Adhyaya 72
Purva BhagaAdhyaya 72184 Verses

Adhyaya 72

Adhyaya 72 — Puradāha: Rudra’s Cosmic Chariot, Pāśupata-Vrata, and Brahmā’s Shiva-Stuti

Sūta raconte que, pour la destruction de Tripura, Viśvakarmā façonne un char divin dont chaque partie est identifiée à des réalités cosmiques—Soleil et Lune comme roues, saisons et unités du temps comme éléments, montagnes et océans comme appuis—faisant du ratha un univers symbolique. Śiva y prend place au milieu des louanges des ṛṣi, des apsaras et des gaṇa ; Gaṇeśa, d’abord, suscite des obstacles jusqu’à recevoir la vināyaka-pūjā, établissant qu’il faut honorer Vināyaka avant les grands rites. Les dieux redoutent la proclamation de « paśutva » par Rudra, mais Śiva les rassure : le Pāśupata-vrata délivre les êtres de l’entrave. Bien qu’un simple regard puisse réduire Tripura en cendres, il accomplit l’acte par l’arc et l’arme Pāśupata comme une līlā. Brahmā offre ensuite un long stotra intégrant l’Oṅkāra, les formes pañcabrahma, le yoga (de pratyāhāra à samādhi) et la métaphysique liṅga/aliṅga. Satisfait, Śiva accorde des grâces : Brahmā devient le cocher et Viṣṇu le véhicule ; le chapitre s’achève par une phalaśruti promettant purification, victoire et prospérité aux auditeurs, ouvrant sur des enseignements śaiva de bhakti, de vœux et de louange libératrice.

Shlokas

Verse 1

इति श्रीलिङ्गमहापुराणे पूर्वभागे पुरदाहे नन्दिकेश्वरवाक्यं नाम एकसप्ततितमो ऽध्यायः सूत उवाच शिवस् छरिओत् फ़ोर् देस्त्रुच्तिओन् ओफ़् त्रिपुर अथ रुद्रस्य देवस्य निर्मितो विश्वकर्मणा सर्वलोकमयो दिव्यो रथो यत्नेन सादरम्

Ainsi, dans le Śrī Liṅga Mahāpurāṇa, dans la partie antérieure (Pūrva-bhāga), au récit de l’embrasement de Tripura—intitulé « Discours de Nandikeśvara »—, voici le soixante-douzième chapitre. Sūta dit : Alors, pour la destruction de Tripura, Viśvakarmā façonna avec soin et révérence, pour le dieu Rudra, un char céleste composé de tous les mondes.

Verse 2

सर्वभूतमयश्चैव सर्वदेवनमस्कृतः सर्वदेवमयश्चैव सौवर्णः सर्वसंमतः

Il pénètre tous les êtres, et tous les devas Lui rendent hommage. Il est aussi l’essence même au cœur de tous les dieux ; d’un éclat d’or, Il est reconnu et approuvé par tous.

Verse 3

रथाङ्गं दक्षिणं सूर्यो वामाङ्गं सोम एव च दक्षिणं द्वादशारं हि षोडशारं तथोत्तरम्

Dans cette roue cosmique, le Soleil en est le côté droit et la Lune, certes, le côté gauche. La partie droite est dite avoir douze rayons, et de même la partie du nord en a seize.

Verse 4

अरेषु तेषु विप्रेन्द्राश् चादित्या द्वादशैव तु शशिनः षोडशारेषु कला वामस्य सुव्रताः

Ô le meilleur des brāhmaṇas, sur ces rayons sont disposés les douze Ādityas ; et sur les seize rayons de la Lune se tiennent les seize kalās, les phases lunaires, placées du côté gauche selon un ordre juste et auspicious.

Verse 5

ऋक्षाणि च तदा तस्य वामस्यैव तु भूषणम् नेम्यः षडृतवश्चैव तयोर्वै विप्रपुङ्गवाः

Alors, ô le meilleur des brahmanes, les demeures lunaires devinrent l’ornement de Son côté gauche; et les jantes de la roue ainsi que les six saisons devinrent les parures de ces membres cosmiques du Seigneur, montrant que tout le temps et tout l’ordre reposent sur Pati, le Śiva Suprême.

Verse 6

पुष्करं चान्तरिक्षं वै रथनीडश् च मन्दरः अस्ताद्रिरुदयाद्रिश् च उभौ तौ कूबरौ स्मृतौ

Pushkara et Antarikṣa, Rathanīḍa et Mandara; de même Astādri et Udayādri : ces deux-là sont rappelés comme les deux sommets-frontières (kūbara), marquant les limites cosmiques établies dans la création ordonnée de Śiva.

Verse 7

अधिष्ठानं महामेरुर् आश्रयाः केसराचलाः वेगः संवत्सरस्तस्य अयने चक्रसंगमौ

Mahāmeru en est l’axe fondamental; les montagnes Keśarācala en sont les chaînes de soutien. Sa course mesurée est l’année, et ses deux ayanas sont les points de jonction de la roue céleste.

Verse 8

मुहूर्ता बन्धुरास्तस्य शम्याश्चैव कलाः स्मृताः तस्य काष्ठाः स्मृता घोणा चाक्षदण्डाः क्षणाश् च वै

Pour ce décompte du temps, les muhūrtas sont enseignés comme ses unités « bandhurā »; et les śamyās sont rappelées comme des kalās. De même, ses divisions plus fines sont déclarées être les kāṣṭhās, ghoṇās, akṣa-daṇḍas, et aussi les kṣaṇas (instants).

Verse 9

निमेषाश्चानुकर्षाश् च ईषा चास्य लवाः स्मृताः द्यौर्वरूथं रथस्यास्य स्वर्गमोक्षावुभौ ध्वजौ

Les clignements (nimeṣa) et les instants successifs (anukarṣa) sont connus comme ses mesures du temps; et son timon est la finesse des instants (lavāḥ). Le ciel lui-même est la couverture de ce char, et ses deux étendards sont svarga et mokṣa : le paradis et la délivrance.

Verse 10

धर्मो विरागो दण्डो ऽस्य यज्ञा दण्डाश्रयाः स्मृताः दक्षिणाः संधयस्तस्य लोहाः पञ्चाशदग्नयः

Pour cette forme cosmique, accordée au bâton de la discipline (daṇḍa), le Dharma et le détachement (vairāgya) sont proclamés être son propre bâton. On dit que les sacrifices (yajñas) s’appuient sur ce bâton ; ses dons rituels (dakṣiṇās) en sont les articulations ; et ses métaux sont les cinquante feux—signe des nombreux feux sacrés maintenus par l’ordre et le renoncement.

Verse 11

युगान्तकोटी तौ तस्य धर्मकामावुभौ स्मृतौ ईषादण्डस्तथाव्यक्तं बुद्धिस्तस्यैव नड्वलः

À la fin des âges, ces deux—Dharma et Kāma—sont rappelés comme son couple cosmique. Son bâton d’aiguillon (īṣā-daṇḍa) est aussi l’Inmanifesté (Avyakta) ; et sa Buddhi, l’intelligence de discernement, est véritablement le lien (pāśa) qui retient et attire les êtres.

Verse 12

कोणस् तथा ह्यहङ्कारो भूतानि च बलं स्मृतम् इन्द्रियाणि च तस्यैव भूषणानि समन्ततः

Koṇa (le principe cosmique de l’angle et des directions) et l’ahaṅkāra (principe du moi), les éléments (bhūtas) tenus pour force, et les sens (indriyas) : tout cela, de toutes parts, constitue les ornements du Seigneur Pati, qui transcende et pourtant pénètre la création.

Verse 13

श्रद्धा च गतिरस्यैव वेदास्तस्य हयाः स्मृताः पदानि भूषणान्येव षडङ्गान्युपभूषणम्

La foi (śraddhā) elle-même est sa progression ; les Védas sont rappelés comme ses coursiers. Ses pas sont véritablement ses ornements, et les six Vedāṅgas sont ses parures secondaires. Ainsi le Seigneur Pati est loué comme l’incarnation de la puissance védique et du juste élan sur la voie spirituelle.

Verse 14

पुराणन्यायमीमांसाधर्मशास्त्राणि सुव्रताः वालाश्रयाः पटाश्चैव सर्वलक्षणसंयुताः

Ceux qui ont de nobles vœux (suvrata), établis dans les Purāṇas, le Nyāya, la Mīmāṃsā et les Dharmaśāstras, prenant refuge dans la discipline et la pratique constante, et pourvus de tous les signes auspices—tels sont les qualifiés, dignes de cet enseignement et de sa récitation.

Verse 15

मन्त्रा घण्टाः स्मृतास्तेषां वर्णाः पादास्तथाश्रमाः अवच्छेदो ह्यनन्तस्तु सहस्रफणभूषितः

Leurs mantras sont mémorisés comme des cloches; leurs syllabes sont les quatre quarts (pāda), et leurs appuis sont les varṇa et les āśrama. Pourtant, leur vraie limite est l’Infini—Ananta—paré de mille capuchons, signe de l’illimitation du Seigneur Pati (Śiva) au-delà de toute division mesurée.

Verse 16

दिशः पादा रथस्यास्य तथा चोपदिशश् च ह पुष्कराद्याः पताकाश् च सौवर्णा रत्नभूषिताः

Les directions devinrent les pieds de ce char, ainsi que les directions intermédiaires. Ses étendards—à commencer par celui de Puṣkara—étaient d’or et ornés de joyaux.

Verse 17

समुद्रास्तस्य चत्वारो रथकम्बलिकाः स्मृताः गङ्गाद्याः सरितः श्रेष्ठाः सर्वाभरणभूषिताः

Ses quatre océans sont rappelés comme des couvertures de char—protectrices et enveloppantes—tandis que les fleuves les plus éminents, à commencer par la Gaṅgā, sont suprêmes, parés de tous les ornements. Ainsi, les eaux sacrées elles-mêmes se manifestent comme des puissances consacrées au service de l’ordre divin de Pati (Śiva).

Verse 18

चामरासक्तहस्ताग्राः सर्वाः स्त्रीरूपशोभिताः तत्रतत्र कृतस्थानाः शोभयांचक्रिरे रथम्

Toutes—embellies par la grâce des formes féminines—se tenaient postées çà et là, les mains tenant des cāmara (éventails rituels), et rendaient le char resplendissant.

Verse 19

आवहाद्यास् तथा सप्त सोपानं हैममुत्तमम् सारथिर्भगवान्ब्रह्मा देवाभीषुधराः स्मृताः

De même, on connaît les sept puissances divines commençant par Āvahā, et l’excellent escalier d’or (de l’ascension) est aussi décrit. Le cocher est Bhagavān Brahmā, et les Deva sont rappelés comme les porteurs des rênes (rayons/bridles).

Verse 20

प्रतोदो ब्रह्मणस्तस्य प्रणवो ब्रह्मदैवतम् लोकालोकाचलस्तस्य ससोपानः समन्ततः

Pour ce Liṅga cosmique, Brahmā est l’aiguillon qui pousse la création en avant ; le Praṇava sacré « Oṁ » en est la divinité-Brahman. Le mont Lokāloka en marque la frontière, et tout autour se déploient des degrés, comme pour l’ascension du culte et de la réalisation yogique.

Verse 21

विषमश् च तदा बाह्यो मानसाद्रिः सुशोभनः नासाः समन्ततस्तस्य सर्व एवाचलाः स्मृताः

Alors, sur le côté extérieur, apparut le splendide Mānasādri, au relief inégal ; et les crêtes et saillies qui l’entourent de toutes parts sont toutes tenues en mémoire comme des montagnes.

Verse 22

तलाः कपोताः कापोताः सर्वे तलनिवासिनः मेरुरेव महाछत्रं मन्दरः पार्श्वडिण्डिमः

Tous ceux-ci—appelés Talas, Kapotas et Kāpotas—demeurent dans la région de Tala. Le mont Meru lui-même se dresse tel un vaste parasol royal, tandis que Mandara est, pour ainsi dire, le tambour latéral qui résonne à ses côtés.

Verse 23

शैलेन्द्रः कार्मुकं चैव ज्या भुजङ्गाधिपः स्वयम् कालरात्र्या तथैवेह तथेन्द्रधनुषा पुनः

Ici, Śailendra est véritablement l’arc ; la corde de l’arc est le seigneur des serpents lui-même. De même, Kālarātrī est présente en ce lieu, et, de nouveau, l’arc est l’arc-en-ciel d’Indra. Ainsi, par ces personnifications divines, on saisit la puissance du Seigneur : même les armes et les forces du temps deviennent des instruments dans les mains de Pati, le Śiva suprême.

Verse 24

घण्टा सरस्वती देवी धनुषः श्रुतिरूपिणी इषुर्विष्णुर्महातेजाः शल्यं सोमः शरस्य च

La cloche est la déesse Sarasvatī ; l’arc est la Śruti, le Veda incarné. La flèche est le puissant Viṣṇu ; et Soma (la Lune) est la pointe de la flèche, ainsi que l’essence même de son fût.

Verse 25

कालाग्निस्तच्छरस्यैव साक्षात्तीक्ष्णः सुदारुणः अनीकं विषसम्भूतं वायवो वाजकाः स्मृताः

Cette flèche elle-même devint le Feu du Temps (Kālāgni) : manifeste, tranchante comme un rasoir et d’une effroyable âpreté. Et la troupe née du poison est tenue pour les vents, les propulseurs (vājaka) qui la poussent en avant.

Verse 26

एवं कृत्वा रथं दिव्यं कार्मुकं च शरं तथा सारथिं जगतां चैव ब्रह्माणं प्रभुमीश्वरम्

Ayant ainsi disposé le char céleste, avec l’arc et la flèche, il établit aussi Brahmā—seigneur et gouverneur des mondes—comme cocher (aurige).

Verse 27

आरुरोह रथं दिव्यं रणमण्डनधृग् भवः सर्वदेवगणैर्युक्तं कम्पयन्निव रोदसी

Bhava (le Seigneur Śiva), portant les ornements du combat, monta sur le char divin—entouré des troupes de tous les Devas—si bien qu’il semblait faire trembler les deux mondes, ciel et terre.

Verse 28

शिव मोउन्त्स् थे छरिओत् ऋषिभिः स्तूयमानश् च वन्द्यमानश् च बन्दिभिः उपनृत्तश्चाप्सरसां गणैर्नृत्यविशारदैः

Śiva monta sur le char—loué par les ṛṣis, vénéré par les chantres—et entouré de troupes d’apsaras expertes en danse, qui exécutaient leurs pas autour de Lui en accompagnement.

Verse 29

सुशोभमानो वरदः सम्प्रेक्ष्यैव च सारथिम् तस्मिन्नारोहति रथं कल्पितं लोकसंभृतम्

Le Seigneur dispensateur de grâces, resplendissant de gloire, d’un simple regard vers l’aurige, monta sur ce char—mystiquement façonné et soutenu par les mondes—révélant la souveraineté du Pati : le pouvoir de prendre des formes pour protéger et élever les paśu (âmes liées).

Verse 30

शिरोभिः पतिता भूमीं तुरगा वेदसंभवाः अथाधस्ताद्रथस्यास्य भगवान् धरणीधरः

Les chevaux nés des Veda tombèrent la tête la première sur la terre; et sous ce char, le Seigneur Bienheureux—Soutien de la Terre—se tint comme son appui.

Verse 31

वृषेन्द्ररूपी चोत्थाप्य स्थापयामास वै क्षणम् क्षणान्तरे वृषेन्द्रो ऽपि जानुभ्यामगमद्धराम्

Prenant la forme du Seigneur Taureau (Vṛṣendra), il le souleva et le redressa un instant; mais l’instant d’après, ce taureau puissant s’affaissa de nouveau vers la terre, sur ses deux genoux.

Verse 32

अभीषुहस्तो भगवान् उद्यम्य च हयान् विभुः स्थापयामास देवस्य वचनाद्वै रथं शुभम्

Tenant les rênes, le Seigneur Bienheureux—puissant et omniprésent—releva les chevaux et, selon la parole du Deva, établit solidement le char de bon augure.

Verse 33

ततो ऽश्वांश्चोदयामास मनोमारुतरंहसः पुराण्युद्दिश्य खस्थानि दानवानां तरस्विनाम्

Alors il lança ses chevaux—rapides comme la pensée et le vent—vers les antiques forteresses, établies dans le ciel, des puissants Dānavas.

Verse 34

अथाह भगवान् रुद्रो देवानालोक्य शङ्करः पशूनामाधिपत्यं मे दत्तं हन्मि ततो ऽसुरान्

Alors le Seigneur Rudra—Śaṅkara—posa son regard sur les Devas et dit : «La souveraineté sur les paśus (les âmes liées) m’a été accordée ; c’est pourquoi je frapperai les Asuras».

Verse 35

पृथक्पशुत्वं देवानां तथान्येषां सुरोत्तमाः कल्पयित्वैव वध्यास्ते नान्यथा नैव सत्तमाः

Ô le meilleur des dieux ! Ces êtres ne doivent être offerts en bali (victimes rituelles) qu’après avoir été expressément désignés comme ‘paśu’, mis à part pour le rite ; autrement, jamais—ainsi l’affirment les nobles. Dans le dharma, l’âme (paśu) ne doit pas être atteinte sans règle ; seul ce que le rituel consacre peut être donné en bali.

Verse 36

इति श्रुत्वा वचः सर्वं देवदेवस्य धीमतः विषादमगमन् सर्वे पशुत्वं प्रति शङ्किताः

Ayant ainsi entendu tout l’enseignement du sage Seigneur des Seigneurs, tous furent saisis d’abattement, craintifs et hésitants au sujet de la ‘paśutva’—l’état de l’âme liée sous le lien (pāśa).

Verse 37

तेषां भावं ततो ज्ञात्वा देवस्तानिदमब्रवीत् मा वो ऽस्तु पशुभावे ऽस्मिन् भयं विबुधसत्तमाः

Alors, comprenant leur état intérieur, le Seigneur leur dit : «Ô les meilleurs des sages parmi les devas, qu’il n’y ait pour vous aucune crainte dans cette condition d’être paśu, âmes liées.»

Verse 38

श्रूयतां पशुभावस्य विमोक्षः क्रियतां च सः यो वै पाशुपतं दिव्यं चरिष्यति स मोक्ष्यति

Écoutez : il faut réellement entreprendre le moyen de délivrance de la condition de paśu (âme liée). Quiconque pratique en vérité la voie divine Pāśupata atteindra la libération (mokṣa).

Verse 39

पशुत्वादिति सत्यं च प्रतिज्ञातं समाहिताः ये चाप्यन्ये चरिष्यन्ति व्रतं पाशुपतं मम

«Il est vrai que les êtres sont dans la paśutva, l’état de paśu lié.» L’esprit recueilli, ils ont fait ce vœu ; et quiconque pratiquera aussi mon observance Pāśupata (vrata) entrera dans la discipline qui conduit le paśu vers Pati, le Seigneur.

Verse 40

मोक्ष्यन्ति ते न संदेहः पशुत्वात् सुरसत्तमाः नैष्ठिकं द्वादशाब्दं वा तदर्धं वर्षकत्रयम्

Ô le plus excellent des Devas, il n’y a aucun doute qu’ils obtiendront la délivrance (mokṣa) ; car, étant dans l’état de paśu (l’âme liée), ils parviennent à la libération par l’observance inébranlable du vœu sacré : soit douze années, soit la moitié, c’est-à-dire trois années.

Verse 41

शुश्रूषां कारयेद्यस्तु स पशुत्वाद्विमुच्यते तस्मात्परमिदं दिव्यं चरिष्यथ सुरोत्तमाः

Celui qui amène autrui à accomplir le service dévot (śuśrūṣā) et la discipline attentive est délivré du paśutva, l’état de l’âme liée. Ainsi, ô meilleurs des dieux, pratiquez cette voie suprême et divine.

Verse 42

तथेति चाब्रुवन्देवाः शिवे लोकनमस्कृते तस्माद्वै पशवः सर्वे देवासुरनराः प्रभोः

«Qu’il en soit ainsi», dirent les dieux à Śiva, honoré et salué par les mondes. Ainsi, ô Seigneur, tous sont en vérité des paśus—dieux, asuras et humains—appartenant au Maître, le Pati.

Verse 43

रुद्रः पशुपतिश्चैव पशुपाशविमोचकः यः पशुस्तत्पशुत्वं च व्रतेनानेन संत्यजेत्

Rudra est véritablement Paśupati—Seigneur des paśus—et le Libérateur qui tranche les liens (pāśa) du paśu. En accomplissant cette observance, l’âme individuelle, paśu qu’elle est, renonce à sa propre « condition de paśu », l’état de servitude et d’entrave.

Verse 44

तत्कृत्वा न च पापीयान् इति शास्त्रस्य निश्चयः गणेश पचिफ़िएद् ततो विनायकः साक्षाद् बालो ऽबालपराक्रमः

Après avoir accompli cela, on n’est pas souillé par le péché : telle est la conclusion arrêtée du śāstra. Alors Gaṇeśa fut apaisé, et Vināyaka se manifesta en personne : d’apparence enfantine, mais doté d’une puissance irrésistible, nullement enfantine.

Verse 45

अपूजितस्तदा देवैः प्राह देवान्निवारयन् श्रीविनायक उवाच मामपूज्य जगत्यस्मिन् भक्ष्यभोज्यादिभिः शुभैः

Alors, demeuré sans honneur de la part des dieux, Śrī Vināyaka prit la parole en les retenant : «Dans ce monde, si l’on ne m’adore pas d’abord avec des offrandes de bon augure—mets, douceurs et autres présents…».

Verse 46

कः पुमान्सिद्धिमाप्नोति देवो वा दानवो ऽपि वा ततस्तस्मिन् क्षणादेव देवकार्ये सुरेश्वराः

«Qui donc obtient la réussite—qu’il soit dieu ou même dānava ?» Alors, à l’instant même, les Seigneurs des Devas s’appliquèrent à l’œuvre divine et l’amenèrent promptement à son accomplissement.

Verse 47

विघ्नं करिष्ये देवेश कथं कर्तुं समुद्यताः ततः सेन्द्राः सुराः सर्वे भीताः सम्पूज्य तं प्रभुम्

«Je susciterai un obstacle, ô Seigneur des Devas ; comment comptez-vous accomplir cela ?» Alors, tous les dieux, Indra en tête, furent saisis de crainte et adorèrent ce Seigneur suprême.

Verse 48

भक्ष्यभोज्यादिभिश्चैव उण्डरैश्चैव मोदकैः अब्रुवंस्ते गणेशानं निर्विघ्नं चास्तु नः सदा

Lui offrant maints mets et délices—douceurs, gâteaux et modakas—ces serviteurs s’adressèrent à Gaṇeśa : «Que notre voie soit toujours sans obstacles».

Verse 49

भवो ऽप्यनेकैः कुसुमैर् गणेशं भक्ष्यैश् च भोज्यैः सुरसैः सुगन्धैः /* आलिङ्ग्य चाघ्राय सुतं तदानीमपूजयत्सर्वसुरेन्द्रमुख्यः

Alors Bhava (Śiva) lui aussi adora Gaṇeśa avec maintes fleurs et des mets délicieux et parfumés—collations comme offrandes complètes. Étreignant son fils et respirant avec tendresse le parfum de sa tête, le Seigneur suprême, devant qui s’inclinent même les chefs des dieux, l’honora à l’instant même.

Verse 50

सम्पूज्य पूज्यं सह देवसंघैर् विनायकं नायकमीश्वराणाम् गणेश्वरैरेव नगेन्द्रधन्वा पुरत्रयं दग्धुमसौ जगाम

Après avoir dûment adoré l’Adorable—Vināyaka, chef des seigneurs—avec les cohortes des devas, le Seigneur à l’arc pareil à la montagne (Śiva), accompagné des chefs de ses gaṇas, se mit en route pour consumer les trois cités (Tripura).

Verse 51

अर्म्य् ओफ़् थे गोद्स् तं देवदेवं सुरसिद्धसंघा महेश्वरं भूतगणाश् च सर्वे गणेश्वरा नन्दिमुखास्तदानीं स्ववाहनैरन्वयुरीशमीशाः

Alors, les cohortes des devas et des siddhas, avec tous les bhūta-gaṇas—conduits par les chefs des serviteurs de Śiva tels que Nandimukha—suivirent Maheśvara, Dieu des dieux, l’Īśa suprême, chacun avançant sur sa propre monture.

Verse 52

अग्रे सुराणां च गणेश्वराणां तदाथ नन्दी गिरिराजकल्पम् विमानमारुह्य पुरं प्रहर्तुं जगाम मृत्युं भगवानिवेशः

Puis, tout à l’avant des devas et des seigneurs des gaṇas, Nandī—puissant tel le roi des montagnes—monta sur le char céleste et s’avança pour frapper la cité; revêtu de la puissance même du Seigneur, il marcha comme la Mort en personne.

Verse 53

यान्तं तदानीं तु शिलादपुत्रम् आरुह्य नागेन्द्रवृषाश्ववर्यान् देवास्तदानीं गणपाश् च सर्वे गणा ययुः स्वायुधचिह्नहस्ताः

Alors, lorsque le fils de Śilāda (l’auguste Nandin) se mit en route, les devas et tous les gaṇas partirent eux aussi à cet instant—montant les meilleurs rois des serpents, taureaux et chevaux—chacun tenant en main l’emblème de ses propres armes.

Verse 54

खगेन्द्रमारुह्य नगेन्द्रकल्पं खगध्वजो वामत एव शंभोः /* जगाम जगतां हिताय पुरत्रयं दग्धुमलुप्तशक्तिः

Monté sur Garuḍa et portant un étendard tel le seigneur des montagnes, le Porte-étendard se rendit au côté gauche de Śambhu. Sans défaillance de puissance, il alla pour le bien des mondes, afin que la Triple Cité (Tripura) fût consumée.

Verse 55

तं सर्वदेवाः सुरलोकनाथं समन्ततश्चान्वयुरप्रमेयम् /* सुरासुरेशं सहस्ररश्मिर् भगवान् सुतीक्ष्णः

Tous les dieux entourèrent et suivirent ce Seigneur incommensurable—souverain des mondes célestes—maître des Deva comme des Asura ; le Bhagavān aux mille rayons, souverainement resplendissant et tranchant de puissance.

Verse 56

रराज मध्ये भगवान्सुराणां विवाहनो वारिजपत्रवर्णः यथा सुमेरोः शिखराधिरूढः सहस्ररश्मिर् भगवान् सुतीक्ष्णः

Au milieu des dieux, le Bhagavān resplendit—son éclat tel la teinte d’un pétale de lotus—comme un soleil aux mille rayons posé sur le sommet du mont Sumeru, intensément lumineux et divin.

Verse 57

सहस्रनेत्रः प्रथमः सुराणां गजेन्द्रमारुह्य च दक्षिणे ऽस्य जगाम रुद्रस्य पुरं निहन्तुं यथोरगांस्तत्र तु वैनतेयः

Indra, aux mille yeux, premier des Deva, monta l’éléphant royal et s’avança par le flanc du sud, résolu à abattre la cité de Rudra—comme Garuḍa (Vainateya) fond pour détruire les serpents.

Verse 58

तं सिद्धगन्धर्वसुरेन्द्रवीराः सुरेन्द्रवृन्दाधिपम् इन्द्रम् ईशम् समन्ततस्तुष्टुवुरिष्टदं ते जयेति शक्रं वरपुष्पवृष्ट्या

Alors les Siddha, les Gandharva et les héros, seigneurs des Deva, louèrent de toutes parts Indra—chef des cohortes divines, puissant maître. Criant « Victoire ! », ils exaltèrent Śakra, dispensateur des dons désirés, et le couvrirent d’une pluie de fleurs excellentes.

Verse 59

तदा ह्यहल्योपपतिं सुरेशं जगत्पतिं दिविष्ठाः /* प्रणेमुरालोक्य सहस्रनेत्रं सलीलमंबा तनयं यथेन्द्रम्

Alors les êtres célestes, voyant le Seigneur des dieux—époux d’Ahalyā, maître du monde, le Mille‑Yeux—se prosternèrent avec révérence, comme ils se prosternent devant Indra, fils d’Ambā, qui se joue à son gré.

Verse 60

यमपावकवित्तेशा वायुर्निरृतिरेव च अपाम्पतिस् तथेशानो भवं चानु समागताः

Yama, Agni, Kubera, Vāyu et Nirṛti, avec Varuṇa, seigneur des eaux, et Īśāna, se rassemblèrent tous, puis s’avancèrent à la suite de Bhava (Śiva).

Verse 61

वीरभद्रो रणे भद्रो नैरृत्यां वै रथस्य तु वृषभेन्द्रं समारुह्य रोमजैश् च समावृतः

Vīrabhadra, de bon augure et puissant au combat, prit place sur le flanc sud‑ouest (Nairṛtya) du char ; monté sur le taureau souverain, il se tenait couvert de poils hérissés — terrible d’aspect, tel le Pati qui brise les liens des paśus ennemis.

Verse 62

सेवां चक्रे पुरं हन्तुं देवदेवं त्रियंबकम् महाकालो महातेजा महादेव इवापरः

Afin d’amener la destruction de la cité (démoniaque), il se voua au service dévot de Tryambaka, le Dieu des dieux. Ce Mahākāla, flamboyant d’un éclat immense, se tenait comme un autre Mahādeva en personne.

Verse 63

वायव्यां सगणैः सार्धं सेवां चक्रे रथस्य तु

Dans le quartier nord‑ouest (Vāyavya), avec ses gaṇas, il rendit service à ce char, accomplissant l’assistance prescrite dans une dévotion disciplinée.

Verse 64

षण्मुखो ऽपि सह सिद्धचारणैः सेनया च गिरिराजसंनिभः देवनाथगणवृन्दसंवृतो वारणेन च तथाग्निसंभवः

Skanda aux six visages, lui aussi — né d’Agni — s’avança avec les Siddhas et les Cāraṇas, et avec une armée vaste comme le roi des montagnes ; entouré de troupes de seigneurs des Devas et de Gaṇas, et accompagné de son puissant éléphant‑monture.

Verse 65

विघ्नं गणेशो ऽप्यसुरेश्वराणां कृत्वा सुराणां भगवानविघ्नम् विघ्नेश्वरो विघ्नगणैश् च सार्धं तं देशमीशानपदं जगाम

Alors Gaṇeśa—le Seigneur Vighneśvara—suscita des obstacles pour les maîtres des Asuras, tout en rendant sans entrave la voie des Devas ; puis, accompagné de ses troupes de vighna-gaṇas, il se rendit en ce lieu nommé Īśāna-pada, le domaine d’Īśāna, la station du suprême Pati.

Verse 66

काली तदा कालनिशाप्रकाशं शूलं कपालाभरणा करेण प्रकम्पयन्ती च तदा सुरेन्द्रान् महासुरासृङ्मधुपानमत्ता

Alors Kālī—parée de crânes—brandit dans sa main le trident, luisant comme la nuit sombre du Temps ; ivre d’avoir bu le sang, doux comme le miel, des grands Asuras, elle fit trembler jusqu’aux seigneurs des Devas.

Verse 67

मत्तेभगामी मदलोलनेत्रा मत्तैः पिशाचैश् च गणैश् च मत्तैः मत्तेभचर्मांबरवेष्टिताङ्गी ययौ पुरस्ताच्च गणेश्वरस्य

D’une démarche d’éléphant ivre, les yeux vacillants d’extase, elle s’avança—entourée de piśācas en délire et de gaṇas enivrés—les membres ceints d’un vêtement de peau d’éléphant, allant devant Gaṇeśvara, le Seigneur des gaṇas.

Verse 68

तां सिद्धगन्धर्वपिशाचयक्षविद्याधराहीन्द्रसुरेन्द्रमुख्याः प्रणेमुरुच्चैरभितुष्टुवुश् च जयेति देवीं हिमशैलपुत्रीम्

Les plus éminents parmi les Siddhas, Gandharvas, Piśācas, Yakṣas, Vidyādharas, rois-serpents et seigneurs des Devas se prosternèrent devant cette Déesse ; puis, d’une voix élevée, ils louèrent la fille d’Himavat en proclamant : « Victoire à la Devī ! »

Verse 69

मातरः सुरवरारिसूदनाः सादरं सुरगणैः सुपूजिताः मातरं ययुरथ स्ववाहनैः स्वैर्गणैर्ध्वजधरैः समन्ततः

Alors les Mères divines—qui terrassent les ennemis des plus nobles des dieux—ayant été honorées avec dévotion par les troupes des Devas, se mirent en route vers la Mère (la Śakti suprême), montées sur leurs propres montures et entourées de toutes parts par leurs cortèges portant des étendards.

Verse 70

दुर्गारूढमृगाधिपा दुरतिगा दोर्दण्डवृन्दैः शिवा बिभ्राणाङ्कुशशूलपाशपरशुं चक्रासिशङ्खायुधम् प्रौढादित्यसहस्रसदृशैर्नेत्रैर्दहन्ती पथं बालाबालपराक्रमा भगवती दैत्यान्प्रहर्तुं ययौ

Assise sur le lion de Durgā, l’auspicieuse Śivā—invincible, aux innombrables bras puissants—portait l’aiguillon, le trident, le lacet, la hache, le disque, l’épée et la conque pour armes. Ses yeux, flamboyants comme mille soleils à leur zénith, brûlaient le chemin devant elle ; la Bienheureuse Déesse, dont la vaillance dépasse toute mesure, s’élança pour frapper les Daityas.

Verse 71

तं देवमीशं त्रिपुरं निहन्तुं तदा तु देवेन्द्ररविप्रकाशाः गजैर्हयैः सिंहवरै रथैश् च वृषैर्ययुस्ते गणराजमुख्याः

Alors, pour abattre Tripura, les chefs éminents des Gaṇas de Śiva—rayonnants comme Indra et le Soleil—se mirent en route vers le Seigneur, l’Īśa suprême. Ils partirent montés sur des éléphants, des chevaux, d’excellents lions, des chars et des taureaux.

Verse 72

हलैश् च फालैर् मुसलैर् भुशुण्डैर् गिरीन्द्रकूटैर् गिरिसन्निभास्ते ययुः पुरस्ताद्धि महेश्वरस्य सुरेश्वरा भूतगणेश्वराश् च

Portant charrues et socs, pilons et massues, et même des pics de montagne—eux dont la stature était pareille aux monts—les seigneurs des Devas et les chefs des cohortes de Bhūtas s’avancèrent devant Mahēśvara.

Verse 73

तथेन्द्रपद्मोद्भवविष्णुमुख्याः सुरा गणेशाश् च गणेशमीशम् जयेति वाग्भिर् भगवन्तमूचुः किरीटदत्ताञ्जलयः समन्तात्

Alors les Devas—menés par Indra, Padmodbhava (Brahmā) et Viṣṇu—avec les chefs des Gaṇas de Śiva, s’adressèrent de toutes parts au Seigneur Gaṇeśa, le souverain. Déposant leurs couronnes et joignant les paumes en añjali, ils proclamèrent : «Victoire à Toi, ô Bienheureux !»

Verse 74

ननृतुर्मुनयः सर्वे दण्डहस्ता जटाधराः ववृषुः पुष्पवर्षाणि खेचराः सिद्धचारणाः पुरत्रयं च विप्रेन्द्राः प्राणदत्सर्वतस् तथा

Tous les sages, le bâton à la main et les cheveux noués en jaṭā, dansèrent de joie. Les habitants du ciel—Siddhas et Cāraṇas—firent pleuvoir des averses de fleurs. Et les trois cités (Tripura), ô le meilleur des brahmanes, rendirent elles aussi le souffle de vie de toutes parts.

Verse 75

गणेश्वरैर् देवगणैश् च भृङ्गी सहावृतः सर्वगणेन्द्रवर्यः जगाम योगी त्रिपुरं निहन्तुं विमानमारुह्य यथा महेन्द्रः

Entouré des Gaṇeśvaras et des troupes d’assistants divins, avec Bhṛṅgī à ses côtés, le Seigneur suprême parmi tous les chefs des Gaṇas—le grand Yogin—s’avança pour anéantir Tripura, montant sur son char céleste tel Mahendra (Indra).

Verse 76

केशो विगतवासाश् च महाकेशो महाज्वरः सोमवल्ली सवर्णश् च सोमपः सेनकस् तथा

Il est Keśa, et Celui qui dépasse tous les voiles (Vigatavāsas) ; il est Mahākeśa, le Seigneur à la grande chevelure, et Mahājvara, la Fièvre suprême qui consume les liens. Il est Somavallī, la liane du Soma elle‑même, et Savarṇa, d’une radiance uniforme et toute‑pénétrante. Il est Somapa, le buveur du Soma, et Senaka, le Seigneur qui rassemble et ordonne les armées divines.

Verse 77

सोमधृक् सूर्यवाचश् च सूर्यपेषणकस् तथा सूर्याक्षः सूरिनामा च सुरः सुन्दर एव च

Il est le Porteur de la Lune (Somadhṛk) ; il est à la Voix solaire (Sūryavāc) ; il est le Soleil qui broie et mûrit toutes choses (Sūryapeṣaṇaka). Il est à l’Œil solaire (Sūryākṣa) ; on le nomme le Sage (Sūrināmā) ; il est l’Être divin (Sura) ; et Lui seul est le Beau (Sundara) — ainsi le Seigneur est loué.

Verse 78

प्रकुदः ककुदन्तश् च कम्पनश् च प्रकम्पनः इन्द्रश् चेन्द्रजयश्चैव महाभीर् भीमकस् तथा

Il est Prakuda et Kakudanta ; il est le Secoueur et le Grand Secoueur. Il est Indra, et aussi Indrajaya, le vainqueur d’Indra. Il est Mahābhīr, le Terrible au suprême degré, et Bhīmaka, l’Inspirateur d’effroi — ainsi le Pati, le Seigneur, est loué par ces noms.

Verse 79

शताक्षश्चैव पञ्चाक्षः सहस्राक्षो महोदरः यमजिह्वः शताश्वश् च कण्ठनः कण्ठपूजनः

Il est aux Cent Yeux (Śatākṣa) et le Seigneur des Cinq Syllabes (Pañcākṣa) ; aux Mille Yeux (Sahasrākṣa), d’être immense (Mahodara). Il est Yamajihva, « langue de Yama », puissance qui retient et juge ; il est Śatāśva, « aux cent chevaux », rapide et omniprésent. Il est Kaṇṭhana, celui qui remue la gorge, et Kaṇṭhapūjana, celui qu’on adore à la gorge—loué comme Nīlakaṇṭha, porteur du poison cosmique pour la sauvegarde de tous les êtres.

Verse 80

द्विशिखस् त्रिशिखश्चैव तथा पञ्चशिखो द्विजाः मुण्डो ऽर्धमुण्डो दीर्घश् च पिशाचास्यः पिनाकधृक्

Ô deux-fois-nés, Pati, le Seigneur Śiva, est célébré comme « aux deux crêtes », « aux trois crêtes » et aussi « aux cinq crêtes » ; comme « le Rasé », « le Demi-rasé » et « le Grand » ; comme « au visage effrayant, tel un piśāca » ; et comme « le Porteur de l’arc Pināka »—ainsi le disent ses épithètes sacrées.

Verse 81

पिप्पलायतनश्चैव तथा ह्यङ्गारकाशनः शिथिलः शिथिलास्यश् च अक्षपादो ह्यजः कुजः

Lui dont la demeure est le pippala (aśvattha) sacré ; Lui qui consume les braises ardentes (du feu sacrificiel) ; l’Inenchaîné ; Celui dont la bouche est détendue et paisible ; Celui dont les pieds sont impérissables ; l’Inengendré ; et Celui qu’on nomme Kuja, puissance de feu semblable à Mars.

Verse 82

अजवक्त्रो हयवक्त्रो गजवक्त्रो ऽर्ध्ववक्त्रकः इत्याद्याः परिवार्येशं लक्ष्यलक्षणवर्जिताः

« À visage de chèvre, à visage de cheval, à visage d’éléphant, au visage tourné vers le haut », et d’autres formes d’entourage sont dites se tenir autour du Seigneur ; pourtant Īśa lui-même—Pati au-delà de tout—est dépourvu de toute « marque » saisissable ou caractéristique définissante, au-delà des signes et des attributs qui limitent.

Verse 83

वृन्दशस्तं समावृत्य जग्मुः सोमं गणैर्वृताः सहस्राणां सहस्राणि रुद्राणामूर्ध्वरेतसाम्

L’ayant entouré en rangs et en troupes, ils s’avancèrent avec Soma, entourés des Gaṇas : des milliers et des milliers de Rudras, ascètes ūrdhva-retas, dont la puissance est tournée vers le haut par la retenue yogique.

Verse 84

समावृत्य महादेवं देवदेवं महेश्वरम् दग्धुं पुरत्रयं जग्मुः कोटिकोटिगणैर्वृताः

Entourant Mahādeva—Dieu des dieux, Maheśvara—ils partirent pour brûler les trois cités (Tripura), escortés par des crores et des crores de gaṇas de Śiva.

Verse 85

त्रयस्त्रिंशत्सुराश्चैव त्रयश् च त्रिशतास् तथा त्रयश् च त्रिसहस्राणि जग्मुर्देवाः समन्ततः

Les dieux vinrent de toutes les directions—trente-trois (divinités majeures), puis trois cent trois, et de même trois mille trois—se rassemblant de toutes parts, attirés vers la Présence suprême (Pati) révélée en ce cadre sacré.

Verse 86

मातरः सर्वलोकानां गणानां चैव मातरः भूतानां मातरश्चैव जग्मुर्देवस्य पृष्ठतः

Les Mères de tous les mondes—oui, les Mères des Gaṇas et les Mères de tous les êtres—s’avancèrent derrière le Seigneur, suivant son sillage.

Verse 87

भाति मध्ये गणानां च रथमध्ये गणेश्वरः नभस्यमलनक्षत्रे तारामध्य इवोडुराट्

Gaṇeśvara resplendit au milieu des Gaṇas et au cœur du char; tel le souverain des astres, la lune, brillant au centre des constellations pures du ciel.

Verse 88

रराज देवी देवस्य गिरिजा पार्श्वसंस्थिता तदा प्रभावतो गौरी भवस्येव जगन्मयी

Alors Girijā, la Déesse, se tenant au côté de Deva (Śiva), resplendit; par sa propre radiance divine, Gaurī apparut comme celle qui pénètre le monde—tout comme Bhava (Śiva) est lui-même l’incarnation de l’univers.

Verse 89

शुभावती तदा देवी पार्श्वसंस्था विभाति सा चामरासक्तहस्ताग्रा सा हेमांबुजवर्णिका

Alors la Déesse auspicieuse Śubhāvatī, se tenant tout près au côté, resplendit; ses mains les plus en vue tenaient le cāmara (éventail en queue de yak), et son teint était tel un lotus d’or—rayonnant la splendeur de la Présence sacrée de Śiva–Śakti.

Verse 90

अथ विभाति विभोर्विशदं वपुर् भसितभासितमंबिकया तया सितमिवाभ्रमहो सह विद्युता नभसि देवपतेः परमेष्ठिनः

Alors la forme immaculée du Seigneur qui pénètre tout se mit à flamboyer—rendue lumineuse par la cendre sacrée (bhasma) et par la présence d’Ambikā—telle un nuage blanc dans le ciel traversé d’éclairs, merveille à contempler, le Souverain suprême des dieux.

Verse 91

भातीन्द्रधनुषाकाशं मेरुणा च यथा जगत् हिरण्यधनुषा सौम्यं वपुः शंभोः शशिद्युति

De même que le ciel resplendit de l’arc d’Indra et que le monde s’illumine grâce au mont Meru, ainsi le corps doux de Śambhu—tel un arc d’or—flamboie d’une clarté lunaire, révélant le Pati dont la grâce lumineuse dissipe du paśu le pāśa des ténèbres.

Verse 92

सितातपत्रं रत्नांशुमिश्रितं परमेष्ठिनः यथोदये शशाङ्कस्य भात्यखण्डं हि मण्डलम्

Un parasol royal blanc, mêlé aux rayons des joyaux, resplendissait pour Parameṣṭhin (le Seigneur suprême) ; tel, au lever de la lune, son disque qui paraît entier, sans brisure, et lumineux.

Verse 93

सदुकूला शिवे रक्ता लम्बिता भाति मालिका छत्रान्ता रत्नजाकाशात् पतन्तीव सरिद्वरा

Une guirlande, teinte d’un rouge de bon augure et suspendue avec grâce sur Śivā, resplendit—son extrémité touchant comme le bord d’un parasol—telle une rivière splendide qui se déverse en cascade, irradiant d’un éclat de joyaux.

Verse 94

अथ महेन्द्रविरिञ्चिविभावसुप्रभृतिभिर् नतपादसरोरुहः सह तदा च जगाम तयांबया सकललोकहिताय पुरत्रयम्

Alors le Seigneur—dont les pieds de lotus étaient salués par Indra, Virin̄ci (Brahmā), Vibhāvasu (Agni) et les autres dieux—se mit en route en ce temps-là avec la Mère, Ambā. Pour le bien de tous les mondes, il alla vers les trois cités (Tripura).

Verse 95

दग्धुं समर्थो मनसा क्षणेन चराचरं सर्वमिदं त्रिशूली किमत्र दग्धुं त्रिपुरं पिनाकी स्वयं गतश्चात्र गणैश् च सार्धम्

Le Porteur du Trident peut, en un seul instant et par la seule volonté de l’esprit, réduire en cendres tout cet univers, le mobile comme l’immobile. Que reste-t-il donc à brûler ici—Tripura ? Le Seigneur qui brandit le Pināka est venu Lui-même, accompagné de ses Gaṇas.

Verse 96

रथेन किं चेषुवरेण तस्य गणैश् च किं देवगणैश् च शंभोः पुरत्रयं दग्धुमलुप्तशक्तेः किमेतद् इत्याहुर् अजेन्द्रमुख्याः

«De quoi aurait-il besoin d’un char, ou même d’une flèche parfaite ? De quoi Śambhu aurait-il besoin d’assistants ou de cohortes de dieux ? Sa puissance ne s’amoindrit jamais : il peut, à lui seul, consumer les trois cités (Tripura). “Quel est donc le sens de tout cela ?”—ainsi parlèrent les premiers parmi l’Inengendré et Indra (Brahmā et les grands Devas).»

Verse 97

मन्वाम नूनं भगवान्पिनाकी लीलार्थमेतत्सकलं प्रवर्त्तुम् व्यवस्थितश्चेति तथान्यथा चेद् आडम्बरेणास्य फलं किमन्यत्

Nous comprenons assurément que le Bienheureux Seigneur Pinākin a délibérément mis tout cela en mouvement comme līlā, jeu divin. Car si tel n’était pas le cas—si c’était autrement—quel fruit pourrait venir de cette simple mise en scène extérieure ?

Verse 98

पुरत्रयस्यास्य समीपवर्ती सुरेश्वरैर् नन्दिमुखैश् च नन्दी गणैर्गणेशस्तु रराज देव्या जगद्रथो मेरुरिवाष्टशृङ्गैः

Près de cette triple cité (Tripura), Gaṇeśa—Seigneur des Gaṇas—resplendit, entouré des souverains des Devas, de Nandimukha, de Nandin et de troupes d’assistants. Il apparut tel le mont Meru aux huit sommets, comme le char divin de la Déesse (Śakti) dans le rite cosmique de la victoire de Śiva.

Verse 99

अथ निरीक्ष्य सुरेश्वरमीश्वरं सगणमद्रिसुतासहितं तदा त्रिपुररङ्गतलोपरि संस्थितः सुरगणो ऽनुजगाम स्वयं तथा

Alors, voyant le Seigneur des dieux—Īśvara—avec ses gaṇas et accompagné de la Fille de la Montagne (Śakti), la troupe des Devas, postée sur le sol de l’arène de Tripura, le suivit d’elle-même.

Verse 100

जगत्त्रयं सर्वमिवापरं तत् पुरत्रयं तत्र विभाति सम्यक् नरेश्वरैश्चैव गणैश् च देवैः सुरेतरैश् च त्रिविधैर्मुनीन्द्राः

En ce domaine, la triade des mondes tout entière semblait comme secondaire ; là, la triple cité (Puratraya) resplendissait en un ordre parfait, remplie de rois parmi les hommes, des gaṇas de Śiva, des devas et aussi des non-devas — ô le plus éminent des sages.

Verse 101

शिव बुर्न्स् त्रिपुर अथ सज्यं धनुः कृत्वा शर्वः संधाय तं शरम् युक्त्वा पाशुपतास्त्रेण त्रिपुरं समचिन्तयत्

Alors Śarva (Śiva), ayant bandé son arc et mis la flèche en place, l’investit de l’arme Pāśupata et fixa sa résolution divine sur Tripura—afin que la cité triple fût réduite en cendres par Pati, le Seigneur qui tranche le pāśa (lien) des paśu (âmes liées).

Verse 102

तस्मिन् स्थिते महादेवे रुद्रे विततकार्मुके पुराणि तेन कालेन जग्मुरेकत्वमाशु वै

Lorsque Mahādeva—Rudra, l’arc entièrement bandé—se tint prêt, à cet instant même les trois cités de Tripura se fondirent promptement en une seule, en vérité.

Verse 103

एकीभावं गते चैव त्रिपुरे समुपागते बभूव तुमुलो हर्षो देवतानां महात्मनाम्

Et lorsque Tripura fut réellement parvenue à l’unité, une joie puissante et tumultueuse s’éleva parmi les dieux aux grandes âmes.

Verse 104

ततो देवगणाः सर्वे सिद्धाश् च परमर्षयः जयेति वाचो मुमुचुः संस्तुवन्तो ऽष्टमूर्तिकम्

Alors toutes les cohortes des dieux, avec les Siddhas et les suprêmes voyants, s’écrièrent « Victoire ! » en louant le Seigneur aux Huit Formes (Aṣṭamūrti), Śiva, le Pati qui pénètre le cosmos par ses multiples manifestations.

Verse 105

अथाह भगवान्ब्रह्मा भगनेत्रनिपातनम् पुष्ययोगे ऽपि सम्प्राप्ते लीलावशमुमापतिम्

Alors le bienheureux Brahmā parla de la chute de l'œil de Bhaga — comment, même lorsque la conjonction propice de Puṣya fut arrivée, Umāpati (Śiva), mû par son jeu divin (Lila), l'accomplit.

Verse 106

स्थाने तव महादेव चेष्टेयं परमेश्वर पूर्वदेवाश् च देवाश् च समास्तव यतः प्रभो

Ô Mahādeva, ô Parameśvara — cette action est appropriée en Ta présence ; car, ô Seigneur, en Toi seul tous les dieux antérieurs et les dieux actuels sont rassemblés et demeurent.

Verse 107

तथापि देवा धर्मिष्ठाः पूर्वदेवाश् च पापिनः यतस्तस्माज्जगन्नाथ लीलां त्यक्तुमिहार्हसि

Même ainsi, les dieux sont en effet dévoués au dharma, tandis que les anciens dieux sont tombés dans le péché. Par conséquent, ô Jagannātha, il ne convient pas que Tu abandonnes Ton jeu divin ici.

Verse 108

किं रथेन ध्वजेनेश तव दग्धुं पुरत्रयम् इषुणा भूतसंघैश् च विष्णुना च मया प्रभो

Ô Seigneur, pourquoi as-Tu besoin d'un char et d'une bannière pour brûler les trois villes ? Avec une seule flèche — ainsi qu'avec les hôtes d'êtres, avec Viṣṇu, et même avec moi — ô Maître, Tu es tout à fait capable de réduire Tripura en cendres.

Verse 109

पुष्ययोगे त्वनुप्राप्ते पुरं दग्धुमिहार्हसि यावन्न यान्ति देवेश वियोगं तावदेव तु

Maintenant que le Puṣya-yoga est arrivé, Tu es en effet apte à brûler la ville ici. Ô Seigneur des Devas, fais-le précisément tant qu'ils ne sont pas encore partis en séparation — seulement jusqu'à ce moment précis.

Verse 110

दग्धुमर्हसि शीघ्रं त्वं त्रीण्येतानि पुराणि वै अथ देवो महादेवः सर्वज्ञस्तदवैक्षत

«Tu dois brûler—sans tarder—ces trois cités antiques, en vérité.» Alors Mahādeva, le Seigneur omniscient, posa Son regard divin sur ce dessein, tel Pati qui tranche les pāśa liant le paśu.

Verse 111

पुरत्रयं विरूपाक्षस् तत्क्षणाद्भस्म वै कृतम् सोमश् च भगवान्विष्णुः कालाग्निर्वायुरेव च

Alors Virūpākṣa réduisit en cendres, à l’instant même, les trois cités (Tripura) ; et Soma, le Bienheureux Seigneur Viṣṇu, Kālāgni et Vāyu aussi (prirent part à cet acte divin).

Verse 112

शरे व्यवस्थिताः सर्वे देवमूचुः प्रणम्य तम् दग्धमप्यथ देवेश वीक्षणेन पुरत्रयम्

Tous les dieux, postés sur la flèche divine, se prosternèrent devant Lui et dirent : «Ô Seigneur des Devas, même les trois cités ont été brûlées par Ton seul regard.»

Verse 113

अस्मद्धितार्थं देवेश शरं मोक्तुमिहार्हसि अथ संमृज्य धनुषो ज्यां हसन् त्रिपुरार्दनः

«Ô Seigneur des Devas, pour notre bien, Tu dois décocher ici la flèche.» Alors Tripurārdana (Śiva), souriant, essuya et remit en place la corde de Son arc—se préparant à lâcher le trait qui met fin au triple lien.

Verse 114

मुमोच बाणं विप्रेन्द्रा व्याकृष्याकर्णम् ईश्वरः तत्क्षणात्त्रिपुरं दग्ध्वा त्रिपुरान्तकरः शरः

Ô le meilleur des brahmanes, le Seigneur (Īśvara), tirant la corde jusqu’à l’oreille, décocha la flèche ; à l’instant même, ce trait Tripurāntaka brûla Tripura en cendres—révélant Pati, le Maître suprême, comme le prompt destructeur des liens.

Verse 115

देवदेवं समासाद्य नमस्कृत्वा व्यवस्थितः रेजे पुरत्रयं दग्धं दैत्यकोटिशतैर्वृतम्

S’étant approché du Dieu des dieux et s’étant incliné avec vénération, il demeura recueilli; et là resplendissait la cité triple—déjà réduite en cendres—encore entourée par des centaines de krores de daityas.

Verse 116

इषुणा तेन कल्पान्ते रुद्रेणेव जगत्त्रयम् ये पूजयन्ति तत्रापि दैत्या रुद्रं सबान्धवाः

Par cette même flèche, à la fin d’un kalpa, il pourrait réduire les trois mondes, comme le fait Rudra. Même là, les daityas, avec leurs proches, rendent un culte à Rudra.

Verse 117

गाणपत्यं तदा शंभोर् ययुः पूजाविधेर्बलात् न किंचिद् अब्रुवन् देवाः सेन्द्रोपेन्द्रा गणेश्वराः

Alors, par la puissance contraignante du rite d’adoration prescrit par Śambhu, les Devas—avec Indra et Upendra—entrèrent dans l’état d’être comptés parmi ses Gaṇas; et ces seigneurs des cohortes célestes ne prononcèrent pas un mot.

Verse 118

भयाद्देवं निरीक्ष्यैव देवीं हिमवतः सुताम् दृष्ट्वा भीतं तदानीकं देवानां देवपुङ्गवः

Par crainte, le plus éminent parmi les dieux porta son regard sur la Déesse, fille d’Himavat; voyant le Seigneur présent en ce lieu, cette troupe divine des dieux fut saisie d’effroi à l’instant même.

Verse 119

किं चेत्याह तदा देवान् प्रणेमुस्तं समन्ततः

Lorsqu’il dit : « Qu’y a-t-il ? », alors les Devas se prosternèrent devant lui de toutes parts, prenant refuge en le Seigneur Pati, celui qui dénoue le lien de l’asservissement (pāśa).

Verse 120

ववन्दिरे नन्दिनमिन्दुभूषणं ववन्दिरे पर्वतराजसंभवाम् ववन्दिरे चाद्रिसुतासुतं प्रभुं ववन्दिरे देवगणा महेश्वरम्

Les cohortes divines se prosternèrent devant Nandin; elles se prosternèrent devant le Seigneur au croissant de lune. Elles se prosternèrent devant Pārvatī, fille du Roi des Montagnes. Et elles se prosternèrent devant le puissant Seigneur, Skanda, fils de la Fille de la Montagne. Ainsi les dieux rendirent hommage à Maheśvara.

Verse 121

तुष्टाव हृदये ब्रह्मा देवैः सह समाहितः विष्णुना च भवं देवं त्रिपुरारातिमीश्वरम्

Alors le vénérable Pitāmaha, Brahmā, l’esprit recueilli en profonde concentration, loua dans son cœur—avec les Devas et avec Viṣṇu—le Seigneur Bhava, l’Īśvara divin, le Destructeur de Tripura.

Verse 122

श्रीपितामह उवाच प्रसीद देवदेवेश प्रसीद परमेश्वर प्रसीद जगतां नाथ प्रसीदानन्ददाव्यय

Le vénérable Pitāmaha (Brahmā) dit : «Sois favorable, ô Seigneur des dieux; sois favorable, ô Souverain suprême. Sois favorable, ô Maître des mondes; sois favorable, ô Impérissable dispensateur de béatitude (ānanda).»

Verse 123

पञ्चास्यरुद्ररुद्राय पञ्चाशत्कोटिमूर्तये आत्मत्रयोपविष्टाय विद्यातत्त्वाय ते नमः

Hommage à Toi—Rudra des Rudra aux cinq visages; à Toi dont les formes sont cinquante crores; à Toi établi dans la triade du Soi (Ātman); à Toi qui es le principe même de la Connaissance sacrée, vidyā-tattva.

Verse 124

शिवाय शिवतत्त्वाय अघोराय नमोनमः अघोराष्टकतत्त्वाय द्वादशात्मस्वरूपिणे

Hommage, encore et encore, à Śiva—lui qui est le Śiva-tattva même, l’Aghora, non terrifiant mais de bon augure. Hommage à Celui dont la réalité est enseignée comme l’Aghora-Aṣṭaka, et qui se manifeste comme la forme du Soi en douze aspects.

Verse 125

विद्युत्कोटिप्रतीकाशम् अष्टकाशं सुशोभनम् रूपमास्थाय लोके ऽस्मिन् संस्थिताय शिवात्मने

Hommage au Seigneur à l’âme de Śiva, établi ici en ce monde (comme Pati, la Réalité demeurant au-dedans), qui revêt une forme souverainement belle, éclatante comme dix millions d’éclairs et rayonnante d’une splendeur octuple.

Verse 126

अग्निवर्णाय रौद्राय अंबिकार्धशरीरिणे धवलश्यामरक्तानां मुक्तिदायामराय च

Salut à Rudra, de teinte de feu; au Seigneur farouche dont le corps est à moitié Ambikā (Śakti); et à l’Immortel qui accorde la délivrance aux êtres de nature blanche, sombre et rouge.

Verse 127

ज्येष्ठाय रुद्ररूपाय सोमाय वरदाय च त्रिलोकाय त्रिदेवाय वषट्काराय वै नमः

Salut, en vérité, à l’Aîné (Seigneur primordial), à Celui dont la forme est Rudra; à Soma—lune et nectar de grâce—au Donateur de bienfaits; au Maître des trois mondes, au Dieu qui est la triade des dieux; et à Celui qui est lui-même le Vaṣaṭ, l’acclamation du sacrifice par laquelle l’offrande atteint le Divin.

Verse 128

मध्ये गगनरूपाय गगनस्थाय ते नमः अष्टक्षेत्राष्टरूपाय अष्टतत्त्वाय ते नमः

Salut à Toi qui demeures au centre, dont la forme est l’espace même et qui résides dans le ciel. Salut à Toi qui te manifestes comme les huit lieux sacrés et les huit formes, et qui es l’essence des huit principes (tattvas).

Verse 129

चतुर्धा च चतुर्धा च चतुर्धा संस्थिताय च पञ्चधा पञ्चधा चैव पञ्चमन्त्रशरीरिणे

Salut à Celui qui demeure dans la division quadruple—encore et encore comme quadruple—et qui se tient aussi comme quintuple; au Seigneur dont le corps même est constitué des cinq mantras sacrés.

Verse 130

चतुःषष्टिप्रकाराय अकाराय नमोनमः द्वात्रिंशत्तत्त्वरूपाय उकाराय नमोनमः

Salutations, encore et encore, à la syllabe « A », qui se manifeste en soixante-quatre modes. Salutations, encore et encore, à la syllabe « U », dont la forme même est les trente-deux tattva—révélant le Pati (Seigneur) comme le fondement de tous les principes qui lient et délivrent le paśu (l’âme).

Verse 131

षोडशात्मस्वरूपाय मकाराय नमोनमः अष्टधात्मस्वरूपाय अर्धमात्रात्मने नमः

Salutations, encore et encore, à la syllabe « Ma », à Celui dont la nature est le Soi en seize aspects. Salutation à Celui dont la nature est le Soi en huit aspects, et qui demeure comme la « demi-mātrā », mesure subtile et transcendante au-delà du son articulé.

Verse 132

ओङ्काराय नमस्तुभ्यं चतुर्धा संस्थिताय च गगनेशाय देवाय स्वर्गेशाय नमो नमः

Salutation à Toi, l’Oṅkāra lui-même, établi en une manifestation quadruple. Salutations, encore et encore, au Seigneur divin du ciel, souverain des cieux.

Verse 133

सप्तलोकाय पातालनरकेशाय वै नमः अष्टक्षेत्राष्टरूपाय परात्परतराय च

Salutation, en vérité, à Celui qui pénètre les sept mondes, et qui est aussi le Seigneur de Pātāla et des royaumes infernaux. Salutation à Celui des huit lieux sacrés et des huit formes—Celui qui est au-delà de l’au-delà, le Pati suprême transcendant tout.

Verse 134

सहस्रशिरसे तुभ्यं सहस्राय च ते नमः सहस्रपादयुक्ताय शर्वाय परमेष्ठिने

Salutations à Toi, ô aux mille têtes ; salutations à Toi, le Mille. Salutations à Śarva, pourvu de mille pieds—au Seigneur suprême siégeant au-dessus de tout, le Pati au-delà de toute mesure.

Verse 135

नवात्मतत्त्वरूपाय नवाष्टात्मात्मशक्तये पुनरष्टप्रकाशाय तथाष्टाष्टकमूर्तये

Hommage au Seigneur dont la forme même est le principe du Soi en neuf aspects ; à Celui dont la propre Śakti est la puissance intérieure de neuf et de huit ; à Celui qui se manifeste de nouveau comme les huit illuminations ; et de même à Celui qui revêt les incarnations de huit et de huit (mūrti).

Verse 136

चतुःषष्ट्यात्मतत्त्वाय पुनरष्टविधाय ते गुणाष्टकवृतायैव गुणिने निर्गुणाय ते

Hommage à Toi, Réalité exprimée comme les soixante-quatre tattva ; et de nouveau hommage à Toi, qui te manifestes selon le mode octuple. Hommage à Toi, enveloppé des huit guṇa ; à Toi, Seigneur des guṇa ; et à Toi, au-delà de tout guṇa — Śiva, le Pati qui délivre le paśu du pāśa.

Verse 137

मूलस्थाय नमस्तुभ्यं शाश्वतस्थानवासिने नाभिमण्डलसंस्थाय हृदि निःस्वनकारिणे

Hommage à Toi qui demeures dans la Racine (mūla), résident de la demeure éternelle. Hommage à Toi, établi dans le cercle du nombril, et qui fais résonner dans le cœur le son subtil, non frappé (anāhata).

Verse 138

कन्धरे च स्थितायैव तालुरन्ध्रस्थिताय च भ्रूमध्ये संस्थितायैव नादमध्ये स्थिताय च

Elle (Śakti), en vérité, demeure dans la gorge ; elle demeure dans l’ouverture du palais. Elle est établie entre les sourcils ; et elle demeure au cœur même du nāda (le son mystique intérieur), à réaliser comme le Liṅga intérieur où le Pati est directement pressenti.

Verse 139

चन्द्रबिम्बस्थितायैव शिवाय शिवरूपिणे वह्निसोमार्करूपाय षट्त्रिंशच्छक्तिरूपिणे

Hommage à Śiva qui demeure dans l’orbe lunaire, Lui-même forme d’auspiciosité. Hommage à Celui qui apparaît comme Feu, Lune et Soleil, et qui se manifeste comme l’incarnation des trente-six puissances — le Pati qui, par sa Śakti, pénètre tous les tattva.

Verse 140

त्रिधा संवृत्य लोकान्वै प्रसुप्तभुजगात्मने त्रिप्रकारं स्थितायैव त्रेताग्निमयरूपिणे

Salutation à Celui qui, de manière triple, enveloppe les mondes; dont le Soi même est le Serpent couché dans le sommeil yogique; qui demeure comme le principe en trois aspects; et qui revêt la forme de la Tretā, la triade des feux sacrés.

Verse 141

सदाशिवाय शान्ताय महेशाय पिनाकिने सर्वज्ञाय शरण्याय सद्योजाताय वै नमः

Salutations, en vérité, à Sadāśiva, le Paisible; à Maheśa, le Grand Seigneur; au Porteur de l’arc Pināka; à l’Omniscient; au Refuge de tous; et à Sadyojāta, le visage du Seigneur qui se manifeste aussitôt.

Verse 142

अघोराय नमस्तुभ्यं वामदेवाय ते नमः तत्पुरुषाय नमो ऽस्तु ईशानाय नमोनमः

Salutations à Toi en tant qu’Aghora; salutations à Toi en tant que Vāmadeva. Que mon hommage aille à Tatpuruṣa; et, encore et encore, salutations à Īśāna.

Verse 143

नमस्त्रिंशत्प्रकाशाय शान्तातीताय वै नमः अनन्तेशाय सूक्ष्माय उत्तमाय नमो ऽस्तु ते

Salutations à Toi qui brilles comme la radiance en trente aspects; salutations, en vérité, à Toi qui transcendes même la paix (śānti). Ô Seigneur de l’Infini, plus subtil que toute saisie et suprême au-dessus de tout : que mon hommage Te soit offert.

Verse 144

एकाक्षाय नमस्तुभ्यम् एकरुद्राय ते नमः नमस्त्रिमूर्तये तुभ्यं श्रीकण्ठाय शिखण्डिने

Salutations à Toi, l’Un-Œil; salutations à Toi, l’Unique Rudra. Salutations à Toi, le Trimūrti (Brahmā, Viṣṇu et Rudra). Salutations à Śrīkaṇṭha, à la Gorge Auspicieuse, et au Seigneur couronné, portant le diadème aux plumes de paon.

Verse 145

अनन्तासनसंस्थाय अनन्तायान्तकारिणे विमलाय विशालाय विमलाङ्गाय ते नमः

Hommage à Toi—assis sur le trône sans fin; l’Infini qui met fin à toute fin; l’Immaculé, le Vaste qui pénètre tout; dont la forme est pure et sans tache.

Verse 146

विमलासनसंस्थाय विमलार्थार्थरूपिणे योगपीठान्तरस्थाय योगिने योगदायिने

Hommage au Seigneur établi sur le siège sans tache; à Celui dont la forme est le sens pur qui purifie toute visée; à Celui qui demeure dans les sièges intérieurs du Yoga; au Yogin qui confère le Yoga.

Verse 147

योगिनां हृदि संस्थाय सदा नीवारशूकवत् प्रत्याहाराय ते नित्यं प्रत्याहाररताय ते

Demeurant dans le cœur des yogins, toujours subtil comme la pointe de l’enveloppe du riz sauvage, Śiva les mène sans cesse au pratyāhāra, le retrait des sens, car ils sont constamment voués à cette intériorisation.

Verse 148

प्रत्याहाररतानां च प्रतिस्थानस्थिताय च धारणायै नमस्तुभ्यं धारणाभिरताय ते

Hommage à Toi—qui réjouis ceux qui se consacrent au pratyāhāra (retrait des sens); qui demeures dans le fondement ferme (pratiṣṭhāna) de l’être stable; et qui es Toi-même la dhāraṇā, la tenue concentrée. Ô Seigneur, hommage à Toi qui te délectes de la dhāraṇā, Pati accordant la maîtrise du mental afin de délier le paśu de son pāśa.

Verse 149

धारणाभ्यासयुक्तानां पुरस्तात्संस्थिताय च ध्यानाय ध्यानरूपाय ध्यानगम्याय ते नमः

Hommage à Toi—qui te tiens devant ceux qui s’exercent avec discipline à la dhāraṇā; qui es la Méditation même; dont la forme est méditation; et que l’on atteint par la méditation. Ô Pati, Seigneur qui délivre le paśu du pāśa, hommage à Toi.

Verse 150

ध्येयाय ध्येयगम्याय ध्येयध्यानाय ते नमः ध्येयानामपि ध्येयाय नमो ध्येयतमाय ते

Salutations à Toi—Toi qui dois être contemplé, Toi qui es atteint par la contemplation, et Toi qui es la méditation même sur le Contemplé. Salutations à Toi—Contemplé même par tout ce qui est objet de contemplation ; salutations à Toi, l’Objet de méditation le plus suprême et le plus subtil.

Verse 151

समाधानाभिगम्याय समाधानाय ते नमः समाधानरतानां तु निर्विकल्पार्थरूपिणे

Salutations à Toi—atteignable seulement par le profond samādhāna (parfaite intériorisation recueillie), et Toi-même principe du samādhāna. Pour ceux qui se complaisent dans le samādhāna, Tu te révèles comme la Réalité dont le sens est libre de toute construction conceptuelle (nirvikalpa).

Verse 152

दग्ध्वोद्धृतं सर्वमिदं त्वयाद्य जगत्त्रयं रुद्र पुरत्रयं हि कः स्तोतुमिच्छेत् कथमीदृशं त्वां स्तोष्ये हि तुष्टाय शिवाय तुभ्यम्

Ô Rudra, aujourd’hui par Toi tout cela a été brûlé et pourtant rétabli—le triple monde comme les trois cités (Tripura). Qui pourrait même vouloir Te louer ? Comment pourrais-je louer un Tel que Toi—Śiva, toujours auspiceux, déjà comblé en Toi-même ?

Verse 153

भक्त्या च तुष्ट्याद्भुतदर्शनाच्च मर्त्या अमर्त्या अपि देवदेव एते गणाः सिद्धगणैः प्रणामं कुर्वन्ति देवेश गणेश तुभ्यम्

Par la bhakti, par la joie satisfaite et par la vision merveilleuse (de Ta grâce), ô Deva des devas—ces multitudes d’êtres, mortels ou immortels, avec les compagnies de Siddhas, se prosternent avec révérence devant Toi, ô Seigneur des dieux, ô Gaṇeśa.

Verse 154

निरीक्षणादेव विभो ऽसि दग्धुं पुरत्रयं चैव जगत्त्रयं च लीलालसेनांबिकया क्षणेन दग्धं किलेषुश् च तदाथ मुक्तः

Ô Seigneur tout-pénétrant, d’un seul regard Tu es capable de brûler les trois cités (Tripura) et même les trois mondes. En vérité, en un instant, Ambikā—jouant avec délice dans sa līlā—brûla la flèche ; puis elle fut décochée.

Verse 155

कृतो रथश्चेषुवरश् च शुभ्रं शरसनं ते त्रिपुरक्षयाय अनेकयत्नैश् च मयाथ तुभ्यं फलं न दृष्टं सुरसिद्धसंघैः

Le char est prêt, et pour Toi ont été façonnées des flèches excellentes et un arc éclatant, pour la destruction de Tripura. Pourtant, bien que je les aie réalisés par de nombreux efforts pour Toi, les assemblées des Devas et des Siddhas n’ont vu aucun fruit décisif—jusqu’à ce que Toi, ô Pati (Seigneur), daignes en rendre l’effet certain.

Verse 156

रथो रथी देववरो हरिश् च रुद्रः स्वयं शक्रपितामहौ च त्वमेव सर्वे भगवन् कथं तु स्तोष्ये ह्य् अतोष्यं प्रणिपत्य मूर्ध्ना

Le char et le cocher, le plus éminent des dieux—Hari; Rudra Lui-même; et aussi Śakra et Pitāmaha : tous, en vérité, n’es que Toi seul, ô Bhagavān. Comment donc Te louer—Toi l’Inégalable—sinon en me prosternant, la tête inclinée ?

Verse 157

अनन्तपादस् त्वम् अनन्तबाहुर् अनन्तमूर्धान्तकरः शिवश् च अनन्तमूर्तिः कथम् ईदृशं त्वां तोष्ये ह्य् अतोष्यं कथमीदृशं त्वाम्

Tu es Celui aux pieds infinis, aux bras infinis, aux têtes infinies—le Seigneur qui met fin à tout, Śiva Lui-même. Ta forme est sans limite ; comment pourrais-je Te satisfaire—Toi qui es vraiment au-delà d’être satisfait—comment plaire à Celui qui est ainsi, l’Infini ?

Verse 158

नमोनमः सर्वविदे शिवाय रुद्राय शर्वाय भवाय तुभ्यम् स्थूलाय सूक्ष्माय सुसूक्ष्मसूक्ष्मसूक्ष्माय सूक्ष्मार्थविदे विधात्रे

Hommage, hommage encore et encore à Toi—Śiva, l’Omniscient; Rudra, Śarva et Bhava. Hommage à Toi comme le grossier et le subtil, et comme le suprêmement subtil au-delà du subtil; à Toi qui connais le sens secret de tous les tattvas, à l’Ordonnateur, Pati, qui régis tout devenir.

Verse 159

स्रष्ट्रे नमः सर्वसुरासुराणां भर्त्रे च हर्त्रे जगतां विधात्रे नेत्रे सुराणामसुरेश्वराणां दात्रे प्रशास्त्रे मम सर्वशास्त्रे

Hommage au Créateur de tous les Devas et Asuras ; au Soutien et aussi au Retireur, l’Ordonnateur des mondes. Hommage à l’Œil et au Guide intérieur des dieux et des seigneurs des Asuras ; au Donateur et au Souverain suprême—mon Seigneur, l’essence et l’autorité de tous les Śāstras.

Verse 160

वेदान्तवेद्याय सुनिर्मलाय वेदार्थविद्भिः सततं स्तुताय वेदात्मरूपाय भवाय तुभ्यम् अन्ताय मध्याय सुमध्यमाय

Hommage à Toi, Bhava—connaissable par le Vedānta, parfaitement immaculé, sans cesse loué par ceux qui saisissent le sens du Veda; à Toi dont la forme est le Veda même—Toi qui es la fin, le milieu et le cœur intérieur le plus subtil de toute chose.

Verse 161

आद्यन्तशून्याय च संस्थिताय तथा त्वशून्याय च लिङ्गिने च अलिङ्गिने लिङ्गमयाय तुभ्यं लिङ्गाय वेदादिमयाय साक्षात्

Hommage à Toi—ô Liṅga—au-delà du commencement et de la fin, et pourtant à jamais établi; non pas néant; Toi qui es Liṅgin (porteur du signe) et aussi Aliṅgin (au-delà de tout signe); l’essence même du Liṅga-tattva; et qui te manifestes comme les Veda et leur source première, présent directement comme Pati, la Réalité suprême.

Verse 162

रुद्राय मूर्धाननिकृन्तनाय ममादिदेवस्य च यज्ञमूर्तेः विध्वान्तभङ्गं मम कर्तुमीश दृष्ट्वैव भूमौ करजाग्रकोट्या

Ô Rudra—trancheur de têtes—ô Īśa : m’ayant vu, moi, divinité primordiale et forme incarnée du yajña, je frappai la terre du bout de mon ongle, résolu à briser ton assaut flamboyant.

Verse 163

अहो विचित्रं तव देवदेव विचेष्टितं सर्वसुरासुरेश देहीव देवैः सह देवकार्यं करिष्यसे निर्गुणरूपतत्त्व

Que ton agir est merveilleux, ô Devadeva, Seigneur de tous les devas et asuras ! Bien que tu sois la Réalité dont la nature dépasse les guṇa, tu prendras pourtant une forme incarnée et, avec les dieux, accompliras l’œuvre des devas.

Verse 164

एकं स्थूलं सूक्ष्ममेकं सुसूक्ष्मं मूर्तामूर्तं मूर्तमेकं ह्यमूर्तम् एकं दृष्टं वाङ्मयं चैकमीशं ध्येयं चैकं तत्त्वमत्राद्भुतं ते

Un seul est le Grossier, un seul est le Subtil, et un seul est le Suprêmement subtil. Un seul est avec forme et sans forme : l’Un se manifeste comme forme, et ce même Un est sans forme. L’Un est vu directement; l’Un est aussi connu par la parole sacrée. Ce Seigneur unique est celui qu’il faut méditer. Cette unique Réalité (tattva) est merveilleuse : telle est l’instruction qui t’est donnée.

Verse 165

स्वप्ने दृष्टं यत्पदार्थं ह्यलक्ष्यं दृष्टं नूनं भाति मन्ये न चापि मूर्तिर्नो वै दैवकीशान देवैर् लक्ष्या यत्नैरप्यलक्ष्यं कथं तु

Ce « objet » que l’on voit en rêve est, en vérité, insaisissable ; bien qu’il soit vu, il ne fait que paraître briller, me semble-t-il, et pourtant il n’a point de forme tangible. De même, ô Seigneur des Devas, le Divin n’est pas un objet que les dieux puissent percevoir ; même au prix d’efforts ardents, Il demeure au-delà de tout signe : comment donc pourrait-Il être pleinement connu ?

Verse 166

दिव्यः क्व देवेश भवत्प्रभावो वयं क्व भक्तिः क्व च ते स्तुतिश् च तथापि भक्त्या विलपन्तमीश पितामहं मां भगवन्क्षमस्व

Ô Seigneur divin, ô Seigneur des Devas—où est Ta majesté sans mesure, et où sommes-nous ? Où est notre bhakti, et où serait une louange digne de Toi ? Pourtant, ô Īśa, tandis que je me lamente en dévotion, pardonne-moi—à moi, le Grand-Père (Brahmā), ô Seigneur bienheureux.

Verse 167

सूत उवाच य इमं शृणुयाद्द्विजोत्तमा भुवि देवं प्रणिपत्य पठेत् स च मुञ्चति पापबन्धनं भवभक्त्या पुरशासितुः स्तवम्

Sūta dit : Ô le meilleur des deux-fois-nés, quiconque sur la terre écoute cet hymne, ou—s’étant prosterné devant le Deva—le récite, est délivré des liens du péché par la bhakti envers Bhava, le Seigneur qui gouverne les cités.

Verse 168

श्रुत्वा च भक्त्या चतुराननेन स्तुतो हसञ्शैलसुतां निरीक्ष्य स्तवं तदा प्राह महानुभावं महाभुजो मन्दरशृङ्गवासी

Entendant cet hymne de louange offert avec bhakti par Brahmā aux quatre visages, le Seigneur aux grands bras, qui demeure au sommet du Mandara, sourit. Puis, tournant son regard vers la Fille de la Montagne (Pārvatī), cet Être sublime parla alors au magnanime (Brahmā).

Verse 169

शिव उवाच स्तवेनानेन तुष्टो ऽस्मि तव भक्त्या च पद्मज वरान् वरय भद्रं ते देवानां च यथेप्सितान्

Śiva dit : « Par cet hymne Je suis satisfait, et aussi par ta bhakti, ô Padmaja, né du lotus (Brahmā). Choisis des grâces ; que l’auspice soit tien ; et choisis aussi les grâces que désirent les dieux, selon leur vœu. »

Verse 170

सूत उवाच ततः प्रणम्य देवेशं भगवान्पद्मसंभवः कृताञ्जलिपुटो भूत्वा प्राहेदं प्रीतमानसः

Sūta dit : Alors le bienheureux Brahmā, né du lotus, se prosterna devant le Seigneur des dieux. Les paumes jointes en añjali, le cœur rempli de bhakti, il prononça ces paroles.

Verse 171

श्रीपितामह उवाच भगवन्देवदेवेश त्रिपुरान्तक शङ्कर त्वयि भक्तिं परां मे ऽद्य प्रसीद परमेश्वरम्

Le vénérable Pitāmaha (Brahmā) dit : « Ô Bhagavān, Seigneur des dieux, Devadeveśa, Tripurāntaka, Śaṅkara, accorde-moi aujourd’hui la bhakti suprême, fixée en Toi. Sois gracieux, ô Parameśvara, le Pati qui délivre le paśu (l’âme liée) du pāśa (l’entrave). »

Verse 172

देवानां चैव सर्वेषां त्वयि सर्वार्थदेश्वर प्रसीद भक्तियोगेन सारथ्येन च सर्वदा

Ô Seigneur qui régis toutes les fins et tous les sens : en Toi reposent tous les dieux. Sois gracieux—par le yoga de la bhakti—et sois à jamais notre cocher et notre guide.

Verse 173

जनार्दनो ऽपि भगवान् नमस्कृत्य महेश्वरम् कृताञ्जलिपुटो भूत्वा प्राह सांबं त्रियंबकम्

Même le bienheureux Janārdana (Viṣṇu), après s’être incliné devant Maheśvara, les paumes jointes en añjali, s’adressa au Seigneur aux Trois Yeux : Śiva uni à Śakti, Sāmbā.

Verse 174

वाहनत्वं तवेशान नित्यमीहे प्रसीद मे त्वयि भक्तिं च देवेश देवदेव नमो ऽस्तु ते

Ô Īśāna, je désire sans cesse être Ton vāhana et Ton serviteur ; sois-moi favorable. Ô Seigneur des dieux, Dieu des dieux, que naisse en moi une bhakti inébranlable envers Toi ; hommage à Toi.

Verse 175

सामर्थ्यं च सदा मह्यं भवन्तं वोढुमीश्वरम् सर्वज्ञत्वं च वरद सर्वगत्वं च शङ्कर

Accorde-moi toujours la capacité de Te soutenir—ô Seigneur; accorde-moi l’omniscience, ô Dispensateur de grâces, et accorde-moi l’omniprésence, ô Śaṅkara.

Verse 176

सूत उवाच तयोः श्रुत्वा महादेवो विज्ञप्तिं परमेश्वरः सारथ्ये वाहनत्वे च कल्पयामास वै भवः

Sūta dit : Ayant entendu leur requête, Mahādeva—le Seigneur suprême—Bhava consentit en vérité à assumer les fonctions de cocher et de porteur de monture.

Verse 177

दत्त्वा तस्मै ब्रह्मणे विष्णवे च दग्ध्वा दैत्यान्देवदेवो महात्मा सार्धं देव्या नन्दिना भूतसंघैर् अन्तर्धानं कारयामास शर्वः

L’ayant accordé à ce Brahmā et aussi à Viṣṇu, le Seigneur des Devas au grand cœur—après avoir réduit en cendres les Daityas—Śarva fit disparaître sa propre forme, avec la Déesse, Nandin et les troupes de Bhūtas, se retirant de la vue manifeste.

Verse 178

ततस्तदा महेश्वरे गते रणाद्गणैः सह सुरेश्वराः सुविस्मिता भवं प्रणम्य पार्वतीम्

Alors, lorsque Maheśvara quitta le champ de bataille avec ses gaṇas, les seigneurs des Devas—saisis d’émerveillement—se prosternèrent devant Bhava (Śiva) et rendirent aussi hommage à Pārvatī.

Verse 179

ययुश् च दुःखवर्जिताः स्ववाहनैर्दिवं ततः सुरेश्वरा मुनीश्वरा गणेश्वराश् च भास्कराः

Puis, délivrés de la souffrance, les seigneurs des Devas, les sages les plus éminents et les chefs des gaṇas de Śiva—avec les êtres resplendissants—gagnèrent le ciel, chacun sur sa propre monture céleste.

Verse 180

त्रिपुरारेरिमं पुण्यं निर्मितं ब्रह्मणा पुरा यः पठेच्छ्राद्धकाले वा दैवे कर्मणि च द्विजाः

Cet hymne sacré à Tripurāri (Śiva, le Destructeur de Tripura), composé jadis par Brahmā : quiconque le récite, ô deux-fois-nés, soit au temps du śrāddha, soit lors des devoirs sacrificiels védiques, acquiert un mérite saint et devient digne de la grâce de Pati, le Seigneur Śiva, qui tranche le pāśa (lien) du paśu (âme).

Verse 181

श्रावयेद्वा द्विजान् भक्त्या ब्रह्मलोकं स गच्छति मानसैर्वाचिकैः पापैस् तथा वै कायिकैः पुनः

Ou bien, si l’on le fait entendre aux deux-fois-nés avec bhakti, on atteint Brahmaloka. De plus, on est purifié des fautes commises par la pensée, par la parole et aussi par le corps, grâce à cette écoute et récitation śaiva qui desserre le pāśa (lien) attachant le paśu (âme) et le tourne vers Pati, le Seigneur Śiva.

Verse 182

स्थूलैः सूक्ष्मैः सुसूक्ष्मैश् च महापातकसंभवैः पातकैश् च द्विजश्रेष्ठा उपपातकसंभवैः

Ô le meilleur des deux-fois-nés, les êtres sont souillés par des péchés grossiers, subtils et très subtils, issus des mahāpātaka (grands crimes), des pātaka (transgressions ordinaires) et des upapātaka (fautes secondaires).

Verse 183

पापैश् च मुच्यते जन्तुः श्रुत्वाध्यायमिमं शुभम् शत्रवो नाशमायान्ति संग्रामे विजयीभवेत्

Après avoir entendu ce chapitre auspicious, l’être lié (jantu) est délivré des péchés ; les ennemis vont à leur perte, et au combat on devient victorieux.

Verse 184

सर्वरोगैर्न बाध्येत आपदो न स्पृशन्ति तम् धनमायुर्यशो विद्यां प्रभावमतुलं लभेत्

Il n’est atteint par aucune maladie ; les malheurs ne le touchent pas. Il obtient richesse, longue vie, renommée, connaissance sacrée et une puissance spirituelle sans égale, par une bhakti inébranlable envers Pati, le Seigneur Śiva, telle qu’enseignée dans la Liṅga-upāsanā.

Frequently Asked Questions

It identifies chariot-parts with the cosmos: Sūrya and Soma as wheels, Ādityas and lunar kalās as spokes, ṛtus as rim-elements, oceans as coverings, mountains as structural supports, and time-units (muhūrta, kṣaṇa, nimeṣa, lava) as fittings—turning the ratha into a universe-map (brahmāṇḍa-saṅketa).

Śiva teaches that practicing the divine Pāśupata observance—undertaken with discipline and service (śuśrūṣā) for prescribed durations (e.g., a full twelve-year commitment or shorter regulated terms)—liberates beings from paśutva (the bound condition under pāśa).

Gaṇeśa states that without worship (offerings like modaka and other naivedya), success (siddhi) is obstructed; once honored, he grants ‘avighna’ (unobstructed completion), establishing the ritual principle of Vināyaka-pūjā before major yajña, vrata, or divine undertakings.

Both are presented: the text says Tripura becomes ash by Śiva’s instantaneous look (īśvara-sāmarthya), yet he still releases the Pāśupata-arrow as līlā—affirming that ritualized action can occur even when divine power is already sufficient.