Adhyaya 147
Prabhasa KhandaPrabhasa Kshetra MahatmyaAdhyaya 147

Adhyaya 147

Cet adhyāya est construit comme un dialogue sacré entre Śiva et Devī. Īśvara oriente Devī vers Brahmakuṇḍa à Prabhāsa, tīrtha incomparable créé par Brahmā. L’origine du bassin est rattachée au temps où Somnātha fut établi par Soma/Śaśāṅka, et où les devas se rassemblèrent pour la consécration. Prié de fournir un signe auto-manifesté attestant l’installation de la divinité, Brahmā accomplit une méditation concentrée et, par le tapas, rassemble rituellement tous les tīrthas—célestes, terrestres et infernaux—en ce lieu; d’où le nom « Brahmakuṇḍa ». Le texte énumère ensuite les usages rituels et les fruits promis : le bain sacré et le pitṛ-tarpaṇa y confèrent un mérite comparable à l’Agniṣṭoma et la faculté de se mouvoir dans les sphères célestes; les dons aux brāhmaṇas savants sont recommandés pour l’effacement des fautes. Sarasvatī est dite s’y baigner aux jours de pūrṇimā et de pratipad, marquant la sacralité du calendrier. Les eaux du kuṇḍa sont décrites comme un siddha-rasāyana, élixir parfait aux multiples couleurs et parfums, merveille (kautuka) dont l’efficacité dépend de la satisfaction de Mahādeva. L’adhyāya propose aussi des séquences pratiques—préparation du récipient, chauffage, infusions répétées—et des observances au long cours : snāna sur plusieurs années avec mantra-japa et culte de Hiraṇyeśa, de Kṣetrapāla (le gardien) et de Bhairaveśvara, afin d’obtenir santé, longévité, éloquence et savoir. Il s’achève par de vastes phala : destruction de divers péchés, mérite par la pradakṣiṇā, accomplissement par la pūjā, et une phalaśruti promettant aux auditeurs fidèles la délivrance des fautes et l’ascension vers Brahmaloka.

Shlokas

Verse 1

ईश्वर उवाच । ततो गच्छेन्महादेवि ब्रह्मकुण्डमनुत्तमम् । तस्यैव नैरृते भागे ब्रह्मणा निर्मितं पुरा

Īśvara dit : « Ensuite, ô grande Déesse, qu’on se rende au Brahmakuṇḍa sans égal. Dans son quartier sud-ouest, jadis, Brahmā y façonna un lieu sacré. »

Verse 2

यदा तु ऋक्षराजेन सोमनाथः प्रति ष्ठितः । तदा ब्रह्मादयो देवाः सर्वे तत्र समागताः । प्रतिष्ठार्थं हि देवस्य शशांकेन निमन्त्रिताः

Lorsque Somnātha fut établi par le seigneur des astres (la Lune), alors Brahmā et tous les autres dieux s’y rassemblèrent, conviés par la Lune afin d’accomplir la consécration de la Divinité.

Verse 3

अथाऽब्रवीन्निशानाथो ब्रह्माणं विनयान्वितः

Alors Niśānātha (la Lune), empreint d’humilité, s’adressa à Brahmā.

Verse 4

कृतं भवद्भिर्जानाति स्थापनं वै यथा जनः । तथा कुरु सुरश्रेष्ठ चिह्नमात्मसमुद्भवम्

«Que les hommes sachent que cette installation a été accomplie par vous. Aussi, ô le plus excellent des dieux, créez un signe, issu de votre propre puissance divine.»

Verse 5

एवं श्रुत्वा तदा ब्रह्मा ध्यानं कृत्वा तु निश्चलम् । आह्वयत्सर्वतीर्थानि पुष्करादीनि सर्वशः

À ces mots, Brahmā entra dans une méditation stable et immobile, puis convoqua tous les tīrthas—Puṣkara et les autres—de toutes les directions.

Verse 6

स्वर्गे वै यानि तीर्थानि तथैव च रसातले । तपःसामर्थ्ययोगेन ब्रह्मणाऽकर्षितानि च । अतस्तस्यैव नाम्ना तु ब्रह्मकुण्डं तु गीयते

Tous les tīrthas qui existent au ciel, et de même ceux de Rasātala (les régions inférieures), Brahmā les attira ici par la puissance de son ascèse. C’est pourquoi ce lieu est célébré sous son propre nom : « Brahmakuṇḍa ».

Verse 7

गणानां च सहस्रैस्तु चतुर्दशभिरीक्ष्यते । अतश्चाभक्तियुक्तानां दुष्प्राप्यं तीर्थमुत्तमम्

Ce tīrtha suprême est contemplé par quatorze mille gaṇa ; ainsi, pour ceux qui sont dépourvus de bhakti, il est difficile à obtenir.

Verse 8

अथाब्रवीत्सर्वदेवान्ब्रह्मा लोकपितामहः

Alors Brahmā, l’aïeul des mondes, s’adressa à tous les dieux.

Verse 9

अत्र कुण्डे नरः स्नात्वा यः पितॄंस्तर्पयिष्यति । अग्निष्टोमफलं सव लप्स्यते स च मानवः । तत्प्रसादात्स्वर्गलोके विमानेन चरिष्यति

Quiconque se baigne dans ce bassin sacré puis offre le tarpaṇa aux Pitṛ (ancêtres) obtient pleinement le fruit du sacrifice Agniṣṭoma. Par la grâce de ce mérite, il parcourra le monde céleste dans un vimāna, char divin.

Verse 10

गोदानं चाश्वदानं च तथा स्वर्णकमण्डलुम् । दद्याद्विप्राय विदुषे सर्वपापापनुत्तये

Pour l’effacement de tous les péchés, qu’on offre le don d’une vache, le don d’un cheval, ainsi qu’un kamaṇḍalu d’or à un brāhmaṇa savant.

Verse 11

पौर्णमास्यां महादेवि तथा च प्रतिपद्दिने । सर्वपापविनाशार्थं तत्र स्नाति सरस्वती

Ô Grande Déesse, à la pleine lune et aussi au jour de pratipad (premier jour lunaire), Sarasvatī s’y baigne afin d’anéantir tous les péchés.

Verse 12

सिद्धं रसायनं देवि तत्र वै ह्युदकं प्रिये । नानावर्णसमायुक्तमुपदेशेन सिद्ध्यति

Ô Déesse bien-aimée, l’eau de ce lieu est véritablement un rasāyana, un élixir accompli. Parée de multiples teintes, elle devient efficace grâce à l’enseignement juste (upadeśa).

Verse 13

दारिद्र्यदुःखरुक्छोकान्मानवः सेवते कथम् । ब्रह्मकुण्डमनुप्राप्य कल्पवृक्षमिवापरम्

Comment un être humain pourrait-il encore endurer pauvreté, souffrance, maladie et chagrin après avoir atteint Brahmakuṇḍa, comme s’il s’agissait d’un autre kalpavṛkṣa, l’arbre qui exauce les vœux ?

Verse 14

देव्युवाच । भगवन्विस्तराद्ब्रूहि ब्रह्मकुण्डमहोदयम् । सर्वप्राणिहितार्थाय विस्तराद्वद मे प्रभो

La Déesse dit : « Ô Seigneur, parle-moi en détail de la grande manifestation et de la gloire de Brahmakuṇḍa. Pour le bien de tous les êtres, explique-le-moi pleinement, ô Maître. »

Verse 15

ब्रह्मकुंडस्य माहात्म्यं श्रोतुं मे कौतुकं महत् । लोकानां दुःखनाशाय दारिद्यक्षयहेतवे

J’ai un grand désir d’entendre la grandeur de Brahmakuṇḍa, afin que la peine des hommes soit détruite et que la pauvreté prenne fin.

Verse 16

भगवन्मानुषाः सर्वे दुःखशोकनिपीडिताः । भ्रमंति सकलं जन्म रसायनविमोहिताः

Ô Seigneur, tous les humains sont accablés par la souffrance et le chagrin ; abusés par la quête des « rasāyana », ils errent durant toute leur vie.

Verse 17

तेषां हिताय मे ब्रूहि निर्वाणं रसमुत्तमम् । आदाविह शरीरं तु अक्षय्यं तु यथा भवेत्

Pour leur bien, dis-moi le “rasa” suprême, l’essence qui mène au nirvāṇa ; et d’abord, comment ce corps ici peut devenir durable et impérissable.

Verse 18

अष्टसिद्धिसमा युक्तं सर्वविद्यासमन्वितम् । कामरूपं क्रियायुक्तं सर्वव्याधिविवर्जितम्

Pourvu des huit siddhis, comblé de toutes les connaissances, capable de prendre toute forme désirée et puissant dans l’action, exempt de toute maladie.

Verse 19

ततस्तु परमं देव निर्वाणं येन वै लभेत् । मानवः कृतकृत्यश्च जायते च यथा प्रभो

Ensuite, ô Seigneur suprême, dis par quel moyen l’homme obtient vraiment le nirvāṇa le plus élevé et devient celui qui a accompli le but de la vie, selon ce que Tu sais et ordonnes, ô Maître.

Verse 20

तथा कथय मे देव दयां कृत्वा जगत्प्रभो । निर्वाणपरमं कल्पं सर्वभ्रांतिविवर्जितम् । प्रसिद्धं सुखदं दिव्यं समा चक्ष्व महेश्वर

Ainsi, dis-le-moi, ô Seigneur—par compassion, ô Maître des mondes—: l’ordonnance sacrée dont le terme suprême est le nirvāṇa, exempte de toute illusion ; renommée, dispensatrice de félicité et divine. Expose-la pleinement, ô Maheśvara.

Verse 21

ईश्वर उवाच । साधुसाधु महादेवि लोकानां हितकारिणि । मर्त्यलोके महादेवि तीर्थं तीर्थवरं शुभम्

Īśvara dit : « Bien dit, bien dit, ô Mahādevī, bienfaitrice des mondes. Dans le monde des mortels, ô Mahādevī, il est un tīrtha sacré, le meilleur des tīrthas, véritablement auspicious. »

Verse 22

प्रभासं परमं ख्यातं तच्च द्वादशयोजनम् । तत्र सोमेश्वरो देवस्त्रिषु लोकेषु विश्रुतः

Prabhāsa est souverainement renommé, s’étendant sur douze yojanas. Là, le dieu Someśvara est célébré dans les trois mondes.

Verse 23

तस्य पूर्वे समाख्यातः श्रीकृष्णो दैत्यसूदनः । चण्डिका योगिनी तत्र सखीभिः परिवारिता

À l’est de ce lieu est renommé Śrī Kṛṣṇa, le pourfendeur des asuras ; et là se tient aussi Caṇḍikā, la Yoginī, entourée de ses déesses compagnes.

Verse 24

ततः पूर्वे दिशां भागे चतुर्वक्त्रेण निर्मितम् । तीर्थात्तीर्थं वरं दिव्यं सर्वाश्चर्यमयं शुभम्

Plus loin, dans le quartier oriental, se trouve un gué sacré établi par le Quatre-Visages (Brahmā) : un tīrtha divin, le meilleur des tīrthas, tout entier merveilleux et de bon augure.

Verse 25

सेवितं सर्वदेवैस्तु सिद्धैः साध्यैर्ग्रहैस्तथा । अप्सरोमुनिभिर्दिव्यैर्यक्षैश्च पन्नगैः सदा

Il est sans cesse fréquenté par tous les dieux — par les Siddhas, les Sādhyas et aussi les Grahas —, par les apsaras divines et les sages, et toujours par les Yakṣas et les Nāgas également.

Verse 26

सिद्ध्यर्थं सर्वकामार्थं दिव्यभोगावहं शुभम् । ब्रह्मकुण्डमिति ख्यातं ब्रह्मणा निर्मितं यतः

De bon augure et dispensant des jouissances divines — pour l’accomplissement spirituel et l’exaucement de tous les désirs légitimes —, il est connu sous le nom de Brahmakuṇḍa, car il fut établi par Brahmā.

Verse 27

तस्य वायव्यकोणे तु हिर ण्येशः स्वयं स्थितः । तमाराध्य महादेवं हिरण्येश्वरमुत्तमम्

Dans l’angle nord-ouest de ce lieu demeure Hiraṇyeśa lui-même. En adorant ce Mahādeva—Hiraṇyeśvara, le Seigneur suprême—on obtient le fruit promis.

Verse 28

महामन्त्रं जपेत्क्षिप्रं दशांशं होमयेत्सुधीः । होमेन सिद्ध्यते मन्त्रः सत्यं सत्यं वरानने

Que le sage récite promptement le grand mantra et en offre le dixième en homa. Par le homa, le mantra s’accomplit—vrai, vrai, ô toi au beau visage.

Verse 29

तस्योत्तरे तु दिग्भागे किञ्चिदीशानमाश्रितः । चतुर्वक्त्रो महादेवि क्षेत्रपो लिंगरूपधृक्

Au nord de là, légèrement tourné vers le quartier d’Īśāna (nord-est), ô Grande Déesse, se tient le gardien du champ sacré, à quatre visages, portant la forme d’un liṅga.

Verse 30

तत्स्थानं रक्षते देवि लिंगरूपेण शंकरः । तमाराध्य प्रयत्नेन ततः कुण्डं समाश्रयेत्

Ô Déesse, ce lieu est protégé par Śaṅkara sous la forme même du liṅga. L’ayant adoré avec un effort fervent, qu’on se rende ensuite au bassin sacré (kuṇḍa).

Verse 31

सर्वैश्वर्यमयं देवि नानावर्णविचित्रितम् । कुण्डस्यास्येशदिग्भागे भैरवेश्वरमुत्तमम्

Ô Déesse, ce kuṇḍa est empli de toute prospérité et paré d’une diversité de couleurs. Sur le côté d’Īśāna (nord-est) de ce kuṇḍa se trouve l’excellent Bhairaveśvara.

Verse 32

दुर्गन्धा भासुरा देवि वहते रसरूपिणी । तस्या रसेन संयुक्तं पृथग्वर्णं हि कर्बुरम्

Ô Déesse, là s’écoule un courant resplendissant de « rasa » (essence), parfois d’une odeur fétide. Mêlé à cette essence, il devient bigarré, aux couleurs distinctes et séparées.

Verse 33

मेघवर्णं महादिव्यं राजतं च पुनः शुभम् । कपिलं दुग्धवर्णं च कर्पूराभं सुशोभनम्

Il apparaît couleur de nuage, grand et éminemment divin; puis il reparaît argenté et de bon augure. Tantôt fauve, tantôt blanc comme le lait, tantôt semblable au camphre, d’une beauté exquise.

Verse 34

कदा कस्तूरिकाभासं कुंकुमच्छविकावहम् । सौगन्धं चंदनोपेतं कदाचिद्रौधि रोदकम्

Tantôt il paraît semblable au musc, tantôt il porte l’éclat du safran. Il est parfumé, imprégné de senteur de santal; et parfois il devient farouche et tumultueux.

Verse 35

एते रसाश्च विविधा दृश्यंते तत्र सर्वदा । यस्य तुष्टो महादेवः सिद्ध्यते तस्य तत्क्षणात्

Ces essences multiples s’y voient en tout temps. Celui en qui Mahādeva se réjouit, son dessein s’accomplit sur-le-champ.

Verse 36

रजतं क्षिप्यते तत्र सुवर्ण मिव जायते । प्रत्यक्षमेव तत्रैव रसायनमनुत्तमम्

Si l’on y jette de l’argent, il devient comme de l’or. Là même, perceptible de façon directe, se trouve un rasāyana (élixir/alchimie) sans pareil.

Verse 37

पश्यंति मानवा देवि कौतुकं तत्क्षणाद्भृशम् । रसं हि परमं दिव्यं तत्रस्थं च कलौ युगे

Ô Déesse, les hommes contemplent à l’instant ce grand prodige. Car l’essence suprême, divine, demeure établie en ce lieu, même à l’âge de Kali.

Verse 38

सिद्धं सिद्धरसं पुंसां व्याधीनां क्षयकारकम् । हेमबीजमयं दिव्यं ब्रह्मकुण्डोद्भवं महत्

Il est accompli : ce « siddha-rasa » pour les hommes, qui fait dépérir les maladies. Divin, formé de la « semence d’or », c’est une grande substance née du Brahma-kuṇḍa.

Verse 39

इदानीं ते प्रवक्ष्यामि मनुष्याणां हिताय वै । दारिद्र्यं क्षयमाप्नोति तत्क्षणाच्च यशस्विनि

À présent je te déclarerai—vraiment pour le bien des hommes, ô Illustre—le rite par lequel la pauvreté est détruite et la renommée s’élève à l’instant même.

Verse 40

आदावेव प्रकुर्वन्ति ताम्रकुम्भं दृढं शुभम् । तीर्थोदकं क्षिपेत्तत्र पत्रैस्ताम्रस्तथा युतम्

Dès le commencement, on doit préparer un vase de cuivre, solide et de bon augure. On y versera l’eau sacrée du tīrtha, avec des feuilles/plaques de cuivre.

Verse 41

निक्षिप्य भूमौ तत्कुम्भं ज्वालयेदनलं ततः । चुह्लीरूपेण षण्मासं पाचयेत्तं शनैःशनैः

Après avoir posé ce vase à même le sol, qu’on allume ensuite le feu. À la manière d’un foyer, qu’on le chauffe lentement et sans relâche durant six mois.

Verse 42

पश्चादुद्धृत्य तं कुम्भं पुनरेव जलं क्षिपेत् । मासमेकं पुनः कुर्यान्मासमेकं पुनर्भृशम्

Ensuite, soulevant ce vase, qu’on y verse de nouveau l’eau. Qu’on répète l’acte durant un mois, puis encore un autre mois, avec un soin extrême.

Verse 43

ततः सर्वाणि खण्डानि एकीकृत्य प्रयत्नतः । पुनरेवोदकेनैव प्लाव्य चावर्तयेत्पुनः

Puis, rassemblant avec effort tous les fragments en un seul ensemble, qu’on l’inonde de nouveau d’eau seule et qu’on le brasse/le fasse tourner encore et encore.

Verse 44

कांचनं जायते तत्र यदि तुष्टो महेश्वरः

Là, l’or se manifeste — si Maheśvara (Śiva) est satisfait.

Verse 45

सिद्धिं शरीरजां देवि यदीच्छेन्मानवोत्तमः । स स्नानमादितः कृत्वा संवत्सरत्रयं पुनः

Ô Déesse, si le meilleur des hommes désire une siddhi du corps (accomplissement parfait du corps), alors—après avoir d’abord accompli le bain prescrit—qu’il poursuive ainsi durant trois années.

Verse 46

मौनेन नियमेनैव महामंत्रजपान्वितः । पूजयेच्च हिरण्येशं क्षेत्रपालं प्रयत्नतः

Pourvu de mauna (silence sacré) et de niyama (discipline), et voué à la récitation du grand mantra, qu’il vénère avec ardeur Hiraṇyeśa, le gardien du lieu sacré.

Verse 47

पंचोपचारसंयुक्तं ध्यानधारणसंयुतम् । तीर्थोदकेन पाकं वै पेयं तद्वदुदुम्बरे

En accomplissant le culte avec les cinq offrandes, uni à la méditation et à la concentration, qu’on prépare la potion avec l’eau du tīrtha et qu’on la boive ; de même doit-on agir auprès de l’arbre udumbara.

Verse 48

एवं वर्षत्रयेणैव दिव्यदेहः प्रजायते । तेजस्वी वलवान्प्राज्ञः सर्वव्याधिविवर्जितः

Ainsi, en trois ans seulement, on obtient un corps divin : rayonnant, vigoureux, sage et exempt de toute maladie.

Verse 49

जीवेद्वर्षेशतान्येव त्रीणि दुःखविवर्जितः । वर्षत्रयमविच्छिन्नं यस्तत्र स्नानमाचरेत्

Quiconque se baigne sans interruption en ce lieu sacré pendant trois années continues vivra trois cents ans, entièrement délivré de la souffrance.

Verse 50

वागीश्वरीं जपेन्नित्यं पूजाहोमसमन्वितः । तस्य प्रवर्तते वाणी सिद्धिः सारस्वती भवेत्

Si l’on récite chaque jour le mantra de Vāgīśvarī, accompagné du culte et des offrandes au feu (homa), la parole de cette personne se met à couler avec force, et naît une maîtrise « sarasvatienne » du savoir et de l’expression.

Verse 51

संस्कृतं प्राकृतं चैवापभ्रंशं भूतभाषितम् । गांगस्रोतःप्रवाहेण उद्गिरेद्गिरमात्मवान् । अश्रान्तां च वरारोहे ह्यविच्छिन्नां च संततम्

Doué de maîtrise intérieure, on proférera la parole en sanskrit, en prakrit, en apabhraṃśa, et même dans les langues des esprits ; elle jaillira comme le courant impétueux de la Gaṅgā, infatigable, ininterrompue et toujours continue, ô toi aux belles hanches.

Verse 52

वदेद्वादिसहस्रैस्तु न श्रमस्तस्य जायते । तीर्थस्यास्य प्रभावेण सर्वशास्त्रविशारदाः

Quand bien même il débattrait avec des milliers d’adversaires, la fatigue ne naîtrait pas en lui ; par la puissance de ce tīrtha, il devient maître accompli de tous les śāstras.

Verse 53

पंडिता गर्विताः सर्वे तर्कशास्त्रविशारदाः । आगच्छन्ति समं तात विद्ययोद्धतकन्धराः । न शक्नुवंति ते वक्तुं द्रष्टुं वक्त्रमपि प्रिये

Mon enfant, tous ces savants orgueilleux, experts en logique et en controverse, viennent ensemble—la nuque haute de l’arrogance du savoir ; et pourtant, ô bien-aimée, ils ne peuvent parler, ni même soutenir la vue de son visage.

Verse 54

वादिनां च सहस्राणि भनक्त्येवं निरीक्षणात्

Ainsi, par le seul fait de le contempler (lui/cette puissance sacrée), il écrase des milliers de disputants.

Verse 55

उद्वाहयति शास्त्राणि विबुद्धार्थानि सत्वरम् । विमलं पाञ्चरात्रं च वैष्णवं शैवमेव च

Il fait jaillir promptement les śāstras, en en comprenant pleinement le sens : l’enseignement Vimala, la tradition Pāñcarātra, les systèmes vaiṣṇava, et aussi les doctrines śaiva.

Verse 56

इतिहासपुराणं च भूततंत्रं च गारुडम् । भैरवं च महातंत्रं कुलमार्गं द्विधा प्रिये

Et il comprend encore l’Itihāsa et les Purāṇa, les Bhūta-tantra, les enseignements Gāruḍa, le Bhairava et d’autres grands Tantras, ainsi que la voie Kaula en sa double division, ô bien-aimée.

Verse 57

रथप्रवरवेगेन वाणी चास्खलिता भवेत् । नश्यंति वादिनः सर्वे गरुडस्येव पन्नगाः

Sa parole devient sans hésitation, rapide comme l’élan du plus noble char; tous les adversaires s’évanouissent tels des serpents devant Garuḍa.

Verse 58

न दारिद्र्यं न रोगश्च न दुःखं मानसं पुनः । राजमान्यो महामानी भवेद्ब्रह्मप्रसादतः

Il n’y a ni pauvreté, ni maladie, ni de nouveau chagrin dans l’esprit; par la grâce de Brahmā, il est honoré des rois et hautement estimé.

Verse 59

उत्साहबलसंयुक्तो देववज्जीवते सुधीः । दाता भोक्ता च वाग्ग्मी च तीर्थस्यास्य प्रसादतः

Par la grâce de ce tīrtha, le sage, uni à l’ardeur et à la force, vit tel un dieu: il devient généreux donateur, juste jouisseur des biens, et éloquent en parole.

Verse 60

तैलाभ्यक्तस्य यत्तेजो जायते मनुजेषु च । स्नातमात्रे तथा तेजस्तीर्थस्यैव प्रसादतः

L’éclat qui naît chez les hommes lorsqu’ils sont oints d’huile, ce même éclat naît par le seul bain en ce lieu, par la grâce de ce tīrtha même.

Verse 61

यत्पापं कुरुते जंतुः पैशुन्यं च कृतघ्नताम् । मित्रद्रोहे च यत्पापं यत्पापं पारदारिकम् । तत्सर्वं विलयं याति कुंडस्नानरतस्य च

Quel que soit le péché commis—médisance, ingratitude, trahison envers l’ami, et faute de souiller l’épouse d’autrui—tout cela se dissout pour celui qui se voue au bain dans le kuṇḍa.

Verse 62

मुशलं लङ्घयेद् यस्तु यो गास्त्यजति वै द्विजः । तत्पापं क्षयमाप्नोति ब्रह्मकुण्डस्य दर्शनात्

Même le péché d’un dvija, « deux-fois-né », qui franchit les limites sacrées ou abandonne les vaches, s’anéantit par la seule vision du Brahmakuṇḍa.

Verse 63

पृथिव्यां यानि तीर्थानि दैवतानि तथा पुनः । पूजितानि च सर्वाणि कुण्डस्नानप्रभावतः

Par la puissance du bain dans ce kuṇḍa, tous les tīrtha de la terre — et toutes les divinités également — sont réputés avoir été vénérés.

Verse 64

सप्तजन्मार्जितं पापं दर्शनात्क्षयमाव्रजेत्

Le péché amassé durant sept naissances s’éteint par le seul darśana, la vision sacrée.

Verse 65

यत्पापं गुरुगोघ्ने च परस्वहरणेषु च । तत्पापं क्षयमाप्नोति ब्रह्मकुण्डनिषेवणात्

Le péché de tuer le guru ou la vache, et celui de dérober le bien d’autrui, s’anéantit par le recours dévot au Brahmakuṇḍa.

Verse 66

प्रदक्षिणं च यः कुर्यात्स्नात्वा कुण्डस्य नामतः । संख्यया पंचदश वै शृणु तस्यापि यत्फलम्

Et celui qui, après s’être baigné, accomplit la pradakṣiṇā — la circumambulation révérencieuse — autour de ce kuṇḍa, au nombre de quinze fois, qu’il écoute aussi le fruit de cet acte.

Verse 67

प्रदक्षिणीकृता तेन सप्तद्वीपा वसुन्धरा । सप्तपातालसहिता तीर्थकोटिभिरावृता

Par la pradakṣiṇā (circumambulation sacrée) accomplie par cet homme, la terre aux sept continents—avec les sept mondes souterrains—enveloppée de crores de tīrtha, est comme circumambulée tout entière.

Verse 68

आहारमात्रं यो दद्यात्तत्र वेदविदां वरे । लक्षभोज्यं कृतं तेन तीर्थस्यास्य प्रभावतः

Ô le meilleur des connaisseurs du Veda, quiconque y offre ne fût-ce qu’une simple part de nourriture, par la puissance de ce tīrtha, c’est comme s’il avait nourri cent mille êtres.

Verse 69

ब्रह्मेश्वरं च संपूज्य हिरण्येश्वरमुत्तमम् । क्षेत्रपालं चतुर्वक्त्रं पूजयेच्चिन्तितं लभेत्

Après avoir honoré comme il se doit Brahmeśvara et l’excellent Hiraṇyeśvara, qu’on vénère le Kṣetrapāla aux quatre visages; ainsi l’on obtient l’objet désiré.

Verse 70

एकविंशत्कुलै र्युक्तः सर्वपापविवर्जितः । ब्रह्मलोकं स वै याति नात्र कार्या विचारणा

Avec vingt et une générations de sa lignée, exempt de tout péché, il va assurément à Brahmaloka; ici, nul besoin d’hésitation.

Verse 71

विरंचिकुण्डे स्नात्वा वा यो जपेद्वेदमातरम् । लक्षजाप्यविधानेन स मुक्तः पातकैर्भवेत्

Ou bien, après s’être baigné à Viraṃcikuṇḍa, celui qui récite la « Mère des Veda » selon la règle des cent mille répétitions, est délivré des péchés.

Verse 72

स एव पुण्यकर्त्ता च स एव पुरुषोत्तमः । यात्रा तत्र कृता येन ब्रह्मकुण्डे वरानने

Lui seul est véritablement l’artisan du mérite; lui seul est le meilleur des hommes—celui qui a accompli le pèlerinage en ce lieu, à Brahmakuṇḍa, ô toi au beau visage.

Verse 73

अष्टाशीतिसहस्राणि ऋषीणामूर्ध्वरेतसाम् । ब्रह्मकुण्डं समाश्रित्य ब्रह्मदेवमुपासते

Quatre-vingt-huit mille ṛṣi, fermes dans la continence, se réfugiant à Brahmakuṇḍa, y vénèrent Brahmā, le Seigneur divin.

Verse 74

तावद्गर्जंति तीर्थानि त्रैलोक्ये सचराचरे । यावद्ब्रह्मेश्वरं तीर्थं न पश्यन्ति नराः प्रिये

Ô bien-aimée, tant que les hommes ne contemplent pas le tīrtha de Brahmeśvara, ainsi longtemps les lieux saints des trois mondes—avec tout ce qui est mobile et immobile—« rugissent » en se vantant de leur grandeur.

Verse 75

ब्रह्मकुण्डे च पानीयं ये पिबन्ति नराः सकृत् । न तेषां संक्रमेत्पापं वाचिकं मानसं तनौ

Ceux qui boivent l’eau de Brahmakuṇḍa ne fût-ce qu’une seule fois—le péché, qu’il soit de parole ou de pensée, ne passe pas dans leur corps.

Verse 76

ब्रह्मांडोत्तरमध्ये तु यानि तीर्थानि संति वै । तेषां पुण्यमवाप्नोति ब्रह्मकुण्डे प्रदक्षिणात्

Quels que soient les lieux saints qui existent dans les régions supérieures et médianes du cosmos—on obtient le mérite de tous en accomplissant la circumambulation (pradakṣiṇā) de Brahmakuṇḍa.

Verse 77

याज्ञवल्क्यो महात्मा च परब्रह्मस्वरूपवान् । सोऽपि कुंडं न मुंचेत निकुं भस्तु गणस्तथा

Même le magnanime Yājñavalkya, portant la nature du Parabrahman suprême, n’abandonnerait pas ce kuṇḍa ; de même Nikuṃbha et sa gaṇa.

Verse 78

इति संक्षेपतः प्रोक्तं माहात्म्यं ब्रह्मकुण्डजम् । तव स्नेहेन देवेशि किमन्यत्परिपृच्छसि

Ainsi, en bref, a été dite la grandeur issue de Brahmakuṇḍa. Par affection pour toi, ô Souveraine des déesses, que veux-tu encore demander ?

Verse 79

य इदं शृणुयान्मर्त्यः सम्यक्छ्रद्धासमन्वितः । स मुक्तः पातकैः सर्वैर्ब्रह्मलोकं च गच्छति

Tout mortel qui entend ce récit avec une foi juste est délivré de toutes les fautes et parvient à Brahmaloka.