Adhyaya 10
Kashi KhandaPurva ArdhaAdhyaya 10

Adhyaya 10

Le chapitre s’ouvre sur l’émerveillement de Śivaśarman devant une cité rayonnante et source de délices. Les gaṇas répondent en décrivant une souveraineté céleste associée à Mahendra (Indra) : architecture lumineuse, abondance exauçant les vœux, et trésors emblématiques — motifs du cheval et de l’éléphant divins — qui deviennent un enseignement sur la rétribution karmique et la gouvernance du cosmos. Le texte se tourne ensuite vers une perspective salvifique centrée sur Agni/Jātavedas : le Feu est honoré comme purificateur, témoin intérieur et axe du sacrifice. Sont énumérées les pratiques menant au monde d’Agni : soutenir la culture de l’agnihotra, secourir les nécessiteux par des rites du feu, offrir combustible ou instruments rituels, et garder une conduite disciplinée. Dans le cadre narratif, les gaṇas racontent la vie du sage Viśvānara, de la lignée de Śāṇḍilya. Il médite sur les quatre āśramas et accorde une haute valeur au gṛhastha-dharma ; son épouse Śuciṣmatī demande un fils comparable à Maheśa. Viśvānara se rend à Vārāṇasī, accomplit une vaste circumambulation des tīrtha — darśana des liṅga, bains, offrandes, hommage aux ascètes —, choisit parmi les nombreux liṅga de Kāśī celui qui donne une siddhi rapide, puis adore avec rigueur en un siège dispensateur d’accomplissements. Le chapitre s’achève par une promesse de fruit : un hymne ou une pratique déterminée, observée durant un temps prescrit, procure les résultats souhaités, y compris la naissance d’une descendance.

Shlokas

Verse 1

शिवशर्मोवाच । रमयंती मनोतीव केयं कस्येयमीशितुः । नयनानंदसंदोहदायिनीपूरनुत्तमा

Śivaśarman dit : « Qui est-elle, elle qui réjouit tant l’esprit, et de quel Seigneur est cette cité ? Cette ville sans égale répand pour les yeux une profusion de délices. »

Verse 2

गणावूचतुः । शिवशर्मन्महाभागसुतीर्थफलितद्रुम । लोकोऽत्र रमते विप्र सहसाक्षपुरी त्वियम्

Les Gaṇas dirent : « Ô Śivaśarman, noble entre tous, tel un arbre chargé des fruits des tīrthas excellents, les gens se réjouissent ici, ô brāhmaṇa. C’est bien Sahasrākṣa-purī. »

Verse 3

तपोबलेन महता विहिता विश्वकमर्णा । दिवापि कौमुदी यस्याः सौधश्रेणीश्रियं श्रयेत्

Façonnée par Viśvakarman grâce à une grande puissance d’ascèse, la splendeur de ses rangées de palais est telle que, même en plein jour, elle semble baignée de clarté lunaire.

Verse 4

यदाकलानिधिः क्वापि दर्शे ऽदृश्यत्वमावहेत् । तदा स्वप्रेयसीं ज्योत्स्नां सौधेष्वेषु निगूहयेत्

Lorsque la Lune, trésor de ses phases, devient invisible à la nouvelle lune, alors elle cache sa bien-aimée clarté dans ces palais.

Verse 5

यदच्छभित्तौ वीक्ष्य स्वमन्ययोपिद्विशंकिता । मुग्धानाशुविशेच्चित्रमपिस्वांचित्रशालिकाम्

Voyant son reflet sur un mur sans défaut, une femme égarée—doutant si c’est elle ou une autre—pourrait, soudain, entrer même dans une image peinte, sa propre galerie d’images.

Verse 6

हर्म्येषु नीलमणिभिर्निर्मितेष्वत्रनिर्भयम् । स्वनीलिमानमाधाय तमोहःस्वपि तिष्ठति

Dans les demeures d’ici, bâties de saphirs bleus, même l’obscurité demeure sans crainte, revêtant leur bleu profond, jusque dans la clarté du jour.

Verse 7

चंद्रकांतशिलाजालस्रुतमात्रामलंजलम् । तत्र चादाय कलशैर्नेच्छंत्यन्यज्जलं जनाः

L’eau y est parfaitement pure, suintant à peine des réseaux de dalles de pierre chandrakānta. Après en avoir rempli leurs jarres, les gens ne désirent plus d’autre eau.

Verse 8

कुविंदा न च संत्यत्र न च ते पश्यतो हराः । चैलान्यलंकृतीरत्र यतः कल्पद्रुमोर्पयेत्

Ici, point de tisserands, et l’on n’y voit point de marchands ; car les vêtements et les parures y sont accordés par l’arbre Kalpadruma lui-même, exauceur des vœux.

Verse 9

गणका नात्र विद्यंते चिंताविद्याविशारदाः । यतश्चिकेति सर्वेषां चिंता चिंतामणिर्द्रुतम्

Ici, nul besoin de numérologues ni de calculateurs experts en la science des soucis ; car à l’instant même où l’on pense, le joyau nommé Cintāmaṇi accomplit promptement tout désir.

Verse 10

सूपकारा न संत्यत्र रसकर्म विचक्षणाः । दुग्धे सर्वरसानेका कामधेनुरतोयतः

Ici, point de cuisiniers experts en l’art des saveurs ; car du lait seul naissent d’innombrables goûts. Kāmadhenu, la vache qui exauce les vœux, les prodigue sans qu’il soit besoin d’eau.

Verse 11

कीर्तिरुच्चैःश्रवा यस्य सर्वतो वाजिराजिषु । रत्नमुच्चैःश्रवाः सोत्र हयानां पौरुषाधिकः

Sa renommée est telle Uccaiḥśravā, célébrée parmi tous les rois des chevaux ; et ici, Uccaiḥśravā lui-même—joyau des coursiers—resplendit, surpassant tous les chevaux en vaillance.

Verse 12

ऐरावतो दंतिवरश्चतुर्दंतोत्र राजते । द्वितीय इव कैलासो जंगमस्फटिकोज्ज्वलः

Ici resplendit Airāvata, le meilleur des éléphants, à quatre défenses et magnifique—tel un second Kailāsa, rayonnant comme un cristal en mouvement.

Verse 13

तरुरत्नंपारिजातः स्त्रीरत्नं सोर्वशी त्विह । नंदनं वनरत्नं च रत्नं मंदाकिनी ह्यपाम्

Le joyau parmi les arbres est le Pārijāta ; le joyau parmi les femmes ici est Urvaśī ; Nandana est le joyau parmi les forêts ; et parmi les eaux, le joyau est la Mandākinī.

Verse 14

त्रयस्त्रिंशत्सुराणां या कोटिः श्रुति समीरिता । प्रतीक्षते साऽवसरं सेवायै प्रत्यहंत्विह

Ce « crore » des trente-trois devas, ainsi que le proclame la Veda, attend ici chaque jour l’occasion de servir.

Verse 15

स्वर्गेष्विंद्रपदादन्यन्न विशिष्येत किंचन । यद्यत्त्रिलोक्यामैश्वर्यं न तत्तुल्यमनेन हि

Dans les cieux, rien ne surpasse le rang d’Indra ; et pourtant, toute seigneurie dans les trois mondes n’égale pas ceci.

Verse 16

अश्वमेधसहस्रस्य लभ्यं विनिमयेन यत् । किं तेन तुल्यमन्यत्स्यात्पवित्रमथवा महत

Quand bien même, par échange, on obtiendrait le fruit de mille sacrifices d’Aśvamedha, quelle autre chose pourrait égaler ceci, en pureté comme en grandeur ?

Verse 17

अर्चिष्मती संयमिनी पुण्यवत्यमलावती । गंधवत्यलकेशी च नैतत्तुल्या महर्धिभिः

Arciṣmatī, Saṃyaminī, Puṇyavatī, Amalāvatī, Gandhavatī et Alakeśī — bien qu’ornées de grandes prospérités — ne sont pas égales à ceci.

Verse 18

अयमेव सहस्राक्षस्त्वयमेव दिवस्पतिः । शतमन्युरयं देवो नामान्येतानि नामतः

Celui-ci même est nommé Sahasrākṣa ; celui-ci même est Divaspati. Ce dieu est Śatamanyu : ce ne sont là que ses noms, nom après nom.

Verse 19

सप्तापि लोकपाला ये त एनं समुपासते । नारदाद्यैर्मुनिवरैरयमाशीर्भिरीड्यते

Même les sept gardiens des mondes le vénèrent et l’adorent. Il est célébré par des bénédictions des plus éminents sages, à commencer par Nārada.

Verse 20

एतत्स्थैर्येण सर्वेषां लोकानां स्थैर्यमिष्यते । पराजयान्महेंद्रस्य त्रैलोक्यं स्यात्पराजितम्

Par la stabilité de ce siège, la stabilité de tous les mondes est assurée. Si Mahendra était vaincu, les trois mondes seraient comme vaincus.

Verse 21

दनुजा मनुजा दैत्यास्तपस्यंत्युग्रसंयमाः । गंधर्व यक्षरक्षांसि महेंद्रपदलिप्सवः

Dānavas, humains et Daityas pratiquent des austérités avec une maîtrise de soi farouche ; de même les Gandharvas, Yakṣas et Rākṣasas, désirant atteindre le rang de Mahendra.

Verse 22

सगराद्या महीपाला वाजिमेधविधायकाः । कृतवंतो महायत्नं शक्रैश्वर्यजिघृक्षवः

Des rois tels que Sagara, accomplisseurs des sacrifices Aśvamedha, déployèrent de grands efforts, désireux de s’emparer de la souveraineté et de la splendeur de Śakra (Indra).

Verse 23

निष्प्रत्यूहं क्रतुशतं यः कश्चित्कुरुतेऽवनौ । जितेंद्रियोमरावत्यां स प्राप्नोति पुलोमजाम्

Quiconque, sur la terre, accomplit sans obstacle cent sacrifices et, les sens domptés, parvient à Amarāvatī auprès de Pulomajā (Śacī), l’épouse d’Indra.

Verse 24

असमाप्तक्रतुशता वसंत्यत्र महीभुजः । ज्योतिष्टोमादिभिर्यागैर्ये यजंत्यपि ते द्विजाः

Ici demeurent les souverains dont les cent sacrifices restent inachevés; et ici demeurent aussi les deux-fois-nés qui célèbrent des rites tels que le Jyotiṣṭoma et d’autres yajñas.

Verse 25

तुलापुरुषदानादि महादानानि षोडश । ये यच्छंत्यमलात्मानस्ते लभंतेऽमरावतीम्

Les seize grands dons—à commencer par le Tulāpuruṣa-dāna—ceux qui, l’âme pure, les offrent, obtiennent Amarāvatī.

Verse 26

अक्लीबवादिनो धीराः संग्रामेष्वपराङ्मुखाः । विक्रांता वीरशयने तेऽत्र तिष्ठंति भूभुजः

Ici demeurent les rois qui ne profèrent point de paroles de lâche : résolus, ne se détournant jamais du combat ; vaillants, ils reposent sur la couche des héros, morts en héros.

Verse 27

इत्युद्देशात्समाख्याता महेंद्रनगरी स्थितिः । यायजूका वसंत्यत्र यज्ञविद्याविशारदाः

Ainsi, par cette brève indication, l’état de la cité de Mahendra a été décrit. Ici demeurent les Yāyajūkas, maîtres accomplis de la science du sacrifice.

Verse 28

इमामर्चिष्मतीं पश्य वीतिहोत्रपुरीं शुभाम् । जातवेदसि ये भक्तास्ते वसंत्यत्र सुव्रताः

Vois cette cité rayonnante et de bon augure : Vītihotrapurī. Ici demeurent les dévots de Jātavedas (Agni), fidèles à de nobles vœux.

Verse 29

अग्निप्रवेशं ये कुर्युर्दृढसत्त्वा जितेंद्रियाः । स्त्रियो वा सत्त्वसंपन्नास्ते सर्वे अग्नितेजसः

Ceux qui, d’un cœur ferme et maîtres de leurs sens, entrent dans le feu, et de même les femmes pourvues d’un courage solide : tous deviennent lumineux du propre éclat d’Agni.

Verse 30

अग्निहोत्ररता विप्रास्तथाग्निब्रह्मचारिणः । पंचाग्निव्रतिनो ये वै तेऽग्निलोकेग्नितेजसः

Les brāhmaṇas voués à l’Agnihotra, ceux qui pratiquent le brahmacarya au service du feu sacré, et ceux qui observent le vœu des cinq feux : vraiment, ils demeurent dans le monde d’Agni, rayonnants de son éclat.

Verse 31

शीते शीतापनुत्यै यस्त्विध्मभारान्प्रयच्छति । कुर्यादग्निष्टिकां वाऽथ स वसेदग्निसन्निधौ

Au temps du froid, celui qui offre des fagots de bois pour chasser le frisson d’autrui — ou qui prépare un foyer de feu — demeure dans la proximité bénie d’Agni.

Verse 32

अनाथस्याग्निसंस्कारं यः कुर्याच्छ्रद्धयान्वितः । अशक्तः प्रेरयेदन्यं सोग्निलोके महीयते

Quiconque, avec foi, accomplit les rites funéraires du feu pour celui qui n’a point de protecteur — ou, s’il en est incapable, en inspire un autre — est honoré dans le monde d’Agni.

Verse 33

जठराग्निविवृद्ध्यै यो दद्यादाग्नेयमौषधम् । मंदाग्नये स पुण्यात्मा वह्निलोके वसेच्चिरम्

Celui qui donne un remède qui attise Agni afin de fortifier le feu du ventre chez l’homme à digestion faible, cette âme méritante demeure longtemps dans le monde de Vahni (Agni).

Verse 34

यज्ञोपस्कर वस्तूनि यज्ञार्थं द्रविणं तु वा । यथाशक्ति प्रदद्याद्यो ह्यर्चिष्मत्यांवसेत्स वै

Celui qui, selon ses moyens, offre les objets requis pour le yajña ou des richesses pour le yajña, demeure assurément en Arciṣmatī, le séjour resplendissant.

Verse 35

अग्निरेको द्विजातीनां निःश्रेयसकरः परः । गुरुर्देवो व्रतं तीर्थं सर्वमग्निर्विनिश्चितम्

Pour les dvijāti, Agni seul est le suprême dispensateur du bien le plus haut; il est établi en vérité qu’Agni est guru, divinité, vœu et tīrtha : tout est en Agni.

Verse 36

अपावनानि सर्वाणि वह्निसंसर्गतः क्षणात् । पावनानि भवंत्येव तस्माद्यः पावकः स्मृतः

Toutes les choses impures deviennent pures en un instant par le contact du feu; c’est pourquoi on se souvient de lui comme de “Pāvaka”, le purificateur.

Verse 37

अपि वेदं विदित्वा यस्त्यक्त्वा वै जातवेदसम् । अन्यत्र बध्नाति रतिं ब्राह्मणो न स वेदवित्

Même si un brāhmaṇa a appris le Veda, s’il abandonne Jātavedas (Agni) et attache sa joie ailleurs, il n’est pas véritablement connaisseur du Veda.

Verse 38

अंतरात्मा ह्ययं साक्षान्निश्चितो ह्याशुशुक्षणिः । मांसग्रासान्पचेत्कुक्षौ स्त्रीणां नो मांसपेशिकाम्

Ce Feu (Agni) est assurément le Soi intérieur manifesté et le Témoin direct, prompt à consumer. Dans le ventre il cuit des bouchées de chair, mais non la « masse de chair » des femmes.

Verse 39

तैजसी शांभवी मूर्तिः प्रत्यक्षा दहनात्मिका । कर्त्री हंत्री पालयित्री विनैनां किं विलोक्यते

Cette forme resplendissante est Śāmbhavī — la présence même de Śiva — manifeste aux yeux comme l’essence du feu brûlant. Elle est l’Agissante, la Destructrice et la Protectrice ; sans Elle, que pourrait-on voir ou connaître ?

Verse 40

चित्रभानुरयं साक्षान्नेत्रं त्रिभुवनेशितुः । अंधं तमोमये लोके विनैनं कः प्रकाशकः

Ce Soleil éclatant est véritablement l’œil même du Seigneur des trois mondes. Dans un univers fait de ténèbres, sans lui, qui pourrait illuminer quoi que ce soit ?

Verse 41

धूपप्रदीपनैवेद्य पयो दधि घृतैक्षवम् । एतद्भुक्तं निषेवंते सर्वे दिवि दिवौकसः

Encens, lampes et offrandes de nourriture—avec lait, caillé, ghee et jus de canne—lorsqu’ils sont offerts puis reçus comme prasāda, tous les dieux demeurant au ciel s’en trouvent comblés et en prennent leur part subtile.

Verse 42

शिवशर्मोवाच । कोयं कृशानुः कस्यायं सूनुः कथमिदं पदम् । आग्नेयं लब्धमेतेन ब्रूतमेतन्ममाग्रतः

Śivaśarman dit : « Qui est ce Feu (Kṛśānu) ? De qui est-il le fils ? Et comment a-t-il obtenu cette condition “ignée” ? Dites-le-moi clairement, ici devant moi. »

Verse 43

गणावूचतुः । आकर्णय महाप्राज्ञ वर्णयावो यथातथम् । योयं यस्य यथाऽनेन प्रापि ज्योतिष्मतीपुरी

Les Gaṇa dirent : « Écoute, ô très sage. Nous le raconterons exactement tel que cela advint : qui est celui-ci, à qui il appartient, et par quel moyen il atteignit la cité lumineuse, Jyotiṣmatīpurī. »

Verse 44

नर्मदायास्तटे रम्ये पुरे नर्मपुरे पुरा । पुरारिभक्तः पुण्यात्माऽभवद्विश्वानरो मुनिः

Autrefois, sur la rive charmante de la Narmadā, dans la cité nommée Narmapur, vivait le saint sage Viśvānara, à l’âme pure et dévot de l’Ennemi de Tripura (Śiva).

Verse 45

ब्रह्मचर्याश्रमे निष्ठो ब्रह्मयज्ञरतःसदा । शांडिल्यगोत्रः शुचिमान्ब्रह्मतेजो निधिर्वशी

Établi dans l’āśrama du brahmacarya, toujours voué au Brahma-yajña—l’étude et la récitation du savoir sacré ; de la lignée de Śāṇḍilya, pur, maître de soi, trésor de splendeur brahmanique.

Verse 46

विज्ञाताखिलशास्त्रार्थो लौकिकाचारचंचुरः । कदाचिच्चिंतयामास हृदि ध्यात्वा महेश्वरम्

Il avait saisi le sens de tous les śāstras et excellait dans la juste conduite du monde. Un jour, ayant médité Maheśvara en son cœur, il se mit à réfléchir en profondeur.

Verse 47

चतुर्णामप्याश्रमाणां कोतीव श्रेयसे सताम् । यस्मिन्प्राप्नोति संक्षुण्णे परत्रेह च वा सुखम्

« Parmi les quatre āśramas, lequel est vraiment le plus favorable au bien des justes—celui dont l’observance, même au milieu des contraintes de la vie, procure le bonheur ici-bas et dans l’au-delà ? »

Verse 48

इदं श्रेयस्त्विदं श्रेयस्त्विदं तु सुकरं भवेत् । इत्थं सर्वं समालोड्य गार्हस्थ्यं प्रशशंस ह

«Ceci est bon, et cela aussi est bon; et cette voie, de plus, est aisée à pratiquer.» Ainsi, après avoir tout pesé, il loua la voie du maître de maison (gārhasthya).

Verse 49

ब्रह्मचारी गृहस्थो वा वानप्रस्थोऽथ भिक्षुकः । एषामाधारभूतोसौ गृहस्थो नान्यथेति च

Qu’on soit brahmacārin (étudiant chaste), maître de maison, ermite des bois ou mendiant: parmi eux tous, le maître de maison est le support même; il ne peut en être autrement.

Verse 50

देवैर्मनुष्यैः पितृभिस्तिर्यग्भिश्चोपजीव्यते । गृहस्थः प्रत्यहं यस्मात्तस्माच्छ्रेष्ठो गृहाश्रमी

Parce que les dieux, les hommes, les ancêtres, et même les êtres vivants dépendent chaque jour de la subsistance du maître de maison, le gṛhastha est donc le premier parmi ceux qui vivent selon les āśramas.

Verse 51

अस्नात्वा चाप्यहुत्वा वाऽदत्त्वा वाश्नाति यो गृही । देवादीनामृणी भूत्वा नरकं प्रतिपद्यते

Le maître de maison qui mange sans s’être baigné, ou sans avoir fait d’offrandes, ou sans avoir donné l’aumône, devient débiteur envers les dieux et les autres, et tombe en enfer.

Verse 52

अस्नाताशी मलं भुंक्ते त्वजपी पूयशोणितम् । अहुताशी कृमीन्भुंक्तेप्यदत्त्वाविड्विभोजनः

Qui mange sans se baigner mange de l’ordure; qui mange sans japa mange pus et sang; qui mange sans offrandes mange des vers; et qui mange sans donner mange des excréments pour nourriture.

Verse 53

ब्रह्मचर्यं हि गार्हस्थ्ये यादृक्कल्पनयोज्झितम् । स्वभावचपले चित्ते क्व तादृग्ब्रह्मचारिणि

La continence dans la vie du maître de maison, exempte de vaines constructions de l’imaginaire, est chose très rare ; dans un esprit naturellement changeant, où trouver une telle stabilité, même chez un brahmacārī de vœu ?

Verse 54

हठाद्वा लोकभीत्या वा स्वार्थाद्वा ब्रह्मचर्यभाक् । संकल्पयति चित्ते चेत्कृतमप्यकृतं तदा

Si l’on embrasse la continence par contrainte, par crainte du monde ou par intérêt personnel, mais que l’esprit nourrit encore le désir, alors même ce qui est « accompli » au dehors devient comme non accompli.

Verse 55

परदारपरित्यागात्स्वदारपरितुष्टितः । ऋतुकालाभिगामित्वाद्ब्रह्मचारी गृहीरितः

Parce qu’il renonce à l’épouse d’autrui, se contente de la sienne et ne s’approche d’elle qu’au temps prescrit, le maître de maison est dit « brahmacārī », continent dans sa conduite.

Verse 56

विमुक्तरागद्वेषो यः कामक्रोधविवर्जितः । साग्निः सदारः स गृही वानप्रस्थाद्विशिष्यते

Ce maître de maison, délivré de l’attachement et de l’aversion, exempt de désir et de colère—qui entretient les feux sacrés et vit avec son épouse—surpasse même l’ermite de la forêt.

Verse 57

वैराग्याद्गृहमुत्सृज्य गृहधर्मान्हृदि स्मरेत् । स भवेदुभयभ्रष्टो वानप्रस्थो न वा गृही

Si, par un détachement mal appliqué, on quitte la maison tout en gardant au cœur le souvenir et la nostalgie des devoirs du foyer, on est déchu des deux : ni véritable ermite de la forêt, ni véritable maître de maison.

Verse 58

अयाचितोपस्थितया यो वृत्त्या वर्तते गृही । येन केनापि संतुष्टो भिक्षुकात्स विशिष्यते

Le maître de maison qui vit de ce qui se présente sans qu’il le demande, content de ce qu’il reçoit, surpasse même le mendiant.

Verse 59

प्राथयेद्यत्क्वचित्किंचिद्दुष्प्रापं वा भविष्यति । अशनेषु न संतुष्टः स यतिः पतितो भवेत्

Si un ascète mendie partout quelque chose, surtout ce qui est difficile à obtenir, et demeure insatisfait de la nourriture reçue, ce renonçant est tenu pour déchu de son vœu.

Verse 60

गुणागुणविचार्येत्थं स वै विश्वानरो द्विजः । उद्ववाह विधानेन स्वोचितां कुलकन्यकाम्

Ainsi, pesant qualités et défauts, le brāhmane Viśvānara prit épouse selon les rites convenables, une jeune fille digne de sa lignée.

Verse 61

अग्निशुश्रूषणरतः पंचयज्ञपरायणः । षट्कर्मनिरतो नित्यं देवपित्रतिथिप्रियः

Il était voué au service des feux sacrés, appliqué aux cinq yajñas quotidiens, toujours assidu aux six devoirs, cher aux devas, aux ancêtres et aux hôtes.

Verse 62

धर्मार्थकामान्युक्तात्मा सोर्जयन्स्वस्वकालतः । परस्परमसंकोचं दंपत्योरानुकूल्यतः

L’esprit recueilli, il poursuivit dharma, artha et kāma chacun en son temps; et les époux vécurent sans contrainte l’un envers l’autre, dans l’accord et la bienveillance mutuelle.

Verse 63

पूर्वाह्णे दैविकं कर्म सोकरोत्कर्मकांडवित् । मध्यंदिने मनुष्याणां पितॄणामपराह्नके

Instruit dans la règle des rites, il accomplissait le matin les actes divins ; à midi, les devoirs envers les hommes ; et l’après-midi, les offrandes dues aux ancêtres.

Verse 64

एवं बहुतिथे काले गते तस्याग्रजन्मनः । भार्या शुचिष्मती नाम कामपत्नी वसुव्रता

Ainsi, lorsque bien des jours eurent passé dans la vie de ce premier-né, son épouse—nommée Śuciṣmatī—dévouée à son mari et constante dans ses observances vertueuses, vivait ainsi.

Verse 65

अपश्यंत्यंकुरमपि संततेः स्वर्गसाधनम् । विज्ञाय शंकंरं कांतं प्रणिपत्य व्यजिज्ञपत्

Ne voyant pas même le plus léger bourgeon de descendance—tenue pour un moyen d’atteindre le ciel—elle s’approcha de son bien-aimé Śaṅkara, se prosterna et fit connaître sa requête.

Verse 66

शुचिष्मत्युवाच । आर्यपुत्रार्यधिषण प्राणनाथ प्रियव्रत । न दुर्लभं ममास्तीह किंचित्त्वच्चरणार्चनात्

Śuciṣmatī dit : Ô époux noble, à l’intelligence noble, ô seigneur de mon souffle, ferme en tes vœux chéris : ici rien ne m’est difficile à obtenir, car j’adore à tes pieds.

Verse 67

ये वै भोगाः समुचिताः स्त्रीणां ते त्वत्प्रसादतः । अलंकृत्य मया भुक्ताः प्रसंगाद्वच्मि तान्यपि

Tous les plaisirs qui conviennent aux femmes, je les ai reçus par ta grâce ; parée, j’en ai joui, et dans ce propos je les mentionne, eux aussi.

Verse 68

सुवासांसि सुवासाश्च सुशय्या सुनितंबिनी । स्रक्तांबूलान्नपानाश्च अष्टौ भोगाः स्वधर्मिणाम्

Beaux vêtements, doux parfums, bonne couche, bien-aimée aux hanches gracieuses; guirlandes, bétel, nourriture et boisson : tels sont les huit plaisirs de ceux qui suivent leur propre dharma.

Verse 69

एकं मे प्रार्थितं नाथ चिराय हृदिसंस्थितम् । गृहस्थानां समुचितं तत्त्वं दातुमिहार्हसि

Ô Seigneur, j’ai une seule requête, depuis longtemps établie en mon cœur. Daigne accorder ici la vérité qui sied aux maîtres de maison.

Verse 70

विश्वानर उवाच । किमदेयं हि सुश्रोणि तव प्रियहितैषिणि । तत्प्रार्थय महाभागे प्रयच्छाम्यविलंबितम्

Viśvānara dit : Ô toi aux belles hanches, qui recherches ce qui est cher et salutaire, qu’y a-t-il donc qui ne puisse t’être donné ? Demande, ô bienheureuse; je l’accorderai sans délai.

Verse 71

महेशितुः प्रसादेन मम किंचिन्न दुर्ल्भम् । इहामुत्र च कल्याणि सर्वकल्याणकारिणः

Par la grâce de Maheśa, rien ne m’est vraiment difficile à obtenir. Ô bienheureuse, ici-bas comme dans l’au-delà, Il est l’auteur de toute prospérité.

Verse 72

इति श्रुत्वा वचः पत्युस्तस्य सा पतिदेवता । उवाच हृष्टवदना यदि देयो वरो मम

Entendant les paroles de son époux, cette épouse dévouée, le visage réjoui, dit : «Si un vœu doit m’être accordé…».

Verse 73

वरयोग्यास्मि चेन्नाथ नान्यं वरमहं वृणे । महेशसदृशं पुत्रं देहि माहेश्वरानव

Ô Seigneur, si je suis digne d’une grâce, je n’en choisis point d’autre. Accorde-moi un fils semblable à Maheśa, jeune rejeton de la lignée Māheśvara (śivaïte).

Verse 74

इति तस्या वचः श्रुत्वा शुचिष्मत्याः शुचिव्रतः । क्षणं समाधिमाधाय हृ द्येतत्समचिंतयत्

Ayant entendu les paroles de cette dame pure, l’homme aux vœux purs entra un instant en contemplation et y réfléchit au fond de son cœur.

Verse 75

अहो किमेतया तन्व्या प्रार्थितं ह्यतिदुर्लभम् । मनोरथपथाद्दूरमस्तुवा स हि सर्वकृत्

Hélas ! Ce que cette femme frêle a demandé est d’une rareté extrême, difficile à obtenir, bien au-delà de la voie des désirs ordinaires ; car Lui (Maheśa) est véritablement l’auteur de tout.

Verse 76

तेनैवास्या मुखे स्थित्वा वाक्स्वरूपेण शंभुना । व्याहृतं कोऽन्यथाकर्तुमुत्सहेत भवेदिदम्

Car Śambhu lui-même, demeurant sur ses lèvres sous la forme même de la Parole, l’a prononcé ; qui donc aurait la force d’en changer le cours ?

Verse 77

ततः प्रोवाच तां पत्नीमेकपत्निव्रते स्थितः । विश्वानरमुनिः श्रीमानिति कांते भविष्यति

Alors le sage illustre Viśvānara, ferme dans le vœu d’une seule épouse, dit à sa femme : «Ainsi sera-t-il, ô bien-aimée».

Verse 78

इत्थमाश्वास्य तां पत्नीं जगाम तपसे मुनिः । यत्र विश्वेश्वरः साक्षात्काशीनाथोधितिष्ठति

Ainsi, après avoir rassuré son épouse, le sage s’en alla pratiquer l’austérité, vers le lieu où Viśveśvara en personne, Seigneur de Kāśī, demeure en présence manifeste.

Verse 79

प्राप्य वाराणसीं तूर्णं दृष्ट्वाथ मणिकर्णिकाम् । तत्याज तापत्रितयमपिजन्मशतार्जितम्

Parvenu promptement à Vārāṇasī et ayant contemplé Maṇikarṇikā, il rejeta les trois sortes de souffrances, bien qu’amassées au fil de centaines de naissances.

Verse 80

दृष्ट्वा सर्वाणि लिंगानि विश्वेश प्रमुखानि च । स्नात्वा सर्वेषु कुंडेषु वापीकूटसरःसु च

Ayant contemplé tous les liṅgas—au premier rang Viśveśa—et s’étant baigné dans tous les bassins sacrés, puits, digues et lacs,

Verse 81

नत्वा विनायकान्सर्वान्गौरीः सर्वाः प्रणम्य च । संपूज्य कालराजं च भैरवं पापभक्षणम्

S’étant incliné devant tous les Vināyakas et ayant salué toutes les Gaurīs, puis ayant honoré comme il se doit Kālarāja et Bhairava, le dévoreur des péchés,

Verse 82

दण्डनायकमुख्यांश्च गणान्स्तुत्वा प्रयत्नतः । आदिकेशवमुख्यांश्च केशवान्परितोष्य च

Louant avec application les Gaṇas conduits par Daṇḍanāyaka, et réjouissant aussi les Keśavas dont Ādikeśava est le chef,

Verse 83

लोलार्कमुख्य सूर्यांश्च प्रणम्य च पुनः पुनः । कृत्वा पिण्डप्रदानानि सर्वतीर्थेष्वतंद्रितः

Se prosternant maintes et maintes fois devant les sanctuaires solaires, au premier rang desquels Lolārka, et, sans relâche, offrant des piṇḍa en tous les tīrtha sacrés,

Verse 84

सहस्रभोजनाद्यैश्च यतीन्विप्रान्प्रतर्प्य च । महापूजोपचारैश्च लिंगान्यभ्यर्च्य भक्तितः

Et par des offrandes, à commencer par des repas en abondance, il rassasia les yati et les brāhmaṇa ; puis, par de majestueux services de pūjā, il vénéra avec bhakti les liṅga.

Verse 85

असकृच्चिन्तयामास किं लिंगं क्षिप्रसिद्धिदम् । यत्र निश्चलतामेति तपस्तनयकाम्यया

Il se mit à réfléchir sans cesse : «Quel liṅga accorde un accomplissement rapide, là où, par le tapas, on obtient une stabilité inébranlable, dans le désir d’un fils ?»

Verse 86

श्रीमदोंकारनाथं वा कृत्तिवासेश्वरं किमु । कालेशं वृद्धकालेशं कलशेश्वरमेव च

«Serait-ce le glorieux Oṃkāranātha, ou bien Kṛttivāseśvara—Kāleśa, Vṛddhakāleśa, ou encore Kalaśeśvara ?»

Verse 87

केदारेशं तु कामेशं चन्द्रेशं वा त्रिलोचनम् । ज्येष्ठेशं जंबुकेशं वा जैगीषव्येश्वरं तु वा

«Ou bien Kedāreśa, Kāmeśa, Candreśa ou Trilocana ; ou encore Jyeṣṭheśa, Jaṃbukeśa, ou Jaigīṣavyeśvara ?»

Verse 88

दशाश्वमेधमीशानं द्रुमि चंडेशमेव च । दृक्केशं गरुडेशं च गोकर्णेशं गणेश्वरम्

Ou bien : Daśāśvamedha-Īśāna ; Drumi-Caṇḍeśa ; Dṛkkeśa ; Garuḍeśa ; Gokarṇeśa ; ou Gaṇeśvara.

Verse 89

ढुंढ्याशागजसिद्धाख्यं धर्मेशं तारकेश्वरम् । नन्दिकेशं निवासेशं पत्रीशं प्रीतिकेश्वरम्

(On peut vénérer) le Liṅga nommé Ḍhuṃḍhyāśāgajasiddha, Dharma-īśa, Tārakeśvara, Nandikeśa, Nivāseśa, Patrīśa et Prītikeśvara.

Verse 90

पर्वतेशं पशुपतिं ब्रह्मेशं मध्यमेश्वरम् । बृहस्पतीश्वरं वाथ विभांडेश्वरमेव च

(On peut vénérer) Parvateśa, Paśupati, Brahmeśa, Madhyameśvara, Bṛhaspatīśvara, et aussi Vibhāṇḍeśvara.

Verse 91

भारभूतेश्वरं किं वा महालक्ष्मीश्वरं तु वा । मरुत्तेशं तु मोक्षेशं गंगेशं नर्मदेश्वरम्

Ou bien (on peut vénérer) Bhārabhūteśvara, ou Mahālakṣmīśvara ; de même Marutteśa, Mokṣeśa, Gaṅgeśa et Narmadeśvara.

Verse 92

मार्कंडं मणिकर्णीश रत्नेश्वरमथापि वा । अथवा योगिनीपीठं साधकस्यैव सिद्धिदम्

(On peut vénérer) Mārkaṇḍa, Maṇikarṇīśa, et aussi Ratneśvara ; ou bien le Yoginī-pīṭha, qui donne vraiment les siddhis au sādhaka.

Verse 93

यामुनेशं लांगलीशं श्रीमद्विश्वेश्वरं विभुम् । अविमुक्तेश्वरं वाथ विशालाक्षीशमेव च

« (On peut vénérer) Yāmuneśa, Lāṃgalīśa, le glorieux Viśveśvara, Seigneur tout-pénétrant, Avimukteśvara, et aussi Viśālākṣīśa. »

Verse 94

व्याघ्रेश्वरं वराहेशं व्यासेशं वृषभध्वजम् । वरुणेशं विधीशं वा वसिष्ठेशं शनीश्वरम्

« (On peut vénérer) Vyāghreśvara, Varāheśa, Vyāseśa, le Seigneur au drapeau du Taureau ; Varuṇeśa ou Vidhīśa ; ainsi que Vasiṣṭheśa et Śanīśvara. »

Verse 95

सोमेश्वरं किमिन्द्रेशं स्वर्लीनं संगमेश्वरम् । हरिश्चंद्रेश्वरं किं वा हरिकेशेश्वरं तु वा

« (On peut vénérer) Someśvara, ou Indreśa ; Svarlīna, Saṅgameśvara ; ou Haricandreśvara ; ou encore Harikeśeśvara. »

Verse 96

त्रिसंध्येशं महादेवमुपशांति शिवं तथा । भवानीशं कपर्दीशं कंदुकेशं मखेश्वरम्

« (On peut vénérer) Trisaṃdhyeśa, Mahādeva, Upaśānti, et aussi Śiva ; Bhavānīśa, Kapardīśa, Kaṃdukeśa et Makheśvara. »

Verse 97

मित्रावरुणसंज्ञं वा किमेषामाशुपुत्रदम् । क्षणं विचार्य स मुनिरिति विश्वानरः सुधीः

« Ou bien est-il connu sous le nom de “Mitrāvaruṇa” ? Lequel d’entre eux accorde promptement un fils ? Après un bref instant de réflexion, le sage Viśvānara parla ainsi. »

Verse 98

आज्ञातं विस्मृतं तावत्फलितो मे मनोरथः । सिद्धैः संसेवितं लिंगं सर्वसिद्धिकरं परम्

Bien qu’il eût été connu puis oublié, mon désir a maintenant porté son fruit. Ce Liṅga suprême, honoré par les Siddhas, accorde toute réussite et toute perfection.

Verse 99

दर्शनात्स्पर्शनाद्यस्य मनो निर्वृतिभाग्भवेत् । उद्घाटितं सदैवास्ते स्वर्गद्वारं हि यत्र वै

Ce lieu, dont la seule vue et le seul toucher comblent l’esprit d’une paix profonde, possède vraiment la porte du ciel toujours ouverte.

Verse 100

दिवानिशं पूजनार्थं विज्ञाप्य त्रिदशेश्वरम् । पञ्चमुद्रे महापीठे सिद्धिदे सर्वजंतुषु

Jour et nuit, après avoir sollicité la permission d’adorer auprès du Seigneur des dieux, (qu’on rende le culte) au grand siège nommé Pañcamudrā, dispensateur de siddhis à tous les êtres.

Verse 110

षण्मासात्सिद्धिमगमद्बहुनीराजनैरिह । किन्नरी हंसपद्यत्र भर्त्रा वेणुप्रियेण वै

Ici, par de nombreux ārati, elle atteignit la réussite en six mois : la Kinnarī nommée Haṃsapadā, avec son époux Veṇupriya.

Verse 120

पंचगव्याशनो मासं मासं चांद्रायणव्रती । मासं कुशाग्रजलभुङ्मासं श्वसनभक्षणः

Pendant un mois, il se nourrit de pañcagavya ; pendant un mois, il observe le vœu de Cāndrāyaṇa ; pendant un mois, il vit de l’eau recueillie aux pointes de kuśa ; et pendant un mois, il ne se « nourrit » que du souffle.

Verse 130

शब्दं गृह्णास्यश्रवास्त्वं हि जिघ्रेरघ्राणस्त्वं व्यंघ्रिरायासि दूरात् । व्यक्षः पश्येस्त्वं रसज्ञोप्यजिह्वः कस्त्वां सम्यग्वेत्त्यतस्त्वां प्रपद्ये

Sans oreilles, Tu saisis le son; sans nez, Tu perçois le parfum. Sans pieds, Tu viens de loin. Sans yeux, Tu vois; sans langue, Tu connais la saveur. Qui pourrait vraiment Te comprendre ? C’est pourquoi je prends refuge en Toi.

Verse 140

अभिलाषाष्टकं पुण्यं स्तोत्रमेतत्त्वयेरितम् । अब्दं त्रिकालपठनात्कामदं शिवसंनिधौ

Cet hymne sacré nommé Abhilāṣāṣṭaka a été énoncé par toi. S’il est récité pendant une année, trois fois par jour, en la présence de Śiva, il devient exauceur des désirs.

Verse 147

अब्दं जप्तमिदं स्तोत्रं पुत्रदं नात्र संशयः । इत्युक्त्वांतर्दधे बालः सोपि विप्रो गृहं गतः

«Si l’on récite cet hymne pendant une année, il accorde un fils, sans aucun doute.» Ayant dit cela, le garçon disparut; et ce brāhmane, lui aussi, rentra chez lui.