Adhyaya 31
Kashi KhandaPurva ArdhaAdhyaya 31

Adhyaya 31

Ce chapitre prend la forme d’un dialogue : Agastya demande à Skanda un exposé théologique précis sur Bhairava à Kāśī—son identité, sa forme, ses fonctions, ses noms, et les conditions dans lesquelles il accorde des accomplissements rapides aux pratiquants. Skanda promet un récit complet, présenté comme une parole purificatrice garantissant les fruits spirituels de la résidence à Kāśī. Le propos se tourne ensuite vers un épisode doctrinal illustrant la māyā divine et les limites d’une autorité revendiquée par soi-même : Brahmā et une figure liée à l’efficacité sacrificielle (Kratu/une part de Nārāyaṇa) se disputent la suprématie et consultent les quatre Veda comme pramāṇa. Les Veda proclament Rudra/Śiva comme l’unique principe suprême ; pourtant les disputants demeurent dans l’illusion, mettant en cause l’iconographie ascétique de Śiva et ses signes du lieu de crémation. Le Pranava (Oṃ), personnifié, leur enseigne que le jeu (līlā) de Śiva n’est pas séparé de sa Śakti inhérente. Une grande radiance se manifeste ; une forme farouche de Śiva surgit, et de là naît Kālabhairava, institué souverain perpétuel de Kāśī et gardien de la loi morale. Il reçoit des noms selon ses fonctions—Bhairava en lien avec le fait de porter et soutenir (bharaṇa), Kāla- parce qu’il terrifie même le Temps et châtie le mal ; il tranche la cinquième tête de Brahmā et reçoit l’ordre d’accomplir le vœu Kāpālika (porter le crâne) comme modèle public d’expiation. La Brahmahatyā, personnifiée, le poursuit jusqu’à ce que Bhairava atteigne Vārāṇasī, où son accès est limité. Le chapitre décrit encore la visite de Bhairava au séjour de Viṣṇu et les questions de Viṣṇu sur la conduite de Śiva, auxquelles répond l’explication du vœu et de sa portée pédagogique. La conclusion exalte la puissance du Nom de Śiva et de la bhakti pour dissoudre les fautes, et associe Kāśī à un pouvoir purificateur exceptionnel ; des vers ultérieurs évoquent des rites tels que le bain dans « l’eau de Kāla » et des offrandes qui élèvent les ancêtres.

Shlokas

Verse 1

अगस्त्य उवाच । सर्वज्ञ हृदयानंद स्कंदस्कंदित तारक । न तृप्तिमधिगच्छामि शृण्वन्वाराणसीकथाम्

Agastya dit : Ô Omniscient, joie du cœur, ô Tāraka célébré par Skanda, en écoutant le récit sacré de Vārāṇasī, je ne parviens pas à la satiété.

Verse 2

अनुग्रहो यदि मयि योग्योस्मि श्रवणे यदि । तदा कथय मे नाथ काश्यां भैरव संकथाम्

Si tu m’accordes ta grâce, si je suis digne d’entendre, alors, ô Seigneur, raconte-moi le récit sacré de Bhairava à Kāśī.

Verse 3

कोसौ भैरवनामात्र काशिपुर्यां व्यवस्थितः । किं रूपमस्य किं कर्म कानि नामानि चास्य वै

Qui est ce Bhairava établi dans la cité de Kāśī ? Quelle est sa forme, quelle est son œuvre, et quels sont, en vérité, ses noms ?

Verse 4

कथमाराधितश्चैव सिद्धिदः साधकस्य वै । आराधितः कुत्र काले क्षिप्रं सिद्ध्यति भैरवः

Comment l’apaiser, lui qui accorde les siddhi au pratiquant ? Lorsqu’il est adoré, en quel lieu et à quel moment Bhairava confère-t-il promptement l’accomplissement ?

Verse 5

स्कंद उवाच । वाराणस्यां महाभाग यथा ते प्रेम वर्तते । तथा न कस्यचिन्मन्ये ततो वक्ष्याम्यशेषतः

Skanda dit : Ô toi le très fortuné, je ne pense pas que quiconque aime Vārāṇasī comme toi. C’est pourquoi je te l’exposerai entièrement, sans rien omettre.

Verse 6

प्रादुर्भावं भैरवस्य महापातकनाशनम् । यच्छ्रुत्वा काशिवासस्य फलं निर्विघ्रमाप्नुयात्

La manifestation de Bhairava est destructrice des grands péchés. En l’entendant, on obtient le fruit du séjour à Kāśī, sans entraves.

Verse 7

पाणिभ्यां परितः प्रपीड्य सुदृढं निश्चोत्य निश्चोत्य च ब्रह्मांडं सकलं पचेलिमरसालोच्चैः फलाभं मुहुः । पायंपायमपायतस्त्रिजगतीमुन्मत्तवत्तै रसैर्नृत्यंस्तांडवडंबरेण विधिनापायान्महाभैरवः

Pressant fortement de ses deux mains, et pressant encore et encore, Mahābhairava, pour ainsi dire, extrait et cuit l’œuf cosmique tout entier, en tirant sans cesse son suc, tel le jus opulent d’un fruit mûr. Buvant et rebuvant ces nectars enivrants, il danse—selon le rite ordonné—dans le fracas éclatant du Tāṇḍava, tandis que les trois mondes chancellent.

Verse 8

कुंभयोने न वेत्त्येव महिमानं महेशितुः । चतुर्भजोपि वैकुंठश्चतुर्वक्त्रोपि विश्वकृत्

Même Kumbhayoni (Agastya) ne connaît pas vraiment la grandeur de Maheśvara. Même Viṣṇu de Vaikuṇṭha, bien qu’à quatre bras, et même Brahmā, l’artisan du monde, bien qu’à quatre visages, ne la saisissent pleinement.

Verse 9

न चित्रमत्र भूदेव भवमाया दुरत्यया । तया संमोहिताः सर्वे नावयंत्यपि तं परम्

Rien d’étonnant ici, ô sage divin : la māyā de Bhava est difficile à franchir. Égarés par elle, tous les êtres ne parviennent pas à comprendre la Réalité suprême.

Verse 10

वेदयेद्यदिचात्मानं स एव परमेश्वरः । तदा विंदंति ब्रह्माद्याः स्वेच्छयैव न तं विदुः

Si l’on connaît véritablement le Soi, celui-là même est Parameśvara. Alors seulement Brahmā et les autres dieux ‘trouvent’ cette vérité ; par leur seule volonté, ils ne Le connaissent pas.

Verse 11

स सर्वगोपि नेक्ष्येत स्वात्मारामो महेश्वरः । देववद्बुध्यते मूढैरतीतो यो मनोगिराम्

Ce Maheśvara, caché par tous les voiles, n’est pas vu ; il se réjouit en son propre Soi. Pourtant les insensés ne le conçoivent que comme un « dieu », alors qu’il dépasse l’esprit et la parole.

Verse 12

पुरा पितामहं विप्र मेरुशृंगे महर्षयः । प्रोचुः प्रणम्य लोकेशं किमेकं तत्त्वमव्ययम्

Autrefois, ô brāhmane, au sommet du mont Meru, les grands ṛṣis, s’étant prosternés devant le Seigneur des mondes, demandèrent : «Quelle est l’unique Réalité impérissable ?»

Verse 13

समा यया महेशस्य मोहितो लोकसंभवः । अविज्ञाय परं भावमात्मानं प्राह वर्पिणम्

Par cette même (māyā), égale en puissance d’illusion, le géniteur des mondes (Brahmā) fut égaré au sujet de Maheśvara. Ne connaissant pas l’état suprême, il parla de lui-même comme de l’Être incarné (suprême).

Verse 14

जगद्योनिरहं धाता स्वयंभूरेक ईश्वरः । अनादिमदहं ब्रह्म मामनर्च्य न मु च्यते

«Je suis le sein du monde ; je suis le Soutien, l’Auto-né, l’unique Seigneur. Je suis le Brahman sans commencement : sans m’adorer, nul n’obtient la délivrance.»

Verse 15

प्रवर्तको हि जगतामहमेको निवर्तकः । नान्यो मदधिकः सत्यं कश्चित्कोपि सुरोत्तमाः

«Moi seul mets les mondes en mouvement, et moi seul les retire. En vérité, ô le meilleur des dieux, nul n’est en rien supérieur à moi.»

Verse 16

तस्यैवं ब्रुवतो धातुः क्रतुर्नारायणांशजः । प्रोवाच प्रहसन्वाक्यं रोषताम्रविलोचनः

Tandis que Dhātṛ parlait ainsi, Kratu —le créateur, né d’une parcelle de Nārāyaṇa— rit et répondit, les yeux rouge cuivre de colère.

Verse 17

अविज्ञाय परं तत्त्वं किमेतत्प्रतिपाद्यते । अज्ञानं योगयुक्तस्य न चैतदुचितं तव

«Sans avoir réalisé la Réalité suprême, que cherches-tu donc à établir ? L’ignorance ne sied pas à celui qui est uni au yoga — et cela ne te convient pas.»

Verse 18

अहं कर्ता हि लोकानां यज्ञो नारायणः परः । न मामनादृत्य विधे जीवनं जगतामज

«Je suis vraiment le faiseur des mondes ; le sacrifice (yajña) est le suprême Nārāyaṇa. Ô Ordonnateur, ô Inengendré : sans m’honorer, les mondes ne peuvent même pas vivre.»

Verse 19

अहमेव परं ज्योतिरहमेव परा गतिः । मत्प्रेरितेन भवता सृष्टिरेषा विधीयते

Moi seul suis la Lumière suprême ; moi seul suis le But le plus élevé. C’est par toi—poussé par moi—que cette création s’accomplit.

Verse 20

एवं विप्र कृतौ मोहात्परस्परजयैषिणौ । पप्रच्छतुः प्रमाणज्ञानागमांश्चतुरोपि तौ

Ainsi, ô brāhmane, ces deux—abusés par l’illusion et avides de se vaincre l’un l’autre—interrogèrent les autorités au nombre de quatre : les moyens de connaissance valide, la vraie connaissance et les traditions sacrées transmises.

Verse 21

विधिक्रतू ऊचतुः । वेदाः प्रमाणं सर्वत्र प्रतिष्ठां परमामिताः । यूयमेव न संदेहः किं तत्त्वं प्रतितिष्ठत

Vidhi et Kratu dirent : «Les Vedas sont l’autorité partout, le fondement suprême et incommensurable. Vous-mêmes, ô Śrutis, êtes cela—sans doute. En quelle Réalité demeurez-vous ultimement établies ?»

Verse 22

श्रुतय ऊचुः । यदि मान्या वयं देवौ सृष्टिस्थितिकरौ विभू । तदा प्रमाणं वक्ष्यामो भवत्संदेहभेदकम्

Les Śrutis dirent : «Si vous deux nous honorez, ô puissants, artisans de la création et du maintien, alors nous énoncerons l’autorité véritable qui tranchera votre doute.»

Verse 23

श्रुत्युक्तमिदमाकर्ण्य प्रोचतुस्तौ श्रुतीः प्रति । युष्मदुक्तं प्रमाणं नौ किं तत्त्वं सम्यगुच्यताम्

Entendant ces paroles de la Śruti, les deux répondirent aux Śrutis : «Énoncez pour nous l’autorité dont vous parlez ; quelle est la Réalité ? Dites-la avec justesse.»

Verse 24

ऋगुवाच । यदंतःस्थानि भूतानि यतः सर्वं प्रवर्तते । यदाहुस्तत्परं तत्त्वं स रुद्रस्त्वेक एव हि

Ṛg dit : «Ce en quoi demeurent les êtres, et d’où tout procède—ce qu’ils nomment la Réalité suprême, c’est Rudra ; en vérité, Lui seul est l’Unique.»

Verse 25

यजुरुवाच । यो यज्ञैरखिलैरीशो योगेन च समिज्यते । येन प्रमाणं हि वयं स एकः सर्वदृक्छिवः

Yajur dit : «Lui seul est le Seigneur que l’on vénère par tous les sacrifices, et aussi par le yoga. Il est pour nous la mesure de la connaissance vraie ; cet unique Śiva est l’Omnivoyant.»

Verse 26

सामोवाच । येनेदं भ्रश्यते विश्वं योगिभिर्यो विचिंत्यते । यद्भासा भासते विश्वं स एकस्त्र्यंबकः परः

Sāma dit : «Celui par qui cet univers se résorbe, que les yogins contemplent ; par l’éclat duquel le monde entier resplendit—Lui seul est le suprême Tryambaka.»

Verse 27

अथर्वोवाच । यं प्रपश्यंति देवेशं भक्त्यानुग्रहिणो जनाः । तमाहुरेकं कैवल्यं शंकरं दुःखतस्करम्

Atharva dit : «Ceux que la dévotion comble de grâce Le contemplent, Lui, le Seigneur des dieux. Ils proclament que Śaṅkara seul est Kaivalya même, le voleur qui dérobe la souffrance.»

Verse 28

श्रुतीरितं निशम्येत्थं तावतीव विमोहितौ । स्मित्वाहतुः क्रतु विधीमोहाध्येनांकितौ मुने

Ayant entendu ainsi les paroles énoncées par les Śrutis, tous deux furent d’autant plus déconcertés. Souriant, ils parlèrent, ô sage, encore marqués par l’illusion au sujet de l’ordre rituel du sacrifice.

Verse 29

कथं प्रमथनाथोसौ रममाणो निरंतरम् । दिगंबरः पितृवने शिवया धूलिधूसरः

«Comment le Seigneur des Pramathas peut-il se divertir sans cesse—vêtu des directions, au champ de crémation, grisé de poussière, avec Śivā ?»

Verse 30

विटंकवेशो जटिलो वृषगोव्यालभूषणः । परं ब्रह्मत्वमापन्नः क्व च तत्संगवर्जितम्

«Paré d’ornements singuliers, aux cheveux emmêlés, orné d’un taureau, d’une vache et de serpents—comment a-t-il atteint l’état du Brahman suprême tout en demeurant entièrement sans attachement ?»

Verse 31

तदुदीरितमाकर्ण्य प्रणवात्मा सनातनः । अमूर्तो मूर्तिमान्भूत्वा हसमान उवाच तौ

Entendant leurs paroles, l’Éternel dont l’essence est le Praṇava—bien que sans forme—prit une forme et, souriant, s’adressa aux deux.

Verse 32

प्रणव उवाच । न ह्येष भगवाञ्छक्त्या स्वात्मनो व्यतिरिक्तया । कदाचिद्रमते रुद्रो लीलारूपधरो हरः

Praṇava dit : «Ce Seigneur bienheureux ne se réjouit jamais par une puissance séparée de Son propre Soi. Rudra—Hara—ne revêt des formes que comme jeu divin (līlā).»

Verse 33

असौ हि भगवानीशः स्वयंज्योतिः सनातनः । आनंदरूपा तस्यैषा शक्तिर्नागंतुकी शिवा

«Car ce Seigneur bienheureux est l’Īśa éternel, lumière par Lui-même. Sa Śivā—Sa puissance—est de la nature de la béatitude, non quelque chose d’accidentel ou de nouvellement acquis.»

Verse 34

इत्येवमुक्तेपि तदा मखमूर्तेरजस्य हि । नाज्ञानमगमन्नाशं श्रीकंठस्यैव मायया

Bien que cela eût été ainsi prononcé, alors l’ignorance de l’Inengendré —dont la forme même était le sacrifice— ne s’éteignit point, par la seule māyā de Śrīkaṇṭha.

Verse 35

प्रादुरासीत्ततो ज्योतिरुभयोरंतरे महत् । पूरयन्निजया भासा द्यावाभूम्योर्यदंतरम्

Alors une Lumière immense se manifesta entre eux deux, et de son propre éclat elle emplit tout l’espace entre le ciel et la terre.

Verse 36

ज्योतिर्मंडलमध्यस्थो ददृशे पुरुषाकृतिः । प्रजज्वालाथ कोपेन ब्रह्मणः पंचमं शिरः

Au cœur du cercle de cette Lumière, on vit une forme à l’aspect humain; puis, dans la colère, la cinquième tête de Brahmā s’embrasa.

Verse 37

आवयोरंतरं कोसौ बिभृयात्पुरुषाकृतिम् । विधिः संभावयेद्यावत्तावत्स हि विलोकितः

«Qui donc pourrait prendre une forme humaine dans l’espace entre nous deux ?»—tant que Brahmā (Vidhī) méditait ainsi, autant de temps il demeura à contempler ce prodige.

Verse 38

स्रष्टा क्षणेन च महान्पुरुषो नीललोहितः । त्रिशूलपाणिर्भालाक्षो नागोडुपविभूषणः

Et en un instant apparut un grand Être—Nīlalohita—tenant le trident en sa main, portant un œil au front, paré du serpent et de la lune.

Verse 39

हिरण्यगर्भस्तं प्राह जाने त्वां चंद्रशेखरम् । भालस्थलान्ममपुरा रुद्रः प्रादुरभूद्भवान्

Hiraṇyagarbha (Brahmā) lui dit : « Je te connais comme Candraśekhara ; jadis, tu apparus en tant que Rudra depuis la région de mon front. »

Verse 40

रोदनाद्रुद्रनामापि योजितोसि मया पुरा । मामेव शरणं याहि पुत्र रक्षां करोमि ते

« À cause des pleurs (rodana), jadis je t’ai aussi donné le nom de “Rudra”. Viens à moi seul comme refuge, mon fils ; je t’accorderai protection. »

Verse 41

अथेश्वरः पद्मयोनेः श्रुत्वा गर्ववतीं गिरम् । सकोपतः समुत्पाद्य पुरुषं भैरवाकृतिम्

Alors le Seigneur, entendant la parole orgueilleuse du Né du Lotus (Brahmā), dans sa colère fit surgir un Être à la forme de Bhairava.

Verse 42

प्राह पंकजजन्मासौ शास्यस्ते कालभैरव । कालवद्राजसे साक्षात्कालराजस्ततो भवान्

Le Né du Lotus (Brahmā) dit : « Tu dois être le châtieur, ô Kālabhairava. Tu règnes tel le Temps lui-même ; ainsi es-tu véritablement le Roi du Temps. »

Verse 43

विश्वं भर्तुं समर्थोऽसि भरणाद्भैरवः स्मृतः । त्वत्तो भेष्यति कालोपि ततस्त्वं कालभैरवः

« Tu es capable de soutenir l’univers ; parce que tu soutiens (bharaṇa), on se souvient de toi comme “Bhairava”. Même le Temps te craint ; ainsi es-tu “Kālabhairava”. »

Verse 44

आमर्दयिष्यति भवांस्तुष्टो दुष्टात्मनो यतः । आमर्दक इति ख्याति ततः सर्वत्र यास्यति

Car, lorsque tu seras satisfait, tu écraseras ceux dont l’âme est mauvaise ; ainsi ta renommée se répandra partout sous le nom d’« Āmardaka », l’Écraseur.

Verse 45

यतः पापानि भक्तानां भक्षयिष्यति तत्क्षणात् । पापभक्षण इत्येव तव नाम भविष्यति

Car, à l’instant même, tu dévoreras les péchés des dévots ; c’est pourquoi ton nom sera vraiment « Pāpabhakṣaṇa », le Dévoreur du péché.

Verse 46

या मे मुक्तिपुरी काशी सर्वाभ्योपि गरीयसी । आधिपत्यं च तस्यास्ते कालराज सदैव हि

Cette Kāśī — Ma cité de délivrance, plus grande que toutes — sur elle, ô Roi du Temps, ta souveraineté demeurera à jamais.

Verse 47

तत्र ये पापकर्तारस्तेषां शास्ता त्वमेव हि । शुभाशुभं न तत्कर्म चित्रगुप्तो लिखिष्यति

Là, quels que soient les faiseurs de péché, toi seul seras leur châtieur ; et en ce lieu, Citragupta n’inscrira pas ces actes comme favorables ou défavorables.

Verse 48

एतान्वरान्प्रगृह्याऽथ तत्क्षणात्कालभैरवः । वामांगुलिनखाग्रेण चकर्त च शिरो विधेः

Ayant accepté ces grâces, Kālabhairava, à l’instant même, du bout de l’ongle de son doigt gauche, trancha la tête de Vidhātṛ (Brahmā).

Verse 49

यदंगमपराध्नोति कार्यं तस्यैव शासनम् । अतो येन कृता निंदा तच्छिन्नं पचमं शिरः

Quel que soit le membre qui commet une offense, la punition doit être appliquée à cette partie même. Ainsi, puisque la calomnie a été commise par celle-ci, la cinquième tête fut tranchée.

Verse 50

यज्ञमूर्तिधरो विष्णुस्ततस्तुष्टाव शंकरम् । भीतो हिरण्यगर्भोपि जजाप शतरुद्रियम्

Alors Vishnu, portant la forme du sacrifice, loua Shankara ; et Hiranyagarbha aussi, effrayé, récita le Satarudriya.

Verse 51

आश्वास्य तौ महादेवः प्रीतः प्रणतवत्सलः । प्राह स्वां मूर्तिमपरां भैरवं तं कपर्दिनम्

Après les avoir rassurés tous deux, Mahadeva — satisfait et affectueux envers ceux qui s'inclinent — s'adressa à Bhairava, son autre forme, le Seigneur aux cheveux emmêlés.

Verse 52

मान्योऽध्वरोसौ भवता तथा शतधृतिस्त्वयम् । कपालं वैधसं चापि नीललोहित धारय

Que ce sacrifice soit honoré par toi, ainsi que Satadhrti. Et, ô Nilalohita, porte aussi le crâne du Créateur.

Verse 53

ब्रह्महत्यापनोदाय व्रतं लोकाय दर्शयन् । चर त्वं सततं भिक्षां कापालव्रतमास्थितः । इत्युक्त्वांऽतर्हितो देवस्तेजोरूपस्तदा शिवः

Pour effacer le péché du meurtre d'un brahmane et montrer l'observance au monde, erre continuellement en quête d'aumônes, établi dans le vœu de Kapala. Ayant ainsi parlé, Shiva disparut.

Verse 54

उत्पाद्य कन्यामेकां तु ब्रह्महत्येति विश्रुताम् । रक्तांबरधरां रक्तां रक्तस्रग्गंधलेपनाम्

Il fit naître une unique jeune fille, renommée sous le nom de « Brahmahatyā » ; vêtue de rouge, elle-même rouge de teint, parée de guirlandes rouges, de parfums et d’onguents.

Verse 55

दंष्टाकरालवदनां ललज्जिह्वातिभीषणाम् । अंतरिक्षैकपादाग्रां पिबंतीं रुधिरं बहु

Il la vit, le visage rendu effroyable par des crocs saillants, terrible par sa langue agitée et pendante ; suspendue dans l’air sur la pointe d’un seul pied, buvant beaucoup de sang.

Verse 56

कर्त्रीं कर्परहस्ताग्रां स्फुरत्पिंगोग्रतारकाम् । गर्जयंतीं महावेगां भैरवस्यापिभीषणाम्

Elle portait un couperet, et tout au bout de sa main se trouvait un crâne ; ses yeux fauves, flamboyants, étaient farouches. Rugissant avec une force immense, elle était terrifiante même pour Bhairava.

Verse 57

यावद्वाराणसीं दिव्यां पुरीमेष गमिष्यति । तावत्त्वं भीषणे कालमनुगच्छोग्ररूपिणि

«Tant qu’il sera en route vers la cité divine de Vārāṇasī, durant tout ce temps, toi, ô redoutable aux formes terribles, suis-le, en réglant ton pas sur le sien.»

Verse 58

सर्वत्र ते प्रवेशोस्ति त्यक्त्वा वाराणसीं पुरीम् । नियोज्यतामिति शिवोप्यंतर्धानं गतस्ततः

«Partout ailleurs tu peux pénétrer, hormis la cité de Vārāṇasī. Qu’il en soit ainsi ordonné.» Ayant parlé ainsi, Śiva disparut alors à la vue.

Verse 59

तत्सान्निध्याद्भैरवोपि कालोभूत्कालकालतः । स देवदेववाक्येन बिभ्रत्कापालिकं व्रतम्

Par cette seule proximité, Bhairava lui-même devint Kāla, la Mort de la Mort. Obéissant à la parole du Dieu des dieux, il porta le vœu Kāpālika.

Verse 60

कपालपाणिर्विश्वात्मा चचार भुवनत्रयम् । नात्याक्षीच्चापि तं देवं ब्रह्महत्या सुदारुणा

Le crâne à la main, l’Âme universelle parcourut les trois mondes ; pourtant la très redoutable Brahmahatyā n’abandonna pas ce dieu.

Verse 61

सत्यलोकेपि वैकुंठे महेंद्रादि पुरीष्वपि । त्रिजगत्पतिरुग्रोपि व्रती त्रिजगतीश्वरः

Même en Satyaloka, même en Vaikuṇṭha, et même dans les cités de Mahendra et des autres, ce Seigneur farouche—maître des trois mondes—demeura fidèle au vœu, souverain des trois domaines.

Verse 62

प्रतितीर्थं भ्रमन्नापि विमुक्तो ब्रह्महत्यया

Même en errant de tīrtha en tīrtha, de gué sacré en gué sacré, il ne fut pas délivré de la Brahmahatyā.

Verse 63

अनेनैवानुमानेन महिमा त्ववगम्यताम् । ब्रह्महत्यापनोदिन्याः काश्याः कलशसंभव

Par cette seule déduction, saisis la grandeur de Kāśī, ô Né-du-Vase ; car elle est celle qui efface la Brahmahatyā.

Verse 64

संति तीर्थान्यनेकानि बहून्यायतनानि च । अधि त्रिलोकिनो काश्याः कलामर्हंति षोडशीम्

Nombreux sont les tīrtha et innombrables les sanctuaires; pourtant, en comparaison, ils n’atteignent qu’un seizième de la mesure de Kāśī, vénérée dans les trois mondes.

Verse 65

तावद्गर्जंति पापानि ब्रहत्यादिकान्यलम् । यावन्नाम न शृण्वंति काश्याः पापाचलाशनेः

Les péchés, grands et terribles, à commencer par le brahma-hatyā, ne rugissent que tant qu’ils n’entendent pas le Nom de Kāśī, foudre qui brise la montagne du péché.

Verse 66

प्रमथैः सेव्यमानोऽयं त्रिलोकीं विचरन्हरः । कापालिको ययौ देवो नारायणनिकेतनम्

Servi et honoré par les Pramatha, Hara—parcourant les trois mondes sous l’apparence d’un Kāpālika—se rendit à la demeure divine de Nārāyaṇa.

Verse 67

अथायांतं महाकालं त्रिनेत्रं सर्पकुंडलम् । महादेवांशसंभूतं भैरवं भीषणाकृतिम्

Alors arriva Mahākāla : aux trois yeux, paré de boucles d’oreilles-serpents; Bhairava à l’aspect redoutable, né d’une part de Mahādeva.

Verse 68

पपात दंडवद्भूमौ दृष्ट्वा तं गरुडध्वजः । देवाश्च मुनयश्चैव देवनार्यः समंततः

À sa vue, le Seigneur au drapeau de Garuḍa tomba à terre tel un bâton; et tout autour, les dieux, les sages et les dames célestes firent de même.

Verse 69

निपेतुः प्रणिपत्यैनं प्रणतः कमलापतिः । शिरस्यंजलिमारोप्य स्तुत्वा बहुविधैः स्तवैः

Ils tombèrent prosternés devant Lui ; et Kamalāpati (Viṣṇu), plein d’humilité, posa ses mains jointes sur sa tête et Le loua par des hymnes de maintes sortes.

Verse 70

क्षीरोदमथनो तां प्राह पद्मालयां हरिः । प्रिये पश्याऽब्जनयने धन्याऽसि सुभगेनघे

Hari, le Baratteur de l’Océan de Lait, dit à Padmālayā (Lakṣmī) : «Bien-aimée, aux yeux de lotus, vois ! Heureuse et sans faute, tu es vraiment bénie».

Verse 71

धन्योऽहं देवि सुश्रोणि यत्पश्यावो जगत्पतिम् । अयं धाता विधाता च लोकानां प्रभुरीश्वरः

«Moi aussi je suis béni, ô Déesse aux belles hanches, puisque nous avons contemplé le Seigneur du monde. Il est le Soutien et l’Ordonnateur, le Seigneur souverain et le Maître des mondes».

Verse 72

अनादिः शरणः शांतः परः षड्विंशसंमितः । सर्वज्ञः सर्वयोगीशः सर्वभूतैकनायकः

Il est sans commencement, Refuge, Paisible, le Suprême—au-delà des vingt-six principes ; omniscient, Seigneur de tous les yogin, unique guide de tous les êtres.

Verse 73

सर्वभूतांतरात्माऽयं सर्वेषां सर्वदः सदा । यं विनिद्रा विनिःश्वासाः शांता ध्यानपरायणाः

Il est le Soi intérieur de tous les êtres, toujours Celui qui donne tout à tous. C’est Lui que cherchent les paisibles—libres de torpeur et de souffle agité—entièrement voués à la méditation.

Verse 74

धिया पश्यंति हृदये सोयमद्य समीक्ष्यताम् । यं विदुर्वेदतत्त्वज्ञा योगिनो यतमानसाः

Celui qu’ils contemplent dans le cœur par une intelligence purifiée—que ce même Être soit vu aujourd’hui de nos yeux ouverts : Celui que connaissent les connaisseurs de la vérité védique, les yogins à l’esprit maîtrisé.

Verse 76

यस्याख्यां ब्रुवतां नित्यं न देहः सोपि देहधृक् । यं दृष्ट्वा न पुनर्जन्म लभ्यते मानवैर्भुवि

Même pour celui qui porte un corps, le corps est comme non-liant lorsque son saint Nom est prononcé chaque jour. L’ayant contemplé, les humains sur la terre n’obtiennent plus de nouvelle naissance.

Verse 77

सोयमायाति भगवांस्त्र्यंबकः शशिभूषणः । पुंडरीकदलायामे धन्येमेऽद्य विलोचने

Voyez—Il vient : le Seigneur Bienheureux, Tryambaka, paré de la lune. Bienheureux sont aujourd’hui ces yeux, larges comme des pétales de lotus.

Verse 78

धिग्धिक्पदं तु देवानां परं दृष्ट्वाऽत्र शंकरम् । लभ्यते यन्न निर्वाणं सर्वदुःखांतकृत्तु यत्

Honte, honte même à la plus haute condition des dieux—si, après avoir contemplé ici Śaṅkara, on n’atteint pas ce Nirvāṇa qui met fin à toute souffrance !

Verse 79

देवत्वादशुभं किंचिद्देवलोके न विद्यते । दृष्ट्वापि सर्वदेवेशं यन्मुक्तिं न लभामहे

Dans le monde des dieux, du fait de leur divinité, rien d’inauspice n’existe. Et pourtant, même après avoir vu le Seigneur de tous les dieux, nous n’obtenons pas la délivrance : telle est notre douleur.

Verse 80

एवमुक्त्वा हृषीकेशः संप्रहृष्टतनूरुहः । प्रणिपत्य महादेवमिदमाह वृषध्वजम्

Ayant ainsi parlé, Hṛṣīkeśa—le poil du corps hérissé de joie—se prosterna devant Mahādeva et dit ceci au Seigneur au drapeau du Taureau.

Verse 81

किमिदं देवदेवेन सर्वज्ञेन त्वया विभो । क्रियते जगतां धात्रा सर्वपापहराऽव्यय

Qu’est-ce donc que tu accomplis, ô Seigneur—Dieu des dieux, omniscient, soutien des mondes, ô toi qui ôtes tous les péchés, impérissable ?

Verse 82

क्रीडेयं तव देवेश त्रिलोचन महामते । किं कारणं विरूपाक्ष चेष्टितं ते स्मरार्दन

Est-ce là ton jeu, ô Seigneur des dieux, Toi aux Trois Yeux, à la grande sagesse ? Quelle est la cause de ta conduite, ô Virūpākṣa, destructeur de Kāma ?

Verse 83

किमर्थं भगवत्र्छंभो भिक्षां चरसि शक्तिप । संशयो मे जगन्नाथ नतत्रैलोक्यराज्यद

Dans quel but, ô bienheureux Śambhu, erres-tu en quête d’aumône, ô Seigneur de la Puissance ? Le doute s’est levé en moi, ô Jagannātha, dispensateur de la souveraineté des trois mondes.

Verse 84

एवमुक्तस्ततः शंभुर्विष्णुमेतदुदाहरत् । ब्रह्मणस्तु शिरश्छिन्नमंगु्ल्यग्रनखेन ह

Ainsi interpellé, Śambhu expliqua alors ceci à Viṣṇu : «En vérité, la tête de Brahmā fut tranchée par l’ongle au bout de mon doigt».

Verse 85

तदघप्रतिघं विष्णो चराम्येतद्व्रतं शुभम् । एवमुक्तो महेशेन पुंडरीकविलोचनः

«Ainsi, ô Viṣṇu, pour neutraliser ce péché, j’accomplis ce vœu propice.» Ainsi interpellé par Maheśa, le Lotus-aux-Yeux (Viṣṇu) écouta.

Verse 86

स्मित्वा किंचिन्नतशिराः पुनरेवं व्यजिज्ञपत् । यथेच्छसि तथा क्रीड सर्वविष्टपनायक

Souriant et inclinant légèrement la tête, il parla de nouveau : «Joue comme il te plaît, ô Seigneur qui conduis et gouvernes tous les êtres».

Verse 87

मायया मां महादेव नच्छादयितुमर्हसि । नाभीकमलकोशात्तु कोटिशः कमलासनान्

«Ô Mahādeva, tu ne dois pas me voiler par la māyā. De la gaine du lotus à mon nombril surgissent, âge après âge, d’innombrables Brahmā assis sur des lotus».

Verse 88

कल्पे कल्पे सृजामीश त्वन्नियोगबलाद्विभो । त्यज मायामिमां देव दुस्तरामकृतात्मभिः

«À chaque kalpa, ô Seigneur, je crée par la force de ton ordre, ô Toi qui pénètres tout. Abandonne cette māyā, ô Dieu, si difficile à franchir pour ceux qui ne se sont pas maîtrisés».

Verse 89

मदाद्यो महादेव मायया तव मोहिताः । यथावदवगच्छामि चेष्टितं ते शिवापते

«À commencer par moi, ô Mahādeva, nous sommes fascinés par ta māyā. Pourtant, je comprends comme il se doit ton dessein et ton agir, ô Seigneur de Śivā».

Verse 90

संहारकाले संप्राप्ते सदेवानखिलान्मुनीन् । लोकान्वर्णाश्रमवतो हरिष्यसि यदा हर

Quand vient l’heure de la dissolution, ô Hara, tu retires tout : les dieux avec les sages, et les mondes ordonnés selon varṇa et āśrama.

Verse 91

तदा क्व ते महादेव पाप ब्रह्मवधादिकम् । पारतंत्र्यं न ते शंभो स्वैरं क्रीडेत्ततो भवान्

Alors, ô Mahādeva, où serait pour toi le « péché »—tel que le meurtre de Brahmā et autres? Tu n’es pas lié par la dépendance, ô Śambhu; ainsi tu joues en souveraine liberté.

Verse 92

अतीतब्रह्मणामस्थ्नां स्रक्कंठे तव भासते । तदातदा क्वानुगता ब्रह्महत्या तवानघ

À ton cou resplendit une guirlande faite des os des Brahmās d’autrefois. En ces instants, ô Sans-tache, où donc est allé le « péché de Brahmā-hatyā »—à quoi pourrait-il s’attacher en toi?

Verse 93

कृत्वापि सुमहत्पापं त्वां यः स्मरति भावतः । आधारं जगतामीशं तस्य पापं विलीयते

Même s’il a commis un très grand péché, quiconque se souvient de toi avec ferveur du cœur—ô Seigneur, soutien des mondes—voit son péché se dissoudre.

Verse 94

यथा तमो न तिष्ठेत संनिधावंशुमालिनः । तथा न भवभक्तस्य पापं तस्य व्रजेत्क्षयम्

De même que les ténèbres ne sauraient demeurer en présence du soleil, ainsi le péché ne peut subsister chez le dévot de Bhava : il se hâte vers sa ruine.

Verse 95

यश्चिंतयति पुण्यात्मा तव पादांबुजद्वयम् । ब्रह्महत्यादिकमपि पापं तस्य व्रजेत्क्षयम्

L’âme pure qui médite sur tes deux pieds de lotus : même le péché du meurtre de Brahmā et autres fautes semblables, pour lui, s’éteint et se détruit.

Verse 96

तव नामानुरक्ता वाग्यस्य पुंसो जगत्पते । अप्यद्रिकूटतुलितं नैनस्तमनुबाधते

Ô Seigneur du monde, pour celui dont la parole est vouée à Ton Nom, même le péché entassé comme un sommet de montagne ne l’accable pas.

Verse 97

रजसा तमसा विवर्धितं क्व नु पापं परितापदायकम् । क्व च ते शिव नाम मंगलं जनजीवातु जगद्रुजापहम्

Où est le péché, accru par la passion et les ténèbres, qui ne donne que tourment, et où est Ton Nom auspicious, ô Śiva, souffle de vie des hommes et guérisseur des maux du monde ?

Verse 98

यदि जातुचिदंधकद्विषस्तवनामौष्ठपुटाद्विनिःसृतम् । शिवशंकर चंद्रशेखरेत्यसकृत्तस्य न संसृतिः पुनः

Si, ne fût-ce qu’une fois, Ton Nom—ô vainqueur d’Andhaka—s’échappe des lèvres d’un homme, et s’il répète sans cesse : « Śiva, Śaṅkara, Candraśekhara », alors pour lui il n’y a plus de retour au cycle des renaissances.

Verse 99

परमात्मन्परंधाम स्वेच्छा विधृत विग्रह । कुतूहलं तवेशेदं क्व पराधीनतेश्वरे

Ô Soi suprême, ô Demeure suprême, Toi qui, par Ta libre volonté, assumes une forme : qu’est donc cette « curiosité » qui est Tienne, ô Seigneur ? Où pourrait se trouver la dépendance d’autrui chez le Souverain ?

Verse 100

अद्य धन्योस्मि देवेश यं न पश्यति योगिनः । पश्यामि तं जगन्मूलं परमेश्वरमक्षयम्

Aujourd’hui je suis béni, ô Seigneur des dieux : Celui que même les yogin ne voient pas, moi je Le vois — le Seigneur suprême, impérissable, racine même de l’univers.

Verse 110

अवियोगोऽस्तु मे देव त्वदंघ्रियुगलेन वै । एष एव वरः शंभो नान्यं कंचिद्वरं वृणे

Ô Dieu, qu’il n’y ait pour moi aucune séparation d’avec Tes deux pieds sacrés. Tel est mon seul vœu, ô Śambhu ; je ne choisis nul autre don.

Verse 120

ब्रह्महत्यादि पापानि यस्या नाम्नोपि कीर्तनात् । त्यजंति पापिनं काशी सा केनेहोपमीयते

Même les fautes les plus graves, telles que le meurtre d’un brahmane, quittent le pécheur au seul chant de son Nom : telle est Kāśī. À quoi, en ce monde, la comparer ?

Verse 130

महाश्मशानमासाद्य यदि देवाद्विपद्यते । पुनः श्मशानशयनं न क्वापि लभते पुमान्

Parvenu au Grand Champ de crémation, si un homme s’en va (meurt) par la volonté de Dieu, il n’obtient plus nulle part le « gîte au champ de crémation » ; autrement dit, il ne revient pas à une telle mort.

Verse 150

तीर्थे कालोदके स्नात्वा कृत्वा तर्पणमत्वरः । विलोक्य कालराजं च निरयादुद्धरेत्पितॄन्

Après s’être baigné au tīrtha de Kālodaka et avoir offert sans tarder le tarpaṇa, puis en contemplant Kālarāja (Yama), on peut relever ses ancêtres de l’enfer.