
Le chapitre s’ouvre sur la demande de Pārvatī, qui prie Śiva d’exposer avec compassion le māhātmya de Kedāra. Śiva répond en décrivant une théologie graduée de l’intention et du cheminement : le simple fait de se résoudre à aller à Kedāra commence déjà à dissoudre les fautes accumulées ; quitter la maison, avancer sur la route, se souvenir du Nom, puis obtenir le darśana et l’eau du tīrtha sont présentés comme des efficacités spirituelles croissantes. Harapāpa-hrada (aussi nommé Kedāra-kuṇḍa) est ensuite relié aux actes rituels—snāna, culte du liṅga (liṅga-pūjā) et śrāddha—avec la promesse de mérite et d’élévation des ancêtres. Un récit illustratif suit : un jeune ascète lié à la discipline Pāśupata (identifié ici comme Vasiṣṭha) entreprend le pèlerinage de Kedāra ; son maître obtient un départ divin, et le vœu inébranlable de Vasiṣṭha attire la faveur de Śiva, qui établit sa présence au tīrtha pour le bien des pratiquants, surtout au temps du Kali-yuga. Le chapitre cartographie enfin les liṅgas proches de Kedāra—Citrāṅgadeśvara, Nīlakaṇṭha, Ambārīṣeśa, Indradyumneśvara, Kālañjareśvara, Kṣemeśvara—et attribue à chacun des mérites propres au lieu, comme un itinéraire sacré localisé au sein de Kāśī.
Verse 1
पार्वत्युवाच । नमस्ते देवदेवेश प्रणमत्करुणानिधे । वद केदारमाहात्म्यं भक्तानामनुकंपया
Pārvatī dit : Hommage à Toi, Seigneur des dieux, océan de compassion pour ceux qui se prosternent. Par grâce envers les dévots, dis la grandeur de Kedāra.
Verse 2
तस्मिंल्लिंगे महाप्रीतिस्तव काश्यामनुत्तमा । तद्भक्ताश्च जना नित्यं देवदेवमहाधियः
Pour ce Liṅga, Ton amour suprême à Kāśī est sans pareil ; et ses dévots sont toujours des êtres d’intelligence élevée, voués au Seigneur des dieux.
Verse 3
देवदेव उवाच । शृण्वपर्णेभिधास्यामि केदारेश्वर संकथाम् । समाकर्ण्यापि यां पापोप्यपापो जायते क्षणात्
Le Seigneur des dieux dit : Écoute, ô Aparṇā ; je vais exposer le récit sacré de Kedāreśvara, dont l’audition rend même le pécheur sans péché en un instant.
Verse 4
केदारं यातुकामस्य पुंसो निश्चितचेतसः । आजन्मसंचितं पापं तत्क्षणादेव नश्यति
Pour l’homme qui, le cœur résolu, décide d’aller à Kedāra, les péchés amassés depuis la naissance sont anéantis à l’instant même.
Verse 5
गृहाद्विनिर्गते पुंसि केदारमभिनिश्चितम् जन्मद्वयार्जितं पापं शरीरादपि निर्व्रजेत्
Quand l’homme, fermement décidé pour Kedāra, quitte sa demeure, le péché acquis en deux naissances s’éloigne même de son propre corps.
Verse 6
मध्ये मार्गं प्रपन्नस्य त्रिजन्मजनितं त्वघम् । देहगेहाद्विनिःसृत्य निराशं याति निःश्वसत्
Pour celui qui s’est engagé sur la route, le péché né de trois vies sort du corps—sa demeure—et s’en va, sans espoir, comme en soupirant de défaite.
Verse 7
सायंकेदारकेदारकेदारेति त्रिरुच्चरन् । गृहेपि निवसन्नूनं यात्राफलमवाप्नुयात्
Si, le soir, l’on prononce trois fois : « Kedāra, Kedāra, Kedāra », alors, même en demeurant chez soi, on obtient assurément le fruit du pèlerinage.
Verse 8
दृष्ट्वा केदारशिखरं पीत्वा तत्रत्यमंबु च । सप्तजन्मकृतात्पापान्मुच्यते नात्र संशयः
En voyant le sommet de Kedāra et en buvant l’eau de ce lieu, on est délivré des péchés commis en sept naissances ; là-dessus, nul doute.
Verse 9
हरपापह्रदे स्नात्वा केदारेशं प्रपूज्य च । कोटिजन्मार्जितैनोभिर्मुच्यते नात्र संशयः
Après s’être baigné dans le lac Hara-pāpa et avoir vénéré Kedāreśa, on est délivré des fautes amassées durant des crores de naissances ; là-dessus, nul doute.
Verse 10
सकृत्प्रणम्य केदारं हरपापकृतोदकः । स्थाप्य लिंगं हृदंभोजे प्रांते मोक्षं गमिष्यति
Celui qui, s’étant incliné une seule fois devant Kedāra et purifié par les eaux qui ôtent le péché, établit le Śiva-liṅga sur le lotus du cœur, atteindra la délivrance au terme de sa vie.
Verse 11
हरपापह्रदे श्राद्धं श्रद्धया यः करिष्यति । उद्धृत्य सप्तपुरुषान्स मे लोकं गमिष्यति
Quiconque accomplit le śrāddha au lac Hara-pāpa avec une foi sincère, après avoir relevé sept générations, ira en mon monde.
Verse 12
पुरा राथंतरे कल्पे यदभूदत्र तच्छृणु । अपर्णे दत्तकर्णा त्वं वर्णयामि तवाग्रतः
Écoute ce qui advint ici jadis, dans le kalpa Rāthaṃtara. Ô Aparṇā, sois tout entière attentive ; je vais le raconter devant toi.
Verse 13
एको ब्राह्मणदायाद उज्जयिन्या इहागतः । कृतोपनयनः पित्रा ब्रह्मचर्यव्रतेस्थितः
Un jeune brāhmane, héritier d’une lignée de brāhmanes, vint ici depuis Ujjayinī. Son père avait accompli pour lui l’upanayana, et il demeurait établi dans le vœu de brahmacarya.
Verse 14
स्थलीं पाशुपतीं काशीं स विलोक्य समंततः । द्विजैः पाशुपतैः कीर्णां जटामुकुटभूषितैः
Voyant de toutes parts le saint domaine de Kāśī, de nature Pāśupatī, il le contempla rempli de brahmanes pāśupata, parés de couronnes de chevelures emmêlées (jaṭā).
Verse 15
कृतलिंगसमर्चैश्च भूतिभूषितवर्ष्मभिः । भिक्षाहृतान्नसंतुष्टैः पुष्टैर्गंगामृतोदकैः
Ils adoraient le liṅga avec la révérence requise ; leurs corps étaient ornés de cendre sacrée (vibhūti). Satisfaits de la nourriture reçue en aumône, ils étaient soutenus par les eaux de la Gaṅgā, pareilles au nectar.
Verse 16
बभूवानंदितमना व्रतं जग्राह चोत्तमम् । हिरण्यगर्भादाचार्यान्महत्पाशुपताभिधम्
Le cœur réjoui, il entreprit un vœu excellent : la grande observance appelée Pāśupata, reçue du maître Hiraṇyagarbha.
Verse 17
स च शिष्यो वशिष्ठोभूत्सर्वपाशुपतोत्तमः । स्नात्वा ह्रदे हरपापे नित्यप्रातः समुत्थितः
Ce disciple devint Vasiṣṭha, le plus éminent de tous les Pāśupatas. Se levantant chaque matin, il se baignait dans le lac Hara-pāpa.
Verse 18
विभूत्याहरहः स्नाति त्रिकालं लिंगमर्चयन् । नांतरं स विजानाति शिवलिंगे गुरौ तथा
Jour après jour, il se baignait, s’enduisait de cendre sacrée (vibhūti) et adorait le liṅga aux trois moments du jour. Il ne voyait aucune différence entre le Śiva-liṅga et son guru.
Verse 19
स द्वादशाब्ददेशीयो वशिष्ठो गुरुणा सह । ययौ केदारयात्रार्थं गिरिं गौरीगुरोर्गुरुम्
Lorsque Vasiṣṭha eut atteint l’âge de douze ans, il partit avec son maître en pèlerinage vers Kedāra, vers la montagne qui est le Guru suprême, même du guru de Gaurī.
Verse 20
यत्र गत्वा न शोचंति किंचित्संसारिणः क्वचित । प्राश्योदकं लिंगरूपं लिंगरूपत्वमागताः
Parvenus en ce lieu, les êtres du monde ne s’affligent plus en aucune manière. En buvant l’eau consacrée liée au Liṅga, ils atteignent l’état même du Liṅga, l’union à la forme de Śiva.
Verse 21
असिधारं गिरिं प्राप्य वशिष्ठस्य तपस्विनः । गुरुर्हिरण्यगर्भाख्यः पंचत्वमगमत्तदा
Lorsque l’ascète Vasiṣṭha parvint au mont Asidhāra, son guru nommé Hiraṇyagarbha atteignit alors le pañcatva : il se résorba dans les cinq éléments (c’est-à-dire qu’il s’éteignit).
Verse 22
पश्यतां तापसानां च विमाने सार्वकामिके । आरोप्य तं पारिषदाः कैलासमनयन्मुदा
Sous les yeux des ascètes, les serviteurs de Śiva le firent monter dans un vimāna céleste exauçant tous les désirs et, dans la joie, le conduisirent à Kailāsa.
Verse 23
यस्तु केदारमुद्दिश्य गेहादर्धपथेप्यहो । अकातरस्त्यजेत्प्राणान्कैलासे स चिरं वसेत्
Celui qui, ayant Kedāra pour but, même s’il rend l’âme à mi-chemin de sa demeure—sans faiblir et demeurant ferme—séjournera longtemps à Kailāsa.
Verse 24
तदाश्चर्यं समालोक्य स वशिष्ठस्तपोधनः । केदारमेव लिंगेषु बह्वमंस्त सुनिश्चितम्
Voyant cette merveille, Vasiṣṭha, trésor des ascètes, fut pleinement convaincu : parmi les liṅga de Śiva, Kedāra est véritablement le plus sublime.
Verse 25
अथ कृत्वा स कैदारीं यात्रां वाराणसीमगात् । अग्रहीन्नियमं चापि यथार्थं चाकरोत्पुनः
Puis, ayant accompli le pèlerinage de Kedāra, il se rendit à Vārāṇasī ; et de nouveau il reprit ses observances, les accomplissant exactement selon la règle.
Verse 26
प्रति चैत्रं सदा चैत्र्यां यावज्जीवमहं ध्रुवम् । विलोकयिष्ये केदारं वसन्वाराणसीं पुरीम्
Chaque année, au mois de Caitra—oui, tant que je vivrai, sans jamais faillir—je contemplerai Kedāra, tout en demeurant dans la cité de Vārāṇasī.
Verse 27
तेन यात्राः कृताः सम्यक् षष्टिरेकाधिका मुदा । आनंदकानने नित्यं वसता ब्रह्मचारिणा
Ainsi, demeurant sans cesse à Ānandakānana en brahmacārin, il accomplit avec joie les pèlerinages comme il se doit : soixante et un au total.
Verse 28
पुनर्यात्रां स वै चक्रे मधौ निकटवर्तिनि । परमोत्साहसंतुष्टः पलिता कलितोप्यलम्
Lorsque le mois de Madhu (le printemps) s’approcha, il entreprit de nouveau le pèlerinage, comblé d’un élan suprême, bien que ses cheveux fussent devenus tout à fait gris.
Verse 29
तपोधनैस्तन्निधनं शंकमानैर्निवारितः । कारुण्यपूर्णहृदयैरन्यैरपि च संगिभिः
Craignant que cela ne le mène à la mort, les sages ascètes le retinrent ; et d’autres compagnons encore, le cœur rempli de compassion, s’efforcèrent aussi de l’arrêter.
Verse 30
ततोपि न तदुत्साहभंगोभूद्दृढचेतसः । मध्ये मार्गं मृतस्यापि गुरोरिव गतिर्मम
Pourtant, l’élan de celui dont l’esprit était ferme ne se brisa pas. Pour moi, sa marche fut comme celle d’un maître—bien qu’il fût mort—guidant la voie au cœur même du chemin.
Verse 31
इति निश्चितचेतस्के वशिष्ठे तापसे शुचौ । अशूद्रान्न परीपुष्टे तुष्टोहं चंडिकेऽभवम्
Ainsi, lorsque Vasiṣṭha—l’ascète pur à l’esprit résolu—ne fut pas nourri d’aliments provenant des Śūdras, moi, Caṇḍikā, je fus pleinement satisfaite de lui.
Verse 32
स्वप्रेमया स संप्रोक्तो वशिष्ठस्तापसोत्तमः । दृढव्रत प्रसन्नोस्मि केदारं विद्धि मामिह
Ainsi interpellée par Vasiṣṭha, le meilleur des ascètes, dans sa propre dévotion aimante, je dis : «Ô toi, ferme dans tes vœux, je suis satisfaite ; sache qu’ici je suis Kedāra».
Verse 33
अभीष्टं च वरं मत्तः प्रार्थयस्वाविचारितम् । इत्युक्तवत्यपि मयि स्वप्नो मिथ्येति सोब्रवीत्
Même lorsque je dis : «Demande-moi sans hésiter la grâce que tu désires», il répondit : «C’est un rêve ; cela est illusoire».
Verse 34
ततोपि स मया प्रोक्तः स्वप्नो मिथ्याऽशुचिष्मताम् । भवादृशाममिथ्यैव स्वाख्या सदृशवर्तिनाम्
Pourtant je lui dis : «Le songe est mensonge pour les impurs ; mais pour ceux qui te ressemblent—demeurant selon leur noble nature—ma propre auto‑révélation n’est jamais mensongère».
Verse 35
वरं ब्रूहि प्रसन्नोस्मि स्वप्नशंकां त्यज द्विज । तव सत्त्ववतः किंचिन्मयादेयं न किंचन
«Dis ton vœu ; je suis comblé. Renonce au doute que ceci soit un songe, ô deux‑fois‑né. Pour toi, riche de vraie vertu, il n’est rien que je ne puisse accorder».
Verse 36
इत्युक्तं मे समाकर्ण्य वरयामास मामिति । शिष्यो हिरण्यगर्भस्य तपस्विजनसत्तमः
Ayant entendu ce que j’avais dit, le meilleur des ascètes—disciple de Hiraṇyagarbha—me demanda alors le don en conséquence.
Verse 37
यदि प्रसन्नो देवेश तदा मे सानुगा इमे । सर्वे शूलिन्नुग्राह्या एष एव वरो मम
«Si tu es satisfait, ô Seigneur des dieux, que tous ces compagnons qui sont avec moi reçoivent la faveur du Seigneur au Trident ; tel est, et tel seul, mon vœu».
Verse 38
देवि तस्येदमाकर्ण्य परोपकृतिशालिनः । वचनं नितरां प्रीतस्तथेति तमुवाच ह
Ô Déesse, entendant les paroles de cet homme riche en bienveillance, le Seigneur fut comblé d’une joie profonde et lui dit : «Qu’il en soit ainsi».
Verse 39
पुनः परोपकरणात्तत्तपो द्विगुणीकृतम् । तेन पुण्येन स मया पुनः प्रोक्तो वरं वृणु
De nouveau, par cet acte de servir autrui, son austérité fut doublée. Et par la puissance de ce mérite, je lui dis encore : «Choisis une grâce».
Verse 40
स वशिष्ठो महाप्राज्ञो दृढ पाशुपतव्रतः । देवि मे प्रार्थयामास हिमशैलादिह स्थितिम्
Ce grand sage Vasiṣṭha—d’une sagesse suprême et fermement établi dans le vœu pāśupata—ô Déesse, me supplia de demeurer ici, étant venu du mont Himālaya.
Verse 41
ततस्तत्तपसाकृष्टः कलामात्रेण तत्र हि । हिमशैले ततश्चात्र सर्वभावेन संस्थितः
Alors, attiré par la puissance de cette austérité, en un seul instant je fus là, sur l’Himālaya ; puis, ensuite, je m’établis ici de tout mon être.
Verse 42
ततः प्रभाते संजाते सर्वेषां पश्यतामहम् । हिमाद्रे प्रस्थितः प्राप्तस्तूयमानः सुरर्षिभिः
Puis, lorsque l’aurore se leva, sous les yeux de tous, je partis et parvins à l’Himālaya, célébré par les sages divins.
Verse 43
वशिष्ठं पुरतः कृत्वा सर्वसार्थसमायुतम् । हरपापह्रदे तीर्थे स्थितोहं तद्नुग्रहात्
Plaçant Vasiṣṭha à l’avant, accompagné de toute la caravane des disciples, par sa grâce je pris demeure au tīrtha nommé Harapāpa-hrada.
Verse 44
मत्परिग्रहतः सर्वे हरपापे कृतोदकाः । आराध्य मामनेनैव वपुषा सिद्धिमागताः
Tous ceux qui étaient sous ma protection accomplirent le rite de l’eau à Harapāpa ; et, m’ayant adoré en cette forme même incarnée, ils obtinrent l’accomplissement spirituel.
Verse 45
तदा प्रभृति लिंगेस्मिन्स्थितः साधकसिद्धये । अविमुक्ते परे क्षेत्रे कलिकाले विशेषतः
Dès lors, je demeure en ce liṅga pour l’accomplissement des dévots—tout particulièrement à l’âge de Kali—dans le suprême kṣetra sacré d’Avimukta (Kāśī).
Verse 46
तुषाराद्रिं समारुह्य केदारं वीक्ष्य यत्फलम् । तत्फलं सप्तगुणितं काश्यां केदारदर्शने
Quel que soit le mérite acquis en gravissant la montagne neigeuse et en contemplant Kedāra, ce même mérite, multiplié par sept, s’obtient à Kāśī par la vision de Kedāra ici.
Verse 47
गौरीकुंडं यथा तत्र हंसतीर्थं च निर्मलम् । यथा मधुस्रवा गंगा काश्यां तदखिलं तथा
De même qu’on y trouve Gaurīkuṇḍa et le pur Haṃsatīrtha, et de même que la Gaṅgā y coule comme du miel, ainsi tout cela se trouve pareillement à Kāśī.
Verse 48
इदं तीर्थं हरपापं सप्तजन्माघनाशनम् । गंगायां मिलितं पश्चाज्जन्मकोटिकृताघहम्
Ce tīrtha, Harapāpa, détruit les péchés de sept existences ; puis, lorsqu’il se mêle à la Gaṅgā, il anéantit les fautes amassées durant dix millions de naissances.
Verse 49
अत्र पूर्वं तु काकोलौ युध्यतौ खान्निपेततुः । पश्यतां तत्र संस्थानां हंसौ भूत्वा विनिर्गतौ
Ici, jadis, deux corbeaux en combat tombèrent du ciel ; sous les yeux de l’assemblée, ils s’en allèrent après s’être changés en cygnes.
Verse 50
गौरि त्वया कृतं पूर्वं स्नानमत्र महाह्रदे । गौरीतीर्थं ततः ख्यातं सर्वतीर्थोत्तमोत्तमम्
Ô Gaurī, parce qu’autrefois tu accomplis ici le bain sacré dans ce grand lac, ce lieu fut renommé « Gaurī-tīrtha », le plus sublime de tous les gués saints.
Verse 51
अत्रामृतस्रवा गंगा महामोहांधकारहृत् । अनेकजन्मजनित जाड्यध्वंसविधायिनी
Ici, la Gaṅgā s’écoule comme l’ambroisie même : elle dissipe l’épaisse obscurité de l’illusion et détruit l’engourdissement né de maintes existences.
Verse 52
सरसा मानसेनात्र पूर्वं तप्तं महातपः । अतस्तु मानसं तीर्थं जने ख्यातिमिदं गतम्
Ici, jadis, Sarasā et Mānasā accomplirent de grandes austérités ; c’est pourquoi ce lieu devint célèbre parmi les hommes sous le nom de Mānasatīrtha.
Verse 53
अत्र पूर्वं जनः स्नानमात्रेणैव प्रमुच्यते । पश्चात्प्रसादितश्चाहं त्रिदशैर्मुक्तिदुर्दृशैः
Ici, autrefois, les hommes étaient délivrés par le seul acte du bain. Plus tard, même moi, je fus apaisé par les dieux—difficiles à voir—dispensateurs de la délivrance.
Verse 54
सर्वे मुक्तिं गमिष्यंति यदि देवेह मानवाः । केदारकुंडे सुस्नातास्तदोच्छित्तिर्भविष्यति
Si, en ce lieu vraiment divin, tous les hommes se baignaient pleinement dans le Kedārakuṇḍa, tous iraient à la délivrance; et ainsi la continuité du monde prendrait fin.
Verse 55
सर्वेषामेव वर्णानामाश्रमाणां च धर्मिणाम् । तस्मात्तनुविसर्गेत्र मोक्षं दास्यति नान्यथा
Pour tous les justes—de toute varṇa et de tout āśrama—ainsi, au moment de quitter ici le corps, cela accorde la délivrance, et non autrement.
Verse 56
ततस्तदुपरोधेन तथेति च मयोदितम् । तदारभ्य महादेवि स्नानात्केदारकुंडतः
Alors, sous l’effet de cette insistance, je répondis : « Qu’il en soit ainsi ». Dès lors, ô Mahādevī, tel est le fruit issu du bain dans le Kedārakuṇḍa.
Verse 57
समर्चनाच्च भक्त्या वै मम नाम जपादपि । नैःश्रेयसीं श्रियं दद्यामन्यत्रापि तनुत्यजाम
Et par l’adoration fervente, et même par la répétition de mon Nom, j’accorde la béatitude suprême ; même à ceux qui quittent le corps ailleurs, je confère ce Bien très élevé.
Verse 58
केदारतीर्थे यः स्नात्वा पिंडान्दास्यति चात्वरः । एकोत्तरशतं वंश्यास्तस्य तीर्णा भवांबुधिम्
Quiconque se baigne au Kedāra-tīrtha et, sans tarder, offre les piṇḍa, cent un de ses descendants traverseront l’océan du devenir mondain.
Verse 59
भौमवारे यदा दर्शस्तदा यः श्राद्धदो नरः । केदारकुंडमासाद्य गयाश्राद्धेन किं ततः
Lorsque le jour de nouvelle lune (Darśa) tombe un mardi, l’homme qui accomplit le śrāddha en atteignant Kedārakuṇḍa, quel besoin a-t-il encore du fameux Gayā-śrāddha ?
Verse 60
केदारं गंतुकामस्य बुद्धिर्देया नरैरियम् । काश्यां स्पृशंस्त्वं केदारं कृतकृत्यो भविष्यसि
À celui qui désire aller à Kedāra, qu’on donne ce conseil : «En touchant et en vénérant Kedāra ici même à Kāśī, tu deviendras un être dont la vie est accomplie».
Verse 61
चैत्रकृष्णचतुर्दश्यामुपवासं विधाय च । त्रिगंडूषान्पिबन्प्रातर्हृल्लिंगमधितिष्ठति
Et au quatorzième jour lunaire (caturdaśī) de la quinzaine sombre de Caitra, après avoir observé le jeûne, et le matin en prenant l’eau sacrée en trois gorgées, on sert dûment le Hṛlliṅga, le liṅga du cœur.
Verse 62
केदारोदकपानेन यथा तत्र फलं भवेत् । तथात्र जायते पुंसां स्त्रीणां चापि न संशयः
De même que là-bas, à Kedāra, le fruit naît de l’absorption de l’eau de Kedāra, de même ici, à Kāśī, ce même fruit advient aux hommes comme aux femmes, sans aucun doute.
Verse 63
केदारभक्तं संपूज्य वासोन्नद्रविणादिभिः । आजन्मजनितं पापं त्यक्त्वा याति ममालयम्
Après avoir honoré comme il se doit un dévot de Kedāra par des vêtements, de la nourriture, des richesses et autres dons, on rejette les péchés amassés depuis la naissance et l’on gagne Ma demeure.
Verse 64
आषण्मासं त्रिकालं यः केदारेशं नमस्यति । तं नमस्यंति सततं लोकपाला यमादयः
Celui qui, durant six mois, se prosterne devant Kedāreśa trois fois par jour, les gardiens des mondes, à commencer par Yama, le vénèrent sans cesse.
Verse 65
कलौ केदारमाहात्म्यं योपि कोपि न वेत्स्यति । यो वेत्स्यति सुपुण्यात्मा सर्वं वेत्स्यति स ध्रुवम्
En l’âge de Kali, presque personne ne connaîtra la grandeur de Kedāra. Mais celui qui la connaît—il est d’un mérite éminent; assurément, il connaît tout ce qu’il faut connaître.
Verse 66
केदारेशं सकृद्दृष्ट्वा देवि मेऽनुचरो भवेत् । तस्मात्काश्यां प्रयत्नेन केदारेशं विलोकयेत्
Ô Déesse, pour avoir contemplé Kedāreśa ne fût-ce qu’une seule fois, on devient Mon serviteur. Aussi, à Kāśī, faut-il s’efforcer d’obtenir la vision de Kedāreśa.
Verse 67
चित्रांगदेश्वरं लिंगं केदारादुत्तरे शुभम् । तस्यार्चनान्नरो नित्यं स्वर्गभोगानुपाश्नुते
Au nord de Kedāra se trouve l’auspicieux liṅga nommé Citrāṅgadeśvara. En l’adorant, l’homme jouit sans cesse des délices du ciel.
Verse 68
केदाराद्दक्षिणे भागे नीलकंठ विलोकनात् । संसारोरगदष्टस्य तस्य नास्ति विषाद्भयम्
Au sud de Kedāra, en contemplant Nīlakaṇṭha, celui que le serpent du saṃsāra a mordu n’a plus à craindre le poison du désespoir.
Verse 69
तद्वायव्यंबरीषेशो नरस्तदवलोकनात् । गर्भवासं न चाप्नोति संसारे दुःखसंकुले
Au nord-ouest de là se tient Ambārīṣeśa ; en le contemplant, l’homme n’atteint plus la « demeure du sein » (la renaissance) dans ce monde encombré de souffrance.
Verse 70
इंद्रद्युम्नेश्वरं लिंगं तत्समीपे समर्च्य च । तेजोमयेन यानेन स स्वर्ग भुवि मोदते
Après avoir vénéré le Liṅga d’Indradyumneśvara et l’avoir honoré comme il se doit tout près de lui, on se réjouit dans le séjour céleste, porté par un char divin de pure splendeur.
Verse 71
तद्दक्षिणे नरो दृष्ट्वा लिंगं कालंजरेश्वरम् । जरां कालं विनिर्जित्य मम लोके वसेच्चिरम्
Au sud de cela, l’homme qui contemple le Liṅga de Kālañjareśvara triomphe de la vieillesse et du temps, et demeure longtemps dans mon monde.
Verse 72
दृष्ट्वा क्षेमेश्वरं लिंगमुद्क्चित्रांगदेश्वरात् । सर्वत्र क्षेममाप्नोति लोकेऽत्र च परत्र च
Ayant contemplé le Liṅga de Kṣemeśvara, situé au nord de Citrāṅgadeśvara, on obtient la sécurité et le bien-être partout, en ce monde et dans l’autre.
Verse 73
स्कंद उवाच । देवदेवेन विंध्यारे केदार महिमा महान् । इत्याख्यायि पुरांबायै मया तेपि निरूपितः
Skanda dit : Ainsi, jadis, le Dieu des dieux raconta à la Mère Pārvatī la grande gloire de Kedāra dans la région des Vindhya ; ce même récit, je l’ai moi aussi exposé pour toi.
Verse 74
केदारेश्वरलिंगस्य श्रुत्वोत्पत्तिं कृती नरः । शिवलोकमवाप्नोति निष्पापो जायते क्षणात्
L’homme méritant qui entend le récit de l’origine du Liṅga de Kedāreśvara atteint le séjour de Śiva et, en un instant, devient sans péché.
Verse 77
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीति साहस्र्यां संहितायां चतुर्थे काशीखंड उत्तरार्धे केदारमहिमाख्यानं नाम सप्तसप्ततितमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le chapitre intitulé « Récit de la Gloire de Kedāra », dans l’Uttarārdha du Kāśī Khaṇḍa, au quatrième livre du Skanda Mahāpurāṇa, au sein de l’Ekāśīti-sāhasrī Saṁhitā.