
Cet adhyāya, sous forme de dialogue initié par Nārada et rapporté par Brahmā, met en lumière les actes rituels et administratifs de Śrī Rāma à Dharmāraṇya. Après avoir entendu de longues louanges comparant la grandeur des tīrtha (Prayāga/Triveṇī, Śukla-tīrtha, Kāśī, la Gaṅgā, Harikṣetra et Dharmāraṇya), Rāma résout de reprendre le pèlerinage et arrive avec Sītā, Lakṣmaṇa, Bharata et Śatrughna, puis sollicite Vasiṣṭha pour la conduite correcte des rites. Rāma demande clairement quelle pratique, dans ce « mahākṣetra », efface au mieux les fautes les plus graves, y compris la brahmahatyā : dāna, niyama, snāna, tapas, dhyāna, yajña, homa ou japa. Vasiṣṭha prescrit l’accomplissement d’un yajña à Dharmāraṇya, dont le mérite est décrit comme se multipliant au fil du temps. Sītā conseille que les officiants soient ces mêmes brāhmaṇa versés dans les Veda, liés aux âges anciens et demeurant à Dharmāraṇya. Dix-huit experts rituels nommés sont convoqués ; le sacrifice s’achève par le bain d’avabhṛtha et par l’hommage honorifique rendu aux prêtres. À la fin, Sītā demande que la prospérité issue du rite soit fixée durablement par une fondation portant son nom ; Rāma accorde un lieu sûr aux brāhmaṇa et établit « Sītāpura », associé à des tutélaires protectrices et de bon augure (Śāntā et Sumaṅgalā). Le chapitre s’élargit ensuite en une charte politico-rituelle : de nombreux villages (énumérés longuement) sont créés et donnés pour la résidence des brāhmaṇa ; des populations de soutien (vaiśya et śūdra) ainsi que des dons matériels — bovins, chevaux, étoffes, or, argent et cuivre — sont assignés. Rāma insiste sur la gouvernance selon le dharma : les requêtes des brāhmaṇa doivent être honorées, le service rendu à leur égard apporte la prospérité, tandis que l’entrave de gens hostiles venus du dehors est condamnée. Le récit se clôt sur le retour de Rāma à Ayodhyā, la joie du peuple, la continuité du règne juste, et une brève mention de la grossesse de Sītā, liant l’ordre rituel à la permanence dynastique.
Verse 1
नारद उवाच । भगवन्देवदेवेश सृष्टिसंहारकारक । गुणातीतो गुणैर्युक्तो मुक्तीनां साधनं परम्
Nārada dit : «Ô Seigneur bienheureux, Dieu des dieux, auteur de la création et de la dissolution : bien que tu sois au-delà des guṇas, tu te manifestes aussi par les guṇas ; tu es le moyen suprême de la délivrance».
Verse 2
संस्थाप्य वेदभवनं विधिवद्द्विज सत्तमान् । किं चक्रे रघुनाथस्तु भूयोऽयोध्यां गतस्तदा
Après avoir établi selon les règles la demeure des Vedas et avoir ordonné comme il se doit les plus éminents des deux-fois-nés, que fit ensuite Raghunātha, lorsqu’il retourna à Ayodhyā ?
Verse 3
स्वस्थाने ब्राह्मणास्तत्र कानि कर्माणि चक्रिरे । ब्रह्मोवाच । इष्टापूर्तरताः शांताः प्रतिग्रहपराङ्मुखाः
Brahmā dit : «Là, ces brāhmaṇas demeurèrent à leur juste place et accomplirent les rites qui leur convenaient — paisibles dans leur conduite, voués à l’iṣṭa et au pūrta (sacrifices et œuvres de mérite public), et détournés de l’acceptation des dons».
Verse 4
राज्यं चक्रुर्वनस्यास्य पुरोधा द्विजसत्तमः । उवाच रामपुरतस्तीर्थमाहात्म्यमुत्तमम्
Le plus éminent des brāhmaṇas, en qualité de purohita, établit l’ordre juste — comme un royaume — pour cette contrée forestière ; et depuis Rāmapura il proclama la grandeur suprême du tīrtha sacré.
Verse 5
प्रयागस्य च माहात्म्यं त्रिवेणीफलमुत्तमम् । प्रयागतीर्थमहिमा शुक्लतीर्थस्य चैव हि
Il exposa la grandeur de Prayāga et le fruit sans égal de la Triveṇī ; et, certes, il décrivit aussi la gloire du tīrtha de Prayāga ainsi que celle de Śukla-tīrtha.
Verse 6
सिद्धक्षेत्रस्य काश्याश्च गंगाया महिमा तथा । वसिष्ठः कथया मास तीर्थान्यन्यानि नारद
Il raconta aussi la grandeur de Siddhakṣetra, de Kāśī, et de même celle de la sainte Gaṅgā. Et Vasiṣṭha, ô Nārada, exposa encore d’autres tīrthas durant un mois.
Verse 7
धर्मारण्यसुवर्णाया हरिक्षेत्रस्य तस्य च । स्नानदानादिकं सर्वं वाराणस्या यवाधिकम्
Dans le Dharmāraṇya d’or et dans ce Harikṣetra, tout acte — bain rituel, aumône et le reste — confère un mérite (puṇya) surpassant celui de Vārāṇasī, fût-ce d’un seul grain d’orge (yava).
Verse 8
एतच्छ्रुत्वा रामदेवः स चमत्कृतमानसः । धर्मारण्ये पुनर्यात्रां कर्त्तुकामः समभ्यगात्
À ces paroles, le Seigneur Rāma, l’esprit saisi d’émerveillement, s’avança de nouveau, désirant entreprendre un pèlerinage renouvelé vers Dharmāraṇya.
Verse 9
सीतया सह धर्मज्ञो गुरुसैन्यपुरःसरः । लक्ष्मणेन सह भ्रात्रा भरतेन सहायवान्
Rāma, connaisseur du dharma, s’en alla avec Sītā, précédé de son guru et de ses troupes ; accompagné de son frère Lakṣmaṇa, et soutenu par Bharata.
Verse 10
शत्रुघ्नेन परिवृतो गतो मोहेरके पुरे । तत्र गत्वा वसिष्ठं तु पृच्छतेऽसौ महामनाः
Entouré de Śatrughna, il se rendit à la cité de Moheraka. Parvenu là, ce grand d’âme interrogea Vasiṣṭha.
Verse 11
राम उवाच । धर्मारण्ये महाक्षेत्रे किं कर्त्तव्यं द्विजोत्तम । दानं वा नियमो वाथ स्नानं वा तप उत्तमम्
Rāma dit : «Ô le meilleur des brāhmaṇas, dans le grand lieu sacré de Dharmāraṇya, que convient-il d’accomplir : l’aumône, les observances, le bain rituel, ou l’austérité suprême (tapas) ?»
Verse 12
ध्यानं वाथ क्रतुं वाथ होमं वा जपमुत्तमम् । दानं वा नियमं वाथ स्नानं वा तप उत्तमम्
«Ou bien faut-il pratiquer la méditation, accomplir un sacrifice (kratu), offrir le homa, ou entreprendre le japa excellent ? Ou bien est-ce l’aumône, les observances, le bain rituel, ou l’austérité la plus haute (tapas) ?»
Verse 13
येन वै क्रियमाणेन तीर्थेऽस्मिन्द्विजसत्तम । ब्रह्महत्यादिपापेभ्यो मुच्यते तद्ब्रवीहि मे
Ô le meilleur des brahmanes, dis-moi quel acte, accompli en ce tīrtha sacré, délivre des péchés commençant par le brahma-hatyā (le meurtre d’un brāhmaṇa) et des autres du même ordre.
Verse 14
वसिष्ठ उवाच । यज्ञं कुरु महाभाग धर्मारण्ये त्वमुत्तमम् । दिनेदिने कोटिगुणं यावद्वर्षशतं भवेत्
Vasiṣṭha dit : Ô toi, grandement fortuné, accomplis ici, en Dharmāraṇya, un yajña—un sacrifice excellent. De jour en jour, son mérite devient cent millions de fois plus grand, et cela se poursuit durant cent ans.
Verse 15
तच्छ्रुत्वा चैव गुरुतो यज्ञारंभं चकार सः । तस्मिन्नवसरे सीता रामं व्यज्ञापयन्मुदा
L’ayant entendu de la bouche de son guru, il entreprit le commencement du yajña. À cet instant même, Sītā, dans la joie, en fit part à Rāma, lui indiquant ce qu’il convenait d’accomplir.
Verse 16
स्वामिन्पूर्वं त्वया विप्रा वृता ये वेदपारगाः । ब्रह्मविष्णुमहेशेन निर्मिता ये पुरा द्विजाः
Ô Seigneur, jadis tu avais choisi des brahmanes accomplis dans les Veda : ces dvija, « deux fois nés », que l’on dit avoir été façonnés autrefois par Brahmā, Viṣṇu et Maheśa.
Verse 17
कृते त्रेतायुगे चैव धर्मारण्यनिवासिनः । विप्रांस्तान्वै वृणुष्व त्वं तैरेव साधकोऽध्वरः
Dans le Yuga Kṛta, et aussi dans le Tretā, les brahmanes demeurant en Dharmāraṇya étaient renommés. Choisis ces mêmes prêtres, car par eux seuls l’adhvara, le sacrifice, sera accompli comme il se doit.
Verse 18
तच्छ्रुत्वा रामदेवेन आहूता ब्राह्मणास्तदा । स्थापिताश्च यथापूर्वमस्मिन्मोहे रके पुरे
À ces paroles, le Seigneur Rāma fit alors appeler les brahmanes ; et, comme auparavant, ils furent installés et assis en ce même lieu et dans cette cité, selon l’ordonnance ancienne.
Verse 19
तैस्त्वष्टादशसंख्याकैस्त्रैविद्यैर्मेहिवाडवैः । यज्ञं चकार विधिवत्तैरेवायतबुद्धिभिः
Avec ces dix-huit—versés dans la triple science védique—Rāma accomplit le yajña selon la règle, aidé par ces mêmes hommes à l’intelligence stable et à la compréhension profonde.
Verse 20
कुशिकः कौशिको वत्स उपमन्युश्च काश्यपः । कृष्णात्रेयो भरद्वाजो धारिणः शौनको वरः
Kuśika, Kauśika, Vatsa, Upamanyu et Kāśyapa ; Kṛṣṇātreya, Bharadvāja, Dhāriṇa, et l’excellent Śaunaka : tels étaient, parmi d’autres, les prêtres officiants.
Verse 21
मांडव्यो भार्गवः पैंग्यो वात्स्यो लौगाक्ष एव च । गांगायनोथ गांगेयः शुनकः शौनकस्तथा
Māṇḍavya, Bhārgava, Paiṅgya, Vātsya, et aussi Laugākṣa ; puis Gāṃgāyana, Gāṃgeya, Śunaka, et de même Śaunaka : eux aussi étaient du nombre.
Verse 22
ब्रह्मोवाच । एभिर्विप्रैः क्रतुं रामः समाप्य विधिवन्नृपः । चकारावभृथं रामो विप्रान्संपूज्य भक्तितः
Brahmā dit : Avec ces vipra, le roi Rāma acheva le kratu selon le rite ; puis, après avoir honoré les prêtres avec dévotion, Rāma accomplit l’avabhṛtha, le bain cérémoniel de conclusion.
Verse 23
यज्ञांते सीतया रामो विज्ञप्तः सुविनीतया । अस्याध्वरस्य संपत्ती दक्षिणां देहि सुव्रत
À la fin du yajña, Sītā, douce et parfaitement respectueuse, adressa sa requête à Rāma : «Ô toi aux vœux excellents, accorde pleinement la dakṣiṇā, avec les présents d’achèvement convenables à ce rite.»
Verse 24
मन्नाम्ना च पुरं तत्र स्थाप्यतां शीघ्रमेव च । सीताया वचनं श्रुत्वा तथा चक्रे नृपोत्तमः
«Et qu’on y établisse sans tarder une cité portant mon nom.» Entendant les paroles de Sītā, le meilleur des rois agit ainsi.
Verse 25
तेषां च ब्राह्मणानां च स्थानमेकं सुनिर्भयम् । दत्तं रामेण सीतायाः संतोषाय महीभृता
Et pour ces brāhmaṇas, Rāma, le roi, accorda un lieu unique, sûr et sans crainte, afin d’accomplir le souhait et la joie de Sītā.
Verse 26
सीतापुरमिति ख्यातं नाम चक्रे तदा किल । तस्याधिदेव्यौ वर्त्तेते शांता चैव सुमंगला
Alors, en vérité, il lui donna le nom renommé de «Sītāpura». Et comme déesses tutélaires de ce lieu demeurent Śāntā et aussi Sumaṅgalā.
Verse 27
मोहेरकस्य पुरतो ग्रामद्वादशकं पुरः । ददौ विप्राय विदुषे समुत्थाय प्रहर्षितः
Devant Moheraka, il se leva, transporté de joie, et donna douze villages à un brāhmaṇa érudit.
Verse 28
तीर्थांतरं जगामाशु काश्यपीसरितस्तटे । वाडवाः केऽपि नीतास्ते रामेण सह धर्मवित्
Il se rendit promptement à un autre gué sacré, sur la rive de la rivière Kāśyapī. On y amena aussi quelques juments, avec Rāma, connaisseur du dharma.
Verse 29
धर्मालये गतः सद्यो यत्र माला कमंडलुः । पुरा धर्मेण सुमहत्कृतं यत्र तपो मुने
Puis il se rendit aussitôt à Dharmālaya, où l’on vénère la guirlande et le kamaṇḍalu de l’ascète; où, ô sage, jadis Dharma lui-même accomplit une grande austérité.
Verse 30
तदारभ्य सुविख्यातं धर्मालयमिति । श्रुतम् ददौ दाशरथिस्तत्र महादानानि षोडश
Dès lors, le lieu devint célèbre sous le nom de «Dharmālaya». Là, le fils de Daśaratha accorda seize grands dons (mahādāna), ainsi que le rapporte la tradition.
Verse 31
पंचाशत्तदा ग्रामाः सीतापुरसमन्विताः । सत्यमंदिरपर्यंता रघुना थेन वै तदा
En ce temps-là, cinquante villages furent rattachés à Sītāpura—jusqu’aux abords du Satyamandira—par le descendant de Raghu (Rāma).
Verse 32
सीताया वचनात्तत्र गुरुवाक्येन चैव हि । आत्मनो वंशवृद्ध्यर्थं द्विजेभ्योऽदाद्रघूत्तमः
Là, à la demande de Sītā et aussi par obéissance à la parole du guru, le meilleur des Raghus (Rāma) fit des dons aux « deux-fois-nés » (brāhmaṇas), afin d’accroître et de perpétuer sa lignée.
Verse 33
अष्टादशसहस्राणां द्विजानामभवत्कुलम् । वात्स्यायन उपमन्युर्जातूकर्ण्योऽथ पिंगलः
Des dix-huit mille « deux-fois-nés » (brāhmaṇas) naquirent des lignées distinctes : Vātsyāyana, Upamanyu, Jātūkarṇya, puis Piṅgala.
Verse 34
भारद्वाजस्तथा वत्सः कौशिकः कुश एव च । शांडिल्यः कश्यपश्चैव गौतमश्छांधनस्तथा
Il y eut aussi (les lignées de) Bhāradvāja et Vatsa ; Kauśika et Kuśa également ; Śāṇḍilya, Kaśyapa, Gautama, et de même Chāṃdhana.
Verse 35
कृष्णात्रेयस्तथा वत्सो वसिष्ठो धारणस्तथा । भांडिलश्चैव विज्ञेयो यौवनाश्वस्ततः परम्
De même (il y eut) Kṛṣṇātreya et Vatsa ; Vasiṣṭha et Dhāraṇa ; Bhāṃḍila doit aussi être reconnu, puis, après eux, Yauvanāśva.
Verse 36
कृष्णायनोपमन्यू च गार्ग्यमुद्गलमौखकाः । पुशिः पराशरश्चैव कौंडिन्यश्च ततः परम्
Et (il y eut) Kṛṣṇāyana et Upamanyu ; (les lignées de) Gārgya, Mudgala et Maukha ; Puśi, et aussi Parāśara ; puis, ensuite, Kauṇḍinya.
Verse 37
पंचपंचाशद्ग्रामाणां नामान्येवं यथाक्रमम् । सीतापुरं श्रीक्षेत्रं च मुशली मुद्गली तथा
Ainsi, selon l’ordre prescrit, sont récités les noms des cinquante-cinq villages : Sītāpura, Śrīkṣetra, ainsi que Muśalī et Mudgalī.
Verse 38
ज्येष्ठला श्रेयस्थानं च दंताली वटपत्रका । राज्ञः पुरं कृष्णवाटं देहं लोहं चनस्थनम्
Jyeṣṭhalā, Śreyasthāna, Dantālī et Vaṭapatrakā ; Rājñaḥ-pura, Kṛṣṇavāṭa, Deha, Loha et Canasthana—noms de lieux sacrés.
Verse 39
कोहेचं चंदनक्षेत्रं थलं च हस्तिनापुरम् । कर्पटं कंनजह्नवी वनोडफनफावली
Koheca, Candanakṣetra, Thala et Hastināpura ; ainsi Karpaṭa, Kaṃnajahnavī et Vanoḍaphanaphāvalī—tels sont ces lieux sacrés.
Verse 40
मोहोधं शमोहोरली गोविंदणं थलत्यजम् । चारणसिद्धं सोद्गीत्राभाज्यजं वटमालिका
Mohodha, Śamohoralī, Goviṃdaṇa et Thalatyaja ; de même Cāraṇasiddha, Sodgītrābhājyaja et Vaṭamālikā—noms vénérables de lieux sacrés.
Verse 41
गोधरं मारणजं चैव मात्रमध्यं च मातरम् । बलवती गंधवती ईआम्ली च राज्यजम्
Godhara, Māraṇaja, Mātramadhya et Mātara ; Balavatī, Gaṃdhavatī, Īāmlī et Rājyaja—lieux évoqués avec dévotion.
Verse 42
रूपावली बहुधनं छत्रीटं वंशंजं तथा । जायासंरणं गोतिकी च चित्रलेखं तथैव च
Rūpāvalī, Bahudhana, Chatrīṭa et aussi Vaṃśaṃja ; Jāyāsaṃraṇa, Gotikī et encore Citralekha—noms sacrés pour la récitation dévote.
Verse 43
दुग्धावली हंसावली च वैहोलं चैल्लजं तथा । नालावली आसावली सुहाली कामतः परम्
Dugdhāvalī, Haṃsāvalī, Vaihola, Caillaja, Nālāvalī, Āsāvalī et Suhālī : ces établissements furent fondés en plénitude, selon ce qui était désiré.
Verse 44
रामेण पंचपंचाशद्ग्रामाणि वसनाय च । स्वयं निर्माय दत्तानि द्विजेभ्यस्तेभ्य एव च
Rāma lui-même façonna et donna cinquante-cinq villages pour y demeurer, les accordant à ces mêmes dvijas (brāhmanes).
Verse 45
तेषां शुश्रूषणार्थाय वैश्यान्रामो न्यवे दयत् । षट्त्रिंशच्च सहस्राणि शूद्रास्तेभ्यश्चतुर्गुणान्
Pour leur service et leur soutien, Rāma assigna des vaiśyas ; et il assigna aussi trente-six mille śūdras, en nombre quadruple.
Verse 46
तेभ्यो दत्तानि दानानि गवाश्ववसनानि च । हिरण्यं रजतं ताम्रं श्रद्धया परया मुदा
À eux furent accordés des dons : vaches, chevaux et vêtements ; ainsi que l’or, l’argent et le cuivre, offerts avec une foi suprême et une joie pure.
Verse 47
नारद उवाच । अष्टादशसहस्रास्ते ब्राह्मणा वेदपारगाः । कथं ते व्यभजन्ग्रामान्द्रामो त्पन्नं तथा वसु । वस्त्राद्यं भूषणाद्यं च तन्मे कथय सुव्र तम्
Nārada dit : «Ces dix-huit mille brāhmanes étaient passés maîtres des Veda. Comment partagèrent-ils les villages et la richesse qui en naquit ? Et comment furent distribués vêtements et ornements ? Dis-le-moi, ô toi au vœu excellent».
Verse 48
ब्रह्मोवाच । यज्ञांते दक्षिणा यावत्सर्त्विग्भिः स्वीकृता सुत । महादानादिकं सर्वं तेभ्य एव समर्पितम्
Brahmā dit : «À la clôture du yajña, toute dakṣiṇā acceptée par les prêtres officiants, ô fils—tout grand don et le reste furent offerts à ceux-là mêmes.»
Verse 49
ग्रामाः साधारणा दत्ता महास्थानानि वै तदा । ये वसंति च यत्रैव तानि तेषां भवंत्विति
Alors furent accordés les villages et les grands sièges comme biens communs, avec cette proclamation : «Là où ils demeurent, que ces lieux leur appartiennent.»
Verse 50
वशिष्ठवचनात्तत्र ग्रामास्ते विप्रसात्कृताः । रघूद्वहेन धीरेण नोद्व संति यथा द्विजाः
Là, sur la parole de Vasiṣṭha, ces villages furent placés sous l’autorité des brāhmaṇas ; et par le constant Raghūdvaha (Rāma), les deux-fois-nés ne furent point troublés.
Verse 51
धान्यं तेषां प्रदत्तं हि विप्राणां चामितं वसु । कृतांजलिस्ततो रामो ब्राह्मणानिदमब्रवीत्
On leur donna certes du grain, et aux brāhmaṇas une richesse sans mesure. Alors Rāma, les mains jointes, adressa ces paroles aux brāhmaṇas.
Verse 52
यथा कृतयुगे विप्रास्त्रेतायां च यथा पुरा । तथा चाद्यैव वर्त्तव्यं मम राज्ये न संशयः
(Rāma dit :) «Comme vivaient les brāhmaṇas au Kṛta Yuga, et comme jadis au Tretā Yuga, ainsi doit-on vivre dès aujourd’hui dans mon royaume—sans aucun doute.»
Verse 53
यत्किंचिद्धनधान्यं वा यानं वा वसनानि वा । मणयः कांचनादींश्च हेमादींश्च तथा वसु
Quelle que soit la richesse ou le grain—chars et montures, vêtements, joyaux, or et choses semblables, et de même des trésors tels que l’or et autres biens précieux—
Verse 54
ताम्राद्यं रजतादींश्च प्रार्थयध्वं ममाधुना । अधुना वा भविष्ये वाभ्यर्थनीयं यथोचितम्
Demandez-moi maintenant le cuivre et ce qui lui ressemble, l’argent et ce qui lui ressemble—maintenant ou dans l’avenir—tout ce qu’il convient de requérir selon le dharma.
Verse 55
प्रेषणीयं वाचिकं मे सर्वदा द्विजसत्तमाः । यंयं कामं प्रार्थयध्वं तं तं दास्याम्यहं विभो
Ô les plus éminents des deux-fois-nés, ma parole est à jamais à votre disposition. Quel que soit le désir que vous demandiez—chacun sans exception—je l’accorderai, ô Seigneur.
Verse 56
ततो रामः सेवकादीनादरात्प्रत्यभाषत । विप्राज्ञा नोल्लंघनीया सेव नीया प्रयत्नतः
Alors Rāma, avec respect, s’adressa à ses serviteurs et aux autres : «L’injonction d’un brāhmane ne doit pas être enfreinte ; elle doit être accomplie avec effort et vigilance».
Verse 57
यंयं कामं प्रार्थयंते कारयध्वं ततस्ततः । एवं नत्वा च विप्राणां सेवनं कुरुते तु यः
Quel que soit le vœu qu’ils demandent, faites-le accomplir en conséquence. Et celui qui, s’étant ainsi incliné devant les brāhmanes, leur rend service—
Verse 58
स शूद्रः स्वर्गमाप्नोति धनवान्पुत्रवान्भवेत् । अन्यथा निर्धनत्वं हि लभते नात्र संशयः
Un tel śūdra atteint le ciel, devient riche et béni de fils ; autrement, il tombe assurément dans la pauvreté : là-dessus, nul doute.
Verse 59
यवनो म्लेच्छजातीयो दैत्यो वा राक्षसोपि वा । योत्र विघ्नं करोत्येव भस्मीभवति तत्क्षणात्
Qu’il soit Yavana, né parmi les mlecchas, ou même Daitya ou Rākṣasa : quiconque ici suscite un obstacle est réduit en cendres à l’instant même.
Verse 60
ब्रह्मोवाच । ततः प्रदक्षिणीकृत्य द्विजान्रामोऽतिहर्षितः । प्रस्थानाभिमुखो विप्रैराशीर्भिरभिनंदितः
Brahmā dit : Alors Rāma, transporté de joie, fit la pradakṣiṇā autour des brāhmaṇas et se tourna vers le départ, honoré par les bénédictions des deux-fois-nés.
Verse 61
आसीमांतमनुव्रज्य स्नेहव्याकुललोचनाः । द्विजाः सर्वे विनिर्वृत्ता धर्मारण्ये विमोहिताः
Tous les brāhmaṇas le suivirent jusqu’à la limite, les yeux troublés par l’affection ; et, dans Dharmāraṇya, ils demeurèrent bouleversés et profondément émus.
Verse 62
एवं कृत्वा ततो रामः प्रतस्थे स्वां पुरीं प्रति । काश्यपाश्चैव गर्गाश्च कृतकृत्या दृढव्रताः
Ainsi, après avoir agi de la sorte, Rāma se mit en route vers sa propre cité. Et les Kāśyapas ainsi que les Gargas, fermes dans leurs vœux, se sentirent comblés, leur dessein accompli.
Verse 63
गुर्वासनसमाविष्टाः सभार्या ससुहृत्सुताः । राजधानीं तदा प्राप रामोऽयोध्यां गुणान्विताम्
Assis sur le vénérable trône royal, accompagné de son épouse royale, entouré d’amis et de fils, Rāma parvint alors à la capitale, Ayodhyā, riche de nobles vertus.
Verse 64
दृष्ट्वा प्रमुदिताः सर्वे लोकाः श्रीरघुनन्दनम् । ततो रामः स धर्मात्मा प्रजापालनतत्परः
À la vue de Śrī Raghunandana, tous les peuples se réjouirent. Ensuite, ce Rāma, à l’âme vouée au dharma, s’appliqua entièrement à protéger et à nourrir ses sujets.
Verse 65
सीतया सह धर्मात्मा राज्यं कुर्वंस्तदा सुधीः । जानक्या गर्भमाधत्त रविवंशोद्भवाय च
Tandis qu’il gouvernait le royaume avec Sītā, ce Rāma, juste et sage, fit alors concevoir Jānakī, afin que se perpétue la lignée issue de la dynastie solaire.