
Cet adhyāya s’ouvre sur Skanda racontant à Maitrāvaruṇa un ancien épisode situé au siège nommé Virajā et dans le palais/temple de Trilocana, bâti de gemmes. Un couple de pigeons y demeure, accomplissant régulièrement la pradakṣiṇā (circumambulation rituelle) et vivant au milieu d’une résonance continuelle de bhakti—sons d’instruments, lumières de l’ārati et louanges. Un faucon les observe, étudie leurs allées et venues, puis finit par barrer l’issue, provoquant la crise. La femelle presse à plusieurs reprises de partir et expose une nīti pragmatique : préserver la vie permet de recouvrer tout le reste—famille, richesse, demeure—tandis que l’attachement au lieu peut perdre même le sage. Pourtant, elle exalte aussi Kāśī, l’Oṃkāra-liṅga et Trilocana comme suprêmement sacrés, ce qui aiguise la tension entre la sainteté du lieu et la survie. Le mâle refuse d’abord ; la querelle s’ensuit, et le faucon saisit les deux. L’épouse donne alors un conseil tactique : mordre la patte du faucon alors qu’il est encore en plein vol. Le stratagème réussit, elle se libère et le mari chute à son tour, obtenant lui aussi la délivrance—illustrant que l’effort persévérant (udyama), accordé à la fortune (bhāgya), peut offrir un salut inattendu au cœur de l’adversité. Le récit se tourne ensuite vers les suites karmiques et la renaissance : le couple accède à des états élevés ailleurs. En parallèle apparaissent des dévots exemplaires—Parimālālaya (un Vidyādhara) qui observe des vœux stricts et résout d’adorer Trilocana à Kāśī avant de manger, et Ratnāvalī (princesse Nāga) qui le vénère avec ses compagnes par fleurs, musique et danse jusqu’à une épiphanie divine. L’adhyāya se conclut par une phalaśruti : entendre l’histoire de Trilocana purifie même ceux chargés de fautes et conduit vers une condition supérieure.
Verse 1
स्कंद उवाच । शृणुष्व मैत्रावरुणे पुराकल्पे रथंतरे । इतिहास इहासीद्यः पीठे विरजसंज्ञिते
Skanda dit : Écoute, ô Maitrāvaruṇa. Dans un âge ancien, au kalpa nommé Rathaṃtara, il y eut ici un récit vénérable, au siège appelé Viraja.
Verse 2
त्रिलोचनस्य प्रासादे मणिमाणिक्यनिर्मिते । नानाभंगि गवाक्षाढ्ये रत्नसानाविवायते
Dans le palais de Trilocana, façonné de gemmes et de rubis, riche de fenêtres aux formes élégantes et variées, il semblait une pente de montagne toute scintillante de joyaux.
Verse 3
कदाचिदपि कल्पांते द्यो लोके भ्रंशति क्षये । प्रोत्तंभनं स्तंभ इव दत्तो विश्वकृता स्वयम्
Parfois, à la fin d’un kalpa, lorsque le monde céleste s’effondre dans la dissolution, il est soutenu—tel par un pilier d’appui—accordé par le Créateur du monde lui-même.
Verse 4
मरुत्तरंगिताग्राभिः पताकाभिरितस्ततः । सन्निवारयतीवेत्थमघौघान्विशतो मुने
Avec des étendards dont les pointes frémissaient au vent de toutes parts, il semblait, ô sage, comme s’il repoussait ainsi les torrents de péché qui voulaient pénétrer.
Verse 5
देदीप्यमान सौवर्ण कलशेन विराजिते । पार्वणेन शशांकेन खेदादिव समाश्रिते
Il resplendissait, paré d’un kalaśa d’or flamboyant ; et l’on eût dit qu’il s’était réfugié dans la pleine lune, tel le soulagement après la fatigue.
Verse 6
तत्र पारावतद्वंद्वं वसेत्स्वैरं कृतालयम् । प्रातःसायं च मध्याह्ने कुर्वन्नित्यं प्रदक्षिणम्
Là demeurait librement un couple de pigeons, s’y étant fait un logis ; et le matin, le soir et à midi, ils accomplissaient sans cesse la pradakṣiṇā, la circumambulation rituelle.
Verse 7
उड्डीयमानं परितः पक्षवातेरितस्ततः । रजःप्रासादसंलग्नं दूरीकुर्वद्दिनेदिने
Volant tout autour, poussés çà et là par le vent de leurs ailes, ils écartaient jour après jour la poussière collée au temple.
Verse 8
त्रिलोचनेति सततं नाम भक्तैरुदाहृतम् । त्रिविष्टपेति च तथा तयोः कर्णातिथी भवेत्
Les dévots ne cessaient de prononcer le nom «Trilocana», et de même «Triviṣṭapa» ; et ces deux oiseaux devenaient les hôtes de ces sons dans leurs oreilles, toujours à l’écoute.
Verse 9
चतुर्विधानि वाद्यानि शंभुप्रीतिकराण्यलम् । तयोः कर्णगुहां प्राप्य प्रतिशब्दं प्रतन्वते
Quatre sortes d’instruments de musique, tout à fait capables de réjouir Śambhu, parvenaient jusqu’au creux de leurs oreilles et y déployaient des résonances en retour, comme des échos.
Verse 10
मंगलारार्तिकज्योतिस्त्रिसंध्यं पक्षिणोस्तयोः । नेत्रांत निर्विशन्नित्यं भक्तचेष्टां प्रदर्शयेत्
Aux trois jonctions du jour, la lumière bénie de l’ārati pénétrait sans cesse au coin des yeux de ces deux oiseaux, comme pour leur révéler les gestes de culte des dévots.
Verse 11
प्राणयात्रां विहायापि कदाचित्स्थिरमानसौ । नोड्डीयवांछितं यातः पश्यंतौ कौतुकं खगौ
Parfois, l’esprit immobile, ces deux oiseaux délaissaient même leur quête de nourriture ; sans s’envoler vers les lieux désirés, ils demeuraient à contempler le spectacle merveilleux.
Verse 12
तत्र भक्तजनाकीर्णं प्रासादं परितो मुने । तंडुलादि चरंतौ तौ कुर्वाते च प्रदक्षिणम्
Là, ô sage, tandis que le sanctuaire était de toutes parts rempli de dévots, ces deux-là—picorant du riz et autres grains—accomplissaient aussi la pradakṣiṇā, la circumambulation respectueuse.
Verse 13
देवदक्षिणदिग्भागे चतुःस्रोतस्विनी जलम् । तृषार्तौ धयतो विप्र स्नातौ जातु चिदंडजौ
Dans la partie méridionale du sanctuaire de la Divinité se trouvait l’eau de la « Quatre-Courants » (Catuḥsrotasvinī). Tourmentés par la soif, ô brāhmaṇa, ces deux oiseaux en buvaient et, parfois, s’y baignaient aussi.
Verse 14
तयोरित्थं विचरतोस्त्रिलोचनसमीपतः । अगाद्बहुतिथः कालो द्विजयोः साधुचेष्टयोः
Ainsi, tandis que ces deux oiseaux « deux fois nés » allaient et venaient près de Trilocana, un long temps s’écoula pour eux, adonnés à une conduite si vertueuse.
Verse 15
अथ देवालयस्कंधे गवाक्षांतर्गतौ च तौ । श्येनेन केनचिद्दृष्टौ क्रूरदृष्ट्या सुखस्थितौ
Alors, tandis que les deux oiseaux demeuraient paisiblement assis dans l’ouverture d’une fenêtre du sanctuaire, un faucon les aperçut et les fixa d’un regard cruel.
Verse 16
तच्च पारावतद्वंद्वं श्येनः परिजिघृक्षुकः । अवतीर्यांबरादाशु प्रविष्टोन्यशिवालये
Avide de saisir cette paire de colombes, le faucon fondit promptement du ciel ; mais elles étaient déjà entrées dans un autre temple de Śiva.
Verse 17
ततो विलोकयामास तदागमविनिर्गमौ । केन मार्गेण विशतो दुर्गमेतौ पतत्त्रिणौ
Alors il guetta leurs allées et venues, se demandant : «Par quel chemin ces deux oiseaux sont-ils entrés dans cette forteresse imprenable ?»
Verse 18
केनाध्वना च निर्यातः क्व काले कुरुतश्च किम् । कथं युगपदे तौ मे ग्राह्यौ स्वैरं भविष्यतः
«Et par quelle voie ressortent-elles ? À quel moment, et faisant quoi ? Comment les saisir toutes deux d’un seul coup, avant qu’elles ne s’égaient en liberté ?»
Verse 19
मध्ये दुर्गप्रविष्टौ च ममवश्याविमौ न यत् । एकदृष्टिः क्षणं तस्थौ श्येन इत्थं विचिंतयन्
«À présent qu’elles sont entrées dans la forteresse, ces deux-là ne sont plus en mon pouvoir.» Ainsi pensant, le faucon demeura un instant immobile, le regard fixé.
Verse 20
अहो दुर्गबलं प्राज्ञाः शंसंत्येवेति हेतुतः । दुर्बलोप्याकलयितुं सहसारिर्न शक्यते
«Ah ! C’est pour cela que les sages louent la force d’une forteresse : même faible, elle ne se laisse pas vaincre par l’assaut soudain de l’ennemi.»
Verse 21
करिणां तु सहस्रेण वराश्वानां न लक्षतः । तत्कर्मसिद्धिर्नृपतेर्दुर्गेणैकेन यद्भवेत्
«Pour un roi, l’accomplissement d’une œuvre que mille éléphants et cent mille chevaux d’élite ne sauraient obtenir, peut être réalisé par une seule forteresse.»
Verse 22
दुर्गस्थो नाभिभूयेत विपक्षः केनचित्क्वचित् । स्वतंत्रं यदि दुर्गं स्यादमर्मज्ञप्रकाशितम्
«Celui qui demeure dans une forteresse n’est vaincu par l’ennemi ni en aucun lieu ni en aucun temps, pourvu que la forteresse soit autonome et que ses points faibles ne soient pas divulgués par qui n’en connaît pas les secrets.»
Verse 23
इति दुर्गबलं शंसञ्श्येनो रोषारुणेक्षणः । असाध्वसौ कलरवौ वीक्ष्य यातो नभोंगणम्
Ainsi, après avoir exalté la force de la forteresse, le faucon—les yeux rougis de colère—dévisagea ces deux oiseaux Kalaravā, puis s’envola vers l’immensité du ciel.
Verse 24
अथ पारावतीदक्षा विपक्षं प्रेक्ष्य पक्षिणम् । महाबलं दुर्गबला प्राह पारावतं पतिम्
Alors l’épouse colombe, habile et forte grâce à son refuge semblable à une forteresse, voyant l’oiseau hostile, parla à son époux colombin de ce puissant ennemi.
Verse 25
कलरव्युवाच । प्रिय पारावत प्राज्ञ सर्वकामि सुखारव । तव दृग्विषयं प्राप्तः श्येनोय प्रबलो रिपुः
Kalaravā dit : «Ô colombe bien-aimée—sage, à la voix suave, exauçant tous les vœux—ce faucon, puissant ennemi, est désormais entré dans ton regard.»
Verse 26
सावज्ञं वाक्यमाकर्ण्य पारावत्याः स तत्पतिः । पारावतीमुवाचेदं का चिंतेति तव प्रिये
Entendant les paroles de la colombe, empreintes d’un léger reproche, son époux s’adressa à Pārāvatī : «Bien-aimée, quelle inquiétude te tourmente ?»
Verse 27
पारावत उवाच । कति नाम न संतीह सुभगे व्योमचारिणः । कति देवालयेष्वेषु खगा नोपविशंति हि
Le pigeon mâle dit : «Ô fortunée, combien d’êtres qui parcourent le ciel se trouvent ici ! Et combien d’oiseaux ne se posent même pas dans ces sanctuaires !»
Verse 28
कति चैव न पश्यंति नौ सुखस्थाविह प्रिये । तेभ्यो यदीह भेतव्यं कुतो नौ तत्सुखं प्रिये
«Bien-aimée, combien ne nous remarquent même pas, assis ici dans l’aisance ! Si nous devons les craindre même ici, comment ce confort pourrait-il être vraiment le nôtre, chère ?»
Verse 29
रमस्व त्वं मया सार्धं त्यज चिंतामिमां शुभे । अस्य श्येनवराकस्य गणनापि न मे हृदि
«Réjouis-toi avec moi, ô bienheureuse ; rejette cette inquiétude. Quant à ce faucon misérable, je ne le compte même pas parmi les soucis de mon cœur.»
Verse 30
इत्थं पारावतवचः श्रुत्वा पारावती ततः । मौनमालंब्य संतस्थे पत्युः पादार्पितेक्षणा
Ayant entendu ainsi la parole du pigeon mâle, Pārāvatī se tut et demeura immobile, les yeux abaissés aux pieds de son époux.
Verse 31
हितवर्त्मोपदिश्यापि प्रिय प्रियचिकीर्षया । साध्व्या जोषं समास्थेयं कार्यं पत्युर्वचः सदा
Même après avoir montré une voie salutaire, l’épouse vertueuse—désirant ce qui est cher à son bien-aimé—doit demeurer recueillie; et la parole du mari doit toujours être accomplie.
Verse 32
अन्येद्युरप्यथायातः श्येनो पश्यत्स दंपती । अपरिच्छिन्नया दृष्ट्या यथा मृत्युर्गतायुषम्
Le lendemain encore, l’épervier vint et fixa ce couple d’un regard sans cligner, tel la Mort sur celui dont la durée de vie est épuisée.
Verse 33
अथ मंडलगत्या स प्रासादं परितो भ्रमन् । निरीक्ष्य तद्गतायातौ यातो गगनमार्गतः
Puis, tournoyant en cercles autour du palais, il observa avec soin leurs allées et venues, et s’en alla de nouveau par la voie du ciel.
Verse 34
गतेऽथ नभसि श्येने पुनः पारावतांगना । प्रोवाच प्रेयसी नाथ दृष्टो दुष्टस्त्वयाऽहितः
Quand l’épervier se fut éloigné dans le ciel, l’épouse colombe parla de nouveau : «Ô seigneur bien-aimé, tu as vu cet être mauvais, nuisible et malfaisant».
Verse 35
तस्या वाक्यं समाकर्ण्य पुनः कलरवोब्रवीत् । किं करिष्यत्यसौ मुग्धे मम व्योमविहारिणः
Ayant entendu ses paroles, celui à la voix suave parla de nouveau : «Ô candide, que pourrait-il me faire, à moi qui parcours le firmament ?»
Verse 36
दुर्गं च स्वर्गतुल्यं मे यत्र नास्त्यरितो भयम् । अयं न ता गतीर्वेत्ति या वेदाहं नभोंगणे
«Ma forteresse est semblable au Svarga lui-même : là, nulle crainte d’aucun ennemi. Celui-ci ne connaît pas les voies du déplacement dans l’immense ciel que moi je connais.»
Verse 37
प्रडीनोड्डीन संडीन कांडव्याडकपाटिकाः । स्रंसनी मंडलवती गतयोष्टावुदाहृताः
«Praḍīna, Uḍḍīna, Saṃḍīna, Kāṃḍa, Vyāḍaka, Pāṭikā, Sraṃsanī et Maṇḍalavatī : tels sont, déclarés, les huit modes de déplacement.»
Verse 38
यथैतास्विह कौशल्यं मयि पारावति प्रिये । गतिषु क्वापि कस्यापि पक्षिणो न तथांबरे
«Ô bien-aimée Pārāvatī, une telle maîtrise que la mienne en ces modes de vol ne se trouve chez aucun oiseau, nulle part dans le ciel.»
Verse 39
सुखेन तिष्ठ का चिंता मयि जीवति ते प्रिये । इति तद्वचनं श्रुत्वा सास्थिता मूकवत्सती
«Demeure en paix : quelle inquiétude peut-il y avoir tant que je vis, ô bien-aimée ?» À ces mots, elle demeura immobile, comme frappée de mutisme.
Verse 40
अपरेद्युरपि श्येनस्तत्र भारशिलातले । कियदंतरमासाद्योपविष्टोऽतिप्रहृष्टवत्
Le lendemain encore, l’épervier vint en ce lieu ; parvenu à un endroit tout proche, il se posa sur la surface d’un lourd rocher, comme transporté d’une joie extrême.
Verse 41
आयामं तत्र संस्थित्वा तत्कुलायं विलोक्य च । पुनर्विनिर्गतः श्येनः सापि भीताब्रवीत्पुनः
S’étant tenu là quelque temps et ayant regardé vers ce nid, l’épervier repartit encore ; et elle aussi, saisie de peur, parla de nouveau.
Verse 42
प्रियस्थानमिदं त्याज्यं दुष्टदृष्टिविदूषितम् । असौ क्रूरोति निकटमुपविष्टोऽतिहृष्टवत्
Ce lieu chéri doit être quitté : il a été souillé par un regard mauvais. Ce cruel s’est assis tout près, comme s’il se complaisait dans une joie excessive.
Verse 43
सावज्ञं स पुनः प्राह किं करिष्यत्यसौ प्रिये । मृगाक्षीणां स्वभावोयं प्रायशो भीरुवृत्तयः
Il répondit encore avec dédain : «Que pourrait faire celui-là, ô bien-aimée ? Telle est la nature des femmes aux yeux de biche : le plus souvent elles penchent vers la crainte».
Verse 44
इतरेद्युरपि प्राप्तः स च श्येनो महाबलः । तयोरभिमुखं तत्र स्थितो याम द्वयावधि
Le jour suivant encore, cet épervier d’une grande puissance arriva ; faisant face aux deux, il demeura là durant l’espace de deux yāmas.
Verse 45
पुनर्विलोक्य तद्वर्त्म शीघ्रं यातो यथागतम् । गतेथ शकुनौ तस्मिन्सा बभाषे विहंगमी
Après avoir de nouveau contemplé ce chemin, il s’en alla promptement, comme il était venu. Quand l’oiseau se fut éloigné, l’oiseau femelle prit la parole.
Verse 46
नाथ स्थानांतरं यावो मृत्युर्नौ निकटोत्र यत् । पुनर्दुष्टे प्रणष्टेस्मिन्नावां स्यावः सुखं प्रिय
Ô seigneur bien-aimé, allons en un autre lieu, car ici la mort nous est proche. Quand ce péril mauvais aura passé et sera détruit, alors, cher, nous vivrons de nouveau dans la joie.
Verse 47
प्रिय यस्य सपक्षस्य गतिः सर्वत्र सिद्धिदा । स किं स्वदेशरागेण नाशं प्राप्नोति बुद्धिमान्
Bien-aimé, pour celui qui a des ailes, aller partout donne l’accomplissement. Un être sage, par attachement à son propre lieu, irait-il vraiment à sa perte ?
Verse 48
सोपसर्गं निजं देशं त्यक्त्वा योन्यत्र न व्रजेत् । स पंगुर्नाशमाप्नोति कूलस्थित इव द्रुमः
Celui qui délaisse sa propre terre lorsqu’elle est frappée de calamité, mais ne va nulle part ailleurs, devient infirme et court à la ruine, tel un arbre dressé sur une berge qui s’effrite.
Verse 49
प्रियोदितं निशम्येति स भवित्री दशार्दितः । सरीढं पुनरप्याह प्रिये मा भैः खगात्ततः
Entendant les paroles de sa bien-aimée, le pigeon mâle, ébranlé par l’épreuve, s’en alla. Pourtant il parla encore avec affection : «Bien-aimée, ne crains pas cet oiseau».
Verse 50
अथापरस्मिन्नहनि स श्येनः प्रातरेव हि । तद्द्वारदेशमासाद्य सायं यावत्स्थितो बलः
Le lendemain, l’épervier vint dès l’aurore; et, parvenu au seuil de l’entrée du nid, il y demeura avec force jusqu’au soir.
Verse 51
अस्ताचलस्य शिखरं याते भानौ गते खगे । कुलायाद्बाह्यमागत्योवाच पारावती पतिम्
Quand le soleil eut atteint le sommet de la montagne de l’occident et que l’oiseau (l’épervier) se fut éloigné, la colombe sortit du nid et parla à son époux.
Verse 52
नाथ निर्गमनस्यायं कालः कालोऽतिदूरतः । यावत्तावद्विनिर्याहि त्यक्त्वा मामपि सन्मते
Ô seigneur, voici l’heure du départ; l’instant du destin n’est plus loin. Sors sans tarder, ô noble d’âme, fût-ce en me laissant derrière.
Verse 53
त्वयि जीवति दुष्प्राप्यं न किंचिज्जगतीतले । पुनर्दाराः पुनर्मित्रं पुनर्वसु पुनर्गृहम्
Tant que tu vis, rien sur la face de la terre n’est vraiment hors d’atteinte : on peut retrouver une épouse, retrouver des amis, retrouver des richesses, et même recouvrer une demeure.
Verse 54
यद्यात्मा रक्षितः पुंसा दारैरपि धनैरपि । तदा सर्वं हरिश्चंद्रभूपेनेवेह लभ्यते
Si l’homme sauvegarde sa propre vie—fût-ce au prix de l’épouse et des biens—alors tout peut être retrouvé ici-bas, comme ce fut le cas du roi Hariścandra.
Verse 55
अयमात्मा प्रियो बंधुरयमात्मा महद्धनम् । धमार्थकाममोक्षाणामयमात्मार्जकः परः
Ce Soi même est le parent bien-aimé ; ce Soi est le grand trésor. Le Soi seul est le moyen suprême par lequel s’obtiennent dharma, artha, kāma et mokṣa.
Verse 56
त्रिलोक्या अपि सर्वस्याः श्रेष्ठा वाराणसी पुरी । ततोपि लिंगमोंकारं ततोप्यत्र त्रिलोचनम्
Parmi tous les lieux saints des trois mondes, la cité de Vārāṇasī est suprême. Plus élevé encore est l’Oṃkāra-liṅga ; et plus élevé toujours, ici à Kāśī, est Trilocana, Śiva.
Verse 57
यशोहीनं तु यत्क्षेमं तत्क्षेमान्निधनं वरम् । तद्यशः प्राप्यते पुंभिर्नीतिमार्गप्रवर्तने
Le bien-être dépourvu d’honneur n’est pas un vrai bien-être ; mieux que ce ‘bien-être’ est même la mort. Car cet honneur est obtenu par les hommes en s’engageant sur la voie de la conduite juste.
Verse 58
अतो नीतिपथं श्रुत्वा नाथ स्थानादितो व्रज । न गमिष्यसि चेत्प्रातस्ततो मे संस्मरिष्यसि
Ainsi donc, ô mon seigneur — ayant entendu parler de la voie de la droiture — quitte ce lieu. Si tu ne pars pas à l’aube, plus tard tu te souviendras de mes paroles avec regret.
Verse 59
इत्युक्तोपि स वै पत्न्या पारावत्या सुमेधया । न निर्ययौ प्रतिस्थानाद्भवित्र्या प्रतिवारितः
Bien qu’ainsi exhorté par son épouse Pārāvatī, à l’esprit sage, il ne quitta pas sa demeure, retenu par le destin lui-même.
Verse 60
अथोषसि समागत्य श्येनेन बलिना तदा । तन्निर्गमाध्वा संरुद्धः किंचिद्भक्ष्यवता मुने
Alors, à l’aurore, survint un faucon puissant. Ô sage, ce faucon lui barra la voie de sortie, ayant un peu de nourriture et, par là, l’avantage.
Verse 61
दिनानि कतिचित्तत्र स्थित्वा श्येनो महामतिः । पारावतमुवाचेदं धिक्त्वां पौरुषवर्जितम्
Après être resté là quelques jours, le faucon au grand esprit dit au pigeon : «Honte à toi, dépourvu de courage viril !»
Verse 62
किंवा युध्यस्व दुर्बुद्धे किंवा निर्याहि मे गिरा । क्षुधाक्षीणो मृतः पश्चान्निरयं यास्यसि ध्रुवम्
«Ou bien combats, insensé, ou bien sors à mon ordre. Si ensuite tu meurs, épuisé par la faim, tu iras sûrement en enfer.»
Verse 63
द्वौ भवंतावहं चैकश्चलौ जयपराजयौ । स्थानार्थं युध्यतः सत्त्वात्स्वर्गो वा दुर्गमेव वा
«Vous deux et moi seul : victoire et défaite sont incertaines et changeantes. Si nous combattons pour ce lieu avec un courage véritable, cela mène au ciel, ou bien à une fin terrible, difficile à franchir.»
Verse 64
पुरुपार्थं समालंब्य ये यतंते महाधियः । विधिरेव हि साहाय्यं कुर्यात्तत्सत्त्वचोदितः
Ceux dont l’intelligence est grande, qui s’efforcent en prenant l’effort humain pour appui : la Providence elle-même devient leur secours, poussée par ce courage.
Verse 65
इत्थं स श्येनसंप्रोक्तः पत्न्याप्युत्साहितः खगः । अयुध्यत्तेन श्येनेन स्वदुर्गद्वारमाश्रितः
Ainsi, repris par le faucon et encouragé aussi par son épouse, l’oiseau se réfugia à la porte de sa propre forteresse et combattit ce faucon.
Verse 66
क्षुधितस्तृषितः सोथ श्येनेन बलिना धृतः । चरणेन दृढेनाशु चंच्वा सापि धृता खगी
Alors, affamé et assoiffé, cet oiseau fut saisi par un faucon puissant ; et elle, l’oiseau femelle, fut aussi aussitôt retenue, clouée par une serre ferme et prise au bec.
Verse 67
तावादायोड्डयांचक्रे श्येनो व्योमनि सत्वरम् । चिंतयद्भक्षणस्थानमन्यपक्षिविवर्जितम्
Les ayant tous deux arrachés, le faucon s’envola promptement dans le ciel, songeant à un lieu pour dévorer, à l’écart des autres oiseaux.
Verse 68
अथ पत्न्या कलरवः प्रोक्तस्तत्र सुमेधया । वचोवमानितं नाथ त्वया मे स्त्रीति बुद्धितः
Alors, là, l’épouse avisée s’écria : «Ô seigneur, tu as méprisé mes paroles, te disant : “Ce n’est qu’une femme”.»
Verse 70
तदा हितं ते वक्ष्यामि कुरु चैवाविचारितम् । ममैकवाक्यकरणात्स्त्रीजितो न भविप्यसि
«À présent je te dirai ce qui t’est salutaire : fais-le sans tarder. En accomplissant cette unique parole de moi, tu ne seras pas dit “vaincu par une femme”.»
Verse 71
यावदास्यगतास्म्यस्य यावत्खस्थो न भूमिगः । तावदात्मविमुक्त्यैवमरेः पादं दृढं दश
«Tant que je suis encore dans sa bouche, et tant qu’il demeure dans les airs sans avoir touché la terre, pour ta propre délivrance, mords avec force le pied de l’ennemi.»
Verse 72
इति पत्नीवचः श्रुत्वा तथा स कृतवान्खगः । सपीडितो दृढं पादे श्येनश्चीत्कृतवान्बहु
Ayant entendu les paroles de son épouse, l’oiseau fit exactement ainsi. Le faucon, violemment meurtri au pied, poussa maints cris à plusieurs reprises.
Verse 73
तेन चीत्करणेनाथ मुक्ता सा मुखसंपुटात् । पादांगुलि श्लथत्वेन सोपि पारावतोऽपतत्
À cause de ce cri, elle fut délivrée de l’étau du bec ; et lorsque les doigts du pied se relâchèrent, ce pigeon aussi tomba.
Verse 74
विपद्यपि च न प्राज्ञैः संत्या ज्यः क्वचिदुद्यमः । क्व चंचुपुटस्तस्य क्व च तत्पादपीडनम्
Même dans l’adversité, les sages n’abandonnent jamais l’effort. Car qu’est-ce qu’une simple bouchée dans le bec, et qu’est-ce que l’écrasement du pied de ce (faucon) ?
Verse 75
क्व च द्वयोस्तथाभूता दरेर्मोक्षणमद्भुतम् । दुर्बलेप्युद्यमवति फलं भाग्यं यतोऽर्पयेत्
Et combien merveilleuse fut la délivrance de ces deux êtres en un tel état ! Même pour le faible, lorsque l’effort est présent, le destin accorde son fruit.
Verse 76
तस्माद्भाग्यानुसारेण फलत्येव सदोद्यमः । प्रशंसंत्युद्यमं चातो विपद्यपि मनीषिणः
Ainsi, selon la part de fortune de chacun, l’effort constant porte assurément son fruit ; c’est pourquoi les sages louent l’effort, même au cœur de l’adversité.
Verse 77
अथ तौ कालयोगेन विपन्नौ सरयूतटे । मुक्तिपुर्यामयोध्यायामेको विद्याधरोऽभवत्
Avec le temps, tous deux connurent le malheur sur la rive de la Sarayū ; et l’un d’eux renaquit comme Vidyādhara à Ayodhyā, la cité fameuse qui accorde la délivrance.
Verse 78
मृतानां यत्र जंतूनां काशीप्राप्तिर्भवेद्ध्रुवम् । मंदारदामतनयो नाम्ना परिमलालयः
En ce domaine où, pour les êtres défuntés, l’accès à Kāśī est assuré, se trouvait le fils de Mandāradāma, nommé Parimalālaya.
Verse 79
अनेकविद्यानिलयः कलाकौशलभाजनम् । कौमारं वय आसाद्य शिवभक्तिपरोभवत्
Demeure de maints savoirs et réceptacle d’habileté dans les arts, lui, parvenu à la jeunesse, devint tout entier voué à la bhakti de Śiva.
Verse 80
नियमं चातिजग्राह विजितेंद्रियमानसः । एकपत्नीव्रतं नित्यं चरिष्यामीति निश्चितम्
Ayant vaincu ses sens et son mental, il adopta des observances ; et il résolut avec fermeté : «Je pratiquerai toujours le vœu de fidélité à une seule épouse».
Verse 81
परयोषित्समासक्तिरायुः कीर्ति बलं सुखम् । हरेत्स्वर्ग गतिं चापि तस्मात्तां वर्जयेत्सुधीः
L’attachement à l’épouse d’autrui dérobe la durée de vie, la renommée, la force et la joie, et ruine même la voie vers le ciel ; que le sage s’en détourne.
Verse 82
अपरं चापि नियमं स शुचिष्मान्समाददे । गतजन्मांतराभ्यासात्त्रिलोचनसमाश्रयात्
Et cet homme au cœur pur adopta encore une autre règle, grâce aux exercices acquis dans des naissances passées et parce qu’il s’était réfugié en Trilocana (Śiva).
Verse 83
समस्तपुण्यनिलयं समस्तार्थप्रकाशकम् । समस्तकामजनकं परानंदैककारणम्
Lui (Śiva/Trilocana) est le séjour de tout mérite, l’illuminateur de toute fin véritable, le dispensateur de tout désir légitime, et l’unique cause de la béatitude suprême.
Verse 84
यावच्छरीरमरुजं यावन्नेंद्रियविप्लवः । तावत्त्रिलोचनं काश्यामनर्च्याश्नामि नाण्वपि
Tant que mon corps demeurera sans maladie et que mes sens ne chancelleront pas, je ne mangerai pas même une bouchée sans avoir d’abord adoré Trilocana à Kāśī.
Verse 85
इत्थं मांदारदामिः स नित्यं परिमलालयः । काश्यां त्रिविष्टपं द्रष्टुं समागच्छेत्प्रयत्नवान्
Ainsi Parimalālaya, fils de Mandāradāma, toujours plein d’effort, venait à Kāśī afin d’y contempler Triviṣṭapa (le ciel), par la sainteté du lieu.
Verse 86
पारावत्यपि सा जाता रत्नदीपस्य मंदिरे । नागराजस्य पाताले नाम्ना रत्नावलीति च
Et elle aussi naquit comme Pārāvatī dans le palais de Ratnadīpa, au Pātāla du roi des Nāgas, portant le nom de Ratnāvalī.
Verse 87
समस्तनागकन्यानां रूपशीलकलागुणैः । एकैव रत्नभूतासीद्रत्नदीपोरगात्मजा
Parmi toutes les jeunes filles Nāga, par la beauté, la conduite, les arts et les vertus, une seule brillait telle un joyau : Ratnāvalī, fille du serpent Ratnadīpa.
Verse 88
तस्या सखीद्वयं चासीदेका नाम्ना प्रभावती । कलावती तथान्या च नित्यं तदनुगे उभे
Elle avait deux compagnes : l’une nommée Prabhāvatī, l’autre Kalāvatī ; toutes deux la suivaient et la servaient sans cesse.
Verse 89
स्वदेहादनपायिन्यौ छायाकांती यथा तया । ते द्वे सख्यावभूतांहि रत्नावल्या घटोद्भव
Sans jamais se séparer d’elle — comme l’ombre et l’éclat — ces deux-là devinrent les compagnes intimes de Ratnāvalī, ô Né-du-Vase (Agastya).
Verse 90
सा तु बाल्ये व्यतिक्रांते किंचिदुद्रिन्नयौवना । शिवभक्तं स्वपितरं दृष्ट्वा नियममग्रहीत्
Quand son enfance fut passée et que la jeunesse commença à s’épanouir, voyant son propre père dévot de Śiva, elle prit un vœu de stricte observance.
Verse 91
पितस्त्रिलोचनं काश्यामर्चयित्वा दिनेदिने । आभ्यां सखीभ्यां सहिता मौनं त्यक्ष्यामि नान्यथा
«Père, après avoir adoré chaque jour Trilocana à Kāśī, accompagnée de ces deux amies, j’observerai le vœu de silence (mauna) — pas autrement.»
Verse 92
एवं नागकुमारी सा सखीद्वयसमन्विता । त्रिलोचनं समभ्यर्च्य गृहानहरहोव्रजेत्
Ainsi la princesse Nāga, accompagnée de ses deux amies, adora Trilocana avec respect, puis rentra chez elle jour après jour.
Verse 93
दिनेदिने सा प्रत्यग्रैः कुसुमैरिष्टगंधिभिः । सुविचित्राणि माल्यानि परिगुंफ्यार्चयेद्विभुम्
Jour après jour, avec des fleurs fraîches au parfum agréable, elle tressait des guirlandes merveilleusement variées et adorait le Seigneur.
Verse 94
तिस्रोपि गीतं गायंति लसद्गांधारसुंदरम् । रासमंडलभेदेन लास्यं तिस्रोपि कुर्वते
Toutes trois chantaient des chants beaux, éclatants de notes de gāndhāra; et, traçant des figures du cercle de rāsa, toutes trois exécutaient une danse gracieuse.
Verse 95
वीणावेणुमृदंगांश्च लयतालविचक्षणाः । वादयंति मुदा युक्तास्तिस्रोपीश्वरसन्निधौ
Expertes en laya et tāla, toutes trois—pleines de joie—jouaient de la vīṇā, de la flûte et du mṛdaṅga en la présence même du Seigneur.
Verse 96
यावदात्मनि वै क्षेमं तावत्क्षेमं जगत्त्रये । सोपि क्षेमः सुमतिना यशसा सह वांछ्यते
Autant il y a de paix et de sûreté en soi, autant il y en a dans les trois mondes ; et ce bien même, uni à la juste intelligence, est recherché avec la gloire d’un renom honorable.
Verse 97
एकदा माधवे मासि तृतीयायामुपोषिताः । रात्रौ जागरणं कृत्वा नृत्यगीतकथादिभिः
Un jour, au mois de Mādhava (Vaiśākha), ils observèrent le jeûne au troisième tithi ; puis, durant la nuit, ils veillèrent, remplissant les heures de danse, de chant et de récits sacrés.
Verse 98
प्रातश्चतुर्थीं स्नात्वाथ तीर्थं पैलिपिले शुभे । त्रिलोचनं समर्च्याथ प्रसुप्ता रंगमंडपे
Puis, à l’aube du quatrième tithi, ils se baignèrent au Tīrtha auspicious de Pailipila ; et, après avoir honoré comme il se doit Trilocana, ils s’endormirent dans le pavillon du spectacle.
Verse 99
सुप्तासु तासु बालासु त्रिनेत्रः शशिभूषणः । शुद्धकर्पूरगौरांगो जटामुकुटमंडलः
Tandis que ces jeunes filles dormaient, parut le Seigneur aux Trois Yeux, orné de la lune ; ses membres rayonnaient comme le camphre pur, et l’entourait la couronne circulaire de ses tresses emmêlées.
Verse 100
तमालनीलसुग्रीवः स्फुरत्फणिविभूषणः । वामार्धविलसच्छक्तिर्नागयज्ञोपवीतवान्
Sa gorge était d’un bleu sombre comme le tamāla ; il étincelait d’ornements de serpents resplendissants ; sur son flanc gauche rayonnait la Śakti, et il portait un serpent pour cordon sacré.
Verse 110
जय श्मशाननिलय जय वाराणसीप्रिय । जयानंदवनाध्यासि प्राणिनिर्वाणदायक
Victoire à Toi, Demeurant du champ de crémation ! Victoire, Bien-aimé de Vārāṇasī ! Victoire, Résidant d’Ānandavana, Dispensateur de la délivrance aux êtres vivants !
Verse 120
जन्मांतरेपि मे सेवा भवतीभिश्च तेन च । विहिता तेन वो जन्म निर्मलं भक्तिभावितम्
Même dans une autre naissance, vous m’avez rendu service ; et pour cela, votre naissance présente a été ordonnée pure, toute imprégnée de dévotion.
Verse 130
उपरिष्टादधस्ताच्च कृता बह्व्यः प्रदक्षिणाः । व्योम्ना संचरमाणाभ्यां संचरद्भ्यां ममाजिरे
D’en haut et d’en bas, maintes pradakṣiṇā furent accomplies ; cheminant dans le ciel, ils ne cessaient de tourner dans ma cour.
Verse 140
अप्राप्तयौवनः सोथ समिदाहरणाय वै । गतो विधिवशाद्दष्टो दंदशूकेन कानने
Puis, n’ayant pas encore atteint la jeunesse, il alla ramasser du bois ; mais, par la puissance du destin, il fut mordu par un serpent dans la forêt.
Verse 150
जातिस्वभावचापल्यात्क्रीडंत्यौ च प्रदक्षिणम् । चक्रतुर्बहुकृत्वश्च लिंगं ददृशतुर्बहु
Par l’espièglerie instable propre à leur nature, tous deux, en jouant, accomplirent la pradakṣiṇā maintes et maintes fois, et contemplèrent à plusieurs reprises le Liṅga sacré.
Verse 160
एकदा माधवे मासि महायात्रा समागता । विद्याधरास्तथा नागा मिलिताः सपरिच्छदाः
Un jour, au mois de Mādhava (Vaiśākha), advint la grande fête de pèlerinage ; et les Vidyādharas ainsi que les Nāgas s’assemblèrent, munis de leurs suites et de leurs attributs.
Verse 169
त्रिलोचनकथामेतां श्रुत्वा पापान्वितोप्यहो । विपाप्मा जायते मर्त्यो लभते च परां गतिम्
Même un mortel chargé de péchés—en entendant ce récit sacré de Trilocana—devient sans souillure et obtient la suprême destinée.