्छामि सुसंमतम् । येन ते स्यादसंदिग्धं क्षयव्याधि परिक्षयः
C’est pourquoi, ici même, je te donnerai un enseignement dûment approuvé, grâce auquel—sans aucun doute—ta maladie de dépérissement prendra fin entièrement.
Verse 43
नादेयं किंचिदस्तीह देवदेवस्य शूलिनः । संप्रहृष्टस्य तद्वाक्यात्तस्मादाराधयस्व तम्
Ici, rien n’est « à ne pas donner » de la part de Śūlin, le Dieu des dieux, lorsqu’il est pleinement satisfait. Ainsi, fort de cette assurance, adore-le.
Verse 44
अष्टषष्टिषु तीर्थेषु सत्यं वासः सदा क्षितौ । तेषु संस्थाप्य तल्लिंगं तस्य नाशाय रात्रिप
En vérité, parmi les soixante-huit tīrtha, il demeure toujours une présence sur la terre. Ô roi de la nuit, établis ce liṅga en ces tīrtha afin de détruire cette affliction.
Verse 45
आराधय ततो नित्यं श्रद्धापूतेन चेतसा । संप्राप्स्यसि न संदेहः क्षयव्याधि परिक्षयम्
Ainsi, adore-Le chaque jour, l’esprit purifié par la foi. Sans aucun doute, tu obtiendras l’extinction complète de la maladie qui consume.
Verse 46
सूत उवाच । तस्य तद्वचनं श्रुत्वा संप्रहृष्टो निशापतिः । तस्मिन्प्रभासके क्षेत्रे दिव्यलिंगानि शूलिनः । संस्थाप्य पूजयामास स्वनामांकानि भक्तितः
Sūta dit : Ayant entendu ces paroles, le Seigneur de la nuit (Candra) fut transporté de joie. Dans la terre sacrée de Prabhāsa, il établit les liṅga divins du Porteur du trident (Śiva) et les vénéra avec bhakti, des liṅga portant son propre nom.
Verse 47
ततस्तुष्टो महादेवस्तस्य संदर्शनं गतः । प्रोवाच वरदोऽस्मीति प्रार्थयस्व यथेप्सितम्
Alors Mahādeva, satisfait, lui accorda Sa vision et dit : «Je suis le dispensateur de grâces ; demande ce que tu désires».
Verse 48
चन्द्र उवाच । परं क्षीणोऽस्मि देवेश यक्ष्मणाहं पदांतिकम् । प्राप्तस्तस्मात्परित्राहि नान्यत्संप्रार्थयाम्यहम्
Candra dit : «Ô Seigneur des dieux, je suis entièrement affaibli ; par le yakṣmā j’ai été conduit jusqu’au bord ultime. Aussi, sauve-moi : je ne demande rien d’autre».
Verse 49
तस्य तद्वचनं श्रुत्वा भगवान्वृषभध्वजः । दक्षमाहूय तत्रैव ततः प्रोवाच सादरम्
Entendant ses paroles, le Seigneur Bienheureux—Celui dont l’étendard porte le taureau—fit venir Dakṣa sur-le-champ, puis lui parla avec égards.
Verse 50
एष चंद्रस्त्वया शप्तो जामाता न कृतं शुभम् । तस्मादनुग्रहं चास्य मम वाक्यात्समाचर
Ce Candra—ton gendre—a été maudit par toi et n’a pas agi comme il convient. Aussi, accorde-lui ta grâce, en agissant selon ma parole.
Verse 51
दक्ष उवाच । मया धर्म्यमपि प्रोक्तो वाक्यमेष कुबुद्धिमान् । नाकरोन्मे पुरः प्रोच्य करिष्यामीत्य सत्यवाक्
Dakṣa dit : Je lui ai aussi adressé des paroles conformes au dharma, mais cet insensé ne les a pas accomplies. Devant moi, il avait promis : « Je le ferai », et pourtant il a trahi sa parole.
Verse 52
तेन शप्तस्तु कोपेन सुतार्थे वृषभध्वज । हास्येनापि मया प्रोक्तं नान्यथा संप्रजायते
Ô Seigneur au drapeau du Taureau ! Pour l’amour de ma fille, il a maudit la Lune dans sa colère ; et même si je l’ai dit en plaisantant, il ne peut en être autrement : mes paroles doivent s’accomplir.
Verse 53
देवदेव उवाच । अद्यप्रभृति सर्वास्ताः सुता एष निशाकरः । समाः संवीक्षते नित्यं मम वाक्यादसंशयम्
Le Seigneur des dieux dit : « Dès ce jour, cette Lune regardera toutes ces filles comme égales, à jamais ; par mon ordre, sans aucun doute. »
Verse 54
तस्मात्पक्षं क्षयं यातु पक्षं वृद्धिं प्रगच्छतु । येन ते स्याद्वचः सत्यं मत्प्रसादसमन्वितम्
Ainsi, qu’une quinzaine décroisse et que l’autre croisse, afin que ta parole soit rendue vraie, accompagnée de ma grâce.
Verse 55
ततो दक्षस्तथेत्युक्त्वा जगाम निजमन्दिरम् । देवोऽपि शंकरो भूयः प्रोवाच शशलांछनम्
Alors Dakṣa, disant : « Qu’il en soit ainsi », gagna sa propre demeure. Et Śaṅkara aussi, de nouveau, s’adressa à la Lune, marquée du lièvre.
Verse 56
भूयोऽपि प्रार्थयाभीष्टं मत्तस्त्वं शशलांछन । येन सर्वं प्रयच्छामि यद्यपि स्यात्सुदुर्लभम्
Ô Lune marquée du lièvre, demande-moi encore ce que tu désires ; ainsi j’accorde tout, même ce qui serait extrêmement difficile à obtenir.
Verse 57
चन्द्र उवाच । यदि तुष्टोऽसि देवेश यदि देयो वरो मम । तत्स्थापितेषु लिंगेषु मया सर्वेषु सर्वदा । संनिधानं त्वया कार्यं लोकानां हित काम्यया
Candra dit : « Si tu es satisfait, ô Seigneur des dieux, et si une grâce doit m’être accordée, alors, dans tous les liṅga que j’ai établis, en tout temps, fais demeurer ta présence sacrée, par désir du bien des mondes. »
Verse 58
देव उवाच । अष्टषष्टिषु लिंगेषु स्थापितेषु त्वया विभो । सोमवारेण सांनिध्यं करिष्ये वचनात्तव
Le Seigneur dit : « Ô puissant, dans les soixante-huit liṅga que tu as établis, j’accorderai ma présence particulière les lundis, selon ta demande. »
Verse 59
एवमुक्त्वा स देवेशस्ततश्चादर्शनं गतः । चन्द्रोऽपि हर्षसंयुक्तः समं पश्यति तास्ततः
Ayant ainsi parlé, le Seigneur des dieux disparut de la vue. Et Candra aussi, rempli de joie, les considéra ensuite tous d’un même regard.
Verse 60
सुता दक्षस्य विप्रेंद्रा शंकरस्य वचः स्मरन् । ततो हर्ष समायुक्ता वभूवुस्तदनंतरम्
Ô le meilleur des brahmanes, les filles de Dakṣa, se souvenant des paroles de Śaṅkara (Śiva), furent aussitôt remplies de joie, juste après cela.
Verse 61
एवं सोमेश्वरास्तत्र बभूवुर्द्विजसत्तमाः । अष्टषष्टिषु तीर्थेषु तथान्येषु ततः परम्
Ainsi, ô le plus excellent des brahmanes, des Somēśvara prirent place en ce lieu—dans les soixante-huit tīrtha sacrés, et aussi dans d’autres endroits au-delà.