
Ce chapitre est un enseignement théologique prescriptif attribué à Īśvara, situé dans le cadre sacré de Prabhāsa-kṣetra. Il s’ouvre en ordonnant les dons liés au śrāddha et leurs fruits, en soulignant que les offrandes destinées aux pitṛs (ancêtres) et des actes tels que nourrir un seul dvija près de la sainteté de la Sarasvatī sont tenus pour d’un mérite exceptionnel. Le texte se tourne ensuite vers une taxinomie éthique et juridico-rituelle du pātra–apātra (destinataire digne/indigne) : avertissements contre la négligence des observances, condamnation du vol de terres et de certains gains illicites, et longue critique du “veda-vikraya”, la marchandisation de l’enseignement védique, avec ses formes et ses conséquences karmiques. En parallèle, il fixe des frontières sociales et rituelles—règles de pureté, moyens de subsistance impropres, et danger de consommer ou d’accepter nourriture et richesses provenant de sources réprouvées. Enfin, il expose une doctrine structurée du dāna : évaluation comparative des dons, nécessité de choisir un récipiendaire qualifié (śrotriya, guṇavān, śīlavān), et principe selon lequel un don mal adressé peut annuler le mérite. Le chapitre se clôt en réaffirmant une éthique graduée des vertus—véracité, non-violence, service, sobriété—et les fruits de dons précis (nourriture, lampes, parfums, vêtements, literie), unissant pragmatique rituelle et instruction morale.
Verse 1
ईश्वर उवाच । ईश्वर उवाच । अतः परं प्रवक्ष्यामि श्राद्धदानान्यनुक्रमात् । तारणाय च भूतानां सरस्वत्यब्धिसंगमे
Īśvara dit : Désormais, j’exposerai, dans l’ordre prescrit, les dons à offrir lors du Śrāddha, pour la délivrance des êtres, au confluent de la Sarasvatī et de l’océan.
Verse 2
लोके श्रेष्ठतमं सर्वं ह्यात्मनश्चापि यत्प्रियम् । सर्वं पितॄणां दातव्यं तदेवाक्षय्यमिच्छताम्
Tout ce que ce monde tient pour le plus excellent—et tout ce qui est le plus cher à son propre cœur—doit être offert pour les Pitṛ (ancêtres). Pour qui recherche un mérite impérissable, cette offrande même devient inépuisable.
Verse 3
जांबूनदमयं दिव्यं विमानं सूर्यसन्निभम् । दिव्याप्सरोभिः संकीर्णमन्नदो लभतेऽक्षयम्
Celui qui donne la nourriture obtient une récompense impérissable : un vimāna divin d’or jāmbūnada, éclatant comme le soleil, foisonnant d’Apsaras célestes.
Verse 4
आच्छादनं तु यो दद्यादहतं श्राद्धकर्मणि । आयुः प्रकाशमैश्वर्यं रूपं तु लभते च सः
Quiconque, dans le rite du Śrāddha, offre en don de couverture un vêtement pur et sans souillure, obtient longue vie, éclat, prospérité et beauté.
Verse 5
कमण्डलुं च यो दद्याद्ब्राह्मणे वेदपारगे । मधुक्षीरस्रवा धेनुर्दातारमनुगच्छति
Quiconque offre un kamaṇḍalu à un brāhmane versé dans les Veda, une vache ruisselant de miel et de lait suit le donateur, comme mérite et soutien.
Verse 6
यः श्राद्धे अभयं दद्यात्प्राणिनां जीवितैषिणाम् । अश्वदानसहस्रेण रथदानशतेन च । दन्तिनां च सहस्रेण अभयं च विशिष्यते
Si, lors du śrāddha, l’on accorde l’« abhaya », la protection qui ôte la peur aux êtres désireux de vivre, ce don est éminent : il surpasse mille dons de chevaux, cent de chars, et même mille dons d’éléphants.
Verse 7
यानि रत्नानि मेदिन्यां वाहनानि स्त्रियस्तथा । क्षिप्रं प्राप्नोति तत्सर्वं पितृभक्तस्तु मानवः
Tous les joyaux de la terre, ainsi que les montures et même la fortune conjugale : l’homme dévoué aux Pitṛs obtient tout cela promptement.
Verse 8
पितरः सर्वलोकेषु तिथिकालेषु देवताः । सर्वे पुरुषमायांति निपानमिव धेनवः
Dans tous les mondes, aux tithi fixés, les Pitṛs sont tels des divinités ; tous viennent vers l’homme, comme les vaches se rassemblent à l’abreuvoir.
Verse 9
मा स्म ते प्रतिगच्छेयुः पर्वकाले ह्यपूजिताः । मोघास्तेषां भवन्त्वाशाः परत्रेह च मा क्वचित्
Ne laisse pas, aux temps sacrés de parva, les Pitṛs repartir de toi sans honneur. S’ils ne sont pas vénérés comme il se doit, leurs espérances deviennent vaines, ni dans l’au-delà ni même ici-bas.
Verse 10
सरस्वत्यास्तु सान्निध्यं यस्त्वेकं भोजयेद्द्विजम् । कोटिभोज्यफलं तस्य जायते नात्र संशयः
En la présence de la déesse Sarasvatī, celui qui nourrit ne fût-ce qu’un seul « deux-fois-né » (brāhmane) obtient un mérite égal à celui de nourrir dix millions d’êtres ; il n’y a là aucun doute.
Verse 11
अमावास्यां नरो यस्तु परान्नमुपभुञ्जते । तस्य मासकृतं पुण्यमन्नदातुः प्रजायते
Au jour d’amāvāsyā (nouvelle lune), si un homme prend la nourriture donnée par autrui, le mérite qu’il a amassé durant tout un mois revient au donateur de cette nourriture.
Verse 12
षण्मासमयने भुंक्ते त्रीन्मासान्विषुवे स्मृतम् । वर्षैर्द्वादशभिश्चैव यत्पुण्यं समुपार्जितम् । तत्सर्वं विलयं याति भुक्त्वा सूर्येन्दुसंप्लवे
Si l’on mange au temps de l’ayāna (tournant solsticial), on dit que l’on consume le mérite de six mois ; au viṣuva (équinoxe), celui de trois mois. Et tout mérite amassé durant douze années—en mangeant lors d’une éclipse solaire ou lunaire—s’anéantit entièrement.
Verse 13
साग्रं मासं रवेः क्रान्तावाद्यश्राद्धे त्रिवत्सरम् । मासिकेऽप्यथ वर्षस्य षण्मासे त्वर्धवत्सरम्
Lors de la saṅkrānti (passage du Soleil), l’effet demeure un peu plus d’un mois ; lors du premier śrāddha, trois ans. Même au rite mensuel, il dure un an ; au rite semestriel, un demi‑an.
Verse 14
तथा संचयनश्राद्धे जातिजन्मकृतं नृणाम् । मृत शय्याप्रतिग्राही वेदस्यैव च विक्रयी । ब्रह्मस्वहारी च नरस्तस्य शुद्धिर्न विद्यते
De même, lors du saṃcayana-śrāddha (rite de collecte des ossements), on tient compte de certaines souillures issues de la caste et de la naissance des hommes. Mais pour celui qui accepte le lit d’un mort, qui vend le Veda et qui dérobe les biens des brāhmanes—il n’est point de purification.
Verse 15
तडागानां सहस्रेण ह्यश्वमेधशतेन च । गवां कोटि प्रदानेन भूमिहर्ता न शुद्ध्यति
Quand bien même il ferait creuser mille étangs, accomplirait cent sacrifices Aśvamedha et donnerait dix millions de vaches, le voleur de terre ne devient pas pur.
Verse 16
सुवर्णमाषं गामेकां भूमेरप्यर्धमंगुलम् । हरन्नरकमाप्नोति यावदाभूतसंप्लवम्
Celui qui dérobe ne fût-ce qu’un māṣa d’or, une seule vache, ou même une demi-largeur de doigt de terre, atteint l’enfer jusqu’à la dissolution des êtres.
Verse 17
ब्रह्महत्या सुरापानं दरिद्रस्य तु यद्धनम् । गुरोः पत्नी हिरण्यं च स्वर्गस्थमपि पातयेत्
Tuer un brahmane, boire des liqueurs, prendre le bien du pauvre, souiller l’épouse du maître et voler l’or—ces fautes peuvent faire choir même celui qui demeure au ciel.
Verse 18
सहस्रसंमिता धेनुरनड्वान्दश धेनवः । दशानडुत्समं यानं दशयानसमो हयः
Une vache vaut mille; un bœuf équivaut à dix vaches. Un véhicule équivaut à dix bœufs; et un cheval équivaut à dix véhicules.
Verse 19
दशहयसमा कन्या भूमिदानं ततोऽधिकम् । तस्मात्सर्वप्रयत्नेन विक्रयं नैव कारयेत्
Une jeune fille donnée en mariage vaut dix chevaux; mais le don de la terre est plus grand encore. Aussi, de tout son effort, qu’on ne fasse jamais vendre ce qui est sacré.
Verse 20
विशेषतो महाक्षेत्रे सर्वपातकनाशने । चितिकाष्ठं च वै स्पृष्ट्वा यज्ञयूपांस्तथैव च । वेदविक्रयकर्तारं स्पृष्ट्वा स्नानं विधीयते
Surtout dans ce grand lieu sacré qui anéantit toutes les fautes : si l’on touche le bois du bûcher funéraire, ou de même les poteaux sacrificiels (yūpa), ou si l’on touche un marchand du Veda, le bain de purification est prescrit.
Verse 21
आदेशं पठते यस्तु आदेशं च ददाति यः । द्वावेतौ पापकर्माणौ पातालतलवासिनौ
Mais celui qui récite un « ādeśa » et celui qui donne un tel « ādeśa » — tous deux sont des auteurs d’actes fautifs, voués à demeurer en Pātāla, les régions infernales.
Verse 22
आदेशं पठते यस्तु राजद्वारे तु मानवः । सोऽपि देवि भवेद्वृक्ष ऊषरे कंटकावृतः । स्थितो वै नृपतिद्वारि यः कुर्याद्वेदविक्रयम्
Ô Déesse, l’homme qui récite des proclamations (ādeśa) à la porte du roi devient un arbre dans une terre stérile et salée, couvert d’épines. De même, celui qui se tient au seuil royal et fait commerce du Veda comme d’une marchandise tombe dans le même sort.
Verse 23
ब्रह्महत्यासमं पापं न भूतं न भविष्यति । वरं कुर्वन्ध्रुवं देवि न कुर्याद्वेदविक्रयम्
Aucun péché, ni jadis ni à venir, n’égale la brahma-hatyā, le meurtre d’un brāhmaṇa. C’est pourquoi, ô Déesse, même en poursuivant son avantage, qu’on ne se livre jamais à la vente du Veda.
Verse 24
हत्वा गाश्च वरं मांसं भक्षयीत द्विजाधमः । वरं जीवेत्समं म्लेच्छैर्न कुर्याद्वेदविक्रयम्
Même un « deux-fois-né » misérable — mieux vaudrait qu’il tue des vaches et en mange la chair ; mieux vaudrait qu’il vive à l’égal des mlecchas — plutôt que de commettre la vente du Veda.
Verse 25
प्रत्यक्षोक्तिः प्रत्ययश्च प्रश्नपूर्वः प्रतिग्रहः । याजनाऽध्यापने वादः षड्विधो वेदविक्रयः
On dit que la « vente du Véda » est de six sortes : déclarer directement le salaire, marchander ou obtenir une assurance, accepter des dons après avoir été interrogé (don conditionné), officier des sacrifices contre paiement, enseigner contre paiement, et disputer (argumenter) pour le gain.
Verse 26
वेदाक्षराणि यावन्ति नियुंक्ते स्वार्थकारणात् । तावतीर्भ्रूणहत्या वै प्राप्नुयाद्वेदविक्रयी
Autant de syllabes védiques le vendeur du Véda emploie-t-il pour son intérêt, autant de fois, en vérité, il encourt le péché de bhrūṇa-hatyā (meurtre de l’embryon).
Verse 27
वेदानुयोगाद्यो दद्याद्ब्राह्मणाय प्रतिग्रहम् । स पूर्वं नरकं याति ब्राह्मणस्तदनन्तरम्
Celui qui donne un présent à un brāhmaṇa comme paiement lié à l’usage du Véda (transaction pour un service védique) va d’abord en enfer ; le brāhmaṇa qui l’accepte le suit ensuite.
Verse 28
वैश्वदेवेन हीना ये हीनाश्चातिथ्यतोऽपि ये । कर्मणा सर्ववृषला वेदयुक्ता ह्यपि द्विजाः
Ceux qui négligent l’offrande de Vaiśvadeva et ceux qui manquent aussi à l’hospitalité envers l’hôte—par leur conduite, ils sont tout entiers comme des vṛṣalas (gens vils), même s’ils sont « deux-fois-nés » et même s’ils possèdent le savoir védique.
Verse 29
येषामध्ययनं नास्ति ये च केचिदनग्नयः । कुलं वाऽश्रोत्रियं येषां ते सर्वे शूद्रजातयः
Ceux en qui il n’y a pas d’étude (du savoir sacré) et ceux qui n’entretiennent pas les feux sacrés—dont la lignée n’est pas śrotriya (sans tradition védique)—tous ceux-là sont tenus pour de condition śūdra.
Verse 30
मृतेऽहनि पितुर्यस्तु न कुर्याच्छ्राद्धमादरात् । मातुश्चैव वरारोहे स द्विजः शूद्रसंनिभः
Celui qui, le jour de la mort de son père, n’accomplit pas avec révérence le śrāddha—et de même pour sa mère, ô toi aux belles hanches—ce « deux-fois-né » est, quant au dharma, comparable à un śūdra.
Verse 31
मृतके यस्तु भुञ्जीत गृहीतशशिभास्करे । गजच्छायासु यः कश्चित्तं च शूद्रवदाचरेत्
Celui qui mange durant la période d’impureté due au décès (sūtaka), ou lorsque la lune et le soleil sont « saisis » (éclipse), et quiconque mange à l’ombre des éléphants—doit être considéré comme se conduisant en śūdra selon le dharma.
Verse 32
ब्रह्मचारिणि यज्ञे च यतौ शिल्पिनि दीक्षिते । यज्ञे विवाहे सत्रे च सूतकं न कदाचन
Pour le brahmacārin (étudiant chaste), pour celui qui est engagé dans un yajña, pour le yati (ascète), pour l’artisan à l’œuvre et pour l’initié par dīkṣā—de même durant un yajña, un mariage ou une session sacrificielle (satra)—l’impureté de sūtaka ne s’applique jamais.
Verse 33
गोरक्षकान्वणिजकांस्तथा कारुकुशीलवान् । स्पृश्यान्वार्धुषिकांश्चैव विप्रान्शूद्रवदाचरेत्
Les gardiens de vaches, les marchands, les artisans et les gens de spectacle, ainsi que ceux dits « touchables » mais socialement déchus, et encore les usuriers—tous ceux-là, même nés brāhmaṇas, doivent être traités comme on traite un śūdra en matière rituelle.
Verse 34
ब्राह्मणः पतनीयेषु वर्तमानो विकर्मसु । दाम्भिको दुष्कृतप्रायः स च शूद्रसमः स्मृतः
Le brāhmaṇa qui s’adonne à des actes dégradants entraînant la chute (pātana), qui vit d’œuvres interdites (vikarma), qui est hypocrite et porté surtout au mal—celui-là est tenu pour égal à un śūdra dans l’appréciation du dharma.
Verse 35
अस्नाताशी मलं भुंक्ते अजापी पूयशोणितम् । अहुत्वा तु कृमीन्भुंक्ते अदत्त्वा विषभोजनम्
Celui qui mange sans s’être baigné, c’est comme s’il mangeait des souillures; celui qui ne récite pas le japa, c’est comme s’il avalait pus et sang; celui qui mange sans d’abord offrir au Feu sacré/aux Devas, c’est comme s’il mangeait des vers; et celui qui mange sans faire le dāna (aumône), c’est comme s’il mangeait du poison.
Verse 36
परान्नेन तु भुक्तेन मिथुनं योऽधिगच्छति । यस्यान्नं तस्य ते पुत्रा अन्नाच्छुक्रं प्रवर्तते
Celui qui, après avoir mangé la nourriture d’autrui, s’unit charnellement, on dit que ses enfants appartiennent au donateur de cette nourriture; car de la nourriture se met en mouvement la semence génératrice (śukra).
Verse 37
राजान्नं तेज आदत्ते शूद्रान्नं ब्रह्मवर्चसम् । आयुः सुवर्णकारान्नं यशश्चर्मावकर्तिनः
La nourriture du roi enlève l’éclat; la nourriture du śūdra enlève la splendeur brahmanique (brahmavarcasa); la nourriture de l’orfèvre enlève la durée de vie; et la nourriture du travailleur du cuir enlève la renommée.
Verse 38
कारुकान्नं प्रजा हन्ति बलं निर्णेजकस्य च । गणान्नं गणिकान्नं च लोकेभ्यः परिकृन्तति
La nourriture de l’artisan détruit la descendance; la nourriture du blanchisseur détruit la force; et la nourriture des gaṇa (serviteurs du temple) ainsi que celle de la courtisane retranche des mondes supérieurs.
Verse 39
पूयं चिकित्सकस्यान्नं पुंश्चल्यास्त्वन्नमिन्द्रियम् । विष्ठा वार्धुषिकस्यान्नं शस्त्रविक्रयिणो मलम्
La nourriture du médecin est semblable au pus; la nourriture de la prostituée est semblable à la chute des sens (indriya); la nourriture de l’usurier est semblable aux excréments; et la nourriture du marchand d’armes est semblable aux souillures.
Verse 40
गायत्रीसारमात्रोऽपि वरं विप्रः सुयन्त्रितः । नायंत्रितश्चतुर्वेदी सर्वाशी सर्वविक्रयी
Mieux vaut un brāhmane qui ne connaît que l’essence de la Gāyatrī mais demeure parfaitement maîtrisé, qu’un connaisseur des quatre Veda sans retenue, qui mange de tout et vend tout.
Verse 41
सद्यः पतति मांसेन लाक्षया लवणेन च । त्र्यहेण शूद्रो भवति ब्राह्मणः क्षीरविक्रयात्
En vendant viande, laque ou sel, on chute aussitôt. Et en vendant du lait, un brāhmane devient śūdra en trois jours.
Verse 42
रसा रसैर्नियंतव्या न त्वेव लवणं रसैः । कृतान्नं च कृतान्नेन तिला धान्येन तत्समाः
Les saveurs doivent être tempérées par d’autres saveurs, mais le sel ne doit pas être « réglé » par les saveurs. La nourriture cuite ne s’équilibre que par de la nourriture cuite; de même, le sésame doit être compensé par du grain, son équivalent légitime.
Verse 43
भोजनाभ्यञ्जनाद्दानाद्यदन्यत्कुरुते तिलैः । कृमिभूतः स विष्ठायां पितृभिः सह मज्जति
Quiconque emploie le sésame à d’autres fins que le manger, s’en oindre ou l’offrir en aumône, devient un ver et s’enfonce dans l’ordure avec ses ancêtres.
Verse 44
अपूपश्च हिरण्यं च गामश्वं पृथिवीं तिलान् । अविद्वान्प्रतिगृह्णाति भस्मीभवति काष्ठवत्
Si un homme ignorant reçoit en don des gâteaux, de l’or, des vaches, des chevaux, de la terre ou du sésame, il est réduit en cendres comme un morceau de bois.
Verse 45
हिरण्यमायु रत्नं च भूर्गौश्चाकर्षतस्तनुम् । अश्वश्चक्षुस्त्वचं वासो घृतं तेजस्तिलाः प्रजाः
L’or attire la vigueur et la vie; les joyaux attirent la prospérité; la terre et les vaches soutiennent le corps. Le cheval apporte la vue et la force; les vêtements protègent la peau; le ghee nourrit l’éclat; le sésame soutient la descendance.
Verse 46
अग्निहोत्री तपस्वी च क्षणवान्क्रियते यदि । अग्निहोत्रं तपश्चैव सर्वं तद्धनिनो धनम्
Si l’officiant de l’Agnihotra et l’ascète, par besoin, en viennent à dépendre ne fût-ce qu’un instant, alors leur Agnihotra et leurs austérités—tout cela—deviennent, pour ainsi dire, la richesse de l’homme opulent dont ils dépendent.
Verse 47
सोमविक्रयणे विष्ठा भेषजे पूयशोणितम् । नष्टं देवलके दानं ह्यप्रतिष्ठं च वार्धुके
Dans la vente du Soma, il y a une faute semblable à l’ordure; dans le commerce des remèdes, semblable au pus et au sang. Le don offert à un devalaka est perdu; et celui donné à un usurier devient sans fruit et sans dignité.
Verse 48
देवार्चनपरो विप्रो वित्तार्थी भुवनत्रये । असौ देवलकोनाम हव्यकव्येषु गर्हितः
Le brahmane voué au culte des dieux, mais qui l’accomplit par désir de richesse—dans les trois mondes il est connu sous le nom de « devalaka », blâmé quant aux offrandes havya et kavya aux dieux et aux ancêtres.
Verse 49
भ्रातुर्मृतस्यभायायां यो गच्छेत्कामपूर्वकम् । धर्मेणापि नियुक्तायां स ज्ञेयो दिधिषूपतिः
Celui qui s’approche de l’épouse de son frère défunt par désir—même si elle a été légalement assignée selon le dharma (niyoga)—doit être reconnu comme didhiṣūpati, un époux réprouvé.
Verse 50
दाराग्निहोत्रसंयोगं कुरुते योऽग्रजे स्थिते । परिवेत्ता स विज्ञेयः परिवित्तिस्तु पूर्वजः
Celui qui contracte mariage et entre dans l’état de maître de maison avec l’Agnihotra alors que son frère aîné n’est pas encore marié est appelé parivettā ; le frère aîné est nommé parivitti.
Verse 51
यो नरोऽन्यस्य वासांसि कूपोद्यानगृहाणि च । अदत्तान्युपयुंजानः स तत्पापतुरीयभाक्
L’homme qui use des vêtements, des puits, des jardins ou des maisons d’autrui sans qu’ils lui aient été donnés (sans permission) devient participant au quart du péché de ce propriétaire.
Verse 52
आमन्त्रितस्तु यः श्राद्धे वृषल्या सह मोदते । दातुर्यद्दुष्कृतं किञ्चित्तत्सर्वं प्रतिपद्यते
Mais l’homme qui, bien qu’invité à un śrāddha, s’y complaît en compagnie d’une femme à la conduite impure, assume sur lui tous les péchés du donateur, quel que soit son méfait.
Verse 53
ऋतामृताभ्यां जीवेत मृतेन प्रमृतेन वा । सत्यानृताभ्यां जीवेत न श्ववृत्त्या कथंचन
Qu’on vive par ṛta et amṛta, ou même par mṛta et pramṛta ; qu’on vive par satya et anṛta, mais jamais—en aucune circonstance—par śvavṛtti, ce gagne-pain servile et dépendant, semblable à celui d’un chien.
Verse 54
भक्ष्यं नित्यमृतं ज्ञेयममृतं स्यादयाचितम् । मृतं तु वृद्ध्याजीवित्वं प्रमृतं कर्षणं स्मृतम्
La nourriture obtenue selon le cours ordinaire (sans avilissement) doit être connue comme ṛta ; ce qui est reçu sans mendier est appelé amṛta. Le gagne-pain par l’intérêt est nommé mṛta, tandis que pramṛta est rappelé comme la vie par la culture des champs (labour).
Verse 55
सत्यानृतं च वाणिज्यं तेन चैवोपजीव्यते । सेवा श्ववृत्तिराख्याता तस्मात्तां परिवर्जयेत
Le commerce est appelé satyānṛta (mélange de vérité et de mensonge), et l'on peut en vivre. Mais le service est qualifié de śvavṛtti (vie de chien) ; il faut donc l'éviter.
Verse 56
विप्रयोनिं समासाद्य संकरं परिवर्जयेत् । मानुष्यं दुर्लभं लोके ब्राह्मण्यमधिकं ततः
Ayant obtenu une naissance dans une lignée de Brāhmaṇas, on doit éviter le saṅkara (mélange impropre). La naissance humaine est rare dans le monde, et l'état de Brāhmaṇa est encore plus rare et supérieur.
Verse 57
एकशय्यासनं पक्तिर्भाण्डपक्वान्नमिश्रणम् । याजनाध्यापनं योनिस्तथा च सह भोजनम् । नवधा संकरः प्रोक्तो न कर्तव्योऽधमैः सह
Partager le lit, le siège, la cuisine, les récipients, l'enseignement, le mariage et les repas : ces neuf formes de saṅkara ne doivent pas être pratiquées avec les vils.
Verse 58
अजीवन्कर्मणा स्वेन विप्रः क्षात्त्रं समाश्रयेत् । वैश्यकर्माऽथवा कुर्याद्वार्षलं परिवर्जयेत्
Si un Brāhmaṇa ne peut subsister par ses propres devoirs, il peut recourir à ceux d'un Kṣatriya ou d'un Vaiśya, mais il doit éviter le travail d'un Śūdra.
Verse 59
कुसीदं कृषिवाणिज्यं प्रकुर्वीत स्वयं कृतम् । आपत्काले स्वयं कुर्वन्स्नानेन स्पृश्यते द्विजः
Il peut entreprendre le prêt, l'agriculture et le commerce par son propre effort. En temps de détresse, en faisant cela lui-même, le deux-fois-né est purifié par le bain.
Verse 60
लब्धलाभः पितॄन्देवान्ब्रांह्मणांश्चैव तर्पयेत् । ते तृप्तास्तस्य तत्पापं शमयंति न संशयः
Lorsqu’on obtient un gain, qu’on apaise par la tarpaṇa les Pitṛ (ancêtres), les dieux et aussi les brāhmaṇa. Lorsqu’ils sont satisfaits, ils apaisent assurément le péché de cet homme, sans aucun doute.
Verse 61
जलगोशकटारामयाञ्चावृद्धिवणिक्क्रियाः । अनूपं पर्वतो राजा दुर्भिक्षे जीविका स्मृताः
En temps de famine, on se souvient comme moyens de subsistance : les travaux liés à l’eau (porter l’eau/irriguer), l’élevage des bovins, l’usage des charrettes pour le transport, le service destiné à plaire, la mendicité, le prêt à intérêt et le commerce. De même, demeurer dans les marais, sur les montagnes ou sous la protection d’un roi est aussi compté comme manière de survivre dans la disette.
Verse 62
असतोऽपि समादाय साधुभ्यो यः प्रयच्छति । धनं स्वामिनमात्मानं संतारयति दुस्तरात्
Même si quelqu’un amasse des richesses d’une source indigne, s’il les offre aux vertueux, cette richesse—avec son possesseur—fait traverser au donateur ce qui est autrement difficile à franchir : le périlleux passage du saṃsāra.
Verse 63
शूद्रे समगुणं दानं वैश्ये तद्द्विगुणं स्मृतम् । श्रोत्रिये तच्च साहस्रमनन्तं चाग्निहोत्रिके
Un don offert à un Śūdra donne un mérite égal au don; offert à un Vaiśya, on s’en souvient comme double; offert à un śrotriya savant des Veda, il devient mille fois; et offert à un agnihotrin, on dit qu’il est sans limite.
Verse 64
ब्राह्मणातिक्रमो नास्ति नाचरेद्यो व्यवस्थितिम् । ज्वलंतमग्निमुत्सृज्य न हि भस्मनि हूयते
Il n’est pas de « contournement » du brāhmaṇa, et l’on ne doit pas transgresser l’ordre établi ; car, après avoir abandonné un feu flamboyant, on n’offre pas d’oblations dans de simples cendres.
Verse 65
विद्यातपोभ्यां हीनेन नैव ग्राह्यः प्रतिग्रहः । गृह्णन्प्रदातारमधो नयत्यात्मानमेव च
Celui qui est dépourvu de science et d’austérité ne doit point accepter de dons; car en acceptant, il entraîne le donateur vers le bas—et lui-même avec lui.
Verse 66
तस्माच्छ्रोत्रिय एवार्हो गुणवाञ्छीलवाञ्छुचिः । अव्यंगस्तत्र निर्दोषः पात्राणां परमं स्मृतम्
Ainsi, le śrotriya seul est vraiment digne—vertueux, de conduite droite et pur; sans défaut et irréprochable—il est tenu pour le plus haut des récipiendaires.
Verse 67
कपालस्थं यथा तोयं श्वदृतौ च यथा पयः । दूषितं स्थानदोषेण वृत्तहीने तथा श्रुतम्
De même que l’eau gardée dans un crâne et le lait placé dans une peau de chien se souillent par le vice du récipient—ainsi le savoir se trouve souillé lorsqu’il demeure en celui qui manque de conduite droite.
Verse 68
दत्तं पात्रमतिक्रम्य यदपात्रे प्रतिग्रहः । तद्दत्तं गामतिक्रम्य गर्दभस्य गवाह्निकम्
Si, en passant outre le digne, l’indigne reçoit le don, c’est comme négliger la vache et donner à l’âne la ration quotidienne destinée à la vache.
Verse 69
वृत्तं तस्मात्तु संरक्षेद्वित्तमेति गतं पुनः । अक्षीणो वित्ततः क्षीणो वृत्ततस्तु हतो हतः
C’est pourquoi il faut préserver la conduite droite, car la richesse, même perdue, peut revenir. Ruiné en biens, on n’est pas ruiné en vérité; mais ruiné en conduite, on est ruiné pour de bon.
Verse 70
प्रथमं तु गुरौ दानं दत्त्वा श्रेष्ठमनुक्रमात् । ततोऽन्येषां तु विप्राणां दद्यात्पात्रानुरूपतः
D’abord, selon l’ordre prescrit, qu’on offre au guru le don le plus excellent; ensuite, qu’on donne aux autres brahmanes selon leur dignité à recevoir.
Verse 71
गुरौ च दत्तं यद्दानं दत्तं पात्रेषु मानवैः । निष्फलं तद्भवेत्प्रेत्य यात्युताधोगतिं प्रति
Le don qui devait être offert au guru, mais que les hommes donnent à d’autres —même dignes—, devient sans fruit après la mort et peut même mener vers une condition déchue.
Verse 72
अवमानं गुरोः कृत्वा कोपयित्वा तु दुर्मतिः । गुर्वमानहतो मूढो न शांतिमधि गच्छति
Le sot au cœur mauvais qui outrage le guru et excite sa colère —frappé par ce mépris envers le maître— n’atteint jamais la paix.
Verse 73
गुरोरभावे तत्पुत्रं तद्भार्यां तत्सुतं विना । पुत्रं प्रपौत्रं दौहित्रं ह्यन्यं वा तत्कुलोद्भवम्
En l’absence du guru, qu’on s’en remette à son fils —à l’exclusion de l’épouse du guru et de l’enfant mineur—; ou au fils de son fils, ou au fils de sa fille, ou à tout autre issu de cette lignée.
Verse 74
पंचयोजनमध्ये तु श्रूयते स्वगुरुर्यदा । तदा नातिक्रमेद्दानं दद्यात्पात्रेषु मानवः
Mais lorsque l’on sait que son propre guru se trouve dans un rayon de cinq yojanas, qu’on ne passe pas outre à son droit : qu’on fasse l’aumône aux dignes récipiendaires selon la juste manière, sans négliger ce qui revient au guru.
Verse 75
यतिश्चेत्प्रार्थयेल्लोभाद्दीयमानं प्रतिग्रहम् । न तस्य देयं विद्वद्भिर्न लोभः शस्यते यतेः
Si un ascète, par cupidité, sollicite le don qu’on est en train d’offrir, les sages ne doivent pas le lui donner ; car l’avidité n’est jamais louée chez un renonçant.
Verse 76
धनं प्राप्य यतिर्लोके मौनं ज्ञानं च नाभ्यसेत् । उपभोगं तु दानेन जीवितं ब्रह्मचर्यया
Si, après avoir acquis des richesses en ce monde, un ascète ne s’exerce ni au silence sacré ni à la connaissance, qu’au moins il sanctifie la jouissance par le don et préserve sa vie par le brahmacarya (continence).
Verse 77
कुले जन्म च दीक्षाभिर्ये गतास्ते नरोत्तमाः । सौभाग्यमाप्नुयाल्लोके नूनं रसविवर्जनात्
Les meilleurs des hommes, ennoblis par une naissance dans une bonne lignée et par les initiations consacrées (dīkṣā), obtiennent la bonne fortune en ce monde—assurément en s’abstenant des jouissances des sens.
Verse 78
आयुष्मत्यः प्रजाः सर्वा भवन्त्यामिषवर्जनात्
Toute la descendance devient longévive par l’abstinence de viande.
Verse 79
चीरवल्कलधृक्त्यक्त्वा वस्त्राण्याभरणानि च । नागाधिपत्यं प्राप्नोति उपवासेन मानवः
Vêtu d’écorce et de haillons, renonçant aux beaux vêtements et aux ornements, l’homme obtient la seigneurie sur les Nāgas par le jeûne.
Verse 80
क्रीडते सत्यवाक्येन स्वर्गे वै देवतैः सह । अहिंसया तथाऽरोग्यं दानात्कीर्तिमनुक्रमात्
Par la parole véridique, on se réjouit au ciel avec les dieux; par la non-violence, on obtient la santé; par le don, la renommée—chaque fruit selon l’ordre des actes accomplis.
Verse 81
द्विजशुश्रूषया राज्यं द्विजत्वं चातिपुष्कलम् । दिव्यरूपमवाप्नोति देवशुश्रूषया नरः
Par le service dévoué rendu aux dvija (les « deux fois nés »), l’homme obtient la royauté et une abondante excellence brahmanique; par le service dévoué aux dieux, il reçoit une forme divine.
Verse 82
अन्नदानाद्भवेत्तृप्तिः सर्वकामैरनुत्तमैः । दीपस्य तु प्रदानेन चक्षुष्माञ्जायते नरः
Par le don de nourriture, on obtient une profonde satiété, avec les plus nobles accomplissements des désirs. Par le don d’une lampe, l’homme renaît doté d’une vue claire et puissante.
Verse 83
तुष्टिर्भवेत्सर्वकालं प्रदानाद्गन्धमाल्ययोः । लवणस्य तु दातारस्तिलानां सर्पिषस्तथा । तेजस्विनोऽपि जायन्ते भोगिनश्चिरजीविनः
Par l’offrande de parfums et de guirlandes, on obtient une joie durable en tout temps. Et ceux qui donnent sel, sésame et ghee naissent rayonnants, prospères, jouisseurs d’abondance et longévifs.
Verse 84
सुचित्रवस्त्राभरणोपधानं दद्यान्नरो यः शयनं द्विजाय । रूपान्वितां पक्ष्मवतीं मनोज्ञां भार्यामरालोपचितां लभेत्सः
Celui qui offre à un brāhmane un lit garni de tissus finement ouvragés, d’ornements et de literie, obtient une épouse belle—gracieuse, charmante, aux cils ravissants—parée de nobles vertus.
Verse 207
इति श्रीस्कान्दे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये श्राद्धकल्पे पात्रापात्रविचारवर्णनंनाम सप्तोत्तरद्विशततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève, dans le vénérable Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la Saṃhitā de quatre-vingt-un mille śloka—dans le septième livre, le Prabhāsa Khaṇḍa, et dans la première section, le Prabhāsakṣetra Māhātmya—le chapitre des rites de Śrāddha intitulé « Description du discernement des récipiendaires dignes et indignes », à savoir le Chapitre 207.