
L’Adhyāya 221 présente un exposé théologique et technique sur l’accomplissement du śrāddha et sur les offrandes de remplacement, sous forme de dialogue avec objections et réponses. Bhartṛyajña affirme d’abord qu’à une date calendérique précise, même si l’on ne peut célébrer un śrāddha complet, il convient d’offrir quelque chose aux Pitṛs (ancêtres), afin d’assurer leur satisfaction et d’écarter la crainte de la rupture de la lignée (vaṃśa-ccheda-bhaya). Il énumère des éléments recommandés : payasa (riz au lait) avec ghee et miel, certaines viandes déterminées (notamment khaḍga et vādhṛṇasa), puis des substituts gradués, jusqu’à l’ultime recours : de l’eau mêlée de sésame, d’herbe darbha et d’un petit morceau d’or. Une préoccupation morale est soulevée : Ānarta demande pourquoi la viande—souvent blâmée dans le discours śāstrique—apparaît dans le cadre du śrāddha. Bhartṛyajña répond par un précédent cosmogonique : lors de la création, Brahmā a institué certains êtres et objets comme offrandes « à la manière d’un bali » pour les Pitṛs, autorisant ainsi leur usage rituel limité et garantissant que le donateur n’encourt pas de faute lorsqu’il agit pour le bien des ancêtres. Rohitāśva interroge le cas de l’indisponibilité ; Mārkaṇḍeya et Bhartṛyajña exposent une hiérarchie de viandes permises et la durée de pitṛ-tṛpti (satisfaction des ancêtres) qu’elles procurent, ainsi qu’un catalogue plus large de substances aptes au śrāddha—sésame, miel, kālaśāka, darbha, vases d’argent, ghee—et des destinataires convenables (dont le dauhitra, petit-fils par la fille). Le chapitre s’achève sur l’effet « akṣaya » (impérissable) de réciter ou d’enseigner ces règles pendant le śrāddha, présenté comme un secret ancestral (guhya) porteur de mérite durable.
Verse 1
भर्तृयज्ञ उवाच । एतस्मात्कारणात्कश्चित्तस्मिन्नहनि पार्थिव । ददाति नैव च श्राद्धं पितॄनुद्दिश्य कर्हिचित् । वंशच्छेदभयाद्राजन्सत्यमेतन्मयोदितम्
Bhartṛyajña dit : Pour cette raison, ô roi, en ce jour nul ne fait d’offrande ni n’accomplit le Śrāddha en pensant aux Pitṛs (ancêtres), par crainte de trancher sa lignée. Ô roi, ce que j’ai énoncé est vérité.
Verse 2
श्राद्धं विनापि दातव्यं तद्दिने मधुना सह । पायसं ब्राह्मणाग्र्येभ्यः सघृतं तृप्तिकारणात्
Même sans accomplir un śrāddha formel, en ce jour il convient néanmoins de faire une offrande, accompagnée de miel. Qu’on donne du pāyasa (riz au lait rituel) avec du ghee aux brāhmaṇas éminents, car cela devient cause de contentement pour les Pitṛs.
Verse 3
खड्गमांसं कालशाकं मांसं वाध्रीणसोद्भवम् । प्रदेयं ब्राह्मणेभ्यश्च तत्समंतादुदाहृतम्
La viande de rhinocéros, l’herbe appelée kālaśāka, et la viande obtenue de l’animal nommé vādhrīṇasa : tout cela doit aussi être donné aux brāhmaṇas ; telle est ici l’énonciation complète.
Verse 4
त्रिःपिबश्चेंद्रियक्षीणः सर्वयूथानुगस्तथा । एष वाध्रीणसः प्रोक्तः पितॄणां तृप्तिदः सदा
« Triḥpiba », « celui dont les sens sont affaiblis » et « suiveur de tout troupeau » : ainsi est décrit le vādhrīṇasa ; on dit qu’il procure toujours satisfaction aux Pitṛs.
Verse 5
तस्याभावेऽपि दातव्यं क्षीरौदनमनुत्तमम् । तस्मिन्नहनि विप्रेभ्यः पितॄणां तुष्टये नृप
Même si cela manque, on doit offrir l’excellent riz au lait (kṣīraudana). En ce jour, ô roi, qu’il soit donné aux brāhmaṇas pour la satisfaction des Pitṛs (ancêtres).
Verse 6
तस्याभावेऽपि दातव्यं जलं तिलविमिश्रितम् । सदर्भं सहिरण्यं च हिरण्यशकलान्वितम्
Même si cela aussi manque, qu’on donne de l’eau mêlée de sésame, avec de l’herbe darbha et de l’or, pourvue de petits fragments d’or.
Verse 7
यच्छ्रेयो जायते पुंसः पक्षश्राद्धेन पार्थिव । कृतेन तत्फलं कृत्स्नं तस्मिन्नहनि पार्थिव
Quel que soit le bienfait qui naisse pour l’homme de l’accomplissement du śrāddha bimensuel, ô roi—en l’accomplissant ce jour-là, on en obtient le fruit tout entier, ô roi.
Verse 8
पितॄनुद्दिश्य चाऽज्येन मधुना पायसेन च । कालशाकेन मधुना खड्गमांसेन वा नृप
En adressant l’offrande aux Pitṛs, ô roi, on peut la faire avec du ghee, du miel et du pāyasa; ou avec du kālaśāka et du miel, ou encore avec de la chair de rhinocéros.
Verse 9
श्राद्धं विनापि दत्तेन श्रुतिरेषा पुरातनी । तस्मात्सर्वप्रयत्नेन पित्र्यर्क्ष्ये समुपस्थिते । त्रयोदश्यां नभस्यस्य हस्तगे दिननायके
Telle est une antique tradition de la śruti : même en l’absence d’un śrāddha formel, le don offert garde sa puissance religieuse. C’est pourquoi, avec tous les efforts, lorsque l’astérisme des Pitṛs est arrivé—le treizième jour du mois Nabhasya, quand le Soleil est en Hasta—qu’on accomplisse le don prescrit.
Verse 10
दरिद्रेणापि दातव्यं हिरण्यशकलान्वितम् । तोयं तिलैर्युतं राजन्पितॄणां तुष्टिमिच्छता
Même le pauvre doit offrir de l’eau mêlée de sésame, accompagnée de petits fragments d’or, s’il désire la satisfaction des Pitṛs, ô roi.
Verse 11
आनर्त उवाच । मांसं विगर्हितं विप्र यतः शास्त्रे निगद्यते । तस्मात्तत्क्रियते केन श्राद्धं कीर्तय मेऽखिलम्
Ānarta dit : «Ô brāhmane, puisque la viande est blâmée dans les śāstras, par qui (et comment) cette offrande de viande est-elle accomplie ? Expose-moi entièrement le rite du Śrāddha.»
Verse 12
स्वमांसं परमांसेन यो वर्धयति निर्दयः । स नूनं नरकं याति प्रोक्तमेतन्महर्षिभिः
Celui qui, sans pitié, engraisse sa propre chair au moyen de la chair d’autrui, va assurément en enfer ; ainsi l’ont proclamé les grands sages.
Verse 13
त्वं च तस्य प्रभावं मे प्रजल्पसि द्विजो त्तम । विशेषाच्छ्राद्धकृत्ये च तदेवं मम संशयः
Et toi, ô meilleur des deux-fois-nés, parle-moi de sa puissance, surtout dans le rite du Śrāddha ; telle est donc mon hésitation.
Verse 14
भर्तृयज्ञ उवाच । सत्यमेतन्महाभाग मांसं सद्भिर्विगर्हितम् । श्राद्धे प्रयुज्यते यस्मात्तत्तेऽहं वच्मि कारणम्
Bhartṛyajña dit : «C’est vrai, ô noble : la viande est blâmée par les justes. Pourtant, puisqu’elle est employée dans le Śrāddha, je t’en dirai la raison.»
Verse 15
यदा चारंभिता सृष्टिर्ब्रह्मणा लोककारिणा । संपूज्य च पितॄन्देवान्नांदीमुखपुरःसरान् । तदा खड्गः समुत्पन्नः पूर्वं वाध्रीणसश्च यः
Lorsque Brahmā, l’ordonnateur des mondes, entreprit pour la première fois la création, et qu’il eut dûment honoré les Pitṛs et les dieux—précédés des Nāndīmukhas—alors apparurent d’abord le khaḍga (rhinocéros) ainsi que les vādhrīṇasa.
Verse 16
ततो ये पितरो दिव्या ये च मानुषसम्भवाः । जगृहुस्ते ततः सर्वे बलिभूतमिवात्मनः
Alors les Pitṛs—ceux qui sont divins comme ceux nés parmi les humains—les reçurent tous, comme s’il s’agissait d’offrandes (bali) destinées à eux-mêmes.
Verse 17
तानुवाच ततो ब्रह्मा एतौ तु पितरो मया । युष्मभ्यं कल्पितौ सम्यग्बलिभूतौ प्रगृह्यताम्
Alors Brahmā leur dit : « Ô Pitṛs, ces deux êtres ont été justement établis par moi pour vous ; devenus offrandes (bali), recevez-les. »
Verse 18
एताभ्यां परमा प्रीतिर्युष्मभ्यं संभविष्यति । मम वाक्यादसंदिग्धं परमेतौ नरो भुवि
« De ces deux-là naîtra pour vous la joie suprême. Par ma parole—sans aucun doute—ces deux seront les plus éminents parmi les êtres sur la terre. »
Verse 19
नैव संप्राप्स्यते पापं युष्मदर्थंहनन्नपि । तस्मात्सर्वप्रयत्नेन दातव्यं भूतिमिच्छता
« Aucun péché ne sera encouru—même si l’on tue—pour votre cause. C’est pourquoi celui qui désire la prospérité doit, de tout effort, l’offrir en dāna (don sacré). »
Verse 20
खड्गवाध्रीणसोद्भूतं मांसं श्राद्धे सुतृप्तिदम् । तौ चापि परमौ दिव्यौ स्वर्गं लोकं गमिष्यतः
La chair issue du khaḍga (rhinocéros) et du vādhrīṇasa, lorsqu’elle est employée au Śrāddha, procure une satisfaction parfaite ; et ces deux êtres, éminemment divins, gagneront le monde céleste.
Verse 21
श्राद्धदस्य परं श्रेयो भविष्यति सुदुर्लभम् । पितॄणां चाक्षया तृप्तिर्भवेद्द्वादशवार्षिकी
Pour celui qui donne dans le Śrāddha, naîtra le bien suprême, difficile à obtenir ; et les Pitṛs (ancêtres) recevront une satisfaction impérissable durant douze années.
Verse 22
एतस्मात्कारणाच्छस्तं मांसमाभ्यां नराधिप । तस्मिन्नहनि नान्यत्र विनियोगोऽस्य कीर्तितः
C’est pour cette raison même, ô roi, que l’usage de la chair de ces deux êtres a été prescrit. Et ce jour-là précisément, nul autre emploi n’en est indiqué : son usage est déclaré uniquement pour ce rite.
Verse 23
रोहिताश्व उवाच । अप्राप्तखड्गमांसस्य तथा वाध्रीणसस्य च । कथं श्राद्धं भवेद्विप्र पितॄणां तृप्तिका रकम्
Rohitāśva dit : Si l’on ne peut obtenir la chair du khaḍga (rhinocéros) ni celle du vādhrīṇasa, comment, ô brāhmane, accomplir le Śrāddha afin de satisfaire les ancêtres ?
Verse 24
मार्कण्डेय उवाच । मधुना सह दातव्यं पायसं पितृतुष्टये । तेन वै वार्षिकी तृप्तिः पितॄणां चोपजायते
Mārkaṇḍeya dit : Pour réjouir les ancêtres, il faut offrir du pāyasa (riz au lait) avec du miel. Par cette offrande, assurément, les Pitṛs obtiennent un contentement durant une année entière.
Verse 25
आजं च पिशितं राजञ्छिशुमारसमुद्भवम् । मांसं प्रतुष्टये प्रोक्तं वत्सरं मासवर्जितम्
Ô roi, la chair de chèvre, ainsi que la viande issue du śiśumāra, est déclarée procurer une satisfaction particulière pendant une année (un mois étant excepté).
Verse 26
तदभावे वराहस्य दशमासप्रतुष्टिदम् । मांसं प्रोक्तं महाराज पितॄणां नात्र संशयः
À défaut de cela, ô grand roi, la viande de sanglier est dite donner satisfaction pendant dix mois aux Pitṛ ; il n’y a là aucun doute.
Verse 27
आरण्यमहिषोत्थेन तृप्तिः स्यान्नवमासिकी । रुरोश्चैवाष्टमासोत्था एणस्य सप्तमासिका
De la viande du buffle sauvage naît une satisfaction de neuf mois ; de celle du cerf ruru, de huit mois ; et de celle du cerf eṇa, de sept mois.
Verse 28
शम्बरोर्मासषट्कं च शशकस्य तु पञ्चकम् । चत्वारः शल्लकस्योक्तास्त्रयो वा तैत्तिरस्य च
Du śambara vient une satisfaction de six mois ; du lièvre, de cinq. Quatre mois sont indiqués pour le śallaka, et trois mois aussi pour le taittira.
Verse 29
मासद्वयं च मत्स्यस्य मासमेकं कपिञ्जले । नान्येषां योजयेन्मांसं पितृकार्ये कथंचन
Le poisson procure satisfaction pendant deux mois, et le kapiñjala pendant un mois. On ne doit en aucune manière employer la viande d’autres êtres dans le rite destiné aux Pitṛ.
Verse 30
एतेषामेव मांसानि पावनानि नृपोत्तम
Ô meilleur des rois, seules les chairs de ceux qui viennent d’être énumérés sont purifiantes.
Verse 31
आनर्त उवाच । कस्मादेते पवित्राः स्युर्येषां मांसं प्रचोदितम् । श्राद्धे च तन्ममाचक्ष्व यथावद्द्विजसत्तम
Ānarta dit : Pourquoi ceux-ci, dont la chair est recommandée, sont-ils tenus pour purs ? Explique-le-moi correctement dans le cadre du śrāddha, ô meilleur des deux-fois-nés.
Verse 32
भर्तृयज्ञ उवाच । सृष्टिं प्रकुर्वता तेन पशवो लोककारिणा । खड्गवाध्रीणसादीनां पश्चात्सृष्टाः स्वयंभुवा
Bhartṛyajña dit : Lorsque le Seigneur Svayambhū, bienfaiteur des mondes, entreprit la création, il fit naître les animaux destinés au yajña, après avoir créé des êtres tels que le rhinocéros, le tigre et autres semblables.
Verse 33
एकादशप्रमाणेन ततश्चान्ये नृपोत्तम । अजश्च प्रथमं सृष्टः स तथा मेध्यतां गतः
Ensuite, ô meilleur des rois, d’autres furent créés selon la mesure de onze ; et la chèvre fut créée la première, et fut pareillement tenue pour medhya, apte à la pureté sacrificielle.
Verse 34
तथैते प्रथमं सृष्टाः पशवोऽत्र नराधिप । सस्यानि सृजता तेन तिलाः पूर्वं च निर्मिताः
Ainsi, ô roi, ces animaux furent créés ici dès l’origine. Et lorsqu’il créa les grains, les graines de sésame furent façonnées en premier.
Verse 35
श्राद्धार्थं व्रीहयः सृष्टा वन्येषु च प्रियंगवः । गोधूमाश्च यवाश्चैव माषा मुद्राश्च वै नृप
Pour l’accomplissement du Śrāddha, le riz fut créé; et parmi les grains des forêts, le priyaṅgu aussi. De même le blé, l’orge, le māṣa (haricot noir) et le mudga, ô roi.
Verse 36
नीवाराश्चापि श्यामाकाः प्रवक्ष्यामि यथाक्रमम् । तृप्तिं मांसेन वाञ्छंति मांसं मांसेन वर्जितम्
Les grains nīvāra et śyāmāka aussi — je les décrirai selon l’ordre. Ils désirent la satiété par le « māṃsa »; pourtant le « māṃsa » est ce qui est exempt de « māṃsa » (de nuisance).
Verse 37
पुष्पजात्यो यदा सृष्टास्तदा प्राक्छतपत्रिका । सृष्टा तेन च मुख्या सा श्राद्धकर्मणि सर्वदा
Lorsque furent créées les diverses sortes de fleurs, la śatapatrikā fut créée la première. Par Lui, elle fut établie comme la principale, toujours, pour les rites du Śrāddha.
Verse 38
धातूनि सृजता तेन रूप्यं सृष्टं स्वयंभुवा । तेन तद्विहितं श्राद्धे दक्षिणायां प्रतृप्तये
Lorsqu’Il créa les métaux, l’argent fut créé par le Né-de-Lui-même (Svayambhū). C’est pourquoi, dans le Śrāddha, il fut prescrit comme dakṣiṇā, pour une satisfaction parfaite.
Verse 39
राजतेषु च पात्रेषु यद्द्विजेभ्यः प्रदीयते । पितृभ्यस्तस्य नैवाऽन्तो युगान्तेऽपि प्रजायते
Tout ce qui est donné aux dvija (les « deux fois nés ») dans des vases d’argent — de cette offrande aux pitṛs il n’est point de fin, pas même à la clôture d’un âge.
Verse 40
अभावे रूप्यपात्राणां नामापि परिकीर्तयेत् । तुष्यंति पितरो राजन्कीर्तनादपि वै यतः
Si les vases d’argent font défaut, qu’on en prononce au moins le nom. Ô roi, les Pitṛs, les Ancêtres, se réjouissent même d’un tel souvenir et de cette récitation.
Verse 41
रसांश्च सृजता तेन मधु सृष्टं स्वयंभुवा । तेन तच्छस्यते श्राद्धे पितॄणां तुष्टिदायकम्
Lorsque le Né-de-lui-même (Svayambhū) créa les essences (rasa), il fit naître aussi le miel. C’est pourquoi le miel est loué dans le śrāddha, car il procure la satisfaction aux Pitṛs, les Ancêtres.
Verse 42
यच्छ्राद्धं मधुना हीनं तद्रसैः सकलैरपि । मिष्टान्नैरपि संयुक्तं तत्पितॄणां न तृप्तये
Le śrāddha accompli sans miel, fût-il pourvu de toutes les saveurs et accompagné de mets sucrés, ne devient pas un moyen de satisfaire les Pitṛs, les Ancêtres.
Verse 43
अणुमात्रमपि श्राद्धे यदि न स्याद्धि माक्षिकम् । नामापि कीर्तयेत्तस्य पितॄणां तुष्टये यतः
Si, dans le śrāddha, il n’y a pas même une parcelle de miel d’abeille, qu’on en récite au moins le nom; car cela est tenu pour une cause de satisfaction des Pitṛs, les Ancêtres.
Verse 44
शाकानि सृजता तेन ब्रह्मणा परमेष्ठिनौ । कालशाकं पुरः सृष्टं तेन तत्तृप्तिदायकम्
Lorsque Brahmā, le Seigneur suprême (Parameṣṭhin), créa les légumes, il créa d’abord le kālaśāka. C’est pourquoi on le tient pour un donateur de satisfaction (dans le śrāddha).
Verse 45
कालं हि सृजता तेन कुतपः प्राग्विनिर्मितः । तस्मात्कुतप काले च श्राद्धं कार्यं विजानता । य इच्छेच्छाश्वतीं तृप्तिं पितॄणामात्मनः सुखम्
En vérité, lorsqu’Il créa le Temps, le kutapa (la période faste) fut établi d’avance. C’est pourquoi l’homme avisé doit accomplir le śrāddha au temps du kutapa, s’il désire une satisfaction durable pour les Pitṛ et le bonheur pour lui-même.
Verse 46
वीरुधः सृजता तेन विधिना नृपसत्तम । दर्भास्तु प्रथमं सृष्टाः श्राद्धार्हास्तेन ते स्मृताः
Ô meilleur des rois, lorsque l’Ordonnateur créa les plantes selon la règle, l’herbe darbha fut créée la première ; c’est pourquoi on se souvient d’elle comme particulièrement digne du śrāddha.
Verse 47
श्राद्धार्हान्ब्राह्मणांस्तेन सृजता पद्मयोनिना । दौहित्राः प्रथमं सृष्टाः श्राद्धार्हास्तेन ते स्मृताः
Lorsque le Né du Lotus (Brahmā) créa les brāhmaṇa dignes du śrāddha, il créa d’abord les dauhitra (fils de la fille) ; c’est pourquoi on se souvient d’eux comme particulièrement habilités pour le śrāddha.
Verse 48
अपि शौचपरित्यक्तं हीनांगाधिकमेव वा । दौहित्रं योजयेच्छ्राद्धे पितॄणां परितुष्टये
Même si un dauhitra manque de pureté rituelle, ou qu’il soit déficient ou excessif de membres, on doit néanmoins inclure le fils de la fille dans le śrāddha, pour la pleine satisfaction des Pitṛ.
Verse 49
पशून्विसृजता तेन पूर्वं गावो विनिर्मिताः । तेन तासां पयः शस्तं श्राद्धे सर्पिर्विशेषतः
Lorsqu’Il créa les animaux, les vaches furent façonnées les premières. C’est pourquoi leur lait est loué pour le śrāddha, et tout particulièrement le ghee (beurre clarifié).
Verse 50
तस्माच्छ्राद्धे घृतं शस्तं प्रदत्तं पितृतुष्टये
Ainsi, dans le śrāddha, l’offrande de ghee (ghṛta) est tout particulièrement recommandée, car elle procure la satisfaction des Pitṛs, les Ancêtres vénérés.
Verse 51
प्रजाश्च सृजता तेन पूर्वं दृष्टा द्विजोत्तमाः । तस्मात्प्रशस्तास्ते श्राद्धे पितृतृप्तिकराः सदा
Lorsqu’Il engendra les êtres, les dvijottama, les plus éminents des « deux-fois-nés », furent aperçus d’abord. C’est pourquoi, dans le śrāddha, ils sont loués, car ils procurent toujours la satisfaction des Pitṛs.
Verse 52
देवांश्च सृजता तेन विश्वेदेवाः कृताः पुरः । तेन ते प्रथमं पूज्याः प्रवृत्ते श्राद्धकर्मणि
Lorsqu’Il entreprit de créer les dieux, les Viśvedevās furent façonnés les premiers. Aussi, quand le rite du śrāddha est commencé, doivent-ils être honorés avant tous les autres.
Verse 53
ते रक्षंति ततः श्राद्धं यथावत्परितर्पिताः । छिद्राणि नाशयंति स्म श्राद्धे पूर्वं प्रपूजिताः
Une fois dûment rassasiés par les offrandes, ils protègent alors le śrāddha. Honorés les premiers, ils détruisent les défauts et omissions susceptibles de survenir dans le rite.
Verse 54
एतैर्मुख्यतमैः सृप्तैः फूरा श्राद्धं विनिर्मितम् । स्वयं पितामहेनैव ततो देवा विनिर्मिताः
Lorsque ces êtres les plus éminents furent dûment comblés, la forme entière du śrāddha fut établie. Ensuite, par Pitāmaha (Brahmā) lui-même, les autres dieux furent engendrés.
Verse 55
तेन ते सर्वलोकेषु गताः ख्यातिं पुरा नृप
Ainsi, ô Roi, depuis jadis ils ont acquis la renommée à travers tous les mondes.
Verse 56
एतच्छ्राद्स्य सत्रत्वं मया ते परिकीर्तितम् । पितॄणां परमं गुह्यं दत्तस्याक्षयकारकम्
Ainsi t’ai-je exposé la nature « semblable à un satra » de ce Śrāddha. C’est le secret suprême pour les Pitṛ (ancêtres), rendant impérissable en mérite tout don qui y est offert.
Verse 57
यश्चैतत्कीर्तयेच्छ्राद्धे क्रियमाणे नृपोत्तम । विप्राणां भोक्त्तुकामानां तच्छ्राद्धं त्वक्षयं भवेत्
Ô le meilleur des rois, quiconque récite ceci pendant l’accomplissement du Śrāddha—au moment où les brāhmanes vont prendre part au repas—rend ce Śrāddha impérissable quant à sa récompense.
Verse 58
यश्चैतच्कृणुयाद्राजन्सम्यक्छ्रद्धासमन्वितः । विहितस्य भवेत्पुण्यं यच्छ्राद्धस्य तदाप्नुयात्
Ô Roi, quiconque l’accomplit avec une foi juste obtient le mérite d’un Śrāddha dûment prescrit ; en vérité, il reçoit le plein fruit que ce Śrāddha est destiné à conférer.
Verse 221
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेरक्षेत्रमाहात्म्ये श्राद्धकल्पे सृष्ट्युत्पत्तिकालिकब्रह्मोत्सृष्टश्राद्धार्हवस्तुपरिगणनवर्णनं नामैकविंशत्युत्तरद्विशततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève, dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la compilation de quatre-vingt-un mille vers—le chapitre deux-cent-vingt-et-unième, dans le sixième Nāgara Khaṇḍa, dans la Māhātmya du domaine sacré de Hāṭakeśvara, dans la section Śrāddha-kalpa, intitulé : « Description de l’énumération des objets propres au Śrāddha, enseignée par Brahmā au temps de la création ».