Adhyaya 218
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 218

Adhyaya 218

Mārkaṇḍeya conduit Yudhiṣṭhira vers le très glorifié lieu de pèlerinage nommé Jamadagni-tīrtha, où se révèle la siddhi (accomplissement divin) par l’action bienfaisante de Janārdana/Vāsudeva en forme humaine. Le récit évoque ensuite l’arrivée du souverain Haihaya Kārtavīrya Arjuna, puissant et illustre, qui, lors d’une chasse, parvient à l’āśrama de Jamadagni. Jamadagni lui offre une hospitalité parfaite, rendue possible par la vache miraculeuse Kāmadhenu/Surabhī. Apprenant la source de cette abondance, le roi exige la vache et propose en échange d’innombrables vaches ordinaires ; Jamadagni refuse. Le conflit éclate : le sage use de la force ascétique du brahma-daṇḍa, tandis que la puissance prodigieuse de la vache fait surgir de son corps des troupes armées, entraînant une escalade sanglante. Le récit se poursuit jusqu’à la mort de Jamadagni, tué par Kārtavīrya et des kṣatriyas alliés, ce qui suscite le vœu de Paraśurāma : exterminer à maintes reprises les lignées kṣatriya et créer cinq lacs remplis de sang à Samantapañcaka pour accomplir les rites dus aux ancêtres. Plus tard, les pitṛs et les ṛṣis prêchent la retenue, et le texte sacralise la région de ces lacs comme un lieu hautement méritoire. Le chapitre s’achève par des prescriptions rituelles au confluent de la Narmadā et de l’océan : mise en garde contre le contact direct, mantras précis pour le sparśana (toucher rituel), l’immersion, l’offrande d’arghya et le visarjana (congé). Les bienfaits promis sont la purification, l’élévation des ancêtres et une demeure favorable dans un monde divin pour ceux qui voient Jamadagni et Reṇukā et accomplissent ces rites avec bhakti.

Shlokas

Verse 1

श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततो गच्छेद्धराधीश तीर्थं परमशोभनम् । जमदग्निरिति ख्यातं यत्र सिद्धो जनार्दनः

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Ensuite, ô seigneur de la terre, qu’on se rende à un tīrtha d’une beauté suprême, nommé « Jamadagni », où Janārdana demeure en Siddha accompli.

Verse 2

युधिष्ठिर उवाच । कथं सिद्धो द्विजश्रेष्ठ वासुदेवो जगद्गुरुः । मानुषं रूपमास्थाय लोकानां हितकाम्यया

Yudhiṣṭhira dit : «Ô le meilleur des deux-fois-nés, comment Vāsudeva, maître du monde, devint-il Siddha en prenant forme humaine, par compassion et pour le bien de tous ?»

Verse 3

एतत्सर्वं यथान्यायं देवदेवस्य चक्रिणः । चरितं श्रोतुमिच्छामि कथ्यमानं त्वयानघ

«Je souhaite entendre, dans l’ordre convenable et selon la juste tradition, tout le récit sacré du Seigneur porteur du Disque, Dieu des dieux, tel que tu le rapportes, ô sans faute.»

Verse 4

श्रीमार्कण्डेय उवाच । आसीत्पूर्वं महाराज हैहयाधिपतिर्महान् । कार्तवीर्य इति ख्यातो राजा बाहुसहस्रवान्

Śrī Mārkaṇḍeya dit : «Autrefois, ô grand roi, il y eut un puissant souverain des Haihayas, connu sous le nom de Kārtavīrya, roi renommé pour ses mille bras.»

Verse 5

हस्त्यश्वरथसम्पन्नः सर्वशस्त्रभृतां वरः । वेदविद्याव्रतस्नातः सर्वभूताभयप्रदः

Il était pourvu d’éléphants, de chevaux et de chars; le plus éminent des porteurs d’armes; purifié par la science védique et les vœux de discipline; et dispensateur d’intrépidité à tous les êtres.

Verse 6

माहिष्मत्याः पतिः श्रीमान्राजा ह्यक्षौहिणीपतिः । स कदाचिन्मृगान्हन्तुं निर्जगाम महाबलः

Ce roi illustre, seigneur de Māhiṣmatī et commandant d’une armée entière, sortit un jour—puissant de force—pour chasser le cerf.

Verse 7

बहुभिर्दिवसैः प्राप्तो भृगुकच्छमनुत्तमम् । जमदग्निर्महातेजा यत्र तिष्ठति तापसः

Après bien des jours, il parvint à l’incomparable Bhṛgukaccha, où demeurait l’ascète Jamadagni, d’un grand éclat.

Verse 8

रेणुकासहितः श्रीमान्सर्वभूताभयप्रदः । तस्य पुत्रोऽभवद्रामः साक्षान्नारायणः प्रभुः

Là, avec Reṇukā à ses côtés, ce sage illustre—protecteur qui accorde l’intrépidité à tous les êtres—eut un fils : Rāma, le Seigneur lui-même, Nārāyaṇa en personne.

Verse 9

सर्वक्षत्रगुणैर्युक्तो ब्रह्मविद्ब्राह्मणोत्तमः । तोषयन्परया भक्त्या पितरौ परमार्थवत्

Pourvu de toutes les vertus d’un kṣatriya, et pourtant connaisseur de Brahman et le plus éminent des brāhmaṇas, il réjouissait ses parents par une dévotion suprême, tel un être voué à la vérité ultime.

Verse 10

तं तदा चार्जुनं दृष्ट्वा जमदग्निः प्रतापवान् । चरन्तं मृगयां गत्वा ह्यातिथ्येन न्यमन्त्रयत्

Alors Jamadagni, rayonnant de la puissance du tapas, voyant Arjuna errer à la chasse, l’invita et l’accueillit selon les rites sacrés de l’hospitalité.

Verse 11

तथेति चोक्त्वा स नृपः सभृत्यबलवाहनः । जगाम चाश्रमं पुण्यमृषेस्तस्य महात्मनः

Disant «Qu’il en soit ainsi», le roi, avec ses serviteurs, ses troupes et ses montures, se rendit à l’āśrama sacré de ce grand ṛṣi.

Verse 12

तत्क्षणादेव सम्पन्नं श्रिया परमया वृतम् । विस्मयं परमं तत्र दृष्ट्वा राजा जगाम ह

À l’instant même, tout fut accompli à la perfection, enveloppé d’une splendeur suprême ; voyant là un prodige sans pareil, le roi demeura saisi d’émerveillement.

Verse 13

गतमात्रस्तु सिद्धेन परमान्नेन भोजितः । सभृत्यबलवान्राजा ब्राह्मणेन यदृच्छया । किमेतदिति पप्रच्छ कारणं शक्तिमेव च

À peine arrivé, par une heureuse rencontre due au brāhmaṇa, le roi—avec ses gens et ses troupes—fut rassasié de mets parfaits et exquis. Il demanda : «Qu’est-ce donc ? Quelle en est la cause, et quelle puissance l’accomplit ?»

Verse 14

कामधेनोः प्रभावं तं ज्ञात्वा प्राह ततो द्विजम् । दक्षिणां देहि मे विप्र कल्मषां धेनुमुत्तमाम्

Ayant compris la merveilleuse puissance de la Kāmadhenū, il dit au dvija : «Ô vénérable vipra, donne-la-moi en dakṣiṇā, cette vache excellente nommée Kalmaṣā».

Verse 15

शतं शतसहस्राणामयुतं नियुतं परम् । भूषितानां च धेनूनां ददामि तव चार्बुदम्

«Je te donnerai des centaines, des centaines de milliers, des dizaines de milliers, et même des millions—oui, une multitude immense—de vaches parées d’ornements, en échange.»

Verse 16

जमदग्निरुवाच । अयुतैः प्रयुतैर्नाहं शतकोटिभिरुत्तमाम् । कामधेनुमिमां तात न दद्मि प्रतिगम्यताम्

Jamadagni dit : «Ni pour des dizaines de milliers, ni pour des centaines de milliers, ni même pour des centaines de crores je ne céderai cette Kāmadhenū suprême, mon fils. Qu’on la rende.»

Verse 17

एवमुक्तः स राजेन्द्रस्तेन विप्रेण भारत । क्रोधसंरक्तनयन इदं वचनमब्रवीत्

Ainsi apostrophé par ce brāhmane, ô Bhārata, le seigneur des rois—les yeux rougis par la colère—prononça ces paroles.

Verse 18

यस्येदृशः कामचारो मय्यपि द्विजपांसन । अहं ते पश्यतस्तस्मान्नयामि सुरभिं गृहात्

«Si une telle conduite, livrée au bon plaisir, s’exerce même envers moi, misérable brāhmane, alors, sous tes yeux, j’emporterai Surabhī hors de ta demeure.»

Verse 19

द्विज उवाच । कः क्रीडति सरोषेण निर्भयो हि महाहिना । मृत्युदृष्टोतरेणापि मम धेनुं नयेत यः

Le brāhmane dit : «Qui donc jouerait avec la colère, sans crainte devant un grand serpent ? Qui oserait emmener ma vache, même après avoir été marqué par le regard de la Mort ?»

Verse 20

एवमुक्त्वा महादण्डं ब्रह्मदण्डमिवापरम् । गृहीत्वा परमक्रुद्धो जमदग्निरुवाच ह

Ayant ainsi parlé, Jamadagni—enflammé de colère—saisit un grand bâton, tel un second Brahma-daṇḍa, et reprit la parole.

Verse 21

यस्यास्ति शक्तिस्तेजो वा क्षत्रियस्य कुलाधमः । धेनुं नयतु मे सद्यः क्षीणायुः सपरिच्छदः

«Que tout kṣatriya—le plus bas de sa lignée—qui se croit doté de force ou d’éclat, emmène sur-le-champ ma vache; mais sa vie sera tranchée, avec sa suite et ses biens.»

Verse 22

एतच्छ्रुत्वा वचः क्रूरं हैहयः शतशो वृतः । धावमानः क्षितितले ब्रह्मदण्डहतोऽपतत्

Entendant ces paroles cruelles, le Haihaya—entouré de centaines—courut sur la terre; mais, frappé par le Brahma-daṇḍa du brāhmane, il s’effondra.

Verse 23

हुंकृतेन ततो धेन्वाः खड्गपाशासिपाणयः । निर्गच्छन्तः प्रदृश्यन्ते कल्मषायाः सहस्रशः

Alors, à son cri retentissant comme le tonnerre, des milliers de troupes de Kalmaṣā devinrent visibles, surgissant l’épée, le lasso et la lame à la main.

Verse 24

नासापुटाग्राद्रोमाग्रात्किराता मागधा गुदात् । रन्ध्रान्तरेषु चोत्पन्नाः शतशोऽथ सहस्रशः

Des pointes des narines, des extrémités des poils et de l’anus naquirent des Kirātas et des Māgadhas; oui, des interstices des pores ils surgirent, par centaines et par milliers.

Verse 25

एवमन्योऽन्यमाहत्य हैहयष्टङ्कणान्दहन् । विनाशं सह विप्रेण गता ह्यर्जुनतेजसा

Ainsi, s’abattant les uns les autres et consumant les bataillons des Haihaya, ils allèrent à la destruction —avec le brahmane— sous l’éclat brûlant de la puissance d’Arjuna.

Verse 26

कार्तवीर्यो जयं लब्ध्वा संख्ये हत्वा द्विजोत्तमम् । जगाम स्वां पुरीं हृष्टः कृतान्तवशमोहितः

Kārtavīrya, ayant remporté la victoire et tué au combat le plus éminent des brahmanes, regagna sa cité, tout joyeux; mais il était abusé par l’emprise de Kṛtānta, la Mort (le destin).

Verse 27

ततस्त्वरान्वितः प्राप्तः पश्चाद्रामो गते रिपौ । आक्रन्दमानां जननीं ददर्श पितुरन्तिके

Alors Rāma arriva en hâte, l’ennemi s’étant retiré, et il vit sa mère gémir et se lamenter auprès de son père.

Verse 28

राम उवाच । केनेदमात्मनाशाय ह्यज्ञानात्साहसं कृतम् । मम तातं जिघांसुर्यो द्रष्टुं मृत्युमिहेच्छति

Rāma dit : «Qui donc, par ignorance, a commis cet acte téméraire qui mène à sa propre perte ? Celui qui veut tuer mon père désire ici voir la Mort en personne».

Verse 29

ततः सा रामवाक्येन गतसत्त्वेव विह्वला । उदरं करयुग्मेन ताडयन्ती ह्युवाच तम्

Alors elle —abasourdie par les paroles de Rāma, comme privée de vie—, tremblante, lui parla en se frappant le ventre de ses deux mains.

Verse 30

अर्जुनेन नृशंसेन क्षत्रियैरपरैः सह । इहागत्य पिता तेन निहतो बाहुशालिना

Par le cruel Arjuna, accompagné d'autres Kshatriyas, ton père a été tué ici même par ce guerrier aux bras puissants.

Verse 31

तं पश्य निहतं तातं गतासुं गतचेतसम् । संस्कृत्य विधिवत्पुत्र तर्पयस्व यथातथम्

Regarde ton père abattu, la vie partie, la conscience éteinte. Accomplis pour lui les rites prescrits, mon fils, et offre les libations comme il se doit.

Verse 32

एतच्छ्रुत्वा स वचनं जननीमभिवाद्य ताम् । प्रतिज्ञामकरोद्यां तां शृणुष्व च नराधिप

Ayant entendu ces paroles, il s'inclina devant sa mère, puis fit un vœu solennel. Ô roi, écoute maintenant le vœu qu'il a prononcé.

Verse 33

त्रिःसप्तकृत्वः पृथिवीं निःक्षत्रियकुलान्वयाम् । स्नात्वा च तेषामसृजा तर्पयिष्यामि ते पतिम्

‘Vingt et une fois, je priverai la terre des lignées de kshatriyas ; et en me baignant dans leur sang, je satisferai ton époux.’

Verse 34

तस्यापि परशुना बाहून् कार्तवीर्यस्य दुर्मतेः । छित्त्वा पास्यामि रुधिरमिति सत्यं शृणुष्व मे

‘Et je trancherai de ma hache les bras de ce malveillant Kartavirya ; et je boirai son sang — écoute cette vérité venant de moi.’

Verse 35

एवं प्रतिज्ञां कृत्वासौ जामदग्न्यः प्रतापवान् । क्रोधेन महताविष्टः संस्कृत्य पितरं ततः

Ainsi, après avoir prononcé ce vœu, le vaillant Jāmadagnya, saisi d’une colère immense, accomplit alors les rites funéraires pour son père.

Verse 36

माहिष्मतीं पुरीं रामो जगाम क्रोधमूर्छितः । छित्त्वा बाहुवनं तस्य हत्वा तं क्षत्रियाधमम्

Rāma (Paraśurāma), défaillant sous la fureur, se rendit à la cité de Māhiṣmatī ; tranchant sa forêt de bras, il tua ce kṣatriya le plus vil.

Verse 37

जगाम क्षत्रियान्ताय पृथिवीमवलोकयन् । सप्तद्वीपार्णवयुतां सशैलवनकाननाम्

Il s’en alla pour l’extermination des kṣatriyas, parcourant du regard la terre—avec ses sept continents et ses océans, ses montagnes, ses forêts et ses bosquets.

Verse 38

पूर्वतः पश्चिमामाशां दक्षिणोत्तरतः कुरून् । समन्तपञ्चके पञ्च चकार रुधिरह्रदान्

De l’orient à l’occident, et du sud au nord—dans le pays des Kurus—à Samantapañcaka il fit cinq lacs de sang.

Verse 39

स तेषु रुधिराम्भस्तु ह्रदेषु क्रोधमूर्छितः । पितॄन् संतर्पयामास रुधिरेणेति नः श्रुतम्

Et là, dans ces lacs dont les eaux étaient du sang, lui—encore accablé par la colère—rassasia les Pitṛs, les Pères ancestraux, par le sang ; ainsi l’avons-nous entendu.

Verse 40

अथर्चीकादय उपेत्य पितरो ब्राह्मणर्षभम् । तं क्षमस्वेति जगदुस्ततः स विरराम ह

Alors les Pitṛs — Arcīkā et les autres — s’approchèrent de ce taureau parmi les brāhmaṇas et dirent : « Pardonne, cesse ! » Alors, en vérité, il s’arrêta.

Verse 41

तेषां समीपे यो देशो ह्रदानां रुधिराम्भसाम् । समं तपं चक्रमिति पुण्यं तत्परिकीर्तितम्

La contrée proche de ces lacs dont les eaux étaient du sang est proclamée sainte ; car c’est là qu’il accomplit une austérité équilibrée, d’où sa renommée sous le nom de « Samaṃ Tapaḥ Cakram ».

Verse 42

निवर्त्य कर्मणस्तस्मात्पित्ःन् प्रोवाच पाण्डव । रामः परमधर्मात्मा यदिदं रुधिरं मया

Ayant renoncé à cet acte, ô Pāṇḍava, il s’adressa aux Pitṛs : « Rāma est souverainement juste. Quant à ce sang versé par moi… »

Verse 43

क्षिप्तं पञ्चसु तीर्थेषु तद्भूयात्तीर्थमुत्तमम् । तथेत्युक्त्वा तु ते सर्वे पितरोऽदृश्यतां गताः

« Si on le jette dans cinq tīrthas, cela deviendra un tīrtha excellent. » Ayant dit : « Qu’il en soit ainsi », tous ces Pitṛs disparurent à la vue.

Verse 44

एवं रामस्य संसर्गो देवमार्गे युधिष्ठिर । सर्वपापक्षयकरो दर्शनात्स्पर्शनान्नृणाम्

Ainsi, ô Yudhiṣṭhira, la fréquentation de Rāma à Devamārga détruit tous les péchés des hommes, par la seule vision et par le toucher.

Verse 45

रेणुकाप्रत्ययार्थाय अद्यापि पितृदेवताः । दृश्यन्ते देवमार्गस्थाः सर्वपापक्षयंकराः

Aujourd’hui encore, afin d’affermir la foi en Reṇukā, on voit les divinités Pitṛ se tenir sur le Devamārga, dispensant l’anéantissement de tous les péchés.

Verse 46

तत्र तीर्थे तु राजेन्द्र नर्मदोदधिसङ्गमे । स्थानं कृत्वा विधानेन मुच्यन्ते पातकैर्नराः

En ce tīrtha, ô meilleur des rois, au confluent de la Narmadā et de l’océan, les hommes, après avoir accompli selon la règle les observances prescrites et y avoir séjourné, sont délivrés des péchés.

Verse 47

कुशाग्रेणापि कौन्तेय न स्पृष्टव्यो महोदधिः । अनेन तत्र मन्त्रेण स्नातव्यं नृपसत्तम

Ô fils de Kuntī, le grand océan ne doit pas être touché, fût-ce du bout de l’herbe kuśa. Là, ô meilleur des rois, il convient de se baigner en usant de ce mantra.

Verse 48

नमस्ते विष्णुरूपाय नमस्तुभ्यमपां पते । सान्निध्यं कुरु देवेश सागरे लवणाम्भसि । इति स्पर्शनमन्त्रः

«Hommage à Toi dont la forme est Viṣṇu ; hommage à Toi, Seigneur des eaux. Ô Seigneur des dieux, accorde Ta présence dans l’océan aux eaux salées.» Tel est le mantra du “toucher” (sparśana).

Verse 49

अग्निश्च तेजो मृडया च देहे रेतोऽथ विष्णुरमृतस्य नाभिः । एतद्ब्रुवन् पाण्डव सत्यवाक्यं ततोऽवगाहेत पतिं नदीनाम्

«Le feu et l’éclat sont dans le corps ; et l’essence génératrice—en vérité, Viṣṇu est le nombril de l’immortalité.» Ayant prononcé cette parole véridique, ô Pāṇḍava, qu’on s’immerge alors dans le Seigneur des rivières.

Verse 50

पञ्चरत्नसमायुक्तं फलपुष्पाक्षतैर्युतम् । मन्त्रेणानेन राजेन्द्र दद्यादर्घं महोदधेः

Ô seigneur des rois, par ce mantra on doit offrir l’arghya au Grand Océan, avec cinq joyaux, accompagné de fruits, de fleurs et de grains de riz intacts.

Verse 51

सर्वरत्ननिधानस्त्वं सर्वरत्नाकराकरः । सर्वामरप्रधानेश गृहाणार्घं नमोऽस्तु ते । इत्यर्घमन्त्रः

«Tu es le trésor de tous les joyaux ; tu es la mine et la source de toutes les gemmes. Ô Seigneur, chef parmi tous les immortels, reçois cet arghya — salutations à toi !» Tel est le mantra de l’arghya.

Verse 52

आ जन्मजनितात्पापान्मामुद्धर महोदधे । याह्यर्चितो रत्ननिधे पर्वतान् पार्वणोत्तम । इति विसर्जनमन्त्रः

«Des péchés accumulés depuis la naissance, ô Grand Océan, délivre-moi. Va-t’en maintenant, ô trésor de gemmes, après avoir été dûment adoré, ô le plus excellent parmi les montagnes.» Tel est le mantra de congé (visarjana).

Verse 53

कोऽपरः सागराद्देवात्स्वर्गद्वारविपाटन । तत्र सागरपर्यन्तं महातीर्थमनुत्तमम्

Qui donc est une autre divinité semblable à l’Océan, lui qui ouvre la porte du ciel ? Là se trouve le grand tīrtha sans égal, s’étendant jusqu’à la limite de la mer.

Verse 54

जामदग्न्येन रामेण तत्र देवः प्रतिष्ठितः । यत्र देवाः सगन्धर्वा मुनयः सिद्धचारणाः

Là, la divinité fut établie par Rāma Jāmadagnya (Paraśurāma), en ce lieu où sont présents les dieux avec les Gandharvas, les munis, ainsi que les Siddhas et les Cāraṇas.

Verse 55

उपासते विरूपाक्षं जमदग्निमनुत्तमम् । रेणुकां चैव ये देवीं पश्यन्ति भुवि मानवाः

Ils vénèrent Virūpākṣa et l’incomparable Jamadagni ; et ces humains sur la terre qui contemplent aussi la Déesse Reṇukā sont bénis.

Verse 56

प्रियवासे शिवे लोके वसन्ति कालमीप्सितम् । तत्र स्नात्वा नरो राजंस्तर्पयन्पितृदेवताः

Ils demeurent, pour la durée qu’ils désirent, à Priyavāsa, le monde propice de Śiva. Ô Roi, après s’y être baigné, l’homme doit offrir le tarpana pour apaiser les Pitṛs et les divinités.

Verse 57

तारयेन्नरकाद्घोरात्कुलानां शतमुत्तरम् । स्नात्वा दत्त्वात्र सहिताः श्रुत्वा वै भक्तिपूर्वकम्

Il délivrerait sa lignée de l’effroyable enfer, plus de cent générations de sa famille. S’étant baigné et ayant fait des dons en ce lieu, et ayant écouté avec dévotion le récit sacré, ils obtiennent ensemble ce bienfait.