Adhyaya 23
Kashi KhandaUttara ArdhaAdhyaya 23

Adhyaya 23

Ce chapitre se déploie comme un dialogue à plusieurs strates. Agastya interroge Skanda sur la manière dont Ṣaḍānana s’approche de Trilocana, ainsi que sur la portée du Virajā-pīṭha et la géographie sacrée des liṅga de Kāśī. Skanda présente le siège de Virajā et désigne des nœuds majeurs de Kāśī—le Mahāliṅga de Trilocana et le tīrtha de Pilipilā—comme un ensemble de pèlerinage (tīrtha) complet. Le propos se tourne ensuite vers la demande de Devī devant Śiva : elle sollicite une liste clarifiée des liṅga anādi-siddha de Kāśī, causes de nirvāṇa et soutien de la renommée de Kāśī en tant que mokṣa-purī. Śiva répond par un catalogue structuré de quatorze liṅga principaux (ouvrant avec Oṃkāra et Trilocana et s’achevant en Viśveśvara), affirmant que leur action conjointe constitue la base opérative du champ de délivrance, et recommande la yātrā et le culte réguliers. Le chapitre mentionne aussi des groupes de liṅga cachés ou non encore manifestés à l’âge de Kali, accessibles surtout aux pratiquants dévots et instruits. Devī demandant ensuite la grandeur propre à chacun, le texte développe le récit d’origine de l’Oṃkāra-liṅga : l’ascèse de Brahmā dans l’Ānandakānana, l’émergence visionnaire de la syllabe primordiale (a-u-ma) et l’enseignement sur la métaphysique nāda-bindu. Brahmā loue, reçoit des grâces et des assurances salvifiques liées au darśana et au japa. Ainsi, cartographie sacrée, prescriptions rituelles et exégèse du Pranava comme śabda-brahman s’unissent en un discours théologique orienté vers la libération.

Shlokas

Verse 1

अगस्त्य उवाच । त्रिलोचनं समासाद्य देवदेवः षडाननः । जगदंबिकयायुक्तः किं चकाराशु तद्वद

Agastya dit : S’étant approché de Trilocana, qu’accomplit aussitôt le Seigneur des dieux, le Six-Visages, accompagné de Jagadambikā ? Dis-le-moi.

Verse 2

स्कन्द उवाच । मुने कलशजाख्यामि यत्पृष्टं तन्निशामय । विरजःसंज्ञकं पीठं यत्प्रोक्तं सर्वसिद्धिदम्

Skanda dit : Ô sage nommé Kalaśaja, né de la jarre, j’exposerai ce que tu as demandé ; écoute. Il est un siège sacré appelé Virajā, proclamé dispensateur de toutes les siddhi.

Verse 3

तत्पीठदर्शनादेव विरजा जायते नरः । यत्रास्ति तन्महालिंगं वाराणस्यां त्रिलोचनम्

Par la seule vision de ce siège sacré, l’homme devient virajā, affranchi de toute souillure. Là, à Vārāṇasī, se tient le grand Liṅga : Trilocana.

Verse 4

तीर्थं पिलिपिलाख्यं तद्द्युनद्यंभसि विश्रुतम् । सर्वतीर्थमयं तीर्थं तत्काश्यां परिगीयते

Le gué nommé Pilipilā est renommé dans les eaux du fleuve céleste. À Kāśī, on le célèbre comme un tīrtha qui renferme l’essence de tous les tīrthas.

Verse 5

विष्टपत्रितयांतर्ये देवर्षिमनुजोरगाः । ससरित्पर्वतारण्याः संति ते तत्र यन्मुने

Au sein du triple ciel se trouvent dieux, rishis, humains et serpents; ainsi que rivières, montagnes et forêts : tout cela, ô sage, est présent là-bas.

Verse 6

तदारभ्य च तत्तीर्थं तच्च लिंगं त्रिलोचनम् । त्रिविष्टपमिति ख्यातमतोहेतोर्महत्तरम्

Dès lors, ce tīrtha et ce liṅga de Trilocana devinrent célèbres sous le nom de «Triviṣṭapa» ; pour cette raison, on les tient pour immensément grands.

Verse 7

त्रिविष्टपस्य लिंगस्य महिमोक्ताः पिनाकिना । जगज्जनन्याः पुरतो यथा वच्मि तथा मुने

La grandeur du Liṅga de Triviṣṭapa fut énoncée par le Porteur de l’arc (Śiva) en présence de la Mère du monde. Ô sage, je la rapporterai telle qu’elle fut dite.

Verse 8

देव्युवाच । देवदेव जगन्नाथ शर्व सर्वद सर्वग । सर्वदृक्सर्वजनक किंचित्पृच्छामि तद्वद

La Déesse dit : Ô Dieu des dieux, Seigneur du monde ; ô Śarva, dispensateur de tout, omniprésent ; toi qui vois tout, source de tout : je veux poser une question, réponds-moi.

Verse 9

इदं तव प्रियं क्षेत्रं कर्मबीजमहौषधम् । नैःश्रेयस्याः श्रियो गेहं ममापि प्रीतिदं महत्

Voici Ton domaine sacré bien-aimé, remède sublime pour la semence du karma ; demeure de la splendeur du naiḥśreyasa. À moi aussi, il donne une grande joie.

Verse 10

यत्क्षेत्ररजसोप्यग्रे त्रिलोक्यपि तृणायते । तस्याखिलस्य महिमा विष्वक्केनावगम्यते

Même un grain de poussière de ce champ sacré fait paraître les trois mondes comme de la paille. Qui donc peut saisir pleinement la grandeur incommensurable de ce Tout ?

Verse 11

यानीह संति लिंगानि तानि सर्वाण्यसंशयम् । निर्वाणकारणान्येव स्वयंभून्यपि तान्यपि

Quels que soient les liṅgas qui se trouvent ici, tous—sans aucun doute—sont des causes de nirvāṇa ; et parmi eux se trouvent aussi des liṅgas auto-manifestés (svayaṃbhū).

Verse 12

यद्यप्येवं तथापीश विशेषं वक्तुमर्हसि । काश्यामनादिसिद्धानि कानि लिंगानि शंकर

Même s’il en est ainsi, ô Seigneur, Tu dois exposer en détail la distinction. Ô Śaṅkara, quels liṅgas à Kāśī sont établis depuis le sans-commencement (anādi-siddha) ?

Verse 13

यत्र देवः सदा तिष्ठेत्संवर्तेऽपि स वल्लभः । यैरियं प्रथितिं प्राप्ता काशी मुक्तिपुरीति च

Ceux (liṅgas) où le Seigneur demeure à jamais—bien-aimés même au temps de la dissolution cosmique—sont précisément ceux par lesquels Kāśī a obtenu la renommée d’être la « Cité de la Libération » (mukti-purī).

Verse 14

येषां स्मरणतोप्यत्र भवेत्पापस्य संक्षयः । दर्शनस्पर्शनाभ्यां च स्यातां स्वर्गापवर्गकौ

De ces liṅgas, le seul fait de s’en souvenir ici consume les péchés ; et par leur vue et leur contact, on obtient à la fois le ciel et la délivrance suprême (mokṣa).

Verse 15

येषां समर्चनादेव मध्ये जन्म सकृद्विभो । लिंगानि पूजितानि स्युः काश्यां सर्वाणि निश्चितम्

Par l’adoration juste de ces liṅgas, ô Seigneur, une seule naissance intermédiaire suffit ; il est certain qu’à Kāśī tous les liṅgas sont comme dûment honorés.

Verse 16

विधाय मय्यनुक्रोशं कारुण्यामृतसागर । एतदाचक्ष्व मे शंभो पादयोः प्रणतास्म्यहम्

Accorde-moi ta compassion, ô Śambhu, océan de miséricorde au nectar. Dis-le-moi, je t’en prie ; je me prosterne à tes pieds.

Verse 17

इत्याकर्ण्य महेशानस्तस्या देव्याः सुभाषितम् । कथयामास र्विध्यारे महालिंगानि सत्तम

Ayant ainsi entendu les paroles bien dites de cette Déesse, Maheśāna se mit à exposer—ô le meilleur des vertueux—les grands liṅgas selon l’ordre convenable.

Verse 18

यन्नामाकर्णनादेव क्षीयंते पापराशयः । प्राप्यते पुण्यसंभारः काश्यां निवार्णकारणम्

À la seule audition de son nom, des monceaux de péchés s’éteignent ; et à Kāśī s’amasse un trésor de mérite, cause de la délivrance.

Verse 19

देवदेव उवाच । शृणु देवि परं गुह्यं क्षेत्रेऽस्मिन्मुक्तिकारणम् । इदं विदंति नैवापि ब्रह्मनारायणादयः

Devadeva dit : Écoute, ô Déesse, ce secret suprême, cause de la délivrance en ce kṣetra sacré. Même Brahmā, Nārāyaṇa et les autres ne le connaissent pas véritablement.

Verse 20

असंख्यातानि लिंगानि पार्वत्यानंदकानने । स्थूलान्यपि च सूक्ष्माणि नानारत्नमयानि च

Dans l’Ānandakānana de Pārvatī se trouvent d’innombrables Śiva-liṅga : certains grands, d’autres subtils, et beaucoup façonnés de gemmes précieuses variées.

Verse 21

नानाधातुमयानीशे दार्षदान्यप्यनेकशः । स्वयंभून्यप्यनेकानि देवर्षिस्थापितान्यहो

Ô Déesse, beaucoup sont faits de divers métaux, et beaucoup aussi sont de pierre. Beaucoup encore sont svayambhū, auto-manifestés, et beaucoup—merveille !—furent établis par des sages divins.

Verse 22

सिद्धचारणगंधर्व यक्षरक्षोर्चितान्यपि । असुरोरगमर्त्यैश्च दानवैरप्सरोगणैः

Ils sont aussi adorés par les Siddhas, les Cāraṇas, les Gandharvas, les Yakṣas et les Rākṣasas ; et encore par les Asuras, les Nāgas et les humains, par les Dānavas et les troupes d’Apsaras.

Verse 23

दिग्गजेर्गिरिभिस्तीर्थेरृक्ष वानर किन्नरैः । पतत्रिप्रमुखैर्देवि स्वस्वनामांकितानि वै

Ô Déesse, ils portent l’empreinte même des noms de ceux qui les établirent : éléphants des directions, montagnes, tīrthas, ours, singes, Kinnaras et chefs parmi les oiseaux.

Verse 24

प्रतिष्ठितानि यानीह मुक्तिहेतूनि तान्यपि । अदृश्यान्यपि दृश्यानि दुरवस्थान्यपि प्रिये

Bien-aimée, quels que soient les liṅga établis ici, eux aussi sont des causes de délivrance. Même ceux qui sont invisibles peuvent être vus ; même ceux en mauvais état demeurent vénérables dans ce kṣetra.

Verse 25

भग्नान्यपि च कालेन तानि पूज्यानि सुंदरि । परार्धशतसंख्यानि गणितान्येकदा मया

Ô belle, même si le temps les a brisés, ils doivent pourtant être adorés. Un jour, je les ai comptés : ils se chiffraient par centaines de parārdhas, un total incommensurable.

Verse 26

गंगाभस्यपि तिष्ठंति षष्टिकोटिमितानिहि । सिद्धलिंगानि तानीशे तिष्येऽदृश्यत्वमाययुः

Sur la rive même de la Gaṅgā se tiennent des liṅga : en vérité, au nombre de soixante millions. Ces liṅga accomplis (siddha), ô Déesse, à l’âge de Tiṣya (Kali), sont entrés dans l’invisibilité.

Verse 27

गणनादिवसादवार्ङ्ममभक्तजनैःप्रिये । प्रतिष्ठितानि यानीह तेषां संख्या न विद्यते

Bien-aimée, dès le jour même où l’on commença le dénombrement, mes dévots n’ont cessé d’établir des liṅga ici ; ainsi, le nombre de ceux qui furent consacrés en ce lieu n’est pas connu.

Verse 28

त्वया तु यानि पृष्टानि यैरिदं क्षेत्रमुत्तमम् । तानि लिंगानि वक्ष्यामि मुक्तिहेतूनि सुंदरि

Mais les liṅga au sujet desquels tu as interrogé, par lesquels ce kṣetra est suprême, ces liṅga dispensateurs de délivrance, je vais maintenant les décrire, ô belle.

Verse 29

कलावतीव गोप्यानि भविष्यंति गिरींद्रजे । परं तेषां प्रभावो यः स्वस्वस्थानं न हास्यति

Ô fille du Seigneur des Montagnes, ils deviendront cachés, comme voilés par l’art; pourtant leur puissance est telle qu’ils n’abandonneront jamais leurs demeures propres et sacrées.

Verse 30

कलिकल्मषपुष्टा ये ये दुष्टा नास्तिकाः शठाः । एतेषां सिद्धलिंगानां ज्ञास्यंत्याख्यामपीह न

Les méchants, athées et fourbes, nourris des souillures de l’âge de Kali, ne parviennent même pas ici à connaître les noms ni la renommée de ces Liṅgas accomplis (auto-manifestés).

Verse 31

नामश्रवणतोपीह यल्लिंगानां शुभानने । वृजिनानि क्षयं यांति वर्धंते पुण्यराशयः

Ô toi au visage gracieux, rien qu’en entendant ici les noms de ces Liṅgas, les fautes s’anéantissent et les amas de mérite s’accroissent.

Verse 32

ओंकारः प्रथमं लिंगं द्वितीयं च त्रिलोचनम् । तृतीयश्च महादेवः कृत्तिवासाश्चतुर्थकम्

Oṃkāra est le premier Liṅga; Trilocana est le second. Mahādeva est le troisième, et Kṛttivāsa le quatrième.

Verse 33

रत्नेशः पंचमं लिंगं षष्ठं चंद्रेश्वराभिधम् । केदारः सप्तमं लिंगं धर्मेशश्चाष्टमं प्रिये

Ratneśa est le cinquième Liṅga, et le sixième est nommé Candreśvara. Kedāra est le septième Liṅga, et Dharmeśa le huitième, ô bien-aimée.

Verse 34

वीरेश्वरं च नवमं कामेशं दशमं विदुः । विश्वकर्मेश्वरं लिंगं शुभमेकादशं परम्

Vīreśvara est reconnu comme le neuvième, et Kāmeśa comme le dixième. Le Liṅga auspicious de Viśvakarmeśvara est le onzième, suprême.

Verse 35

द्वादशं मणिकर्णीशमविमुक्तं त्रयोदशम् । चतुर्दशं महालिंगं मम विश्वेश्वराभिधम्

Maṇikarṇīśa est le douzième ; Avimukta, le treizième. Le quatorzième est le grand Liṅga—le mien—nommé Viśveśvara.

Verse 36

प्रिये चतुर्दशैतानि श्रियोहेतूनि सुंदरि । एतेषां समवायोयं मुक्तिक्षेत्रमिहेरितम्

Ô bien-aimée, ô belle : ces quatorze sont les causes de la prospérité. Leur réunion est ce qui est ici proclamé comme le Champ de la Délivrance.

Verse 37

देवताः समधिष्ठात्र्यः क्षेत्रस्यास्य परा इमाः । आराधिताः प्रयच्छंति नृभ्यो नैःश्रेयसीं श्रियम्

Ces divinités sublimes sont les puissances tutélaires de ce champ sacré. Lorsqu’on les adore, elles accordent aux humains une prospérité bénie qui mène au Bien suprême.

Verse 38

आनंदकानने मुक्त्यै प्रोक्तान्येतानि सुंदरि । प्रिये चतुर्दशेज्यानि महालिंगानि देहिनाम्

Ô belle, celles-ci ont été proclamées pour la délivrance dans Ānandakānana. Ô bien-aimée, pour les êtres incarnés, ces quatorze grands Liṅgas sont les objets d’adoration.

Verse 39

प्रतिमासं समारभ्य तिथिं प्रतिपदं शुभाम् । एतेषां लिंगमुख्यानां कार्या यात्रा प्रयत्नतः

Chaque mois, en commençant au jour lunaire propice de Pratipadā, le premier tithi, qu’on accomplisse avec ardeur le pèlerinage vers ces Liṅgas éminents.

Verse 40

अनाराध्य महादेवमेषु लिंगेषु कुंभज । कः काश्यां मोक्षमाप्नोति सत्यं सत्यं पुनःपुनः

Ô Kumbhaja (Agastya), sans adorer Mahādeva en ces liṅgas, qui donc obtiendrait la délivrance à Kāśī ? C’est la vérité — vérité encore — répétée maintes fois.

Verse 41

तस्मात्सर्वप्रयत्नेन काशीफलमभीप्सुभिः । पूज्यान्येतानि लिंगानि भक्त्या परमया मुने

Ainsi donc, ô muni, ceux qui désirent le vrai fruit de Kāśī doivent, de tous leurs efforts, vénérer ces liṅgas avec une dévotion suprême.

Verse 42

अगस्त्य उवाच । एतान्येव किमन्यानि महालिंगानि षण्मुख । निर्वाणकारणानीह यदि संति तदा वद

Agastya dit : Ô Ṣaṇmukha (Skanda), ces grands liṅgas sont-ils les seuls, ou bien en existe-t-il d’autres ici, causes du nirvāṇa ? S’ils existent, dis-le-moi.

Verse 43

स्कंद उवाच । अन्यान्यपि च संतीह महालिंगानि सुव्रत । कलिप्रभावाद्गुप्तानि भविष्यंत्येव तानि वै

Skanda dit : Ô toi aux vœux excellents, d’autres grands liṅgas existent aussi ici ; mais, sous l’influence de Kali, ils demeureront assurément cachés.

Verse 44

यस्येश्वरे सदाभक्तिर्यः काशीतत्त्ववित्तमः । स एवैतानि लिंगानि वेत्स्यत्यन्यो न कश्चन

Seul celui dont la dévotion au Seigneur est constante et qui connaît vraiment la vérité intérieure de Kāśī reconnaîtra ces liṅgas ; nul autre ne le pourra.

Verse 45

येषां नामग्रहेणापि कलिकल्मष संक्षयः । अमृतेशस्तारकेशो ज्ञानेशः करुणेश्वरः

Par la seule invocation de leurs noms, les fautes de l’âge de Kali sont anéanties : Amṛteśa, Tārakeśa, Jñāneśa et Karuṇeśvara.

Verse 46

मोक्षद्वारेश्वरश्चैव स्वर्गद्वारेश्वरस्तथा । ब्रह्मेशो लांगलश्चैव वृद्धकालेश्वरस्तथा

Sont aussi nommés : Mokṣadvāreśvara, Svargadvāreśvara, Brahmeśa, Lāṅgala et, de même, Vṛddhakāleśvara.

Verse 47

वृषेशश्चैव चंडीशो नंदिकेशो महेश्वरः । ज्योतीरूपेश्वरं लिंगं ख्यातमत्र चतुर्दशम्

Et encore Vṛṣeśa, Caṇḍīśa, Nandikeśa et Maheśvara ; et le liṅga connu ici sous le nom de Jyotīrūpeśvara est renommé comme le quatorzième.

Verse 48

काश्यां चतुर्दशैतानि महालिंगानि सुंदरि । इमानि मुक्तिहेतूनि लिंगान्यानंदकानने

Ô belle, à Kāśī se trouvent ces quatorze grands liṅgas — liṅgas qui sont cause de délivrance — établis dans Ānandakānana.

Verse 49

कलिकल्मषबुद्धीनां नाख्येयानि कदाचन । एतान्याराधयेद्यस्तु लिंगानीह चतुर्दश

Pour les esprits souillés par les impuretés du Kali, cela ne doit jamais être divulgué. Mais celui qui, ici, adore ces quatorze liṅgas… (devient digne de leur fruit).

Verse 50

न तस्य पुनरावृत्तिः संसाराध्वनि कर्हिचित् । काशीकोशोयमतुलो न प्रकाश्यो यतस्ततः

Pour lui, il n’y a plus jamais de retour sur la route du saṃsāra. Cet incomparable « trésor de Kāśī » ne doit pas être révélé partout ni à n’importe qui.

Verse 51

एतल्लिंगाभिधा देवि महापद्यपि दुःखहृत् । रहस्यं परमं चैतत्क्षेत्रस्यास्य वरानने

Ô Déesse, même au cœur d’un grand désastre, la seule énonciation ou connaissance du nom de ce liṅga enlève la peine. Tel est le secret suprême de ce kṣetra sacré, ô toi au beau visage.

Verse 52

चतुर्दशापि लिंगानि मत्सान्निध्यकराणि हि । अविमुक्तस्य हृदयमेतदेव गिरींद्रजे

Ces quatorze liṅgas, en vérité, font advenir Ma présence immédiate. Cet ensemble même est le « cœur » d’Avimukta, ô fille du Seigneur des montagnes.

Verse 53

इमानि यानि लिंगानि सर्वेषां मुक्तिदानि हि । एकैकभुवनस्येह सारमादाय सर्वतः । मयैतानि कृतान्येव महाभक्तिकृपावशात्

Ces liṅgas sont, en vérité, des dispensateurs de délivrance pour tous. Ayant rassemblé ici, de toutes parts, l’essence même de chaque monde, Je les ai Moi-même établis, sous l’élan de la compassion pour la grande dévotion.

Verse 54

अस्मिन्क्षेत्रे ध्रुवं मुक्तिरिति या प्रथिति प्रिये । कारणं तत्र लिंगानि ममैतानि चतुर्दश

Bien-aimée, la parole renommée selon laquelle «dans ce champ sacré la délivrance est certaine» a pour cause ces quatorze liṅgas qui sont Miens.

Verse 55

त एव व्रतिनः कांते त एव च तपस्विनः । ध्यातान्येतानि यैर्भक्तैर्लिंगान्यानंदकानने

Ô chère, eux seuls sont de vrais observants des vœux, et eux seuls de véritables ascètes : les dévots qui méditent ces liṅgas dans le Bois de la Béatitude.

Verse 56

त एवाभ्यस्तसद्योगा दत्तदानास्त एव हि । काश्यामिमानि लिंगानि यैर्दृष्टान्यपि दूरतः

Eux seuls ont vraiment pratiqué le juste yoga, et eux seuls ont vraiment fait l’aumône : ceux qui ont vu, fût-ce de loin, ces liṅgas à Kāśī.

Verse 57

इष्टापूर्ताश्च ये धर्माः प्रणीता मुनिसत्तमैः । ते सर्वे तेन विहिता यावज्जीवं निरेनसा

Quels que soient les devoirs d’iṣṭa et de pūrta enseignés par les meilleurs des sages, tous sont accomplis par lui, tout au long de sa vie, sans faute.

Verse 58

येनाविमुक्तमासाद्य महालिंगानि पार्वति । सकृदभ्यर्चितानीह स मुक्तो नात्र संशयः

Ô Pārvatī, quiconque atteint Avimukta et y vénère ne fût-ce qu’une seule fois les grands liṅgas, est délivré ; là-dessus il n’y a aucun doute.

Verse 59

स्कंद उवाच । अन्यान्यपि च विंध्यारे देव्यै प्रोक्तानि शंभुना । स्वभक्तानां हिताथार्य तान्यथाकर्णयाग्रज

Skanda dit : De plus, dans la forêt des Vindhya, Śambhu exposa encore d’autres enseignements à la Déesse, pour le bien de ses dévots. Écoute-les maintenant dans l’ordre convenable, ô sage vénérable.

Verse 60

शैलेशः संगमेशश्च स्वर्लीनो मध्यमेश्वरः । हिरण्यगर्भ ईशानो गोप्रेक्षो वृषभध्वजः

«(Voici les Liṅga vénérables de Kāśī :) Śaileśa, Saṃgameśa, Svarlīna, Madhyameśvara, Hiraṇyagarbha, Īśāna, Goprekṣa et Vṛṣabhadhvaja.»

Verse 61

उपशांत शिवो ज्येष्ठो निवासेश्वर एव च । शुक्रेशो व्याघ्रलिंगं च जंबुकेशं चतुर्दशम्

«Upaśānta-Śiva, Jyeṣṭha, ainsi que Nivāseśvara ; Śukreśa, Vyāghraliṅga et Jambukeśa : par eux s’achèvent les quatorze (grands Liṅga).»

Verse 62

मुने चतुर्दशैतानि महांत्यायतनानि वै । एतेषामपि सेवातो नरो मोक्षमवाप्नुयात्

«Ô muni, ces quatorze sont véritablement de grands sanctuaires ; par le service et l’assidue dévotion envers eux, l’homme obtient la délivrance (mokṣa).»

Verse 63

चैत्रकृष्णप्रतिपदं समारभ्य प्रयत्नतः । आ चतुर्दशिपूज्यानि लिंगान्येतानि सत्तमैः

«En commençant avec soin dès le premier jour lunaire de la quinzaine sombre de Caitra, ces Liṅga doivent être adorés avec ardeur jusqu’au quatorzième jour, par les meilleurs des dévots.»

Verse 64

एतेषां वार्षिकी यात्रा सुमहोत्सवपूर्वकम् । कार्या मुमुक्षुभिः सम्यक्क्षेत्रसंसिद्धिदायिनी

Le pèlerinage annuel de ceux-ci doit être accompli, précédé d’une grande fête ; qu’il soit exécuté avec justesse par les aspirants à la délivrance, car il confère l’accomplissement spirituel parfait dans le saint kṣetra de Kāśī.

Verse 65

मुने चतुर्दशैतानि महालिंगानि यत्नतः । दृष्ट्वा न जायते जंतुः संसारे दुःखसागरे

Ô sage, celui qui, avec soin, contemple ces quatorze grands Liṅga ne renaît plus dans le saṃsāra, l’océan de la souffrance.

Verse 66

क्षेत्रस्य परमं तत्त्वमेतदेव प्रिये ध्रुवम् । संसाररोगग्रस्तानामिदमेव महौषधम्

Bien-aimée, ceci est assurément la vérité suprême et certaine du saint kṣetra : pour ceux que tourmente la maladie du saṃsāra, ceci seul est le grand remède.

Verse 67

क्षेत्रस्योपनिषच्चैषा मुक्तिबीजमिदं परम् । कर्मकाननदावाग्निरेषा लिंगावलिः प्रिये

Bien-aimée, voici le secret du saint kṣetra, tel une Upaniṣad, la semence suprême de la délivrance ; cette guirlande de Liṅga est un feu de forêt qui réduit en cendres le bois du karma.

Verse 68

एकैकस्यास्य लिंगस्य महिमाद्यंत वर्जितः । मयैव ज्ञायते देवि सम्यङ्नान्येन केनचित्

Ô Déesse, la grandeur de chacun de ces Liṅga, sans commencement ni fin, n’est connue avec justesse que par moi seul, et par nul autre.

Verse 69

इति श्रुत्वा मुने प्राह देवी हृष्टतनूरुहा । प्रणम्य देवमीशानं सर्वज्ञं सर्वदं शिवम्

À ces mots, ô sage, la Déesse—transportée de joie, le corps frémissant et les poils hérissés—prit la parole, après s’être prosternée devant le Seigneur Īśāna, Śiva, l’Omniscient et le Donateur de tout.

Verse 70

देव्युवाच । रहस्यं परमं काश्यां यदेतत्समुदीरितम् । तच्छ्रुत्वोत्सुकतां प्राप्तं मनो मेतीव वल्लभ

La Déesse dit : «Bien-aimé, en entendant ce secret suprême proclamé au sujet de Kāśī, mon esprit s’est empli d’une ardente impatience (d’en connaître davantage).»

Verse 71

यदुक्तं लिगमेकैकं महासारतरं परम् । काश्यां परमनिर्वाणकारणं कारणेश्वर

«Ô Kāraṇeśvara, tu as dit que chaque liṅga, l’un après l’autre, est d’une essence suprême—oui, la cause même de la délivrance la plus haute à Kāśī.»

Verse 72

प्रत्येकं महिमानं मे ब्रूह्येषां भुवनेश्वर । चतुर्दशानां लिंगानां श्रवणादघहारिणाम्

«Ô Seigneur des mondes, dis-moi la grandeur de chacun de ces quatorze liṅgas, dont la seule audition efface les péchés.»

Verse 73

ओंकारेशस्य लिंगस्य कथमत्र समागमः । अतिपुण्यतमात्तस्मात्क्षेत्रादमरकंटकात्

«Comment le liṅga d’Oṃkāreśa est-il venu ici (à Kāśī), depuis ce kṣetra d’une sainteté extrême, Amarakaṇṭaka ?»

Verse 74

किमात्मकोऽयमोंकारो महिमास्य च को हर । केनाराधि पुरा चैष ददावाराधितश्च किम्

«Ô Hara, quelle est la véritable nature de cet Oṃkāra, et quelle en est la grandeur ? Par qui fut-il adoré jadis, et qu’accorda-t-il lorsqu’il fut ainsi apaisé ?»

Verse 75

मृडानीवाक्सुधामेतां विधाय श्रुतिगोचराम् । कथामकथयद्देव ओंकारस्यमहाद्भुताम्

Ayant ainsi composé cette parole de nectar de Mṛḍānī (Pārvatī), digne d’être entendue comme un enseignement sacré, le Seigneur raconta ensuite l’histoire merveilleuse de l’Oṃkāra.

Verse 76

देवदेव उवाच । कथामाकर्णयापर्णे वर्णयामि तवाग्रतः । यथोंकारस्य लिंगस्य प्रादुर्भाव इहाभवत्

Le Seigneur des dieux dit : «Écoute, ô Aparṇā ; je décrirai devant toi comment le liṅga de l’Oṃkāra se manifesta ici.»

Verse 77

पुरानंदवने चात्र ब्रह्मणा विश्वयोनिना । तपस्तप्तं महादेवि समाधिं दधतापरम्

«Autrefois, ici même, dans l’Ānandavana, Brahmā — source de l’univers — accomplit des austérités, ô grande Déesse, demeurant dans le samādhi suprême.»

Verse 78

पूर्णे युगसहस्रेऽथ भित्त्वा पातालसप्तकम् । उदतिष्ठत्पुरोज्योतिर्विद्योतित हरिन्मुखम्

«Puis, lorsqu’un millier de yuga fut accompli, une Lumière resplendissante se leva devant lui, perçant les sept pātāla, et illumina le visage de Brahmā.»

Verse 79

यदंतराविरभवन्निर्व्याजेन समाधिना । तदेव परमं धाम बहिराविरभूद्विधेः

Cette Demeure suprême, apparue au-dedans par le samādhi sans feinte de Brahmā, apparut aussi au-dehors au Créateur.

Verse 80

योभूच्चटचटाशब्दः स्फुटतो भूमिभागतः । तच्छब्दाद्व्यसृजद्वेधाः समाधिं क्रमतो वशी

Alors s’éleva, distinct, un son « caṭa-caṭa » depuis une région de la terre ; et, à ce son, le Créateur, maître de lui-même, se délia du samādhi pas à pas.

Verse 81

स्रष्टाविसृष्ट तद्ध्यानो यावदुन्मील्यलोचने । पुरः पश्येद्ददर्शाग्रे तावदक्षरमादिमम्

Le Créateur, tendu vers cet acte d’émanation, ouvrit les yeux ; et dès qu’il regarda devant lui, il vit en face l’Imperissable primordial, l’Akṣara.

Verse 82

अकारं सत्त्वसंपन्नमृक्क्षेत्रं सृष्टिपालकम् । नारायणात्मकं साक्षात्तमः पारे प्रतिष्ठितम्

Il contempla le son « A » : empli de sattva, champ du Ṛg (Véda), protecteur de la création ; manifestement de la nature de Nārāyaṇa, établi au-delà des ténèbres.

Verse 83

उकारमथ तस्याग्रे रजोरूपं यजुर्जनिम् । विधातारं समस्तस्य स्वाकारमिव बिंबितम्

Ensuite, devant lui apparut le son « U » : de la forme de rajas, source du Yajus (Yajurvéda) ; l’Ordonnateur de tout, comme reflété en sa propre forme.

Verse 84

नीरवध्वांतसंकेत सदनाभं तदग्रतः । मकारं स ददर्शाथ तमोरूपं विशेषतः

Devant lui, il vit alors le son « M »—marqué d’une obscurité silencieuse, semblable à une demeure; plus spécialement, il avait la forme même du tamas.

Verse 85

साम्नो योनिं लये हेतुं साक्षाद्रुद्रस्वरूपिणम् । अथ तत्पुरतो ध्याता व्यधात्स्वनयनातिथिम्

Il le vit comme la matrice du Sāman (Sāmaveda), cause de la dissolution, la forme même de Rudra; puis le méditant le plaça devant lui comme un hôte pour ses propres yeux.

Verse 86

विश्वरूपमयाकारं सगुणं वापि निर्गुणम् । अनाख्यनादसदनं परमानंदविग्रहम्

C’était une forme faite de l’univers lui-même—avec attributs ou au-delà des attributs—une demeure indicible du nāda, un corps de béatitude suprême.

Verse 87

शव्दब्रह्मेति यत्ख्यातं सर्ववाङ्मयकारणम् । अथोपरिष्टान्नादस्य बिंदुरूपं परात्परम्

Ce qui est renommé comme Śabda-Brahman—cause de toute parole et de toute expression—au-dessus de ce nāda, il contempla la forme de Bindu, le Suprême au-delà du suprême.

Verse 88

कारणं कारणानां च जगद्योनिं च तं परम् । विधिर्विलोकयांचक्रे तपसागोचरीकृतम्

Ce Suprême—cause des causes et matrice du monde—Brahmā (Vidhi) le contempla, rendu accessible à sa perception par le tapas.

Verse 89

अवनादोमिति ख्यातं सर्वस्यास्य प्रभावतः । भक्तमुन्नयते यस्मात्तदोमिति य ईरितः

Il est renommé “Oṃ”, le nāda descendant, par la puissance duquel tout ceci se déploie. Et parce qu’il élève le dévot, il est donc proclamé “Oṃ”.

Verse 90

अरूपोपि सरूपाढ्यः स धात्रा नेत्रगीकृतः । तारयेद्यद्भवांभोधेः स्वजपासक्तमानसम् । ततस्तार इति ख्यातो यस्तं ब्रह्मा व्यलोकयत्

Bien que sans forme, il est riche de toutes les formes. Le Créateur (Dhātṛ) en fit l’objet de la vision intérieure; car il fait traverser l’océan du devenir à l’esprit attaché à son propre japa. Ainsi est-il renommé “Tāra”, le son sauveur — Celui que Brahmā contempla.

Verse 91

प्रणूयते यतः सर्वैः परनिर्वाणकामुकैः । सर्वेभ्योभ्यधिकस्तस्मात्प्रणवो यैः प्रकीर्तितः

Parce qu’elle est proférée par tous ceux qui aspirent au Nirvāṇa suprême, cette syllabe est louée comme “Praṇava”, supérieure à toutes (les paroles).

Verse 92

स्वसेवितारं पुरुषं प्रणयेद्यः परंपदम् । अतस्तप्रणवं शांतं प्रत्यक्षीकृतवान्विधिः

Celui qui mène l’âme servante et dévote à l’état suprême, c’est le Puruṣa. Ainsi Brahmā (Vidhi) rendit directement manifeste, dans sa réalisation, ce Praṇava paisible.

Verse 93

त्रयीमयस्तुरीयोयस्तुर्यातीतोखिलात्मकः । नादबिंदुस्वरूपो यः स प्रैक्षि द्विजगामिना

Celui qui est l’essence de la triade védique, qui est le Quatrième et aussi au-delà du Quatrième—dont la nature embrasse tout et qui se manifeste comme Nāda et Bindu—fut contemplé par le voyageur deux fois né (Brahmā).

Verse 94

प्रावर्तंत यतो वेदाः सांगाः सर्वस्य योनयः । सवेदादिः पद्मभुवा पुरस्तादवलोकितः

De Celui dont jaillirent les Veda avec leurs auxiliaires—matrice et source de tout—Lui, le commencement même des Veda, fut aperçu auparavant par le Né-du-Lotus (Brahmā).

Verse 95

वृषभो यस्त्रिधाबद्धो रोरवीति महोमयः । सनेत्रविषयी चक्रे परमः परमेष्ठिना

Ce sublime « Taureau », lié d’une triple manière et retentissant du grand Oṃ, fut rendu visible par Parameṣṭhin (Brahmā), le suprême parmi les êtres incarnés.

Verse 96

शृंगश्चत्वारि यस्यासन्हस्तासः सप्त एव च । द्वे शीर्षे च त्रयः पादाः स देवो विधिनैक्षत

Lui dont la forme portait quatre cornes, sept mains, deux têtes et trois pieds—cette Divinité fut contemplée par Brahmā (Vidhi).

Verse 97

यदंतर्लीनमखिलं भूतं भावि भवत्पुनः । तद्बीजं बीजरहितं द्रुहिणेन विलोकितम्

Ce en quoi tous les êtres—passés, futurs et présents—demeurent dissous au-dedans : cette Semence sans semence fut contemplée par Druhiṇa (Brahmā).

Verse 98

लीनं मृग्येत यत्रैतदाब्रह्मस्तंबभाजनम् । अतः स भाज्यते सद्भिर्यल्लिंगं तद्विलोकितम्

Là où cet univers entier—de Brahmā jusqu’à un brin d’herbe—est recherché comme dissous : c’est pourquoi les justes s’efforcent de « fendre » et discerner cette Réalité ; ce liṅga même (signe) fut contemplé.

Verse 99

पंचार्था यत्र भासंते पंचब्रह्ममयं हि यत् । आदिपंचस्वरूपंयन्निरैक्षि ब्रह्मणा हि तत्

Là où resplendissent les cinq principes—oui, ce qui est fait des Cinq Brahman—Brahmā contempla cette forme primordiale aux cinq aspects.

Verse 100

तमालोक्य ततो वेधा लिंगरूपिणमीश्वरम् । पंचाक्षरं प्रपंचाच्च भिन्नं तुष्टाव शंकरम्

L’ayant vu, Vedhā (Brahmā) contempla le Seigneur ayant pris la forme du Liṅga ; alors il loua Śaṅkara, distinct du monde manifesté, et loua aussi le mantra aux cinq syllabes, la Pañcākṣarī.

Verse 110

नानावर्णस्वरूपाय वर्णानां पतये नमः । नमस्ते स्वररूपाय नमो व्यंजनरूपिणे

Hommage à Toi dont la forme est la diversité des lettres, Seigneur de tous les phonèmes. Hommage à Toi comme voyelles, et hommage à Toi comme consonnes.

Verse 120

शब्दब्रह्म नमस्तुभ्यं परब्रह्म नमोस्तुते । नमो वेदांतवेद्याय वेदानां पतये नमः

Hommage à Toi comme Śabdabrahman, et hommage à Toi comme Parabrahman. Hommage à Toi, connu par le Vedānta ; hommage à Toi, Seigneur des Veda.

Verse 130

सर्वभुक्सर्वकर्ता त्वं सर्वसंहारकारक । योगिनां हृदयाकाश कृतालय नमोस्तु ते

Tu es le Jouisseur de tout, l’Auteur de tout, et l’Agent de toute dissolution. Ô Toi qui as fait de l’espace du cœur des yogin ta demeure : hommage à Toi.

Verse 140

त्वमेव हि शरण्यं मे त्वमेव हि गतिः परा । त्वामेव प्रणमामीश नमस्तुभ्यं नमो नमः

Toi seul es mon refuge ; Toi seul es mon but suprême. À Toi seul je me prosterne, ô Seigneur — salutations à Toi, encore et encore.

Verse 150

ईश्वर उवाच । सुरश्रेष्ठ तपःश्रेष्ठ सर्वाम्नाय निधिर्भव । सृष्टेःकरणसामर्थ्यं तवास्तु मदनुग्रहात्

Īśvara dit : «Ô le meilleur des devas, le meilleur des ascètes — deviens le trésor de toutes les transmissions sacrées. Par Ma grâce, que la puissance d’accomplir la création soit tienne».

Verse 160

अष्टम्यां च चतुर्दश्यां तीर्थानि सह सागरैः । षष्टि कोटि सहस्राणि मत्स्योदर्यां विशंति हि

Au huitième et au quatorzième jour lunaire, les tīrthas —avec les océans— entrent vraiment dans Matsyodarī, au nombre de soixante crores et de milliers.

Verse 170

केवलं भूमिभाराय जन्मिनो जन्म तस्य वै । येनानंदवने दृष्टो नोंकारः सर्वकामदः

Pour celui qui naît, cette naissance n’est vraiment qu’un fardeau pour la terre — à moins qu’en Ānandavana l’Oṃkāra, dispensateur de tous les buts désirés, n’ait été contemplé.

Verse 180

स्कंद उवाच । ब्रह्मापि भजतेद्यापि तल्लिंगं कलशोद्भव । स्तुवन्ब्रह्म स्तवेनैव स्वात्मना विहितेन हि

Skanda dit : «Ô Agastya, né du vase ! Aujourd’hui encore, Brahmā adore ce même Liṅga, louant le Suprême par cet hymne composé par son propre Soi».

Verse 182

ब्रह्मस्तवमिमं जप्त्वा त्रिकालं परिवत्सरम् । अंतकाले भवेज्ज्ञानं येन बंधात्प्रमुच्यते

Après avoir récité cet hymne à Brahmā trois fois par jour durant une année entière, à l’ultime heure s’élève la vraie connaissance, par laquelle on est délivré des liens.