
Le chapitre s’ouvre sur l’adresse révérencieuse d’Agastya à Skanda : il le loue en termes théologiques et demande des éclaircissements sur le tīrtha nommé Pañcanada à Kāśī—pourquoi il porte ce nom, pourquoi il est tenu pour suprêmement purificateur, et comment Viṣṇu y est compris comme présent tout en demeurant transcendant. La réponse de Skanda se présente comme un enseignement lié au lieu, unissant des attributs métaphysiques du Divin—sans forme et pourtant manifesté, soutien de tout et néanmoins indépendant—à une généalogie concrète du tīrtha. Le récit évoque ensuite le sage Vedaśiras, l’apsaras Śuci et la naissance d’une jeune fille nommée Dhūtapāpā (« celle qui secoue le péché »). Son tapas est décrit comme la condition décisive d’une sainteté exceptionnelle ; Brahmā lui accorde que d’innombrables tīrthas résident dans son corps, renforçant son pouvoir de purification. Une rencontre avec Dharma conduit à des malédictions réciproques : Dharma devient le grand fleuve Dharmanadī dans l’Avimukta, tandis que Dhūtapāpā prend une forme semblable à une pierre de lune qui, au lever de la lune, se liquéfie en rivière, scellant un lien sacré entre eau et sanctité. La conclusion fournit un repérage rituel explicite : se baigner à Pañcanada, accomplir le pitṛ-tarpaṇa, vénérer Bindumādhava et boire/utiliser l’eau de Pañcanada sont présentés comme des pratiques purificatrices. Le dāna à Bindutīrtha est associé à la délivrance de la pauvreté, dessinant un itinéraire dévotionnel ancré dans la géographie sacrée de Kāśī.
Verse 1
अगस्त्य उवाच । सर्वज्ञ हृदयानंद गौरीचुंबितमूर्धज । तारकांतक षड्वक्त्र तारिणे भद्रकारिणे
Agastya dit : Ô Toi l’Omniscient, joie du cœur ; dont la chevelure est baisée par Gaurī ; destructeur de Tāraka ; Seigneur aux six visages ; sauveur et dispensateur d’heureux présages !
Verse 2
सर्वज्ञाननिधे तुभ्यं नमः सर्वज्ञसूनवे । सर्वथा जितमाराय कुमाराय महात्मने
Hommage à toi, trésor de toute connaissance ; hommage au fils de l’Omniscient ; hommage à Kumāra, l’âme grande, qui a vaincu Māra de toutes les manières.
Verse 3
कामारिमर्धनारीशं वीक्ष्य कामकृतं किल । यो जिगाय कुमारोपि मारं तस्मै नमोस्तु ते
Ayant vu, dit-on, ce que le désir fit même au Seigneur, destructeur de Kāma et moitié femme, Kumāra lui aussi vainquit Māra ; à toi, ô Victorieux, soit la révérence.
Verse 4
यदुक्तं भवता स्कंद मायाद्विजवपुर्हरिः । काश्यां पंचनदं तीर्थमध्यासातीव पावनम्
Ô Skanda, ainsi que tu l’as dit : Hari, par la māyā prenant l’apparence d’un brahmane, demeura au Tīrtha de Pañcanada à Kāśī, d’une pureté souveraine.
Verse 5
भूर्भुवःस्वः प्रदेशेषु काशीपरमपावनम् । तत्रापि हरिणाज्ञायि तीर्थं पंचनदं परम्
Parmi toutes les contrées de Bhūr, Bhuvaḥ et Svaḥ, Kāśī est la plus purificatrice ; et même au sein de Kāśī, par l’ordonnance de Hari, le Tīrtha suprême nommé Pañcanada est le plus élevé.
Verse 6
कुतः पंचनदं नाम तस्य तीर्थस्य षण्मुख । कुतश्च सर्वतीर्थेभ्यस्तदासीत्पावनं परम्
Ô Ṣaṇmukha, pour quelle cause ce tīrtha reçut-il le nom de « Pañcanada » ? Et pour quelle raison devint-il le purificateur suprême parmi tous les gués sacrés ?
Verse 7
कथं च भगवान्विष्णुरंतरात्मा जगत्पतिः । सर्वेषां जगतां पाता कर्ता हर्ता च लीलया
Et comment se fait-il que le Seigneur Viṣṇu — Soi intérieur et Maître de l’univers — protecteur de tous les mondes, qui par sa līlā crée et résorbe tout, (soit lié à la grandeur de ce tīrtha) ?
Verse 8
अरूपो रूपमापन्नो ह्यव्यक्तो व्यक्ततां गतः । निराकारोपि साकारो निष्प्रपंचः प्रपंचभाक्
Comment l’Informe prit-il forme ? Comment l’Inmanifesté entra-t-il en manifestation ? Comment l’Incorporel devint-il incarné, et le Transcendant au-delà du cosmos assuma-t-il le jeu du cosmos ?
Verse 9
अजन्मानेकजन्मा च त्वनामास्फुटनामभृत् । निरालंबोऽखिलालंबो निर्गुणोपि गुणास्पदम्
Comment est-Il non-né et pourtant aux naissances multiples ? Sans nom, et cependant porteur de noms limpides et innombrables ? Sans appui, et néanmoins soutien de tout ? Au-delà des guṇa, et pourtant le sol même où les guṇa apparaissent ?
Verse 10
अहृषीकोहृषीकेशो प्यनंघ्रिरपिसर्वगः । उपसंहृत्य रूपं स्वं सर्वव्यापी जनार्दनः
Comment est-Il sans organes des sens et pourtant « Hṛṣīkeśa », Seigneur des sens ? Comment est-Il sans pieds et cependant omniprésent ? Comment Janārdana, présent partout, retire-t-Il sa propre forme manifestée ?
Verse 11
आदौ धर्मनदः पुण्यो मिश्रितो धूतपापया । यया धूतानि पापानि सर्वतीर्थीकृतात्मना
D’abord, la sainte rivière Dharmanadā se mêla à Dhūtapāpā : celle par qui les péchés sont lavés, dont l’essence même est rendue équivalente à tous les tīrthas.
Verse 12
ततोपि मिलितागत्य किरणा रविणैधिता । यन्नामस्मरणादेव महामोहोंधतां व्रजेत्
Puis vint aussi Kiraṇā, s’y joignant, fortifiée par le Soleil ; au seul souvenir de son nom, la grande illusion elle-même tombe dans l’aveuglement et perd sa force.
Verse 13
स्थितः सर्वात्मभावेन तीर्थे पंचनदे परे । एतदाख्याहि षड्वक्त्र पंचवक्त्राद्यथा श्रुतम्
Là, Il demeure comme le Soi de tous, dans le tīrtha suprême de Pañcanada. Ô Ṣaḍvaktra, rapporte-le-moi fidèlement, tel que tu l’as entendu du Cinq-Visages (Śiva).
Verse 14
प्रयागोपि च तीर्थेशो यत्र साक्षात्स्वयं स्थितः । पापिनां पापसंघातं प्रसह्य निजतेजसा
Même Prayāga —seigneur parmi les tīrthas— où Il demeure Lui-même en présence directe, anéantit avec puissance, par son propre éclat, l’amas des péchés des pécheurs.
Verse 15
हरंति सर्वतीर्थानि प्रयागस्य बलेन हि । तानि सर्वाणि तीर्थानि माघे मकरगे रवौ
En vérité, par la puissance de Prayāga, tous les tīrthas y attirent leur vertu purificatrice. Au mois de Māgha, lorsque le Soleil entre en Makara, tous ces tīrthas, pour ainsi dire, s’y rassemblent.
Verse 16
प्रत्यब्दं निर्मलानि स्युस्तीर्थराज समागमात् । प्रयागश्चापि तीर्थेंद्रः सर्वतीर्थार्पितं मलम्
D’année en année, par leur rencontre avec le Roi des Tīrthas, ils deviennent purs. Et Prayāga, seigneur parmi les tīrthas, reçoit l’impureté déposée par tous les autres lieux saints.
Verse 17
महाघिनां महाघं च हरेत्पांचनदाद्बलात् । यं संचयति पापौघमावर्षं तीर्थनायकः । तमेकमज्जनादूर्जे त्यजेत्पंचनदे ध्रुवम्
Par la puissance de Pañcanada, même le grand péché des grands pécheurs est ôté. L’amas de fautes que le « chef des tīrthas » amasse durant l’année, par un seul bain à Pañcanada au mois d’Ūrja (Kārttika), il le rejette assurément.
Verse 18
यथा पंचनदोत्पत्तिस्तथा च कथयाम्यहम् । निशामय महाभाग मित्रावरुणनंदन
À présent, je vais dire comment naquit Pañcanada. Écoute attentivement, ô très fortuné, fils de Mitra et de Varuṇa.
Verse 19
पुरा वेदशिरा नाम मुनिरासीन्महातपाः । भृगुवंश समुत्पन्नो मूर्तो वेद इवापरः
Autrefois vivait un sage nommé Vedaśiras, d’austérités immenses ; né dans la lignée de Bhṛgu, tel un second Veda incarné.
Verse 20
तपस्यतस्तस्य मुनेः पुरोदृग्गोचरं गता । शुचिरप्सरसां श्रेष्ठा रूपलावण्यशालिनी
Tandis que ce sage s’adonnait à la tapas, Śuci vint se présenter à sa vue, la plus éminente des apsaras, rayonnante de beauté et de grâce.
Verse 21
तस्या दर्शनमात्रेण परिक्षुब्धं मुनेर्मनः । चस्कंद स मुनिस्तूर्णं साथ भीता वराप्सराः
À sa seule vue, l’esprit du sage fut troublé. Le muni chancela aussitôt dans sa maîtrise, et cette noble apsaras, elle aussi, fut saisie de crainte.
Verse 22
दूरादेव नमस्कृत्य तमृषिं साभ्यभाषत । अतीव वेपमानांगी शुचिस्तच्छापभीतितः
Dès la distance, elle se prosterna devant ce ṛṣi et lui adressa la parole. Śuci, les membres violemment tremblants, parla par crainte de sa malédiction.
Verse 23
नापराध्नोम्यहं किंचिन्महोग्रतपसांनिधे । क्षंतव्यं मे क्षमाधार क्षमारूपास्तपस्विनः
«Je n’ai commis aucune faute, ô trésor d’austérités redoutables. Pardonne-moi, ô soutien du pardon, car les ascètes sont l’incarnation même de la patience.»
Verse 24
मुनीनां मानसं प्रायो यत्पद्मादपि तन्मृदु । स्त्रियः कठोरहृदयाः स्वरूपेणैव सत्तम
L’esprit des sages est d’ordinaire plus doux même que le lotus ; mais les femmes, par leur nature même, ont le cœur dur, ô le meilleur des êtres.
Verse 25
इति श्रुत्वा वचस्तस्याः शुचेरप्सरसो मुनिः । विवेकसेतुना स्तंभीन्महारोषनदीरयम्
Entendant ces paroles de Śucī, l’apsarā, le sage retint le torrent de sa grande colère, en édifiant en lui-même un pont de discernement.
Verse 26
उवाच च प्रसन्नात्मा शुचे शुचिरसि ध्रुवम् । न मेऽल्पोपि हि दोषोत्र न ते दोषोस्ति सुंदरि
Et, l’âme apaisée, il dit : « Ô Śucī, tu es assurément pure. En cette affaire, il n’y a en moi pas même la moindre faute, et il n’y a aucune faute en toi, ô belle. »
Verse 27
वह्निस्वरूपा ललना नवनीत समः पुमान् । अनभिज्ञा वदंतीति विचारान्महदंतरम्
«Les ignorants disent : la femme est de nature de feu, et l’homme est comme le beurre ; mais, à la réflexion, la vérité est bien plus subtile et différente.»
Verse 28
स्निह्येदुद्धृतसारोपि वह्नेः संस्पर्शमाप्य वै । चित्रं स्त्र्याख्या समादानात्पुमान्स्निह्यति दूरतः
«Même le beurre, bien qu’extrait et purifié, fond au contact du feu. Et pourtant, merveille : rien qu’en saisissant en pensée et en nom la “femme”, le cœur de l’homme fond de loin.»
Verse 29
अतः शुचे न भेतव्यं त्वया शुचि मनोगते । अतर्कितोपस्थितया त्वया च स्खलितं मया
Ainsi, ô Śucī, ne crains point—ô pure, entrée dans mon esprit. Par ta venue imprévue, moi aussi j’ai trébuché.
Verse 30
स्खलनान्न तथा हानिरकामात्तपसो मुनेः । यथा क्षणांधीकरणाद्धानिः कोपरयादरेः
Une chute involontaire ne nuit pas autant à l’austérité sans tache d’un muni que la perte causée par l’ennemi nommé « colère », qui aveugle ne fût-ce qu’un instant.
Verse 31
कोपात्तपः क्षयं याति संचितं यत्सुकृच्छ्रतः । यथाभ्रपटलं प्राप्य प्रकाशः पुष्पवंतयोः
Par la colère, le tapas amassé au prix de grandes peines s’épuise, comme la clarté s’obscurcit lorsqu’un épais amas de nuages se déploie devant elle.
Verse 32
स्कंद उवाच । कथयामि कथामेतां नमस्कृत्य महेश्वरम् । सर्वाघौघ प्रशमनीं सर्वश्रेयोविधायिनीम्
Skanda dit : «Après m’être prosterné devant Maheśvara, je vais raconter ce récit, qui apaise le flot de tous les péchés et confère toute forme de bienheureux auspice.»
Verse 33
अमर्षे कर्षति मनो मनोभू संभवः कुतः । विधुंतुदे तुदत्युच्चैर्विधुं कुत्रास्ति कौमुदी
Quand l’impatience et l’amertume tirent l’esprit en tous sens, comment le dieu de l’amour pourrait-il naître de façon saine ? Quand la lune est violemment frappée par le « mal lunaire », où demeurerait la beauté apaisante du clair de lune ?
Verse 34
ज्वलतो रोषदावाग्नेः क्व वा शांतितरोः स्थितिः । दृष्टा केनापि किं क्वापि सिंहात्कलभसुस्थता
Quand l’incendie de la colère embrase la forêt, où l’arbre de la paix pourrait-il demeurer? Qui donc a jamais vu, où que ce soit, un jeune éléphant rester à l’aise auprès d’un lion?
Verse 35
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन प्रतीपः प्रतिघातुकः । चतुर्वर्गस्य देहस्य परिहेयो विपश्चिता
C’est pourquoi, de tous ses efforts, le sage doit éviter celui qui est contraire et entravant—celui qui riposte et fait obstacle—car un tel homme devient le destructeur de la quête incarnée des quatre buts de la vie : dharma, artha, kāma et mokṣa.
Verse 36
इदानीं शृणु कल्याणि कर्तव्यं यत्त्वया शुचे । अमोघबीजा हि वयं तद्बीजमुररी कुरु
Écoute maintenant, ô bienheureuse—ô dame pure—ce que tu dois accomplir. Notre semence est infaillible ; ainsi, ô Urarī, préserve soigneusement cette semence.
Verse 37
एतस्मिन्रक्षिते वीर्ये परिस्कन्ने त्वदीक्षणात् त्वया तव भवित्रेकं कन्यारत्नं महाशुचि
Lorsque cette puissance sera gardée et rendue féconde par ton seul regard, ô très pure, il naîtra pour toi un unique joyau parmi les jeunes filles : une fille précieuse.
Verse 38
इत्युक्ता तेन मुनिना पुनर्जातेव साप्सराः । महाप्रसाद इत्युक्त्वा मुनेः शुक्रमजीगिलत्
Ainsi instruite par ce sage, l’apsarā se sentit comme nouvellement née. Disant : « C’est une grande grâce », elle avala la semence du muni.
Verse 39
अथ कालेन दिव्यस्त्री कन्यारत्नमजीजनत् । अतीव नयनानंदि निधानं रूपसंपदाम्
En temps voulu, cette femme céleste enfanta une jeune fille semblable à un joyau, ravissant les yeux à l’excès, trésor de beauté et de grâce parfaite.
Verse 40
तस्यैव वेदशिरस आश्रमे तां निधाय सा । शुचिरप्सरसां श्रेष्ठा जगाम च यथेप्सितम्
L’ayant déposée dans l’āśrama du sage Vedaśiras, la pure, la plus éminente des apsaras, s’en alla, allant où bon lui sembla.
Verse 41
तां च वेदशिराः कन्यां स्नेहेन समवर्धयत् । क्षीरेण स्वाश्रमस्थाया हरिण्या हरिणीक्षणाम्
Et Vedaśiras éleva cette jeune fille avec une tendre affection, nourrissant l’enfant aux yeux de biche du lait d’une biche demeurant dans son āśrama.
Verse 42
मुनिर्नाम ददौ तस्यै धूतपापेति चार्थवत् । यन्नामोच्चारणेनापि कंपते पातकावली
Le sage lui donna un nom plein de sens : « Dhūtāpāpā », “celle qui a secoué les péchés”. À la seule profération de ce nom, la cohorte des fautes tremble.
Verse 43
सर्वलक्षणशोभाढ्यां सर्वावयव सुंदरीम् । मुनिस्तत्याज नोत्संगात्क्षणमात्रमपि क्वचित्
Parée de l’éclat de tous les signes auspicieux, belle en chacun de ses membres, le sage ne la quitta jamais de ses genoux, pas même un instant, en aucun temps.
Verse 44
दिनेदिने वर्धमानां तां पश्यन्मुमुदे भृशम् । क्षीरनीरधिवद्रम्यां निशि चांद्रमसीं कलाम्
La voyant grandir de jour en jour, il se réjouit grandement, tel celui qui, la nuit, contemple le lumineux croissant de la lune, charmant comme l’éclat des eaux blanches semblables au lait.
Verse 45
अथाष्टवार्षिकीं दृष्ट्वा तां कन्यां स मुनीश्वरः । कस्मै देयेति संचित्य तामेव समपृच्छत
Alors le seigneur des sages, voyant la jeune fille de huit ans, songea : «À qui doit-elle être donnée ?» et interrogea la fillette elle-même.
Verse 46
वेदशिरा उवाच । अयि पुत्रि महाभागे धूतपापे शुभेक्षणे । कस्मै दद्यावराय त्वां त्वमेवाख्याहि तं वरम्
Vedaśirā dit : «Ô fille très fortunée—Dhūtapāpā, au regard de bon augure—dis-moi toi-même : à quel époux excellent dois-je te donner ? Nomme l’époux choisi».
Verse 47
अतिस्नेहार्द्रचित्तस्य जनेतुश्चेति भाषितम् । निशम्य धूतपापा सा प्रोवाच विनतानना
Entendant les paroles de son père, dont le cœur était attendri par une profonde affection, Dhūtapāpā, le visage modestement baissé, se mit à répondre.
Verse 48
धूतपापोवाच । जनेतर्यद्यहं देया सुंदराय वराय ते । तदा तस्मै प्रयच्छ त्वं यमहं कथयामि ते
Dhūtapāpā dit : «Père, si tu dois me donner à un époux beau et excellent, alors donne-moi à celui que je vais maintenant te nommer».
Verse 49
तुभ्यं च रोचते तात शृणोत्ववहितो भवान् । सर्वेभ्योतिपवित्रो यो यः सर्वेषां नमस्कृतः
«Père, ceci aussi te plaira : écoute avec attention. Il est d’une pureté suprême au-dessus de tous, et tous lui rendent hommage par leurs salutations.»
Verse 50
सर्वे यमभिलष्यंति यस्मात्सर्वसुखोदयः । कदाचिद्यो न नश्येत यः सदैवानुवर्तते
«Tous le désirent, car de lui naît toute félicité. Il ne périt jamais en aucun temps, et demeure toujours présent, accompagnant sans défaillir.»
Verse 51
इहामुत्रापि यो रक्षेन्महापदुदयाद्ध्रुवम् । सर्वे मनोरथा यस्मात्परिपूर्णा भवंति हि
«Ici-bas comme dans l’au-delà, il protège sûrement de l’avènement des grandes calamités ; par lui, en vérité, tous les vœux du cœur s’accomplissent.»
Verse 52
दिनेदिने च सौभाग्यं वर्धते यस्य सन्निधौ । नैरंतर्येण यत्सेवां कुर्वतो न भयं क्वचित्
«De jour en jour, la bonne fortune croît en sa présence ; et pour celui qui le sert sans relâche, la crainte ne surgit nulle part.»
Verse 53
यन्नामग्रहणादेव केपि वाधां न कुर्वते । यदाधारेण तिष्ठंति भुवनानि चतुर्दश
«Par la seule invocation de son Nom, nul obstacle ne peut atteindre ; et sur son appui se tiennent les quatorze mondes.»
Verse 54
एवमाद्या गुणा यस्य वरस्य वरचेष्टितम् । तस्मै प्रयच्छ मां तात मम तेपीहशर्मणे
«Telles et d’autres vertus appartiennent à cet être d’excellence, dont la conduite est elle-même un modèle. Père, donne-moi à lui, afin que, dès cette vie, j’y trouve ma félicité.»
Verse 55
एतच्छ्रुत्वापि ता तस्या भृशं मुदमवाप ह । धन्योस्मि धन्या मे पूर्वे येषामैषा सुतान्वये
À ces paroles, elle fut saisie d’une joie immense. «Je suis bénie, dit-elle, et bénis sont mes ancêtres, dans la lignée desquels est née une telle fille.»
Verse 56
ध्रुवा हि धूतपापासौ यस्या ईदृग्विधा मतिः । ईदृग्विधैर्गुणगणैर्गरिम्णा कोत्र वै भवेत्
Assurément, celle dont l’esprit est ainsi a déjà ses péchés effacés. Car où donc pourrait subsister le poids de la faute, lorsque se trouve réunie une telle multitude de vertus de cette nature?
Verse 57
अथवा स कथं लभ्यो विना पुण्यभरोदयम् । इति क्षणं समाधाय मनः स मुनिपुंगवः
«Sinon, comment un tel être pourrait-il être obtenu sans l’essor d’un grand trésor de mérite?» Ainsi songeant, le plus éminent des sages recueillit son esprit un instant.
Verse 58
ज्ञानेन तं समालोच्य वरमीदृग्गुणोदयम् । धन्यां कन्यां बभाषेथ शृणु वत्से शुभैषिणि
Avec clairvoyance, il considéra l’époux, en qui s’élève un tel épanouissement de vertus. Puis il s’adressa à la jeune fille bénie : «Écoute, mon enfant chérie, toi qui recherches l’auspice.»
Verse 59
पितोवाच । वरस्य ये त्वया प्रोक्ता गुणा एते विचक्षणे । एषां गुणानामाधारो वरोस्तीति विनिश्चितम्
Le père dit : «Ô toi qui discernes, les qualités que tu as énoncées pour l’époux : il existe assurément un époux qui en est le support et l’incarnation même ; cela est certain.»
Verse 60
परं स सुखलभ्यो न नितरां सुभगाकृतिः । तपः पणेन स क्रय्यः सुतीर्थविपणौ क्वचित्
Pourtant, il n’est pas aisé à obtenir, bien que sa forme soit éminemment de bon augure. On ne le « rachète » qu’au prix de l’austérité, çà et là, sur le marché des tīrthas excellents.
Verse 61
तीर्थभारैः स सुलभो न कौलीन्येन कन्यके । न वेदशास्त्राभ्यसनैर्न चैश्वर्यबलेन वै
On ne l’obtient pas aisément par des monceaux de pèlerinages, ô jeune fille ; ni par la noblesse de naissance, ni par l’étude des Veda et des śāstra, ni même par la puissance de la richesse et de la souveraineté.
Verse 62
न सौंदर्येण वपुषा न बुद्ध्या न पराक्रमैः । एकयैव मनः शुद्ध्या करणानां जयेन च
Ni par la beauté du corps, ni par l’intelligence, ni par les prouesses ; c’est seulement par la pureté du mental, et par la conquête des sens, qu’on l’atteint.
Verse 63
महातपः सहायेन दमदानदयायुजा । लभ्यते स महाप्राज्ञो नान्यथा सदृशः पतिः
Avec la grande austérité pour alliée—jointe à la maîtrise de soi, à la charité et à la compassion—on obtient un époux d’une sagesse suprême ; autrement, nul mari d’égale valeur n’est acquis.
Verse 64
इति श्रुत्वाथ सा कन्या पितरं प्रणिपत्य च । अनुज्ञां प्रार्थयामास तपसे कृतनिश्चया
Ayant entendu cela, la jeune fille se prosterna devant son père et lui demanda humblement la permission, résolue avec fermeté à entreprendre l’austérité (tapas).
Verse 65
स्कंद उवाच । कृतानुज्ञा जनेत्रा सा क्षेत्रे परमपावने । तपस्तताप परमं यदसाध्यं तपस्विभिः
Skanda dit : Ayant obtenu l’assentiment de sa mère, cette jeune fille, dans ce Kṣetra souverainement purificateur, accomplit l’austérité la plus haute, telle que même les ascètes accomplis peinent à atteindre.
Verse 66
क्व सा बालातिमृद्वंगी क्व च तत्तादृशं तपः । कठोरवर्ष्मसंसाध्यमहो सच्चेतसो धृतिः
Comment une enfant aux membres si délicats pourrait-elle porter une telle austérité ? Une telle pratique sied à des corps endurcis par la rigueur ; merveilleuse est la constance de son esprit pur.
Verse 67
धारासारा सुवर्षासु महावातवतीष्वलम् । शिलासु सावकाशासु सा बह्वीरनयन्निशाः
Sous des averses en nappes ruisselantes, au cœur de tempêtes fouettées par des vents violents, elle passa de nombreuses nuits sur des rochers nus, à découvert sous le ciel.
Verse 68
श्रुत्वा गर्जरवं घोरं दृष्ट्वा विद्युच्चमत्कृतीः । आसारसीकरैः क्लिन्ना न चकंपे मनाक्च सा
Entendant le terrible fracas du tonnerre et voyant les éclairs fulgurants, trempée par les embruns de l’averse, elle ne trembla pas même un peu.
Verse 69
तडित्स्फुरंतीत्वसकृत्तमिस्रासु तपोवने । यातायातं करोतीव द्रष्टुं तत्तपसः स्थितिम्
Dans l’obscurité de la forêt de l’ascèse, l’éclair jaillissait sans cesse, comme s’il allait et venait, cherchant à contempler l’état inébranlable de ce tapas.
Verse 70
तपर्तुरेव साक्षाच्च कुमारी कैतवात्किल । पंचाग्नीन्परिधायात्र तपस्यति तपोवने
Vraiment, comme si elle était la saison même de l’ascèse rendue visible, cette jeune fille—sans artifice—accomplissait le tapas dans la forêt du tapas, s’entourant des cinq feux.
Verse 71
जलाभिलाषिणी बाला न मनागपि सा पिबत् । कुशाग्रतोयपृषतं पंचाग्निपरितापिता
Bien qu’elle fût une enfant avide d’eau, elle ne buvait pas même un peu : seulement une goutte retenue à la pointe d’un brin de kuśa, tandis que l’ascèse des cinq feux la brûlait.
Verse 72
रोमांच कंचुकवती वेपमानतनुच्छदा । पर्यक्षिपत्क्षपाः क्षामा तपसा हैमनीश्च सा
Comme vêtue d’un manteau de chair hérissée, le corps frêle tout tremblant, elle traversait les nuits—amaigrie par le tapas—et supportait même la saison hivernale comme part de son ascèse.
Verse 73
निशीथिनीषु शिशिरे श्रयंती सारसं रसम् । मेने सा सारसैः केयमुद्यताद्येति पद्मिनी
Dans le froid des heures de minuit, se soutenant de l’essence des lotus, elle parut aux cygnes telle une jeune fille-lotus qui, ce jour, se dresse comme surgissant des eaux.
Verse 74
मनस्विनामपि मनोरागतां सृजते मधौ । तदोष्ठपल्लवाद्रागो जह्रे माकंदपल्लवैः
Même chez les maîtres d’eux-mêmes, le printemps fait naître le désir au cœur. Pourtant, la rougeur de ses lèvres en bouton fut éclipsée, comme emportée, par les tendres pousses du manguier.
Verse 75
वसंते निवसंती सा वने बालाचलंमनः । चक्रे तपस्यपि श्रुत्वा कोकिला काकलीरवम्
Résidant en forêt au temps du printemps, l’esprit de la jeune fille chancela; pourtant, même en entendant les doux appels du kokila, elle poursuivit sa tapas, l’austérité sacrée.
Verse 76
बंधुजीवेऽधररुचिं कलहंसे कलागतीः । निक्षेपमिव सा क्षिप्त्वा शरद्यासीत्तपोरता
Rejetant—comme un simple dépôt—la rougeur de ses lèvres, telle la fleur bandhūka, et les arts gracieux, pareils à la démarche du cygne, elle entra dans l’automne tout entière vouée à la tapas, l’austérité.
Verse 77
अपास्तभोगसंपर्का भोगिनां वृत्तिमाश्रिता । क्षुदुद्बोधनिरोधाय धूतपापा तपस्विनी
Détachée de tout commerce avec les plaisirs, elle adopta la règle austère des ascètes; Dhūtapāpā, la tapasvinī, réprima jusqu’au frémissement de la faim, en quête de maîtrise intérieure.
Verse 78
शाणेन मणिवल्लीढा कृशाप्यायादनर्घताम् । तथापि तपसा क्षामा दिदीपे तत्तनुस्तराम्
Tel un sarment de joyau poli par la pierre à aiguiser, bien qu’elle s’amincît elle atteignit un prix sans égal; et même amaigrie par la tapas, son corps brilla d’un éclat accru.
Verse 79
निरीक्ष्य तां तपस्यंतीं विधिः संशुद्धमानसाम् । उपेत्योवाच सुप्रज्ञे प्रसन्नोस्मि वरं वृणु
La voyant vouée à l’austérité, l’esprit entièrement purifié, Vidhī (Brahmā) s’approcha et dit : «Ô sage, je suis comblé ; choisis une grâce».
Verse 80
सा चतुर्वक्त्रमालोक्य हंसयानोपरिस्थितम् । प्रणम्य प्रांजलिः प्रीता प्रोवाचाथ प्रजापतिम्
Apercevant le Seigneur aux quatre visages, assis sur son véhicule, le cygne, elle se prosterna ; les mains jointes, pleine de joie, elle s’adressa alors à Prajāpati (Brahmā).
Verse 81
धूतपापोवाच । पितामह वरो मह्यं यदि देयो वरप्रद । सर्वेभ्यः पावनेभ्योपि कुरु मामतिपावनीम्
Dhūtapāpā dit : «Ô Aïeul primordial, ô dispensateur de grâces : si tu dois m’accorder un don, rends-moi souverainement purificatrice, au-delà de tout ce qui purifie».
Verse 82
स्रष्टा तदिष्टमाकर्ण्य नितरां तुष्टमानसः । प्रत्युवाचाथ तां बालां विमलां विमलेषिणीम्
Entendant le vœu qu’elle désirait, le Créateur fut profondément réjoui en son cœur ; et il répondit à cette jeune fille, pure et en quête de pureté.
Verse 83
ब्रह्मोवाच । धूतपापे पवित्राणि यानि संत्यत्र सर्वतः । तेभ्यः पवित्रमतुलं त्वमेधि वरतो मम
Brahmā dit : «Ô Dhūtapāpā, quelles que soient les puissances purificatrices présentes ici de toutes parts, par ma grâce sois un purificateur sans égal, les surpassant toutes».
Verse 84
तिस्रः कोट्योऽर्धकोटी च संति तीर्थानि कन्यके । दिवि भुव्यंतरिक्षे च पावनान्युत्तरोत्तरम्
Ô jeune fille, il existe trois crores et un demi-crore de tīrtha sacrés : au ciel, sur la terre et dans la région intermédiaire ; chacun, de plus en plus, purifie davantage que le précédent.
Verse 85
तानि सर्वाणि तीर्थानि त्वत्तनौ प्रतिलोम वै । वसंतु मम वाक्येन भव सर्वातिपावनी
Que tous ces tīrtha sacrés demeurent vraiment dans ton propre corps, en ordre inverse ; par ma parole, deviens la plus haute purificatrice de tous.
Verse 86
इत्युक्त्वांतर्दधे वेधाः सापि निर्धूतकल्मषा । धूतपापोटजं प्राप्ताथो वेदशिरसः पितुः
Ayant ainsi parlé, Vedhā (Brahmā) disparut. Elle aussi—ses souillures secouées—revint à l’ermitage, purifiée du péché, auprès de son père Vedaśiras.
Verse 87
कदाचित्तां समालोक्य खेलंतीमुटजाजिरे । धर्मस्तत्तपसाकृष्टः प्रार्थयामास कन्यकाम्
Un jour, la voyant jouer dans la cour de l’ermitage, Dharma—attiré par la puissance de son tapas—se mit à demander cette jeune fille en mariage.
Verse 88
धर्म उवाच । पृथुश्रोणि विशालाक्षि क्षामोदरि शुभानने । क्रीतः स्वरूपसंपत्त्या त्वयाहं देहि मे रहः
Dharma dit : «Ô toi aux hanches larges, aux grands yeux, à la taille fine, au visage de bon augure : par l’opulence de ta beauté, c’est comme si tu m’avais acheté. Accorde-moi un entretien en secret».
Verse 89
नितरां बाधते कामस्त्वत्कृते मां सुलोचने । अज्ञातनाम्ना सा तेन प्रार्थितेत्यसकृद्ग्रहः
À cause de toi, ô toi aux beaux yeux, le désir me tourmente excessivement. Ainsi, elle, dont le nom était encore inconnu, fut pressée à maintes reprises par sa supplique.
Verse 90
उवाच सा पिता दाता तं प्रार्थय सुदुर्मते । पितृप्रदेया यत्कन्या श्रुतिरेषा सनातनी
Elle dit : Le père est le donateur ; va et demande-lui, ô malavisé. Une jeune fille doit être donnée par son père ; c'est l'ordonnance éternelle de la Śruti.
Verse 91
निशम्येति वचो धर्मो भाविनोर्थस्य गौरवात् । पुनर्निबंधयांचक्रे ऽपधृतिर्धृतिशालिनीम्
Entendant ces mots, Dharma, jugeant l'avenir important, pressa de nouveau sa demande, bien qu'elle fût ferme et résolue.
Verse 92
धर्म उवाच । न प्रार्थयेहं सुभगे पितरं तव सुंदरि । गांधर्वेण विवाहेन कुरु मे त्वं समीहितम्
Dharma dit : Ô belle et fortunée, je ne demanderai pas à ton père. Par un mariage Gandharva, accomplis pour moi ce que je désire.
Verse 93
इति निर्बंधवद्वाक्यं सा निशम्य कुमारिका । पितुः कन्याफलंदित्सुः पुनराहेति तं द्विजम्
Entendant ses paroles insistantes, la jeune fille, souhaitant accorder à son père le fruit de donner une fille, répondit de nouveau à ce prétendant semblable à un brahmane.
Verse 94
अरे जडमते मा त्वं पुनर्ब्रूहीति याह्यतः । इत्युक्तोपि कुमार्या स नातिष्ठन्मदनातुरः
«Hé, esprit obtus ! Ne parle plus ; va-t’en d’ici.» Bien que la jeune fille lui eût parlé ainsi, il ne s’éloigna pas, tourmenté par la fièvre de l’amour.
Verse 95
ततः शशाप तं बाला प्रबला तपसो बलात् । जडोसि नितरां यस्माज्जलाधारो नदो भव
Alors la jeune fille, rendue puissante par la force de ses austérités, le maudit : «Puisque tu es d’une lourdeur extrême, deviens un fleuve, simple porteur d’eau».
Verse 96
इति शप्तस्तया सोथ तां शशाप क्रुधान्वितः । कठोरहृदये त्वं तु शिला भव सुदुर्मते
Ainsi maudit par elle, il la maudit à son tour, empli de colère : «Ô cœur dur, deviens pierre, ô esprit mauvais !»
Verse 97
स्कंद उवाच । इत्यन्योन्यस्य शापेन मुने धर्मो नदोऽभवत् । अविमुक्ते महाक्षेत्रे ख्यातो धर्मनदो महान्
Skanda dit : «Ainsi, par les malédictions réciproques, ô sage, Dharma devint un fleuve. Dans le grand champ sacré d’Avimukta, il est renommé comme le puissant Dharmanadā».
Verse 98
साप्याह पितरं त्रस्ता स्वशिलात्वस्य कारणम् । ध्यानेन धर्मं विज्ञाय मुनिः कन्यामथाब्रवीत्
Effrayée, elle dit à son père la cause de sa pétrification. Le sage, ayant discerné Dharma par la méditation, s’adressa alors à la jeune fille.
Verse 99
मा भैः पुत्रि करिष्यामि तव सर्वं शुभोदयम् । तच्छापो नान्यथा भूयाच्चंद्रकांतशिला भव
«Ne crains point, ma fille ; j’accomplirai pour toi toute prospérité bénie. Mais cette malédiction ne peut être autrement : deviens un rocher de candrakānta, pierre de lune.»
Verse 100
चंद्रोदयमनुप्राप्य द्रवीभूततनुस्ततः । धुनी भव सुते साध्वि धूतपापेति विश्रुता
«Quand viendra le lever de la lune, ton corps se liquéfiera ; alors deviens un fleuve coulant, ô fille vertueuse, renommée “Dhūtapāpā”, Celle-qui-lave-les-péchés.»
Verse 110
महापापांधतमसं किरणाख्या तरंगिणी । ध्वंसयेत्स्नानमात्रेण मिलिता धूतपापया
Le cours aux vagues nommé Kiraṇā, uni à Dhūtapāpā, détruit, par le seul bain, l’aveugle ténèbre des grands péchés.
Verse 120
स्नात्वा पंचनदे तीर्थे कृत्वा च पितृतर्पणम् । बिंदुमाधवमभ्यर्च्य न भूयो जन्मभाग्भवेत्
Après s’être baigné au tīrtha de Pañcanada, avoir accompli les offrandes aux ancêtres et adoré Bindumādhava, on ne redevient plus part au retour des naissances.
Verse 130
पंचकूर्चेन पीतेन यात्र शुद्धिरुदाहृता । सा शुद्धिः श्रद्धया प्राश्य बिंदुं पांचनदांभसः
Ici, l’on dit que la purification s’obtient en buvant le pañcakūrcha. Cette purification advient lorsque, avec foi, on goûte une goutte des eaux de Pañcanada.
Verse 140
बिंदुतीर्थे नरो दत्त्वा कांचनं कृष्णलोन्मितम् । न दरिद्रो भवेत्क्वापि न स्वर्णेन वियुज्यते
À Bindu-tīrtha, l’homme qui offre de l’or mesuré d’un kṛṣṇala ne devient pauvre nulle part, et ne se trouve pas séparé de la prospérité (l’or).