Adhyaya 34
Kashi KhandaPurva ArdhaAdhyaya 34

Adhyaya 34

Le chapitre propose, en deux volets, une cartographie théologique du paysage salvifique de Kāśī. D’abord, Skanda situe Maṇikarṇikā près du svargadvāra symbolique et y décrit le rôle libérateur de Śaṅkara : Śiva y transmet aux êtres tourmentés par le saṃsāra une śruti « touchant Brahman » (brahmaspṛś). Maṇikarṇikā est proclamée supérieure comme mokṣabhū : la délivrance y est atteignable au-delà de l’efficacité des voies du yoga, du sāṃkhya ou des observances (vrata), et le lieu est présenté à la fois comme « svargabhū » et « mokṣabhū ». S’ensuit une vaste théologie sociale : des dévots de toute varṇa et de tout āśrama—brāhmaṇas voués à l’étude védique et au yajña, rois accomplissant des sacrifices, femmes pativratā, marchands à la richesse juste, śūdras suivant une conduite éthique, brahmacārins, gṛhasthas, vānaprasthas et renonçants (ekadaṇḍin/tridaṇḍin)—sont décrits comme venant à Maṇikarṇikā pour obtenir le niḥśreyasa, le bien suprême. Dans la seconde partie, le récit se déplace vers la rencontre de Kalāvatī avec Jñānavāpī près de Śrī Viśveśvara. À la vue puis au toucher du puits sacré (y compris lorsqu’il est contemplé dans une représentation peinte), elle subit une transformation émotionnelle et corporelle intense—évanouissement, larmes, tremblements—puis revient à elle, et la connaissance des vies antérieures (bhavāntara-jñāna) surgit. Malgré les tentatives d’apaisement de ses suivantes, le texte interprète l’épisode comme un éveil suscité par la puissance du lieu. Kalāvatī raconte une naissance passée comme jeune fille brāhmaṇa à Kāśī, puis des péripéties—enlèvement, conflit, délivrance d’une malédiction et renaissance comme fille royale—illustrant la fonction de Jñānavāpī comme foyer dispensateur de connaissance. Une phalaśruti affirme enfin que lire, réciter ou entendre ce récit auspicious mène à l’honneur dans Śivaloka, le domaine de Śiva.

Shlokas

Verse 1

स्कंद उवाच । पुनर्ददर्श तन्वंगी चित्रपट्यां घटोद्भव । स्वर्गद्वारात्पुरोभागे श्रीमतीं मणिकर्णिकाम्

Skanda dit : Alors, la svelte (cité sacrée) revit à Citrāpaṭī Agastya, né du vase ; et, devant Svargadvāra, il vit la glorieuse Maṇikarṇikā.

Verse 2

संसारसर्पदष्टानां जंतूनां यत्र शंकरः । अपसव्येन हस्तेन ब्रूते ब्रह्मस्पृशञ्छ्रुतिम्

Là, pour les êtres mordus par le serpent du saṃsāra, Śaṅkara — la main tournée vers la gauche, touchant le Brahman — profère la śruti qui délivre.

Verse 3

न कापिलेन योगेन न सांख्येन न च व्रतैः । या गतिः प्राप्यते पुंभिस्तां दद्यान्मोक्षभूरियम्

Ni par le yoga de Kapila, ni par le Sāṅkhya, ni même par des vœux : cette terre de mokṣa accorde aux hommes la suprême destination qu’on n’atteint autrement qu’avec peine.

Verse 4

वैकुंठे विष्णुभवने विष्णुभक्तिपरायणाः । जपेयुः सततं मुक्त्यै श्रीमतीं मणिकर्णिकाम्

À Vaikuṇṭha, dans la demeure même de Viṣṇu, ceux qui s’abandonnent entièrement à la bhakti de Viṣṇu psalmodient sans cesse, pour la délivrance, le nom de la glorieuse Maṇikarṇikā.

Verse 5

हुत्वाग्निहोत्रमपि च यावज्जीवं द्विजोत्तमाः । अंते श्रयंते मुक्त्यै यां सेयं श्रीमणिकर्णिका

Même les plus éminents des deux-fois-nés, ayant accompli l’Agnihotra toute leur vie, à la fin prennent refuge en Elle pour la délivrance : c’est bien Śrī Maṇikarṇikā.

Verse 6

वेदान्पठित्वा विधिवद्ब्रह्मयज्ञरता भुवि । यां श्रयंति द्विजा मुक्त्यै सेयं श्रीमणिकर्णिका

Après avoir étudié les Veda selon la règle et s’être voués sur terre au Brahma-yajña (l’étude et la récitation sacrées), les deux-fois-nés prennent refuge en Elle pour la délivrance : c’est bien la glorieuse Maṇikarṇikā.

Verse 7

इष्ट्वा क्रतूनपि नृपा बहून्पर्याप्तदक्षिणान् । श्रयंते श्रेयसे धन्याः प्रांतेऽधिमणिकर्णिकम्

Même les rois, après avoir accompli maints kratu pourvus d’abondantes dakṣiṇā, à la fin, les bienheureux recourent à Maṇikarṇikā pour leur bien suprême.

Verse 8

सीमंतिन्योपि सततं पतिव्रतपरायणाः । मुक्त्यै पतिमनुव्रज्य श्रयंति मणिकर्णिकाम्

Même les épouses fidèles, toujours vouées au vœu de pativratā, suivant leurs maris, prennent refuge en Maṇikarṇikā pour la délivrance.

Verse 9

वैश्या अपि च सेवंते न्यायोपार्जितसंपदः । धनानि साधुसात्कृत्वा प्रांते श्रीमणिकर्णिकाम्

Les vaiśya aussi, dont la richesse est acquise par des moyens justes, après avoir remis leurs biens aux hommes de bien par la charité, à la fin de la vie recourent à la glorieuse Śrī Maṇikarṇikā.

Verse 10

त्यक्त्वा पुत्रकलत्रादि सच्छूद्रा न्यायमार्गगाः । निर्वाणप्राप्तये चैनां भजेयुर्मणिकर्णिकाम्

Même les Śūdras vertueux, marchant sur la voie de la justice, après avoir renoncé à l’attachement aux fils, à l’épouse et au reste, doivent vénérer et rechercher Maṇikarṇikā pour obtenir le nirvāṇa.

Verse 11

यावज्जीवं चरंतोपि ब्रह्मचर्य जितेंद्रियाः । निःश्रेयसे श्रयंत्येनां श्रीमतीं मणिकार्णकाम्

Même ceux qui observent le brahmacarya toute leur vie et ont dompté les sens prennent refuge en cette Maṇikarṇikā resplendissante pour la délivrance suprême.

Verse 12

अतिथीनपि संतर्प्य पंचयज्ञरता अपि । गृहस्थाश्रमिणो नेमां त्यजेयुर्मणिकर्णिकाम्

Même les maîtres de maison, qui comblent les hôtes et demeurent voués aux cinq yajñas quotidiens, ne doivent pas délaisser Maṇikarṇikā.

Verse 13

वानप्रस्थाश्रमयुजो ज्ञात्वा निर्वाणसाधनम् । सन्नियम्येंद्रियग्रामं मणिकर्णीमुपासते

Ceux qui sont dans l’état de vānaprastha, la sachant moyen d’atteindre le nirvāṇa, répriment fermement la troupe des sens et adorent Maṇikarṇī.

Verse 14

अनन्यसाधनां मुक्तिं ज्ञात्वा शास्त्रैरनेकधा । मुमुक्षुभिस्त्वेकदंडैः सेव्यते मणिकर्णिका

Sachant, d’après les śāstras et de maintes façons, que la délivrance s’obtient par elle comme moyen sans égal, les aspirants à la libération—portant le bâton unique—servent Maṇikarṇikā.

Verse 15

दंडयित्वा मनोवाचं कायं नित्यं त्रिदंडिनः । नैःश्रेयसीं श्रियं प्राप्तुं श्रयंते मणिकर्णिकाम्

Les renonçants tridaṇḍin, maîtrisant sans cesse l’esprit, la parole et le corps, se réfugient à Maṇikarṇikā afin d’obtenir la splendeur de la délivrance suprême.

Verse 16

चांद्रायणव्रतैः कृच्छ्रैर्भर्तुः शुश्रूषणैरपि । निनाय क्षणवत्कालमायुःशेषस्य सानघा

Même en observant les rudes vœux de Cāndrāyaṇa et de sévères austérités, et par son service dévoué à son époux, la femme sans faute faisait s’écouler le reste de sa vie comme un seul instant.

Verse 17

शिखी मुंडी जटी वापि कौपीनी वा दिगंबरः । मुमुक्षुः को न सेवेत मुक्तिदां मणिकर्णिकाम्

Qu’il porte une touffe, qu’il soit rasé, qu’il ait des jata emmêlés, qu’il ne porte qu’un pagne ou qu’il soit nu : quel aspirant à la mokṣa ne servirait Maṇikarṇikā, dispensatrice de délivrance ?

Verse 18

उवाच च प्रसन्नास्य आशीर्भिरभिनद्य च । उत्तिष्ठतं प्रकुरुतं महानेपथ्यमद्य वै

Et, le visage serein, les saluant de bénédictions, il dit : «Levez-vous et préparez aujourd’hui même les grands apprêts».

Verse 19

संत्युपायाः सहस्रं तु मुक्तये न तथा मुने । हेलयैषा यथा दद्यान्निर्वाणं मणिकर्णिका

Bien qu’il existe mille voies vers la délivrance, ô sage, aucune n’est telle que celle-ci : Maṇikarṇikā accorde le nirvāṇa même avec une aisance sans effort.

Verse 20

अनशनव्रतभृते त्रिकालाभ्यवहारिणे । प्रांते दद्यात्समां मुक्तिमुभाभ्यां मणिकर्णिका

À celui qui observe le vœu de jeûne et à celui qui prend nourriture aux trois temps prescrits, Maṇikarṇikā accorde, au terme de la vie, une délivrance égale à tous deux.

Verse 21

यथोक्तमाचरेदेको निष्ठा पाशुपतंव्रतम् । निरंतरं स्मरेदेको हृद्येनां मणिकर्णिकाम्

L’un peut accomplir comme il est dit, avec ferme constance, le vœu pāśupata; l’autre peut, sans interruption, se souvenir en son cœur de Maṇikarṇikā.

Verse 22

दृष्टात्र वपुषः पाते द्वयोश्च सदृशी गतिः । तस्मात्सर्वविहायाशु सेव्यैषा मणिकर्णिका

Ici l’on voit que, lorsque le corps s’effondre, la destinée des deux est semblable. C’est pourquoi, renonçant à tout le reste, il faut sans tarder servir Maṇikarṇikā.

Verse 23

स्वर्गद्वारे विशेयुर्ये विगाह्य मणिकर्णिकाम् । तेषां विधूतपापानां कापि स्वर्गो न दूरतः

Ceux qui franchissent la porte du ciel après s’être baignés dans Maṇikarṇikā—leurs péchés étant effacés—pour eux quelque séjour céleste n’est pas lointain.

Verse 24

स्वर्गद्वाः स्वर्गभूरेषा मोक्षभूर्मणिकर्णिका । स्वर्गापवर्गावत्रैव नोपरिष्टान्न चाप्यधः

Maṇikarṇikā est la porte du ciel, la terre même du ciel, et la terre de la délivrance. Le ciel et l’ultime libération sont ici même, ni au-dessus ni au-dessous ailleurs.

Verse 25

दत्त्वा दानान्यनेकानि विगाह्य मणिकर्णिकाम् । स्वर्गद्वारं प्रविष्टा ये न ते निरयगामिनः

Ceux qui, après avoir fait de nombreux dons et s’être baignés à Maṇikarṇikā, franchissent la porte du ciel, ceux-là ne vont pas en enfer.

Verse 26

स्वर्गापवर्गयोरर्थः कोविदैश्च निरूपितः । स्वर्गः सुखं समुद्दिष्टमपवर्गो महासुखम्

Les sages ont clairement établi le sens du ciel et de la délivrance : le ciel n’est que plaisir, tandis que la libération (apavarga) est la béatitude suprême.

Verse 27

मणिकर्ण्युपविष्टस्य यत्सुखं जायते सतः । सिंहासनोपविष्टस्य तत्सुखं क्व शतक्रतोः

La joie qui naît pour l’homme vertueux assis à Maṇikarṇikā—où donc est cette joie pour Śatakratu (Indra) assis sur son trône ?

Verse 28

महासुखं यदुद्दिष्टं समाधौ विस्मृतात्मनाम् । श्रीमत्यां मणिकर्ण्यां तत्सहजेनैव जायते

Cette « béatitude suprême » attribuée à ceux qui, en samādhi, ont oublié le moi—dans l’auspicieuse Maṇikarṇikā, elle naît spontanément, d’elle-même.

Verse 29

स्वर्गद्वारात्पुरोभागे देवनद्याश्च पश्चिमे । सौभाग्यभाग्यैकनिधिः काचिदेका महास्थली

Devant Svargadvāra et à l’ouest du fleuve divin se trouve un unique grand lieu sacré, trésor incomparable d’auspice et de bonne fortune.

Verse 30

यावंतो भास्वतः स्पर्शाद्भासंते सैकताः कणाः । तावंतो द्रुहिणा जग्मुर्नैत्येषा मणिकर्णिका

Autant de grains de sable brillent au toucher du soleil éclatant, autant de fois Druhiṇa (Brahmā) vint ici ; pourtant Maṇikarṇikā ne devient jamais ordinaire, et sa sainteté ne s’épuise point.

Verse 31

संति तीर्थानि तावंति परितो मणिकर्णिकाम् । यावद्भिस्तिलमात्रापि न भूमिर्विरलीकृता

Tant sont les tīrtha qui entourent Maṇikarṇikā, qu’il ne demeure pas même un espace de terre grand comme un grain de sésame sans un gué sacré.

Verse 32

यदन्वये कोपि मुक्तः संप्राप्य मणिकर्णिकाम् । तद्वंश्यास्तत्प्रभावेण मान्याः स्वर्गौकसामपि

Si, dans une lignée, ne fût-ce qu’un seul obtient la délivrance en parvenant à Maṇikarṇikā, alors, par cette puissance même, ses descendants deviennent dignes d’honneur, jusque parmi les habitants du ciel.

Verse 33

तर्पिताः पितरो येन संप्राप्य मणिकर्णिकाम् । सप्तसप्त तथा सप्त पूर्वजास्तेन तारिताः

Celui qui parvient à Maṇikarṇikā et accomplit le tarpaṇa, rassasiant les ancêtres, délivre par là ses aïeux : sept et sept, et encore sept générations.

Verse 34

आमध्याद्देवसरित आ हरिश्चंद्रमडपात् । आ गंगा केशवादा च स्वर्द्वारान्मणिकर्णिका

Maṇikarṇikā s’étend du milieu du fleuve divin jusqu’au Hariścandra-maṇḍapa, et de Gaṅgā-Keśava jusqu’à Svargadvāra, la Porte du Ciel.

Verse 35

एतद्रजःकणतुलां त्रिलोक्यपि न गच्छति । एतत्प्राप्त्यै प्रयतते त्रिलोकस्थोऽखिलो भवी

Même les trois mondes ne sauraient égaler la valeur d’un seul grain de poussière de ce lieu sacré ; c’est pourquoi tout être, dans les trois mondes, s’efforce de l’atteindre.

Verse 36

कलावती चित्रपटीं पश्यंतीत्थं मुहुर्मुहुः । ज्ञानवापीं ददर्शाथ श्रीविश्वेश्वरदक्षिणे

Tandis que Kalāvatī contemplait sans cesse l’étoffe merveilleusement peinte, elle aperçut alors Jñānavāpī—au sud de Śrī Viśveśvara—révélée comme un saint repère de Kāśī.

Verse 37

यदंबुसततं रक्षेद्दुर्वृत्ताद्दंडनायकः । संभ्रमो विभ्रमश्चासौ दत्त्वा भ्रातिं गरीयसीम्

Cette eau est sans cesse protégée des méchants par le chef des gardiens ; et lui—Saṃbhrama, avec Vibhrama—lui conféra une splendeur et une dignité très élevées.

Verse 38

योष्टमूर्तिर्महादेवः पुराणे परिपठ्यते । तस्यैषांबुमयी मूर्तिर्ज्ञानदा ज्ञानवापिका

Dans le Purāṇa, Mahādeva est célébré comme revêtant une forme féminine ; et cette Jñānavāpikā est sa forme même, faite d’eau, dispensatrice de connaissance.

Verse 39

नेत्रयोरतिथीकृत्य ज्ञानवापी कलावती । कदंबकुसुमाकारां बभार क्षणतस्तनुम्

Comme si elle accueillait ses yeux en hôtes d’honneur, Jñānavāpī fit qu’en un instant Kalāvatī prît un corps semblable à la fleur de kadamba—rayonnant et délicat, transfiguré par la puissance du tīrtha.

Verse 40

अंगानि वेपथुं प्रापुः स्विन्ना भालस्थली भृशम् । हर्षवाष्पांबुकलिले जाते तस्या विलोचने

Ses membres se mirent à trembler ; son front fut abondamment couvert de sueur ; et ses yeux se voilèrent de larmes de joie mêlées de gouttes ruisselantes—signes d’une dévotion débordante.

Verse 41

तस्तंभ गात्रलतिका मुखवैवर्ण्यमाप च । स्वरोथ गद्गदो जातो व्यभ्रंशत्तत्करात्पटी

Ses membres souples se raidirent ; son visage perdit sa couleur ; sa voix devint étranglée—et le tissu glissa et tomba de sa main.

Verse 42

साक्षणं स्वं विसस्मार काहं क्वाहं न वेत्ति च । सौषुप्तायां दशायां च परमात्मेव निश्चला

À l’instant même, elle s’oublia ; elle ne savait plus : « Qui suis-je ? Où suis-je ? » Dans un état semblable au sommeil profond, elle demeura immobile—telle une âme absorbée dans le Soi suprême.

Verse 43

अथ तत्परिचारिण्यस्त्वरमाणा इतस्ततः । किं किं किमेतदेतत्किं पृच्छंति स्म परस्परम्

Alors ses servantes, courant çà et là, ne cessaient de se demander l’une à l’autre : « Qu’est-ce donc ? Qu’est-il arrivé ? Qu’est-ce ? »

Verse 44

तदवस्थां समालोक्य तां ताश्चतुरचेतसः । विज्ञाय सात्त्विकैर्भावैरिदमूचूः परस्परम्

Voyant son état, ces femmes à l’esprit avisé reconnurent qu’il provenait d’émotions sāttvika, et se dirent cela entre elles.

Verse 45

भवांतरे प्रेमपात्रमेतयैक्षितु किंचन । चिरात्तेन च संगत्य सुखमूर्च्छामवाप ह

Dans une autre vie, cette sainte présence avait été pour elle un vase d’amour à contempler; et maintenant, après longtemps, l’ayant retrouvée, elle tomba en une pâmoison de béatitude.

Verse 46

अथनेत्थं कथमियमकांडात्पर्यमूमुहत् । प्रेक्षमाणा रहश्चित्रपटीमति पटीयसीम्

Alors ils se demandèrent : «Comment est-elle soudain tombée dans cette pâmoison d’égarement ?»—tandis qu’en secret ils observaient de près cette dame au discernement très pur, l’esprit subtil comme une étoffe finement peinte.

Verse 47

तन्मोहस्य निदानं ताःसम्यगेव विचार्य च । उपचेरुर्महाशांतैरुपचारैरनाकुलम्

Ayant bien médité la cause de son égarement, elles la servirent—calmes et sans trouble—par des soins et des remèdes apaisants, dispensateurs de grande paix.

Verse 48

काचित्तां वीजयांचक्रे कदलीतालवृंतकैः । बिसिनीवलयैरन्या धन्यां तां पर्यभूषयत्

L’une l’éventa avec des tiges de bananier et de palmier; une autre para cette dame bénie de bracelets tressés de fibres de lotus.

Verse 49

अमंदैश्चंदनरसैरभ्यषिंचदमुं परा । अशोकपल्लवैरस्याः काचिच्छोकमनीनशत्

Une autre l’aspergea d’une abondante sève de santal; et une autre encore, avec des rameaux de feuilles d’aśoka, s’efforçait de chasser son chagrin.

Verse 50

धारामंडपधारांबुसीकरैस्तत्तनूलताम् । इष्टार्थविरहग्लानां सिंचयामास काचन

Une autre, tout doucement, aspergea son corps délicat, pareil à une liane, de la fine bruine des eaux s’écoulant dans le dhārā-maṇḍapa, apaisant celle que la séparation d’un désir chéri avait accablée.

Verse 51

जलार्द्रवाससा काचिदेतस्यास्तनुमावृणोत् । कर्पूरक्षोदजालेपैरन्यास्तामन्वलेपयन्

L’une enveloppa son corps de vêtements humectés d’eau ; puis d’autres l’oignirent de pâtes faites de camphre réduit en poudre.

Verse 52

पद्मिनीदलशय्या च काचित्यरचयन्मृदुम् । काचित्कुलिशनेपथ्यं दूरीकृत्य तदंगतः

L’une prépara une couche douce de feuilles de lotus ; une autre, écartant de son corps les parures dures et raides, les mit à l’écart.

Verse 53

मुक्ताकलापं रचयांचक्रे वक्षोजमंडले । काचिच्छशिमुखी तां तु चंद्रकांतशिलातले

L’une arrangea une grappe de perles sur sa poitrine ; et une autre, au visage de lune, la déposa sur une dalle de pierre candrakānta.

Verse 54

स्वापयामास तन्वंगीं स्रवच्छीतांबुशीतले । दृष्ट्वोपचार्यमाणां तामित्थं बुद्धिशरीरिणी

Elle fit dormir la jeune femme aux membres graciles sur cette surface fraîche, refroidie par l’eau froide qui s’y écoulait. La voyant ainsi soignée, la sage, douée de discernement, parla comme il convenait.

Verse 55

अतितापपरीतांगी ताः सखीः प्रत्यभाषत । एतस्यास्तापशांत्यर्थं जानेहं परमौषधम्

Accablée par une chaleur ardente, elle s’adressa à ses amies : «Pour apaiser cette brûlure douloureuse, je connais ici le remède suprême».

Verse 56

उपचारानिमान्सवार्न्दूरी कुरुत मा चिरम् । अपतापां करोम्येनां सद्यः पश्यत कौतुकम्

«Écartez sur-le-champ tous ces assistants et ces services rituels, sans tarder. Je la délivrerai aussitôt de cette brûlure ; regardez ce prodige».

Verse 57

दृष्ट्वा चित्रपटीमेषा सद्यो विह्वलतामगात् । अत्रैव काचिदेतस्याः प्रेमभूरस्ति निश्चितम्

À la vue de l’étoffe peinte, elle fut aussitôt bouleversée. Assurément, en ce lieu même se trouve pour elle un terrain d’amour, un lien prédestiné.

Verse 58

अतश्चित्रपटीस्पर्शात्परितापं विहास्यति । वाक्याद्बुद्धिशरीरिण्यास्ततस्तत्परिचारिकाः

Ainsi, en touchant cette étoffe peinte, elle rejettera sa brûlure. Puis, au seul mot de la dame au corps habité de sagesse, ses suivantes agirent comme il convenait.

Verse 59

निधाय तत्पुरः प्रोचुः पटीं पश्य कलावति । तवानंदकरी यत्र काचिदस्तीष्टदेवता

L’ayant placé devant elle, elles dirent : «Kalāvatī, regarde cette étoffe peinte. Ici se tient ton iṣṭa-devatā bien-aimé, la divinité choisie qui te donne la joie».

Verse 60

सापीष्टदेवतानाम्ना तत्पटीदर्शनेन च । सुधासेकमिव प्राप्य मूर्छां हित्वोत्थिता द्रुतम्

Et elle—au seul nom de sa divinité d’élection et à la vue de cette étoffe peinte—comme aspergée d’amṛta; rejetant son évanouissement, elle se releva aussitôt.

Verse 61

अवग्रहपरिम्लाना वर्षासारैरिवौषधीः । पुनरालोकयांचक्रे ज्ञानदां ज्ञानवापिकाम्

Telle une plante médicinale ranimée par les premières pluies après la sécheresse, elle tourna de nouveau son regard vers Jñānavāpī, le puits qui confère la connaissance spirituelle.

Verse 62

स्पृष्ट्वा कलावती तां तु वापीं चित्रगतामपि । लेभे भवांतरज्ञानं यथासीत्पूर्वर्जन्मनि

Lorsque Kalāvatī toucha ce puits—bien qu’il ne fût présent que dans l’image peinte—elle obtint la connaissance d’une autre existence, comme elle l’avait eue dans une naissance antérieure.

Verse 63

पुनर्विचारयांचक्रे वापी माहात्म्यमुत्तमम् । अहो चित्रगतापीयं संस्पृष्टा ज्ञानवापिका

Elle médita de nouveau sur la grandeur suprême de ce puits : «Ah ! Même présent seulement dans une image, ce Jñānavāpī, une fois touché, dispense encore sa puissance».

Verse 64

ज्ञानं मे जनयामास भवांतर समुद्भवम् । अथ तासां पुरो हृष्टा कथयामास सुंदरी

«Elle a fait naître en moi une connaissance issue d’une autre vie.» Alors, toute joyeuse, la belle femme se mit à la raconter en présence de ses suivantes.

Verse 65

निजं प्राग्भव वृत्तांतं ज्ञानवापीप्रभावजम् । कलावत्युवाच । एतस्माज्जन्मनः पूर्वमहं ब्राह्मणकन्यका

Kalāvatī raconta son propre récit d’une existence antérieure, né de la puissance de la sainte Jñānavāpī : «Avant cette naissance, j’étais une jeune fille brāhmane».

Verse 66

उपविश्वेश्वरं काश्यां ज्ञानवाप्यां रमे मुदा । जनको मे हरिस्वामी जनयित्री प्रियंवदा

À Kāśī, auprès d’Upaviśveśvara et de la sainte Jñānavāpī, je me réjouissais avec allégresse. Mon père était Harisvāmin, et ma mère, Priyaṃvadā.

Verse 67

आख्या मम सुशीलेति मां च विद्याधरोऽहरत् । मध्येमार्गं निशीथेथ तदोप मलयाचलम्

«Suśīlā» était mon nom ; et un Vidyādhara m’enleva. Puis, au milieu du trajet, à minuit, il parvint au mont Malaya.

Verse 68

रक्षसा सहतो वीरो राक्षसं स जघानह । रक्षोपि मुक्तं शापात्तु दिव्यवपुरवाप ह

Un héros, assailli par un rākṣasa, abattit ce rākṣasa. Et ce démon même, délivré d’une malédiction, obtint une forme divine.

Verse 69

अवाप जन्मगंधर्वस्त्वसौ मलयकेतुतः । कर्णाटनृपतेः कन्या बभूवाहं कलावती

Lui renaquit comme un Gandharva nommé Malayaketu. Et moi, je devins Kalāvatī, fille du roi de Karṇāṭa.

Verse 70

इति ज्ञानं ममोद्भूतं ज्ञानवापीक्षणात्क्षणात् । इति तस्या वचः श्रुत्वा सापि बुद्धिशरीरिणी

«Ainsi la connaissance s’éveilla en moi—à l’instant—par la seule vision de Jñānavāpī.» Entendant ses paroles, elle aussi—incarnée en pure intelligence—en fut émue.

Verse 71

ताश्च तत्परिचारिण्यः प्रहृष्टास्यास्तदाऽभवन् । प्रोचुस्तां प्रणिपत्याथ पुण्यशीलां कलावतीम्

Alors ses servantes furent remplies d’allégresse. Se prosternant, elles s’adressèrent à la vertueuse Kalāvatī, dont la conduite était pleine de mérite.

Verse 72

अहो कथं हि सा लभ्या यत्प्रभावोयमीदृशः । धिग्जन्म तेषां मर्त्येऽस्मिन्यैर्नैक्षि ज्ञानवापिका

Hélas ! comment obtenir ce (puits sacré) dont la puissance est si prodigieuse ? Honte à la naissance de ces mortels en ce monde qui n’ont même pas vu Jñānavāpī.

Verse 73

कलावति नमस्तुभ्यं कुरुनोपि समीहितम् । जनिं सफलयास्माकं नय नः प्रार्थ्य भूपतिम्

Ô Kalāvatī, salut à toi ; accorde aussi notre désir. Rends féconde notre naissance : conduis-nous là-bas, après avoir imploré le roi.

Verse 74

अयं च नियमोस्माकमद्यारभ्य कलावति । निर्वेक्ष्यामो महाभोगान्दृष्ट्वा तां ज्ञानवापिकाम्

Et voici notre vœu dès aujourd’hui, ô Kalāvatī : après avoir vu cette Jñānavāpī, nous renoncerons à toutes les grandes jouissances, les tenant pour vaines.

Verse 75

अवश्यं ज्ञानवापी सा नाम्ना भवितुमर्हति । चित्रं चित्रगतापीह या तव ज्ञानदायिनी

Assurément, elle mérite d’être connue sous le nom de « Jñānavāpī ». Merveille en vérité : bien qu’elle ne soit ici qu’un puits, elle t’accorde la connaissance.

Verse 76

ओंकृत्य तासां वाक्यं सा स्वाकारं परिगोप्य च । प्रियाणि कृत्वा भूभर्तुः प्रस्तावज्ञा व्यजिज्ञपत्

Ayant acquiescé à leurs paroles par l’auspicieux « Oṃ » et dissimulé son propre dessein, elle—habile à saisir l’instant propice—fit d’abord ce qui plaisait au roi, puis soumit sa requête au seigneur de la terre.

Verse 77

कलावत्युवाच । जीवितेश न मे त्वत्तः किंचित्प्रियतरं क्वचित् । त्वामासाद्य पतिं राजन्प्राप्ताः सर्वे मनोरथाः

Kalāvatī dit : «Ô seigneur de ma vie, nulle part rien ne m’est plus cher que toi. Ô roi, t’ayant obtenu pour époux, tous mes vœux chéris se sont accomplis.»

Verse 78

एको मनोरथः प्रार्थ्यो ममास्त्यत्रार्यपुत्रक । विचारपथमापन्नस्तवापि स महाहितः

«Pourtant, il me reste ici un seul vœu à demander, ô noble prince. Il est déjà entré aussi dans le champ de ta réflexion, et il est d’un grand bienfait.»

Verse 79

मम तु त्वदधीनायाः सुदुष्प्रापतरो महान् । तव स्वाधीनवृत्तेस्तु सिद्धप्रायो मनोरथः

«Pour moi—dépendante de toi—ce grand dessein est très difficile à obtenir ; mais pour toi, dont les actes sont libres et sous ton propre pouvoir, ce vœu est presque déjà accompli.»

Verse 80

प्राणेश किं बहूक्तेन यदि प्राणैः प्रयोजनम् । तदाभिलषितं देहि प्राणा यास्यंत्यथान्यथा

Ô seigneur de mon souffle, à quoi bon tant de paroles ? Si ma vie t’importe vraiment, accorde-moi ce que je désire ; sinon, mes souffles s’en iront.

Verse 81

प्राणेभ्योपि गरीयस्यास्तस्या वाक्यं निशम्य सः । उवाच वचनं राजा तस्याः स्वस्यापि च प्रियम्

Entendant ses paroles—elle qui lui était plus chère encore que sa propre vie—le roi prononça une réponse agréable à elle comme à lui-même.

Verse 82

राजोवाच । नाहं प्रिये तवादेयमिह पश्यामि भामिनि । प्राणा अपि मम क्रीतास्त्वया शीलकलागुणैः

Le roi dit : «Bien-aimée, belle dame, je ne vois rien ici que je doive te refuser. Même ma vie, tu l’as acquise par ta conduite, tes arts et tes vertus».

Verse 83

अविलंबितमाचक्ष्व कृतं विद्धि कलावति । भवद्विधानां साध्वीनामन्येऽप्राप्यं न किंचन

«Parle sans tarder, Kalāvatī ; tiens cela pour déjà accompli. Pour des femmes vertueuses comme toi, rien n’est hors d’atteinte pour les autres, par ton mérite et ta bonté».

Verse 84

कः प्रार्थ्यः प्रार्थनीयं किं को वा प्रार्थयिता प्रिये । न पृथग्जनवत्किंचिद्वर्तनं नौ कलावति

«Bien-aimée, qui faudrait-il implorer, que faudrait-il demander, et qui donc serait le demandeur ? Kalāvatī, entre nous il n’y a pas de rapports comme ceux des gens ordinaires, séparés».

Verse 85

देशः कोशो बलं दुर्गं यदन्यदपि भामिनि । तत्त्वदीयं न मे किंचित्स्वाम्यमात्रमिहास्ति मे

«Le pays, le trésor, l’armée, les forteresses—et tout ce qui existe encore, ô radieuse—t’appartiennent. Rien ici n’est vraiment à moi ; il ne me reste que le simple titre de “seigneurie”.»

Verse 86

तच्च स्वाम्यं ममान्यत्र त्वदृते जीवितेश्वरि । राज्यं त्यजेयं त्वद्वाक्यात्तृणीकृत्यापि मानिनि

«Hors de toi, ô souveraine de ma vie, je n’ai nulle part droit ni seigneurie. À ta parole, ô fière, j’abandonnerais même le royaume, le tenant pour simple brin de paille.»

Verse 87

माल्पकेतोर्महीजानेरिति वाक्यं निशम्य सा । प्राह गंभीरया वाचा वचश्चारु कलावती

Entendant ces paroles de Mālpaketu, roi du pays, Kalāvatī—au langage gracieux—répondit d’une voix grave et posée.

Verse 88

कलावत्युवाच । नाथ प्रजासृजापूर्वं सृष्टा नानाविधाः प्रजाः । प्रजाहिताय संसृष्टं पुरुषार्थचतुष्टयम्

Kalāvatī dit : «Ô seigneur, lorsque d’abord les êtres furent créés afin de faire naître des sujets, des créatures de maintes sortes apparurent ; et pour le bien des êtres furent aussi établis les quatre buts de l’homme : dharma, artha, kāma et mokṣa.»

Verse 89

तद्विहीनाजनिरपि जल बुद्बुदवन्मुधा । तस्मादेकोपि संसाध्यः परत्रेह च शर्मणे

«Même une naissance privée de cela est vaine, telle une bulle sur l’eau. C’est pourquoi, fût-ce un seul, il faut l’accomplir avec ardeur, pour la paix ici-bas et au-delà.»

Verse 90

यत्रानुकूल्यं दंपत्योस्त्रिवर्गस्तत्र वर्धते । यदुच्यते पुराविद्भिरिति तत्तथ्यमीक्षितम्

Là où règne l’harmonie réciproque entre l’époux et l’épouse, les trois buts de la vie—dharma, artha et kāma—s’épanouissent. Ce qu’ont déclaré les sages d’autrefois s’est révélé véridique.

Verse 91

मद्विधाना तु दासीनां शतं तेऽस्तीह मंदिरे । तथापि नितरां प्रेम स्वामिनो मयि दृश्यते

Dans ton palais, il y a cent servantes comme moi ; et pourtant, l’on voit que le maître porte vers moi un amour d’une profondeur singulière.

Verse 92

तव दास्यपि भोगाढ्या किमुतांकस्थलीचरी । तत्राप्यनन्यसंपत्तिस्तत्र स्वाधीनभर्तृता

Même tes servantes vivent au milieu des jouissances—à plus forte raison celle qui se tient sur tes genoux. Pourtant, même là, le trésor sans pareil est ceci : un époux dévoué, demeurant sous la douce autorité de l’amour.

Verse 93

विपश्चित्संचयेदर्थानिष्टापूर्ताय कर्मणे । तपोर्थमायुर्निर्विघ्नं दारांश्चापत्यलब्धये

Le sage doit amasser des richesses pour les actes de yajña et de charité publique ; il doit rechercher une vie sans entraves pour le tapas ; et il doit prendre épouse afin d’obtenir une descendance.

Verse 94

तवैतत्सर्वमस्तीह विश्वेशानुग्रहात्प्रिय । पूरणीयोऽभिलाषो मे यदि तद्वचम्यहं शृणु

Bien-aimé, tout cela est déjà tien ici, par la grâce de Viśveśa, le Seigneur de l’Univers. Pourtant, un désir demeure en moi à accomplir ; si tu y consens, écoute ce que je vais dire.

Verse 95

तूर्णं प्रहिणु मां नाथ विश्वनाथपुरीं प्रति । प्राणाः प्रयाता प्रागेव वपुः शेषास्मि केवलम्

Envoie-moi sans tarder, ô Seigneur, vers la cité de Viśvanātha (Kāśī). Mes souffles de vie, pour ainsi dire, sont déjà partis ; seul mon corps demeure.

Verse 96

माल्यकेतुः कलावत्या इत्याकर्ण्य वचः स्फुटम् । क्षणं विचार्य स्वहृदि राजा प्रोवाच तां प्रियाम्

Entendant les paroles limpides de Kalāvatī, le roi Mālyaketu réfléchit un instant en son cœur, puis s’adressa à sa bien-aimée.

Verse 97

प्रिये कलावति यदि तव गंतव्यमेव हि । राज्यलक्ष्म्यानया किं मे चलया त्वद्विहीनया

Bien-aimée Kalāvatī — si vraiment tu dois partir, à quoi me sert cette fortune royale si changeante, lorsqu’elle est privée de toi ?

Verse 98

न राज्यं राज्यमित्याहू राज्यश्रीः प्रेयसी ध्रुवम् । सप्तांगमपि तद्राज्यं तया हीनं तृणायते

On dit qu’un royaume n’est pas vraiment un « royaume » ; la vraie splendeur de la souveraineté, c’est la bien-aimée. Même un État doté de ses sept membres devient comme de l’herbe lorsqu’elle en est privée.

Verse 99

निःसपत्नं कृतं राज्यं भुक्त्वा भोगान्निरंतरम् । हृषीकार्थाः कृतार्थाश्च विधृता आधृतिः प्रिये

Bien-aimée, j’ai rendu le royaume sans rival et j’ai goûté des plaisirs sans relâche ; les sens ont été comblés, et la satisfaction a été maintenue, ô chère.

Verse 100

अपत्यान्यपि जातानि किं कर्तव्यमिहास्ति मे । अवश्यमेव गंतव्याऽवाभ्यां वाराणसी पुरी

«Des enfants sont aussi nés ; quel devoir me reste-t-il ici ? Assurément, nous deux devons nous rendre à la cité de Vārāṇasī.»

Verse 110

अथ प्रातः समुत्थाय कृत्वा शौचाचमक्रियाम् । राज्ञ्या विनिर्दिष्टपथा ज्ञानवापीं नृपो ययौ

Puis, s’étant levé à l’aube et ayant accompli la purification ainsi que l’ācamana (l’aspersion et la gorgée rituelle), le roi—suivant la voie indiquée par la reine—se rendit à Jñānavāpī.

Verse 120

तावद्विमानमापन्नं सक्वणत्किंकिणीगणम् । पश्यतां सर्वलोकानां चन्द्रमौलिरथोरथात्

À cet instant même, sous les yeux de tous, survint un vimāna céleste, dont les grappes de petites clochettes résonnaient ; et Candramauli—Śiva, le Couronné de la lune—apparut, s’avançant hors du char.

Verse 127

पठित्वा पाठयित्वा वा श्रुत्वा वा श्रद्धयान्वितः । ज्ञानवाप्याः शुभाख्यानं शिवलोके महीयते

Celui qui, animé de foi, lit, fait lire à d’autres, ou même écoute ce récit auspicious de Jñānavāpī, est honoré dans le monde de Śiva.