Adhyaya 81
Purva BhagaThird QuarterAdhyaya 81153 Verses

Kṛṣṇādi-mantra-varga-varṇana (Classification of Krishna and Related Mantras)

Sanatkumāra instruit Nārada d’une hiérarchie structurée des systèmes de mantras de Kṛṣṇa/Govinda. Le chapitre s’ouvre en nommant trois Manu associés à Daśārṇā et en fixant le mantra-lakṣaṇa : ṛṣi Nārada, chandas Gāyatrī, devatā Kṛṣṇa/Govinda. Il expose ensuite l’ordonnancement rituel : nyāsa des membres avec emblèmes de cakra, mesure de la couronne, dig-bandhana par Sudarśana, et pratique graduée (observance de Daśārṇā et Hari-dhyāna). Plusieurs dhyāna décrivent Kṛṣṇa selon des iconographies riches : armes et flûte ; Bāla-Kṛṣṇa avec offrandes lactées ; Kṛṣṇa maître tenant livre et chapelet de mātṛkā ; Līlā-daṇḍa-hari ; Govallama. Chaque groupe de mantras est associé à des objectifs de japa (100 000, 800 000, 3,2 millions) et à un homa d’un dixième, avec oblations de pāyasa, lait sucré, sésame, fleurs, et tarpaṇa pour obtenir fils, richesse, éloquence et guérison. Le chapitre étend encore les usages protecteurs et thérapeutiques (fièvre, mariage, antidote par rites de Garuḍa) et conclut en affirmant la siddhi, voire la connaissance upaniṣadique non conceptuelle, comme fruits d’une pratique accomplie.

Shlokas

Verse 1

श्रीसनत्कुमार उवाच । अथ कृष्णस्य मंत्राणां वक्ष्ये भेदान् मुनीश्वर । यान्समाराध्य मनुजाः साधयंतीष्टमात्मनः ॥ १ ॥

Śrī Sanatkumāra dit : À présent, ô seigneur parmi les sages, j’exposerai les diverses classifications des mantras de Kṛṣṇa ; en les vénérant, les hommes accomplissent pour eux-mêmes le but désiré.

Verse 2

शक्तिश्रीमारपूर्वश्च श्रीशक्तिस्मरपूर्वकः । मारशक्तिरमापूर्वो दशार्णा मनवस्त्रयः ॥ २ ॥

Trois Manus sont énumérés : l’un précédé des noms Śakti, Śrī et Māra ; un autre précédé de Śrī, Śakti et Smara ; et un troisième précédé de Māra, Śakti et Ramā — tels sont les trois Manus associés à Daśārṇā.

Verse 3

मुनिः स्यान्ना रदच्छन्दो गायत्री देवता पुनः । कृष्णो गोविंदनामात्र सर्वकामप्रदो नृणाम् ॥ ३ ॥

Le ṛṣi est le sage Nārada ; le mètre (chandas) est Gāyatrī ; et la divinité présidante est Kṛṣṇa—Govinda par le seul Nom—qui accorde aux hommes tous les buts désirés.

Verse 4

चक्रैः पूर्ववदंगानि त्रयाणामपि कल्पयेत् । ततः किरीटमनुनाव्यापकं हि समाचरेत् ॥ ४ ॥

Avec les emblèmes du disque, qu’on dispose les membres des trois (formes) comme il a été dit auparavant. Ensuite, qu’on façonne dûment la couronne, selon la mesure prescrite, largement déployée et bien proportionnée, comme pénétrant tout.

Verse 5

सुदर्शनस्य मनुना कुर्याद्दिग्बंधनं तथा । विंशत्यर्णोक्तवत्कुर्यादाद्ये ध्यानार्चनादिकम् ॥ ५ ॥

Par le mantra de Sudarśana, qu’on accomplisse aussi le rite de « lier les directions » (dig-bandhana). Et, comme il est dit pour le mantra de vingt syllabes, qu’on exécute les actes préliminaires — méditation, culte, et le reste.

Verse 6

द्वितीये तु दशार्णोक्तं ध्यानपूजादिकं चरेत् । तृतीये तु हरिं ध्यायेत्समाहितमनाः सुधीः ॥ ६ ॥

Dans la seconde étape, qu’on accomplisse méditation, culte et observances connexes selon ce qui est prescrit dans la tradition Daśārṇa. Dans la troisième, le sage, l’esprit bien recueilli, médite sur Hari (Viṣṇu).

Verse 7

शखचक्रधनुर्बाणपाशांकुशधरारुणम् । दोर्भ्यां धृतं धमंतं च वेणुं कृष्णदिवाकरम् ॥ ७ ॥

D’une teinte rougeâtre, portant conque, disque, arc, flèches, lasso et aiguillon ; et tenant de ses bras une flûte qu’il fait résonner—il apparaît tel le « Soleil noir », l’admirable Kṛṣṇa-divākara.

Verse 8

एवं ध्यात्वा जपेन्मंत्रान्पञ्चलक्षं पृथक् सुधीः । जुहुयात्तद्दशांशेन पायसेन ससर्पिषा ॥ ८ ॥

Ainsi, après avoir médité, le sage pratiquant doit réciter séparément les mantras cinq lakhs (cinq cent mille) fois. Ensuite, avec une offrande de pāyasa (riz au lait) préparé au ghee, qu’il accomplisse le homa à hauteur d’un dixième de ce nombre.

Verse 9

एवं सिद्धे मनौ मंत्री कुर्यात्काम्यानि पूर्ववत् । श्रीशक्तिकामः कृष्णाय गोविंदायाग्निसुन्दरी ॥ ९ ॥

Ainsi, lorsque le mantra est parvenu à la perfection (siddhi), le pratiquant doit accomplir les rites kāmya, comme il a été prescrit auparavant. Celui qui désire prospérité et puissance divine (śakti) doit invoquer Kṛṣṇa—Govinda avec Agnisundarī, la belle énergie du feu.

Verse 10

रव्यर्णो ब्रह्मगायत्रीकृष्णा ऋष्यादयोऽस्य तु । बीजैरमाब्धियुग्मार्णैः षडंगानि प्रकल्पयेत् ॥ १० ॥

Sa syllabe est « ra » (la syllabe solaire) ; son mètre est la Brahma-gāyatrī ; et sa divinité présidente est Kṛṣṇa. Quant au ṛṣi et aux autres éléments du mantra, qu’on établisse le nyāsa des six membres (aṅga-nyāsa) au moyen des bīja composés des lettres indiquées par les mots-codes « amā », « abdhi » et « yugma ».

Verse 11

विंशत्यर्णोदितजपध्यानहोमार्चनादिकम् । किं बहूक्तेन मंत्रोऽयं सर्वाभीष्टफलप्रदः ॥ ११ ॥

Ce mantra prescrit la japa, la méditation, le homa, l’adoration (arcana) et autres pratiques, telles qu’enseignées par la formule de vingt syllabes. Que dire de plus ? Ce mantra accorde tous les fruits désirés.

Verse 12

श्रीशक्तिस्मरपूर्वोगजन्मा शक्तिरमांतिकः । दशाक्षरः स एवादौ प्रोक्तः शक्तिरमायुतः ॥ १२ ॥

Ce mantra naît de l’union préalable du souvenir contemplatif (smaraṇa) et de Śrī-Śakti ; c’est la puissance (śakti) proche de Ramā (Lakṣmī). C’est bien le mantra de dix syllabes enseigné d’abord — la Śakti conjointe à Ramā.

Verse 13

मन्त्रौ षोडशरव्यार्णौ चक्रैरंगानि कल्पयेत् । वरदाभयहस्ताभ्यां श्लिष्यँतं स्वांगके प्रिये ॥ १३ ॥

Avec les deux mantras—chacun formé de seize syllabes-semences—qu’on dispose les membres (de la Divinité) selon les diagrammes de cakra prescrits. Ô bien-aimée, qu’on contemple le Seigneur étreignant son propre corps, Ses mains montrant les mudrā d’octroi de grâces et d’intrépidité.

Verse 14

पद्मोत्पलकरे ताभ्यां श्लिष्टं चक्रदरोज्वलम् । ध्यात्वैवं प्रजपेल्लक्षदशकं तद्दशांशतः ॥ १४ ॥

En méditant ainsi sur (le Seigneur) dont les deux mains tiennent un lotus et un nénuphar bleu, et qui resplendit du disque et de la conque, qu’on accomplisse ensuite le japa de cent dix mille répétitions; puis qu’on en offre le dixième comme rite conclusif prescrit.

Verse 15

आज्यैर्हुत्वा ततः सिद्धौ भवेतां मन्त्रनायकौ । सर्वकामप्रदौ सर्वसंपत्सौभगाग्यदौ नृणाम् ॥ १५ ॥

Après avoir offert des oblations au feu avec du ghee, ces deux (mantras) deviennent accomplis et se font chefs parmi les mantras. Pour les hommes, ils accordent tous les désirs, dispensent toute prospérité, et confèrent bonne fortune et destinée auspicious.

Verse 16

अष्टादशार्णः कामांतो मनुः सुतधनप्रदः । नारदोऽस्य मुनिश्छंदो गायत्री देवता मनोः ॥ १६ ॥

Ce mantra comporte dix-huit syllabes ; c’est le mantra « Kāmānta », un Manu qui accorde fils et richesse. Pour ce mantra, le ṛṣi est Nārada, le mètre est Gāyatrī, et la divinité présidant est la Divinité même du mantra.

Verse 17

कृष्णः कामो बीजमुक्तं शक्तिर्वह्निप्रिया मता । षड्वीर्याढ्येन बीजेन षडंगानि समाचरेत् ॥ १७ ॥

« Kṛṣṇa » est le kāma-bīja, enseigné comme mantra-semence. « Śakti » est tenue pour chère à Agni. Avec la semence dotée des six puissances, qu’on accomplisse dûment les six aṅga (membres auxiliaires) du mantra.

Verse 18

पाणौ पायसपक्वं च दक्षे हैयंगवीनकम् । वामे दधद्दिव्यदिगंबरो गोपीसुतोऽवतु ॥ १८ ॥

Que Śrī Kṛṣṇa, fils de la gopī, revêtu d’un vêtement divin semblable au ciel, nous protège : tenant en sa main le payasa (riz au lait sacré), dans sa droite le beurre frais du matin (haiyaṅgavīna), et dans sa gauche le caillé (dadhi).

Verse 19

ध्यात्वैवं प्रजपेन्मंत्रं द्वात्रिंशल्लक्षमानतः । दशांशं जुहुयादग्नौ सिताढ्येन पयोंऽधसा ॥ १९ ॥

Après avoir médité ainsi, qu’on récite le mantra à hauteur de trente-deux lakṣas (3,2 millions de répétitions). Ensuite, qu’on offre dans le feu sacré le dixième de ce nombre, en prenant pour oblation (āhuti) du lait mêlé de sucre.

Verse 20

पूर्वोक्तवैष्णवे पीठे यजेदष्टादशार्णवत् । पद्मस्थं कृष्णमभ्यर्च्य तर्पयेत्तन्मुखांबुजे ॥ २० ॥

Sur le piṭha vaiṣṇava décrit plus haut, qu’on accomplisse le culte selon le rite du Mantra aux dix-huit syllabes. Après avoir vénéré Kṛṣṇa assis sur le lotus, qu’on fasse le tarpaṇa en offrant l’eau consacrée à sa bouche pareille au lotus.

Verse 21

क्षीरेण कदलीपक्कैर्दध्ना हैयंगवेन च । पुत्रार्थी तर्पयेदेवं वत्सराल्लभते सुतम् ॥ २१ ॥

Avec du lait, des bananes mûres, du caillé (dadhi) et le beurre frais du matin (haiyaṅgavīna), celui qui désire un fils doit accomplir ainsi le tarpaṇa ; en l’espace d’un an, il obtient un fils.

Verse 22

यद्यदिच्छति तत्सर्वं तर्पणादेव सिद्ध्यति । वाक्कामो ङेयुतं कृष्णपदं माया ततः पगरम् ॥ २२ ॥

Tout ce qu’un être désire—tout—peut s’accomplir par le tarpaṇa. De là naissent la maîtrise de la parole et l’accomplissement des vœux ; et, en prenant refuge avec bhakti aux pieds de Kṛṣṇa, on triomphe ensuite de Māyā.

Verse 23

गोविंदाय रमा पश्चाद्दशार्णं च समुद्धरेत् । मनुस्वरयुतौ सर्गयुक्तौ भृगुतदूर्द्धूगौ ॥ २३ ॥

Après avoir prononcé « govindāya », on doit ensuite dire « ramā », puis ajouter la formule de dix syllabes. Ces syllabes se récitent avec l’anusvāra, jointes à la syllabe « sa », et avec le son ‘bhṛgu’ placé au-dessus, selon la voyelle et l’intonation transmises.

Verse 24

द्वाविंशत्यक्षरो मन्त्रो वागीशत्वप्रदायकः । ऋषिः स्यान्नारदश्छन्दो गायत्री देवता पुनः ॥ २४ ॥

Ce mantra compte vingt-deux syllabes et confère la maîtrise de la parole et l’éloquence. Son ṛṣi (voyant) est dit être Nārada ; son mètre est Gāyatrī ; et sa divinité présidante est, de nouveau, celle qui a été indiquée.

Verse 25

विद्याप्रदश्च गोपालः कामो बीजं प्रकीर्तितम् । शक्तिस्तु वाग्भवं विद्याप्राप्तये विनियोजना ॥ २५ ॥

« Gopāla » est proclamé dispensateur de connaissance ; « Kāma » est déclaré être la semence (bīja). La śakti est « Vāgbhava » ; telle est l’application prescrite (viniyoga) pour obtenir la science sacrée (vidyā).

Verse 26

वामोर्द्ध्वहस्ते दधतं विद्यापुस्तकमुत्तमम् । अक्षमालां च दक्षोर्द्ध्वस्फाटिकीं मातृकामयीम् ॥ २६ ॥

Dans la main gauche levée, il tient l’excellent livre de la connaissance sacrée ; et dans la main droite levée, il tient un rosaire de cristal, façonné des lettres divines (mātṛkās).

Verse 27

शब्दब्रह्म मयं वेणुमधः पाणिद्वये पुनः । गायत्रीगीतवसनं श्यामलं कोमलच्छविम् ॥ २७ ॥

Et de nouveau, (je vis) la flûte—faite du Brahman qui est son (śabda-brahman)—tenue en bas par les deux mains. Revêtu du chant de la Gāyatrī, sombre de teinte śyāma, et d’une douce radiance.

Verse 28

बर्हावतंसं सर्वज्ञं सेवितं मुनिपुंगवैः । ध्यात्वैवं प्रमदावेशविलासं भुवनेश्वरम् ॥ २८ ॥

Méditant ainsi sur le Seigneur des mondes—omniscient, paré d’une crête de plumes de paon, servi par les plus éminents des sages, et se délectant de sa līlā divine au milieu de l’ivresse des jeunes filles gracieuses—(qu’on) avance dans la bhakti.

Verse 29

वेदलक्षं जपेन्मंत्रं किंशुकैस्तद्दशांशतः । हुत्वा तु पूजयेन्मन्त्री विंशत्यर्णविधानतः ॥ २९ ॥

Qu’on récite le mantra cent mille fois; puis qu’on fasse l’offrande au feu (homa) avec des fleurs de kiṃśuka (palāśa) à raison d’un dixième de ce nombre; ensuite, le pratiquant adorera selon la méthode prescrite du mantra de vingt syllabes (viṃśaty-arṇa).

Verse 30

एवं यो भजते मन्त्रं भवेद्वागीश्वरस्तु सः । अदृष्टान्यपि शास्त्राणि तस्य गंगातरंगवत् ॥ ३० ॥

Ainsi, quiconque vénère et pratique ce mantra devient maître de la parole. Même des traités qu’il n’a jamais étudiés surgissent en lui sans effort—tels les flots de la Gaṅgā.

Verse 31

तारः कृष्णयुगं पश्चान्महाकृष्ण इतीरयेत् । सर्वज्ञ त्वंप्रशंशब्दांते सीदमेऽग्निश्च मारम् ॥ ३१ ॥

Ensuite, qu’on prononce « Tāra », puis « Kṛṣṇa-yuga », et après cela « Mahā-kṛṣṇa ». À la fin, qu’on ajoute des paroles de louange : « Ô Toi l’Omniscient, Toi… », et qu’on prononce aussi « Sīdama », « Agni » et « Māra ».

Verse 32

णांति विद्येश विद्यामाशु प्रयच्छ ततश्च मे । त्रयस्त्रिंशदक्षरोऽयं महाविद्याप्रदोमनुः ॥ ३२ ॥

« Ô Seigneur de la Connaissance, accorde-moi promptement la science sacrée. » Ensuite, ce mantra de trente-trois syllabes est le dispensateur de la Grande Connaissance (Mahāvidyā).

Verse 33

नारदोऽस्य मुनिश्छन्दोऽनुष्टुम् कृष्णोऽस्य देवता । पादैः सर्वेण पंचांगं कृत्वा ध्यायेत्ततो हरिम् ॥ ३३ ॥

Pour ce mantra/hymne, le voyant est le sage Nārada ; le mètre est l’Anuṣṭubh ; et la divinité présidente est Kṛṣṇa. Après avoir accompli pleinement les cinq observances auxiliaires, qu’on médite alors sur Hari.

Verse 34

दिव्योद्याने विवस्वत्प्रतिममणिमये मण्डपे योगपीठे मध्ये यः सर्ववेदांतमयसुरतरोः संनिविष्टो मुकुन्दः । वेदैः कल्पद्रुरूपैः शिखरिशतसमालंबिकोशैश्चतुर्भिर्न्यायैस्तर्कैपुराणैः स्मृतिभिरभिवृतस्तादृशैश्चामराद्यैः ॥ ३४ ॥

Dans un jardin divin, au sein d’un pavillon de joyaux rayonnant comme le Soleil, sur un trône de yoga, Mukunda siège au centre—dans l’arbre exauçant les vœux, qui est l’essence même de tout le Vedānta. Il est entouré et éventé comme par des chāmaras : par les Veda sous forme de kalpadrumas, par les quatre voies de Nyāya et de Tarka, et par les Purāṇa et les Smṛti, tels des insignes royaux à son service.

Verse 35

दद्याद्बिभ्रत्कराग्रैरपि दरमुरलीपुष्पबाणेक्षुचापानक्षस्पृक्पूर्णकुंभौ स्मरललितवपुर्दिव्यभूषांगरागः । व्याख्यां वामे वितन्वन् स्फुटरुचिरपदो वेणुना विश्वमात्रे शब्दब्रह्मोद्भवेन श्रियमरुणरुचिर्बल्लवीवल्लभो नः ॥ ३५ ॥

Que le Bien-Aimé des gopīs, Bāllavī-vallabha, rayonnant d’une lueur rosée, nous accorde śrī et prospérité. Lui qui, du bout même de Ses doigts, porte la flûte au son délicat ; qui tient les flèches de fleurs et l’arc de canne à sucre de Kāma, ainsi que deux jarres débordantes frôlant Ses yeux ; dont le corps, gracieux et séduisant comme l’Amour lui-même, est paré d’ornements divins et d’onguents parfumés. De Sa main gauche Il déploie l’exposé, et par la flûte née du Śabda-Brahman, aux notes nettes et charmantes, Il instruit la Mère de l’Univers.

Verse 36

एवं ध्यात्वा जपेल्लक्षं दशांशं पायसैर्हुनेत् । अष्टादशार्णवत्कुर्याद्यजनं चास्य मन्त्रवित् ॥ ३६ ॥

Après avoir ainsi médité, qu’on récite le mantra cent mille fois ; puis qu’on offre au feu, en oblations, le dixième de ce nombre, avec du riz au lait (pāyasa). Le connaisseur des mantras accomplira aussi son culte selon la règle prescrite pour un mantra de dix-huit syllabes (aṣṭādaśārṇa).

Verse 37

तारो नमो भगवते नन्दपुत्राय संवदेत् । आनन्दवपुषे दद्यादृशार्णं तदनंतरम् ॥ ३७ ॥

Qu’on prononce d’abord le Tāraka (praṇava), puis qu’on récite : « Namo Bhagavate, au fils de Nanda ». Aussitôt après, qu’on ajoute la syllabe Ṛśa, adressée à Celui dont la forme même est Ānanda, la béatitude.

Verse 38

अष्टाविंशतिवर्णोऽयं मंत्रः सर्वेष्टदायकः । नंदपुत्रपदं ङेंतं श्यामलांगपदं तथा ॥ ३८ ॥

Ce mantra, formé de vingt-huit syllabes, accorde tous les buts désirés. Il contient le terme «fils de Nanda», et aussi l’expression «aux membres d’une teinte sombre (Śyāma)».

Verse 39

तथा बालवपुःकृष्णं गोविंदं च तथा पुनः । दशार्णोऽतो भवेन्मंत्रो द्वात्रिंशदक्षरान्वितः ॥ ३९ ॥

De même, en ajoutant «Kṛṣṇa, sombre de teint et au corps d’enfant», puis en ajoutant encore «Govinda», le mantra devient une formule de dix syllabes (daśārṇa), comportant trente-deux lettres dans sa forme phonétique complète.

Verse 40

अनयोर्नारदऋषिश्छंदस्तूष्णिगनुष्टुभौ । देवता नन्दपुत्रस्तु विनियोगोऽखिलाप्तये ॥ ४० ॥

Pour ces deux mantras, le Ṛṣi est le sage Nārada ; les mètres (chandas) sont Tūṣṇik et Anuṣṭubh. La divinité présidante est le fils de Nanda, Śrī Kṛṣṇa, et leur viniyoga (emploi rituel) vise l’obtention de tous les buts désirés.

Verse 41

चक्रैः पंचांगमर्चास्यादंगदिक्पालहेतिभिः । दक्षिणे रत्नचषकं वामे सौवर्णनेत्रकम् ॥ ४१ ॥

L’icône sacrée (arcā) doit être vénérée comme possédant cinq membres, marqués d’emblèmes de disque (cakra) ; ses membres sont parés de bracelets et munis des armes des gardiens des directions. Dans sa main droite se trouve une coupe sertie de joyaux, et dans la gauche un emblème semblable à un œil d’or.

Verse 42

करे दधानं देवीभ्यां श्लिष्टं संचिंतयेद्विभुम् । लक्षं जपो दशांशेन जुहुयात्पायसेन तु ॥ ४२ ॥

Qu’on médite le Seigneur omniprésent, tenant en sa main l’emblème visé et enlacé par les deux Déesses. Qu’on accomplisse cent mille récitations (un lakh), puis qu’on offre en oblation le dixième de ce nombre, avec du pāyasa (riz au lait).

Verse 43

एताभ्यां सिद्धमंत्राभ्यां मंत्री कुर्याद्यथेप्सितम् । प्रणवः कमला माया नमो भगवते ततः ॥ ४३ ॥

Par ces deux mantras accomplis, le pratiquant des mantras doit obtenir tout ce qu’il souhaite. D’abord vient le Praṇava (Oṁ), puis les mots « Kamalā » et « Māyā », et ensuite (la formule) « namo bhagavate ».

Verse 44

नंदपुत्राय तत्पश्चाद्बालान्ते वपुषे पदम् । ऊनविंशतिवर्णोऽयं मुनिर्ब्रह्मा समीरितः ॥ ४४ ॥

Ensuite, la (prochaine) désignation sacrée est attribuée au Fils de Nanda, selon la forme qui apparaît à la fin du mot « bāla ». Cette forme de mantra comporte dix-neuf syllabes — ainsi l’a proclamé le sage Brahmā.

Verse 45

छंदोऽनुष्टुप् देवता च कृष्णो बालवपुः स्वयम् । मन्त्रोऽयं सर्वसंपत्तिसिद्धये सेव्यते बुधैः ॥ ४५ ॥

Son mètre est l’Anuṣṭubh ; sa divinité présidente est Kṛṣṇa Lui-même sous la forme d’un Enfant divin. Les sages pratiquent ce mantra pour obtenir toute prospérité et tout accomplissement.

Verse 46

तारो ह्यद्भगवानङेंतो रुक्मिणीवल्लभाय च । वह्निजायावधिः प्रोक्तो मंत्रः षोडशवर्णवान् ॥ ४६ ॥

En vérité, ce mantra de seize syllabes, commençant par la syllabe « tāra » et s’achevant par « vahnijāyā », est enseigné comme adressé au Seigneur Bienheureux, l’Aimé de Rukmiṇī.

Verse 47

नारदोऽस्य मुनिश्छन्दोऽनुष्टुप् च देवता मनोः । रुक्मिणीवल्लभश्चंद्रदृग्वेदांगाक्षिवर्णकैः । पञ्चांगानि प्रकुर्वीत ततो ध्यायेत्सुरेश्वरम् ॥ ४७ ॥

Pour ce (mantra/rite), le voyant est Nārada ; le mètre est l’Anuṣṭubh ; et la divinité présidente est Manoḥ. À l’aide des syllabes/lettres indiquées par « l’Aimé de Rukmiṇī », « la Lune », « le voyant », « le Vedāṅga », « l’œil » et « la couleur », on doit établir les cinq membres (du mantra/nyāsa) ; puis méditer sur le Seigneur des dieux.

Verse 48

तापिच्छच्छविरंकगां प्रियतमां स्वर्णप्रभामंबुजप्रोद्यद्दामभुजां स्ववामभुजयाश्लिष्यन्स्वचित्ताशया । श्लिष्यंतीं स्वयमन्यहस्तविलत्सौवर्णवेत्रश्चिरं पायान्नः सुविशुद्धपीतवसनो नानाविभूषो हरिः ॥ ४८ ॥

Que Hari (Viṣṇu) nous protège longtemps : revêtu d’un vêtement jaune immaculé et paré de nombreux ornements, Il enlace avec tendresse de son bras gauche son aimée Lakṣmī, sombre comme une pousse de tamāla et pourtant éclatante comme l’or, semblable au lotus, les bras entourés de guirlandes lumineuses ; et, tandis qu’elle s’attache à Lui, de l’autre main Il tient un bâton d’or étincelant.

Verse 49

ध्यात्वैवं प्रजपेल्लक्षं रक्तैः पद्मैर्दशांशतः ॥ ४९ ॥

Après avoir ainsi médité, on doit accomplir la répétition du mantra (japa) jusqu’à un lakh (100 000) fois, et offrir des lotus rouges en oblation à hauteur du dixième de ce japa, comme acte d’adoration.

Verse 50

त्रिमध्वक्तैर्हुनेत्पीठे पूर्वोक्ते पूजयेद्धरिम् । अंगैर्नारदमुख्यैश्च लोकेशैश्च तदायुधैः ॥ ५० ॥

Sur le siège-autel (pīṭha) décrit plus haut, on doit offrir les oblations du homa avec les trois substances douces, puis adorer Hari—avec Ses aṅgas (membres subsidiaires), avec Nārada et les plus éminents dévots, ainsi qu’avec les Lokapālas (gardiens du monde) et leurs armes respectives.

Verse 51

एवं सिद्धो मनुर्दद्यात्सर्वान्कामांश्च मंत्रिणे । लीलादंडपदाब्जोऽपि जनसंसक्तदोः पदम् ॥ ५१ ॥

Ainsi, lorsque le souverain est pleinement accompli, il doit accorder à son ministre tous les désirs légitimes ; car même les pieds pareils au lotus, qui portent avec grâce la verge du châtiment, doivent prendre appui sur des bras voués au service du peuple.

Verse 52

दंडांते वा धरावह्निरधीशाढ्योऽथ लोहितः । मेघश्यामपदं पश्चाद्भगवान् सलिलंसदृक् ॥ ५२ ॥

À l’extrémité du bâton (daṇḍa) se trouve le feu qui porte la terre ; puis vient la teinte rougeâtre, empreinte de souveraineté. Ensuite, le Seigneur prend la position d’un bleu-noir sombre comme le nuage, et après cela Il apparaît d’une couleur semblable à l’eau.

Verse 53

विष्णो इत्युक्त्वा ठद्वयं स्यादेकोनत्रिंशदर्णवान् । नारदोऽस्य मुनिश्छंदोऽनुष्टुप् च देवता मनोः ॥ ५३ ॥

Après avoir prononcé « Viṣṇu », qu’on ajoute deux fois la paire de syllabes « ṭha » ; ainsi le mantra compte vingt-neuf syllabes. Pour ce mantra, Nārada est le ṛṣi (voyant), Anuṣṭubh est le chandas (mètre), et Manu est la devatā (divinité présidente).

Verse 54

लीलादंडहरिः प्रोक्तो मन्वब्धधियुगवह्निभिः । वेदैः पंचां गकं भागैर्मंत्रवर्णोत्थितैः क्रमात् ॥ ५४ ॥

Ainsi est proclamé le nom « Līlā-daṇḍa-hari » : il se forme, dans l’ordre prescrit, à partir des syllabes du mantra issues des Veda, par une division en cinq parts et selon les repères numériques nommés manvantara, océan, intelligence, yuga et feu.

Verse 55

संमोहयंश्च निजवामकरस्थलीलादंडेन गोपयुवतीः परसुंदरीश्च । दिश्यन्निजप्रियसखांसगंदक्षहस्तो देवश्रियं निहतकंस उरुक्रमो नः ॥ ५५ ॥

Puisse Urukrama—qui, le bâton de jeu posé sur la paume de sa main gauche, trouble les jeunes vachères et d’autres femmes d’une beauté suprême, et qui, la main droite sur la joue, accorde l’éclat de la fortune divine—lui qui abattit Kaṃsa—nous dispenser sa grâce.

Verse 56

लक्षं जपो दशांशेन जुहुयात्तिलतण्डुलैः । त्रिमध्वक्तैस्ततोऽभ्यर्चेदंगं दिक्पालहेतिभिः ॥ ५६ ॥

Qu’on accomplisse cent mille (un lakh) répétitions du mantra ; puis, pour le dixième de ce nombre, qu’on verse des oblations au feu avec du sésame et des grains de riz. Ensuite, après avoir oint avec les trois miels, qu’on adore les membres auxiliaires (aṅga) du mantra, avec les gardiens des directions (Dikpāla) et leurs armes.

Verse 57

लीलादंड हरिं यो वै भजते नित्यमादरात् । स सर्वैः पूज्यते लोकैस्तस्य गेहे स्थिरा रमा ॥ ५७ ॥

Quiconque vénère chaque jour, avec un soin dévot, Hari, porteur du bâton de jeu, est honoré par tous les hommes ; et dans sa demeure Ramā (Lakṣmī) demeure stablement.

Verse 58

सद्यारूढा स्मृतिस्तोयं केशवाढ्यधरायुगम् । भयाग्निवल्लभामंत्रः सप्तार्णः सर्वसिद्धिदः ॥ ५८ ॥

La mémoire qui s’élève aussitôt est son « eau » ; sa paire de lèvres est enrichie du Nom de Keśava. Le mantra nommé « Bhayāgni-vallabhā », composé de sept syllabes, confère toutes les perfections.

Verse 59

ऋषिः स्यान्नारदश्छंदो उष्णिग्गोवल्लमस्य तु । देवतापूर्ववच्चक्रैः पञ्चांगानि तु कल्पयेत् ॥ ५९ ॥

Pour l’hymne/mantra « Govallama », le ṛṣi est Nārada et le mètre (chandas) est Uṣṇik. La divinité est celle mentionnée plus haut ; et l’on doit aussi établir ses cinq membres (pañcāṅga) avec les cakra (placements rituels).

Verse 60

ध्येयो हरिः सकपिलागणमध्यसंस्थस्ता आह्वयन्दधद्दक्षिणदोस्थवेणुम् । पाशं सयष्टिमपरत्र पयोदनीलः पीताम्बराहिरिपुपिच्छकृतावतंसः ॥ ६० ॥

Il faut méditer Hari : sombre-bleu comme un nuage de pluie, se tenant au milieu de Kapila et de sa suite ; appelant le dévot et tenant une flûte dans la main droite ; et dans l’autre, un lasso avec un bâton ; vêtu de jaune, portant une plume de paon en ornement de crête.

Verse 61

सप्तलक्षं जपेन्मंत्रं दशांशं जुहुयात्ततः । गोदुग्धैः पूजयेत्पीठे स्यादंगैः प्रथमावृतिः ॥ ६१ ॥

On doit répéter le mantra sept lakhs de fois ; puis offrir le homa à hauteur d’un dixième de ce nombre. Ensuite, avec du lait de vache, accomplir le culte sur le pīṭha (siège rituel). Par ces rites auxiliaires (aṅga), le premier cycle (prathamāvṛti) est accompli.

Verse 62

सुवर्णपिंगलां गौरपिंगलां रक्तपिंगलाम् । गुडपिंगां बभ्रुवर्णां चोत्तमां कपिलां तथा ॥ ६२ ॥

Fauve doré, fauve pâle, fauve rouge ; fauve comme le jaggery (gud), de teinte brune ; l’excellent, et aussi la variété « kapilā » (brun clair) — tels sont les types nommés.

Verse 63

चतुष्कपिङ्गलां पीतपिङ्गलां चोत्तमां शुभाम् । गोगणाष्टकमभ्यर्च्य लोकेशानुयुधैर्युतान् ॥ ६३ ॥

Après avoir vénéré comme il se doit le «gogaṇa-aṣṭaka», l’ensemble des huit vaches sacrées—les quatre fauves, les fauves-jaunes, et celles qui sont excellentes et de bon augure—qu’on adore ensuite les Lokapāla, Seigneurs des mondes, entourés de leurs guerriers serviteurs.

Verse 64

संपूज्यैवं मनौ सिद्धे कुर्यात्काम्यानि मंत्रवित् । अष्टोत्तरसहस्रं यः पयोभिर्दिनशो हुनेत् ॥ ६४ ॥

Après avoir ainsi vénéré, lorsque le mantra est devenu parfait (siddhi), le connaisseur du mantra doit accomplir les rites kāmya pour les buts désirés. Celui qui, jour après jour, offre des oblations de lait au nombre de mille huit, obtiendra le fruit visé.

Verse 65

पक्षात्सगोगणो मुक्तो दशार्णे चाप्ययं विधिः । तारो हृद्भगवान् ङेंतः श्रीगोविंदस्तथा भवेत् ॥ ६५ ॥

Lorsque le groupe (mantrique) de syllabes est dégagé de l’agencement «pakṣa», cette même procédure s’applique aussi à la forme de dix syllabes (daśārṇa) : la syllabe «tāra» est placée au cœur comme Bhagavān, et le son nasal final est établi ; ainsi devient-il le mantra vénérable de Śrī Govinda.

Verse 66

द्वादशार्णो मनुः प्रोक्तो नारदोऽस्य मुनिर्मतः । छंदः प्रोक्तं च गायत्री श्रीगोविन्दोऽस्य देवता । चन्द्राक्षियुगभूतार्णैः सर्वैः पंचांगकल्पनम् ॥ ६६ ॥

Le mantra est dit de douze syllabes ; son voyant (ṛṣi) est tenu pour Nārada. Son mètre (chandas) est déclaré être le Gāyatrī, et sa divinité présidante est Śrī Govinda. Par toutes les syllabes—comptées selon candra (lune), akṣi (yeux), yuga et bhūta (éléments)—doit être construite la configuration rituelle en cinq membres (pañcāṅga).

Verse 67

ध्यायेत्कल्पद्रुमूलाश्रितमणिविलसद्दिव्यसिंहासनस्थं मेघश्यामं पिशंगांशुकमतिसुभगं शंखरेत्रे कराभ्याम् ॥ ६७ ॥

Qu’on médite sur Lui, assis sur un trône divin de lion, éclatant de pierreries, au pied des racines du kalpadruma, l’arbre qui exauce les vœux : sombre comme un nuage de pluie, d’une beauté suprême, vêtu d’étoffes fauves, tenant dans ses deux mains la conque (śaṅkha) et le disque (cakra).

Verse 68

बिभ्राणं गोसहस्रैर्वृतममरपतिं प्रौढहस्तैककुंभप्रश्चोतत्सौधधारास्नपितमभिनवांभोजपत्राभनेत्रम् ॥ ६८ ॥

Il contempla le Seigneur des dieux, entouré de milliers de vaches, baigné par des flots d’eau déversés d’un palais élevé lorsqu’un homme à la main puissante renversait une unique jarre ; ses yeux ressemblaient aux pétales frais d’un lotus à peine éclos.

Verse 69

रविलक्षं जपेन्मंत्रं दुग्धैर्हुत्वा दशांशतः । यजेच्च पूर्ववद्गोष्ठस्थितं वा प्रतिमादिषु ॥ ६९ ॥

Qu’on récite le mantra cent mille fois, puis qu’on offre des oblations de lait à hauteur d’un dixième de ce nombre. Ensuite, qu’on accomplisse le culte comme il a été enseigné auparavant—soit envers la divinité établie dans l’étable à vaches (goṣṭha), soit envers une image et les formes consacrées qui s’y rattachent.

Verse 70

पूर्वोक्ते वैष्णवे पीठे मूर्तिं संकल्प्य मूलतः । तत्रावाह्य यजेत्कृष्णं गुरुपूजनपूर्वकम् ॥ ७० ॥

Sur le siège-autel vaiṣṇava décrit plus haut, qu’on établisse d’abord en intention la forme (mūrti) depuis sa base même. Puis, après y avoir invoqué (āvāhana) Kṛṣṇa, qu’on L’adore en commençant par la vénération du Guru.

Verse 71

रुक्मिणीं सत्यभामां च पार्श्वयोरिंद्रमग्रतः । पृष्ठतः सुरभिं चेष्ट्वा केसरेष्वंगपूजनम् ॥ ७१ ॥

En plaçant Rukmiṇī et Satyabhāmā de part et d’autre, Indra à l’avant et Surabhī à l’arrière, qu’on accomplisse ensuite l’adoration des membres (aṅga-pūjā) avec des filaments de safran (kesar).

Verse 72

कालिं द्याद्या महिष्योऽष्टौ वसुपत्रेषु संस्थिताः । पीठकोणेषु बद्ध्वादिकिंकणीं च तथा पुनः ॥ ७२ ॥

Qu’on place d’abord Kāli, puis qu’on dispose les huit mahīṣyaḥ (vaches-buffles) sur le lotus des Vasus. Et, après avoir attaché de petites clochettes (kiṅkiṇī) aux angles du piédestal, qu’on poursuive de nouveau l’étape suivante du rite.

Verse 73

दामानि पृष्ठयोर्वेणुं पुरः श्रीवत्सकौस्तुभौ । अग्रतो वनमासादिर्दिक्ष्वष्टसु तथा स्थिताः ॥ ७३ ॥

Des guirlandes pendent sur Son dos, et la flûte (veṇu) s’y trouve aussi. Devant Lui resplendissent la marque du Śrīvatsa et le joyau Kaustubha; et, plus en avant, la guirlande de la forêt et les autres parures sont pareillement disposées, établies dans les huit directions.

Verse 74

पांचजन्यं गदा चक्रं वसुदेवश्च देवकी । नंदगोपो यशोदा च सगोगोपालगोपिकाः ॥ ७४ ॥

Pāñcajanya (la conque), la massue et le disque; Vasudeva et Devakī; Nanda le vacher et Yaśodā—avec les vaches, les jeunes gopāla et les jeunes gopikā—doivent être rappelés en méditation comme la suite divine du Seigneur.

Verse 75

इंद्राद्याश्च स्थिता बाह्ये वज्राद्याश्च ततः परम् । कुमुदः कुमुदाक्षश्च पुंडरीकोऽथ वामनः ॥ ७५ ॥

Indra et les autres dieux se tiennent à l’extérieur; au-delà d’eux se trouvent Vajra et les autres. Puis viennent Kumuda, Kumudākṣa, Puṇḍarīka, et ensuite Vāmana.

Verse 76

शंकुकर्णः सर्वनेत्रः सुमुखः सुप्रतिष्टितः । विष्वक्सेनश्च संपूज्यः स्वात्मा चार्च्यस्ततः परम् ॥ ७६ ॥

Śaṅkukarṇa, Sarvanetra, Sumukha et Supratiṣṭhita—ainsi que Viṣvaksena—doivent être honorés par un culte accompli. Ensuite, que l’on vénère son propre Ātman comme le Suprême.

Verse 77

एककालं त्रिकालं वा यो गोविंदं यजेन्नरः । स चिरायुर्निरातंको धनधान्यपतिर्भवेत् ॥ ७७ ॥

Celui qui adore Govinda une fois par jour, ou trois fois par jour, obtient une longue vie, demeure sans maladie ni affliction, et devient maître des richesses et des grains.

Verse 78

स्मृतिः सद्यान्विता चक्री दक्षकर्णयुतोधरा । नाथाय हृदयांतोऽयं वसुवर्णो महामनुः ॥ ७८ ॥

La Smṛti (doctrine mémorisée) agit sur-le-champ ; telle une porteuse du cakra, dotée d’une « oreille droite » habile et soutien de ce qui est porté. Ce grand Manu, nommé Vasuvarṇa, demeure intérieurement, au cœur, voué au Seigneur (Nātha).

Verse 79

मुनिर्ब्रह्मास्य गायत्री छंदः कृष्णोऽस्य देवता । वर्णद्वंद्वैश्च सर्वेण पंचांगान्यस्य कल्पयेत् ॥ ७९ ॥

Pour ce mantra, le ṛṣi (voyant) est Brahmā, le mètre est Gāyatrī, et la divinité présidante est Kṛṣṇa. Et, au moyen de toutes les paires de syllabes (varṇa-dvandva), on doit aussi en établir les cinq membres (pañcāṅga).

Verse 80

पंचवर्षमतिलोलमंगणे धावमानमतिचंचलेक्षणम् । किंकिणीवलयहारनूपुरै रंजितं नमत गोपबालकम् ॥ ८० ॥

Prosternez-vous devant le petit pâtre—âgé d’environ cinq ans—qui court dans la cour avec une joyeuse agitation, les yeux vifs et malicieux. Il réjouit tous les cœurs par le tintement de ses grelots, bracelets, guirlande et anneaux de cheville.

Verse 81

एवं ध्यात्वा जपेदष्टलक्षं मंत्री दशांशतः । ब्रह्मवृक्षसमिद्भिश्च जुहुयात्पायसेन वा ॥ ८१ ॥

Après avoir médité ainsi, le pratiquant du mantra doit le réciter huit lakhs (800 000 fois). Puis, pour un dixième de ce total, qu’il accomplisse l’offrande au feu (homa), en versant des oblations avec des brindilles de l’arbre brahma, ou bien avec du pāyasa (riz au lait).

Verse 82

प्रागुक्ते वैष्णवे पीठे मूर्तिं संकल्प्य मूलतः । तत्रावाह्यार्चयेत्कृष्णं मंत्री वै स्थिरमानसः ॥ ८२ ॥

Sur le piédestal vaiṣṇava décrit plus haut, après avoir d’abord conçu mentalement l’icône depuis sa base même, l’officiant connaisseur du mantra—l’esprit stable—doit y invoquer Kṛṣṇa et L’adorer.

Verse 83

केसरेषु चतुर्दिक्षु विदिक्ष्वंगानि पूजयेत् । वासुदेवं बलं दिक्षु प्रद्युम्नमनिरुद्धकम् ॥ ८३ ॥

Sur les pétales de lotus du diagramme de culte, qu’on adore les membres auxiliaires (aṅga) dans les quatre directions et les directions intermédiaires, en plaçant Vāsudeva et Bala dans les directions, et de même Pradyumna et Aniruddha dans leurs quartiers respectifs.

Verse 84

विदिक्षु रुक्मिणीसत्यभामे वै लक्ष्यणर्क्षजे । लोकेशान्सायुधान्बाह्ये एवं सिद्धो भवेन्मनुः ॥ ८४ ॥

Dans les directions intermédiaires, qu’on place Rukmiṇī et Satyabhāmā, ainsi que Lakṣaṇā et Arkṣajā ; et sur le pourtour extérieur, qu’on dispose les Lokapāla, gardiens du monde, tenant leurs armes. Ainsi le pratiquant devient accompli (siddhi).

Verse 85

तारः श्रीभुवनाकामो ङेंतं श्रीकृष्णमीरयेत् । श्रीगोविंदं ततः प्रोच्य गोपीजनपदं ततः ॥ ८५ ॥

Qu’on prononce d’abord la syllabe Tāraka, la libératrice ; puis qu’on dise « Śrī-bhuvanakāma » ; ensuite qu’on récite « Śrī-Kṛṣṇa ». Puis, après avoir dit « Śrī-Govinda », qu’on prononce « Gopī-janapada ».

Verse 86

वल्लभाय ततः पद्मात्रयं तत्वाक्षरो मनुः । मुन्यादिकं च पूर्वोक्तं सिद्धगोपालकं स्मरेत् ॥ ८६ ॥

Ensuite, pour le Seigneur Vallabha, qu’on médite sur la triade de lotus (padmātraya), sur le mantra composé de la syllabe « tattva » et sur le manu prescrit ; et qu’on se souvienne aussi des sages (muni) et des autres divinités d’accompagnement, comme il a été dit plus haut. Ainsi doit-on se rappeler Siddha-Gopāla, le Gopāla accompli.

Verse 87

माधवीमंडपासीनौ गरुडेनाभिपालितौ । दिव्यक्रीडासु निरतौ रामकृष्णौ स्मरन् जपेत् ॥ ८७ ॥

Qu’on récite (japa) en se souvenant de Rāma et de Kṛṣṇa : assis dans un pavillon-bower de lianes mādhavī, protégés par Garuḍa, et absorbés dans les jeux divins.

Verse 88

पूजनं पूर्ववच्चास्य कर्तव्यं वैष्णवोत्तमैः । चक्री मुनिस्वरोपेतः सर्गी चैकाक्षरो मनुः ॥ ८८ ॥

Son culte doit être accompli exactement comme il a été exposé plus haut, par les plus éminents Vaiṣṇava. L’emblème est le disque (cakra) ; la tonalité qui l’accompagne est l’intonation du muni ; qu’on médite le « sargī », le Créateur ; et le mantra est d’une seule syllabe.

Verse 89

कृष्णेति द्व्यक्षरः प्रोक्तः कामादिः स्यात्त्रिवर्णकः । सैव ङेंतो युगार्णः स्यात्कृष्णाय नम इत्यपि ॥ ८९ ॥

« Kṛṣṇa » est proclamé comme un nom de deux syllabes. Le bīja commençant par « kāma » comporte trois phonèmes. Cette même formule, lorsqu’elle se termine au datif (final en ṅe), devient aussi un mantra de deux mots : « kṛṣṇāya namaḥ » (hommage à Kṛṣṇa).

Verse 90

पंचाक्षरश्च कृष्णाय कामरुद्धस्तथा परः । गोपालायाग्निजायांतो रसवर्णः प्रकीर्तितः ॥ ९० ॥

Le mantra de cinq syllabes est « kṛṣṇāya ». Un autre, réputé brider le désir, est proclamé suprême. Et la formule qui se termine par « gopālāya » et s’achève par « agnijāyānta » est célébrée comme la tradition de la « lettre-rasa » (phonème mystique).

Verse 91

कामः कृष्णपदं ङेंतं वह्निजायांतकः परः । कृष्णगोविंदकौ ङेंतौ सप्तार्णः सर्वसिद्धिदः ॥ ९१ ॥

« Kāma » est la syllabe « kṛṣṇa » ; le son suprême est « vahnijāyāntaka ». « Kṛṣṇa » et « Govinda » doivent être connus ensemble comme syllabes ; ce mantra de sept syllabes accorde toutes les siddhi (accomplissements).

Verse 92

श्रीशक्तिकामाः कृष्णाय कामः सप्ताक्षरः परः । कृष्णगोविंदकौ ङेंतौ हृदंतोऽन्यो नवाक्षरः ॥ ९२ ॥

Pour ceux qui désirent Śrī (prospérité), Śakti (puissance) et Kāma (accomplissement des vœux), le mantra suprême de sept syllabes est : « kṛṣṇāya kāmaḥ ». Un autre mantra, de neuf syllabes, est : « kṛṣṇa govinda », précédé du bīja « ṅeṃ » et terminé par « hṛd ».

Verse 93

ङेंतौ च कृष्णगोविंदौ तथा कामः पुटः परः । कामः शार्ङ्गी धरासंस्थो मन्विंद्वाढ्यश्च मन्मथः ॥ ९३ ॥

Il est aussi nommé Ṅeṃtau; Kṛṣṇa et Govinda; et encore Kāma, Puṭa et Para. Il est Kāma; le porteur de l’arc Śārṅga; établi sur la terre; Manvindvāḍhya; et Manmatha, celui qui émeut les cœurs.

Verse 94

श्यामलांगाय हृदयं दशार्णः सर्वसिद्धिदः । बालांते वपुषे कृष्णायाग्निजायांतिमोऽपरः ॥ ९४ ॥

Pour Celui aux membres sombres, le mantra du cœur (hṛdaya) est la formule à dix syllabes (daśārṇa), dispensatrice de toutes les réalisations. Pour la forme juvénile, le mantra additionnel final est destiné à Kṛṣṇā, fille d’Agni.

Verse 95

द्विठांते बालवपुषे कामः कृष्णाय संवदेत् । ततो ध्यायन्स्वहृदये गोपीजनमनोहरम् ॥ ९५ ॥

À la fin du rite double prescrit, Kāma doit s’adresser à Kṛṣṇa, sous la forme d’un jeune garçon. Puis, méditant en son propre cœur, qu’il contemple Celui qui ravit l’esprit des gopīs, les bergères.

Verse 96

श्रीवृन्दाविपिनप्रतोलिषु नमत्संफुल्लवल्लीततिष्वंतर्जालविघट्टैनः सुरभिणा वातेन संसेविते । कालिंदीपुलिने विहारिणमथो राधैकजीवातुकं वंदे नन्दकिशोरमिंदुवदनं स्निग्धांबुदाडंबरम् ॥ ९६ ॥

Je me prosterne devant Nandakishora, le jeune fils de Nanda, au visage de lune et à l’éclat des nuées sombres gorgées de pluie. Il se divertit sur les rives de la Kāliṇḍī; Rādhā est sa vie unique. Il est servi par la brise parfumée qui, en remuant les bosquets intérieurs des lianes pleinement fleuries, embaume les allées de la forêt sacrée de Vṛndā.

Verse 97

पूर्वाक्तवर्त्मना पूजा ज्ञेया ह्येषां मुनीश्वर । देवकीसुतवर्णांते गोविंदपदमुच्चरेत् ॥ ९७ ॥

Ô seigneur parmi les sages, qu’on sache que leur culte s’accomplit selon la procédure énoncée plus haut; et, après avoir prononcé «fils de Devakī», qu’on fasse suivre le mot «Govinda».

Verse 98

वासुदेवपदं प्रोच्य संबृद्ध्यंतं जगत्पतिंम् । देहि मे तनयं पश्चात्कृष्ण त्वामहमीरयेत् ॥ ९८ ॥

Après avoir prononcé le Nom sacré de Vāsudeva—Seigneur de l’univers qui fait tout prospérer—accorde-moi un fils; puis, ô Kṛṣṇa, je Te proclamerai et Te louerai.

Verse 99

शरणं गत इत्यंतो मन्त्रो द्वात्रिंशदक्षरः । नारदोऽस्य मुनिश्छंदो गायत्री चाप्यनुष्टुभम् । देवः सुतप्रदः कृष्णः पादैः सर्वेण चांगकम् ॥ ९९ ॥

Le mantra qui s’achève par les mots « śaraṇaṃ gata » compte trente-deux syllabes. Son ṛṣi est le sage Nārada; son chandas est Gāyatrī et aussi Anuṣṭubh. Sa divinité présidante est Kṛṣṇa, dispensateur de fils; et l’ensemble de ses pādas forme ses membres auxiliaires (aṅga).

Verse 100

विजयेन युतो रथस्थितः प्रसमानीय समुद्रमध्यतः । प्रददत्तनयान् द्विजन्मने स्मरणीयो वसुदेवनन्दनः ॥ १०० ॥

Assis sur son char et revêtu de victoire, le Fils de Vasudeva—à jamais digne de mémoire—les ramena sains et saufs du milieu de l’océan et accorda au brahmane une juste direction.

Verse 101

लक्षं जपोऽयुतं होमस्तलैर्मधुरसंप्लुतैः । अर्चा पूर्वोदिते पीठे अंगलोकेश्वरायुधैः ॥ १०१ ॥

Qu’on accomplisse un lakh de japa (cent mille récitations) et dix mille homa (oblations au feu) au moyen de louches humectées de substances douces. L’adoration (arcā) se fait sur le pīṭha décrit plus haut, avec les divinités auxiliaires (aṅga), les Lokapālas (seigneurs des directions) et les armes divines.

Verse 102

एवं सिद्धे मनौ मंत्री वंध्यायामपि पुत्रवान् । तारो माया ततः सांतसेंदुष्वांतश्च सर्ववान् ॥ १०२ ॥

Ainsi, lorsque le mantra est parvenu à la perfection, le pratiquant obtient la maîtrise : même d’une femme stérile il obtient un fils. Ensuite il acquiert les pouvoirs nommés Tāra et Māyā; puis les accomplissements appelés Sānta et Senduṣvānta, et finalement il se trouve pourvu de toutes les excellences désirées.

Verse 103

सोऽहं वह्निप्रियांतोऽयं मंत्रो वस्वक्षरः परः । पंचब्रह्मात्मकस्यास्य मंत्रस्य मुनि सत्तमः ॥ १०३ ॥

Ce mantra suprême, commençant par « so’ham » et s’achevant par « vahnipriyā », est composé de huit syllabes. Pour ce mantra, de la nature du Pañcabrahma (le Brahman en cinq aspects), le sage éminent est le ṛṣi, le voyant.

Verse 104

ऋषिर्ब्रह्मा च परमा गायत्रीछंद ईरितम् । परंज्योतिः परं ब्रह्म देवता परिकीर्तितम् ॥ १०४ ॥

On dit que le ṛṣi est Brahmā, et l’on déclare que le mètre suprême est le Gāyatrī. La divinité est proclamée comme la Lumière suprême — le Brahman suprême.

Verse 105

प्रणवो बीजमाख्यातं स्वाहा शक्तिरुदाहृता । स्वाहेति हृदयं प्रोक्तं सोऽहं वेति शिरो मतम् ॥ १०५ ॥

Le Praṇava (Oṃ) est déclaré être la syllabe-graine (bīja). « Svāhā » est enseigné comme la puissance (śakti). « Svāhā » est aussi dit être le cœur (hṛdaya), et « So’ham » (« Je suis Lui ») est tenu pour la tête (śiras).

Verse 106

हंसश्चेति शिखा प्रोक्ता हृल्लेखा कवचं स्मृतम् । प्रणवो नेत्रमाख्यातमस्त्रं हरिहरेति च ॥ १०६ ॥

« Haṃsaḥ » est déclaré être la śikhā (la mèche du sommet) dans le nyāsa ; « Hṛllekhā » est retenu comme le kavaca (l’armure protectrice). Le Praṇava (Oṃ) est enseigné comme le netra (protection des yeux), et « Hari-Hara » aussi comme l’astra (mantra-arme).

Verse 107

स ब्रह्मा स शिवो विप्र स हरिः सैव देवराट् । स सर्वरूपः सर्वाख्यः सोऽक्षरः परमः स्वराट् ॥ १०७ ॥

Ô brāhmane, Il est Brahmā ; Il est Śiva ; Il est Hari ; et Lui seul est le souverain des dieux. Il revêt toutes les formes et est connu sous tous les noms ; Il est l’Imperissable, l’Akṣara — le Seigneur suprême, auto-souverain.

Verse 108

एवं ध्यात्वा जपेदष्टलक्षहोमो दशांशतः । पूजाप्रणवपीठेऽस्य सांगावरणकैर्मता ॥ १०८ ॥

Après avoir ainsi médité, qu’on accomplisse le japa jusqu’à huit cent mille répétitions; et que le homa en soit le dixième. Pour cette divinité/mantra, le culte est prescrit sur le siège du praṇava (oṃ-pīṭha), avec ses membres (aṅga) et les divinités d’enceinte et d’accompagnement (āvaraṇa).

Verse 109

एवं सिद्धे मनौ ज्ञानं साधकेंद्रस्य नारद । जायते तत्त्वमस्यादिवाक्योक्तं निर्विकल्पकम् ॥ १०९ ॥

Ô Nārada, lorsque l’esprit est ainsi parvenu à la perfection, il naît chez le plus éminent des sādhaka la connaissance sans concept (nirvikalpa), telle qu’enseignée par les grands énoncés des Upaniṣad, comme «Tu es Cela».

Verse 110

कामो ङेंतो हृषीकेशो हृदयांतो गजाक्षरः । ऋषिर्ब्रह्मास्य गायत्री छंदो गायत्रमीरितम् ॥ ११० ॥

Son commencement (bīja) est «Kāma», sa finale est «Hṛṣīkeśa»; dans le cœur il renferme la syllabe «gaja». Pour ce mantra, Brahmā est proclamé voyant (ṛṣi), et son mètre (chandas) est dit être Gāyatrī.

Verse 111

देवता तु हृषीकेशो विनियोगोऽखिलाप्तये । कामो बीजं तथायेति शक्तिरस्य ह्युदाहृता ॥ १११ ॥

La divinité présidante est Hṛṣīkeśa (Viṣṇu) ; son viniyoga vise l’obtention de tous les buts. «Kāma» est proclamé sa semence (bīja), et «Tathā» est dite être sa puissance (śakti).

Verse 112

बीजेनैव षडंगानि कृत्वा ध्यानं समाचरेत् । पुरुषोत्तममंत्रोक्तं सर्वं वास्य प्रकीर्तितम् ॥ ११२ ॥

Après avoir accompli les six membres (ṣaḍaṅga) au moyen même de la syllabe-semence (bīja), qu’on entreprenne ensuite la méditation selon la juste méthode. Tout cela a été proclamé conformément à l’enseignement du Mantra de Puruṣottama.

Verse 113

लक्षं जपोऽयुतं होमो घृतेनैव प्रकीर्तितः । तर्पणं सर्वकामाप्त्यै प्रोक्तं संमोहिनीसुमैः ॥ ११३ ॥

Il est prescrit d’accomplir un japa d’un lakh (cent mille répétitions) ; et l’on déclare pareillement un homa de dix mille oblations, offert avec le seul ghee. Et l’on enseigne le tarpaṇa, au moyen des fleurs Saṃmohinī, pour l’obtention de tous les buts désirés.

Verse 114

श्रीबीजं शक्तिरापेति बीजेनैव षडंकस्तथा । त्रैलोक्यमोहनः शब्दो नमोंऽतो मनुरीरितः ॥ ११४ ॥

On dit que le bīja « śrī » fait venir la Śakti ; et par ce même bīja se constitue aussi le corps du mantra en ses six aṅga (ṣaḍaṅga). Puis l’on enseigne le mot qui charme les trois mondes comme un mantra se terminant par « namaḥ ».

Verse 115

ऋषिर्ब्रह्मा च गायत्री छन्दः श्रीधरदेवता । श्रीबीजं शक्तिरापेति बीजेनैव षडंगकम् ॥ ११५ ॥

Pour ce (mantra/rite), Brahmā est le ṛṣi (voyant), le mètre est Gāyatrī, et la divinité présidante est Śrīdhara (Viṣṇu). La śakti est le Śrī-bīja ; et par ce même bīja sont établis les six membres auxiliaires (ṣaḍaṅga).

Verse 116

पुरुषोत्तमवद्ध्यानपूजादिकमिहोदितः । लक्षं जपस्तथा होम आज्येनैव दशांशतः ॥ ११६ ॥

Ici sont prescrits la méditation, le culte et les observances connexes selon la manière d’adorer Puruṣottama. Qu’on accomplisse un japa d’un lakh ; puis qu’on offre un homa avec du ghee à hauteur d’un dixième de ce nombre.

Verse 117

सुगंधश्वेतपुष्पैस्तु पूजां होमादिकं चरेत् । एवं कृते तु विप्रेन्द्र साक्षात्स्याच्छ्रीधरः स्वयम् ॥ ११७ ॥

Qu’on accomplisse l’adoration et les rites commençant par le homa, en offrant des fleurs blanches et parfumées. Quand cela est fait, ô le meilleur des brāhmaṇa, Śrīdhara (le Seigneur Viṣṇu) se manifestera Lui-même en personne.

Verse 118

अच्युतानन्तगोविंदपदं ङेंतं नमोंतिमम् । मंत्रोऽस्य शौनकऋषिर्विराट् छंदः प्रकीर्तितम् ॥ ११८ ॥

Il faut connaître la formule suprême du « namo », établie aux pieds sacrés d’Acyuta, d’Ananta et de Govinda. Pour ce mantra, Śaunaka est proclamé ṛṣi (voyant), et Virāṭ est annoncé comme le mètre (chandas).

Verse 119

एषां पराशरव्यासनारदा ऋषयः स्मृताः । विराट् छन्दः समाख्यातं परब्रह्मात्मको हरिः ॥ ११९ ॥

Pour ces enseignements, Parāśara, Vyāsa et Nārada sont rappelés comme ṛṣi ; le mètre est déclaré Virāṭ, et Hari—dont la nature même est le Parabrahman suprême—est énoncé comme la divinité présidante.

Verse 120

देवताबीजशक्ती तु पूर्वोक्ते साधकैर्मते । शंखचक्रधरं देवं चतुर्बाहुं किरीटिनम् ॥ १२० ॥

Quant à la puissance-semence de la divinité (devatā-bīja-śakti), selon l’enseignement déjà énoncé par les pratiquants, elle doit être contemplée comme le Dieu portant la conque et le disque : à quatre bras et couronné.

Verse 121

सर्वैरप्यायुधैर्युक्तं गरुडोपरि संस्थितम् । सनकादिमुनींद्रैस्तु सर्वदेवैरुपासितम् ॥ १२१ ॥

Pourvu de toutes les armes divines et siégeant sur Garuḍa, Il est adoré par les grands sages, à commencer par Sanaka, ainsi que par tous les dieux.

Verse 122

श्रीभूमिसहितं देवमुदयादित्यसन्निभम् । प्रातरुद्यत्सहस्रांशुमंडलोपमकुंडलम् ॥ १२२ ॥

Il faut adorer le Seigneur accompagné de Śrī (Lakṣmī) et de Bhū (la Déesse Terre), rayonnant comme le soleil levant ; ses boucles d’oreilles ressemblent à l’orbe du soleil du matin aux mille rayons.

Verse 123

सर्वलोकस्य रक्षार्थमनन्तं नित्यमेव हि । अभयं वरदं देवं प्रयच्छंतं मुदान्वितम् ॥ १२३ ॥

Vraiment, pour la sauvegarde de tous les mondes, qu’on contemple Ananta, l’Éternel, le Seigneur divin qui, dans la joie, accorde l’intrépidité et dispense des grâces.

Verse 124

एवं ध्यात्वा र्चयेत्पीठे वैष्णवे सुसमाहितः । आद्यावरणसंगैः स्याच्चक्रशंखगदासिभिः ॥ १२४ ॥

Après avoir ainsi médité, qu’on adore, l’esprit parfaitement recueilli, sur le pīṭha vaiṣṇava. Que le premier āvaraṇa soit assisté des emblèmes : disque, conque, massue et épée.

Verse 125

मुशलाढ्यधनुः पाशांकुशैः प्रोक्तं द्वितीयकम् । सनकादिकशाक्तेयव्यासनारदशौनकैः ॥ १२५ ॥

Le second est proclamé comme portant le pilon (muśala), l’arc, le lacet (pāśa) et l’aiguillon (aṅkuśa). Ainsi l’ont enseigné Sanaka et les autres sages, Śākteya, Vyāsa, Nārada et Śaunaka.

Verse 126

तृतीयं लोकपालैस्तु चतुर्थं परिकीर्तितम् । लक्षं जपो दशांशेन घृतेन हवनं स्मृतम् ॥ १२६ ॥

Le troisième est dit s’accomplir avec les Lokapālas, et le quatrième est décrit de même. Qu’on fasse un lakh (cent mille) de japa, et, pour le dixième de cela, un homa avec du ghee est prescrit.

Verse 127

एवं सिद्धे मनौ मंत्री प्रयोगानप्युपाचरेत् । श्रीवृक्षमूले देवेशं ध्यायन्वैरोगिणं स्मरन् ॥ १२७ ॥

Ainsi, lorsque le mantra est parvenu à la perfection, le pratiquant doit aussi en accomplir les applications. Méditant le Seigneur des dieux au pied du saint arbre Śrī, qu’il se souvienne de Lui comme de Celui qui ôte la maladie.

Verse 128

स्पृष्ट्वा जप्त्वायुतं साध्यं स्मृत्वा वा मनसा द्विज । रोगिणां रोगनिर्मुक्तिं कुर्यान्मंत्री तु मंडलात् ॥ १२८ ॥

Ô deux-fois-né, après avoir touché le malade et récité en japa le mantra prescrit dix mille fois —ou même en ne le remémorant qu’en l’esprit— le pratiquant du mantra, depuis le maṇḍala rituel, doit obtenir pour le souffrant la délivrance de la maladie.

Verse 129

कन्यार्थी जुहुयाल्लाजैर्बिल्वैश्चापि धनाप्तये । वस्त्रार्थी गन्धकुसुमैरारोग्याय तिलैर्हुनेत् ॥ १२९ ॥

Celui qui désire une jeune fille pour le mariage doit offrir du riz grillé dans le feu sacré; et pour obtenir la richesse, qu’il offre aussi des fruits de bilva. Celui qui souhaite des vêtements offrira des fleurs parfumées, et pour la santé l’oblation se fera avec des graines de sésame.

Verse 130

रविवारे जले स्थित्वा नाभिमात्रे जपेत्तु यः । अष्टोत्तरसहस्रं वै स ज्वरं नाशयेद् ध्रुवम् ॥ १३० ॥

Quiconque, un dimanche, se tient dans l’eau jusqu’au nombril et accomplit le japa en récitant mille huit fois, détruira assurément la fièvre.

Verse 131

विवाहार्थं जपेन्मासं शशिमण्डलमध्यगम् । ध्यात्वा कृष्णं लभेत्कन्यां वांछितां चापि नारद ॥ १३१ ॥

Ô Nārada, pour le mariage, qu’on répète ce mantra durant un mois, en contemplant le Seigneur assis au centre de l’orbe lunaire. En méditant sur Kṛṣṇa, on obtient la jeune fille désirée.

Verse 132

वसुदेवपदं प्रोच्य निगडच्छेदशब्दतः । वासुदेवाय वर्मास्त्रे स्वाहांतो मनुरीरितः ॥ १३२ ॥

Après avoir prononcé le mot « Vasudeva », issu de l’expression signifiant « celui qui tranche les entraves », on enseigne le mantra du ‘varmāstra’, l’arme-armure de protection : il est adressé à « Vāsudevāya » et s’achève par l’exclamation « svāhā ».

Verse 133

नारदोऽस्य ऋषिश्छन्दो गायत्री कृष्णदेवता । वर्म बीजं शिरः शक्तिरन्यत्सर्वं दशार्णवत् ॥ १३३ ॥

Pour ce mantra, Nārada est le ṛṣi (voyant), le mètre est Gāyatrī, et Śrī Kṛṣṇa en est la divinité présidante. Le bīja est « varma », la śakti est « śiraḥ », et tout le reste est tel qu’énoncé pour le mantra Daśārṇa (à dix syllabes).

Verse 134

बालः पवनदीर्घैदुयुक्तो झिंटीशयुर्जलम् । अत्रिर्व्यासाय हृदयं मनुरष्टाक्षरोऽवतु ॥ १३४ ॥

Que le mantra aux huit syllabes nous protège : le Seigneur à l’innocence d’un enfant, uni au long souffle du vent ; l’eau où repose la plante jhiṃṭī ; le ṛṣi Atri ; et le cœur offert à Vyāsa — que ce mantra de huit syllabes soit notre sauvegarde.

Verse 135

ब्राह्मानुष्टुप् मुनिश्छन्दो देवः सत्यवतीसुतः । आद्यं बीजं नमः शक्तिदीर्घाढ्यो नादिनांगकम् ॥ १३५ ॥

Le mètre est Brāhmānuṣṭubh, et le ṛṣi de ce mantra est le muni ; la divinité présidante est le fils de Satyavatī (Vyāsa). Le bīja est la syllabe primordiale ; la śakti s’exprime par « namaḥ », enrichi d’une voyelle longue, et son aṅga est relié au nāda (son mystique).

Verse 136

व्याख्यामुद्रिकया लसत्करतलं सद्योगपीठस्थितं वामे जानुतले दधानमपरं हस्तं सुविद्यानिधिम् । विप्रव्रातवृतं प्रसन्नमनसं पाथोरुहांगद्युतिं पाराशर्यमतीव पुण्यचरितं व्यासं स्मरेत्सिद्धये ॥ १३६ ॥

Pour obtenir l’accomplissement, qu’on médite sur Vyāsa, fils de Parāśara : sa paume resplendit du mudrā de l’exposé, et il siège sur l’excellent pīṭha du yoga ; son autre main repose sur le genou gauche, trésor de la vraie connaissance ; il est entouré de cohortes de brāhmaṇas ; l’esprit paisible et bienveillant ; rayonnant comme un lotus ; et ses actes sont d’une sainteté éminente.

Verse 137

जपेदष्टसहस्राणि पायसैर्होममाचरेत् । पूर्वोक्तपीठे व्यासस्य पूर्वमंगानि पूजयेत् ॥ १३७ ॥

Qu’on récite le japa huit mille fois et qu’on accomplisse un homa avec du pāyasa (riz au lait). Sur le pīṭha de Vyāsa décrit plus haut, qu’on vénère d’abord ses aṅgas préliminaires.

Verse 138

प्राच्यादिषु यजेत्पैलं वैशंपायनजैमिनी । सुमंप्तुं कोणभागेषु श्रीशुकं रोमहर्षणम् ॥ १३८ ॥

Dans l’Orient et dans les autres directions, qu’on accomplisse le culte avec Paila, ainsi qu’avec Vaiśampāyana et Jaimini. Dans les régions d’angle intermédiaires, qu’on vénère Sumantu, et de même Śrī Śuka et Romaharṣaṇa.

Verse 139

उग्रश्रवसमन्यांश्च मुनीन्सेंद्रादिकाययुधान् । एवं सिद्धमनुर्मंत्री कवित्वं शोभनाः प्रजाः ॥ १३९ ॥

Ainsi, par cet accomplissement, il se trouve pourvu de mantras rendus parfaits (siddha-mantra) ; il obtient l’éloquence et la puissance poétique, et gagne à lui des personnes d’excellence—avec des sages tels qu’Ugraśravas et d’autres, et même les troupes de guerriers conduites par Indra et ses semblables.

Verse 140

व्याख्यानशक्तिं कीर्तिं च लभते संपदां चयम् । नृसिंहो माधवो दृष्टो लोहितो निगमादिमः ॥ १४० ॥

Il obtient la puissance d’exposer et d’expliquer (vyākhyāna-śakti), la renommée et l’accumulation de la prospérité. Ainsi Nṛsiṃha—Mādhava est contemplé comme le Divin aux teintes rouges, source primordiale des Nigamas (les Veda).

Verse 141

कृशानुजाया पञ्चार्णो मनुर्विषहरः परः । अनंतपंक्तिपक्षीन्द्रा मुनिश्छन्दः सुरा मताः ॥ १४१ ॥

Pour la fille de Kṛśānu, on enseigne le mantra suprême de cinq syllabes (pañcārṇa), nommé « Viṣahara », le Dissipateur du poison. Son ṛṣi est Anantapaṅkti ; son mètre (chandas) est Pakṣīndrā ; et ses divinités présidantes sont tenues pour être les Suras (les dieux).

Verse 142

तारवह्निप्रिये बीजशक्ती मन्त्रस्य कीर्तिते । ज्वलज्वल महामंत्री स्वाहा हृदयमीरितम् ॥ १४२ ॥

« Tārā », « Vahni » et « Priyā » sont proclamés comme le bīja et la śakti de ce mantra. La formule du cœur (hṛdaya) est enseignée ainsi : « Jvala jvala, ô grande puissance du mantra, svāhā ».

Verse 143

गरुडेति पदस्यांते चूडाननशुचिप्रिया । शिरोमन्त्रो गरुडतः शिखे स्वाहा शिखा मनुः ॥ १४३ ॥

À la fin de la formule, ajoute le mot « garuḍa ». Le mantra « cūḍānana-śuci-priyā » doit être placé sur la tête comme mantra de la tête. À partir de « garuḍa »—jusqu’à « svāhā »—se trouve le mantra de la śikhā, à appliquer sur la touffe (śikhā) lors du nyāsa.

Verse 144

गरुडेति पदं प्रोच्य प्रभंजययुगं वदेत् । प्रभेदययुगं पश्चाद्वित्रासय विमर्दय ॥ १४४ ॥

Après avoir prononcé le mot « Garuḍa », récite deux fois « prabhaṃjaya » ; ensuite, deux fois « prabhedaya », puis (dis) « vitrāsaya » et « vimardaya ».

Verse 145

प्रत्येकं द्विस्ततः स्वाहा कवचस्य मनुर्मतः । उग्ररूपधरांते तु सर्वविषहरेति च ॥ १४५ ॥

Pour chaque formule, il est prescrit de réciter deux cents fois le mantra du kavaca protecteur, en le concluant par « svāhā ». Et à la fin du mantra adressé à la Divinité au visage farouche, ajoute : « sarva-viṣa-harā » (« celle qui ôte tous les poisons »).

Verse 146

भीषयद्वितयं प्रोच्य सर्वं दहदहेति च । भस्मीकुरु ततः स्वाहा नेत्रमन्त्रोऽयमीरितः ॥ १४६ ॥

Après avoir prononcé les deux mots commençant par « bhīṣaya » (pour terrifier), dis aussi : « Brûle, brûle tout ! » ; puis : « Réduis en cendres », et enfin « svāhā ». Tel est proclamé le Netra-mantra.

Verse 147

अप्रतिहतवर्णांते बलाय प्रहतेति च । शासनांते तथा हुं फट् स्वाहास्त्रमनुरीरितः ॥ १४७ ॥

À la fin des syllabes du mantra, ajoute « apratihata » (« sans entrave »), ainsi que « balāya » (« pour la force ») et « prahata » (« frappe ! »). À la fin de l’injonction, prononce aussi « huṃ », « phaṭ » et « svāhā » : tel est proclamé l’astramantra, le mantra-arme.

Verse 148

पादे कटौ हृदि मुखे मूर्ध्निं वर्णान्प्रविन्यसेत् ॥ १४८ ॥

Qu’on place avec soin (nyāsa) les syllabes sur les pieds, la taille, le cœur, la bouche et le sommet de la tête.

Verse 149

तप्तस्वर्णनिभं फणींद्रनिकरैःक्लृप्तांग भूषंप्रभुं स्तर्तॄणां शमयन्तमुग्रमखिलं नॄणां विषं तत्क्षणात् । चंच्वग्रप्रचलद्भुजंगमभयं पाण्योर्वरं बिभ्रतं पक्षोच्चारितसामगीतममलं श्रीपक्षिराजं भजे ॥ १४९ ॥

J’adore Śrī Pakṣirāja Garuḍa, le glorieux Roi des Oiseaux : le Seigneur dont le corps brille comme l’or chauffé, paré de multitudes de rois-serpents en guise d’ornements ; qui, en un instant, apaise et détruit le poison terrible qui tourmente tous les hommes ; qui, de ses deux mains, tient le don d’intrépidité face aux serpents ondoyants ; et dont le chant sans tache est la mélodie du Sāma proférée par ses ailes.

Verse 150

पञ्चलक्षं जपेन्मंत्रं दशांशं जुहुयात्तिलैः । पूजयेन्मातृकापीठे गरुडं वेदविग्रहम् ॥ १५० ॥

Qu’on récite le mantra cinq cent mille fois ; puis qu’on offre au feu, avec des graines de sésame, le dixième de ce nombre en oblation. Qu’on adore Garuḍa—dont la forme même est le Veda—au siège de Mātṛkā (Mātṛkā-pīṭha).

Verse 151

चतुर्थ्यन्तः पक्षिराजः स्वाहा पीठमनुः स्मृतः । दृष्ट्वांगं कर्णिकामध्ये नागान्यंत्रेषु पूजयेत् ॥ १५१ ॥

On dit que le pīṭha-mantra est : « Pakṣirājāya » (au datif, quatrième cas), suivi de « svāhā ». Après avoir visualisé l’aṅga au milieu du karṇikā (le cœur du lotus), qu’on adore les Nāgas dans les yantras.

Verse 152

तद्बिहिर्लोकपालांश्च वज्राद्यैर्विलसत्करान् । एवं सिद्धमनुर्मंत्री नाशयेद्गरलद्वयम् । देहांते लभते चापिश्रीविष्णोः परमं पदम् ॥ १५२ ॥

Par ces mantras et ces rites, le pratiquant doit aussi honorer les Lokapālas, dont les mains resplendissent du vajra et d’autres armes. Ainsi, lorsque le manu est accompli, l’adepte détruit le double poison ; et, à la fin du corps (à la mort), il atteint aussi la demeure suprême de Śrī Viṣṇu.

Verse 153

इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणे पूर्वभागे बृहदुपाख्याने तृतीयपादे कृष्णादिमन्त्रभेदनिरूपणं नामैकाशीतितमोऽध्यायः ॥ ८१ ॥

Ainsi s’achève le quatre-vingt-unième chapitre, intitulé « Exposé de la classification des mantras de Kṛṣṇa et des mantras apparentés », dans la Pūrva-bhāga du Śrī Bṛhannāradīya Purāṇa, au sein du Grand Récit (Bṛhad-upākhyāna), dans la Troisième Section (Tṛtīya-pāda).

Frequently Asked Questions

The chapter repeatedly prescribes homa at one-tenth of the japa count, reflecting a standard tantric-purāṇic siddhi protocol: japa stabilizes mantra-śakti internally, while homa externalizes and seals the mantra’s efficacy through Agni, making the practice ritually complete (pūrṇatā) for viniyoga (practical application).

Beyond praise and theology, it provides a reference-style grid—mantra syllable-classes, ṛṣi/chandas/devatā, bīja/śakti, nyāsa construction by coded letter-groups, precise japa totals, homa substances, pīṭha layouts, āvaraṇa deities (Lokapālas, weapons), and specialized outcomes (sons, eloquence, fever, poison)—typical of a technical compendium.

Sanatkumāra is the principal teacher and Nārada the recipient; this preserves the Nāradiya Purāṇa’s characteristic Sanakādi-to-Nārada transmission model for mantra-vidhi sections.