Adhyaya 27
Kashi KhandaPurva ArdhaAdhyaya 27

Adhyaya 27

Le chapitre 27 s’ouvre sur l’annonce de Skanda : il expliquera pourquoi Kāśī/Vārāṇasī est renommée et comment comprendre sa nature d’« ānanda-kānana », la forêt de béatitude, selon des enseignements attribués à Devadeva. Īśvara s’adresse ensuite à Viṣṇu et rappelle le cadre de Bhāgīratha : la crise des ancêtres lorsque les fils de Sagara furent réduits en cendres par le feu de la colère de Kapila, puis la résolution du roi d’accomplir le tapas afin d’apaiser et d’attirer la sainte Gaṅgā. Le propos quitte le récit pour la métaphysique : Gaṅgā est décrite comme la forme aqueuse suprême, identifiée à Śiva, soutien de plusieurs ordres cosmiques et réceptacle subtil des tīrtha, du dharma et des puissances sacrificielles. À l’âge de Kali, elle est présentée comme le refuge salvateur principal, surpassant d’autres rites ; la vision (darśana), le contact (sparśa), le bain sacré (snāna), la répétition du nom « Gaṅgā » et la demeure sur ses rives sont maintes fois proclamés purificateurs. Le chapitre développe la phalaśruti, la doctrine des fruits : équivalences avec de grands sacrifices, promesse de délivrance pour le culte du liṅga au bord de Gaṅgā, bienfaits pour les ancêtres par les offrandes dans ses eaux, et assurance même pour ceux qui meurent en route vers elle. Il avertit aussi contre l’irrévérence, le scepticisme et l’entrave aux pèlerins, puis se conclut par de longues énumérations de mérites, des indications mantriques et rituelles, et des hymnes de salut à la puissance protectrice et guérisseuse de Mère Gaṅgā.

Shlokas

Verse 1

स्कंद उवाच । वाराणसीति प्रथितं यथा चानंदकाननम् । तथा च कथयामीह देवदेवेनभाषितम्

Skanda dit : Je vais maintenant raconter, telle qu’elle est renommée, la raison pour laquelle on l’appelle Vārāṇasī et aussi Ānandakānana, selon la parole du Dieu des dieux.

Verse 2

ईश्वर उवाच । निशामय महाबाहो विष्णो त्रैलोक्यसुंदर । प्राप्तं वाराणसीत्याख्यामविमुक्तं यथा तथा

Īśvara dit : Écoute, ô Viṣṇu aux bras puissants, beauté des trois mondes : comment ce lieu reçut le nom de Vārāṇasī, et comment il est aussi appelé Avimukta.

Verse 3

निर्दग्धान्सागराञ्छ्रुत्वा कपिलक्रोधवह्निना । अश्वमेधाश्वसंयुक्तान्पूर्वजान्स्वान्भगीरथः

Apprenant que ses propres ancêtres—les Sāgaras, associés au cheval de l’Aśvamedha—avaient été réduits en cendres par le feu de la colère de Kapila, Bhagīratha se voua à leur délivrance.

Verse 4

सूर्यवंशे महातेजा राजा परमधार्मिकः । आरिराधयिषुर्गंगां तपसे कृतनिश्चयः

Dans la dynastie solaire, un roi d’un grand éclat, souverainement juste, prit la ferme résolution d’accomplir des austérités afin d’apaiser Gaṅgā.

Verse 5

हिमवंतं नगश्रेष्ठममात्य न्यस्तराज्यधूः । जगाम यशसां राशिरुद्दिधीर्षुः पितामहान्

Ayant confié à son ministre le fardeau du royaume, ce trésor de renommée se rendit vers Himavān, le plus noble des monts, désireux d’élever et de délivrer ses ancêtres.

Verse 6

ब्रह्मशापाग्निनिर्दग्धान्महादुर्गतिगानपि । विना त्रिमार्गगां विष्णो को जंतूंस्त्रिदिवं नयेत्

Même les êtres consumés par le feu de la malédiction de Brahmā, tombés en d’effroyables destinées—sans le Fleuve aux Trois Voies (Gaṅgā), ô Viṣṇu, qui pourrait mener de telles créatures au ciel ?

Verse 7

ममैव सा परामूर्तिस्तोयरूपा शिवात्मिका । ब्रह्मांडानामनेकानामाधारः प्रकृतिः परा

Celle-là (Gaṅgā) est véritablement Ma propre manifestation suprême : formée d’eau et de l’essence même de Śiva. Elle est la Prakṛti transcendante, le support qui soutient d’innombrables brahmāṇḍas.

Verse 8

शुद्धविद्यास्वरूपा च त्रिशक्तिः करुणात्मिका । आनंदामृतरूपा च शुद्धधर्मस्वरूपिणी

Elle est la forme même de la connaissance pure ; elle est la Puissance triple, la compassion en personne. Elle est un nectar de béatitude, et l’incarnation du dharma sans tache.

Verse 9

यामेतां जगतां धात्रीं धारयामि स्वलीलया । विश्वस्य रक्षणार्थाय परब्रह्मस्वरूपिणीम्

Celle-ci même—nourrice et soutien des mondes—Je la maintiens par Mon propre jeu divin, pour la sauvegarde de l’univers : elle dont la nature est le Brahman suprême.

Verse 10

त्रैलोक्ये यानि तीर्थानि पुण्यक्षेत्राणि यानि च । सर्वत्र सर्वे ये धर्माः सर्वयज्ञाः सदक्षिणाः

Quels que soient les tīrthas dans les trois mondes, et quels que soient les champs saints—partout, tous les mérites du dharma et tous les yajñas avec leur juste dakṣiṇā—

Verse 11

तपांसि विष्णो सर्वाणि श्रुतिः सांगा चतुर्विधा । अहं च त्वं च कश्चापि देवतानां गणाश्च ये

Toutes les austérités, ô Viṣṇu ; le Veda quadruple avec ses auxiliaires ; moi et toi, et quiconque encore ; et toutes les cohortes des dieux—

Verse 12

पुरुषार्थाश्च सर्वे वै शक्तयो विविधाश्च याः । गंगायां सर्व एवैते सूक्ष्मरूपेण संस्थिताः

Tous les buts de la vie humaine, et les puissances spirituelles de maintes sortes : tous, sans exception, demeurent dans la Gaṅgā, établis là sous une forme subtile.

Verse 13

स स्नातः सर्वतीर्थेषु सर्वक्रतुषु दीक्षितः । चीर्णसर्वव्रतः सोपि यस्तु गंगां निषेवते

Il s’est baigné en tous les lieux de pèlerinage ; il a reçu l’initiation pour tous les sacrifices ; il a accompli tous les vœux : tel est aussi celui qui, avec dévotion, recourt à la Gaṅgā.

Verse 14

तपांसि तेन तप्तानि सर्वदानप्रदः स च । स प्राप्त योगनियमो यस्तु गंगां निषेवते

Par lui, les austérités sont comme pleinement accomplies ; et il devient dispensateur de toute aumône. Il atteint les disciplines du yoga—quiconque, avec dévotion, recourt à la Gaṅgā.

Verse 15

सर्ववर्णाश्रमेभ्यश्च वेदविद्भ्यश्च वै तथा । शास्त्रार्थपारगेभ्यश्च गंगास्नायी विशिष्यते

Celui qui se baigne dans la Gaṅgā est tenu pour éminent—au-dessus de tous les varṇa et āśrama, au-dessus des connaisseurs du Veda, et au-dessus de ceux qui ont maîtrisé le sens des śāstras.

Verse 16

मनोवाक्कायजैर्दोषैर्दुष्टो बहुविधैरपि । वीक्ष्य गंगां भवेत्पूतः पुरुषो नात्र संशयः

Même souillé par maintes fautes nées de la pensée, de la parole et du corps, l’homme, en contemplant seulement la sainte Gaṅgā, devient purifié : il n’y a là aucun doute.

Verse 17

कृते सर्वत्र तीर्थानि त्रेतायां पुष्करं परम् । द्वापरे तु कुरुक्षेत्रं कलौ गंगैव केवलम्

Dans l’âge de Kṛta, les tīrtha se trouvent partout ; dans Tretā, Puṣkara est suprême ; dans Dvāpara, Kurukṣetra est le premier ; mais dans le Kali-yuga, la Gaṅgā seule est l’unique refuge, le tīrtha par excellence.

Verse 18

पूर्वजन्मांतराभ्यास वासनावशतो हरे । गंगातीरे निवासः स्यान्मदनुग्रहतः परात्

Ô Hari, par la force des empreintes et dispositions acquises par la pratique au fil des naissances passées, et par ma grâce suprême, l’on obtient demeure sur la rive de la Gaṅgā.

Verse 19

ध्यानं कृते मोक्षहेतुस्त्रेतायां तच्च वै तपः । द्वापरे तद्द्वयं यज्ञाः कलौ गंगैव केवलम्

Dans l’âge de Kṛta, la méditation est la cause de la mokṣa ; dans Tretā, ce même but s’obtient par le tapas ; dans Dvāpara, par les deux réunis en yajña ; mais dans le Kali-yuga, la Gaṅgā seule est l’unique moyen.

Verse 20

यो देहपतनाद्यावद्गंगातीरं न मुंचति । स हि वेदांतविद्योगी ब्रह्मचर्यव्रती सदा

Celui qui ne quitte pas la rive de la Gaṅgā jusqu’à la chute du corps, celui-là est vraiment connaisseur du Vedānta, yogin, et toujours établi dans le vœu de brahmacarya.

Verse 21

कलौ कलुषचित्तानां परद्रव्यरतात्मनाम् । विधिहीनक्रियाणां च गतिर्गंगा विना नहि

Dans le Kali-yuga, pour ceux dont l’esprit est souillé, dont le cœur se complaît aux biens d’autrui et dont les actes sont privés de règle, il n’est point de refuge véritable ni de voie de salut sans la sainte Gaṅgā.

Verse 22

अलक्ष्मीः कालकर्णी च दुःस्वप्नो दुर्विचिंतितम् । गंगागंगेति जपनात्तानि नोपविशंति हि

La malchance, Kālakarṇī, les mauvais songes et les pensées funestes : par la récitation « Gaṅgā, Gaṅgā », rien de cela ne s’attache à l’âme.

Verse 23

गंगा हि सर्वभूतानामिहामुत्र फलप्रदा । भावानुरूपतो विष्णो सदा सर्वजगद्धिता

Vraiment, Gaṅgā accorde des fruits à tous les êtres, ici-bas et au-delà. Ô Viṣṇu, selon la disposition intérieure, elle dispense les résultats, œuvrant sans cesse au bien de l’univers entier.

Verse 24

यज्ञ दान तपो योग जपाः सनियमा यमाः । गंगासेवासहस्रांशं न लभंते कलौ हरे

Le sacrifice (yajña), le don, l’ascèse, le yoga, le japa, les observances et les disciplines : ô Hari, dans le Kali-yuga ils n’obtiennent pas même le millième du mérite issu du service rendu à Gaṅgā.

Verse 25

किमष्टांगेन योगेन किं तपोभिः किमध्वरैः । वास एव हि गंगायां ब्रह्मज्ञानस्य कारणम्

À quoi bon le yoga aux huit membres, à quoi bon les austérités, à quoi bon les sacrifices solennels ? Demeurer seulement auprès de Gaṅgā est en soi cause de la connaissance de Brahman.

Verse 26

अपि दूरस्थितस्यापि गंगामाहात्म्यवेदिनः । अयोग्यस्यापि गोविंदभक्त्या गंगा प्रसीदति

Même pour celui qui demeure au loin, s’il connaît la grandeur de la Gaṅgā—fût-il indigne—la Gaṅgā devient bienveillante par la dévotion à Govinda.

Verse 27

श्रद्धा धर्मः परः सूक्ष्मः श्रद्धा ज्ञानं परं तपः । श्रद्धा स्वर्गश्च मोक्षश्च श्रद्धया सा प्रसीदति

La foi (śraddhā) est le Dharma suprême et subtil ; la foi est la connaissance la plus haute et l’austérité la plus élevée. La foi est encore le ciel et la délivrance ; par la foi, cette puissance sacrée se réjouit et accorde sa grâce.

Verse 28

अज्ञानरागलोभाद्यैः पुंसां संमूढचेतसाम् । श्रद्धा न जायते धर्मे गंगायां च विशेषतः

Chez ceux dont l’esprit est égaré par l’ignorance, l’attachement, l’avidité et autres, la foi ne naît pas dans le Dharma ni, plus encore, envers la Gaṅgā.

Verse 29

बहिः स्थितं जलंयद्वन्नारिकेलांतरे स्थितम् । तथा ब्रह्मांडबाह्यस्थं परब्रह्मांबु जाह्नवी

De même que l’eau paraît au-dehors et pourtant demeure au-dedans de la noix de coco, ainsi la Jāhnavī (Gaṅgā) est l’eau du Parabrahman : elle réside au-delà du cosmos et pourtant se tient ici présente.

Verse 30

गंगालाभात्परो लाभः क्वचिदन्यो न विद्यते । तस्माद्गंगामुपासीत गंगैव परमः पुमान्

Nul gain n’égale le gain d’obtenir la Gaṅgā. C’est pourquoi l’on doit vénérer la Gaṅgā : la Gaṅgā elle-même est la Personne suprême, le plus haut refuge divin.

Verse 31

शक्तस्य पंडितस्यापि गुणिनो दानशीलिनः । गंगास्नानविहीनस्य हरे जन्म निरर्थकम्

Ô Hari, même pour celui qui est capable, savant, vertueux et porté à la charité, s’il est privé du bain dans la sainte Gaṅgā, sa naissance humaine devient vaine.

Verse 32

वृथा कुल वृथा विद्या वृथा यज्ञा वृथातपः । वृथा दानानि तस्येह कलौ गंगां न यो भजेत्

Vains sont la lignée, le savoir, les sacrifices et les austérités ; vaines aussi les aumônes, en ce Kali-yuga, pour celui qui ne vénère pas Gaṅgā.

Verse 33

गुणवत्पात्रपूजायां न स्याद्वै तादृशं फलम् । यथा गंगाजलस्नान पूजने विधिना फलम्

Même le culte rendu à un réceptacle digne ne donne pas un fruit pareil à celui qu’on obtient—selon la règle—par le bain dans l’eau de Gaṅgā et par son adoration avec cette eau.

Verse 34

ममतेजोग्निगर्भेयं ममवीर्यातिसंवृता । दाहिका सर्वदोषाणां सर्वपापविनाशिनी

Celle-ci (Gaṅgā) est née du feu de mon éclat, comblée de ma puissance suprême ; elle consume toutes les fautes et anéantit tous les péchés.

Verse 35

स्मरणादेव गंगायाः पापसंघातपंजरम् । शतधा भेदमायाति गिरिर्वज्रहतो यथा

Par le seul souvenir de Gaṅgā, la masse des péchés, telle une cage, se brise en cent morceaux, comme une montagne frappée par la foudre.

Verse 36

गंगां गच्छति यस्त्वेको यस्तु भक्त्यानुमोदयेत् । तयोस्तुल्यफलं प्राहुर्भक्तिरेवात्र कारणम्

Si l’un se rend au saint Gaṅgā, et qu’un autre, ne pouvant y aller, s’en réjouit et l’approuve avec dévotion, on dit qu’ils obtiennent un fruit égal, car ici la bhakti seule en est la vraie cause.

Verse 37

गच्छंस्तिष्ठञ्जपन्ध्यान्भुंजञ्जाग्रत्स्वपन्वदन् । यः स्मरेत्सततं गंगां स हि मुच्येत बंधनात्

Qu’il marche ou qu’il demeure debout, qu’il récite ou médite, qu’il mange, veille, dorme ou parle, celui qui se souvient sans cesse du Gaṅgā est vraiment délivré des liens.

Verse 38

पितॄनुद्दिश्य योभक्त्या पायसं मधुसंयुतम् । गुडसर्पिस्तिलैःसार्धं गंगांभसि विनिक्षिपेत्

Avec dévotion, celui qui, l’offrant aux Pitṛs (ancêtres), dépose dans les eaux du Gaṅgā du pāyasa (riz au lait) mêlé de miel, avec du jaggery, du ghee et du sésame, accomplit une puissante offrande aux ancêtres.

Verse 39

तृप्ता भवंति पितरस्तस्य वर्षशतं हरे । यच्छंति विविधान्कामान्परितुष्टाः पितामहाः

Ô Hari, durant cent ans ses ancêtres demeurent rassasiés; et les aïeux, pleinement satisfaits, lui accordent diverses grâces désirées.

Verse 40

लिंगे संपूजिते सर्वमर्चितं स्याज्जगद्यथा । गंगास्नानेन लभते सर्वतीर्थफलं तथा

De même que, lorsque le Liṅga est parfaitement vénéré, c’est comme si l’univers entier avait été vénéré, de même, par le bain dans le Gaṅgā on obtient le fruit de tous les tīrthas et pèlerinages sacrés.

Verse 41

गंगायां तु नरः स्नात्वा यो लिंगं नित्यमर्चति । एकेन जन्मना मुक्तिं परां प्राप्नोति स ध्रुवम्

Mais l’homme qui se baigne dans la Gaṅgā sacrée et, ensuite, adore chaque jour le Liṅga, obtient assurément, en une seule vie, la délivrance suprême (mokṣa).

Verse 42

अग्निहोत्रं च यज्ञाश्च व्रतदानतपांसि च । गंगायां लिंगपूजायाः कोट्यंशेनापि नो समाः

L’agnihotra, les sacrifices (yajñas), les vœux, les dons et les austérités : rien de tout cela n’égale ne fût-ce qu’un millionième de l’adoration du Liṅga dans la Gaṅgā.

Verse 43

गंगां गंतुं विनिश्चित्य कृत्वा श्राद्धादिकं गृहे । स्थितस्य सम्यक्संकल्पात्तस्य नंदंति पूर्वजाः

Ayant décidé avec fermeté d’aller à la Gaṅgā et accompli chez soi le śrāddha et les rites connexes, par la seule intention juste (saṅkalpa) de cet homme, les ancêtres se réjouissent.

Verse 44

पापानि च रुदंत्याशु हा क्व यास्याम इत्यलम् । लोभमोहादिभिः सार्धं मंत्रयंति पुनःपुनः

Et les péchés se mettent aussitôt à gémir : «Hélas ! où irons-nous désormais ?»; avec l’avidité, l’illusion et le reste, ils complotent sans cesse, encore et encore.

Verse 45

यथा न गंगां यात्येष तथा विघ्नं प्रकुर्महे । गंगां गतो यथा चैष न उच्छित्तिं विधास्यति

«Dressons des obstacles pour qu’il n’aille pas à la Gaṅgā; et même s’il atteint la Gaṅgā, qu’il n’opère pas notre anéantissement total»—ainsi complotent-ils.

Verse 46

गृहाद्गंगावगाहार्थं गच्छतस्तु पदेपदे । निराशानि व्रजंत्येव पापान्यस्य शरीरतः

Lorsqu’il quitte sa demeure pour s’immerger dans la sainte Gaṅgā, à chaque pas ses péchés s’éloignent de son corps, sans espoir d’y demeurer.

Verse 47

पूर्वजन्मकृतैः पुण्यैस्त्यक्त्वा लोभादिकं हरे । व्युदस्य सर्वविघ्नौघान्गंगां प्राप्नोति पुण्यवान्

Par les mérites acquis dans des naissances antérieures, l’homme vertueux renonce à l’avidité et aux passions semblables; il repousse des flots d’obstacles et parvient à la Gaṅgā.

Verse 48

अनुषंगेण मौल्येन वाणिज्येनापि सेवया । कामासक्तोपि वा मर्त्यो गंगास्नातो दिवं व्रजेत्

Même si le mortel est attaché aux désirs, s’il se baigne dans la Gaṅgā—par contact fortuit, par paiement, par négoce ou par service—il peut gagner le ciel.

Verse 49

अनिच्छयापि संस्पृष्टो दहनो हि यथा दहेत् । अनिच्छयापि संस्नाता गंगा पापं तथा दहेत्

De même que le feu brûle même lorsqu’on le touche involontairement, de même la Gaṅgā: même si l’on s’y baigne sans intention, elle consume le péché.

Verse 50

तावद्धमति संसारे यावद्गंगां न सेवते । संसेव्य गंगां नो जंतुर्भवक्लेशं प्रपश्यति

Tant qu’on ne sert pas et ne vénère pas la Gaṅgā, on peine dans le saṃsāra; mais après avoir servi la Gaṅgā, l’être ne voit plus la souffrance du devenir mondain.

Verse 51

यो गंगांभसि निस्नातो भक्त्या संत्यक्तसंशयः । मनुष्यचर्मणा नद्धः स देवो नात्र संशयः

Celui qui se baigne dans les eaux sacrées de la Gaṅgā avec dévotion, ayant rejeté tout doute—bien qu’enveloppé d’une peau humaine—est vraiment un dieu; là-dessus, point de doute.

Verse 52

गंगास्नानार्थमुद्युक्तो मध्येमार्गं मृतो यदि । गंगास्नानफलं सोपि तदाप्नोति न संशयः

Si quelqu’un se met en route pour se baigner dans la Gaṅgā et meurt au milieu du chemin, lui aussi obtient le fruit du bain dans la Gaṅgā; point de doute.

Verse 53

माहात्म्यं ये च गंगायाः शृण्वंति च पठंति च । तेप्यशेषैर्महापापैर्मुच्यंते नात्र संशयः

Ceux qui écoutent et ceux qui récitent la grandeur de la Gaṅgā sont délivrés même de tous les grands péchés; là-dessus, point de doute.

Verse 54

दुर्बुद्धयो दुराचारा हैतुका बहुसंशयाः । पश्यंति मोहिता विष्णो गंगामन्य नदीमिव

Ô Viṣṇu, ceux dont l’intelligence est pauvre, la conduite mauvaise, l’esprit querelleur et les doutes nombreux—abusés—voient la Gaṅgā comme si elle n’était qu’une autre rivière.

Verse 55

जन्मांतरकृतैर्दानैस्तपोभिर्नियमैर्व्रतैः । इह जन्मनि गंगायां नृणां भक्तिः प्रजायते

Par les dons, les austérités, les disciplines et les vœux accomplis dans d’autres naissances, en cette vie-ci naît chez les hommes la dévotion envers la Gaṅgā.

Verse 56

गंगाभक्तिमतामर्थे महेंद्रादि पुरेषु च । हर्म्याणि रम्यभोगानि निर्मितानि स्वयंभुवा

Pour le bien des dévots de la Gaṅgā, dans les cités de Mahendra et des autres dieux, Svayambhū (Brahmā) lui-même a façonné de splendides demeures et de doux plaisirs.

Verse 57

सिद्धयः सिद्धिलिंगानि स्पर्शलिंगान्यनेकशः । प्रासादा रत्नरचिताश्चिंतामणिगणा अपि

Ici se trouvent de nombreuses siddhis, maints Liṅgas qui accordent la réussite, et d’innombrables « Liṅgas du toucher » dont le contact confère du mérite. Il y a aussi des palais faits de joyaux, et même des multitudes de cintāmaṇis, pierres exauçant les vœux.

Verse 58

गंगाजलांतस्तिष्ठंति कलिकल्मषभीतितः । अतएव हि संसेव्या कलौ गंगेष्टसिद्धिदा

Par crainte des souillures du Kali-yuga, les puissances sacrées demeurent au sein des eaux de la Gaṅgā. C’est pourquoi, en l’âge de Kali, il faut la servir avec ferveur, car elle accorde les accomplissements désirés.

Verse 59

सूर्योदये तमांसीव वज्रपातभयान्नगाः । तार्क्ष्येक्षणाद्यथासर्पा मेघा वाताहता इव

Comme les ténèbres s’évanouissent au lever du soleil ; comme les montagnes tremblent de peur sous la foudre ; comme les serpents fuient au regard de Tārkṣya (Garuḍa) ; et comme les nuées se dispersent sous le vent—

Verse 60

तत्त्वज्ञानाद्यथा मोहः सिंहं दृष्ट्वा यथा मृगाः । तथा सर्वाणि पापानि यांति गंगेक्षणात्क्षयम्

De même que l’illusion périt par la connaissance du Réel, et que les cerfs se dispersent à la vue d’un lion, ainsi tous les péchés s’anéantissent par la seule vision de la Gaṅgā.

Verse 61

दिव्यौषधैर्यथा रोगा लोभेन च यथा गुणाः । यथा ग्रीष्मोष्मसंपत्तिरगाधह्रद मज्जनात्

De même que les maladies sont guéries par des remèdes divins, et de même que les vertus sont ruinées par l’avidité ; et de même que l’ardeur accablante de l’été s’apaise en s’immergeant dans un lac profond—

Verse 62

तूलशैलः स्फुलिंगेन यथा नश्यति तत्क्षणात् । तथा दोषाः प्रणश्यंति गंगांभः स्पर्शनाद्ध्रुवम्

Comme une montagne de coton est consumée à l’instant par une simple étincelle, ainsi les fautes et les impuretés périssent assurément au seul contact de l’eau de la Gaṅgā.

Verse 63

क्रोधेन च तपो यद्वत्कामेन च यथा मतिः । अनयेन यथा लक्ष्मीर्विद्या मानेन वै यथा

De même que l’austérité est gâtée par la colère ; de même que l’intelligence est gâtée par le désir ; de même que la prospérité est ruinée par l’injustice ; et de même que le savoir est ruiné par l’orgueil—

Verse 64

दंभ कौटिल्य मायाभिर्यथाधर्मो विनश्यति । तथा नश्यंति पापानि गंगाया दर्शनेन तु

De même que le dharma est détruit par l’hypocrisie, la duplicité et la tromperie—de même, en vérité, les péchés sont détruits par la seule vision de la Gaṅgā.

Verse 65

मानुष्यं दुर्लभं प्राप्य विद्युत्संपातचंचलम् । गंगां यः सेवते सोत्र बुद्धेः पारं परं गतः

Ayant obtenu cette naissance humaine—si rare et si fugitive qu’un éclair—quiconque sert ici la Gaṅgā a franchi l’ultime rive de l’entendement ordinaire.

Verse 66

विधूतपापा ये मर्त्याः परं ज्योतिःस्वरूपिणीम् । सहस्रसूर्यप्रतिमां गंगां पश्यंति ते भुवि

Ces mortels dont les péchés ont été secoués—sur la terre ils contemplent la Gaṅgā, dont la nature est la Lumière suprême, rayonnante comme mille soleils.

Verse 67

साधारणांभसा पूर्णां साधारण नदीमिव । पश्यंति नास्तिका गंगां पापोपहतलोचनाः

Mais les nāstika, dont les yeux sont meurtris par le péché, voient la Gaṅgā comme si elle n’était qu’une rivière ordinaire, pleine d’une eau commune.

Verse 68

संसारमोचकश्चाहं जनानामनुकंपया । गंगातरंगरूपेण सोपानं निर्ममे दिवः

Par compassion pour les êtres, je devins le libérateur du saṃsāra; et, sous la forme des vagues de la Gaṅgā, je façonnai un escalier menant au ciel.

Verse 69

सर्व एव शुभः कालः सर्वो देशस्तथा शुभः । सर्वो जनो दानपात्रं श्रीमती जाह्नवी तटे

Sur la rive propice de la glorieuse Jāhnavī (Gaṅgā), tout temps est sacré, tout lieu est sacré, et toute personne devient un réceptacle digne pour le dāna (aumône).

Verse 70

यथाश्वमेधो यज्ञानां नगानां हिमवान्यथा । व्रतानां च यथा सत्यं दानानामभयं यथा

De même que l’Aśvamedha est le premier des yajña, et Himavān le premier des montagnes; de même que la vérité est la première des observances, et l’intrépidité la première des dons—ainsi le tīrtha célébré l’emporte sur tous.

Verse 71

प्राणायामश्च तपसां मंत्राणां प्रणवो यथा । धर्माणामप्यहिंसा च काम्यानां श्रीर्यथा वरा

De même que le prāṇāyāma est le chef des austérités, et le Praṇava (Oṃ) le plus haut des mantras ; de même que l’ahiṃsā est la première des dharmas, et Śrī la meilleure des grâces désirées — ainsi le tīrtha célébré l’emporte sur tous.

Verse 72

यथात्मविद्या विद्यानां स्त्रीणां गौरी यथोत्तमा । सर्वर्दवेगणानां च यथा त्वं पुरुषोत्तम

De même que la connaissance du Soi (ātma-vidyā) est la plus haute des sciences, et que Gaurī est la première parmi les femmes ; et de même que Toi, ô Puruṣottama, es suprême parmi toutes les cohortes divines — ainsi ce qui est loué est éminent par-dessus tout.

Verse 73

सर्वषामेव पात्राणां शिवभक्तो यथा वरः । तथा सर्वेषु तीर्थेषु गंगातीर्थं विशिष्यते

De même qu’un dévot de Śiva est le meilleur parmi tous les réceptacles dignes, de même, parmi tous les tīrthas, le tīrtha de la Gaṅgā se distingue comme le suprême.

Verse 74

हरेयश्चावयोर्भेदं न करोति महामतिः । शिवभक्तः स विज्ञेयो महापाशुपतश्च सः

Le véritable grand d’âme ne fait aucune différence entre Hari et nous ; sachez qu’il est un dévot de Śiva — oui, un grand Pāśupata.

Verse 75

पापपांसुमहावात्या पापद्रुमकुठारिका । पापेंधनदवाग्निश्च गंगेयं पुण्यवाहिनी

Cette Gaṅgā, porteuse de mérite, est un grand tourbillon qui disperse la poussière du péché ; une hache qui abat les arbres du péché ; et un feu de forêt qui consume le bois du péché.

Verse 76

नानारूपाश्च पितरो गाथा गायंति सर्वदा । अपि कश्चित्कुलेस्माकं गंगास्नायी भविष्यति

Les Pitṛs, revêtant maintes formes, chantent sans cesse ce refrain : «Y aura-t-il, ne fût-ce qu’un seul dans notre lignée, qui se baignera dans la sainte Gaṅgā ?»

Verse 77

देवर्षीन्परिसंतर्प्य दीनानाथांश्च दुःखितान् । श्रद्धया विधिना स्नात्वा दास्यते सलिलांजलिम्

Après avoir dûment rassasié les devarṣis, ainsi que les pauvres, les sans-protecteur et les affligés, qu’on se baigne avec foi selon le rite, puis qu’on offre la salilāñjali, l’oblation d’eau en añjali.

Verse 78

अपि नः स कुले भूयाच्छिवे विष्णौ च साम्यदृक् । तदालयकरो भक्त्या तस्य संमार्जनादिकृत्

Puisse naître dans notre lignée un tel être : celui qui regarde Śiva et Viṣṇu d’un même œil de révérence, qui, par dévotion, érige leur sanctuaire et accomplit des actes tels que le nettoyage et l’entretien.

Verse 79

अकामो वा सकामो वा तिर्यग्योनिगतोपि वा । गंगायां यो मृतो मर्त्यो नरकं स न पश्यति

Qu’il soit sans désir ou plein de désirs—fût-il même tombé dans une naissance animale—tout mortel qui meurt dans la Gaṅgā ne voit pas l’enfer.

Verse 80

तीर्थमन्यत्प्रशंसंति गंगातीरे स्थिताश्च ये । गंगां न बहु मन्यंते ते स्युर्निरयगामिनः

Ceux qui, demeurant sur la rive de la Gaṅgā, louent d’autres tīrthas et ne tiennent pas la Gaṅgā en haute estime, ceux-là sont voués à l’enfer.

Verse 81

मां च त्वां चैव यो द्वेष्टि गंगां च पुरुषाधमः । स्वकीयैः पुरुषैः सार्धं स घोरं नरकं व्रजेत्

Le plus vil des hommes, qui me hait, te hait toi aussi, et hait également la sainte Gaṅgā, ira, avec les siens, vers un enfer effroyable.

Verse 82

षष्टिर्गणसहस्राणि गंगां रक्षंति सर्वदा । अभक्तानां च पापानां वासे विघ्नं प्रकुर्वते

Soixante mille troupes de gaṇas protègent sans cesse la Gaṅgā, et elles dressent des obstacles à la demeure des pécheurs et des sans-dévotion.

Verse 83

कामक्रोधमहामोहलोभादि निशितैः शरैः । घ्नंति तेषां मनस्तत्र स्थितिं चापनयंति च

Par des flèches acérées—désir, colère, grande illusion, avidité et autres—ils frappent l’esprit de ces gens et leur ôtent aussi la faculté d’y demeurer établis.

Verse 84

गंगां समाश्रयेद्यस्तु स मुनिः स च पंडितः । कृतकृत्यः स विज्ञेयः पुरुषार्थचतुष्टये

Mais celui qui prend refuge en la Gaṅgā, celui-là est un muni, celui-là est un savant; qu’on le reconnaisse comme ayant accompli les buts de la vie selon les quatre puruṣārthas.

Verse 85

गंगायां च सकृत्स्नातो हयमेधफलं लभेत् । तर्पयंश्च पितॄंस्तत्र तारयेन्नरकार्णवात्

Même en se baignant une seule fois dans la Gaṅgā, on obtient le fruit du sacrifice Aśvamedha; et en y offrant le tarpaṇa aux ancêtres, on les délivre de l’océan de l’enfer.

Verse 86

नैरंतर्येण गंगायां मासं यः स्नाति पुण्यवान् । शक्रलोके स वसति यावच्छक्रः सपूर्वजः

Celui qui, riche de mérite, se baigne sans interruption dans la Gaṅgā pendant un mois demeure au monde de Śakra, avec ses ancêtres, aussi longtemps que Śakra y demeure.

Verse 87

अब्दं यः स्नाति गंगायां नैरंतर्येण पुण्यभाक् । विष्णोर्लोकं समासाद्य स सुखं संवसेन्नरः

Quiconque se baigne dans la Gaṅgā sans interruption durant une année entière devient dépositaire d’un grand mérite ; parvenu au monde de Viṣṇu, il y demeure dans la félicité.

Verse 88

गंगायां स्नाति यो मर्त्यो यावज्जीवं दिनेदिने । जीवन्मुक्तः स विज्ञेयो देहांते मुक्त एव सः

Le mortel qui se baigne dans la Gaṅgā jour après jour tant que dure la vie doit être reconnu comme libéré de son vivant ; et à la fin du corps, il est assurément libéré.

Verse 89

तिथिनक्षत्रपर्वादि नापेक्ष्यं जाह्नवी जले । स्नानमात्रेण गंगायां संचिताघं विनश्यति

Dans les eaux de la Jāhnavī (Gaṅgā), nul besoin d’attendre tithi, astres, fêtes et autres ; par le seul bain dans la Gaṅgā, le péché amassé est détruit.

Verse 90

पंडितोपि स मूर्खः स्याच्छक्तियुक्तोप्यशक्तिकः । यस्तु भागीरथीतीरं सुखसेव्यं न संश्रयेत्

Même savant, il devient comme un insensé ; même pourvu de force, il devient comme sans puissance, s’il ne prend refuge sur la rive de la Bhāgīrathī (Gaṅgā), si aisée à fréquenter et à servir.

Verse 91

किंवायुपाप्यरोगेण विकासिन्याथ किं श्रिया । किं वा बुद्ध्या विमलया यदि गंगां न सेवते

À quoi sert une santé sans maladie, ou une vigueur épanouie ? À quoi sert la prospérité, ou même une intelligence pure et limpide, si l’on ne sert pas la sainte Gaṅgā ?

Verse 92

यः कारयेदायतनं गंगाप्रतिकृतेर्नरः । भुक्त्वा स भोगान्प्रेत्यापि याति गंगा सलोकताम्

Celui qui fait édifier un sanctuaire, demeure d’une image ou représentation de la Gaṅgā, jouit ici des plaisirs ; et même après la mort, il atteint le même monde que la Gaṅgā.

Verse 93

शृण्वंति महिमानं ये गंगाया नित्यमादरात् । गंगास्नानफलं तेषां वाचकप्रीणनाद्धनैः

Ceux qui, avec révérence, écoutent sans cesse la grandeur de la Gaṅgā obtiennent le fruit du bain dans la Gaṅgā—surtout en réjouissant le récitant par des dons de richesse.

Verse 94

पितॄनुद्दिश्य यो लिंगं स्नपयेद्गांग वारिणा । तृप्ताः स्युस्तस्य पितरो महानिरयगा अपि

Quiconque, en pensant à ses ancêtres, baigne le Śiva-liṅga avec l’eau de la Gaṅgā, rassasie ses pères ancestraux, même s’ils sont tombés dans un grand enfer.

Verse 95

अष्टकृत्वो मंत्रजप्तैर्वस्त्रपूतैः सुगंधिभिः । प्रोचुर्गांगजलैः स्नानं घृतस्नानाधिकं बुधाः

Les sages ont proclamé que le bain avec l’eau de la Gaṅgā—prise huit fois, sanctifiée par des mantras, filtrée à travers un tissu et parfumée—surpasse même un bain de ghee.

Verse 96

अष्टद्रव्यविमिश्रेण गंगातोयेन यः सकृत् । मागधप्रस्थमात्रेण ताम्रपात्रस्थितेन च

Quiconque, ne fût-ce qu’une seule fois, se sert ou se baigne avec l’eau du Gaṅgā mêlée de huit substances sacrées—à la mesure d’un prastha de Māgadha et conservée dans un vase de cuivre—acquiert un grand mérite.

Verse 97

भानवेऽर्घं प्रदद्याच्च स्वकीय पितृभिः सह । सोतितेजो विमानेन सूर्यलोके महीयते

Qu’on offre l’arghya au Soleil, en compagnie de ses propres ancêtres. Un tel dévot est honoré dans le monde de Sūrya, transporté là par un vimāna céleste, flamboyant et lumineux.

Verse 98

आपः क्षीरं कुशाग्राणि घृतं मधुगवांदधि । रक्तानि करवीराणि रक्तचंदनमित्यपि

Eau, lait, pointes de l’herbe kuśa, ghee, miel, caillé de vache, fleurs rouges de karavīra (laurier-rose) et santal rouge : tels sont aussi les ingrédients sacrés prescrits.

Verse 99

अष्टांगार्घो यमुद्दिष्टस्त्वतीव रवितोषणः । गांगैर्वार्भिः कोटिगुणो ज्ञेयो विष्णोऽन्यवारितः

Cet arghya octuple, tel qu’il a été enseigné, réjouit au plus haut point Ravi. Offert avec l’eau du Gaṅgā, il faut savoir qu’il confère un mérite cent millions de fois supérieur ; ainsi l’affirme Viṣṇu, sans aucune contestation.

Verse 100

गंगातीरे स्वशक्त्या यः कुर्याद्देवालयं सुधीः । अन्यतीर्थप्रतिष्ठातो भवेत्कोटिगुणं फलं

Le sage qui, selon ses moyens, bâtit un temple sur la rive du Gaṅgā obtient un fruit cent millions de fois supérieur à celui qu’on acquiert en l’établissant en tout autre lieu de pèlerinage.

Verse 110

गोभूहिरण्यदानेन भक्त्या गंगातटे शुभे । नरो न जायते भूयः संसारे दुःखकंटके

Celui qui, avec dévotion, donne vaches, terres et or sur la rive bénie de la Gaṅgā ne renaît plus en ce monde, fourré de peine et d’épines.

Verse 120

तद्भूमित्रसरेणूनां संख्यया युगमानया । महेंद्र चंद्रलोकेषु भुक्त्वा भोगान्मनःप्रियान्

Pendant des âges comptés selon le nombre des grains de poussière de cette terre sacrée, on jouit de plaisirs chers au cœur dans les mondes de Mahendra (Indra) et de la Lune.

Verse 130

चंद्रसूर्यग्रहे लक्षं व्यतीपातेत्वनंतकम् । अयुतं विषुवे चैव नियुतं त्वयनद्वये

Lors des éclipses de Lune ou de Soleil, le mérite est cent mille fois accru ; à Vyatīpāta, il est sans fin. À l’équinoxe, il est dix mille fois ; aux deux solstices, un million de fois.

Verse 140

स्वाहांतः प्रणावादिश्च भवेद्विंशाक्षरो मनुः । पूजादानं जपो होमो ऽनेनैव मनुना स्मृतः

Le mantra de vingt syllabes commence par le praṇava (Oṁ) et s’achève par svāhā. C’est avec ce mantra même que sont prescrits le culte, le don, le japa et le homa.

Verse 150

यथाशक्ति स्वर्णरूप्य ताम्रपृष्ठविनिर्मितान् । अभ्यर्च्य गंधकुसुमैर्गंगायां प्रक्षिपेद्व्रती

Selon ses moyens, l’observant du vœu fera façonner des offrandes d’or, d’argent ou de cuivre ; les honorera de parfums et de fleurs, puis les jettera dans la Gaṅgā.

Verse 160

संसारविषनाशिन्यै जीवनायै नमोस्तु ते । तापत्रितय संहंत्र्यै प्राणेश्यै ते नमोनमः

Hommage à Toi, ô Donatrice de vie, qui détruis le poison du saṃsāra. Hommage encore et encore à Toi, Souveraine du souffle vital, qui anéantis les trois souffrances.

Verse 170

प्रणतार्ति प्रभंजिन्यै जगन्मात्रे नमोस्तुते । सर्वापत्प्रतिपक्षायै मंगलायै नमोनमः

Salutations à Toi, Mère du monde, qui brises la détresse de ceux qui se prosternent devant Toi. Hommage encore et encore à l’Auspicious, qui s’oppose à tout malheur.

Verse 180

तस्यां दशम्यामेतच्च स्तोत्रं गंगाजले स्थितः । यः पठेद्दशकृत्वस्तु दरिद्रो वापि चाक्षमः

Au dixième jour lunaire, quiconque—se tenant dans les eaux de la Gaṅgā—récite cet hymne dix fois, fût-il pauvre ou incapable de rites complexes, obtient le mérite énoncé.

Verse 205

ब्रह्मांडांतरसंस्थेषु भुंजन्भोगान्मनोरमान् । सर्वैः संपूजितो विष्णो यावदाभूतसंप्लवम्

Demeurant au sein des domaines des sphères cosmiques, jouissant de plaisirs délicieux et honoré par tous—ô Viṣṇu—(cet état demeure) jusqu’à la dissolution des êtres lors du grand déluge cosmique.