
Le chapitre s’ouvre sur la demande d’Agastya à Skanda d’exposer la grandeur du Skandajñānoda-tīrtha et la raison pour laquelle Jñānavāpī est louée jusque parmi les êtres célestes. Skanda en rapporte l’origine : dans un âge ancien, Īśāna (forme de Rudra) pénètre le champ sacré de Kāśī, voit un mahāliṅga resplendissant, adoré par des siddha, des yogin, des gandharva et des serviteurs divins, et décide de le baigner d’une eau fraîche. Il creuse alors un kuṇḍa avec son trident, fait jaillir d’immenses eaux souterraines et accomplit des abhiṣeka répétés au moyen de milliers de filets d’eau et de vases. Śiva, satisfait, accorde une grâce; Īśāna demande que ce tīrtha incomparable porte le nom de Śiva. Śiva le proclame suprême Śiva-tīrtha, interprète « Śivajñāna » comme la connaissance liquéfiée par la majesté divine, établit le nom Jñānoda et promet la purification par la seule vision, ainsi que des mérites équivalents à de grands sacrifices par le contact et la gorgée de cette eau. Le chapitre précise les fruits rituels et éthiques : le śrāddha et le piṇḍadāna accomplis ici multiplient le mérite pour les ancêtres, avec des comparaisons à Gayā, Puṣkara et Kurukṣetra. Le jeûne aux jours d’aṣṭamī/caturdaśī, et l’upavāsa d’ekādaśī avec des gorgées mesurées, conduisent à la réalisation intérieure du liṅga. Il est aussi dit que l’eau du tīrtha de Śiva a un pouvoir apotropaïque : êtres nuisibles et maladies s’apaisent à sa vue; et que baigner le liṅga avec l’eau de Jñānoda équivaut à le baigner avec les eaux de tous les tīrtha. Skanda passe ensuite à un itihāsa ancien lié à Jñānavāpī : une famille de brahmanes et une fille d’une vertu exceptionnelle, vouée aux bains répétés et au service du temple. Un enlèvement tenté par un vidyādhara, une rencontre violente avec un rākṣasa, des morts et des continuités karmiques sont rapportés; puis, dans des existences ultérieures, la dévotion se recentre sur le liṅga-arcana, la vibhūti et le rudrākṣa plutôt que sur les parures mondaines. La fin déroule une suite quasi cataloguée de tīrtha et de sanctuaires avec leurs mérites, renforçant la fonction de cartographie sacrée de Kāśī propre à ce chapitre.
Verse 1
अगस्त्य उवाच । स्कंदज्ञानोदतीर्थस्य माहात्म्यं वद सांप्रतम् । ज्ञानवापीं प्रशंसंति यतः स्वर्गौकसोप्यलम्
Agastya dit : Dis à présent la grandeur du Tīrtha Skanda-Jñānoda. Car ils louent hautement Jñānavāpī, au point que même les habitants du ciel l’exaltent.
Verse 2
स्कंद उवाच । घटोद्भव महाप्राज्ञ शृणु पापप्रणोदिनीम् । ज्ञानवाप्याः समुत्पत्तिं कथ्यमानां मयाधुना
Skanda dit : Ô sage né du vase, écoute : je vais maintenant raconter l’origine de Jñānavāpī, celle qui chasse les péchés.
Verse 3
अनादिसिद्धे संसारे पुरा देवयुगे मुने । प्राप्तः कुतश्चिदीशानश्चरन्स्वैरमितस्ततः
Ô sage, dans ce monde sans commencement, établi de toute éternité, jadis, à l’âge des dieux, Īśāna survint d’on ne sait où, errant librement çà et là.
Verse 4
न वर्षंति यदाभ्राणि न प्रावर्तंत निम्रगाः । जलाभिलाषो न यदा स्नानपानादि कर्मणि
Quand les nuages ne versent plus la pluie et que les rivières cessent de couler—quand même le désir d’eau s’éteint pour des actes tels que se baigner et boire—(alors le monde tombe dans la détresse).
Verse 5
क्षारस्वादूदयोरेव यदासीज्जलदर्शनम् । प्रथिव्यां नरसंचारे वतर्माने क्वचित्क्वचित्
Quand sur la terre, au milieu des errances des hommes, l’eau ne se voyait plus que par endroits—ici ou là—et seulement tantôt salée, tantôt douce—(la pénurie d’eau devenait manifeste).
Verse 6
निर्वाणकमलाक्षेत्रं श्रीमदानंदकाननम् । महाश्मशानं सर्वेषां बीजानां परमूषरम्
C’est le champ de lotus du nirvāṇa, la forêt glorieuse de la béatitude ; le grand lieu de crémation où, pour toutes les semences du karma, il devient la suprême terre stérile où rien ne germe.
Verse 7
महाशयनसुप्तानां जंतूनां प्रतिबोधकम् । संसारसागरावर्त पतज्जंतुतरंडकम्
Il réveille les êtres endormis sur le grand lit de l’ignorance ; il est le radeau de vie pour les créatures qui tombent dans les tourbillons de l’océan du saṃsāra.
Verse 8
यातायातातिसंखिन्न जंतुविश्राममंडपम । अनेकजन्मगुणित कर्मसूत्रच्छिदाक्षुरम्
C’est un pavillon de repos pour les êtres accablés par l’incessant va-et-vient ; c’est la lame acérée qui tranche le fil du karma tissé au long de maintes naissances.
Verse 9
सच्चिदानंदनिलयं परब्रह्मरसायनम् । सुखसंतानजनकं मोक्षसाधनसिद्धिदम्
C’est le séjour de Sat–Cit–Ānanda, l’élixir du Brahman suprême ; il engendre une lignée ininterrompue de joie et accorde l’accomplissement des moyens de la délivrance (mokṣa).
Verse 10
प्रविश्य क्षेत्रमेतत्स ईशानो जटिलस्तदा । लसत्त्रिशूलविमलरश्मिजालसमाकुलः
Alors le Seigneur, Īśāna aux cheveux emmêlés, entra dans ce lieu sacré, rayonnant, enveloppé d’un réseau de purs faisceaux jaillissant de son triśūla étincelant.
Verse 11
आलुलोके महालिंगं वैकुंठपरमेष्ठिनोः । महाहमहमिकायां प्रादुरास यदादितः
Il contempla le grand Liṅga, qui s’était d’abord manifesté lors du puissant affrontement du « moi, moi » (orgueil) entre le Seigneur de Vaikuṇṭha et le Parameṣṭhin (Brahmā).
Verse 12
ज्योतिर्मयीभिर्मालाभिः परितः परिवेष्टितम् । वृंदैर्वृंदारकर्षीणां गणानां च निरंतरम्
Il était ceint de toutes parts de guirlandes faites de lumière, et sans cesse servi par des cohortes d’êtres divins et par les gaṇas de Śiva.
Verse 13
सिद्धानां योगिनां स्तोमैरर्च्यमानं निरंतरम् । गीयमानं च गंधर्वैः स्तूयमानं च चारणैः
Il était sans cesse adoré par des multitudes de Siddhas et de Yogins, chanté par les Gandharvas et loué par les Cāraṇas.
Verse 14
अंगहारैरप्सरोभिः सेव्यमानमनेकधा । नीराज्यमानं सततं नागीभिर्मणिदीपकैः
Il était servi de mille façons par les Apsarasas aux mouvements de danse gracieux, et sans cesse honoré par les Nāgīs par l’offrande de lumières tournoyantes, avec des lampes semblables à des joyaux.
Verse 15
विद्याधरीकिन्नरीभिस्त्रिकालं कृतमंडनम् । अमरीचमरीराजि वीज्यमानमितस्ततः
Orné trois fois par jour par les Vidyādharīs et les Kinnarīs, il était éventé de toutes parts par des troupes de femmes célestes, rayonnantes et miroitantes.
Verse 16
अस्येशानस्य तल्लिंगं दृष्ट्वेच्छेत्यभवत्तदा । स्नपयामि महल्लिंगं कलशैः शीतलैर्जलैः
À la vue de ce liṅga d’Īśāna, le désir naquit aussitôt : «Je baignerai ce grand liṅga avec des cruches d’eau fraîche».
Verse 17
चखान च त्रिशूलेन दक्षिणाशोपकंठतः । कुंडं प्रचंडवेगेन रुद्रोरुद्रवपुर्धरः
Alors—Rudra, revêtu d’une forme farouche de Rudra—creusa, de son trident, un bassin au côté méridional, avec une force impétueuse.
Verse 18
पृथिव्यावरणांभांसि निष्क्रांतानि तदा मुने । भूप्रमाणाद्दशगुणैर्यैरियं वसुधावृता
Alors, ô sage, jaillirent les eaux qui ceignent la terre : ces eaux par lesquelles ce monde est enveloppé, dix fois au-delà de la mesure du sol.
Verse 19
तैर्जलैः स्नापयांचक्रे त्वत्स्पृष्टैरन्यदेहिभिः । तुषारैर्जाड्यविधुरैर्जंजपूकौघहारिभिः
Avec ces eaux il accomplit l’ablution sacrée : des eaux intouchables aux autres êtres incarnés ; mais, touchées par toi, elles furent comme une rosée fraîche qui chasse l’engourdissement et disperse les nuées de moustiques.
Verse 20
सन्मनोभिरिवात्यच्छैरनच्छैर्व्योमवर्त्मवत् । ज्योत्स्नावदुज्ज्वलच्छायैः पावनैः शंभुनामवत्
Ces eaux étaient d’une limpidité extrême, telles des esprits nobles ; sans tache comme les voies du ciel ; lumineuses comme le clair de lune, et purifiantes comme les Noms mêmes de Śambhu.
Verse 21
पीयूषवत्स्वादुतरैः सुखस्पर्शैर्गवांगवत् । निष्पापधीवद्गंभीरैस्तरलैः पापिशर्मवत्
Plus douces que l’amṛta, au toucher agréable comme les membres d’une vache ; profondes comme une intelligence sans péché, et d’un courant doux, accordant le repos même au pécheur.
Verse 22
विजिताब्जमहागंधैः पाटलामोदमोदिभिः । अदृष्टपूर्वलोकानां मनोनयनहारिभिः
D’un parfum surpassant la grande senteur des lotus, réjouissant par l’arôme des fleurs de pāṭalā ; elles ravissaient l’esprit et les yeux de mondes qui n’avaient jamais vu pareilles merveilles.
Verse 23
अज्ञानतापसंतप्त प्राणिप्राणैकरक्षिभिः । पंचामृतानां कलशैः स्नपनातिफलप्रदैः
Avec des aiguières des cinq amṛta—protecteurs du souffle même des êtres brûlés par la chaleur de l’ignorance—il accomplit l’ablution sacrée, dispensant un fruit extrêmement grand.
Verse 24
श्रद्धोपस्पर्शि दृदयलिंग त्रितयहेतुभिः । अज्ञानतिमिरार्काभैर्ज्ञानदान निदायकैः
Par des actes effleurés par la foi—causes des trois marques du culte sacré—et par des offrandes de connaissance, éclatantes comme un soleil dissipant les ténèbres de l’ignorance,
Verse 25
विश्वभर्तुरुमास्पर्शसुखातिसुखकारिभिः । महावभृथसुस्नान महाशुद्धिविधायिभिः
—par ces actes qui donnent la joie suprême, lorsque Umā touche le Seigneur porteur de l’univers, et par l’excellent grand bain d’avabhṛtha qui opère une grande purification—
Verse 26
सहस्रधारैः कलशैः स ईशानो घटोद्भव । सहस्रकृत्वः स्नपयामास संहृष्टमानसः
Alors Īśāna, ô Né-du-pot (Agastya), le cœur réjoui, baigna le Seigneur encore et encore—vraiment mille fois—avec des aiguières versant en mille filets.
Verse 27
ततः प्रसन्नो भगवान्विश्वात्मा विश्वलोचनः । तमुवाच तदेशानं रुद्रं रुद्रवपुर्धरम्
Alors le Seigneur Bienheureux—Âme de l’univers, Celui qui voit tout—fut satisfait et s’adressa à cet Īśāna, à Rudra portant la forme même de Rudra.
Verse 28
तव प्रसन्नोस्मीशान कर्मणानेन सुव्रत । गुरुणानन्यपूर्वेण ममातिप्रीतिकारिणा
Ô Īśāna, Je suis comblé de joie par cet acte, ô toi au vœu noble : par un service tel celui d’un guru, sans précédent, qui M’a procuré une allégresse exceptionnelle.
Verse 29
ततस्त्वं जटिलेशान वरं ब्रूहि तपोधन । अदेयं न तवास्त्यद्य महोद्यमपरायण
Ainsi donc, ô Īśāna aux cheveux emmêlés, dis le don que tu désires, ô trésor d’austérité. Aujourd’hui, rien n’est « à ne pas donner » pour toi, ô toi voué au grand effort.
Verse 30
ईशान उवाच । यदि प्रसन्नो देवेश वरयोग्योस्म्यहं यदि । तदेतदतुलं तीर्थं तव नाम्नास्तु शंकर
Īśāna dit : «Si Tu es satisfait, ô Seigneur des dieux, et si je suis digne d’un don, alors que ce tīrtha incomparable porte Ton Nom, ô Śaṅkara».
Verse 31
विश्वेश्वर उवाच । त्रिलोक्यां यानि तीर्थानि भूर्भुवःस्वः स्थितान्यपि । तेभ्योखिलेभ्यस्तीर्थेभ्यः शिवतीर्थमिदं परम्
Viśveśvara dit : «Quels que soient les tīrthas dans les trois mondes—sur la terre, dans la région médiane et au ciel—ce Śiva-tīrtha est suprême au-dessus de tous».
Verse 32
शिवज्ञानमिति ब्रूयुः शिवशब्दार्थचिंतकाः । तच्च ज्ञानं द्रवीभूतमिह मे महिमोदयात्
Ceux qui méditent le sens du mot « Śiva » l’appellent « connaissance de Śiva ». Et cette connaissance même, par l’éclosion de Ma gloire, s’est ici comme liquéfiée, devenue présence qui s’écoule.
Verse 33
अतो ज्ञानोद नामैतत्तीर्थं त्रैलोक्यविश्रुतम् । अस्य दर्शनमात्रेण सर्वपापैः प्रमुच्यते
C’est pourquoi ce tīrtha est nommé Jñānoda, « l’Épanchement de la Connaissance », et il est renommé dans les trois mondes. Le simple fait de le contempler délivre de tous les péchés.
Verse 34
ज्ञानोदतीर्थसंस्पर्शादश्वमेधफलं लभेत् । स्पर्शनाचमनाभ्यां च राजसूयाश्वमेधयोः
Par le seul contact avec le tīrtha nommé Jñānoda, on obtient le mérite de l’Aśvamedha. Et par son toucher et par l’ācamana, en sirotant son eau, on reçoit les fruits du Rājasūya et de l’Aśvamedha.
Verse 35
फल्गुतीर्थे नरः स्नात्वा संतर्प्य च पितामहान् । यत्फलं समवाप्नोति तदत्र श्राद्धकर्मणा
Le mérite qu’un homme obtient en se baignant au Phalgu Tīrtha et en comblant les ancêtres, ce même fruit est acquis ici par l’accomplissement du śrāddha.
Verse 36
गुरुपुष्यासिताष्टम्यां व्यतीपातो यदा भवेत् । तदात्र श्राद्धकरणाद्गयाकोटिगुणं भवेत्
Lorsque le yoga de Vyatīpāta survient au huitième jour sombre (Aṣṭamī), sous Guru (Bṛhaspati) et Puṣya, alors accomplir ici le śrāddha devient dix millions de fois plus fécond que (le mérite de) Gayā.
Verse 37
यत्फलं समवाप्नोति पितॄन्संतर्प्य पुष्करे । तत्फलं कोटिगुणितं ज्ञानतीर्थे तिलोदकैः
Le mérite obtenu en comblant les ancêtres à Puṣkara, ce même fruit est multiplié par dix millions au Jñānatīrtha lorsqu’on l’offre avec l’eau mêlée de sésame.
Verse 38
सन्निहत्यां कुरुक्षेत्रे तमोग्रस्ते विवस्वति । यत्फलं पिंडदानेन तज्ज्ञानोदे दिने दिने
À Kurukṣetra, lors de l’occasion de Sannihatyā, quand le Soleil est voilé par les ténèbres (éclipse), le mérite acquis par l’offrande des piṇḍas—ce même mérite s’obtient à Jñānoda, jour après jour.
Verse 39
पिंडनिर्वपणं येषां ज्ञानतीर्थे सुतैः कृतम् । मोदंते शिवलोके ते यावदाभूतसंप्लवम्
Ceux pour qui leurs fils ont offert des piṇḍas à Jñānatīrtha se réjouissent dans le monde de Śiva jusqu’à la fin de la dissolution cosmique.
Verse 40
अष्टम्यां च चतुर्दश्यामुपवासी नरोत्तमः । प्रातः स्नात्वाथ पीतांभस्त्वंतर्लिंगमयो भवेत्
Au huitième et au quatorzième jour lunaire, le meilleur des hommes doit jeûner. Après s’être baigné à l’aube puis avoir bu l’eau, il devient intérieurement pénétré par le Liṅga (Śiva).
Verse 41
एकादश्यामुपोष्यात्र प्राश्नाति चुलुकत्रयम् । हृदये तस्य जायंते त्रीणि लिंगान्यसंशयम्
En jeûnant ici le onzième jour lunaire, il doit boire trois gorgées dans le creux de la main. Dans son cœur naissent trois Liṅgas, sans aucun doute.
Verse 42
ईशानतीर्थे यः स्नात्वा विशेषात्सोमवासरे । संतर्प्य देवर्षि पितॄन्दत्त्वा दानम स्वशक्तितः
Celui qui se baigne à Īśāna Tīrtha—surtout un lundi—après avoir satisfait les dieux, les sages et les ancêtres, et après avoir fait l’aumône selon ses moyens,
Verse 43
ततः समर्च्य श्रीलिंगं महासंभारविस्तरैः । अत्रापि दत्त्वा नानार्थान्कृतकृत्योभवेन्नरः
Ensuite, après avoir honoré comme il se doit le Liṅga sacré par des offrandes abondantes et solennelles, et après y avoir fait aussi divers dons, l’homme devient accompli : ses desseins sont réalisés.
Verse 44
उपास्य संध्यां ज्ञानोदे यत्पापं काललोपजम् । क्षणेन तदपाकृत्य ज्ञानवाञ्जायते द्विजः
En accomplissant la Sandhyā, le culte du crépuscule, à Jñānoda, tout péché né de la négligence des heures prescrites est effacé en un instant, et le deux-fois-né devient pourvu de vraie connaissance.
Verse 45
शिवतीर्थमिदं प्रोक्तं ज्ञानतीर्थमिदं शुभम् । तारकाख्यमिदं तीर्थं मोक्षतीर्थमिदं धुवम्
Ceci a été proclamé Śiva-tīrtha ; ce lieu de bon augure est un tīrtha de connaissance. Ce tīrtha est renommé « Tāraka », et il est assurément un tīrtha qui confère la délivrance.
Verse 46
स्मरणादपि पापौघो ज्ञानोदस्य क्षयेद्ध्रुवम् । दर्शनात्स्पर्शनात्स्नानात्पानाद्धर्मादिसंभवः
Même par le seul souvenir de Jñānoda, un flot de péchés s’éteint à coup sûr. En le voyant, en le touchant, en s’y baignant et en buvant ses eaux, naissent le dharma et d’autres fruits de bon augure.
Verse 47
डाकिनीशाकिनी भूतप्रेतवेतालराक्षसाः । ग्रहाः कूष्मांडझोटिंगाः कालकर्णी शिशुग्रहाः
Ḍākinīs et Śākinīs ; bhūtas, pretas, vetālas et rākṣasas ; les grahas malfaisants ; kūṣmāṇḍas et jhoṭiṅgas ; Kālakārṇī et les esprits ravisseurs d’enfants—
Verse 48
ज्वरापस्मारविस्फोटद्वितीयकचतुर्थकाः । सर्वे प्रशममायांति शिवर्तार्थजलेक्षणात्
Fièvres, épilepsie, maladies éruptives et fièvres récurrentes du deuxième et du quatrième jour : toutes s’apaisent à la vue des eaux de Śivartārtha.
Verse 49
ज्ञानोदतीर्थपानीयैर्लिंगं यः स्नापयेत्सुधीः । सर्वतीर्थोदकैस्तेन ध्रुवं संस्नापितं भवेत्
Le dévot avisé qui baigne le Śiva-liṅga avec l’eau du tīrtha de Jñānoda le baigne assurément avec les eaux de tous les tīrthas.
Verse 50
ज्ञानरूपोह मेवात्र द्रवमूर्तिं विधाय च । जाड्यविध्वंसनं कुर्यां कुर्यां ज्ञानोपदेशनम्
«Moi-même, je suis de la nature de la connaissance ; ici, prenant une forme liquide, je détruirai l’inertie de l’esprit et dispenserai l’enseignement de la vraie connaissance.»
Verse 51
इति दत्त्वा वराञ्छंभुस्तत्रैवांतरधीयत । कृतकृत्यमिवात्मानं सोप्यमंस्तत्रिशूलभृत्
Ainsi, après avoir accordé les grâces, Śambhu disparut sur-le-champ ; le Porteur du Trident se jugea comblé, comme si son dessein avait été accompli.
Verse 52
ईशानो जटिलो रुद्रस्तत्प्राश्य परमोदकम् । अवाप्तवान्परं ज्ञानं येन निर्वृतिमाप्तवान्
Īśāna —Rudra aux cheveux emmêlés—, ayant bu cette eau suprême, atteignit la connaissance la plus haute, par laquelle il obtint la paix parfaite.
Verse 53
स्कंद उवाच । कलशोद्भव चित्रार्थमितिहासं पुरातनम् । ज्ञानवाप्यां हि यद्वृत्तं तदाख्यामि निशामय
Skanda dit : «Ô Kalaśodbhava, écoute. Je vais raconter un épisode ancien et merveilleux : ce qui advint au Puits de la Connaissance (Jñānavāpī).»
Verse 54
हरिस्वामीति विख्यातः काश्यामासीद्विजः पुरा । तस्यैका तनया जाता रूपेणाऽप्रतिमा भुवि
Dans les temps anciens, à Kāśī vivait un dvija renommé, appelé Harisvāmin. Il eut une unique fille, dont la beauté sur terre était sans pareille.
Verse 55
न समा शीलसंपत्त्या तस्या काचन भूतले । कलाकलापकुशला स्वरेणजितकोकिला
Sur toute la terre, nulle femme ne l’égalait par la richesse de ses vertus. Habile en l’ensemble des arts, par la douceur de sa voix elle surpassait même le kokila.
Verse 56
न नारी तादृगस्तीह ना भरी किन्नरी न च । विद्याधरी न नो नागी गंधर्वी नासुरी न च
Ici, nulle femme ne lui ressemble : ni parmi les jeunes filles célestes, ni parmi les kinnarīs. Ni une vidyādharī, ni une nāgī, ni une gandharvī, pas même une asurī ne pouvait l’égaler.
Verse 57
निर्वाणनरसिंहोयं भक्तनिर्वाणकारणम् । मणिप्रदीपनागोयं महामणिविभूषणः
Voici Narasiṃha qui accorde la délivrance, la cause même du nirvāṇa des dévots. Voici le nāga qui resplendit tel un flambeau de joyaux, paré de grandes gemmes.
Verse 58
तदास्य शरणं यातो मन्ये दर्शभयाच्छशी । दिवापि न त्यजेत्तां तु त्रस्तश्चंडमरीचितः
Je pense que même la lune a cherché refuge en elle, de peur d’être éclipsée par son éclat. Même le jour, la lune ne la quitte pas, tremblant devant les rayons farouches du soleil.
Verse 59
तद्भ्रूर्भ्रमरराजीव गंडपत्रलतांतरे । उदंचन्न्यंचदुड्डीन गतेरभ्यासभाजिनी
Son sourcil—tel un roi des abeilles—se mouvait parmi les feuilles-lianes de ses joues, montant et descendant, comme s’il s’exerçait à l’art du vol rapide.
Verse 60
तच्चारुलोचनक्षेत्रे विचरंतौ च खंजनौ । सदैव शारदीं प्रीतिं निर्विशेते निजेच्छया
Dans le champ de ses beaux yeux, deux khanjanas semblaient errer; et, de leur propre gré, ils entraient sans cesse dans une joie d’automne.
Verse 61
सुदत्या रदनश्रेणी छेदेषु विषमेषुणा । विहिता कांचनी रेखा क्वेंदावेतावती कला
Sa belle rangée de dents—bien que marquée de séparations inégales—semblait comme si une flèche acérée y avait tracé une ligne d’or. Où la lune aurait-elle un tel art ?
Verse 62
प्रायो मदन भूपाल हर्म्य रत्नांतरे शुभे । जितप्रवालसुच्छाये तस्या रदनवाससी
Ô roi, les dents et les lèvres de cette jeune fille étaient comme un splendide palais de joyaux de Madana : rayonnant au dedans, et d’une teinte surpassant le corail éclatant.
Verse 63
स्वर्गे मर्त्ये च पाताले नैषा रेखा क्वचित्स्त्रियाम् । तत्कंठरेखात्रितय व्याजेन शपते स्मरः
Au ciel, sur la terre ou dans le monde souterrain, on ne trouve chez aucune femme de telles lignes. Et sous le prétexte des trois lignes sur son cou, même Smara, le dieu de l’Amour, semble prêter serment.
Verse 64
शंके चित्त भुवो राज्ञो लसत्पटकुटीद्वयम् । अनर्घ्यरत्नकोशाढ्यं तम्या वक्षोरुहद्वयम्
Je soupçonne que la demeure même du roi de l’Amour est devenue cette paire de pavillons d’étoffe resplendissants—ses deux seins—comme s’ils regorgeaient de coffres de joyaux inestimables.
Verse 65
अनंगभू नियमतोऽदृश्ये मध्ये नतभ्रुवः । रोमालीलक्षिकामूर्ध्वामिव यष्टिं विधिर्व्यधात्
Avec une retenue délibérée, le Créateur façonna son milieu si ténu qu’il en devient presque invisible—tel un bâton gracile—et le marqua au-dessus de la ligne du duvet, comme d’un signe.
Verse 66
तस्या नाभीदरीं प्राप्य कंदर्पोऽनंगता गतः । पुनः प्राप्तुमिवांगानि तप्यते परमं तपः
Parvenu au creux de son nombril, Kandarpa redevint «sans corps»; et, comme s’il voulait retrouver ses membres, il accomplit l’austérité la plus ardente.
Verse 67
गुरुणैतन्नितंबेन महामन्मथ दीक्षया । भुवि के के युवानो न स्वाधीना प्रापितादृशाम्
Sous le poids de ces larges hanches—comme une initiation au grand Manmatha—quel jeune homme sur terre ne serait pas amené sous l’empire d’une telle vision ?
Verse 68
ऊरुस्तंभेन चैतस्याः स्तंभवत्कस्यनो मनः । तस्तंभेन मुने वापि सुवृत्तेन सुवर्तनम्
Par la fermeté, telle une colonne, de ses cuisses, quel esprit ne serait saisi, comme figé et immobile ? Ô muni, par ce « pilier », même la marche la plus sûre d’un sage peut chanceler.
Verse 69
पादांगुष्ठनखज्योतिः प्रभया कस्य न प्रभा । विवेकजनिताऽध्वंसि मुने तस्या मृगीदृशः
Par l’éclat du ongle de son gros orteil, quelle splendeur ne serait éclipsée ? Ô muni, la ferme résolution née du discernement de cette jeune fille aux yeux de biche dissipe les charmes inférieurs.
Verse 70
सा प्रत्यहं ज्ञानवाप्यां स्नायं स्नायं शिवालये । संमार्जनादि कर्माणि कुरुतेऽनन्यमानसा
Chaque jour, elle se baigne encore et encore dans la Jñāna-vāpī ; puis, au sanctuaire de Śiva, elle accomplit des tâches telles que balayer et nettoyer, l’esprit voué à nul autre.
Verse 71
तत्पादप्रतिबिंबेषु रेखा शष्पांकुरं चरन् । नान्यद्वनांतरं याति काश्यां यूनां मनोमृगः
Broutant les tendres pousses des lignes aperçues dans les reflets de ses pieds, le « cerf de l’esprit » des jeunes hommes de Kāśī ne s’aventure vers aucun autre sentier de forêt.
Verse 72
तदास्य पंकजं हित्वा यूनां नेत्रालिमालया । न लतांतरमासेवि अप्यामोदप्रसूनयुक्
Délaissant le lotus de son visage, la guirlande d’abeilles —les yeux des jeunes hommes— ne se tourne vers aucune autre liane, fût-elle chargée de fleurs parfumées.
Verse 73
सुलोचनापि सा कन्या प्रेक्षेतास्यं न कस्यचित् । सुश्रवा अपि सा बाला नादत्ते कस्यचिद्वचः
Bien qu’elle ait de beaux yeux, cette jeune fille ne pose son regard sur le visage de personne ; bien qu’elle soit de bonne renommée, elle n’accueille les paroles de cour d’aucun homme.
Verse 74
सुशीला शीलसंपन्ना रहस्तद्विरहातुरैः । प्रार्थितापि सुरूपाढ्यैर्नाभिलाषं बबंध सा
Suśīlā, comblée de vertu et de conduite accomplie, bien qu’en secret des hommes beaux, tourmentés par l’absence d’elle, l’aient suppliée, n’attacha son désir à aucun d’eux.
Verse 75
धनैस्तस्याजनेतापि युवभिः प्रार्थितो बहु । नाशकत्तां सुलीलां सदातुं शीलोर्जितश्रियम्
Même son père, bien qu’imploré maintes fois par de jeunes hommes offrant des richesses, ne put donner cette jeune fille gracieuse ; car son éclat naissait de la droiture et de la vertu.
Verse 76
ज्ञानोदतीर्थभजनात्सा सुशीला कुमाग्किा । बहिरंतस्तदाऽद्राक्षीत्सर्वलिंगमयं जगत
Par le culte rendu au Jñānoda Tīrtha, la jeune Suśīlā perçut alors—au dedans comme au dehors—que le monde entier était imprégné de la nature du liṅga de Śiva, le Signe du Seigneur.
Verse 77
कदाचिदेकदा तां तु प्रसुप्तां सदनांगणे । मोहितो रूपसंपत्त्या कश्चिद्विद्याधरोऽहरत्
Un jour, tandis qu’elle dormait dans la cour de sa demeure, un certain Vidyādhara, ébloui par sa beauté, l’enleva et l’emporta.
Verse 78
व्योमवर्त्मनितां रात्रौ यावन्मलयपर्वतम् । स निनीषति तावच्च विद्युन्माली समागतः
Alors qu'il la portait le long du chemin céleste dans la nuit, avec l'intention de l'emmener jusqu'au mont Malaya, Vidyunmālī arriva à cet instant précis.
Verse 79
राक्षसो भीषणवपुः कपालकृतकुंडलः । वसारुधिरलिप्तांगः श्मश्रुलः पिंगलोचनः
Un rākṣasa à la forme effroyable apparut, portant des boucles d'oreilles faites de crânes, ses membres enduits de graisse et de sang, barbu, aux yeux fauves.
Verse 80
राक्षस उवाच । ममदृग्गोचरं यातो विद्याधरकुमारक । अद्य त्वामेतया सार्धं प्रेषयामि यमालयम्
Le rākṣasa dit : « Tu es entré dans mon champ de vision, ô jeune Vidyādhara. Aujourd'hui, je t'enverrai, avec cette femme, dans la demeure de Yama. »
Verse 81
इति श्रुत्वाथ सा वाक्यं व्याघ्राघ्राता मृगी यथा । चकंपेऽतीव संभीता कदलीदलवन्मुहुः
En entendant ces mots, elle trembla intensément de peur, comme une biche flairée par un tigre, s'agitant encore et encore comme une feuille de bananier.
Verse 82
निजघान त्रिशूलेन रक्षो विद्याधरं च तम् । विद्याधरकुमारोपि नितरां मधुराकृतिः
Ce rākṣasa frappa avec un trident et blessa ce Vidyādhara ; et le jeune Vidyādhara aussi, bien que d'une forme extrêmement douce et agréable, fut entraîné dans la bataille.
Verse 83
तद्भीषणत्रिशूलेन भिन्नोस्को महाबलः । जघान मुष्टिघातेन वज्रपातोपमेन तम्
Bien que sa poitrine fût fendue par ce redoutable triśūla, le puissant le frappa d’un coup de poing, tel la chute du foudre, semblable au vajra.
Verse 84
नरमांसवसामत्तं विद्युन्मालिनमाहवे । चूर्णितो मुष्टिपातेन सोऽपतद्वसुधातले
Dans la bataille, Vidyunmālin—ivre de chair et de graisse humaines—fut réduit en miettes par un seul coup de poing et tomba sur la surface de la terre.
Verse 85
राक्षसो मृत्युवशगो वज्रेणेव महीधरः । विद्याधरोपि तच्छूलघातेन विकलीकृतः
Le Rākṣasa, désormais sous l’empire de la Mort, s’effondra tel une montagne frappée par le vajra; et le Vidyādhara aussi fut estropié par le coup de cette lance.
Verse 86
उवाच गद्गदं वाक्यं विघूर्णित विलोचनः । प्रिये मुधा समानीता सुशित्यर्धोक्तिमुच्चरन्
Les yeux roulant de détresse, il parla d’une voix étranglée, laissant échapper des mots brisés : «Bien-aimée—amenée ici en vain…»,
Verse 87
जहौ प्राणान्रणे वीरस्तां प्रियां परितः स्मरन्
Sur le champ de bataille, le héros rendit son souffle, se souvenant de sa bien-aimée de tous côtés.
Verse 88
अनन्यपूर्वसंस्पर्श सुखं समनुभूय सा । तमेव च पतिं मत्वा चक्रे शोकाग्निसात्तनुम्
Ayant goûté la douceur d’un contact jamais éprouvé, elle ne le reconnut que lui pour époux ; et elle offrit son corps au feu du chagrin.
Verse 89
लिंगत्रयशरीरिण्यास्तस्याः सान्निध्यतः स हि । दिव्यं वपुः समासाद्य राक्षसस्त्रिदिवं ययौ
En vérité, par la seule proximité d’elle—qui portait les trois corps subtils—le Rākṣasa obtint une forme divine et gagna les mondes célestes.
Verse 90
रणे पणीकृतप्राणो विद्याधरसुतोपि सः । अंते प्रियां स्मरन्प्राप जनुर्मलयकेतुतः
Bien qu’il fût fils d’un Vidyādhara, ayant mis sa vie même en gage au combat, à la fin—se souvenant de sa bien-aimée—il obtint une naissance par Malayaketu.
Verse 91
ध्यायंती सापि तं बाला विद्याधरकुमारकम् । विरहाग्नौ विसृष्टासुः कर्णाटे जन्मभागभूत्
Elle aussi, la jeune fille, ne cessait de méditer sur ce prince Vidyādhara ; ayant rendu son souffle au feu de la séparation, elle fut destinée à naître en Karṇāṭa.
Verse 92
सुतो मलयकेतोस्तां कालेन परिणीतवान् । माल्यकेतुरनंगश्रीः पित्रा दत्तां कलावतीम्
Avec le temps, le fils de Malayaketu—Mālyaketu, rayonnant de la beauté de Kāma—épousa Kalāvatī, que son père lui avait donnée.
Verse 93
सापि प्राग्वासनायोगाल्लिंगार्चनरता सती । हित्वा मलयजक्षोदं विभूतिं बह्वमंस्त वै
Par les empreintes des vies antérieures, elle aussi—chaste et dévouée—se plaisait au culte du Liṅga ; délaissant la poudre de santal, elle tenait la cendre sacrée (vibhūti) pour le bien le plus précieux.
Verse 94
मुक्ता वैदूर्य माणिक्य पुष्परागेभ्य एव सा । मेने रुद्राक्षनेपध्यमनर्घ्यं गर्भसुंदरी
Garbhasundarī jugea qu’un simple ornement de graines de rudrākṣa était plus inestimable que les perles, le vaïdūrya, les rubis et la topaze.
Verse 95
कलावती माल्यकेतुं पतिं प्राप्य पतिव्रता । अपत्यत्रितयं लेभे दिव्यभोगसमृद्धिभाक्
Kalāvatī, ayant obtenu Mālyaketu pour époux et demeurant pativratā, enfanta trois enfants et jouit d’une prospérité aux délices quasi divins.
Verse 96
एकदा कश्चिदौदीच्यो माल्यकेतुं नरेश्वरम् । चित्रकृच्चित्रपटिकां चित्रां दर्शितवानथ
Un jour, un homme du Nord, artiste, montra au roi Mālyaketu un merveilleux panneau peint.
Verse 97
सर्वसौंदर्यनिलया सर्वलक्षणसत्खनिः । अधिशेते ध्रुवं ध्वांतं तन्मौलिं ब्रध्न साध्वसात्
Elle—demeure de toute beauté, mine véritable de tous les signes fastes—vit, saisie d’une crainte soudaine, une obscurité immobile reposant sur sa couronne.
Verse 98
मुहुर्मुहुः प्रपश्यंती रहसि प्राणदेवताम् । विसस्मार स्वमपि च समाधिस्थेव योगिनी
Sans cesse, dans le secret de la solitude, elle contemplait la Divinité même de son souffle vital ; et elle oublia jusqu’à elle-même, telle une yoginī plongée en samādhi.
Verse 99
क्षणमुन्मील्य नयने कृत्वा नेत्रातिथिं पटीम् । तर्जन्यग्रमथोत्क्षिप्य स्वात्मानं समबोधयत्
Entrouvrant les yeux un instant et faisant de l’étoffe peinte l’« hôte » de son regard, elle leva ensuite la pointe de l’index et se ramena à la conscience.
Verse 100
संभेदोयमसे रम्य उपलोलार्कमग्रतः । उपश्रीकेशवपदं वरणैषा सरिद्वरा
« Voici une confluence ravissante, où le soleil tremblant se reflète sur les eaux. Ici se trouve la splendide “Empreinte de Keśava” ; et cette rivière d’exception se nomme Varaṇā. »
Verse 110
तृणीकृत्य निजं देहं यत्र राजर्षिसत्तमः । हरिश्चंद्रः सपत्नीको व्यक्रीणाद्भूरयं हि सा
Voici le lieu même où Hariścandra, le plus éminent des rājārṣi, avec son épouse, tenant son propre corps pour simple brin d’herbe, se vendit lui-même.
Verse 120
एषा मत्स्योदरी रम्या यत्स्नातो मानवोत्तमः । मातुर्जातूदरदरीं न विशेदेष निश्चयः
Ce tīrtha charmant est Matsyodarī : le meilleur des hommes qui s’y baigne n’entrera plus jamais dans la fente du sein maternel ; telle est la certitude.
Verse 130
चतुर्वेदेश्वरश्चैष चतुर्वेदधरो विधिः । लभेद्यद्वीक्षणाद्विप्रो वेदाध्ययनजं फलम्
Celui-ci est le Seigneur des quatre Veda : Brahmā, porteur des quatre Veda. Par le seul fait de le contempler, un brāhmane obtient le fruit issu de l’étude des Veda.
Verse 140
वैरोचनेश्वरश्चैष पुरः प्रह्लादकेशवात् । बलिकेशवनामासावेष नारदकेशवः
Ce sanctuaire est Vairocaneśvara. Devant Prahlāda-Keśava se tient ce Keśava nommé Bali-Keśava, également renommé ici comme Nārada-Keśava.
Verse 150
बिंदुमाधवभक्तो यस्तं यमोपि नमस्यति । प्रणवात्मा य एकोऽस्ति नादबिंदु स्वरूपधृक्
Quiconque est dévot de Bindu-Mādhava, même Yama s’incline devant lui. Car l’Unique, de la nature du Praṇava (Oṃ), demeure, revêtu de la forme de Nāda et de Bindu.
Verse 160
यस्यार्चनाल्लभेज्जंतुः प्रियत्वं सर्वजन्तुषु । इदमायतनं श्रेष्ठं मणिमाणिक्यनिर्मितम्
Par son culte, un être obtient d’être aimé parmi tous les êtres. Ce sanctuaire est suprême, façonné de gemmes et de joyaux précieux.
Verse 170
कालेश्वरकपर्दीशौ चरणावतिनिर्मलौ । ज्येष्ठेश्वरो नितंबश्च नाभिर्वै मध्यमेश्वरः
Kāleśvara et Kapardīśa sont les purs gardiens aux pieds. Jyeṣṭheśvara est aux hanches, et au nombril, en vérité, se tient Madhyameśvara.
Verse 180
अशोकाख्यमिदं तीर्थं गंगाकेशव एष वै । मोक्षद्वारमिदं श्रेष्ठं स्वर्ग द्वारमिदं विदुः
Ce tīrtha nommé Aśoka est en vérité Gaṅgā-Keśava. Ce lieu suprême est la « Porte de la Délivrance (mokṣa) » ; on le connaît aussi comme la « Porte du Ciel ».