Adhyaya 217
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 217

Adhyaya 217

L’Adhyāya 217 est un enseignement rituel de nature technique, sous forme de dialogue, où Ānarta demande la procédure complète (vidhi) du śrāddha. Bhartṛyajña y répond en ordonnant le rite selon trois paramètres directeurs : (1) l’origine éthique des biens employés, en privilégiant une richesse acquise honnêtement et acceptée selon la règle ; (2) la logique de sélection des brāhmaṇas invités, distinguant les śrāddhārha (qualifiés) des anārha (disqualifiés) avec de nombreux critères d’exclusion ; (3) le calendrier rituel—tithi et repères tels que saṃkrānti, viṣuva et ayana—qui assure des fruits akṣaya, impérissables. Le chapitre précise encore l’étiquette de l’invitation, avec des invocations séparées pour les Viśvedevās et les pitṛs, les retenues imposées au yajamāna, les exigences d’espace, ainsi que les situations rendant le śrāddha vyartha (sans effet) : témoignage inapproprié, nourriture en état d’impureté, absence de dakṣiṇā, bruit et querelles, ou moment erroné. Il s’achève par l’énumération des observances Manvādi et Yugādi, en soulignant qu’une offrande faite au temps juste—fût-ce de l’eau mêlée de sésame—confère un mérite durable.

Shlokas

Verse 1

आनर्त उवाच । विधिना येन कर्तव्यं श्राद्धं सर्वं मुनीश्वर । तमाचक्ष्वाऽद्य कार्त्स्न्येन श्रद्धा मे महती स्थिता

Ānarta dit : Ô seigneur parmi les sages, expose-moi aujourd’hui en entier la méthode juste par laquelle doit être accompli tout le Śrāddha. En moi s’est levée une foi immense, et elle demeure ferme.

Verse 2

भर्तृयज्ञ उवाच । शृणु राजन्प्रवक्ष्यामि श्राद्धस्य विधिमुत्तमम् । पितॄणां तुष्टिदं नित्यं सर्वकामप्रदं नृणाम्

Bhartṛyajña dit : « Écoute, ô Roi. Je vais exposer la procédure suprême du Śrāddha, qui comble sans cesse les Pitṛs (ancêtres) et accorde aux hommes tous les désirs légitimes. »

Verse 4

स्वकर्मोपार्जितैर्वित्तैः श्राद्धकार्याणि चाहरेत् । मायादिभिर्न चौर्येण न च्छलाप्तैर्न वंचनैः । स्ववृत्त्योपार्जितैर्वित्तैः श्राद्धद्रव्यं समाहरेत् । सुप्रतिग्रहजैर्द्रव्यैर्ब्राह्मणानां विशिष्यते

Que l’on procure les requis du Śrāddha avec une richesse acquise par son propre labeur juste : ni par ruse et tromperie, ni par vol, ni par gains mal acquis au moyen de stratagèmes, ni par fraude. Avec ce que l’on obtient d’un moyen d’existence droit, qu’on rassemble les offrandes du Śrāddha. Pour les brāhmaṇas, ce qui est obtenu par une acceptation convenable et sans tache (supratigraha) est tout particulièrement loué.

Verse 5

रक्षणाप्तैर्नरेन्द्रस्य वैश्यस्य क्षेत्र संभवैः । शूद्रस्य पण्यलब्धैश्च श्राद्धं कर्तुं प्रयुज्यते

Pour un roi, la richesse obtenue par la protection—devoir légitime du gouvernement—doit être employée au Śrāddha ; pour un vaiśya, celle qui provient des champs (agriculture) ; et pour un śūdra, celle gagnée par le négoce et la vente : tels sont les moyens convenables pour accomplir le Śrāddha.

Verse 6

एवं शुद्धिसमोपेते द्रव्ये प्राप्ते गृहांतिकम् । पूर्वेद्युः सायमासाद्य श्राद्धार्हाणां द्विजन्मनाम्

Ainsi, lorsque les offrandes pures et dûment qualifiées ont été apportées à la demeure, le soir de la veille on doit aller trouver et préparer avec les « deux-fois-nés » dignes de recevoir le Śrāddha.

Verse 7

गृहं गत्वा शुचिर्भूत्वा कामक्रोधविवर्जितः । आमंत्रयेद्यतीन्पश्चात्स्नातकान्ब्रह्मकर्मिणः

Étant rentré chez soi, devenu pur et exempt de désir comme de colère, on doit d’abord inviter les yatis (ascètes) ; puis inviter les snātakas, établis dans les devoirs brahmaniques et la conduite sacrée.

Verse 8

तदभावे गृहस्थांश्च । ब्रह्मज्ञानपरायणान् अग्निहोत्रपरान्विप्रान्वेदविद्याविचक्षणान्

À défaut de tels (yatis et snātakas), qu’on invite des chefs de maison voués à la connaissance de Brahman : des brāhmaṇas attachés à l’Agnihotra et experts en science védique.

Verse 9

श्रोत्रियांश्च तथा वृद्धान्षट्कर्मनिरतान्सदा । बहुभृत्यकुटुम्बांश्च दरिद्रा्न्संयुतान्गुणैः

Qu’on invite aussi les śrotriyas, ainsi que les vieillards et ceux qui s’adonnent toujours aux six devoirs prescrits ; de même ceux qui entretiennent de grandes maisonnées et de nombreux dépendants, même pauvres, pourvu qu’ils soient pourvus de bonnes qualités.

Verse 10

अव्यंगान्रोगनिर्मुक्ताञ्जिताहारांस्तथा शुचीन् । एते स्युर्ब्राह्मणा राजञ्छ्राद्धार्हाः परिकीर्तिताः

Les brāhmaṇas sans défaut corporel, exempts de maladie, sobres dans la nourriture et purs : ceux-là, ô Roi, sont déclarés dignes de recevoir le Śrāddha.

Verse 11

अनर्हा ये च निर्दिष्टाः शृणु तानपि वच्मि ते । हीनांगानधिकांगांश्च सर्वभाक्षन्निराकृतीन्

Écoute maintenant ceux qui sont déclarés inaptes ; je vais te le dire. Ceux qui ont des membres manquants ou superflus, ceux qui mangent de tout sans distinction et ceux d'apparence repoussante doivent être rejetés.

Verse 12

श्यावदन्तान्वृथादन्तान्वेदविक्रयकारकान् । वेदविप्लवकान्वापि वेदशास्त्रविवर्जितान्

(Rejette) ceux aux dents noircies, aux dents malades ou inutiles, ceux qui vendent le Veda, ceux qui sapent le Veda et ceux dépourvus de discipline védique et śāstrique.

Verse 13

कुनखान्रोगसंयुक्तान्द्विर्नग्नान्परहिंसकान् । जनापवादसंयुक्तान्नास्तिकानृतकानपि

Celui qui cherche à maintenir l'honneur des Pitṛs doit exclure ceux qui ont des maladies des ongles, ceux qui vont nus deux fois, ceux qui nuisent aux autres, les calomniateurs, les athées et les menteurs.

Verse 14

वार्धुषिकान्विकर्मस्थाञ्छौचाचारविवर्जि तान् । अतिदीर्घान्कृशान्वापि स्थूलानपि च लोमशान्

Excluez du śrāddha ceux qui vivent de l'usure, ceux qui exercent des métiers interdits, les impurs ; de même ceux qui sont excessivement grands, émaciés, corpulents ou velus.

Verse 15

निर्लोमान्वर्जयेच्छ्राद्धे य इच्छेत्पितृगौरवम् । परदाररता ये च तथा यो वृषली पतिः

Si l'on désire le véritable honneur des Pitṛs, il faut exclure du śrāddha ceux qui sont imberbes, ceux qui convoitent la femme d'autrui et le mari d'une femme de basse caste.

Verse 16

वंध्या वै वृषली प्रोक्ता वृषली च मृतप्रजा । अपरा वृषली प्रोक्ता कुमारी या रजस्वला

La femme stérile est appelée vṛṣalī ; de même, la femme dont les enfants sont morts est appelée vṛṣalī. Et l’on nomme encore vṛṣalī la jeune fille non mariée qui a commencé à avoir ses menstrues.

Verse 17

षण्ढो मलिम्लुचो दम्भी राजपै शुन्यवृत्तयः । सगोत्रायाश्च संभूतस्तथैकप्रवरासुतः

Doivent être écartés : l’impuissant, le malimluca (déchu/hors caste), l’hypocrite et ceux qui vivent de l’espionnage royal ; de même, celui né d’une femme du même gotra, et celui né d’une union au sein d’un seul pravara.

Verse 18

कनिष्ठः प्राक्कृताधानः कृतोद्वाहश्च प्राक्तु यः । तथा प्राग्दीक्षितो यश्च स त्याज्यो गृहसंयुतः

Doit aussi être écarté le cadet qui a accompli avant l’aîné le rite du feu (ādhāna), et celui qui s’est marié avant l’aîné ; de même, celui qui a reçu la dīkṣā avant l’aîné : un tel maître de maison doit être évité au śrāddha.

Verse 19

पितृमातृपरित्यागी तथाच गुरुतल्पगः । निर्द्दोषां यस्त्यजेत्पत्नीं कृतघ्नो यश्च कर्षुकः

Doit être écarté celui qui abandonne père et mère ; de même, le profanateur du lit du maître (gurutaḷpaga) ; celui qui répudie une épouse sans faute ; l’ingrat ; et le kṛṣuka, blâmé ici comme impropre au rite.

Verse 20

शिल्पजीवी प्रमादी च पण्य जीवी कृतायुधः । एतान्विवर्जयेच्छ्राद्धे येषां नो ज्ञायते कुलम्

Dans le śrāddha, il faut éviter : celui qui vit d’un métier artisanal, le négligent, celui qui vit du commerce, et le fabricant d’armes ; ainsi que ceux dont la lignée familiale n’est pas connue.

Verse 21

अत ऊर्ध्वं प्रवक्ष्यामि ये शस्ताः श्राद्धकर्मणि । ये ब्राह्मणाः पुरा ख्याताः पापानां पंक्तिपावनाः

À présent, je vais encore exposer ceux qui sont dignes d’éloge pour l’accomplissement du śrāddha : ces Brāhmaṇa, renommés depuis l’antiquité comme « purificateurs de la rangée du repas », qui effacent le péché par leur seule présence.

Verse 22

त्रिणाचिकेतस्त्रिमधुस्त्रिसुपर्णः षडंगवित् । यश्च विद्याव्रतस्नातो धर्मद्रोणस्य पाठकः

Sont recommandés pour le śrāddha ceux qui sont versés dans les disciplines triṇāciketa, trimadhu et trisuparṇa, le connaisseur des six Vedāṅga, celui qui a accompli le bain après le vœu d’étude sacrée, ainsi que le récitant/enseignant du Dharmadroṇa.

Verse 23

पुराणज्ञस्तथा ज्ञानी विज्ञेयो ज्येष्ठसामवित् । अथर्वशिरसो वेत्ता क्रतुगामी सुकर्मकृत्

Qu’il soit reconnu comme un véritable Brāhmaṇa, digne des rites sacrés : connaisseur des Purāṇa et homme de savoir, comprenant les chants Jyeṣṭha-sāman, connaissant l’Atharvaśiras, compétent dans la procédure sacrificielle, et accomplissant des actes de dharma.

Verse 25

मृष्टान्नादो मृष्टवाक्यः सदा जपपरायणः । एते ब्राह्मणा ज्ञेया निःशेषाः पंक्तिपावनाः

Ceux dont la nourriture est pure, dont la parole est raffinée, et qui demeurent toujours voués au japa : de tels Brāhmaṇa doivent être reconnus comme de parfaits « purificateurs de la rangée du repas », sanctifiant toute l’assemblée lors des repas rituels.

Verse 26

एतैर्विमिश्रिताः सर्वे गर्हिता अपि ये द्विजाः । पितॄणां तेऽपि कुर्वंति तृप्तिं भुक्त्वा कुलोद्भवाः

Même les « deux-fois-nés » qui pourraient autrement être blâmés — lorsqu’ils sont assis et mêlés à de tels hommes dignes — procurent eux aussi satisfaction aux Ancêtres, après avoir mangé, puisqu’ils sont nés dans la lignée familiale.

Verse 27

तस्मात्सर्वप्रयत्नेन कुलं ज्ञेयं द्बिजन्मनाम् । शीलं पश्चाद्वयो नाम कन्यादानं ततः परम्

Ainsi, avec tout effort, il faut d’abord s’assurer de la lignée des « deux-fois-nés » (dvija) ; ensuite de leur conduite ; puis de leur âge et de leur nom ; et seulement après, des questions telles que l’alliance nuptiale par le don de la fille en mariage.

Verse 28

श्रुतशीलविहीनाय धर्मज्ञायापि मानवः । श्राद्धं ददाति कन्यां च यस्तेनाग्निं विना हुतम्

Si un homme offre le Śrāddha — ou même donne sa fille en mariage — à quelqu’un dépourvu d’étude et de bonne conduite, fût-il disert sur le dharma, cet acte est comme une oblation faite sans feu.

Verse 29

ऊषरे वापि तं सस्यं तुषाणां कण्डनं कृतम् । कुलाचारसमोपेतांस्तस्माच्छ्राद्धे नियोजयेत्

De même que le grain né sur une terre stérile n’est qu’une balle pilée, ainsi les rites deviennent vides sans juste mesure. C’est pourquoi, pour le Śrāddha, il faut choisir ceux qui sont pourvus des bonnes coutumes de leur lignée.

Verse 30

ब्राह्मणान्नृपशार्दूल मन्दविद्याधरानपि । एवं विज्ञाय तान्विप्रान्गृहीत्वा चरणौ ततः

Ô tigre parmi les rois, même parmi les brāhmanes il en est de faible savoir. Ainsi, après avoir examiné ces prêtres, les ayant reçus, qu’on saisisse ensuite leurs pieds en signe de révérence.

Verse 31

प्रयत्नेन तु सव्येन पाणिना दक्षिणेन तु । युग्मानथ यथाशक्त्या नमस्कृत्य पुनःपुनः

Avec soin — de la main gauche puis de la main droite — qu’on reçoive et dispose les paires selon ses moyens ; puis qu’on se prosterne avec respect, offrant salutations encore et encore.

Verse 32

दक्षिणं जान्वथालभ्य मन्त्रमेनमुदीरयेत् । आगच्छंतु महाभागा विश्वेदेवा महाबलाः

En touchant le genou droit, qu’on récite ce mantra : «Que viennent les Viśvedevās, très fortunés et d’une grande puissance».

Verse 33

भक्त्याहूता मया चैव त्वं चापि व्रतभाग्भव । एवं युग्मा न्समामंत्र्य विश्वेदेवकृते द्विजान्

«Je t’ai convié avec dévotion ; toi aussi, deviens participant à ce vœu.» Ainsi, après avoir invité comme il se doit les paires, qu’on invite les dvija (deux-fois-nés) au nom des Viśvedevās.

Verse 34

अपसव्यं ततः कृत्वा पित्रर्थं चाभिमंत्रयेत् । ब्राह्मणांस्त्रीन्यथाशक्त्या एकैकस्य पृथक्पृथक्

Ensuite, en portant le cordon sacré à l’envers (apasavya), qu’il accomplisse l’invocation pour les Pitṛs, les Ancêtres. Selon ses moyens, qu’il invite trois brāhmaṇas, en s’adressant à chacun séparément.

Verse 35

एकैकं वा त्रयाणां वा एकमेवं निमंत्रयेत् । ब्राह्मणान्मातृपक्षे च एष एव विधिः स्मृतः

On peut les inviter un à un, ou inviter les trois ensemble, ou même n’inviter qu’un seul brāhmaṇa de cette manière. Pour la lignée maternelle aussi, ce même procédé est retenu comme règle.

Verse 36

ततः पादौ परिस्पृष्ट्वा द्विजस्येदमुदीरयेत् । श्रद्धा पूतेन मनसा पितृभक्तिपरायणः

Ensuite, après avoir touché avec respect les pieds du dvija (brāhmaṇa), qu’il récite ce qui suit : l’esprit purifié par la foi, entièrement voué à la dévotion envers les Ancêtres.

Verse 37

पिता मे तव कायेस्मिंस्तथा चैव पितामहः । स्वपित्रा सहितो ह्येतु त्वं च व्रतपरो भव

«Que mon père, et de même mon grand-père, viennent ici en ta propre personne—avec leurs propres pères. Et toi, demeure ferme dans l’observance de ce vœu sacré.»

Verse 38

एवं पितॄन्समाहूय तथा मातामहानथ । संमंत्रिताश्च ते विप्राः संयमात्मान एव ते

Ainsi, après avoir invoqué les Pitṛs (ancêtres) et aussi les grands-pères maternels, ces brāhmanes sont dûment conviés par les mantras, maîtres d’eux-mêmes et véritablement disciplinés.

Verse 39

यजमानः शांतमना ब्रह्मचर्यसमन्वितः । तां रात्रिं समतिक्रम्य प्रातरुत्थाय मानवः

Le yajamāna, l’esprit apaisé et établi dans la continence (brahmacarya), doit traverser cette nuit selon le rite; puis, au matin, l’homme se lève pour poursuivre.

Verse 40

तदह्नि वर्जयेत्कोपं स्वाध्यायं कर्म कुत्सितम् । तैलाभ्यंगं श्रमं यानं वाहनं चाथ दूरतः

En ce jour-là, qu’il évite la colère, le (simple) svādhyāya —étude/récitation— et les actes blâmables; qu’il tienne aussi à distance le massage à l’huile, l’effort, le voyage et le fait de monter en véhicule.

Verse 41

ततो मध्यं गते सूर्ये काले कुतपसंज्ञिते । स्नातः शुक्लांबरधरः सन्तर्प्य पितृदेवताः । सन्तुष्टांश्च समाहूतांस्तान्विप्राञ्छ्राद्धमाचरेत्

Puis, lorsque le soleil est parvenu au milieu du jour—au moment appelé Kutapa—après s’être baigné et avoir revêtu des vêtements blancs, qu’il rassasie les divinités Pitṛ par des offrandes; et, les brāhmanes invités étant satisfaits et rassemblés, qu’il accomplisse le Śrāddha.

Verse 42

विविक्ते गृहमध्यस्थे मनोज्ञे दक्षिणाप्लवे । न यत्र जायते दृष्टिः पापानां क्रूरकर्मिणाम्

Dans un lieu retiré et agréable au cœur de la maison—sur un sol incliné vers le sud—où ne se pose pas le regard des pécheurs aux actes cruels, c’est là que le rite doit être accompli.

Verse 43

यच्छ्राद्धं वीक्षते श्वा वा नारी वाऽथ रजस्वला । पतितो वा वराहो वा तच्छ्राद्धं व्यर्थतां व्रजेत्

Si un chien, ou une femme en période de menstruation, ou un déchu de la droiture, ou un sanglier regarde le Śrāddha, ce Śrāddha devient vain, sans fruit.

Verse 44

अन्नं पर्युषितं यच्च तैलाक्तं वा प्रदीयते । सकेशं वा सनिंद्यं च तच्छ्राद्धं व्यर्थतां व्रजेत्

Si, dans le Śrāddha, la nourriture offerte est rance, ou enduite d’huile, ou mêlée de cheveux, ou en un état impur et blâmable, alors ce Śrāddha devient vain.

Verse 45

विभक्तिरहितं श्राद्धं तथा मौनविवर्जितम् । दक्षिणारहितं यच्च तच्छ्राद्धं व्यर्थतां व्रजेत्

Un Śrāddha accompli sans juste répartition des parts, ou sans le silence et la retenue prescrits, ou sans offrir la dakṣiṇā, un tel Śrāddha devient sans fruit.

Verse 46

घरट्टोलूखलोत्थौ च यत्र शब्दौ व्यवस्थितौ । शूर्पस्य वा विशेषेण तच्छ्राद्धं व्यर्थतां व्रजेत्

Là où résonnent les bruits du moulin et du mortier, et surtout le son du vannage au van, là le Śrāddha devient sans fruit.

Verse 47

यत्र संस्क्रियमाणे च कलहः संप्रजायते । पंक्तिभेदो विशेषेण तच्छ्राद्धं व्यर्थतां व्रजेत्

Là où, durant les préparatifs, naît la querelle—et surtout là où la rangée du repas se rompt ou se trouble—ce śrāddha devient vain, privé de fruit.

Verse 48

पूर्वाह्णे क्रियते यच्च रात्रौ वा संध्ययोरपि । पर्याकाशे तथा देशे तच्छ्राद्धं व्यर्थतां व्रजेत

Un śrāddha accompli dans la matinée, ou la nuit, ou aux deux crépuscules—et de même en un lieu à ciel ouvert, sans abri—devient sans fruit.

Verse 49

ब्राह्मणो यजमानो वा ब्रह्मचर्यं विना यदि । भुंक्ते दद्याच्च यच्छ्राद्धं तद्राजन्व्यर्थतां व्रजेत्

Ô Roi, si le brāhmane (officiant ou récipiendaire) ou le yajamāna (sacrifiant), dépourvu de brahmacarya (continence et discipline), mange ou donne au cours du śrāddha, alors ce śrāddha devient vain.

Verse 50

तुषधान्यं सनिष्पावं यच्चोच्छिष्टं च दीयते । अर्धभुक्तं घृतं क्षीरं तच्छ्राद्धं व्यर्थतां व्रजेत्

Si l’on offre du grain avec balle ou paille, une nourriture mêlée d’impuretés, ou des restes; ou si l’on donne du ghee et du lait déjà entamés, ce śrāddha devient sans fruit.

Verse 51

येषु कालेषु यद्दत्तं श्राद्धमक्षयतां व्रजेत् । तानहं संप्रवक्ष्यामि शृणुष्वैकमना नृप

Ô Roi, je vais maintenant exposer les temps où le śrāddha, lorsqu’il est offert, atteint un mérite impérissable. Écoute d’un esprit recueilli.

Verse 52

मन्वादीरपि ते वच्मि ताः शृणुष्व नराधिप । पितॄणां वल्लभा नित्यं सर्वपापक्षयावहाः

Je te dirai aussi les temps sacrés, Manv-ādi et autres—écoute, ô souverain des hommes. Ils sont à jamais chers aux Pitṛs (ancêtres) et entraînent l’anéantissement de tous les péchés.

Verse 53

यासु तोयमपि क्ष्मायां प्रदत्तं तिलमिश्रितम् । पितृभ्योऽक्षयतां याति श्रद्धापूतेन चेतसा

En ces temps-là, même l’eau offerte sur la terre, mêlée de sésame, parvient aux Pitṛs (ancêtres) avec un effet impérissable, lorsqu’elle est donnée avec un esprit purifié par la foi.

Verse 54

अश्वयुक्छुक्लनवमी द्वादशी कार्तिकस्य च । तृतीयापि च माघस्य तथा भाद्रपदस्य च

Le neuvième jour de la quinzaine claire d’Āśvayuja, le douzième de Kārtika, le troisième de Māgha, et de même (le jour prescrit) en Bhādrapada : tels sont proclamés comme des temps fastes pour les rites en l’honneur des Pères.

Verse 55

अमावास्या तपस्यस्य पौषस्यैकादशी तथा । तथाऽषाढस्य दशमी माघमासस्य सप्तमी

La nouvelle lune (amāvāsyā) de Tapasya (Phālguna), le onzième jour de Pauṣa, le dixième d’Āṣāḍha et le septième du mois de Māgha : ceux-là aussi sont loués pour les rites des ancêtres.

Verse 56

श्रावणस्याष्टमी कृष्णा तथाऽषाढी व पूर्णिमा । तथा कार्तिकमासस्य या चान्या फाल्गुनस्य च

Le huitième jour de la quinzaine sombre de Śrāvaṇa, la pleine lune d’Āṣāḍha, et de même la pleine lune de Kārtika—ainsi que celle de Phālguna—sont louées pour les observances envers les ancêtres.

Verse 57

चैत्रस्य ज्येष्ठमासस्य पंचैताः पूर्णिमा नृप । मनूनामादयः प्रोक्तास्तिथयस्ते मया नृप

Ô Roi, ces cinq jours de pleine lune—dont celles de Caitra et de Jyeṣṭha—je les ai proclamés comme les plus éminents parmi les tithi, à commencer par ceux chers aux Manu.

Verse 58

आसु तोयमपि स्नात्वा तिल दर्भविमिश्रितम् । पितॄनुद्दिश्य यो दद्यात्स याति परमां गतिम्

Après s’être baigné dans ces eaux, quiconque offre une libation (tarpana) mêlée de sésame et d’herbe darbha, en la dédiant aux Pitṛ, atteint l’état suprême.

Verse 59

इह लोके परे चैव पितॄणां च प्रसादतः । किं पुनर्विविधैरन्नै रसैर्वस्त्रैः सदक्षिणैः

Par la grâce des Pitṛ, on obtient le bien-être en ce monde et dans l’autre. Combien plus encore si l’on accomplit cela avec des mets variés, des saveurs délicates, des vêtements et la dakṣiṇā convenable !

Verse 60

अधुना शृणु राजेन्द्र युगाद्याः पितृवल्लभाः । यासां संकीर्तनेनापि क्षीयते पापसंचयः

Écoute maintenant, ô meilleur des rois, les yugādi, les « commencements des âges » chers aux Pitṛ ; par la seule récitation de leurs noms, l’amas des péchés s’amenuise.

Verse 61

नवमी कार्तिके शुक्ला तृतीया माधवे सिता । अमावास्या च तपसो नभस्यस्य त्रयोदशी

Ce sont : la neuvième du clair (śukla) en Kārtika ; la troisième du clair en Mādhava (Vaiśākha) ; l’amāvāsyā (nouvelle lune) en Tapasya (Phālguna) ; et le treizième jour en Nabhasya (Bhādrapada) — tels sont les jours yugādi, chers aux Pitṛ.

Verse 62

त्रेताकृतकलीनां तु द्वापरस्यादयः क्रमात् । स्नाने दाने जपे होमे विशेषात्पितृतर्पणे

Pour les yuga Tretā, Kṛta et Kali—et, selon l’ordre prescrit, pour Dvāpara également—ces commencements sont d’une puissance particulière pour le bain sacré, l’aumône, la récitation des mantras, les oblations au feu, et surtout pour le Pitṛ-tarpaṇa, la libation offerte aux Ancêtres.

Verse 63

कृतस्याक्षयकारिण्यः सुकृतस्य महाफलाः । यदा स्यान्मेषगो भानुस्तुलां वाथ यदा व्रजेत्

Ces temps rendent les mérites inépuisables et donnent un grand fruit aux bonnes actions—surtout lorsque le Soleil entre en Meṣa (Bélier), ou de nouveau lorsqu’il entre en Tulā (Balance).

Verse 64

तदा स्याद्विषुवाख्यस्तु कालश्चाक्षयकारकः । मकरे कर्कटे चैव यदा भानुर्व्रजेन्नृप

Ô roi, ce temps est appelé Viṣuva, le tournant équinoxial, et il devient générateur de mérite impérissable (akṣaya). Il en est tout particulièrement ainsi lorsque le Soleil entre en Makara (Capricorne) et en Karkaṭa (Cancer).

Verse 65

तदायनाभिधानस्तु विषुवोऽथ विशिष्यते । रवेः संक्रमणं राशौ संक्रांतिरिति कथ्यते

Ce Viṣuva se distingue encore sous le nom d’« Āyana », le tournant solsticial. Le passage du Soleil dans un signe du zodiaque est appelé Saṃkrānti.

Verse 66

स्नानदानजपश्राद्धहोमादिषु महाफलाः । त्रेताद्याः क्रमशः प्रोक्ताः कालाः संक्रांतिपूर्वकाः । नैतेषु विद्यते विघ्नं दत्तस्याक्षयसंज्ञिताः

Pour le bain sacré, l’aumône, le japa, le śrāddha, les oblations au feu et autres rites, ces temps—à commencer par le « Tretā » et ainsi de suite, enseignés dans l’ordre prescrit et précédés par Saṃkrānti—donnent un grand fruit. En ces moments, nul empêchement n’existe ; ce qui est donné alors est dit « akṣaya », impérissable.

Verse 67

अश्रद्धयाऽपि यद्दत्तं कुपात्रेभ्योऽपि मानवैः । अकालेऽपि हि तत्सर्वं सद्यो ह्यक्षयतां व्रजेत्

Même ce que les hommes donnent sans foi—fût-ce à des récipients indignes et même en un temps inopportun—tout cela, aussitôt, atteint l’état impérissable (akṣaya).

Verse 217

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये श्राद्धकल्पे श्राद्धार्हपदार्थब्राह्मणकालनिर्णय वर्णनंनाम सप्तदशोत्तरद्विशततमोऽध्यायः

Ainsi s’achève le deux-cent-dix-septième chapitre, intitulé « Description de la détermination des offrandes dignes du śrāddha, des brāhmaṇas appropriés et des temps appropriés », dans la Māhātmya du kṣetra de Hāṭakeśvara, au sein du Śrāddha-kalpa du sixième Nāgara Khaṇḍa du vénérable Skanda Mahāpurāṇa, dans la Saṃhitā Ekāśītisāhasrī.