
Le chapitre 10 se déploie comme une étiologie d’un tīrtha et comme un manuel de vœu (vrata) enchâssé dans un dialogue théologique. Skanda ouvre le propos sous le nom de « manifestation de Mādhava », promettant une purification rapide à qui écoute avec foi. Viṣṇu (Keśava) vient de Mandara, contemple la sainteté supérieure de Kāśī et célèbre le Pañcanada-hrada comme plus pur encore que les modèles cosmiques de pureté. Le récit se tourne vers l’ascète Agnibindu, qui s’approche et offre un long hymne présentant Viṣṇu comme transcendant, tout en prenant corps par compassion pour ses dévots. Il demande une grâce : que Viṣṇu demeure à Pañcanada pour le bien des êtres, surtout des chercheurs de mokṣa. Viṣṇu accorde cette présence permanente, affirme que Kāśī est singulièrement efficace pour la délivrance par le « renoncement du corps » (tanū-vyaya) en ce lieu, puis accepte une seconde demande : que le tīrtha porte le nom d’Agnibindu (Bindu-tīrtha), et que la dévotion et le bain sacré y procurent la libération, même à distance et même si la mort survient plus tard. La dernière partie détaille les disciplines du vœu de Kārtika/Ūrja : restrictions alimentaires, continence, bains, offrande de lampes, veille à Ekādaśī, véracité, maîtrise de la parole, règles de pureté et degrés de jeûne. Ces prescriptions sont données comme lignes éthiques qui affermissent le dharma et soutiennent les quatre buts (caturvarga), en insistant sur l’absence de haine envers la Divinité suprême et sur une pratique dévotionnelle soutenue.
Verse 1
स्कंद उवाच । उक्ता पंचनदोत्पत्तिर्मित्रावरुणनंदन । इदानीं कथयिष्यामि माधवाविष्कृतिं पराम्
Skanda dit : Ô fils de Mitra et de Varuṇa, j’ai exposé l’origine de Pañcanada ; maintenant je vais raconter la manifestation suprême de Mādhava (Viṣṇu) à Kāśī.
Verse 2
यां श्रुत्वा श्रद्धया धीमान्पापेभ्यो मुच्यते क्षणात् । न च श्रिया वियुज्येत संयुज्येत वृषेण च
En l’entendant avec foi, le sage est délivré des péchés en un instant ; et il n’est pas séparé de Śrī (la prospérité), mais s’unit aussi à Vṛṣa, le Dharma (le Taureau).
Verse 3
आगत्य मंदरादद्रेरुपेंद्रश्चंद्रशेखरम् । आपृच्छ्य तार्क्ष्यरथगः क्षणाद्वाराणसीं पुरीम्
Venu du mont Mandara, Upendra (Viṣṇu) prit congé de Candraśekhara (Śiva) ; puis, porté par Tārkṣya (Garuḍa) comme par son char, il atteignit en un instant la cité de Vārāṇasī.
Verse 4
दिवो दासं महीपालं समुच्चाट्य स्वमायया । स्थित्वा पादोदके तीर्थे केशवाख्य स्वरूपतः
Par sa propre puissance divine, il chassa le roi nommé Divo-dāsa ; puis, demeurant au tīrtha de Pādodaka, il y resta sous la forme appelée Keśava.
Verse 5
महिमानं परं काश्यां विचार्य सुविचार्य च । दृष्ट्वा पंचनदं तीर्थं परां मुदमवाप ह
Après avoir longuement médité la grandeur suprême de Kāśī et avoir contemplé le tīrtha sacré de Pañcanada, il atteignit vraiment la joie la plus haute.
Verse 6
उवाच च प्रसन्नात्मा पुंडरीकविलोचनः । अगण्या अपि वैकुंठ गुणा विगणिता मया
Alors le Seigneur aux yeux de lotus, l’âme apaisée, parla : «Ô Vaikuṇṭha, bien que tes vertus soient vraiment innombrables, je les ai comptées».
Verse 7
क्व क्षीरनीरधौ संति तावंतो निर्मला गुणाः । यावंतो विजयं तेत्र काश्यां पंचनदे ह्रदे
Où, dans l’Océan de Lait, trouve-t-on autant de vertus sans tache que les victoires qui sont ici, à Kāśī, au lac de Pañcanada ?
Verse 8
श्वेतद्वीपेपि सामग्री क्व गुणानां गरीयसी । ईदृशी यादृशी काश्यां धूतपापेस्ति पावनी
Même à Śvetadvīpa, où donc est une telle plénitude sublime de vertus ? Car une purificatrice comme Dhūtapāpā, telle qu’elle se trouve à Kāśī, n’existe nulle part ailleurs.
Verse 9
मुदे कौमोदकी स्पर्शस्तथा न मम जायते धूतपापांबु संपर्को यथा भवति सर्वथा
Même le toucher de Kaumodakī, ma massue, si délicieux soit-il, ne m’apporte pas une joie telle que le contact, en toute manière, avec les eaux de Dhūtapāpā.
Verse 10
न क्षीरनीरधिजया सुखं मे श्लिष्टगात्रया । तथा भवेद्यथात्र स्यात्स्पृष्टया धूतपापया
La joie que je reçois en étreignant le Vainqueur de l’Océan de Lait n’égale pas la joie qui naît ici lorsque Dhūtapāpā, celle qui dissipe les péchés, me touche.
Verse 11
इत्थं पंचनदे तीर्थे क्षीरनीरधिजाधवः । संप्रेष्य तार्क्ष्यं त्र्यक्षाग्रे वृत्तांतविनिवेदितुम्
Ainsi, au gué sacré de Pañcanada, ce Seigneur Mādhava—né de l’Océan de Lait—dépêcha Tārkṣya (Garuḍa) auprès du Seigneur aux Trois Yeux (Śiva) pour lui rapporter tout ce qui s’était passé.
Verse 12
आनंदकाननभवं दिवोदास क्षमापतेः । संवर्णयन्गुणग्रामं पुण्यं पांचनदोद्भवम्
Il décrivit l’amas de vertus—saintes et dispensatrices de mérite—nées de Pañcanada, et les rattacha au roi Divodāsa, seigneur du pays, lié à Ānandavana, la «Forêt de Béatitude» de Kāśī.
Verse 13
सुखोपविष्टः संहृष्टः सुदृष्टिर्विष्टरश्रवाः । दृष्टवांस्तपसा जुष्टमपुष्टांगं तपोधनम्
Assis à l’aise et rempli d’allégresse, le voyant au regard propice—Viṣṭaraśravā—aperçut le trésor de l’ascèse : un sage au corps maigre, mais sanctifié et affermi par les austérités.
Verse 14
स ऋषिस्तं समभ्येत्य पुंडरीकाक्षमच्युतम् । उपोपविष्टकमलं वनमालाविराजितम्
Ce sage s’approcha de Lui—Puṇḍarīkākṣa, l’Infaillible (Acyuta)—assis sur un lotus et resplendissant, paré de la guirlande sylvestre (vanamālā).
Verse 15
शंखपद्मगदाचक्र चंचत्करचतुष्टयम् । कौस्तुभोद्भासितोरस्कं पीतकौशेयवाससम्
Ses quatre mains, en mouvement, portaient conque, lotus, massue et disque ; sa poitrine resplendissait du joyau Kaustubha, et il était vêtu de soie jaune.
Verse 16
सुनीलेंदीवररुचिं सुस्निग्ध मधुराकृतिम् । नाभीह्रदलसत्पद्म सुपाटलरदच्छदम्
Son éclat était tel un lotus d’un bleu profond ; sa forme, lisse et d’une douceur exquise. Du lac de son nombril resplendissait le lotus, et ses lèvres, couvrant de belles dents rosées, étaient ravissantes.
Verse 17
दाडिमीबीजदशनं किरीटद्योतितांबरम् । देवेंद्रवंदितपदं सनकादिपरिष्टुतम्
Ses dents étaient comme des graines de grenade ; ses vêtements brillaient sous sa couronne. Ses pieds étaient vénérés par Indra, et il était loué par Sanaka et les autres sages primordiaux.
Verse 18
दिव्यर्षिभिर्नारदाद्यैः परिगीतमहोदयम् । प्रह्लादाद्यैर्भागवतैः परिनंदितमानसम्
Sa gloire suprême était chantée par les voyants divins, à commencer par Nārada ; et son cœur était réjoui et célébré par les dévots, à commencer par Prahlāda, les grands Bhāgavata.
Verse 19
धृतशार्ङ्गधनुर्दंडं दंडिताखिलदानवम् । मधुकैटभहंतारं कंसविध्वंससूचकम्
Il portait la puissance, telle un bâton, de l’arc Śārṅga, châtiant tous les démons ; meurtrier de Madhu et de Kaiṭabha, signe même et héraut de la ruine de Kaṃsa.
Verse 20
कैवल्यं यत्परं ब्रह्म निराकारमगोचरम् । तं पुं मूर्त्या परिणतं भक्तानां भक्तिहेतुतः
Ce Brahman suprême—la Délivrance même—sans forme et hors de portée des sens : cette Réalité prend une forme incarnée pour les dévots, comme cause et soutien de leur bhakti.
Verse 21
वेदाविदुर्यदाकारं नैवोपनिषदोदितम् । ब्रह्माद्या न च गीर्वाणाश्चक्रे नेत्रातिथिं सतम्
Cette forme que même les Veda ne connaissent pas pleinement, que les Upaniṣad ne proclament pas jusqu’au bout—ni Brahmā et les autres dieux, ni les multitudes des Deva, ne purent faire de Lui un durable « hôte des yeux », entièrement visible et saisissable.
Verse 22
प्रणनाम मुदायुक्तः क्षितिविन्यस्तमस्तकः । स ऋषिस्तं हृषीकेशमग्निबिंदुर्महातपाः
Empli de joie, posant la tête sur la terre en signe de révérence, le grand ascète, le ṛṣi Agnibiṃdu, se prosterna devant Hṛṣīkeśa, le Seigneur des sens.
Verse 23
तुष्टाव परया भक्त्या मौलिबद्धकरांजलिः । अध्यस्तविस्तीर्णशिलं बलिध्वंसिनमच्युतम्
Avec une dévotion suprême, les mains jointes et portées au front, il Le loua : Acyuta, le destructeur de Bali, assis sur une large dalle de pierre.
Verse 24
तत्र पंचनदाभ्याशे मार्कंडेयादि सेविते । गोविंदमग्निबिंदुः स स्तुतवांस्तुष्टमानसः
Là, près de Pañcanadā, fréquenté par Mārkaṇḍeya et d’autres sages, Agnibiṃdu, le cœur réjoui, offrit des hymnes à Govinda.
Verse 25
अग्निबिंदुरुवाच । ॐ नमः पुंडरीकाक्ष बाह्यांतः शौचदायिने । सहस्रशीर्षा पुरुषः सहस्राक्षः सहस्रपात्
Agnibiṃdu dit : « Oṁ—hommage à Toi, Seigneur aux yeux de lotus, qui accordes la pureté au-dedans et au-dehors ; Tu es le Puruṣa cosmique aux mille têtes, mille yeux, mille pieds. »
Verse 26
नमामि ते पदद्वंद्वं सर्वद्वंद्वनिवारकम् । निर्द्वंद्वया धिया विष्णो जिष्ण्वादि सुरवंदित
Je me prosterne devant Tes deux pieds, qui écartent toute dualité ; l’esprit affranchi des contraires, je T’adore, ô Viṣṇu, honoré par Jiṣṇu (Indra) et les autres dieux.
Verse 27
यं स्तोतुं नाधिगच्छंति वाचो वाचस्पतेरपि । तमीष्टे क इह स्तोतुं भक्तिरत्र बलीयसी
Même les paroles de Vācaspati, seigneur de la parole, ne peuvent L’atteindre pour Le louer tel qu’Il est vraiment. Qui donc ici voudrait L’exalter ? Pourtant, en cela, la dévotion est la puissance la plus forte.
Verse 28
अपि यो भगवानीशो मनःप्राचामगोचरः । समादृशैरल्पधीभिः कथं स्तुत्यो वचः परः
Comment louer par des paroles le Seigneur Bienheureux, le Souverain au-delà de la portée du mental et des sens, par des êtres comme nous, si faibles d’intelligence, avec des mots si bornés ?
Verse 29
यं वाचो न विशंतीशं मनतीह मनो न यम् । मनो गिरामतीतं तं कः स्तोतुं शक्तिमान्भवेत्
Les paroles n’entrent pas en Lui, le Seigneur ; même l’esprit ici ne peut Le saisir. Il dépasse l’esprit et la parole : qui pourrait être vraiment capable de Le louer ?
Verse 30
यस्य निःश्वसितं वेदाः स षडंगपदक्रमाः । तस्य देवस्य महिमा महान्कैरवगम्यते
Les Veda ne sont que Son souffle expiré, avec leurs six auxiliaires et la récitation ordonnée. Comment, et par qui, la vaste gloire de ce Dieu pourrait-elle être vraiment comprise ?
Verse 31
अतंद्रितमनोबुद्धींद्रिया यं सनकादयः । ध्यायंतोपि हृदाकाशे न विंदंति यथार्थतः
Même les Sanaka et les autres—dont l’esprit, l’intellect et les sens demeurent sans relâche vigilants—, méditant sur Lui dans le ciel intérieur du cœur, ne Le saisissent pas en vérité tel qu’Il est.
Verse 32
नारदाद्यैर्मुनिवरैराबाल ब्रह्मचारिभिः । गीयमानचरित्रोपि न सम्यग्योधिगम्यते
Quand bien même ses hauts faits sont chantés par les plus grands sages, tels Nārada—brahmacārī dès l’enfance—, Il ne peut pourtant être compris pleinement et comme il convient.
Verse 33
तंसूक्ष्मरूपमजमव्ययमेकमाद्यं बह्माद्यगोचरमजेयमनंतशक्तिम् । नित्यं निरामयममूर्तमचिंत्यमूर्तिं कस्त्वां चराचर चराचरभिन्न वेत्ति
Qui peut Te connaître en vérité : subtil de forme, non-né, impérissable, l’Un et le Premier ; au-delà même de Brahmā et des autres ; invincible, aux puissances infinies ; éternel, sans souffrance ; sans forme, et pourtant de forme inconcevable ; Toi qui es distinct de tout le mobile et l’immobile ?
Verse 34
एकैकमेव तव नामहरेन्मुरारे जन्मार्जिताघमघिनां च महापदाढ्यम् । दद्यात्फलं च महितं महतो मखस्य जप्तं मुकुंदमधुसूदनमाधवेति
Un seul de Tes noms, ô Hari, ô Murāri, détruit les péchés amassés au fil des naissances et accorde une grande prospérité ; et lorsqu’on le psalmodie : « Mukunda, Madhusūdana, Mādhava », il confère le fruit sublime d’un grand sacrifice.
Verse 35
नारायणेति नरकार्णव तारणेति दामोदरेति मधुहेति चतुर्भुजेति । विश्वंभरेति विरजेति जनार्दनेति क्वास्तीह जन्म जपतां क्व कृतांतभीतिः
«Nārāyaṇa», «Celui qui fait traverser l’océan de l’enfer», «Dāmodara», «Tueur de Madhu», «Aux quatre bras», «Soutien de l’univers», «Sans tache», «Janārdana» — pour ceux qui psalmodient ainsi, où serait ici la renaissance, et où la crainte de la Mort ?
Verse 36
ये त्वां त्रिविक्रम सदा हृदि शीलयंति कादंबिनी रुचिर रोचिषमंबुजाक्षम् । सौदामनीविलसितांशुकवीतमूर्ते तेपि स्पृशंति तव कांतिमचिंत्यरूपाम्
Ceux qui Te chérissent sans cesse dans leur cœur, ô Trivikrama — aux yeux de lotus, rayonnant comme un beau nuage de pluie, vêtu d’étoffes qui scintillent tel l’éclair — eux aussi viennent effleurer Ta splendeur, bien que Ta forme soit inconcevable.
Verse 37
श्रीवत्सलांछनहरेच्युतकैटभारे गोविंदतार्क्ष्य रथकेशवचक्रपाणे । लक्ष्मीपते दनुजसूदन शार्ङ्गपाणे त्वद्भक्तिभाजि न भयंक्वचिदस्ति पुंसि
Ô Hari marqué du Śrīvatsa ; ô Acyuta, qui portas le fardeau contre Kaiṭabha ; ô Govinda, ô Keśava dont le char est Garuḍa, ô Porteur du Disque ; ô Seigneur de Lakṣmī, tueur des Dānavas, brandissant Śārṅga — pour l’homme qui partage la dévotion envers Toi, il n’est de crainte nulle part.
Verse 38
यैरर्चितोसि भगवंस्तुलसीप्रसूनैर्दूरीकृतैणमदसौरभदिव्यगंधैः । तानर्चयंति दिवि देवगणाःसमस्ता मंदारदामभिरलं विमलस्वभावान्
Ceux qui T’adorent, ô Seigneur, avec des fleurs de tulasī dont le parfum divin chasse même l’odeur du musc, ces dévots à la nature pure sont honorés au ciel par toutes les troupes des dieux, parés de guirlandes de fleurs de mandāra.
Verse 39
यद्वाचि नाम तव कामदमब्जनेत्र यच्छ्रोत्रयोस्तव कथा मधुराक्षराणि । यच्चित्तभित्तिलिखितं भवतोस्ति रूपं नीरूपभूपपदवी नहि तैर्दुरापा
Ceux dont la parole porte Ton Nom qui exauce les vœux, ô Seigneur aux yeux de lotus ; dont les oreilles recueillent Tes récits aux syllabes suaves ; et dont le mur de l’esprit garde Ton image inscrite — pour eux, l’état du Roi sans forme n’est point difficile à atteindre.
Verse 40
ये त्वां भजंति सततं भुविशेषशायिंस्ताञ्छ्रीपते पितृपतींद्र कुबेरमुख्याः । वृंदारका दिवि सदैव सभाजयंति स्वर्गापवर्गसुखसंततिदानदक्ष
Ceux qui Te vénèrent sans cesse—ô Śrīpati, Toi qui reposes sur la couche merveilleuse—sont à jamais honorés au ciel par les cohortes des dieux, conduites par le Seigneur des Pitṛs, par Indra et par Kubera ; car Tu es souverainement apte à donner la continuité des joies du svarga et de la délivrance.
Verse 41
ये त्वां स्तुवंति सततं दिवितान्स्तुवंति सिद्धाप्सरोमरगणा लसदब्जपाणे । विश्राणयत्यखिलसिद्धिदकोविना त्वां निर्वाणचारुकमलां कमलायताक्ष
Ceux qui Te louent sans cesse sont loués au ciel par les cohortes éclatantes des Siddhas, des Apsaras et des êtres divins—ô Toi dont la main porte le lotus resplendissant. Car qui, hormis Toi, peut dispenser toutes les réussites et offrir le beau lotus du nirvāṇa, ô Seigneur aux yeux de lotus ?
Verse 42
त्वं हंसि पासि सृजसि क्षणतः स्वलीला लीलावपुर्धर विरिंचिनतांघ्रियुग्म । विश्वं त्वमेव परविश्वपतिस्त्वमेव विश्वस्यबीजमसि तत्प्रणतोस्मि नित्यम्
En un instant, par Ton propre jeu, Tu détruis, Tu protèges et Tu crées—ô Toi dont la forme est la līlā divine, devant les deux pieds duquel même Brahmā s’incline. Toi seul es cet univers ; Toi seul es le Souverain suprême de l’univers ; Tu es la semence de tout ce qui est. C’est pourquoi je me prosterne devant Toi à jamais.
Verse 43
स्तोता त्वमेव दनुजेंद्ररिपो स्तुतिस्त्वं स्तुत्यस्त्वमेव सकलं हि भवानिहैकः । त्वत्तो न किंचिदपि भिन्नमवैमि विष्णो तृष्णां सदा कृणुहि मे भवजांभवारे
Toi seul es l’adorateur, ô ennemi du seigneur des Dānavas ; Toi es l’hymne lui-même ; Toi seul es digne d’être loué, car en vérité ici tout n’est que Toi. Je ne reconnais rien comme séparé de Toi, ô Viṣṇu. Dans l’océan du devenir mondain, fais que ma soif demeure toujours tournée vers Toi.
Verse 44
इति स्तुत्वा हृषीकेशमग्निबिंदुर्महातपाः । तस्थौ तूष्णीं ततो विष्णुरुवाच वरदो मुनिम्
L’ayant ainsi loué, Hṛṣīkeśa, le grand ascète Agnibindu demeura silencieux. Alors Viṣṇu, dispensateur de grâces, s’adressa au sage.
Verse 45
श्रीविष्णुरुवाच । अग्निबिंदो महाप्राज्ञ महता तपसांनिधे । वरं वरय सुप्रीतस्तवादेयं न किंचन
Śrī Viṣṇu dit : «Ô Agnibindu, très sage, trésor d’austérités puissantes, choisis une grâce. Je suis pleinement satisfait ; rien de ce qui te concerne n’est impossible à accorder.»
Verse 46
अग्निबिंदुरुवाच । यदि प्रीतोसि भगवन्वैकुंठेश जगत्पते । कमलाकांत तद्देहि यदिह प्रार्थयाम्यहम्
Agnibindu dit : «Si Tu es satisfait, ô Seigneur—Maître de Vaikuṇṭha, Seigneur du monde, Bien-aimé de Kamalā—accorde-moi ce que je Te demande ici.»
Verse 47
कृतानुज्ञोथ हरिणा भ्रूभंगेन स तापसः । कृतप्रणामो हृष्टात्मा वरयामास केशवम्
Alors l’ascète, ayant reçu l’assentiment de Hari par un simple mouvement du sourcil, se prosterna ; le cœur en joie, il s’avança pour demander une grâce à Keśava.
Verse 48
भगवन्सर्वगोपीह तिष्ठ पंचनदे ह्रदे । हिताय सर्व जंतूनां मुमुक्षूणां विशेषतः
Ô Seigneur qui pénètres tout, demeure ici, au lac de Pañcanada, pour le bien de tous les êtres, et tout particulièrement de ceux qui aspirent à la délivrance.
Verse 49
लक्ष्मीशे न वरो मह्यमेष देयोऽविचारतः । नान्यं वरं समीहेहं भक्तिं च त्वपदांबुजे
Ô Seigneur de Lakṣmī, je ne désire aucune autre grâce. Que ceci seul soit accordé sans hésitation : je ne cherche que la dévotion à Tes pieds de lotus.
Verse 50
इति श्रुत्वा वरं तस्याग्निबिंदोर्मधुसूदनः । प्रीतः परोपकारार्थं तथेत्याहाब्धिजापतिः
Ayant entendu cette grâce demandée par Agnibindu, Madhusūdana, comblé de joie et pour le bien d’autrui, répondit : « Qu’il en soit ainsi », ô Seigneur, époux de la Déesse née de l’Océan.
Verse 51
श्रीविष्णुरुवाच । अग्निबिंदो मुनिश्रेष्ठ स्थास्याम्यहमिह ध्रुवम् । काशीभक्तिमतां पुंसां मुक्तिमार्गं समादिशन्
Śrī Viṣṇu dit : « Ô Agnibindu, le meilleur des sages, je demeurerai ici à jamais, fermement établi, enseignant la voie de la délivrance aux hommes dévoués à Kāśī ».
Verse 52
मुने पुनः प्रसन्नोस्मि वरं ब्रूहि ददामि ते । अतीव मम भक्तोसि भक्तिस्तेस्तु दृढा मयि
« Ô sage, de nouveau je suis satisfait. Dis une grâce : je te l’accorderai. Tu es grandement mon dévot ; que ta dévotion envers moi soit inébranlable ».
Verse 53
आदावेव हि तिष्ठासुरहमत्र तपोनिधे । ततस्त्वया समभ्यर्थि स्थास्याम्यत्र सदैव हि
« En vérité, dès l’origine je voulais demeurer ici, ô trésor d’ascèse. Et lorsque tu m’en as fait la prière, je resterai ici à jamais ».
Verse 54
प्राप्य काशीं सुदुर्मेधाः कस्त्यजेज्ज्ञानवान्यदि । अनर्घ्यं प्राप्य माणिक्यं हित्वा काचं क ईहते
Parvenu à Kāśī, qui donc, s’il est vraiment sage, l’abandonnerait ? Ayant obtenu un rubis sans prix, qui le jetterait pour convoiter du simple verre ?
Verse 55
अल्पीयसा श्रमेणेह वपुषो व्ययमात्रतः । अवश्यं गत्वरस्याशु यथामुक्तिस्तथा क्व हि
Ici, avec un effort infime—par le seul abandon du corps qui doit bientôt s’en aller—où donc obtient-on la délivrance aussi sûrement et aussi vite qu’en ce lieu ?
Verse 56
विनिमय्य जराजीर्णं देहं पार्थिवमत्र वै । प्राज्ञाः किमु न गृह्णीयुरमृतं नैर्जरं वपुः
Ayant échangé ici ce corps terrestre, usé par la vieillesse, les sages n’accueilleraient-ils pas un corps immortel, exempt de mort ?
Verse 57
न तपोभिर्न वा दानैर्न यज्ञैर्बहुदक्षिणैः । अन्यत्र लभ्यते मोक्षो यथा काश्यां तनु व्ययात्
Ni par les austérités, ni par les dons, ni par des sacrifices riches en offrandes, on n’obtient ailleurs la délivrance comme à Kāśī : par le seul abandon du corps.
Verse 58
अपि योगं हि युंजाना योगिनो यतमानसाः । नैकेनजन्मना मुक्ताः काश्यां मुक्ता वपुर्व्ययात्
Même les yogins qui s’adonnent au yoga, l’esprit maîtrisé, ne sont pas délivrés en une seule vie ; mais à Kāśī, ils sont libérés par le seul abandon du corps.
Verse 59
इदमेव महादानमिदमेव महत्तपः । इदमेव व्रतं श्रेष्ठं यत्काश्यां म्रियते तनुः
Ceci seul est le grand don ; ceci seul est la grande austérité ; ceci seul est le vœu le plus excellent : que le corps rencontre la mort à Kāśī.
Verse 60
स एव विद्वाञ्जगति स एव विजितेंद्रियः । स एव पुण्यवान्धन्यो लब्ध्वा काशीं न यस्त्यजेत्
Lui seul est vraiment sage dans le monde; lui seul a vaincu ses sens; lui seul est méritant et béni—celui qui, ayant obtenu Kāśī, ne l’abandonne pas.
Verse 61
तावत्स्थास्याम्यहं चात्र यावत्काशी मुने त्विह । प्रलयेपि न नाशोस्याः शिवशूलाग्र सुस्थितेः
«Ô sage, je demeurerai établi ici tant que Kāśī subsistera. Même lors de la dissolution cosmique, elle n’est pas détruite, car elle repose fermement sur la pointe même du trident de Śiva.»
Verse 62
इत्याकर्ण्य गिरं विष्णोरग्निबिंदुर्महामुनिः । प्रहृष्टरोमा प्रोवाच पुनरन्यं वरं वृणे
Entendant ces paroles de Viṣṇu, le grand sage Agnibindu—les poils hérissés de joie—parla de nouveau : «Je choisis encore une autre grâce.»
Verse 63
मापते मम नाम्नात्र तीर्थे पंचनदे शुभे । अभक्तेभ्योपि भक्तेभ्यः स्थितो मुक्तिं सदादिश
«Ô Seigneur, en ce tīrtha auspicious de Pañcanada, que ce lieu sacré porte mon nom. Et demeurant ici, accorde sans cesse la délivrance—aux dévots, et même à ceux qui sont sans dévotion.»
Verse 64
येत्र पंचनदे स्नात्वा गत्वा देशांतरेष्वपि । नरा पंचत्वमापन्ना मुक्तिं तेभ्योपि वै दिश
«Et ceux qui se baignent ici à Pañcanada puis partent vers d’autres contrées—s’ils rencontrent ensuite la mort ailleurs—accorde-leur aussi la délivrance.»
Verse 65
येतु पंचनदे स्नात्वा त्वां भजिष्यंति मानवाः । चलाचलापि द्वैरूपा मा त्याक्षीच्छ्रीश्च तान्नरान्
Mais ceux qui, après s’être baignés à Pañcanada, t’adoreront—que Śrī (Lakṣmī), bien que de nature double, changeante et stable, n’abandonne jamais ces hommes.
Verse 66
श्रीविष्णुरुवाच । एवमस्त्वग्निबिंदोत्र भवता यद्वृतंमुने । त्वन्नाम्नोऽर्धेन मे नाम मया सह भविष्यति
Śrī Viṣṇu dit : «Qu’il en soit ainsi, ô Agnibindu. Ô sage, selon le vœu que tu as choisi ici, mon nom sera joint à la moitié de ton nom».
Verse 67
बिंदुमाधव इत्याख्या मम त्रैलोक्यविश्रुता । काश्यां भविष्यति मुने महापापौघ घातिनी
Ô sage, à Kāśī paraîtra mon nom illustre «Bindu-Mādhava», renommé dans les trois mondes, destructeur des vastes flots des grands péchés.
Verse 68
ये मामत्र नराः पुण्याः पुण्ये पंचनदे ह्रदे । सदा सपर्ययिष्यंति तेषां संसारभीः कुतः
Ceux qui sont vertueux et qui, ici, au bassin sacré de Pañcanada, m’adoreront sans cesse—comment la crainte du saṃsāra pourrait-elle demeurer en eux ?
Verse 69
वसुस्वरूपिणी लक्ष्मीर्लक्ष्मीर्निर्वाणसंज्ञिका । तत्पार्श्वगा सदा येषां हृदि पंचनदे ह्यहम्
Lakṣmī, dont la forme est la richesse (vasu), et Lakṣmī dite «Nirvāṇa»—elle se tient toujours auprès de ceux dans le cœur desquels je demeure ici, à Pañcanada.
Verse 70
यैर्न पंचनदं प्राप्य वसुभिः प्रीणिता द्विजाः । आशुलभ्यविपत्तीनां तेषां तद्वसुरोदिति
Mais ceux qui, sans atteindre Pañcanada, n’ont pas réjoui les deux-fois-nés (brāhmaṇa) par des dons, voient vite surgir pour eux les malheurs ; pour eux, ce « Vasu » (richesse et auspice) s’éteint.
Verse 71
त एव धन्या लोकेस्मिन्कृतकृत्यास्त एव हि । प्राप्य यैर्मम सांनिध्यं वसवो मम सात्कृताः
Bienheureux en ce monde—et vraiment accomplis—sont ceux qui parviennent à Ma présence, et par qui les Vasus sont honorés comme il se doit, pour l’amour de Moi.
Verse 72
बिंदुतीर्थमिदं नाम तव नाम्ना भविष्यति । अग्निबिंदो मुनिश्रेष्ठ सर्वपातकनाशनम्
Ce gué sacré portera ton nom et sera appelé « Bindu-tīrtha » ; ô Agni-bindu, le plus excellent des sages, il anéantit tous les péchés.
Verse 73
कार्तिके बिंदुतीर्थे यो ब्रह्मचर्यपरायणः । स्नास्यत्यनुदिते भानौ भानुजात्तस्य भीः कुतः
Quiconque, voué au brahmacarya, se baigne à Bindu-tīrtha au mois de Kārtika avant le lever du soleil—ô fils du Soleil—comment la peur pourrait-elle demeurer en lui ?
Verse 74
अपि पापसहस्राणि कृत्वा मोहेन मानवः । ऊर्जे धर्मनदे स्नातो निष्पापो जायते क्षणात्
Même si, par égarement, un homme a commis des milliers de péchés, en se baignant dans la Dharmanadī durant Ūrja (Kārtika), il devient sans péché en un instant.
Verse 75
यावत्स्वस्थोस्ति देहोयं यावन्नेंद्रियविक्लवः । तावद्व्रतानि कुर्वीत यतो देहफलं व्रतम्
Tant que ce corps demeure sain et que les sens ne sont point défaillants, qu’on accomplisse les vœux sacrés ; car le fruit du corps s’obtient par l’observance du vrata.
Verse 76
एकभक्तेन नक्तेन तथैवायाचितेन च । उपवासेन देहोयं संशोध्यो शुचिभाजनम्
Par le repas unique, par l’observance du repas nocturne, en n’acceptant que ce qui n’a pas été sollicité, et par le jeûne—ce corps, vase voué à la pureté, doit être purifié et affiné.
Verse 77
कृच्छ्रचांद्रायणादीनि कर्तव्यानि प्रयत्नतः । अशुचिः शुचितामेति कायो यद्व्रतधारणात्
Des austérités telles que le Kṛcchra et le Cāndrāyaṇa doivent être entreprises avec effort ; car en portant les vœux, même un corps impur parvient à la pureté.
Verse 78
व्रतैः संशोधिते देहे धर्मो वसति निश्चलः । अर्थकामौ सनिर्वाणौ तत्र यत्र वृष स्थितिः
Quand le corps est purifié par les vœux, le Dharma y demeure, inébranlable ; et là—où se tient le Taureau de la droiture—se trouvent la prospérité et le désir, et même la délivrance.
Verse 79
तस्माद्व्रतानि सततं चरितव्यानि मानवैः । धर्मसान्निध्य कर्तृणि चतुर्वर्गफलेप्सुभिः
C’est pourquoi les hommes doivent pratiquer les vœux sans cesse—surtout ceux qui désirent les fruits des quatre buts de la vie—car les vœux instaurent la proximité même et la présence du Dharma.
Verse 80
सदा कर्तुं न शक्नोति व्रतानि यदि मानवः । चातुर्मास्यमनुप्राप्य तदा कुर्यात्प्रयत्नतः
Si l’homme ne peut observer des vœux en tout temps, qu’à l’arrivée de la sainte saison de Cāturmāsya il les accomplisse avec un effort redoublé.
Verse 81
भूशय्या ब्रह्मचर्यं च किंचिद्भक्ष्यनिषेधनम् । एकभक्तादि नियमो नित्यदानं स्वशक्तितः
En observant le vœu, qu’il dorme à même le sol, garde le brahmacarya, s’abstienne de certains aliments, suive des règles telles qu’un seul repas par jour, et fasse l’aumône chaque jour selon ses moyens.
Verse 82
पुराणश्रवणं चैव तदर्थाचरणं पुनः । अखंडदीपोद्बोधश्च महापूजेष्टदैवते
Qu’il écoute les Purāṇa, mette en pratique leur sens véritable, entretienne une lampe sans interruption, et accomplisse une grande pūjā pour sa divinité d’élection.
Verse 83
प्रभूतांकुरबीजाढ्ये देशे चापि गतागतम् । यत्नेन वर्जयेद्धीमान्महाधर्मविवृद्धये
Le sage qui observe le vœu doit, avec soin, éviter les allées et venues inutiles—surtout dans les lieux riches en pousses et en semences—afin que le grand dharma s’accroisse.
Verse 84
असंभाष्या न संभाष्याश्चातुर्मास्य व्रतस्थितैः । मौनं चापि सदा कार्यं तथ्यं वक्तव्यमेव वा
Ceux qui demeurent dans le vœu de Cāturmāsya ne doivent pas converser avec des personnes indignes d’entretien; qu’ils gardent le silence, ou, s’ils parlent, qu’ils ne disent que la vérité.
Verse 85
निष्पावांश्च मसूरांश्च कोद्रवान्वर्जयेद्व्रती । सदा शुचिभिरास्थेयं स्प्रष्टव्यो नाव्रती जनः
Que l’observant du vœu évite les fèves niṣpāva, les lentilles masūr et le grain kodrava. Qu’il demeure toujours auprès des êtres purs, et qu’il ne touche même pas celui qui ne suit pas le vœu.
Verse 86
दंतकेशांबरादीनि नित्यं शोध्यानि यत्नतः । अनिष्टचिंता नो कार्या व्रतिना हृद्यपि क्वचित्
Les dents, les cheveux, les vêtements et autres choses semblables doivent être purifiés chaque jour avec soin. L’observant du vœu ne doit nourrir aucune pensée nuisible ou funeste, même au fond du cœur, à aucun moment.
Verse 87
द्वादशस्वपि मासेषु व्रतिनो यत्फलं भवेत् । चातुर्मास्यव्रतभृतां तत्फलं स्यादखंडितम्
Quel que soit le fruit qu’un observant du vœu obtienne au cours des douze mois, ce même fruit devient entier et sans rupture pour ceux qui portent le vœu de Cāturmāsya.
Verse 88
चतुर्ष्वपि च मासेषु न सामर्थ्यं व्रते यदि । तदोर्जे व्रतिना भाव्यमप्यब्दफलमिच्छता
Si l’on n’a pas la force d’observer le vœu durant les quatre mois, qu’on l’observe au moins au mois d’Ūrja (Kārtika), si l’on désire le fruit d’une année entière.
Verse 89
अव्रतः कार्तिको येषां गतो मूढधियामिह । तेषां पुण्यस्य लेशोपि न भवेत्सूकरात्मनाम्
Pour les esprits obtus qui laissent passer Kārtika sans aucun vœu, il ne naît pas même une parcelle de mérite ; on les dit alors à l’âme de porc.
Verse 90
कृच्छ्रं वा चातिकृच्छ्रं वा प्राजापत्यमथापि वा । संप्राप्ते कार्तिके मासि कुर्याच्छक्त्याति पुण्यवान्
Lorsque survient le mois sacré de Kārtika, l’homme riche en mérite doit, selon ses forces, entreprendre l’austérité du kṛcchra, ou de l’atikṛcchra, ou encore la pénitence prājāpatya.
Verse 91
एकांतरं व्रतं कुर्यात्त्रिरात्र व्रतमेव वा । पंचरात्रं सप्तरात्रं संप्राप्ते कार्तिके व्रती
Quand le mois de Kārtika est arrivé, le dévot voué doit pratiquer un jeûne un jour sur deux, ou une observance de trois nuits; ou encore un vœu de cinq nuits ou de sept nuits.
Verse 92
पक्षव्रतं वा कुर्वीत मासोपोषणमेव वा । नोर्जो वंध्यो विधातव्यो व्रतिना केनचित्क्वचित्
On peut accomplir un vœu de quinzaine, ou même jeûner tout le mois. L’observance d’Ūrja (Kārtika) ne doit jamais être rendue stérile, par aucun vœuant, en aucun temps, d’aucune manière.
Verse 93
शाकाहारं पयोहारं फलाहारमथापि वा । चरेद्यवान्नाहारं वा संप्राप्ते कार्तिके व्रती
Quand Kārtika est venu, l’observant peut se nourrir de légumes, ou de lait, ou de fruits; ou bien subsister de nourriture d’orge, selon la discipline du vœu.
Verse 94
नित्यनैमित्तिकं स्नानं कुर्यादूर्जे व्रती नरः । ब्रह्मचर्यं चरेदूर्जे महाव्रतफलार्थवान्
Durant Ūrja (Kārtika), l’homme dévot doit accomplir le bain quotidien et le bain prescrit aux occasions. En Ūrja, qu’il pratique le brahmacarya, recherchant le fruit d’un grand vœu.
Verse 95
बाहुलं ब्रह्मचर्येण यः क्षिपेच्छुचिमानसः । समस्तं हायनं तेन ब्रह्मचर्यकृतं भवेत्
Celui qui, l’esprit purifié, traverse l’abondance des jours d’Ūrja par le brahmacarya, pour lui l’année entière est comme vécue dans la continence.
Verse 96
यस्तु कार्तिकिकं मासमुपवासैः समापयेत् । अप्यब्दमपि तेनेह भवेत्सम्यगुपोषितम्
Mais celui qui achève le mois de Kārtika par des jeûnes, pour lui, ici même, une année entière est tenue pour correctement observée dans le jeûne.
Verse 97
शाकाहारपयोहारैरूर्जों यैरतिवाहितः । अखंडिता शरत्तेन तदाहारेण यापिता
Par ceux qui traversent Ūrja (Kārtika) en se nourrissant de légumes et de lait, toute la saison d’automne est soutenue sans rupture par ce régime même.
Verse 98
पत्रभोजी भवेदूर्जे कांस्यं त्याज्यं प्रयत्नतः । यो व्रती कांस्यभोजी स्यान्न तद्व्रतफलं लभेत्
En Ūrja (Kārtika), on doit manger sur des feuilles et éviter avec soin les vases de bronze. Le dévot qui mange dans le bronze n’obtient pas le fruit de ce vœu.
Verse 99
कांस्यस्य नियमे दद्यात्कांस्यं सर्पिः प्रपूरितम् । ऊर्जे न भक्षयेत्क्षौद्रमतिक्षुद्रगतिप्रदम्
Si l’on observe la règle d’éviter le bronze, qu’on donne en aumône un vase de bronze rempli de ghee. En Ūrja (Kārtika), qu’on ne mange pas de miel, car elle mène à une condition trop basse.
Verse 100
मधुत्यागे घृतं दद्यात्पायसं च सशर्करम् । अभ्यंगेऽभ्यवहारे च तैलमूर्जे विवर्जयेत्
En renonçant au miel, qu’on offre du ghee et un riz au lait sucré. Durant Ūrja (Kārtika), qu’on s’abstienne d’huile, pour l’onction du corps comme pour la nourriture.
Verse 110
पापांधकारसंक्रुद्धः कार्तिके दीपदानतः । क्रोधांधकारितमुखं भास्करिं स न वीक्षते
Celui que l’obscurité du péché enserre, par l’offrande de lampes en Kārtika, ne contemple plus le soleil dont le visage est voilé par la nuit de la colère.
Verse 120
एकादशीं समासाद्य प्रबोधकरणीं मम । बिंदुतीर्थकृतस्नानो रात्रौ जागरणान्वितः
Parvenu à l’Ekādaśī qui accomplit Mon éveil, après s’être baigné à Bindu-tīrtha, il demeure en veille toute la nuit.
Verse 130
तस्माद्द्वेषो न कर्तव्यो विश्वेशे परमात्मनि । विश्वेश द्वेषिणां पुंसां प्रायश्चित्तं यतो नहि
Ainsi, qu’on ne nourrisse aucune haine envers Viśveśvara, le Soi suprême; car pour ceux qui haïssent Viśveśa, il n’est vraiment point d’expiation.
Verse 140
आनंदकाननं पुण्यं पुण्यं पांचनदं ततः । ततोपि मम सान्निध्यमग्निबिंदो महामुने
Sacré est Ānandakānana; sacré aussi est Pañcanada au-delà de cela. Mais au-delà même se tient Ma présence toute proche, ô grand sage Agnibindu.
Verse 145
भविष्याण्यपि कानीह तानि मे कथयाच्युत । यानि संपूज्यते भक्ताः प्राप्स्यंति कृतकृत्यताम्
Dis-moi, ô Acyuta, quelles autres réalités sacrées doivent encore advenir ici—celles qui, dûment adorées, feront que les dévots atteignent l’accomplissement parfait du but de la vie.