
Le chapitre s’ouvre sur la demande d’Agastya, qui souhaite des éclaircissements après avoir entendu un récit purificateur concernant Mādhava et la grandeur de Pañcanada. Skanda répond en rapportant l’enseignement de Mādhava au sage Agnibindu, transmis par la voix de Bindu-Mādhava. Suit un catalogue structuré : Viṣṇu s’y reconnaît en de multiples épiphanies locales (Keśava/Mādhava/Nṛsiṃha, etc.), chacune liée à un tīrtha et à un mérite particulier : stabilité de la connaissance (Jñāna-Keśava), protection contre la māyā (Gopī-Govinda), prospérité (Lakṣmī-Nṛsiṃha), accomplissement des vœux (Śeṣa-Mādhava) et hautes réalisations (Hayagrīva-Keśava), entre autres. Le discours se tourne ensuite vers une évaluation comparative des tīrthas, affirmant la puissance incomparable de Kāśī et révélant un « rahasya » : à midi, de nombreux tīrthas convergent rituellement à Maṇikarṇikā ; dieux, sages, nāgas et divers êtres sont décrits comme participant à ce cycle de rite méridien. Le texte magnifie l’efficacité de Maṇikarṇikā : des actes infimes—un seul prāṇāyāma, une Gāyatrī, une oblation—y produisent des fruits multipliés. Agnibindu interroge l’étendue de Maṇikarṇikā ; Viṣṇu en donne une délimitation sommaire à l’aide de repères (enceinte d’Haricandra, Vināyakas) et présente des tīrthas voisins avec leurs bienfaits. Le chapitre propose aussi une visualisation dévotionnelle de Maṇikarṇikā comme Déesse, avec des détails iconographiques, puis décrit un mantra et une discipline (proportions de japa et de homa) orientée vers la délivrance. Les derniers vers énumèrent des stations sacrées proches (liṅgas de Śiva, tīrthas et formes protectrices) et s’achèvent par une phalaśruti : réciter ou entendre avec foi le récit de Bindu-Mādhava accorde bhukti (bien-être terrestre) et mukti (libération).
Verse 1
अगस्त्य उवाच । षडास्य माधवाख्यानं श्रुतं मे पापनाशनम् । महिमापि श्रुतः श्रेयान्सम्यक्पंचनदस्य वै
Agastya dit : J’ai entendu le récit, destructeur des péchés, concernant Ṣaḍāsya et Mādhava ; et j’ai aussi entendu, comme il convient, l’excellente grandeur de Pañcanada.
Verse 2
यदग्निबिंदुना पृच्छि माधवो दैत्यसूदनः । तस्योत्तरं समाख्याहि यथाख्यातं मधुद्विषा
Ce qu’Agnibindu demanda à Mādhava, le pourfendeur des daityas—raconte cette réponse telle qu’elle fut dite par l’ennemi de Madhu.
Verse 3
स्कंद उवाच । शृण्वगस्त्य महर्षे त्वं कथ्यमानं मयाधुना । माधवेन यथाचक्षि मुनये चाग्निबिंदवे
Skanda dit : Écoute, ô Agastya, grand ṛṣi, ce que je vais maintenant raconter—tel que Mādhava l’énonça au sage Agnibindu.
Verse 4
बिंदुमाधव उवाच । आदौ पादोदके तीर्थे विद्धि मामादिकेशवम् । अग्निबिंदो महाप्राज्ञ भक्तानां मुक्तिदायकम्
Bindumādhava dit : D’abord, au tīrtha sacré de Pādodaka, sache que je suis Ādi-keśava, ô Agnibindu très sage, celui qui accorde la délivrance aux dévots.
Verse 5
अविमुक्तेऽमृते क्षेत्रे येर्चयंत्यादिकेशवम् । तेऽमृतत्वं भजंत्येव सर्वदुःखविवर्जिताः
Dans Avimukta, le kṣetra sacré et immortel, ceux qui vénèrent Ādi-keśava obtiennent vraiment l’immortalité, délivrés de toute peine.
Verse 6
संगमेशं महालिंगं प्रतिष्ठाप्यादिकेशवः । दर्शनादघहं नृणां भुक्तिं मुक्तिं दिशेत्सदा
Ayant établi le grand Liṅga nommé Saṅgameśa, Ādikeśava accorde sans cesse aux hommes, par la seule vision, la destruction du péché, la jouissance en ce monde et la délivrance ultime.
Verse 7
याम्यां पादोदकाच्छ्वेतद्वीपतीर्थं महत्तरम् । तत्राहं ज्ञानदो नृणां ज्ञानकेशवसंज्ञकः
Au sud se trouve le très exalté Śvetadvīpa-tīrtha, né de l’eau qui a lavé les pieds. Là, moi, nommé Jñānakeśava, je donne aux hommes la vraie connaissance.
Verse 8
श्वेतद्वीपे नरः स्नात्वा ज्ञानकेशवसन्निधौ । न ज्ञानाद्भ्रश्यते क्वापि ज्ञानकेशवपूजनात्
Celui qui se baigne à Śvetadvīpa, en la présence de Jñānakeśava, ne déchoit jamais de la connaissance, où qu’il soit : telle est la puissance du culte rendu à Jñānakeśava.
Verse 9
तार्क्ष्यकेशवनामाहं तार्क्ष्यतीर्थे नरोत्तमैः । पूजनीयः सदा भक्त्या तार्क्ष्य वत्ते प्रिया मम
Au Tārkṣya-tīrtha, je suis connu sous le nom de Tārkṣyakeśava, et j’y dois être toujours vénéré avec bhakti par les meilleurs des hommes ; car ce séjour de Tārkṣya m’est cher.
Verse 10
तत्रैव नारदे तीर्थेस्म्यहं नारदकेशवः । ब्रह्मविद्योपदेष्टा च तत्तीर्थाप्लुत वर्ष्मणाम्
Là même, au Nārada-tīrtha, Je suis Nārada-Keśava ; et Je deviens l’instructeur de la connaissance de Brahman pour ceux dont le corps s’est baigné en ce gué sacré.
Verse 11
प्रह्लादतीर्थं तत्रैव नाम्ना प्रह्लादकेशवः । भक्तैः समर्चनीयोहं महाभक्ति समृद्धये
Là aussi se trouve le Prahlāda-tīrtha ; là, l’on m’appelle Prahlāda-Keśava. Je dois être honoré comme il se doit par les dévots, afin que s’épanouisse la grande dévotion.
Verse 12
तीर्थेंऽबरीषे तत्राहं नाम्नैवादित्यकेशवः । पातकध्वांतनिचयं ध्वंसयामीक्षणादपि
Au Ambārīṣa-tīrtha, là Je suis connu sous le nom d’Ādityakeśava ; et Je dissipe l’obscurité amassée des péchés, ne fût-ce que par un seul regard (darśana).
Verse 13
दत्तात्रेयेश्वराद्याम्यामहमादिगदाधरः । हरामि तत्र भक्तानां संसारगदसंचयम्
Au sud de Dattātreyeśvara, Je suis Ādi-Gaḍādhara ; et là J’ôte aux dévots l’amas de la maladie qu’est l’existence dans le saṃsāra.
Verse 14
तत्रैव भार्गवे तीर्थे भृगुकेशव नामतः । काशीनिवासिनः पुंसो बिभर्मि च मनोरथैः
Là aussi, au Bhārgava-tīrtha, Je porte le nom de Bhṛgukeśava ; et Je soutiens l’homme qui demeure à Kāśī, en accomplissant ses vœux et ses désirs chéris.
Verse 15
वामनाख्येमहातीर्थे मनःप्रार्थितदे शुभे । पूज्योहं शुभमिच्छद्भिर्नाम्ना वामनकेशवः
Au grand gué sacré nommé Vāmana, propice et accordant ce que le cœur implore, je dois être vénéré par ceux qui recherchent le bien, car là je suis connu sous le nom de Vāmanakeśava.
Verse 16
नरनारायणे तीर्थे नरनारायणात्मकम् । भक्ताः समर्च्य मां स्युर्वै नरनारायणात्मकाः
Au gué sacré nommé Nara-Nārāyaṇa, je suis présent dans la forme et l’essence mêmes de Nara-Nārāyaṇa. Les dévots qui m’y vénèrent deviennent vraiment imprégnés de la nature de Nara-Nārāyaṇa.
Verse 17
तीर्थे यज्ञवराहाख्ये यज्ञवाराहसंज्ञकः । नरैः समर्चनीयोहं सर्वयज्ञफलेप्सुभिः
Au tīrtha connu sous le nom de Yajña-Varāha, je suis célébré comme Yajña-Vārāha. Là, je dois être adoré par ceux qui désirent les fruits de tous les sacrifices.
Verse 18
विदारनरसिंहोहं काशीविघ्नविदारणः । तन्नाम्नि तीर्थे संसेव्यस्तीर्थोपद्रवशांतये
Je suis Vidāraṇa-Narasiṃha, celui qui déchire les obstacles à Kāśī. Au tīrtha portant ce même nom, je dois être servi et vénéré afin d’apaiser les troubles et les afflictions liés au tīrtha.
Verse 19
गोपीगोविंदतीर्थे तु गोपीगोविंदसंज्ञकम् । समर्च्य मां नरो भक्त्या मम मायां न संस्पृशेत्
Au Gopī-Govinda Tīrtha, je suis connu sous le nom de Gopī-Govinda. Celui qui m’y adore avec dévotion n’est pas touché par ma māyā, mon pouvoir d’illusion.
Verse 20
मुने लक्ष्मीनृसिंहोस्मि तीर्थे तन्नाम्नि पावने । दिशामि भक्तियुक्तेभ्यः सदानैः श्रेयसीं श्रियम्
Ô muni, dans le tīrtha purificateur qui porte ce nom, Je suis Lakṣmī-Narasiṃha. À ceux qui sont établis dans la bhakti, J’accorde une prospérité bénie, avec des dons durables et le bien-être.
Verse 21
शेषमाधवनामाहं शेषतीर्थेऽघहारिणि । विश्राणयाम्यशेषाश्च विशेषान्भक्तचिंतितान्
Je suis nommé Śeṣa-Mādhava au Śeṣa Tīrtha, qui efface le péché. Là, Je dispense sans rien retenir les grâces particulières que les dévots désirent au fond du cœur.
Verse 22
शंखमाधवतीर्थे च स्नात्वा मां शंखमाधवम् । शंखोदकेन संस्नाप्य भवेच्छंखनिधेः पतिः
Au Śaṅkha-Mādhava Tīrtha, après s’être baigné et M’avoir baigné—Moi, Śaṅkha-Mādhava—avec l’eau de la conque, on devient maître de trésors, tel le trésor Śaṅkha (Śaṅkha-nidhi).
Verse 23
हयग्रीवे महातीर्थे मां हयग्रीवकेशवम् । प्रणम्य प्राप्नुयान्नूनं तद्विष्णोः परमंपदम्
Au grand tīrtha de Hayagrīva, en se prosternant devant Moi comme Hayagrīva-Keśava, on atteint assurément la demeure suprême de ce Viṣṇu.
Verse 24
भीष्मकेशवनामाहं वृद्धकालेशपश्चिमे । उपसर्गान्हरे भीष्मान्सेवितो भक्तियुक्तितः
On Me nomme Bhīṣma-Keśava, dans la partie occidentale près de Vṛddha-Kāleśa. Quand on Me sert avec bhakti et une discipline dévote, J’écarte les afflictions et calamités redoutables.
Verse 25
निर्वाणकेशवश्चाहं भक्तनिर्वाणसूचकः । लोलार्कादुत्तरेभागे लोलत्वं चेतसो हरे
Je suis Nirvāṇa-Keśava, celui qui révèle le nirvāṇa aux dévots. Dans la contrée au nord de Lolārka, j’ôte l’inconstance et l’agitation du mental.
Verse 26
वंद्यस्त्रिलोकसुंदर्या याम्यां यो मां समर्चयेत् । काश्यां ख्यातं त्रिभुवनकेशवं न स गर्भभाक्
Quiconque m’adore avec dévotion dans le quartier du sud—moi que vénère même Trilokasundarī—au sanctuaire renommé de Tribhuvana-Keśava à Kāśī, ne retombe plus dans l’entrée du sein (il est délivré de la renaissance).
Verse 27
ज्ञानवाप्याः पुरोभागे विद्धि मां ज्ञानमाधवम् । तत्र मां भक्तितोभ्यर्च्य ज्ञानं प्राप्नोति शाश्वतम्
Sache que je suis Jñāna-Mādhava, établi à l’avant de Jñāna-vāpī. En m’y adorant avec dévotion, on obtient la connaissance spirituelle éternelle.
Verse 28
श्वेतमाधवसंज्ञोहं विशालाक्ष्याः समीपतः । श्वेतद्वीपेश्वरं रूपं कुर्यां भक्त्या समर्चितः
Près de Viśālākṣī, je suis connu sous le nom de Śveta-Mādhava. Lorsque l’on m’adore avec dévotion, j’assume la forme du Seigneur de Śvetadvīpa.
Verse 29
उदग्दशाश्वमेधान्मां प्रयागाख्यं च माधवम् । प्रयागतीर्थे सुस्नातो दृष्ट्वा पापैः प्रमुच्यते
Au nord, au-delà de Daśāśvamedha, sache que je suis Mādhava nommé «Prayāga». Celui qui se baigne purement au tīrtha de Prayāga puis me contemple est délivré des péchés.
Verse 30
प्रयागगमने पुंसां यत्फलं तपसि श्रुतम् । तत्फलं स्याद्दशगुणमत्र स्नात्वा ममाग्रतः
Quelque fruit que la tradition attribue aux hommes qui se rendent à Prayāga, ce même fruit devient ici décuplé, lorsque l’on se baigne en ce lieu sacré devant moi.
Verse 31
गंगायमुनयोः संगे यत्पुण्यं स्नानकारिणाम् । काश्यां मत्सन्निधावत्र तत्पुण्यं स्याद्दशोत्तरम्
Quelque mérite qu’acquièrent ceux qui se baignent au confluent de la Gaṅgā et de la Yamunā, ce même mérite devient ici à Kāśī dix fois plus grand, en ma propre présence.
Verse 32
दानानि राहुग्रस्तेर्के ददतां यत्फलं भवेत् । कुरुक्षेत्रे हि तत्काश्यामत्रैव स्याद्दशाधिकम्
Quelque fruit que procure le don fait lorsque le soleil est saisi par Rāhu (lors de l’éclipse), ce fruit—même à Kurukṣetra—devient ici, à Kāśī, dix fois plus grand.
Verse 33
गंगोत्तरवहा यत्र यमुना पूर्ववाहिनी । तत्संभेदं नरः प्राप्य मुच्यते ब्रह्महत्यया
Là où la Gaṅgā s’écoule vers le nord et la Yamunā vers l’est, quiconque atteint leur point de rencontre est délivré même du péché de brahmahatyā, le meurtre d’un brāhmane.
Verse 34
वपनं तत्र कर्तव्यं पिंडदानं च भावतः । देयानि तत्र दानानि महाफलमभीप्सुना
Là, il convient d’accomplir le vapanam (tonsure rituelle) et, avec une intention sincère, d’offrir les piṇḍa; et celui qui désire un grand fruit doit y faire des dons.
Verse 35
गुणाः प्रजापतिक्षेत्रे ये सर्वे समुदीरिताः । अविमुक्ते महाक्षेत्रेऽसंख्याताश्च भवंति हि
Toutes les excellences proclamées pour le champ sacré de Prajāpati—dans Avimukta, la grande terre sainte de Kāśī—deviennent, en vérité, innombrables.
Verse 36
प्रयागेशं महालिंगं तत्र तिष्ठति कामदम् । तत्सान्निध्याच्च तत्तीर्थं कामदं परिकीर्तितम्
Là se tient le grand Liṅga nommé Prayāgeśa, dispensateur des grâces désirées. Et par sa sainte proximité, ce tīrtha même est célébré sous le nom de Kāmada, «qui exauce les vœux».
Verse 37
काश्यां माघः प्रयागे यैर्न स्नातो मकरार्कगः । अरुणोदयमासाद्य तेषां निःश्रेयसं कुतः
Comment la béatitude ultime viendrait-elle à ceux qui, au mois de Māgha, lorsque le Soleil est en Makara, ne se sont pas baignés à l’aube sacrée à Prayāga, bien qu’ils aient atteint l’heure du lever du jour ?
Verse 38
काश्युद्भवे प्रयागे ये तपसि स्नांति संयताः । दशाश्वमेधजनितं फलं तेषां भवेद्ध्रुवम्
Ceux qui, maîtrisés et disciplinés, se baignent au Tapas-tīrtha de Prayāga—né de Kāśī—obtiennent assurément le fruit issu de dix sacrifices Aśvamedha.
Verse 39
प्रयागमाधवं भक्त्या प्रयागेशं च कामदम् । प्रयागे तपसि स्नात्वा येर्चयंत्यन्वहं सदा
Ceux qui, après s’être baignés au Tapas-tīrtha de Prayāga, vénèrent avec dévotion, chaque jour sans défaillir, Prayāga-Mādhava et Prayāgeśa, le Kāmada qui exauce les vœux,
Verse 40
धनधान्यसुतर्द्धीस्ते लब्ध्वा भोगान्मनोरमान् । भुक्त्वेह परमानंदं परं मोक्षमवाप्नुयुः
Ils obtiennent richesse, grains, enfants et prospérité ; puis, après avoir goûté ici aux jouissances agréables, ils atteignent enfin la béatitude suprême et la plus haute délivrance (mokṣa).
Verse 41
माघे सर्वाणि तीर्थानि प्रयागमवियांति हि । प्राच्युदीची प्रतीचीतो दक्षिणाधस्तथोर्ध्वतः
Au mois de Māgha, tous les tīrthas viennent assurément à Prayāga : de l’est, du nord, de l’ouest, du sud, et aussi d’en bas et d’en haut.
Verse 42
काशीस्थितानि तीर्थानि मुने यांति न कुत्रचित् । यदि यांति तदा यांति तीर्थत्रयमनुत्तमम्
Ô sage, les tīrthas qui demeurent à Kāśī ne vont nulle part. Et s’ils vont jamais, ils ne vont qu’au triple tīrtha, sans égal.
Verse 43
आयांत्यूर्जे पंचनदे प्रातःप्रातर्ममांतिकम् । महाघौघप्रशमने महाश्रेयोविधायिनि
En Ūrja (Kārttika), à Pañcanada, ils viennent à moi matin après matin : en ce lieu qui apaise les flots des grands péchés et confère le bien suprême.
Verse 44
प्राप्य माघमघारिं च प्रयागेश समीपतः । प्रातःप्रयागे संस्नांति सर्वतीर्थानि मामनु
Quand vient Māgha, l’ennemi du péché, près de Prayāgeśa, tous les tīrthas, me suivant, se baignent à l’aube dans Prayāga.
Verse 45
समासाद्य च मध्याह्नमभियांति च नित्यशः । संस्नातुं सर्वतीर्थानि मुक्तिदां मणिकर्णिकाम्
Quand vient le midi, tous les tīrtha accourent chaque jour se baigner à Maṇikarṇikā, dispensatrice de mokṣa, la délivrance.
Verse 46
काश्यां रहस्यं परममेतत्ते कथितं मुने । यथा तीर्थत्रयीश्रेष्ठा स्वस्वकाले विशेषतः
Ô sage, je t’ai confié ce suprême secret au sujet de Kāśī : comment, parmi la triade des tīrtha, le plus éminent devient tout particulièrement prépondérant, chacun en son temps prescrit.
Verse 47
अन्यद्रहस्यं वक्ष्यामि न वाच्यं यत्रकुत्रचित् । अभक्तेषु सदा गोप्यं न गोप्यं भक्तिमज्जने
Je vais dire un autre secret, qu’il ne faut pas prononcer n’importe où. Qu’il soit toujours caché aux sans-bhakti, mais qu’il ne soit pas caché à celui qui est plongé dans la dévotion.
Verse 48
काश्यां सर्वाणि तीर्थानि एकैकादुत्तरोत्तरम् । महैनांसि प्रहंत्येव प्रसह्य निज तेजसा
À Kāśī, tous les tīrtha — chacun surpassant le précédent — terrassent vraiment même les grands péchés, avec puissance, par leur propre splendeur spirituelle innée.
Verse 49
एतदेव रहस्यं ते वाराणस्या उदीर्यते । उत्क्षिप्यैकांगुलिं तथ्यं श्रेष्ठैका मणिकर्णिका
Ce secret même de Vārāṇasī t’est proclamé : comme si l’on levait un seul doigt pour attester la vérité, Maṇikarṇikā seule est la suprême.
Verse 50
गर्जंति सर्वतीर्थानि स्वस्वधिष्ण्यगतान्यहो । केवलं बलमासाद्य सुमहन्माणिकर्णिकम्
Tous les tīrtha, demeurant en leurs propres sanctuaires, grondent à pleine voix—émerveillés, car c’est uniquement de la très grande Maṇikarṇikā qu’ils tirent leur vigueur.
Verse 51
पापानि पापिनां हत्वा महांत्यपि बहून्यपि । काशीतीर्थानि मध्याह्ने प्रायश्चित्तचिकीर्षया
Ayant anéanti les fautes des pécheurs—même nombreuses et immenses—les tīrtha de Kāśī sont approchés à midi par ceux qui désirent accomplir l’expiation (prāyaścitta).
Verse 52
पर्वस्वपर्वस्वपि वा नित्यं नियमवं त्यहो । निर्मलानि भवंत्येव विगाह्य मणिकर्णिकाम्
Que ce soit aux jours de fête ou même aux jours ordinaires, certes—celui qui vit dans la discipline quotidienne devient pur, rien qu’en s’immergeant dans Maṇikarṇikā.
Verse 53
विश्वेशो विश्वया सार्धं सदोपमणिकर्णिकम् । मध्यंदिनं समासाद्य संस्नाति प्रतिवासरम्
Viśveśa, avec Viśvā, s’approche toujours de Maṇikarṇikā ; lorsque vient midi, il s’y baigne jour après jour.
Verse 54
वैकुंठादप्यहं नित्यं मध्याह्ने मणिकर्णिकाम् । विगाहे पद्मया सार्धं मुदा परमया मुने
Ô sage, même depuis Vaikuṇṭha je viens chaque jour à midi ; et avec Padmā je m’immerge joyeusement dans Maṇikarṇikā, dans une félicité suprême.
Verse 55
सकृन्ममाख्यां गृणतां निर्हरन्यदघान्यहम् । हरिनामसमापन्नस्तद्बलान्माणिकर्णिकात्
À ceux qui prononcent mon Nom ne fût-ce qu’une seule fois, j’ôte leurs péchés. Revêtue de la puissance du Nom de Hari, cette grâce jaillit de la force de Maṇikarṇikā.
Verse 56
सत्यलोकात्प्रतिदिनं हं सयानः पितामहः । माध्याह्निक विधानाय समायान्मणिकर्णिकाम्
Chaque jour, Pitāmaha (Brahmā), monté sur le cygne, vient de Satyaloka à Maṇikarṇikā afin d’accomplir les rites prescrits de midi.
Verse 57
इंद्राद्या लोकपालाश्च मरीच्याद्या महर्षयः । माध्याह्निकीं क्रियां कर्तुं समीयुर्मणिकर्णिकाम्
Indra et les autres gardiens des mondes, ainsi que les grands sages à commencer par Marīci, se rassemblent à Maṇikarṇikā pour accomplir le rite de midi.
Verse 58
शेषवासुकिमुख्याश्च नागा वै नागलोकतः । समायांतीह मध्याह्ने संस्नातुं मणिकर्णिकाम्
Depuis Nāgaloka, les Nāgas—surtout Śeṣa et Vāsuki—viennent aussi ici à midi pour se baigner à Maṇikarṇikā.
Verse 59
चराचरेषु सर्वेषु यावंतश्च सचेतनाः । तावंतः स्नांति मध्याह्ने मणिकर्णी जलेमले
Parmi tous les êtres, mobiles et immobiles, autant qu’il en est doués de conscience, autant se baignent à midi dans les eaux sans tache de Maṇikarṇī (Maṇikarṇikā).
Verse 60
के माणिकर्णिकेयानां गुणानां सुगरीयसाम् । शक्ता वर्णयितुं विप्राऽसंख्येयानां मदादिभिः
Ô brāhmanes, qui pourrait décrire les excellences de Maṇikarṇikā, si majestueuses, si lourdes de puissance et innombrables, connues par sa grandeur célébrée et le reste ?
Verse 61
चीर्णान्युग्राण्यरण्येषु तैस्तपांसि तपोधनैः । यैरियं हि समासादि मुक्तिभूर्मणिकर्णिका
Dans les forêts, ceux qui étaient riches en tapas accomplirent de rudes austérités ; par eux, en vérité, fut atteinte cette Maṇikarṇikā, ce « sol de délivrance ».
Verse 62
विश्राणितमहादानास्त एव नरपुंगवाः । चरमे वयसि प्राप्ता यैरेषा मणिकर्णिका
Ce sont eux, les meilleurs des hommes—ceux qui ont accordé de grands dānas—qui parviennent à cette Maṇikarṇikā au dernier âge de la vie.
Verse 63
चीर्णसर्वव्रतास्ते तु यथोक्तविधिना ध्रुवम् । यैः स्वतल्पीकृता माणिकर्णिकेयी स्थली मृदुः
Assurément, ce sont eux qui ont observé tous les vrata selon la règle énoncée : ceux pour qui la douce terre de Maṇikarṇikā est devenue leur humble couche.
Verse 64
त एव धन्या मर्त्येस्मिन्सर्वक्रतुषु दीक्षिताः । त्यक्त्वा पुण्यार्जितां लक्ष्मीमैक्षियैर्मणिकर्णिका
Eux seuls sont bienheureux en ce monde mortel : consacrés à tous les yajñas, ils abandonnent la richesse acquise par le mérite et regardent Maṇikarṇikā comme leur refuge suprême.
Verse 65
कृता नानाविधा धर्मा इष्टापूर्तास्तु तैर्नृभिः । वार्धकं समनुप्राप्य प्रापि यैर्मणिकर्णिका
Ceux qui ont pratiqué maintes formes de dharma—surtout les œuvres d’iṣṭa et de pūrta—parvenus à la vieillesse atteignent Maṇikarṇikā.
Verse 66
रत्नानि सदुकूलानि कांचनं गजवाजिनः । देयाः प्राज्ञेन यत्नेन सदोपमणिकर्णिकम्
À l’incomparable Maṇikarṇikā, le sage doit, avec ardeur, offrir en aumône des joyaux, de beaux vêtements, de l’or, des éléphants et des chevaux.
Verse 67
पुण्येनोपार्जितं द्रव्यमत्यल्पमपि यैर्नरैः । दत्तं तदक्षयं नित्यं मुनेधिमणिकणिंकम्
Fût-elle infime, la richesse acquise par les hommes grâce au mérite—lorsqu’elle y est donnée—devient inépuisable et éternelle, ô muni, à Maṇikarṇikā.
Verse 68
कुर्याद्यथोक्तमप्येकं प्राणायामं नरोत्तमः । यस्तेन विहितो नूनं षडंगो योग उत्तमः
Même en accomplissant un seul prāṇāyāma exactement selon l’ordonnance, ô meilleur des hommes, par cela seul on réalise assurément l’excellent yoga aux six membres.
Verse 69
जप्त्वैकामपि गायत्रीं संप्राप्य मणिकर्णिकाम् । लभेदयुतगायत्रीजपनस्य फलं स्फुटम्
Parvenu à Maṇikarṇikā, même en récitant une seule fois la Gāyatrī, on obtient manifestement le fruit de dix mille récitations.
Verse 70
एकामप्याहुतिं प्राज्ञो दत्त्वोपमणिकर्णिकम् । यावज्जीवाग्निहोत्रस्य लभेदविकलं फलम्
À l’incomparable Maṇikarṇikā, le sage qui offre ne fût-ce qu’une seule oblation obtient le fruit intact et sans déclin de l’Agnihotra accompli toute une vie.
Verse 71
इति श्रुत्वा हरेर्वाक्यमग्निबिंदुर्महातपाः । प्रणिपत्य महाभक्त्या पुनः पप्रच्छ माधवम्
Ayant entendu les paroles de Hari, le grand ascète Agnibindu se prosterna avec une profonde dévotion et interrogea de nouveau Mādhava.
Verse 72
अग्निबिंदुरुवाच । विष्णो कियत्परीमाणा पुण्यैषा मणिकर्णिका । ब्रूहि मे पुंङरीकाक्ष नत्वत्तस्तत्त्ववित्परः
Agnibindu dit : Ô Viṣṇu, quelle est l’étendue de cette Maṇikarṇikā si éminemment méritoire ? Dis-le-moi, ô Toi aux yeux de lotus, car nul n’est plus grand connaisseur de la vérité que Toi.
Verse 73
श्रीविष्णुरुवाच । आगंगा केशवादा च हरिश्चंद्रस्य मंडपात् । आमध्याद्देवसरितः स्वर्द्वारान्मणिकर्णिका
Śrī Viṣṇu dit : Maṇikarṇikā s’étend depuis Āgaṅgā et Keśava, depuis le pavillon de Hariścandra, depuis le milieu du fleuve divin et depuis Svargadvāra.
Verse 74
स्थूलमेतत्परीमाणं सूक्ष्मं च प्रवदामि ते । हरिश्चंद्रस्य तीर्थाग्रे हरिश्चंद्रविनायकः
Telle est la mesure vaste ; maintenant je te dirai aussi la mesure subtile, intérieure. À l’avant du tīrtha de Hariścandra se tient Hariścandra Vināyaka.
Verse 75
सीमाविनायकश्चात्र मणिकर्णी ह्रदोत्तरे । सीमाविनायकं भक्त्या पूजयित्वा नरोत्तमः
Ici aussi se tient Sīmā‑Vināyaka, au nord de l’étang de Maṇikarṇī. Après avoir vénéré Sīmā‑Vināyaka avec bhakti, ô le meilleur des hommes…
Verse 76
मोदकैः सोपचारैश्च प्राप्नुयान्मणिकर्णिकाम् । हरिश्चंद्रे महातीर्थे तर्पयेयुः पितामहान्
Avec des modakas et les offrandes rituelles requises (upacāras), qu’on se rende à Maṇikarṇikā. Au grand gué sacré de Hariścandra, qu’on accomplisse le tarpaṇa et qu’on apaise les ancêtres.
Verse 77
शतं समाःसु तृप्ताः स्युः प्रयच्छंति च वांच्छितम् । हरिश्चंद्रे महातीर्थे स्नात्वा श्रद्धान्वितो नरः
Pendant cent ans ils demeurent comblés et accordent aussi ce qui est désiré : tel est le fruit pour l’homme qui, empli de foi, se baigne au grand gué sacré de Hariścandra.
Verse 78
हरिश्चंद्रेश्वरं नत्वा न सत्यात्परिहीयते । ततः पर्वततीर्थं च पर्वतेश्वर संनिधौ
Après s’être incliné devant Hariścandreśvara, on ne déchoit pas de la vérité. Ensuite se trouve le Parvata‑tīrtha, auprès de Parvateśvara.
Verse 79
अधिष्ठानं महामेरोर्महापातकनाशनम् । तत्र स्नात्वार्चयित्वेशं किंचिद्दत्त्वा स्वशक्तितः
C’est le siège même du grand Meru, qui détruit les grands péchés. S’y étant baigné, ayant adoré le Seigneur et donné quelque chose selon ses moyens…
Verse 80
अध्यास्य मेरुशिखरं दिव्यान्भोगान्समश्नुते । कंबलाश्वतरं तीर्थं पर्वतेश्वर दक्षिणे
Assis sur le sommet du Méru, on goûte aux délices divins. (Vient ensuite) le tīrtha nommé Kambalāśvatara, au sud de Parvateśvara.
Verse 81
कंबलाश्वतरेशं च तत्तीर्थात्पश्चिमे शुभम् । तस्मिंस्तीर्थे कृतस्नानस्तल्लिंगं यः समर्चयेत्
Et (s’y trouve) Kambalāśvatareśa, de bon augure, à l’ouest de ce tīrtha. Quiconque s’y baigne et y vénère comme il se doit ce liṅga—
Verse 82
अपि तस्य कुले जाता गीतज्ञाः स्युः श्रियान्विताः । चक्रपुष्करिणी तत्र योनिचक्र निवारिणी
Même ceux qui naissent dans sa lignée deviennent experts en chant et comblés de prospérité. Là se trouve aussi Cakrapuṣkariṇī, qui écarte le « cycle de la naissance » (yoni-cakra).
Verse 83
संसारचक्रे गहने यत्र स्नातो विशेन्नना । चक्रपुष्करिणी तीर्थ ममाधिष्ठानमुत्तमम्
Dans la roue du saṃsāra, épaisse et difficile, celui qui s’y baigne entre sans défaillance dans la voie du salut. Le tīrtha de Cakrapuṣkariṇī est mon siège suprême (adhiṣṭhāna).
Verse 84
समाः परार्धसंख्यातास्तत्र तप्तं महातपः । तत्र प्रत्यक्षतां यातो मम विश्वेश्वरः परः
Pendant des années au nombre d’un parārdha, on y accomplit une grande austérité (tapas). Là, mon Viśveśvara transcendant parvint à une manifestation directe.
Verse 85
तत्र लब्धं मयैश्वर्यमविनाशि महत्तरम् । चक्रपुष्करिणी चैव ख्याताभून्मणिकर्णिका
Là, j’obtins une souveraineté bien plus grande, impérissable. Et cette même Cakrapuṣkariṇī devint renommée sous le nom de Maṇikarṇikā.
Verse 86
द्रवरूपं परित्यज्य ललनारूपधारिणी । प्रत्यक्षरूपिणी तत्र मयैक्षि मणिकर्णिका
Délaissant sa forme fluide (aqueuse) et prenant l’aspect d’une jeune fille, Maṇikarṇikā—manifestée, visible—fut vue là par moi.
Verse 87
तस्या रूपं प्रवक्ष्यामि भक्तानां शुभदं परम् । यद्रूपध्यानतः पुंभिराषण्मासं त्रिसंध्यतः
Je vais décrire sa forme, suprêmement propice aux dévots ; en la méditant, l’homme, durant six mois, aux trois jonctions du jour, obtient la béatitude.
Verse 88
प्रत्यक्षरूपिणी देवी दृश्यते मणिकर्णिका । चतुर्भुजा विशालाक्षी स्फुरद्भालविलोचना
La déesse Maṇikarṇikā est vue en une forme directe et manifeste : quatre bras, de vastes yeux, et sur le front un œil rayonnant.
Verse 89
पश्चिमाभिमुखी नित्यं प्रबद्धकरसंपुटा । इंदीवरवतीं मालां दधती दक्षिणे करे
Tournée à jamais vers l’occident, les mains jointes en un geste de coupe, elle porte dans la main droite une guirlande riche de lotus bleus.
Verse 90
वरोद्यते करे सव्ये मातुलुंग फलं शुभम् । कुमारीरूपिणी नित्यं नित्यं द्वादशवार्षिकी
De sa main gauche, elle manifeste le geste qui accorde les grâces, tenant aussi le fruit auspicieux du cédrat ; et, à jamais, elle demeure sous la forme d’une jeune fille, perpétuellement âgée de douze ans.
Verse 91
शुद्धस्फटिककांतिश्च सुनील स्निग्धमूर्द्धजा । जितप्रवालमाणिक्य रमणीय रदच्छदा
Son éclat est tel le cristal le plus pur ; sa chevelure est lisse, brillante, d’un bleu profond ; ses lèvres ravissantes surpassent le corail et le rubis en splendeur.
Verse 92
प्रत्यग्रकेतकीपुष्पलसद्धम्मिल्ल मस्तका । सर्वांग मुक्ताभरणा चंद्रकांत्यंशुकावृता
La tête ornée d’une tresse resplendissante couronnée de fraîches fleurs de ketakī, tout son corps paré de perles, elle est vêtue d’étoffes luisant d’une splendeur lunaire.
Verse 93
पुंडरीकमयीं मालां सश्रीकां बिभ्रती हृदि । ध्यातव्यानेन रूपेण मुमुक्षुभिरहर्निशम्
Portant sur son cœur une splendide guirlande de lotus blancs, c’est sous cette forme même qu’elle doit être méditée par ceux qui aspirent à la délivrance, jour et nuit.
Verse 94
निर्वाणलक्ष्मीभवनं श्रीमतीमणिकर्णिका । मंत्रं तस्याश्च वक्ष्यामि भक्तकल्पद्रुमाभिधम् । यस्यावर्तनतः सिद्ध्येदपि सिद्ध्यष्टकं नृणाम्
La glorieuse Maṇikarṇikā est la demeure même de la fortune du nirvāṇa, la délivrance ultime. J’enseignerai aussi son mantra, nommé « l’Arbre qui exauce les vœux des dévots » ; par sa récitation, même les huit siddhis s’éveillent chez les hommes.
Verse 95
वाग्भवमायालक्ष्मीमदनप्रणवान्वदेत्पूर्वम् । भांत्यं बिंदूपेतं मणिपदमथ कर्णिके सहृत्प्रणवपुटः
D’abord, qu’on prononce les bīja—Vāgbhava, Māyā, Lakṣmī et Madana—avec le Praṇava. Ensuite (qu’on dise) « bhāṃ », pourvu du bindu, puis le mot « maṇi » ; et enfin « karṇike », enveloppé du Praṇava joint à « hṛt ».
Verse 96
मंत्रःसुरद्रुमसमः समस्तसुखसंततिप्रदो जप्यः । तिथिभिः परिमितवर्णः परमपदं दिशति निशितधियाम्
Ce mantra est semblable à l’arbre divin qui exauce les vœux : il accorde une suite ininterrompue de toutes les joies et doit être récité en japa. Ses syllabes sont mesurées selon les tithi ; à ceux dont l’intelligence est aiguisée, il confère l’état suprême.
Verse 97
तारस्तारतृतीयो बिंद्वंतोमणिपदं ततः कर्णिके । प्रणवात्मिपदं केन म इति मनुसंख्यवर्णमनुः
Le mantra se compose de « tāra » et d’un troisième « tāra » ; il s’achève par le bindu, puis vient le mot « maṇi », placé dans le péricarpe du lotus. Il a le Praṇava pour essence ; joint à « kena » et à la syllabe « ma », c’est un mantra dont les lettres se dénombrent selon la règle prescrite.
Verse 98
अयं मंत्रोऽनिशं जप्यः पुंभिर्मुक्तिमभीप्सुभिः । होमो दशांशकः कार्यः श्रद्धाबद्धादरैर्नृभिः
Ce mantra doit être récité sans cesse par ceux qui aspirent à la délivrance (mokṣa). Qu’ils accomplissent un homa équivalant au dixième du nombre de japa, avec une révérence liée à la foi.
Verse 99
परिप्लुतैः पुंडरीकैर्गव्येन हविषास्फुटैः । सशर्करेण मेधावी सक्षौद्रेण सदाशुचिः
Avec des lotus blancs pleinement épanouis, et du ghee de vache comme oblation pure—mêlé de sucre et de miel—le pratiquant sage, toujours pur, doit accomplir l’offrande.
Verse 100
त्रिलक्षमंत्र जप्येन मृतो देशांतरेष्वपि । अवश्यं मुक्तिमाप्नोति मंत्रस्यास्य प्रभावतः
Même si l’on meurt en un autre pays, celui qui a accompli la récitation de ce mantra trois cent mille fois obtient assurément la délivrance : telle est la puissance de ce mantra.
Verse 110
पूजयित्वा पशुपतिमुपोषणपरायणाः । पशुपाशैर्न बध्यंते दर्शे विहितपारणाः
Ceux qui vénèrent Paśupati et se vouent au jeûne ne sont pas liés par les entraves qui enchaînent les êtres. En observant la rupture prescrite du jeûne au jour de darśa (nouvelle lune), ils sont délivrés des liens de Paśupati.
Verse 120
तत्राभ्याशे स्कंदतीर्थं तत्राप्लुत्य नरोत्तमः । दृष्ट्वा षडाननं चैव जह्यात्षाट्कौशिकीं तनुम्
Tout près se trouve le saint Skanda-tīrtha. S’y étant baigné, le meilleur des hommes—en contemplant Ṣaḍānana, Skanda aux six visages—rejette le corps façonné par la gaine sextuple de Kuśikā, la limitation en six formes.
Verse 130
योगक्षेमं सदा कुर्याद्भवानी काशिवासिनाम् । तस्माद्भवानी संसेव्या सततं काशिवासिभिः
Bhavānī assure sans cesse le yoga-kṣema—bien-être et sauvegarde—à ceux qui demeurent à Kāśī. C’est pourquoi Bhavānī doit être honorée et servie continuellement par les habitants de Kāśī.
Verse 140
ज्ञानतीर्थं च तत्रैव ज्ञानदं सवर्दा नृणाम् । कृताभिषेकस्तत्तीर्थे दृष्ट्वा ज्ञानेश्वरं शिवम्
Là même se trouve le Jñāna-tīrtha, qui dispense sans cesse la connaissance spirituelle aux hommes. Après y avoir accompli l’ablution sacrée et avoir contemplé Śiva en tant que Jñāneśvara, on reçoit le don de la sagesse.
Verse 150
पितामहेश्वरं लिंगं ब्रह्मनालोपरिस्थितम् । पूजयित्वा नरो भक्त्या ब्रह्मलोकमवाप्नुयात्
Celui qui, avec dévotion, vénère le liṅga de Pitāmaheśvara, établi au-dessus du Brahma-nāla, parvient au monde de Brahmā (Brahmaloka).
Verse 160
तत्र भागीरथे तीर्थे श्राद्धं कृत्वा विधानतः । ब्राह्मणान्भोजयित्वा तु ब्रह्मलोके नयेत्पितॄन्
Là, au Bhāgīratha Tīrtha, après avoir accompli selon le rite le śrāddha et nourri les brāhmaṇas, on conduit ses ancêtres au monde de Brahmā.
Verse 170
मार्कंडेयेश्वरात्प्राच्यां वसिष्ठेश्वर पूजनात् । निष्पापो जायते मर्त्यो महत्पुण्यमवाप्नुयात्
À l’est de Mārkaṇḍeyeśvara, par le culte rendu à Vasiṣṭheśvara, le mortel devient sans péché et acquiert un grand mérite.
Verse 180
दक्षिणेऽगस्त्यतीर्थाच्च तीर्थमस्त्यतिपावनम् । गंगाकेशवसंज्ञं च सर्वपातकनाशनम्
Au sud de l’Agastya Tīrtha se trouve un autre gué sacré, d’une pureté extrême, nommé Gaṅgākeśava, qui anéantit tous les péchés.
Verse 190
प्रचंडनरसिंहोहं चंडभैरवपूर्वतः । प्रचंडमप्यघं कृत्वा निष्पाप्मा स्यात्तदर्चनात्
«Je suis Pracaṇḍa Narasiṃha», établi à l’est de Caṇḍa Bhairava. Même si l’on a commis un péché effroyable, par son culte on devient sans péché.
Verse 200
त्रिविक्रमोस्म्यहं काश्यामुदीच्यां च त्रिलोचनात् । ददामि पूजितो लक्ष्मीं हरामि वृजिनान्यपि
Je suis Trivikrama à Kāśī, au nord de Trilocana. Lorsqu’on me rend un culte, j’accorde la prospérité et j’écarte aussi les malheurs et les péchés.
Verse 210
नारायणस्वरूपेण गणाश्चक्रगदोद्यताः । कुर्वंति रक्षां क्षेत्रस्य परितो नियुतानि षट्
Sous la forme de Nārāyaṇa, les gaṇas—brandissant disque et massue—assurent la garde du lieu sacré de toutes parts, au nombre de six niyutas.
Verse 220
वामनः शंखचक्राब्जगदाभिरुपलक्षितः । लक्ष्मीवंतं जनं कुर्याद्गृहेपि परिधारितः
Vāmana, reconnaissable à la conque, au disque, au lotus et à la massue, même lorsqu’on le conserve avec révérence dans sa demeure, rend l’homme prospère.
Verse 230
वासुदेवश्च शंखारि गदाजलजभृत्सदा । शंखांबुज गदाचक्री ध्येयो नारायणो नृभिः
Vāsudeva, portant sans cesse conque, disque, massue et lotus—Nārāyaṇa doté de conque, lotus, massue et disque—doit être médité par les hommes.
Verse 240
प्रणम्य दूरादपिच संप्रहृष्टतनूरुहः । अभ्युत्थातुं मनश्चक्रे शंखचक्रगदाधरः
Après s’être prosterné même de loin, le poil du corps hérissé de joie, le porteur de conque, de disque et de massue résolut en son cœur de se lever pour accueillir.
Verse 250
पठितव्यः प्रयत्नेन बिंदुमाधवसंभवः । श्रोतव्यः परया भक्त्या भुक्तिमुक्तिसमृद्धये
Ce récit lié à Bindumādhava doit être lu avec effort et entendu avec une dévotion suprême, pour l’épanouissement à la fois de la jouissance en ce monde et de la délivrance.
Verse 251
संप्राप्ते वासरे विष्णो रात्रौ जागरणान्वितः । श्रुत्वाख्यानमिदं पुण्यं वैकुंठे वसतिं लभेत्
Lorsque vient le jour sacré de Viṣṇu, celui qui veille toute la nuit et écoute ce récit méritoire obtient demeure en Vaikuṇṭha.