
Le chapitre s’ouvre sur la promesse de Nārada d’exposer à Arjuna le māhātmya du tīrtha Barbarī/Barbaree, en présentant Barbarikā—également appelée Kumārī—et en affirmant que le Kaumārikākhaṇḍa procure les quatre buts de l’existence. Arjuna demande un récit détaillé de l’histoire de Kumārī et, plus largement, l’origine du cosmos, la différenciation karmique des êtres et la constitution de Bhārata-khaṇḍa. Nārada répond par une cosmogonie technique : depuis l’inmanifesté (avyakta) et la paire de principes pradhāna et puruṣa, surgissent mahat, puis ahaṅkāra selon trois modalités des guṇa, suivis des tanmātra, des bhūta, des onze indriya incluant manas, et de l’ensemble des vingt-quatre tattva. Le propos se tourne ensuite vers la cosmographie : le brahmāṇḍa comme un œuf cosmique semblable à une bulle, l’habitation en trois niveaux—devas au-dessus, humains au milieu, nāgas/daityas au-dessous—et les sept dvīpa entourés d’océans de substances diverses. Sont décrites les mesures du mont Meru, ses montagnes directionnelles, forêts et lacs associés, les chaînes frontières, ainsi que les divisions en varṣa de Jambūdvīpa, avec l’explication du nom Bhārata tiré de Bharata (descendant de Ṛṣabha, fils de Nābhi). Le chapitre évoque encore les autres dvīpa—Śāka, Kuśa, Krauñca, Śālmali, Gomeda, Puṣkara—leurs souverains, leurs régions et des formes de dévotion (japa/stuti) envers Vāyu, Jātavedas/Agni, Āpaḥ, Soma, Sūrya, et la contemplation de Brahman, avant de passer à l’agencement des mondes supérieurs.
Verse 1
श्रीनारद उवाच । बर्बरीतीर्थमाहात्म्यमथो वक्ष्यामि तेऽर्जुन । यथा बर्बरिका जाता शतश्रृंगा नृपात्मजा
Śrī Nārada dit : Maintenant, ô Arjuna, je vais te dire la grandeur du Tīrtha de Barbarī : comment naquit Barbarikā, fille du roi Śataśṛṅga.
Verse 2
कुमारिकेति विख्याता तस्या नाम्ना प्रकथ्यते । इदं कौमारिकाखंडं चतुर्वर्गफलप्रदम्
Elle devint célèbre sous le nom de « Kumārikā », et c’est de son nom même que cette section est ainsi appelée. Ce Kaumārikā Khaṇḍa confère les fruits des quatre buts de l’existence.
Verse 3
यया कृता पृथिव्यां च नानाग्रामादिकल्पना । इदं भरतखंडं च यया सम्यक्प्रकल्पितम्
Par elle, sur la terre, furent établis divers agencements, tels que villages et établissements; et par elle aussi ce Bhārata-khaṇḍa fut dûment façonné et mis en ordre.
Verse 4
धनंजय उवाच । महदेतन्ममाश्चर्यं श्रोतव्यं परमं मुने । कुमारीचरितं सर्वं ब्रूहि मह्यं सविस्तरम्
Dhanaṃjaya dit : Voilà pour moi une grande merveille, ô sage, éminemment digne d’être entendue. Raconte-moi en détail toute l’histoire sacrée de la Jeune Fille (Kumārī) et de ses actes.
Verse 5
कथं विश्वमिदं जातं कर्मजातिप्रकल्पितम् । कथं वा भारतं खंडं शुश्रूषेय सदा मम
«Comment cet univers est-il venu à l’existence—ce monde ordonné selon le karma et les diverses conditions de naissance ? Et comment se fait-il que la région nommée Bhārata-khaṇḍa doive être, par moi, servie et vénérée à jamais ?»
Verse 6
नारद उवाच । अव्यक्तोऽस्मिन्निरालोके प्रधानपुरुषावुभौ । अजौ समागतावेकौ केवलं श्रृणुमो वयम्
Nārada dit : «Dans cet état non manifesté et sans lumière, Pradhāna (la Nature primordiale) et Puruṣa (l’Esprit conscient) étaient tous deux présents—non nés et réunis comme un. Écoutez de nous ce récit tel qu’il est.»
Verse 7
ततः स्वभावकालाभ्यां स्वरूपाभ्यां समीरितम् । ईक्षणेनैव प्रकृतेर्महत्तत्त्वमजायत
«Alors, mise en mouvement par sa nature propre et par le Temps—tous deux opérant selon leurs formes légitimes—par le seul “regard” (la conscience intentionnelle), de Prakṛti naquit le principe de Mahat, l’intelligence cosmique.»
Verse 8
महत्तत्त्वाद्विकुर्वाणादहंतत्त्वं व्यजायत । त्रिधा तन्मुनिभिः प्रोक्तं सत्त्वरासतामसम्
«Du Mahat, lorsqu’il se transforma, naquit l’Ahaṃtattva, le principe de la “moi-té”. Les sages déclarent qu’il est triple : sāttvika, rājasa et tāmasa.»
Verse 9
तामसात्पंच जातानि तन्मात्राणि वुदुर्बुधाः । तन्मात्रेभ्यश्च भूतानि वेशेषाः पंच तद्भवाः
«De l’aspect tāmasa, les sages savent que furent produits les cinq tanmātras, les éléments subtils. Et de ces tanmātras naquirent les cinq bhūtas différenciés, les éléments grossiers, comme leurs effets.»
Verse 10
सात्त्विकाच्चाप्यहंकाराद्विद्वि कर्मेद्रियाणि च । एकादशं मनश्चैव राजसं च द्वयोर्विदुः
De l’ahamkāra dans son aspect sāttvique, dit-on, naissent les facultés des sens et les organes de l’action; et, comme onzième, se tient le mental. Le facteur rājasa est connu comme ce qui met les deux en activité.
Verse 11
चतुर्विशतितत्त्वानि जातानीति पुरा विदुः । सदाशिवेन वै पुंसा तानि दृष्टानि भारत
Ainsi, selon l’enseignement ancien, on sait que les vingt-quatre principes (tattva) sont advenus. Ceux-ci furent contemplés par la Personne qu’est Sadāśiva, ô Bhārata.
Verse 12
बुद्बुदाकारतां जग्मुरंडं जातं ततः शुभम् । शकतोटिप्रमाणं च ब्रह्मांडमिदमुच्यते
Ils prirent la forme d’une bulle; puis advint l’« œuf » (aṇḍa) de bon augure. On l’appelle le Brahmāṇḍa, vaste au-delà du dénombrement, immense comme d’innombrables charretées.
Verse 13
आत्मास्य कथितो ब्रह्मा व्यभजत्स त्रिधा त्विदम् । ऊर्ध्वं तत्र स्थिता देवा मध्ये चैव च मानवाः
Brahmā—dit être l’ātman, le principe animant de ceci—divisa ensuite ce cosmos en trois parts. En haut furent établis les dieux; et au milieu, assurément, les humains.
Verse 14
नागा दैत्याश्च पाताले त्रिधैतत्परिकल्पितम् । ऐकैकं सप्तधाभूय ततस्तेन प्रकल्पितम्
Dans Pātāla, le monde inférieur, demeurent les Nāgas et les Daityas; ce domaine est conçu comme triple. Puis chacune de ces divisions devient septuple : ainsi fut l’ordonnance établie.
Verse 15
पातालानि च द्वीपानि स्वर्लोकाः सप्तसप्त च । सप्त द्वीपानि वक्ष्यामि श्रृणु तेषां प्रकल्पनाम्
Il existe sept régions souterraines (Pātāla), sept continents (dvīpa) et, de même, sept mondes célestes. À présent, je décrirai les sept dvīpas : écoutez leur ordonnance.
Verse 16
लक्षयोजनविस्तारं जंबूद्वीपं प्रकीर्त्यते । सूर्यबिंबसमाकारं तावत्क्षारार्णवावृतम्
On dit que Jambūdvīpa s’étend sur cent mille yojanas. Ayant la forme du disque solaire, il est ceint, à la même mesure, par l’océan de sel.
Verse 17
शाकद्वीपं द्विगुणतो जंबूद्वीपात्ततः परम् । तावता क्षीरतोयेन समुद्रेण परीवृतम्
Au-delà de Jambūdvīpa se trouve Śākadvīpa, deux fois plus vaste ; et, à la même mesure, il est entouré par un océan de lait.
Verse 18
सुरातोयेन दैत्यानां मोहकार्यर्णवेन हि । पुष्करं तु ततो द्वीपं द्विगुणं तावता वृतम्
Vient ensuite Puṣkaradvīpa, deux fois plus grand (que le précédent). Il est clos, à la même mesure, par un océan de surā (liqueur enivrante), océan qui engendre l’illusion chez les Daityas.
Verse 19
कुशद्वीपं द्विगुणतस्ततस्तत्परतः स्मृतम् । दधितोयेन परितस्तावदर्णवसंवृतम्
Au-delà, on se souvient de Kuśadvīpa, deux fois plus vaste ; et de toutes parts il est ceint, à la même mesure, par un océan de caillé (dadhi).
Verse 20
ततः परं क्रौञ्चसंज्ञं द्विगुणं हि घृताब्धिना । ततः शाल्मलिद्वीपं च द्विगुणं तावतैव च
Au-delà se trouve le continent nommé Krauñca, de mesure double, entouré d’un océan de ghee (beurre clarifié). Ensuite vient Śālmalidvīpa, lui aussi deux fois plus vaste, de la même manière.
Verse 21
इक्षुसारस्वरूपेण समुद्रेण परिवृतम् । गोमेदं तस्य परितो द्विगुणं तावता वृतम्
Il est entouré d’un océan dont la nature est l’essence du jus de canne à sucre. Tout autour se trouve Gomeda-dvīpa, deux fois plus vaste, ceint à la même mesure.
Verse 22
स्वादुतोयेन रम्येण समुद्रेण समंततः । एवं कोटिद्वयं पार्थ लक्षपंचाशतत्रयम्
De tous côtés, il est enveloppé par un océan charmant d’eaux douces. Ainsi, ô Pārtha, la mesure totale est de deux koṭis et de trois fois cinquante lakṣas.
Verse 23
पंचाशच्च सहस्राणि सप्तद्वीपाः ससागराः । दशोत्तराणि पंचैव अंगुलानां शतानि च
Les sept continents, avec leurs océans, totalisent cinquante mille (en mesure). Et, dans un calcul plus subtil, il y a encore cinq cents aṅgulas, plus dix.
Verse 24
अपां वृद्धिक्षयो दृष्टः पक्षयोः शुक्लकृष्णयोः । ततो हेममयी भूमिर्दशकोट्यः कुरूद्वह
La croissance et la décroissance des eaux s’observent durant les quinzaines claire et sombre. Au-delà s’étend une contrée de terre d’or, longue de dix koṭis, ô taureau parmi les Kurus.
Verse 25
देवानां क्रीडनस्थानं लोकालोकस्ततः परम् । पर्वतो वलयाकारो योजनायुतविस्तृतः
Au-delà se trouve Lokāloka, tenu pour le lieu de jeu des devas ; une chaîne de montagnes en forme d’anneau, étendue sur dix mille yojanas.
Verse 26
अस्य बाह्ये तमो घोरं दुष्प्रेक्ष्यं जीववर्जितम् । पंचत्रिंशत्स्मृताः कोट्यो लक्षाण्येकोनविंशतिः
Au-dehors s’étend une ténèbre effroyable, difficile à soutenir du regard et dépourvue d’êtres vivants. Son étendue est mémorisée comme trente-cinq koṭis et dix-neuf lakṣas.
Verse 27
चत्वारिंशत्सहस्राणि योजनानां च फाल्गुन । सप्तसागरमानस्तु गर्भोदस्तदनंतरम्
Cela mesure quarante mille yojanas, ô Phālguna. Aussitôt au-delà se trouve l’océan Garbhoda, dont la mesure égale celle des sept mers.
Verse 28
कोटियोजनविस्तारः कटाहऋ संव्यवस्थितः । ब्रह्मणोंऽडं कटाहेन संयुक्तं मेरुमध्यतः
Là se tient un vaste « chaudron » (enceinte), s’étendant sur un koṭi de yojanas. Dans ce chaudron est contenu l’Œuf de Brahmā (Brahmāṇḍa), avec le mont Meru dressé en son centre.
Verse 29
पंचाशत्कोटयो ज्ञेया दशदिक्षु समंततः । जंबुद्वीपस्य मध्ये तु मेरुनामास्ति पर्वतः
Il faut comprendre qu’il s’étend sur cinquante koṭis en toutes directions, dans les dix quartiers. Et au milieu de Jambūdvīpa se dresse la montagne nommée Meru.
Verse 30
स लक्षयोजनो ज्ञेयो ह्यधश्चोर्ध्वं प्रमाणतः । षोडशैव सहस्राणि योजनानामधः स्थितः
Le mont Meru doit être connu comme mesurant un lakh de yojanas, au-dessous comme au-dessus, selon la juste mesure. De cette étendue, seize mille yojanas se trouvent au-dessous du niveau de la terre.
Verse 31
उच्छ्रयश्चतुराशीतिर्द्वात्रिंशन्मूर्ध्नि विस्तृतः । त्रिभिः शृंगैः समायुक्तः शरावाकृतिमस्तकः
Son élévation est de quatre-vingt-quatre mille yojanas, et au sommet il s’étend sur trente-deux mille. Il est pourvu de trois pics, et sa tête a la forme d’un plat peu profond.
Verse 32
मध्यशृंगे ब्रह्मवास ऐशान्यां त्र्यंबकस्य च । नैरृत्ये वासुदेवस्य हेमशृंगं च ब्रह्मणः
Sur le pic central se trouve la demeure de Brahmā ; sur celui du nord-est, celle de Tryambaka (Śiva). Sur le pic du sud-ouest est la demeure de Vāsudeva, et il existe aussi un pic d’or associé à Brahmā.
Verse 33
रत्नजं शंकरस्यापि राजतं केशवस्य च । मेरुदिक्षु चतसृषु विष्कंभा गिरयः स्मृताः
Il existe aussi un pic fait de joyaux pour Śaṅkara et un pic d’argent pour Keśava. Dans les quatre directions de Meru, on se souvient des montagnes de soutien (viṣkambhas).
Verse 34
पूर्वेण मंदरो नामदक्षिणे गंधमादनः । विपुलः पश्चिमो ज्ञेयः सुपार्श्वस्तु तथोत्तरे
À l’est se trouve la montagne nommée Mandara ; au sud, Gandhamādana. Sachez que Vipula est à l’ouest, et de même Supārśva au nord.
Verse 35
कदंबो मंदरे ज्ञेयोजंबुर्वै गंधमादने । अश्वत्थो विपुले चैव सुपार्श्वेच वटोमतः
Sur le mont Mandara, sache que se tient l’arbre Kadamba ; sur le Gandhamādana, certes, l’arbre Jambu. Sur Vipula se dresse l’Aśvattha, et sur Supārśva l’on tient pour présent le Vaṭa, le banyan sacré.
Verse 36
एकादशशतायामाश्चत्वारो गिरिकेतवः । एतेषां संति चत्वारि वनानि जयमूर्धसु
Ces quatre sommets, tels des étendards de la montagne, s’étendent sur mille cent yojanas. Sur leurs cimes hautes se trouvent quatre forêts.
Verse 37
पूर्वं चैत्ररथं नामदक्षिणे गंधमादनम् । वैभ्राजंपश्चिमे ज्ञेयमुदक्चित्ररथं वनम्
À l’est se trouve la forêt nommée Caitraratha ; au sud, Gandhamādana. Sache que Vaibhrāja est à l’ouest, et au nord la forêt appelée Citraratha.
Verse 38
सरांसि चापि चत्वारि चतुर्दिक्षु निबोध मे । प्राच्येऽरुणोदसंज्ञं तु मानसं दक्षिणे सरः
Sache encore qu’il est quatre lacs aux quatre directions. À l’est se trouve celui nommé Aruṇoda ; au sud, le lac Mānasa.
Verse 39
प्रत्यक्छीतो दकंनाम उत्तरे च महाह्रदः । विष्कंभगिरयो ह्येत उच्छ्रिताः पंचविंशतिः
À l’ouest se trouve le lac nommé Śīta ; et aussi celui appelé Daka ; et au nord, le grand lac Mahāhrada. Tels sont les monts Viṣkambha, s’élevant à vingt-cinq yojanas.
Verse 40
योजनानां सहस्राणि सहस्रं पिंडतः स्मृतम् । अन्ये च संति बहुशस्तत्र वै केसराचलाः
Sa masse est tenue en mémoire comme mille milliers de yojanas. Et là se trouvent aussi bien d’autres montagnes, en vérité, nommées Kesarācala.
Verse 41
मेरोर्दक्षिणतश्चैव त्रयो मर्यादपर्वताः । निषधो हेमकूटश्च हिमवानिति ते त्रयः
Au sud du Meru se tiennent trois montagnes-frontières : Niṣadha, Hemakūṭa et Himavān—telles sont les trois.
Verse 42
लक्षयोजनदीर्घाश्च विस्तीर्णा द्विसहस्रकम् । त्रयश्चोत्तरतो मेरोर्नीलः श्वेतोऽथ श्रृंगवान्
Ces montagnes ont cent mille yojanas de longueur et deux mille de largeur. Et au nord du Meru se dressent trois monts : Nīla, Śveta et Śṛṅgavān.
Verse 43
माल्यवान्पूर्वतो मेरोर्गंधाख्यः पश्चिमे तथा । इत्येते गिरयः प्रोक्ता जंबुद्वीपे समंततः
À l’est du Meru se tient Mālyavān, et de même à l’ouest se dresse la montagne nommée Gandha. Ainsi est-il proclamé que ces monts entourent de toutes parts le Jambūdvīpa.
Verse 44
गंधमादनसंस्थाया महागजप्रमाणतः । फलानि जंबवास्तन्नाम्ना जंबूद्वीपमिति स्मृतम्
Du jambu qui se dresse sur le Gandhamādana—dont les fruits sont grands comme de puissants éléphants—cette contrée est rappelée par ce nom même : Jambūdvīpa.
Verse 45
आसीत्स्वायंभुवोनाम मनुराद्यः प्रजापतिः । आसीत्स्त्री शतरूपा तामुदुवोढ प्रजापतिः । प्रियव्रतोत्तानपादौ तस्याऽस्तां तनयावुभौ
Il y eut le Prajāpati primordial nommé Svāyambhuva Manu, le premier des Manu. Son épouse était Śatarūpā, que le Prajāpati prit en mariage. D’eux naquirent deux fils : Priyavrata et Uttānapāda.
Verse 46
ध्रुवश्चोत्तानपादस्य पुत्रः परमधार्मिकः । भक्त्या स विष्णुमाराध्य स्थानं चैवाक्षयं गतः
Dhruva, fils d’Uttānapāda, était d’une droiture suprême. Par la dévotion, il adora Viṣṇu et atteignit une demeure impérissable.
Verse 47
प्रियव्रतस्य राजर्षेरुत्पन्ना दश सूनवः । त्रयः प्रव्रजितास्तत्र परंब्रह्म समाश्रिताः
Au roi-sage Priyavrata naquirent dix fils. Parmi eux, trois renoncèrent au monde et prirent refuge dans le Brahman suprême.
Verse 48
सप्त सप्तसु द्वीपेषु तेन पुत्राः प्रतिष्ठिताः । जंबूद्वीपाधिपो ज्येष्ठ आग्नीध्र इति विश्रुतः
Il établit ses fils comme souverains dans les sept îles (dvīpa). L’aîné, renommé Āgnīdhra, devint le seigneur de Jambūdvīpa.
Verse 49
तस्यासन्नव सुताः पार्थ नववर्षेश्वराः स्मृताः । तेषां नाम्ना च ते वर्षास्तिष्ठंत्यद्यापि चांकिताः
Ô Pārtha, il eut neuf fils, tenus pour les seigneurs des neuf varṣa (régions). Aujourd’hui encore, ces varṣa demeurent marqués de leurs noms.
Verse 50
योजनानां सहस्राणि नव प्रत्येकशः स्मृताः । मेरोश्चतुर्दशं खंडं गंधमाल्यवतोर्द्वयोः
On se souvient que chaque (portion) s’étend sur neuf mille yojanas. Quant au mont Meru, sa division en quatorze parts est décrite en relation avec les chaînes de Gandhamādana et de Mālyavat.
Verse 51
अंतरे हेमभूमिष्ठमिलावृतमिहोच्यते । माल्यवत्सागरांतस्य भद्राश्वमिति प्रोच्यते
Au milieu se trouve Ilāvṛta, établie sur la terre d’or. Et la contrée bordée par l’océan près de Mālyavat est appelée Bhadrāśva.
Verse 52
गंधवत्सागरांतस्य केतुमालमिति स्मृतम्
La contrée qui s’étend jusqu’à l’océan près de Gandhavata est tenue en mémoire sous le nom de Ketumāla.
Verse 53
श्रृंगवज्जलधेरंतः कुरुखंडमिति स्मृतम् । श्रृंगवच्छ्वेतमध्ये च खण्डं प्रोक्तं हिरण्मयम्
Dans l’océan près de Śṛṅgavat, on se souvient de la division appelée Kuru-khaṇḍa. Et entre Śṛṅgavat et Śveta est proclamée la division nommée Hiraṇmaya.
Verse 54
सुनीलश्वेतयोर्मध्ये खंडमाहुश्च रम्यकम् । निषधो हेमकूटश्च हरिखंडं तदंतरा
Entre les monts Sunīla et Śveta se trouve la contrée délicieuse nommée Ramyaka. Et entre les chaînes de Niṣadha et de Hemakūṭa, on dit qu’est la terre connue sous le nom de Harikhaṇḍa.
Verse 55
हिमवद्धिमकूटांतः खण्डं किंपुरुषं स्मृतम् । हिमाद्रिजलधेरन्तर्नाभि खण्डमिति स्मृतम्
Du Himavat jusqu’à l’Hemakūṭa, cette contrée est tenue en mémoire comme Kimpuruṣa. Et l’étendue entre la chaîne de l’Himālaya et l’océan est rappelée comme le territoire nommé Nābhikhaṇḍa.
Verse 56
नाभिखण्डं च कुरवो द्वे वर्षे धनुपाकृती । हिमवांश्च गिरिश्रृंगी ज्यास्थाने परिकीर्तितौ
Nābhikhaṇḍa et Kuru sont deux varṣas ayant la forme d’un arc. Himavān et Giriśṛṅgī sont proclamés se tenir à la place de la corde de l’arc.
Verse 57
नाभेः पुत्रश्च ऋषभ ऋषभाद्बरतोऽभवत् । तस्य नाम्ना त्विदं वर्षं भारतं चेति कीर्त्यते
Le fils de Nābhi fut Ṛṣabha ; de Ṛṣabha naquit Bharata. Par son propre nom, cette contrée est célébrée comme Bhārata.
Verse 58
अत्र धर्मार्थकामानां मोक्षस्य च उपार्जनम् । अन्यत्र भोगभूमिश्च सर्वत्र कुरुनंदन
Ici se cultivent les accomplissements du dharma, de l’artha, du kāma, et aussi du mokṣa. Ailleurs, ce ne sont le plus souvent que des terres de jouissance seule—partout, ô joie des Kurus.
Verse 59
शाकद्वीपे च शाकोऽस्ति योजनानां सहस्रकः । तस्य नाम्ना च तद्वर्षं शाकद्वीपमिति स्मृतम्
Dans Śākadvīpa se dresse un arbre śāka s’étendant sur mille yojanas. Par le nom de cet arbre, cette région est rappelée comme Śākadvīpa.
Verse 60
तस्य च प्रियव्रत एवाधिपतिर्नाम्ना मेधातिथिरिति
Et le souverain de ce pays est Priyavrata, connu sous le nom de Medhātithi.
Verse 61
तस्य पुरोजवमनोजववेपमानधूम्रानीकचित्ररेफबहुरूपविश्वचारसंज्ञानि पुत्रनामानि सप्त वर्षाणि
Les noms de ses fils — Purojava, Manojava, Vepamāna, Dhūmrānīka, Citrarepha, Bahurūpa et Viśvacāra — sont aussi ceux des sept régions (varṣas).
Verse 62
शाकद्वीपे च वर्ष ऋतव्रतसत्यव्रतानुव्रतनामानो वाय्यवात्कमं भगवंतं जपंति
Et dans Śākadvīpa, dans les régions nommées Ṛtavrata, Satyavrata et Anuvrata, ils adorent, par le japa, le Seigneur Bienheureux Vāyyavātkama.
Verse 63
अंतः प्रविश्य भूतानि यो विभज्यात्मकेतुभिः । अंतर्यामीश्वरः साक्षात्पातु नो यद्वशे जगत्
Que le Seigneur — l’Antaryāmin, le Souverain intérieur manifesté — nous protège : Lui qui pénètre tous les êtres et les distingue par les signes du Soi, et sous la domination duquel demeure l’univers entier.
Verse 64
इति जपः । कुशद्वीपे कुशस्तंबो योजनानां सहस्रकः । तच्चिह्नचिह्नितं तस्मात्कुशद्वीपं ततः स्मृतम्
Ainsi est la récitation du mantra. Dans Kuśadvīpa se trouve un fourré d’herbe kuśa s’étendant sur mille yojanas ; marqué par ce signe distinctif, il est donc mémorisé sous le nom de « Kuśadvīpa ».
Verse 65
तद्द्वीपपतिश्च प्रैयव्रतो हिरण्यरोमा तत्पुत्रवसुवसुदानदृढकविनाभिगुप्तसत्यव्रतवामदेवनामांकितानि सप्त वर्षाणि । वर्णाश्च कुलिशकोविदाभियुक्तकुलकसंज्ञा जातवेदसं भगवंतं स्तुवंति
Le souverain de cette île est le roi praiyavrata Hiraṇyaromā. On y compte sept varṣas portant les noms de ses fils : Vasu, Vasudāna, Dṛḍha, Kavi, Nābhi, Gupta, Satyavrata et Vāmadeva. Les ordres sociaux—Kuliśa, Kovida, Abhiyukta et Kulaka—y célèbrent par des louanges le Bienheureux Seigneur Jātavedas (Agni).
Verse 66
परस्य ब्रह्णः साक्षाज्जातवेदासि हव्यवाट् । देवानां पुरुषांगानां यज्ञेन पुरुषं यजः
Tu es Jātavedas (Agni), présence manifeste du Brahman suprême, porteur et consommateur des offrandes. Par le sacrifice (yajña) tu adores le Puruṣa, la Personne cosmique, et toi-même tu es un membre du corps universel des dieux.
Verse 67
इति स्तुतिः । क्रौंचद्वीपे क्रौंचनामा पर्वतो योजनायतः । योऽसौ गुहेन निर्भिन्नस्तच्चिह्नं क्रौंचद्वीपकम्
Ainsi s’achève l’hymne. Dans Krauñcadvīpa se dresse une montagne nommée Krauñca, longue d’une yojana. Cette montagne, fendue par Guha (Skanda), est le signe distinctif par lequel Krauñcadvīpa est reconnue.
Verse 68
तत्र च प्रैयव्रतो घृतपृष्टिनामा तत्पुत्राममधुरुहमेघपृष्ठस्वदामऋताश्वलोहितार्णववनस्पतिइतिसप्तपुत्रनामांकितानि सप्त वर्षाणि
Là, le souverain praiyavrata se nomme Ghṛtapṛṣṭha. Les sept régions (varṣas) portent les noms de ses sept fils : Mamadhuruha, Meghapṛṣṭha, Svadāma, Ṛtāśva, Lohitārṇava, Vanaspati, et une autre encore pour compléter le nombre de sept.
Verse 69
वर्णाश्च गुरुऋषभद्रविणदेवकसंज्ञाः
Et les ordres sociaux y sont désignés comme Guru, Ṛṣabha, Draviṇa et Devaka.
Verse 70
आपोमयं भगवंतं स्तुवंति
Ils louent le Seigneur Bienheureux, dont la nature est l’eau.
Verse 71
आपः पुरुषवीर्याश्च पुनंतीर्भूर्भूवःस्वश्च । तैः पुनरमीवघ्नाःसंस्पृशेतात्मना भुवः
Les eaux, investies de la puissance du Puruṣa, purifient Bhūḥ, Bhuvaḥ et Svaḥ. En les touchant de nouveau, on devient destructeur des maladies et, par son propre être, on sanctifie les mondes.
Verse 72
इति जपः । शाल्मलेर्नाम वृक्षस्य तत्रवासः सहस्रं योजनानां तच्चिह्नं शाल्मलिद्विपमुच्यते
Ainsi se fait la récitation du mantra. Là, l’arbre nommé Śālmali s’étend sur mille yojanas ; marqué de ce signe, on l’appelle Śālmalidvīpa.
Verse 73
तस्याधिपतिः प्रैयव्रतो यज्ञबाहुस्तत्पुत्रसुरोचनसौमनस्यरमणकदेवबर्हिपारिभद्राप्यायनाभिज्ञाननामानि सप्तवर्षाणि
Son souverain est le roi Praiyavrata, Yajñabāhu. Les sept varṣas portent les noms de ses fils : Surocana, Saumanasya, Ramaṇaka, Deva, Barhi, Pāribhadra, Āpyāyana et Abhijñāna.
Verse 74
वर्णाश्च श्रुतधरवीर्यवसुंधरैषंधरसंज्ञा भगवंतं सोमं यजंति
Et les varṇas nommées Śrutadhara, Vīrya, Vasuṃdharā et Eṣaṃdhara rendent un culte au Seigneur Bienheureux Soma.
Verse 75
स्वयोनिः पितृदेवेभ्यो विभजञ्छुक्लकृष्णयोः । अधः प्रजानां सर्वासां राजा नः सोमोस्तु
Soma, né de lui-même, qui répartit sa course en quinzaine claire et quinzaine sombre pour les Pitṛ et pour les Devas—que Soma soit notre roi sur toutes les créatures d’ici-bas.
Verse 76
इति जपः गोमेदनामा प्लक्षोस्ति सुरम्यो यस्य च्छायया । मोदोवृद्धिं गतं लौल्याद्गोमेदं द्वीपमुच्यते
«Ainsi est le japa (la récitation).» Il est un plaisant arbre plakṣa nommé Gomeda ; sous son ombre, la joie s’accroît par un tendre ravissement—c’est pourquoi cette île est appelée Gomeda-dvīpa.
Verse 77
तत्र प्रैयव्रत इध्मजिह्वः पतिस्तत्पुत्रसिवसुरम्यसुभद्र शांत्यशप्तमृताभयनामांकितानि सप्त वर्षाणि
Là, le souverain de la lignée de Praiyavrata est Idhmajihva ; et ses fils—Śiva, Suramya, Subhadra, Śāṃtya, Śapta, Mṛtābhaya—donnent leurs noms aux sept régions (varṣas).
Verse 78
वर्णाश्च हंसपतंगोर्ध्वांचनसत्यांगसंज्ञाश्चत्वारो भगवंतं सूर्यं यजंते
Et il est quatre varṇas—nommés Haṃsa, Pataṃga, Ūrdhvāṃcana et Satyāṃga—qui adorent le Seigneur bienheureux Sūrya.
Verse 79
प्रश्रस्य विष्णुरूपंयत्तत्रोत्थस्य ब्रह्मणोऽमृतस्य च । मृत्योश्च सूर्यमात्मानं धीमहि
Nous méditons Sūrya, le Soi même : lui qui porte la forme de Viṣṇu, source de Brahmā, de l’immortalité, et aussi celui qui transcende la mort.
Verse 80
इति जपः । स्वर्णपत्राणि नियुतं योजनानां सहस्रकम् । पुष्करं ज्वलदा भाति तच्चिह्नं द्वीपपुष्करम्
Ainsi s’accomplit le japa. Un lotus aux pétales d’or resplendit tel un feu, s’étendant sur mille yojanas ; cet emblème est ce qui lui vaut le nom de Puṣkara-dvīpa.
Verse 81
तस्याधिपतिः प्रैयव्रतो वीतहोत्रनामा तत्पुत्रौ रमणकघातकौ
Son souverain est un Praiyavrata nommé Vītahotra, et ses deux fils sont Ramaṇaka et Ghātaka.
Verse 82
तन्नामचिह्नतं खंडद्वयम्
Ces deux divisions sont marquées par leurs propres noms.
Verse 83
तयोरंतरालेमानसाचलो नाम वलयाकारः पर्वतो यस्मिन्भ्रमति भगवान्भास्कर इति
Dans l’intervalle entre les deux se dresse une montagne en forme d’anneau, nommée Mānasācala ; sur elle, dit-on, se meut dans sa course le Bienheureux Bhāskara, le Soleil.
Verse 84
तत्र वर्णाश्च न संति केवलं समानास्ते ब्रह्म ध्यायंति
Là, il n’existe aucune distinction de varṇa ; tous sont égaux et ne méditent que sur Brahman.
Verse 85
यद्यत्कर्ममयं लिंगं ब्रह्मलिंगं जनोर्चयन् । भेदेनैकांतमद्वैतं तस्मै भगवते नमः
Quel que soit le liṅga que les hommes vénèrent comme constitué d’actes rituels—ce Brahma-liṅga—bien qu’on l’aborde par des distinctions, est en vérité l’Unique, absolument non-duel. Hommage à ce Seigneur Bienheureux.
Verse 86
इति जपः । नैषु क्रोधो न मात्सर्यं पुण्यपापार्जनेन च । अयुतं द्विगुणं चापि क्रमादायुः प्रकीर्तितम्
Ainsi est le japa. Parmi eux, point de colère ni d’envie, et point d’acquisition de mérite ou de faute. Leur durée de vie est proclamée, selon l’ordre, de dix mille—et même le double.
Verse 87
जपंतः कामिनीयुक्ता विहरंत्यमरा इव । अथ ते संप्रवक्ष्यामि ऊर्ध्वलोकस्य संस्थितिम्
Absorbés dans le japa, accompagnés de compagnes célestes, ils se divertissent tels des immortels. À présent, je vais t’exposer l’ordre et l’état des mondes supérieurs.