
Ce chapitre se déploie comme un exposé théologique technique sous forme de dialogue. Atithi demande un enseignement sur les caractéristiques du corps; Kamaṭha répond en affirmant l’équivalence microcosme–macrocosme: le corps correspond aux strates du cosmos, de Pātāla jusqu’à Satyaloka, faisant de l’anatomie un schéma cosmologique. Le texte énumère ensuite les constituants et mesures du corps: les sept dhātu (peau, sang, chair, graisse, os, moelle, semence), le nombre d’os et de nāḍī, ainsi que les membres principaux et les organes internes. Vient alors une physiologie fonctionnelle: les nāḍī majeures (suṣumnā, iḍā, piṅgalā), les cinq vāyu (prāṇa, apāna, samāna, udāna, vyāna) et leurs fonctions liées au karma, les cinq formes du feu digestif (pācaka, rañjaka, sādhaka, ālocaka, bhrājaka) et les aspects soma/kapha (tels kledaka, bodhaka, tarpaṇa, śleṣmaka, ālambaka). La digestion et la transformation sont décrites: la nourriture devient rasa, puis sang et tissus successifs, tandis que les déchets s’évacuent par douze mala-āśraya. Le chapitre se tourne ensuite vers l’éthique: le corps doit être entretenu comme instrument de puṇya, et les actes portent fruit selon le temps, le lieu et la capacité. Enfin, il détaille la mort et le passage post mortem: le jīva quitte le corps par des ouvertures selon le karma, prend une forme intermédiaire (ativāhika), est conduit au domaine de Yama, affronte le motif de la rivière Vaitaraṇī et les conditions du preta-loka. Le texte souligne l’économie rituelle et morale des offrandes et du śrāddha (y compris l’accomplissement annuel et le sapinḍīkaraṇa) pour soulager l’état de preta, et conclut que le karma mêlé engendre des destinations mêlées (svarga/naraka) à la mesure des actes.
Verse 1
अतिथिरुवाच । साध्वबालमते बाल कमठैतत्त्वयोच्यते । शरीरलक्षणं श्रोतुं पुनरिच्छामि तद्वद
Atithi dit : Ô enfant Kamaṭha, ton enseignement sur les principes (tattva) convient à un esprit simple. Je souhaite entendre de nouveau les caractéristiques du corps ; dis-les-moi.
Verse 2
कमठ उवाच । यथैतद्वेद ब्रह्मांडं शरीरं च तथा शृणु । पादमूलं च पातालं प्रपदं च रसातलम्
Kamaṭha dit : Écoute comment ce corps correspond au brahmāṇḍa, l’œuf cosmique. La plante des pieds est Pātāla, et l’avant du pied est Rasātala.
Verse 3
तलातलं तथा गुल्फौ जंघे चास्य महातलम् । जानुनी सुतलं चोरू वितलं चातलं कटिम्
Talātala correspond aussi aux chevilles ; ses jambes (tibias) sont Mahātala. Les genoux sont Sutala ; les cuisses, Vitala ; et les hanches, Atala.
Verse 4
नाभिं महीतलं प्राहुर्भुवर्लोकमथोदरम् । उरःस्थलं च स्वर्लोकं महर्ग्रीवा मुखं जनम्
Ils nomment le nombril le plan de la Terre; le ventre est Bhuvarloka. La région de la poitrine est Svargaloka; le cou est Maharloka; et le visage est Janaloka.
Verse 5
नेत्रे तपः सत्यलोकं शीर्षदेशं वदंति च । तद्यथा सप्त द्वीपानि पृथिव्यां संस्थितानि च
Ils disent que les yeux sont Tapoloka, et que le sommet de la tête est Satyaloka. Et de même qu’il existe sept continents établis sur la terre—
Verse 6
तथात्र धातवः सप्त नामतस्तान्निबोध मे । त्वगसृङ्मांस मेदोऽस्थिमज्जाशुक्राणि धातवः
De même, voici les sept dhātu du corps—apprends-en les noms de ma bouche : peau, sang, chair, graisse, os, moelle et semence sont les dhātu.
Verse 7
अस्थ्नामत्र शतानि स्युस्त्रीणि षष्ट्यधिकानि च । त्रिंशच्छतसहस्राणि नाडीनां कथितानि च
Ici, on dit que les os sont au nombre de trois cent soixante; et que les nāḍī sont décrites comme étant trois cent mille.
Verse 8
षट्पंचाशत्सहस्राणि तथान्यानि नवैव तु । ता वहंति रसं देहे जलं नद्यो यथा भुवि
Il y en a cinquante-six mille (canaux), et encore neuf de plus. Ils portent dans le corps le rasa, l’essence vitale, comme les rivières sur la terre portent l’eau.
Verse 9
सार्धाभिस्तिसृभिश्छन्नं समंताद्रोमकोटिभिः । शरीरं स्थूलसूक्ष्माभिर्दृश्यादृश्या हि ताः स्मृताः
Le corps est couvert de toutes parts par trois crores et demi de poils. On s’en souvient comme de deux sortes : grossiers et subtils, visibles et invisibles.
Verse 10
षडंगानि प्रधानानि कथ्यमानानि मे शृणु । द्वौ बाहू सक्थिनी द्वे च मूर्धा जठरमेव च
Écoute de moi les six membres principaux que l’on décrit : les deux bras, les deux cuisses, la tête et le ventre.
Verse 11
अंत्राण्यत्र तथा त्रीणि सार्धव्यामत्रयाणि च । त्रिव्यामानि तथा स्त्रीणामाहुर्वेदविदो द्विजाः
Ici encore, les intestins sont au nombre de trois, mesurant trois vyāmas et demi ; et pour les femmes on dit qu’ils mesurent trois vyāmas, ainsi l’affirment les deux-fois-nés connaisseurs du Veda.
Verse 12
ऊर्ध्वनालमधोवक्त्रं हृदि पद्मं प्रकीर्त्यते । हृत्पद्मवामतः प्लीहो दक्षिणे स्यात्तथा यकृत्
Dans le cœur, dit-on, se trouve un lotus, dont la tige monte vers le haut et dont l’ouverture est tournée vers le bas. À gauche du lotus du cœur se tient la rate, et à droite, de même, le foie.
Verse 13
मज्जातो मेदसश्चैव वसायाश्च तथा द्विज । मूत्रस्य चैव पित्तस्य श्लेष्मणः शकृतस्तथा
Ô deux-fois-né, (les substances du corps sont) la moelle, la graisse et le tissu adipeux ; ainsi que l’urine, la bile, le flegme et pareillement les excréments.
Verse 14
रक्तस्य चरमस्यात्र गर्ता द्व्यंजलयः स्मृताः । गेयः प्रवर्तमानास्ते देहं संधारयंत्युत
Ici, l’on se souvient que les cavités réservoirs du sang ultime mesurent deux añjalis (deux pleines mains). En s’écoulant sans cesse, elles soutiennent véritablement le corps.
Verse 15
सीवन्यश्च तथा सप्त पंच मूर्धानमास्थिताः । एका मेढ्रं गता चैका तथा जिह्वां गता द्विज
Il y a sept sīvanyas (sutures) ; cinq sont établies dans la tête. L’une va au pénis, et l’autre, de même, va à la langue, ô deux‑fois‑né.
Verse 16
नाड्यः सर्वाः प्रवर्तंते नाभिपद्मात्तथात्र च । यासां श्रेष्ठा शिरो याता सुषुम्नेडाऽथ पिंगला
Toutes les nāḍīs naissent et se déploient ici depuis le lotus du nombril. Parmi elles, les plus excellentes qui atteignent la tête sont Suṣumnā, Iḍā et Piṅgalā.
Verse 17
नासिकाद्वारमासाद्य संस्थिते देहवर्धने । वायुरग्निश्चंद्रमाश्च पंचधा पंचधात्र च
Parvenues au seuil des narines, elles demeurent établies pour la croissance et le maintien du corps. Là aussi, le vāyu, l’agni et le principe lunaire (candra) opèrent chacun selon cinq modalités.
Verse 18
प्राणापानसमानाश्च उदानो व्यान एव च । पंच भेदाः स्मृता वायोः कर्मार्ण्येषां वदंति च
Prāṇa, Apāna, Samāna, Udāna et Vyāna : on s’en souvient comme des cinq divisions du vāyu (souffle vital) ; et l’on enseigne aussi les fonctions de chacun.
Verse 19
उच्छ्वासश्चैव निःश्वासो ह्यन्नपानप्रवेशनम् । आकंठाच्छीर्षसंस्थास्य प्राणकर्म प्रकीर्तितम्
L’expiration et l’inspiration, ainsi que l’entrée de nourriture et de boisson—telles sont proclamées les fonctions de Prāṇa, dont le siège s’étend de la gorge jusqu’à la tête.
Verse 20
त्यागो विण्मूत्रशुक्राणां गर्भविस्रवणं तथा । अपानकर्म निर्दिष्टं स्थानमस्य गुदोपरि
L’expulsion des selles, de l’urine et du sperme, ainsi que l’écoulement lié à la grossesse—voilà ce qui est indiqué comme fonction d’Apāna ; son siège se trouve au-dessus de l’anus.
Verse 21
समानो धारयत्यन्नं विवेचयति चाप्यथ । रसयंश्चैव चरति सर्वश्रोणिष्ववारितः
Samāna retient la nourriture au-dedans, puis en sépare et en distribue l’essence ; se mouvant sans obstacle à travers tous les canaux du corps, il fait circuler le rasa, la sève nourricière.
Verse 22
वाक्प्रवृत्तिप्रदोद्गारे प्रयत्ने सर्वकर्मणाम् । आकंठसुरसंस्थानमुदानस्य प्रकीर्त्यते
Udāna est dit responsable de l’élan extérieur de la parole, du rot et de l’effort dans toutes les actions ; son siège est décrit comme s’étendant jusqu’à la gorge et aux régions supérieures, domaine des dieux.
Verse 23
व्यानो हृदि स्थितो नित्यं तथा देहचरोपि च । धातुवृद्धिप्रदः स्वेदलालोन्मेषनिमेषकृत्
Vyāna demeure sans cesse dans le cœur et pourtant circule dans tout le corps. Il favorise la croissance des dhātu (constituants du corps) et produit la sueur, la salive, ainsi que l’ouverture et la fermeture des yeux.
Verse 24
पाचको रजकश्चैव साधकालोचकौ तथा । भ्राजकश्च तथा देहे पञ्चधा पावकः स्थितः
Dans le corps, le « feu intérieur » (pāvaka) est établi sous cinq formes : Pācaka, Rañjaka, Sādhaka, Ālocaka et Bhrājaka.
Verse 25
पाचकस्तु पचत्यन्नं नित्यं पक्वाशये स्थित । आमाशयस्थोऽपि रसं रंजकः कुरुते त्वसृक्
Pācaka, établi dans les intestins, digère sans cesse la nourriture. Et Rañjaka, bien que situé dans la région de l’estomac, transforme l’essence nutritive (rasa) en sang.
Verse 26
साधको हृदिसंस्थश्च बुद्ध्याद्युत्साहकारकः । आलोचकश्च दृक्संस्थो रूपदर्शनशक्ति कृत
Sādhaka, établi dans le cœur, engendre l’ardeur pour l’intellect et ce qui s’ensuit. Ālocaka, établi dans l’œil, confère le pouvoir de voir les formes.
Verse 27
त्वक्संस्थो भ्राजको देहं भ्राजयेन्निर्मलीकृतः । क्लेदको बोधकश्चैव तर्पणः श्लेष्मणस्तथा
Bhrājaka, assis dans la peau, rend le corps rayonnant et purifié. De même, Kledaka, Bodhaka et Tarpaṇa sont aussi enseignés comme des formes de Kapha (śleṣman).
Verse 28
आलंबकस्तथा देहे पंचधा सोम उच्यते । क्लेदकः क्लेदयत्यन्नं नित्यं पक्वाशये स्थितः
Dans le corps, Soma est dit agir de cinq manières. Kledaka, le principe d’humectation, demeurant sans cesse dans le gros intestin, humidifie et attendrit continuellement la nourriture.
Verse 29
बोधको रसनास्थश्च रसानामवबोधकः । शिरःस्थश्चक्षुरादीनां तर्पणात्तर्पणः स्मृतः
Le « Bodhaka », demeurant sur la langue, rend les saveurs véritablement connaissables. Et le « Tarpaṇa », siégeant dans la tête, est tenu pour ce qui nourrit les yeux et les autres sens par une satisfaction qui les soutient.
Verse 30
सर्वसंधिगतश्चैव श्लेष्मणः श्लेष्मकृत्तथा । उरःस्थः सर्वगात्राणि स वै ह्यालंबकः स्थितः
Pénétrant toutes les articulations et produisant aussi le mucus liant (śleṣman), l’« Ālambaka » demeure dans la poitrine, soutenant et affermissant tous les membres du corps.
Verse 31
एवं वाय्वग्निसोमैश्च देहः संधारितस्त्वसौ । आकाशजानि स्रोतांसि तथा कोष्ठविविक्तता
Ainsi, ce corps est maintenu par Vāyu, Agni et Soma. D’Ākāśa naissent les canaux du corps (srotas), et de lui proviennent aussi l’espace intérieur et la nette distinction des cavités viscérales.
Verse 32
पार्थिवानीह जानीहि घ्राणकेशनखानि च । अस्थीनि धैर्यं गुरुता त्वङ्मांस हृदयं गुदम्
Sache ici les éléments « terrestres » : le nez, les cheveux et les ongles ; les os, la fermeté et la pesanteur ; la peau et la chair ; ainsi que le cœur et l’anus.
Verse 33
नाभिर्मेदो यकृन्मज्जा अंत्रमामाशयः शिरा । स्नायुः पक्वाशयश्चैव प्राहुर्वेदविदो द्विजाः
Le nombril, la graisse, le foie, la moelle, les intestins, l’estomac et les vaisseaux ; ainsi que les tendons et le gros intestin — telle est la déclaration des dvija, connaisseurs du Veda.
Verse 34
नेत्रयोर्मडलं शुक्लं कफाद्भवति पैतृकम् । कृष्णं च मण्डलं वातात्तथा भवति मातृकम्
Dans les yeux, le cercle blanc naît du Kapha et l’on dit qu’il est d’origine paternelle ; et le cercle sombre naît du Vāta et l’on dit qu’il est pareillement d’origine maternelle.
Verse 35
पक्ष्ममण्डलमेकं तु द्वितीयं चर्ममण्डलम् । शुक्लं तृतीयं कथित चतुर्थं कृष्णमण्डलम्
Le premier est le cercle des cils ; le second, le cercle de la peau. Le troisième est dit être le cercle blanc, et le quatrième, le cercle sombre.
Verse 36
दृङ्मण्डलं पंचमं तु नेत्रं स्यात्पंचमण्डलम् । अपरे नेत्रभागे द्वे उपांगोऽपांग एव च
Le « disque de la vision » (dṛṅ-maṇḍala) est le cinquième ; ainsi dit-on que l’œil possède cinq cercles. D’autres, toutefois, mentionnent deux parties supplémentaires de l’œil : l’upāṅga et l’apāṅga.
Verse 37
उपांगो नेत्रपर्यंतो नासा मूलमपांगकः । वृषणौ च तथा प्रोक्तौ मेदोसृक्कफमांसकौ
L’upāṅga s’étend jusqu’au bord de l’œil ; l’apāṅga se tient à la racine du nez. Et l’on dit pareillement que les deux testicules sont faits de graisse, de sang, de kapha et de chair.
Verse 38
असृङ्मांसमयी जिह्वा सर्वेषामेव देहिनाम् । हस्तयोरोष्ठयोर्मेढ्रे ग्रीवायां षट् च कूर्चकाः
Chez tous les êtres incarnés, la langue est faite de sang et de chair. Et il y a six « kūrcaka » (nœuds ou faisceaux tendineux) situés dans les deux mains, les lèvres, l’organe de génération et le cou.
Verse 39
एवमत्र स्थिते जीवो देहेऽस्मिन्सप्तसप्तके । पंचविंशतिको व्याप्य देहं वासोऽस्य मूर्धनि
Ainsi, en cet état, le jīva, l’âme individuelle, demeure dans ce corps formé de deux ensembles de « sept et sept ». Relevant du principe aux vingt-cinq aspects, il pénètre tout le corps, mais son siège est dans la tête.
Verse 40
त्वगसृग्मांसमित्याहुस्त्रिकं मातृसमुद्भवम् । मेदोमज्जास्थिकं प्रोक्तं पितृजं षट्च कौशिकम्
Peau, sang et chair : cette triade est dite issue de la mère. Graisse, moelle et os sont déclarés venir du père ; et l’on évoque pareillement le groupe sextuple nommé « kauśika ».
Verse 41
एवं भूतमयं देहं पंचभूतसमुद्भवैः । अन्नैर्यथा वृद्धिमेति तदहं वर्णयामि ते
Ainsi, ce corps, fait des éléments, croît grâce aux aliments issus des cinq grands éléments. Je vais t’exposer comment se produit cet accroissement.
Verse 42
तदन्नं पिण्डकवलैर्ग्रासैर्भुक्तं च देहिभिः । पूर्वं स्थूलाशये वायुः प्राणः प्रकुरुते द्विधा
Cette nourriture, consommée par les êtres incarnés en morceaux et bouchées, parvient d’abord à l’estomac grossier. Là, le souffle vital, Prāṇa, agit sur elle de deux manières.
Verse 43
संप्रविश्यान्नमध्ये तु पृथगन्नपृथग्जलम् । अग्नेरूर्ध्वं जलं स्थाप्य तदन्नं तज्जलोपरि
En pénétrant la masse de nourriture, il sépare la nourriture de l’eau. Plaçant l’eau au-dessus du feu digestif, il dispose la nourriture au-dessus de cette eau.
Verse 44
जलस्याधः स्वयं प्राणः स्थित्वाग्निं धमते शनैः । वायुना धम्यमानोग्निरत्युष्णं कुरुते जलम्
Sous l’eau demeure Prāṇa lui-même, et doucement il attise le feu digestif (Agni). Attisé par le vent, ce feu rend l’eau d’une chaleur extrême.
Verse 45
तदन्नमुष्णतोयेन समंतात्पच्यते पुनः । द्विधा भवति तत्पक्वं पृथक्किट्टं पृथग्रसम्
Cette nourriture est alors cuite de toutes parts par l’eau chaude. Une fois digérée, elle devient double : d’un côté le rebut (kiṭṭa), de l’autre l’essence nourricière (rasa).
Verse 46
मलैर्द्वादशभिः किट्टं भिन्नं देहाद्बहिर्व्रजेत् । कर्णाक्षिनासिकाजिह्वादताः शिश्नं गुदं नखाः
La part de rebut, divisée en douze impuretés, s’en va hors du corps. Ce sont : les oreilles, les yeux, le nez, la langue, les dents, le pénis, l’anus et les ongles.
Verse 47
रोमकूपाणि चैव स्युर्द्वादशैते मलाश्रयाः । हृत्पद्मप्रतिबद्धाश्च सर्वा नाड्यः समंततः
Les pores des poils y des cheveux s’y trouvent aussi : ces douze sont les demeures des impuretés. Toutes les nāḍīs (canaux subtils), liées au lotus du cœur, se déploient de toutes parts.
Verse 48
तासां मुखेषु तं सूक्ष्मं व्यानः स्थापयते रसम् । रसेन तेन ता नाडीः समानः पूरयेत्पुनः
Dans les bouches (ouvertures) de ces canaux, Vyāna établit la subtile essence nourricière (rasa). Puis, par ce rasa, Samāna remplit de nouveau les nāḍīs, soutenant la circulation intérieure du corps.
Verse 49
ततः प्रयांति संपूर्णास्ताश्च देहं समंततः । ततः स नाडिमध्यस्थो रञ्जकेनोष्मणा रसः
Ensuite, ces canaux, entièrement remplis, se répandent dans tout le corps. Alors le rasa, situé dans les nāḍīs, est transformé par la chaleur colorante.
Verse 50
पच्यते पच्यमानस्तु रुधिरत्वं भजेत्पुनः । ततस्त्वग्लोमकेशाश्च मांसं स्नायु शिरास्थि च
Lorsqu'il est cuit (transformé), il atteint à nouveau l'état de sang. De là naissent la peau, les poils et les cheveux, ainsi que la chair, les tendons, les veines et les os.
Verse 51
नखा मज्जा खवैमल्यं शुक्रवृद्धिः क्रमाद्भवेत् । एवं द्वादशधान्नस्य परिणामः प्रकीर्त्यते
Dans l'ordre, naissent les ongles, la moelle, la purification des cavités corporelles et l'augmentation de la semence. Ainsi est proclamée la douzième transformation de la nourriture.
Verse 52
एवमेतद्विनिष्पन्नं शरीरं पुण्यहेतवे । यथैव स्यंदनः शुभ्रो भारसंवाहनाय च
Ainsi, ce corps, une fois entièrement formé, est destiné à être une cause de mérite. Tout comme un char propre et excellent existe pour porter un fardeau, le corps est destiné à un effort utile.
Verse 53
तैलाभ्यंगादिभिर्यत्नैर्बहुभिः पाल्यते न चेत् । किं कृत्यं साध्यते तेन यदि भारं वहेन्न हि
Si un char n'est pas entretenu avec de nombreux efforts — comme le huilage et autres — quelle tâche peut être accomplie par lui, s'il ne peut même pas supporter la charge ?
Verse 54
एवमेतेन देहेन किं कृत्यं भोजनोत्तमैः । वर्धितेन न चेत्पुण्यं कुरुते पशुवच्च तत्
De même, à quoi sert-il de nourrir ce corps des mets les plus exquis, si—bien qu’ainsi accru—il n’accomplit aucun mérite (puṇya) et vit comme une bête ?
Verse 55
भवंति चात्र श्लोकाः । यस्मिन्काले च देशे च वयसा यादृशेन च । कृतं शुभाशुभं कर्म तत्तथा तेन भुज्यते
Et voici des vers qui résument l’enseignement : Quel que soit le temps, le lieu, et l’âge, l’acte bon ou mauvais accompli, on en goûte le fruit d’une manière correspondante.
Verse 56
तस्मात्सदा शुभं कार्यमविच्छिन्नसुखार्थिभिः । विच्छिद्यंतेऽन्यथा भोगा ग्रीष्मे कुसरितो यथा
C’est pourquoi ceux qui recherchent un bonheur ininterrompu doivent toujours accomplir le bien. Sinon, les jouissances se rompent—comme de petits ruisseaux qui se dessèchent en été.
Verse 57
यस्मात्पापेन दुःखानि तीव्राणि सुबहून्यपि । तस्मात्पापं न कर्तव्यमात्मपीडाकरं हि तत्
Car le péché engendre des souffrances intenses—nombreuses et terribles—c’est pourquoi il ne faut pas commettre le péché ; en vérité, c’est se tourmenter soi-même.
Verse 58
एवं ते वर्णितः साधो प्रश्नोऽयं शक्तितो मया । यथा संजायते प्राणी यथा शृणु प्रलीयते
Ainsi, ô homme de bien, j’ai exposé cette question selon ma capacité : comment un être vivant naît ; écoute maintenant aussi comment il parvient à la dissolution (la mort).
Verse 59
आयुष्ये कर्मणि क्षीणे संप्राप्ते मरणे नृणाम् । स्वकर्मवशगो देही कृष्यते यमकिंकरैः
Quand la durée de vie impartie et le karma qui la soutient sont épuisés et que la mort survient, l’âme incarnée—assujettie à ses propres actes—est traînée par les serviteurs de Yama.
Verse 60
पंचतन्मात्रसहितः समनोबुद्ध्यहंकृतिः । पुण्यपापमयैः पाशैर्बद्धो जीवस्त्यजे द्वपुः
Accompagné des cinq essences subtiles, avec le mental, l’intellect et le sens du moi, le jīva—lié par des lacets faits de mérite et de faute—abandonne le corps.
Verse 61
शीर्ष्णश्च सप्तभिश्छिद्रैर्निर्गच्छेत्पुण्यकर्मणाम् । अधश्च पापिनां यांति योगिनां ब्रह्मरंध्रतः
Ceux dont les actes sont méritoires s’en vont par les sept ouvertures de la tête ; les pécheurs descendent ; mais les yogins sortent par l’ouverture de Brahma (brahmarandhra).
Verse 62
तत्क्षणात्सोऽथ गृह्णाति शारीरं चातिवाहिकम् । अंगुष्ठपर्वमात्रं तु स्वप्राणैरेव निर्मितम्
À cet instant même, il revêt un corps « ativāhika » (corps porteur), grand comme une phalange du pouce, formé uniquement de ses propres souffles vitaux (prāṇa).
Verse 63
ततस्तस्मिन्स्थितं जीवं देहे यमभटास्तदा । बद्ध्वा नयंति मार्गेण याम्येनाति यथाबलम्
Alors les gardes de Yama, trouvant le jīva établi dans ce corps, le lient et le mènent sur la voie de Yama, avec la force requise.
Verse 64
तप्तांबरीषतुल्येन अयोगुडनिभेन च । प्रतप्तसिकतेनापि ताम्रपात्रनिभेन च
Sur cette voie, il est tourmenté : comme pressé par une masse de fer incandescente, comme un bloc de fer brûlant, comme par un sable ardent, et comme par un vase de cuivre chauffé.
Verse 65
षडशीतिसहस्राणि योजनानां महीतलात् । कृष्यमाणो यमपुरीं नीयते पापकृद्भटैः
Traîné depuis la surface de la terre sur quatre-vingt-six mille yojanas, le fauteur de péché est conduit par les gardes jusqu’à la cité de Yama.
Verse 66
क्वचिच्छीतं महादुर्गमन्धकारं क्वचिन्महत् । अग्निसंस्पर्शवदनैः काककाकोलजंबुकैः
En certains lieux, c’est un froid glacial ; en d’autres, une obscurité immense et impraticable — tandis que corbeaux, corneilles et chacals, la gueule comme au contact du feu, l’assaillent.
Verse 68
क्वचिच्च भक्ष्यते घोरै राक्षसैः कृष्यतेऽस्यते । दह्यमानोतिघोरेण सैकतेन च नीयते
En certains lieux, il est dévoré par d’effroyables rākṣasas ; il est traîné et frappé ; brûlant sur des sables terriblement ardents, il est poussé en avant.
Verse 69
मुहूतैर्दशभिर्याति तं मार्गमतिदुस्तरम् । तं कालं सुमहद्वेत्ति पुरुषो वर्षसंमितम्
En dix muhūrtas à peine, on le fait parcourir cette route extrêmement difficile ; pourtant l’être incarné éprouve ce temps comme démesurément long, comme s’il se comptait en années.
Verse 70
तार्यते च नदीं घोरां पूयशोणितवाहिनीम् । नदीं वैतरणीं नाम केशशैवलशाद्वलाम्
Et on le fait traverser un fleuve effroyable qui charrie pus et sang — le fleuve nommé Vaitaraṇī — dont les rives sont emmêlées de cheveux et couvertes d’algues visqueuses et d’herbes.
Verse 71
ततो यमस्य पुरतः स्थाप्यते यमकिंकरैः । पापी महाभयं पश्येत्कालांतकमुखैर्वृतम्
Puis les serviteurs de Yama le placent devant Yama ; le pécheur voit une grande terreur, entouré de visages semblables au Temps-et-à-la-Mort eux-mêmes.
Verse 72
पुण्यकर्मा सौम्यरूपं धर्मराजं तदा किल । मनुष्या एव गच्छंति यमलोकेन चापरे
Mais celui qui accomplit le mérite, en ce temps-là, s’approche vraiment de Dharmarāja dans sa forme douce ; et d’autres êtres encore passent par la voie du monde de Yama, en vérité comme des âmes humaines.
Verse 73
मरणानंतरं तेषां जंतूनां योनिपूरणम् । तथाहि प्रेता मनुजाः श्रूयंते नान्यजंतवः
Après la mort, pour ces êtres il y a l’entrée dans un nouveau sein (renaissance) ; car l’on entend que les « pretas » sont des êtres humains, et l’on ne parle pas ainsi des autres créatures.
Verse 74
धार्मिकः पूज्यते तत्र पापः पाशगलो भवेत् । धार्मिकश्च यथा याति तं मार्गं शृणु वच्मि ते
Là, le juste est honoré, tandis que le pécheur devient lié par le nœud coulant (pāśa). Écoute maintenant de moi comment le dhārmika chemine sur cette voie.
Verse 75
आरामद्रुमदातारः फलपुष्पवता पथा । छायया च सुखं यांति तथा ये च्छत्रदा नराः
Ceux qui offrent des bosquets et des arbres cheminent sur une voie riche de fruits et de fleurs, et vont dans le confort sous l’ombre; de même vont ceux qui ont donné des ombrelles.
Verse 76
उपानहप्रदा यानैर्वितृषाः पूर्तधर्मिणः । विमानैर्यानदा यांति तथा शय्यासनप्रदाः
Ceux qui donnent des chaussures—accomplisseurs d’œuvres de mérite public—voyagent en véhicules et demeurent sans soif. Ceux qui offrent des véhicules vont en vimānas, chars célestes; de même ceux qui donnent lits et sièges.
Verse 77
भक्ष्यभोज्यैस्तथा तृप्ता यांति भोजनदायिन । दीपप्रदाः प्रकाशेन गोप्रदास्तां नदीं सुखम्
Ceux qui donnent la nourriture vont rassasiés, pourvus de mets et de repas. Les donateurs de lampes avancent avec la lumière pour compagne; les donateurs de vaches traversent ce fleuve avec aisance et douceur.
Verse 78
श्रीसूर्यं श्रीमहादेवं भक्ता ये पुरुषोत्तमम् । जन्मप्रभृति ते यांति पूज्यमाना यमानुगैः
Les dévots voués au Soleil glorieux, à Śrī Mahādeva et au Suprême Personne, Puruṣottama—dès leur naissance, ils avancent, honorés même par les serviteurs de Yama.
Verse 79
महीं गां कांचनं लोहं तिलान्कार्पासमेव च । लवणं सप्तधान्यं च दत्त्वा याति सुखं नरः
L’homme qui donne en aumône la terre, une vache, l’or, le fer, le sésame, le coton, le sel et les sept sortes de grains, atteint un état de félicité.
Verse 80
तेषां तत्र गतानां च पापिनां पुण्यकर्मिणाम् । चित्रगुप्तः प्रेतपाय निरूपयति वै ततः
Pour ceux qui sont allés là-bas, pécheurs comme vertueux, Citragupta détermine en effet leur sort dans le royaume des défunts.
Verse 81
प्रेतलोके स वसति ततः संवत्सरं नरः । वत्सरेण च तेनास्य शरीरमभिजायते
Là, la personne demeure dans le monde des pretas pendant un an ; et à l'achèvement de cette année, un corps est formé pour elle.
Verse 82
सोदकुम्भमथान्नाद्यं बांधवैर्यत्प्रदीयते । दिनेदिने स तद्भुक्त्वा तेन वृद्धिं प्रयाति च
Et le pot d'eau ainsi que les offrandes de nourriture donnés par ses proches — en les mangeant jour après jour, il grandit par ce moyen.
Verse 83
पूर्वदत्तमथान्नाद्यं प्राप्नोति स्वयमेव च । स्वयं येन न दत्तं च तथा दाता न विद्यते
Il reçoit aussi, de lui-même, la nourriture et autres choses données auparavant ; mais pour celui qui n'a rien donné, aucun donateur n'est trouvé.
Verse 84
न चाप्युदकदातासौ क्षुत्तृड्भ्यामतिपीड्यते । बांधवैस्तूदकं दत्तं नदीभूत्वोपतिष्ठति
Et celui qui a donné de l'eau n'est pas sévèrement tourmenté par la faim et la soif ; de plus, l'eau offerte par les proches vient à lui, devenant comme une rivière.
Verse 85
मासिमासि च यच्छ्राद्धं षोडशश्राद्धपूर्वकम् । अत्र न क्रियते यस्य प्रेतत्वात्स न मुच्यते
Si, ici, l’on n’accomplit pas pour quelqu’un le śrāddha mensuel—en commençant par les seize śrāddhas—il n’est pas délivré de l’état de preta.
Verse 86
मानुषेण दिनेनैव प्रेतलोके दिनं स्मृतम् । तस्माद्दिनेदिने देयं प्रेतायान्नं च वत्सरम्
Un seul jour humain est tenu pour un jour dans le monde des pretas; c’est pourquoi, jour après jour, on doit offrir de la nourriture au preta pendant une année.
Verse 87
तं च स्माशानिकानाम गणा याम्या भयावहाः । शीतवातातपोपेतं तत्र रक्षंति पापिनम्
Et là, de redoutables serviteurs semblables à Yama, appelés « smāśānikas », montent la garde sur le pécheur, assailli par le froid, le vent et la chaleur brûlante.
Verse 88
यथेह बन्धने कश्चिद्रक्ष्यते विषमैर्नरैः । प्रेतपिंडा न दीयंते षोडशश्राद्धपूर्वकाः
De même qu’en ce monde un détenu est gardé par des hommes durs, de même les offrandes de piṇḍa au preta ne sont pas données—celles qui doivent être offertes en commençant par les seize śrāddhas.
Verse 89
यस्य तस्य न मोक्षोऽस्ति प्रेतत्वाद्वै युगैरपि । ततः सपिण्डीकरणे बांधवैः सुकृते नरः
Tant qu’il demeure dans l’état de preta, il n’est point de délivrance pour lui, même au fil d’âges immenses. Ensuite, lorsque les proches accomplissent le rite de sapiṇḍīkaraṇa avec le mérite requis, le défunt en reçoit le juste bienfait.
Verse 90
पूर्णे संवत्सरे देहं संपूर्णं प्रतिपद्यते । पापात्मा घोररूपं तु धार्मिको दिव्यमुत्तमम्
Quand une année entière s’achève, l’être obtient un corps pleinement formé. L’âme pécheresse revêt une forme effroyable, tandis que le juste reçoit une forme lumineuse et suprême.
Verse 91
ततः स नरकं याति स्वर्गं वा स्वेन कर्मणा । रौरवाद्याश्च नरकाः पातालतलसंस्थिताः
Ensuite, selon ses propres actes, il va en enfer ou au ciel. Les enfers, à commencer par Raurava, se trouvent dans les régions de Pātāla.
Verse 92
सुराद्याः सत्यपर्यंताः स्वर्लोकस्योर्ध्वमाश्रिताः । इतिहासपुराणेषु वेदस्मृतिषु यच्छुतम्
Les mondes, depuis celui des dieux jusqu’à Satya, sont établis au-dessus de Svarga. Telle est l’enseignement entendu dans les Itihāsa et les Purāṇa, ainsi que dans les Veda et les Smṛti.
Verse 93
पुण्यं तेन भवेत्स्वर्गो नरकस्तद्विपर्ययात् । तत्रापि कालवसति कर्मणामनुरूपतः
Par le mérite advient le ciel; par son contraire, l’enfer. Même là, on demeure pour une durée proportionnée à ses actes.
Verse 94
अर्वाक्सपिंडीकरणं यस्य वर्षाच्च वा कृतम् । प्रेतत्वमपि तस्यापि प्रोक्तं संवत्सरं धुवम्
Même si le sapiṇḍīkaraṇa de quelqu’un est accompli plus tôt—avant l’écoulement de l’année—, il est néanmoins déclaré avec certitude que l’état de preta dure une année entière.
Verse 95
यैरिष्टं च त्रिभिर्मेधैरर्चितं वा सुरत्रयम् । प्रेतलोकं न ते यांति तथा ये समरे हताः
Ceux qui ont accompli trois sacrifices, ou qui ont adoré la triade des dieux, ne vont pas au royaume des prétas ; de même, ceux qui tombent au combat n’y vont pas non plus.
Verse 96
शुद्धेन पुण्येन दिवं च शुद्धां पापेन शुद्धेन तथा तमोंधम् । मिश्रेण स्वर्गं नरकं च याति देहस्तथैवास्य भवेच्च तादृक्
Par un mérite pur, on atteint un ciel pur ; par un péché pur, on tombe dans une obscurité aveuglante. Par des actes mêlés, on va au ciel et en enfer, et sa condition incarnée devient elle aussi mêlée en conséquence.
Verse 97
प्रश्नत्रयं चेति तव प्रणीतमुत्पत्तिमृत्यू परलोकवासः । यथा गुरुर्मे समुदाजहार किं भूय इच्छत्युत तद्वदामि
Ainsi as-tu formulé les trois questions : la naissance, la mort et la demeure dans l’au-delà. Comme mon maître me l’a exposé, je te le dirai de même ; que désires-tu entendre encore ?
Verse 617
मक्षिकादंशमशकैर्भक्ष्यते सर्पवृश्चिकैः । भक्ष्यमाणोऽपि तैर्जंतुः क्रंदते म्रियते न हि
Il est dévoré par les mouches, les taons et les moustiques, ainsi que par les serpents et les scorpions. Bien qu’ils le mangent, l’être gémit et se lamente, sans pourtant mourir.