
Le chapitre se déploie sous forme de dialogue : un roi interroge le sage Gautama au sujet d’un événement remarquable observé en voyage. Gautama raconte qu’à midi, près d’un lac d’une grande pureté, il vit une vieille caṇḍālī, aveugle et gravement malade, accablée d’une détresse extrême. Tandis qu’il la regardait avec compassion, un vimāna éclatant apparut, portant quatre serviteurs de Śiva munis d’emblèmes śaivas. Gautama s’étonne que des envoyés divins s’approchent d’une personne socialement rejetée et tenue pour moralement déchue. Les Śivadūtas exposent alors la loi du karma à travers le récit d’une vie antérieure : elle fut jadis une jeune brahmine, devint veuve, puis entra dans des relations transgressives, adopta la consommation de viande et d’alcool, et commit une faute grave en tuant un veau et en tentant de dissimuler l’acte. Après la mort, elle subit des châtiments et renaît caṇḍālī, aveugle et affligée, vivant dans la privation. Le récit met ensuite en lumière la sainteté du temps et du lieu. Lors d’un pèlerinage vers Gokarṇa à une tithi de Śiva, elle mendie de la nourriture ; un voyageur lui jette un petit rameau de bilva, qu’elle refuse car il n’est pas comestible, mais qui tombe par hasard sur un Śiva-liṅga la nuit de Śiva-caturdaśī, dans le contexte du jeûne et de la veille. Cette offrande involontaire de bilva, accordée au lieu sacré de Gokarṇa et au moment propice, devient le fondement de la grâce compatissante de Śiva qui l’élève malgré le poids de son karma. Le chapitre s’achève en célébrant le māhātmya du culte de Śiva : même une offrande minime peut être d’une grande puissance dans l’économie de la grâce, tout en maintenant que la souffrance procède de la maturation des actes passés.
Verse 1
राजोवाच । किं दृष्टं भवता ब्रह्मन्नाश्चर्यं पथि कुत्र वा । तन्ममाख्याहि येनाहं कृतकृत्यत्वमाप्नुयाम्
Le Roi dit : «Ô Brāhmaṇa, quelle merveille as-tu vue sur la route, et en quel lieu ? Dis-le-moi, afin que moi aussi j’atteigne l’état de celui qui a accompli ce qui doit être accompli».
Verse 2
गौतम उवाच । गोकर्णादहमागच्छन्क्वापि देशे विशांपते । जाते मध्याह्नसमये लब्ध वान्विमलं सरः
Gautama dit : «Comme je revenais de Gokarṇa, ô seigneur des hommes, en un certain pays, lorsque vint l’heure de midi, je trouvai un lac limpide et sans tache».
Verse 3
तत्रोपस्पृश्य सलिलं विनीय च पथिश्रमम् । सुस्निग्धशीतलच्छायं न्यग्रोधं समुपाश्रयम्
Là, après avoir touché l’eau et m’y être baigné, apaisant la fatigue du voyage, je me réfugiai sous un nyagrodha, un banian, à l’ombre douce et fraîche.
Verse 4
अथाविदूरे चांडालीं वृद्धामंधां कृशाकृतिम् । शुष्यन्मुखीं निराहारां बहुरोगनिपीडिताम्
Puis, non loin de là, je vis une femme cāṇḍāla : vieille, aveugle et décharnée ; le visage desséché, sans nourriture, accablée de nombreuses maladies.
Verse 5
कुष्ठव्रणपरीतांगीमुद्यत्कृमिकुलाकुलाम् । पूयशोणितसंसक्तजरत्पटल सत्कटीम्
Je vis son corps couvert de plaies lépreuses, grouillant de grappes de vers, sa peau vieillie collée par le pus et le sang, ses hanches et sa charpente décharnées et déformées.
Verse 6
महायक्ष्मगलस्थेन कंठसंरोधविह्वलाम् । विनष्टदंतामव्यक्तां विलुठंतीं मुहुर्मुहुः
Affligée par la phtisie logée dans sa gorge et haletante sous l'étouffement, édentée et s'exprimant à peine, elle s'effondrait encore et encore.
Verse 7
चंडार्ककिरणस्पृष्टखरोष्णरजसाप्लुताम् । विण्मूत्रपूयदिग्धांगीमसृग्गंधदुरासदाम्
Brûlée par les rayons féroces du soleil et couverte d'une poussière brûlante, ses membres étaient souillés d'immondices — excréments, urine et pus — dégageant une telle odeur de sang que nul ne pouvait l'approcher.
Verse 8
कफरोगबहुश्वासश्लथन्नाडीबहुव्यथाम् । विध्वस्तकेशावयवामपश्यं मरणोन्मुखीम्
Je la vis tourmentée par une maladie flegmatique et une respiration laborieuse, les nerfs relâchés et souffrant de mille maux ; ses cheveux et ses membres ruinés, elle faisait face à la mort.
Verse 9
तादृग्व्यथां च तां वीक्ष्य कृपयाहं परिप्लुतः । प्रतीक्षन्मरणं तस्याः क्षणं तत्रैव संस्थितः
Voyant une telle souffrance, je fus submergé de compassion ; attendant sa mort, je restai là, sur place, un instant.
Verse 10
अथांतरिक्षपदवीं सिंचंतमिव रश्मिभिः । दिव्यं विमानमानीतमद्राक्षं शिवकिंकरैः
Alors j’aperçus un vimāna divin, amené par les serviteurs de Śiva, comme s’il aspergeait de ses rayons les sentiers du ciel.
Verse 11
तस्मिन्रवींदुवह्नीनां तेजसामिव पंजरे । विमाने सूर्यसंकाशानपश्यं शिवकिंकरान्
Dans ce vimāna—tel une cage des splendeurs du soleil, de la lune et du feu—je vis les serviteurs de Śiva, éclatants comme le soleil.
Verse 12
ते वै त्रिशूलखट्वांगटंकचर्मासिपाणयः । चंद्रार्धभूषणाः सांद्रचंद्रकुंदोरुवर्चसः
Ils tenaient en leurs mains tridents, khatvāṅgas surmontés d’un crâne, haches, boucliers et épées ; parés du croissant de lune, leur éclat, dense et lumineux, ressemblait à la lune et aux blanches fleurs de jasmin.
Verse 13
किरीटकुंडलभ्राजन्महाहिवलयोज्ज्वलाः । शिवानुगा मया दृष्टा श्चत्वारः शुभलक्षणाः
Je vis quatre compagnons de Śiva, marqués de signes favorables : ils brillaient de diadèmes et de boucles d’oreilles, et resplendissaient de grands serpents enroulés en bracelets.
Verse 14
तानापतत आलोक्य विमानस्थान्सुविस्मितः । उपसृत्यांतिके वेगादपृच्छं गगने स्थितान्
Les voyant descendre tout en demeurant dans le vimāna, je fus saisi d’un grand étonnement ; m’approchant vivement, j’interrogeai ceux qui restaient suspendus dans le ciel.
Verse 15
नमोनमो वस्त्रिदशोत्तमेभ्यस्त्रिलोचनश्रीचरणानुगेभ्यः । त्रिलोकरक्षाविधिमावहद्भ्यस्त्रिशूलचर्मासिगदाधरेभ्यः
Hommage, hommage à vous, les plus excellents parmi les dieux, fidèles serviteurs des pieds glorieux du Seigneur aux Trois Yeux ! Vous qui maintenez l’ordonnance de protéger les trois mondes, portant trident, peau, épée et massue.
Verse 16
अतोऽस्माभिरिहानीता निरयं यातु वा न वा । अनया साधितो बाल्ये पुण्यलेशोऽस्ति वा न वा
C’est pourquoi nous l’avons amenée ici, qu’elle aille en enfer ou non. Dites-nous : dans son enfance, a-t-elle accompli ne fût-ce qu’une infime parcelle de mérite (puṇya), ou non ?
Verse 17
उत सर्वजनाघौघविजयाय कृतोद्यमाः । ब्रूत कारुण्यतो मह्यं यस्माद्यूयमिहागताः
Ou bien êtes-vous venus, vous efforçant de vaincre le flot des péchés de tous les êtres ? Par compassion, dites-moi pourquoi vous êtes arrivés ici.
Verse 18
शिवदूता ऊचुः । एषाग्रे दृश्यते वृद्धा चांडाली मरणोन्मुखी । एतामानेतुमायाताः संदिष्टा प्रभुणा वयम्
Les messagers de Śiva dirent : «Voici devant nous une vieille caṇḍālī, une paria, tournée vers la mort. Mandatés par notre Seigneur, nous sommes venus pour l’emmener».
Verse 19
इत्युक्ते शिवदूतैस्तैरपृच्छं पुनरप्यहम् । विस्मयाविष्टचित्तस्तान्कृतांजलिरवस्थितः
Quand ces messagers de Śiva eurent parlé ainsi, je les interrogeai de nouveau. L’esprit saisi d’émerveillement, je demeurai devant eux, les mains jointes en hommage.
Verse 20
अहो पापीयसी घोरा चांडाली कथमर्हति । दिव्यं विमानमारोढुं शुनीवाध्वरमंडलम्
Hélas ! Cette femme, si pécheresse et terrible, une Caṇḍālī, comment serait-elle digne de monter dans le vimāna divin, telle une chienne entrant dans l’enceinte du sacrifice ?
Verse 21
आजन्मतोऽशुचिप्राया पापां पापा नुगामिनीम् । कथमेनां दुराचारां शिवलोकं निनीषथ
Impure presque depuis sa naissance, pécheresse et suivant le péché : comment conduirez-vous cette femme aux mauvaises mœurs dans le monde de Śiva ?
Verse 22
अस्या नास्ति शिवज्ञानं नास्ति घोरतरं तपः । सत्यं नास्ति दया नास्ति कथमेनां निनीषथ
Elle n’a pas la connaissance de Śiva ; elle n’a accompli aucune austérité redoutable. En elle, point de vérité, point de compassion : comment l’emporterez-vous (au royaume de Śiva) ?
Verse 23
पशुमांसकृताहारा वारुणीपूरितोदराम् । जीवहिंसारतां नित्यं कथमेनां निनीषथ
Elle se nourrit de chair animale ; son ventre est rempli d’alcool ; toujours adonnée à blesser les êtres vivants : comment l’emporterez-vous (au royaume de Śiva) ?
Verse 24
न च पंचाक्षरी जप्ता न कृतं शिवपूजनम् । न ध्यातो भगवाञ्छंभुः कथमेनां निनीषथ
Elle n’a pas récité le mantra aux cinq syllabes ; elle n’a pas accompli le culte de Śiva ; elle n’a pas médité le Bienheureux Śambhu : comment l’emporterez-vous (au royaume de Śiva) ?
Verse 25
नोपोषिता शिवतिथिर्न कृतं शिवपूजनम् । भूतसौहृदं न जानाति न च बिल्वशिवार्पणम् । नेष्टापूर्तादिकं वापि कथमेनां निनीषथ
Elle n’a pas observé le jeûne aux tithi sacrés de Śiva, ni accompli le culte de Śiva. Elle ne connaît ni la bienveillance envers les êtres, ni l’offrande des feuilles de bilva à Śiva. Elle n’a pas non plus pratiqué les œuvres d’iṣṭa et de pūrta et autres mérites—comment donc comptez-vous la conduire à l’état suprême ?
Verse 26
न च स्नातानि तीर्थानि न दानानि कृतानि च । न च व्रतानि चीर्णानि कथमेनां निनीषथ
Elle ne s’est pas baignée dans les tīrtha sacrés, n’a pas fait de dons en charité ; elle n’a pas non plus observé de vœux ni pratiqué de vrata—comment donc comptez-vous la conduire au but supérieur ?
Verse 27
ईक्षणे परिहर्त्तव्या किमु संभाषणादिषु । सत्संगरहितां चंडां कथमेनां निनीषथ
Il faut l’éviter même du seul regard—que dire alors de lui parler et autres choses ? Dépourvue de satsaṅga, dure et déchue—comment donc comptez-vous la conduire au terme suprême ?
Verse 28
जन्मांतरार्जितं किंचिदस्याः सुकृतमस्ति वा । तत्कथं कुष्ठरोगण कृमिभिः परिभूयते
A-t-elle quelque mérite, fût-il infime, acquis dans des naissances antérieures ? Si oui, comment se fait-il qu’elle soit tourmentée par la lèpre et envahie de vers ?
Verse 29
अहो ईश्वरचर्येयं दुर्विभाव्या शरीरिणाम् । पापात्मानोऽपि नीयंते कारुण्यात्परमं पदम्
Ah ! La conduite du Seigneur est difficile à sonder pour les êtres incarnés. Par sa compassion, même les pécheurs sont conduits à l’état suprême.
Verse 30
इत्युक्तास्ते मया दूता देवदेवस्य शूलिनः । प्रत्यूचुर्मामथ प्रीत्या सर्वसंशयभेदिनः
Ainsi interpellés par moi, ces messagers du Dieu des dieux, le Seigneur au trident, me répondirent avec affection, dissipant tout doute.
Verse 31
शिवदूता ऊचुः । ब्रह्मन्सुमहदाश्चर्यं शृणु कौतूहलं यदि । इमामुद्दिश्य चांडालीं यदुक्तं भवताधुना
Les messagers de Śiva dirent : Ô brahmane, si la curiosité t’anime, écoute ce très grand prodige, au sujet de cette femme caṇḍāla et de ce que tu viens d’en dire.
Verse 32
आसीदियं पूर्वभवे काचिद्ब्राह्मणकन्यका । सुमित्रानाम संपूर्णसोमबिम्बसमानना
Dans une naissance antérieure, elle fut une jeune fille brāhmaṇa nommée Sumitrā, dont le visage ressemblait au disque entier de la lune.
Verse 33
उत्फुल्लमल्लिकादामसुकुमारांगलक्षणा । कैकेयद्विजमुख्यस्य कस्यचित्तनया सती
Ses membres étaient tendres, comme parés de guirlandes de jasmin épanoui ; elle était la fille vertueuse d’un éminent brāhmane de Kaikeya.
Verse 34
तां सर्वलक्षणोपेतां रतेर्मूर्तिमिवापराम् । वर्द्धमानां पितुर्गेहे वीक्ष्यासन्विस्मिता जनाः
En la voyant—pourvue de tous les signes de bon augure, telle une autre incarnation de Ratī—grandir dans la demeure paternelle, les gens furent saisis d’émerveillement.
Verse 35
दिनेदिने वर्धमाना बंधुभिर्लालिता भृशम् । सा शनैर्यौवनं भेजे स्मरस्येव महाधनुः
De jour en jour elle grandissait, choyée avec ferveur par les siens ; puis, peu à peu, elle entra dans la jeunesse, telle l’arc puissant de Smara (Kāma) que l’on bande pour son œuvre.
Verse 36
अथ सा बंधुवर्गैश्च समेतेन कुमारिका । पित्रा प्रदत्ता कस्मैचिद्विधिना द्विजसूनवे
Alors cette jeune fille, entourée du cercle de ses parents, fut donnée par son père — selon le rite prescrit — à un certain fils de brāhmane.
Verse 37
सा भर्त्तारमनुप्राप्य नवयौवनशालिनी । कंचित्कालं शुभाचारा रेमे बंधुभिरावृता
Ayant rejoint son époux, parée d’une jeunesse toute neuve, elle vécut quelque temps dans une conduite heureuse et pure, se réjouissant, entourée des siens.
Verse 38
अथ कालवशात्तस्याः पतिस्तीव्र रुजार्दितः । रूपयौवनकांतोपि पंचत्वमगमन्मुने
Puis, sous l’empire du temps, son époux — tourmenté d’une douleur aiguë — bien qu’empreint de beauté, de jeunesse et de grâce, retourna à l’état des cinq éléments, ô sage (c’est-à-dire qu’il mourut).
Verse 39
मृते भर्त्तरि दुःखेन विदग्धहदया सती । उवास कतिचिन्मासान्सुशीला विजितें द्रिया
Son époux étant mort, cette femme vertueuse — le cœur brûlé par la peine — demeura quelques mois, bien conduite et maîtresse d’elle-même.
Verse 40
अथ यौवनभारेण जृंभमाणेन नित्यशः । बभूव हृदयं तस्याः कंदपर्परिकंपितम्
Alors, tandis que le poids de la jeunesse enflait jour après jour, son cœur se mit à frémir, ébranlé par l’émoi de Kāma.
Verse 41
सा गुप्ता बन्धुवर्गेण शासितापि महोत्तमैः । न शशाक मनो रोद्धं मदनाकृष्टमंगना
Bien que gardée par les siens et même admonestée par les anciens les plus honorables, la femme ne put retenir son esprit, attiré par Madana (Kāma).
Verse 42
सा तीव्रमन्मथाविष्टा रूपयौवनशालिनी । विधवापि विशेषेण जारमार्गरताभवत्
Submergée par une passion violente, riche de beauté et de jeunesse, elle—bien que veuve—s’attacha tout particulièrement à la voie des amours illicites.
Verse 43
न ज्ञाता केनचिदपि जारिणीति विचक्षणा । जुगूहात्मदुराचारं कंचित्कालमसत्तमा
Avec habileté, nul ne sut qu’elle fût infidèle ; la plus vile des impies cacha quelque temps sa propre mauvaise conduite.
Verse 44
तां दोहदसमाक्रांतां घननीलमुखस्तनीम् । कालेन बंधुवर्गोपि बुबोध विटदूषिताम्
Avec le temps, même ses proches comprirent qu’elle—saisie par les envies de la grossesse, le visage et les seins assombris—avait été souillée par un débauché.
Verse 45
इति भीतो महाक्लेशाच्चिंता लेभे दुरत्ययाम् । स्त्रियः कामेन नश्यंति ब्राह्मणा हीनसेवया
Ayant ainsi parlé, terrifié par une grande détresse, il tomba dans une inquiétude insurmontable : «Les femmes se perdent par le désir ; et les brāhmaṇa se perdent en servant les indignes, tombant dans une dépendance basse».
Verse 46
राजानो ब्रह्मदंडेन यतयो भोगसंग्रहात् । लीढं शुना तथैवान्नं सुरया वार्पितं पयः
Les rois sont frappés par le bâton de châtiment du brāhmaṇa, et les ascètes chutent en amassant les jouissances. De même, la nourriture léchée par un chien et le lait souillé par l’alcool doivent être tenus pour impurs.
Verse 47
रूपं कुष्ठरुजाविष्टं कुलं नश्यति कुस्त्रिया । इति सर्वे समालोच्य समेताः पतिसोदराः
«La beauté est atteinte par la douleur de la lèpre ; une lignée est détruite par une femme mauvaise.» Ayant ainsi délibéré, tous les frères du mari s’assemblèrent.
Verse 48
तत्यजुर्गोत्रतो दूरं गृहीत्वा सकचग्रहम् । सघटोत्सर्गमुत्सृष्टा सा नारी सर्वबन्धुभिः
Ils la rejetèrent loin du clan, l’emmenant avec ses biens ; cette femme fut bannie par tous ses parents, après l’accomplissement de l’acte rituel de renvoi.
Verse 49
विचरंती च शूद्रेण रममाणा रतिप्रिया । सा ययौ स्त्री बहिर्यामा दृष्टा शूद्रेण केनचित्
Errant avec un śūdra, se complaisant dans le plaisir et amie des jouissances sensuelles, la femme sortit dans la nuit ; et elle fut aperçue par un certain śūdra.
Verse 50
स तां दृष्ट्वा वरारोहां पीनोन्नतपयोधराम् । गृहं निनाय साम्ना च विधवां शूद्रनायकः । सा नारी तस्य महिषी भूत्वा तेन दिवानिशम्
La voyant, gracieuse de forme, aux seins pleins et relevés, le chef śūdra, par de douces paroles, séduisit la veuve et la conduisit en sa demeure. Devenue son épouse, cette femme demeura auprès de lui jour et nuit.
Verse 51
रममाणा क्वचिद्देशे न्यवसद्गृहवल्लभा । तत्र सा पिशिताहारा नित्यमापीतवारुणी
Vivant dans la jouissance en quelque lieu comme bien-aimée de la maison, elle y devint mangeuse de viande et buveuse assidue de liqueur.
Verse 52
लेभे सुतं च शूद्रेण रममाणा रतिप्रिया । कदाचिद्भर्त्तरि क्वापि याते पीतसुरा तु सा
Se complaisant dans le plaisir, elle, amie des voluptés, enfanta aussi un fils du śūdra. Un jour, lorsque son mari était parti quelque part, elle but de la liqueur.
Verse 53
इयेष पिशिताहारं मदिरामदविह्वला । अथ मेषेषु बद्धेषु गोभिः सह बहिर्व्रजे
Chancelante sous l’ivresse de la liqueur, elle convoita la viande. Puis, lorsque les moutons furent attachés, elle sortit vers l’enclos extérieur avec les vaches.
Verse 54
ययौ कृपाणमादाय सा तमींधे निशामुखे । अविमृश्य मदावेशान्मेषबुद्ध्यामिषप्रिया
À l’orée de la nuit, elle prit un couteau et s’enfonça dans l’obscurité. Sans réfléchir, saisie par l’ivresse, éprise de viande, elle agit dans l’erreur, croyant que c’était un mouton.
Verse 55
एकं जघानं गोवत्सं क्रोशंतं निशि दुर्भगा । निहतं गृहमानीय ज्ञात्वा गोवत्समंगना
La nuit, cette femme infortunée abattit un veau qui meuglait ; et ayant amené le veau tué dans la maison, la femme reconnut que c'était un petit de vache.
Verse 56
भीता शिवशिवेत्याह केनचित्पुण्यकर्मणा । सा मुहूर्तमिति ध्यात्वा पिशितासवलालसा
Effrayée, elle s'écria : « Śiva, Śiva ! » — par quelque reste de mérite passé ; pourtant, après avoir réfléchi un instant, elle — avide de chair et de boisson forte — revint à son intention.
Verse 57
छित्त्वा तमेव गोवत्सं चकाराहारमीप्सितम् । गोवत्सार्धशरीरेण कृताहाराथ सा पुनः
Découpant ce même veau, elle prépara la nourriture qu'elle désirait ; et après avoir fait son repas de la moitié du corps du veau, elle continua de nouveau.
Verse 58
तदर्धदेहं निक्षिप्य बहिश्चुक्रोश कैतवात् । अहो व्याघ्रेण भग्नोऽयं जग्धो गोवत्सको व्रजे
Jetant la moitié du corps dehors, elle s'écria trompeusement : « Hélas ! Dans l'enclos à bétail, ce veau a été attaqué par un tigre et dévoré ! »
Verse 59
इति तस्याः समाक्रंदः सर्वगेहेषु शुश्रुवे । अथ सर्वे शूद्रजनाः समागम्यांतिके स्थिताः
Ainsi, ses gémissements furent entendus dans toutes les maisons. Alors, tous les gens Śūdra se rassemblèrent et se tinrent à proximité.
Verse 60
हतं गोवत्समालोक्य व्याघ्रेणेति शुचं ययुः । गतेषु तेषु सर्वेषु व्युष्टायां च ततो निशि
Voyant le veau abattu, ils furent saisis de chagrin, pensant : «C’est un tigre qui l’a tué.» Quand tous furent partis, et que la nuit eut cédé à l’aurore, le récit se poursuivit.
Verse 61
तद्भर्ता गृहमागत्य दृष्टवान्गृहविड्वरम् । एवं बहुतिथे काले गते सा शूद्ववल्लभा
Son époux rentra à la maison et vit la souillure à l’intérieur du logis. Ainsi, après qu’un long temps se fut écoulé, cette femme—aimée du Śūdra—(atteignit son sort).
Verse 62
कालस्य वशमापन्ना जगाम यममंदिरम् । यमोपि धर्ममालोक्य तस्याः कर्म च पौर्विकम्
Tombée sous l’empire du Temps, elle se rendit au séjour de Yama. Yama aussi, considérant le dharma et ses actes d’autrefois, (examina son sort).
Verse 63
निर्वत्र्य निरयावासाञ्चक्रे चंडालजातिकाम् । सापि भ्रष्टा यमपुराच्चांडालीगर्भमाश्रिता
L’ayant assignée aux demeures de l’enfer, il la fit naître de lignée Caṇḍāla. Et elle aussi, chassée de la cité de Yama, entra dans le sein d’une femme Caṇḍālī.
Verse 64
ततो बभूव जात्यंधा प्रशांतांगारमेचका । तत्पिता कोपि चांडालो देशे कुत्रचिदास्थितः
Alors elle naquit aveugle dès la naissance, au teint sombre comme du charbon éteint. Son père était quelque Caṇḍāla établi en un certain pays.
Verse 65
तां तादृशीमपि सुतां कृपया पर्यपोषयत् । अभोज्येन कदन्नेन शुना लीढेन पूतिना
Bien que sa fille fût en un état si pitoyable, il la nourrit encore par compassion : d’une nourriture impropre, misérable, souillée et fétide, léchée par un chien.
Verse 66
अपेयैश्च रसैर्मात्रा पोषिता सा दिनेदिने । जात्यंधा सापि कालेन बाल्ये कुष्ठरुजार्दिता
Jour après jour, sa mère la soutenait même avec des breuvages impossibles à boire ; et bien qu’aveugle de naissance, avec le temps—encore dans l’enfance—elle fut aussi accablée par la douleur de la lèpre.
Verse 67
ऊढा न केनचिद्वापि चांडालेनातिदुर्भगा । अतीतबाल्ये सा काले विध्वस्तपितृमातृका
Très infortunée, nul ne la prit pour épouse—seul un caṇḍāla la recueillit ; et lorsque son enfance fut passée, avec le temps elle demeura orpheline, son père et sa mère ayant péri.
Verse 68
दुर्भगेति परित्यक्ता बंधुभिश्च सहोदरैः । ततः क्षुधार्दिता दीना शोचन्ती विगतेक्षणा
Traitée de «malchanceuse», elle fut abandonnée par ses proches, même par ses propres frères et sœurs. Alors, tourmentée par la faim, misérable et gémissante, elle erra encore—privée de la vue.
Verse 69
गृहीतयष्टिः कृच्छ्रेण संचचाल सलोष्टिका । पत्तनेष्वपि सर्वेषु याचमाना दिनेदिने
Un bâton à la main, elle avançait péniblement, portant son petit baluchon ; et dans toutes les villes elle mendiait jour après jour.
Verse 70
चांडालोच्छिष्टपिंडेन जठराग्निमतर्पयत् । एवं कृच्छ्रेण महता नीत्वा सुबहुलं वयः
Avec des bouchées laissées par un caṇḍāla, elle apaisait à peine le feu de son ventre. Ainsi, au prix d’une grande épreuve, elle traversa de longues années.
Verse 71
जरया ग्रस्तसर्वांगी दुःखमाप दुरत्ययम् । निरन्नपानवसना सा कदाचिन्महाजनान्
Son corps tout entier saisi par la vieillesse, elle tomba dans une souffrance presque insurmontable. Sans nourriture, sans boisson ni vêtement, un jour elle rencontra de grandes foules.
Verse 72
आयास्यंत्यां शिवतिथौ गच्छतो बुबुधेऽध्वगान् । तस्यां तु देवयात्रायां देशदेशांतयायिनाम्
Au jour sacré de Śiva, tandis que la procession s’ébranlait, elle aperçut des voyageurs sur la route. Pour ce pèlerinage divin, on venait de contrée en contrée, même de pays lointains.
Verse 73
विप्राणां साग्निहोत्राणां सस्त्रीकाणां महात्मनाम् । राज्ञां च सावरोधानां सहस्तिरथवाजिनाम्
Il y avait des brāhmanes, nobles d’âme, gardiens des rites d’agnihotra, avec leurs épouses; et des rois aussi, avec leurs appartements intérieurs, suivis d’éléphants, de chars et de chevaux.
Verse 74
सपरीवारघोषाणां यानच्छत्रादिशोभिनाम् । तथान्येषां च विट्शूद्रसंकीर्णानां सहस्रशः
Il y avait des cortèges retentissant du tumulte des suivants, splendides de chars, d’ombrelles et d’autres ornements; et des milliers d’autres encore, foules mêlées où se trouvaient vaiśyas et śūdras.
Verse 75
हसतां गायतां क्वापि नृत्यतामथ धावताम् । जिघ्रतां पिबतां कामाद्गच्छतां प्रतिगर्जताम्
Les uns riaient; d’autres chantaient çà et là; d’autres dansaient puis couraient en tous sens—les uns humant, les autres buvant à leur gré—tandis que d’autres encore poursuivaient leur marche, se répondant par des clameurs.
Verse 76
संप्रयाणे मनुष्याणां संभ्रमः सुमहानभूत् । इति सर्वेषु गच्छत्सु गोकर्णं शिवमंदिरम्
Quand les hommes se mirent en route, un très grand tumulte s’éleva. Ainsi, tandis que tous avançaient, ils se dirigeaient vers Gokarṇa, le sanctuaire de Śiva.
Verse 77
पश्यंति दिविजाः सर्वे विमानस्थाः सकौतुकाः । अथेयमपि चांडाली वसनाशनतृष्णया
Tous les dieux, assis dans leurs vimānas, regardaient avec curiosité. Alors cette femme caṇḍālī aussi, poussée par le désir de vêtements et de nourriture, (prit sa route).
Verse 78
महाजनान्याचयितुं चचाल च शनैःशनैः । करावलंबेनान्यस्याः प्राग्जन्मार्जितकर्मणा । दिनैः कतिपयैर्याती गोकर्णं क्षेत्रमाययौ
Pour mendier auprès de la foule, elle s’avança lentement, pas à pas, soutenue par la main d’une autre—poussée par les actes amassés en une naissance antérieure. Après quelques jours de marche, elle parvint au saint kṣetra de Gokarṇa.
Verse 79
ततो विदूरे मार्गस्य निषण्णा विवृतांजलिः । याचमाना मुहुः पांथान्बभाषे कृपणं वचः
Puis, assise à quelque distance de la route, les mains ouvertes en prière, elle mendiait sans cesse auprès des passants, proférant des paroles plaintives.
Verse 80
प्राग्जन्मार्जितपापौघैः पीडितायाश्चिरं मम । आहारमात्रदानेन दयां कुरुत भो जनाः
Depuis longtemps je suis tourmenté par des flots de péchés amassés dans des naissances antérieures. Ô gens, ayez pitié de moi : accordez ne fût-ce qu’un peu de nourriture.
Verse 82
वसनाशनहीनायां स्वपितायां महीतले । महापांसुनिमग्नायां दयां कुरुत भो जनाः
Sans vêtement ni nourriture, dormant sur la terre nue, enfoncé dans des amas de poussière — ô gens, ayez pitié de moi.
Verse 83
महाशीतातपार्त्तायां पीडितायां महारुजा । अन्धायां मयि वृद्धायां दयां कुरुत भो जनाः
Accablé par le froid mordant et la chaleur brûlante, tourmenté par de vives douleurs — aveugle et vieux que je suis — ô gens, ayez pitié de moi.
Verse 84
चिरोपवासदीप्तायां जठराग्निविवर्धनैः । संदह्यमानसर्वांग्यां दयां कुरुत भो जनाः
Le feu de mon ventre, attisé par un long jeûne, brûle à travers tous mes membres — ô gens, ayez pitié de moi.
Verse 85
अनुपार्जितपुण्यायां जन्मांतरशतेष्वपि । पापायां मंदभाग्यायां दयां कुरुत भो जनाः
Même au fil de centaines de naissances, je n’ai pas amassé de mérite ; pécheur et de maigre destinée que je suis — ô gens, ayez pitié de moi.
Verse 86
एवमभ्यर्थयंत्यास्तु चांडाल्याः प्रसृतेंऽजलौ । एकः पुण्यतमः पांथः प्राक्षिपद्बिल्वमंजरीम्
Tandis que cette femme Caṇḍāla implorait ainsi, les mains jointes en coupe dans la supplication, un voyageur d’une vertu éminente jeta dans ses paumes tendues une grappe de fleurs de bilva.
Verse 87
तामंचलौ निपतितां सा विमृश्य पुनः पुनः । अभक्ष्येत्येव मत्वाथ दूरे प्राक्षिपदातुरा
Le voyant tomber dans ses mains en coupe, elle l’examina maintes et maintes fois; puis, se disant : «Cela ne se mange pas», la malheureuse le jeta au loin.
Verse 88
तस्याः करेण निर्मुक्ता रात्रौ सा बिल्वमंजरी । पपात कस्यचिद्दिष्ट्या शिवलिंगस्य मस्तके
Relâché de sa main durant la nuit, ce bouquet de bilva —par la bonne destinée de quelqu’un— tomba sur le sommet d’un Śiva-liṅga.
Verse 89
सैवं शिवचतुर्दश्यां रात्रौ पांथजनान्मुहुः । याचमानापि यत्किंचिन्न लेभे दैवयोगतः
Ainsi, la nuit de Śiva-caturdaśī (Śivarātri), bien qu’elle implorât les voyageurs à maintes reprises, elle n’obtint rien du tout, par le jeu du destin.
Verse 90
तत्रोषितानया रात्रिर्भद्रकाल्यास्तु पृष्ठतः । किंचिदुत्तरतः स्थानं तदर्धेनातिदूरतः
Elle y passa la nuit—derrière le sanctuaire de Bhadrakālī—en un endroit légèrement au nord, non loin (environ une demi-mesure).
Verse 91
ततः प्रभाते भ्रष्टाशा शोकेन महताप्लुता । शनैर्निववृते दीना स्वदेशायैव केवला
Puis, à l’aube, l’espérance brisée et submergée d’une immense douleur, la malheureuse femme se retourna lentement—seule—vers son propre pays.
Verse 92
श्रांता चिरोपवासेन निपतन्ती पदेपदे । क्रंदंती वहुरोगार्ता वेपमाना भृशातुरा
Épuisée par un long jeûne, elle s’effondrait à chaque pas; elle gémissait en pleurs, accablée de maints maux, tremblante et cruellement tourmentée.
Verse 93
दह्यमानार्कतापेन नग्नदेहा सयष्टिका । अतीत्यैतावतीं भूमिं निपपात विचेतना
Brûlée par l’ardeur du soleil, le corps nu et s’appuyant sur un bâton, après n’avoir parcouru qu’un court chemin, elle s’effondra, sans connaissance.
Verse 94
अथ विश्वेश्वरः शंभुः करुणामृतवारिधिः । एनामानयतेत्त्यस्मान्युयुजे सविमानकान्
Alors le Seigneur Śambhu, Maître de l’univers—océan du nectar de compassion—ordonna qu’on la ramenât de ce lieu, mandatant des serviteurs célestes avec leurs vimānas.
Verse 96
एषा प्रवृत्तिश्चांडाल्यास्तवेह परिकीर्त्तिता । तथा संदर्शिता शंभोः कृपणेषु कृपालुता । कर्मणः परिपाकोत्थां गतिं पश्य महामते । अधमापि परं स्थानमारोहति निरामयम्
Ainsi t’a été rapporté ici tout le récit de la femme Caṇḍāla. On y voit clairement la compassion de Śambhu envers les démunis. Vois, ô noble d’esprit, la destinée issue de la maturation du karma : même le plus bas peut s’élever à l’état suprême, sans souffrance.
Verse 97
यदेतया पूर्वभवे नान्नदानादिकं कृतम् । क्षुत्पिपासादिभिः क्लेशैस्तस्मादिह निपीड्यते
Parce que, dans une existence antérieure, elle n’accomplit pas de dons tels que l’offrande de nourriture, elle est donc, en cette vie, accablée par des peines comme la faim, la soif et autres.
Verse 98
यदेषा मदवेगांधा चक्रे पापं महोल्बणम् । कर्मणा तेन जात्यंधा बभूवात्रैव जन्मनि
Parce qu’elle, aveuglée par l’élan de l’ivresse, commit un péché très terrible, par ce karma même elle naquit aveugle en cette vie.
Verse 99
अपि विज्ञाय गोवत्सं यदेषाऽभक्षयत्पुरा । कर्मणा तेन चांडाली बभूवेह विगर्हिता
Bien qu’elle sût que c’était un veau, elle le mangea jadis ; par ce karma, elle devint ici une femme hors caste, méprisée et blâmée.
Verse 100
यदेषार्यपथं हित्वा जारमार्गरता पुरा । तेन पापेन केनापि दुर्वृत्ता दुर्भगापि वा
Parce qu’elle délaissa la voie noble et jadis se complut dans le chemin des amours illicites, par ce péché elle devint, en cette vie, de conduite mauvaise et aussi infortunée.
Verse 101
यदाश्लिष्य मदाविष्टा जारेण विधवा पुरा । तेन पापेन महता बहुकुष्ठव्रणान्विता
Parce qu’un jour une veuve, saisie par l’ivresse, étreignit un amant, par ce grand péché elle fut atteinte de nombreuses plaies lépreuses.
Verse 110
बुधो न कुरुते पापं यदि कुर्यात्स आत्महा । देहोऽयं मानुषो जंतोर्बहुकर्मैकभाजनम्
Le sage ne commet pas de péché ; s’il le faisait, il serait le meurtrier de son propre soi. Car ce corps humain de l’être vivant est l’unique vase où s’accomplissent maintes actions et mérites.
Verse 120
अथापि नरकावासं प्रायशो नेयमर्हति । किंतु गोवत्सकं हत्वा विमृश्यागतसाध्वसा
Pourtant, en général, elle ne mériterait pas de séjourner en enfer ; mais, ayant tué un veau, puis y ayant réfléchi, elle fut saisie de crainte (remords).
Verse 130
श्रीगोकर्णे शिवतिथावुपोष्य शिवमस्तके । कृत्वा जागरणं ह्येषा चक्रे बिल्वार्पणं निशि
Au saint Gokarṇa, lors du tithi sacré de Śiva, elle observa le jeûne ; veillant toute la nuit, elle offrit des feuilles de bilva sur la tête de Śiva (le liṅga).
Verse 140
अहो ईश्वरपूजाया माहात्म्यं विस्मयावहम् । पत्रमात्रेण संतुष्टो यो ददाति निजं पदम्
Ah ! Merveilleuse est la grandeur du culte rendu au Seigneur : satisfait d’une seule feuille, Il accorde Sa propre demeure suprême.
Verse 150
प्रत्याहारासन ध्यानप्राणसंयमनादिभिः । यत्र योगपथैः प्राप्तुं यतते योगिनः सदा
Cet état suprême que les yogins s’efforcent sans cesse d’atteindre par les voies du yoga : par le retrait des sens, la posture (āsana), la méditation (dhyāna) et la maîtrise du souffle vital, et autres disciplines.
Verse 160
इत्यामन्त्र्य मुनिः प्रीत्या गौतमो मिथिलां ययौ । सोऽपि हृष्टमना राजा गोकर्णं प्रत्यपद्यत
Ainsi, après avoir pris congé avec affection, le sage Gautama se rendit à Mithilā. Et ce roi, le cœur réjoui, se mit en route vers Gokarṇa.
Verse 164
इति कथितमशेषं श्रेयसामादिबीजं भवशतदुरितघ्नं ध्वस्तमोहांधकारम् । चरितममरगेयं मन्मथारेरुदारं सततमपि निषेव्यं स्वस्तिमद्भिश्च लोकैः
Ainsi a été pleinement exposée la semence première de tout vrai bien, qui détruit les fautes de cent existences et dissipe les ténèbres de l’illusion : l’acte noble de Śiva, l’Ennemi de Manmatha, chanté par les dieux, à chérir et à mettre en pratique sans cesse par les hommes vertueux.