
Sanātana enseigne à Nārada un cadre normatif du vrata d’Ekādaśī : préparer un maṇḍapa orné de fleurs, se baigner selon la règle, adorer Viṣṇu par mantra, homa, circumambulation, récitation de stotras, musique dévotionnelle, prosternations complètes, cris de victoire et veille nocturne. Le chapitre dresse ensuite la liste des Ekādaśī de chaque mois et de leur achèvement au Dvādaśī—généralement par un culte en seize upacāras, le repas offert aux brāhmaṇas et le don de dakṣiṇā—promettant destruction des péchés, prospérité, descendance et accès à Vaikuṇṭha. Sont particulièrement soulignés : les dons de Varūthinī (or, nourriture, vaches, etc.), le mérite de Nirjalā égal à vingt-quatre Ekādaśī, la valeur de la charité lors de Yoginī, Śayanī avec l’installation de la mūrti et l’adoration du Pauruṣa Sūkta ouvrant le Cāturmāsya, et Prabodhinī avec les rites d’« éveil » par mantras védiques et offrandes festives. La conclusion codifie la discipline de trois jours (Daśamī–Ekādaśī–Dvādaśī) : réduction des repas, restrictions d’ustensiles/aliments et observances éthiques—vérité, non-violence, pureté, évitement de la médisance et de la sensualité.
Verse 1
सनातन उवाच । एकादश्यां तु दलयोर्निराहारः समाहितः । नानापुष्पैर्मुने कृत्वा विचित्रं मण्डपं शुभम् ॥ १ ॥
Sanātana dit : «Le jour d’Ekādaśī, l’esprit recueilli et en jeûne, ô sage, qu’on façonne un maṇḍapa propice et splendide, orné de fleurs de toutes sortes».
Verse 2
स्रात्वा सम्यग्विधानेन सोपवासो जितेंद्रियः । संपूज्य विधिवद्विष्णुं श्रद्धया सुसमाहितः ॥ २ ॥
Après s’être baigné correctement selon la règle prescrite, en jeûnant et en maîtrisant les sens, qu’on adore le Seigneur Viṣṇu selon l’ordre rituel—ferme, avec foi, et l’esprit parfaitement recueilli.
Verse 3
उपचारैर्बहुविधैर्जपैर्होमैः प्रदक्षिणैः । स्तोत्रपाठैर्बहुविधैर्गीतवाद्यैर्मनोहरैः ॥ ३ ॥
Par de nombreux services rituels, par la récitation des mantras (japa), par les offrandes au feu (homa), par les circumambulations (pradakṣiṇā), par diverses lectures d’hymnes, et par le chant et la musique instrumentale charmants—(ainsi le Seigneur est adoré).
Verse 4
दंडवत्प्रणिपातैश्च जयशब्दैर्मनोहरैः । रात्रौ जागरणं कृत्वा याति विष्णोः परं पदम् ॥ ४ ॥
Par des prosternations complètes comme un bâton (daṇḍavat) et par de suaves acclamations de « Victoire ! », et en veillant toute la nuit, on atteint la demeure suprême de Viṣṇu.
Verse 5
चैत्रस्य शुक्लैकादश्यां सोपवासो नरोत्तमः । कृत्वा च नियमान्सर्वान्वक्ष्यमाणान्दिनत्रये ॥ ५ ॥
Au jour d’Ekādaśī (onzième) de la quinzaine claire du mois de Caitra, ô meilleur des hommes, qu’on observe le jeûne ; et, après avoir entrepris toutes les disciplines qui seront exposées, qu’on les suive durant trois jours.
Verse 6
द्वादश्यामर्चयेद्भक्तया वासुदेवं सनातनम् । उपचारैः षोडशभिस्ततः संभोज्य बांधवान् ॥ ६ ॥
Au jour de Dvādaśī, qu’on adore avec bhakti l’éternel Vāsudeva, en offrant les seize services rituels ; ensuite, qu’on nourrisse ses proches.
Verse 7
दत्वा च दक्षिणां तेभ्यो विसृज्याश्नीत च स्वयम् ॥ । इयं तु कामदा नाम सर्वपातकनाशिनी ॥ ७ ॥
Après leur avoir offert la dakṣiṇā prescrite, qu’on les congédie avec respect, puis qu’on prenne soi-même le repas. Cette observance est appelée « Kāmadā » et elle détruit tous les péchés.
Verse 8
भुक्तिमुक्तिप्रदा विप्र भक्त्या सम्यगुपोषिता । वैशाखकृष्णैकादश्यां समुपोष्य विधानतः ॥ ८ ॥
Ô brāhmane, lorsque ce jeûne est observé avec bhakti, correctement et selon le rite prescrit, lors de la Kṛṣṇa Ekādaśī du mois de Vaiśākha, il accorde à la fois la jouissance en ce monde et la délivrance.
Verse 9
वरूथिनीं परदिने पूजयेन्मृधुसूदनम् । स्वर्णान्नकन्याधेनूनां दानमत्र प्रशस्यते ॥ ९ ॥
Le lendemain de l’observance de Varūthinī, qu’on adore Madhusūdana (Viṣṇu). En ce cadre, on loue tout particulièrement le don d’or, de nourriture cuite, le don d’une jeune fille en mariage selon le dharma, et de vaches.
Verse 10
वरूथिनीव्रतं कृत्वा नरो नियमतत्परः । सर्वपाप विनिर्मुक्तो वैष्णवं लभते पदम् ॥ १० ॥
Celui qui accomplit le Varūthinī Vrata avec une discipline inébranlable est délivré de tous les péchés et atteint l’état vaiṣṇava — la demeure suprême de Viṣṇu.
Verse 11
वैशाखशुक्लैकादश्यां समुपोष्य च मोहिनीम् । स्नात्वा परेऽह्नि संपूज्य गंधाद्यैः पुरुषोत्तमम् ॥ ११ ॥
Lors de l’Ekādaśī de la quinzaine claire (śukla) du mois de Vaiśākha, qu’on observe le jeûne de Mohinī Ekādaśī. Puis, le lendemain, après le bain, qu’on adore dûment Puruṣottama (le Seigneur Viṣṇu) avec des parfums et d’autres offrandes.
Verse 12
संभोज्य विप्रान्मुच्येत पातकेभ्यो न संशयः । ज्येष्ठस्य कृष्णकादश्यां समुपोष्य परां नृप ॥ १२ ॥
En nourrissant les brāhmanes, on est délivré des péchés—sans aucun doute. Et, ô roi éminent, en observant un jeûne total à l’Ekādaśī de la quinzaine sombre (Kṛṣṇa pakṣa) du mois de Jyeṣṭha, on atteint l’état spirituel suprême.
Verse 13
द्वादश्यां नैत्यिकं कृत्वा समभ्यर्च्य त्रिविक्रमम् । ततो द्विजाग्र्यान्संभोज्य दत्वा तेभ्यश्च दक्षिणाम् ॥ १३ ॥
Au jour de Dvādaśī, après avoir accompli les rites quotidiens obligatoires et adoré comme il se doit Trivikrama (Viṣṇu), qu’on nourrisse les plus éminents des deux-fois-nés (brāhmanes) et qu’on leur offre aussi la dakṣiṇā prescrite.
Verse 14
सर्वपापविनिर्मुक्तो विष्णुलोकं व्रजेन्नरः । ज्येष्ठस्य शुक्लैकादश्यां निर्जलां समुपोष्य तु ॥ १४ ॥
Celui qui observe parfaitement le jeûne Nirjalā (sans eau) à l’Ekādaśī de la quinzaine claire (Śukla pakṣa) du mois de Jyeṣṭha est affranchi de tous les péchés et parvient au monde de Viṣṇu.
Verse 15
उदयादुदयं यावद्भास्करस्य द्विजोत्तम । प्रभाते कृतनित्यस्तु द्वादश्यामुपचारकैः ॥ १५ ॥
Ô meilleur des deux-fois-nés, d’un lever du soleil jusqu’au lever suivant, après avoir accompli les devoirs du matin, au jour de Dvādaśī qu’on adore le Seigneur avec les upacāras prescrits (services rituels).
Verse 16
ह्यषीकेशं समभ्यर्च्य विप्रान् संभोज्य भक्तितः । चतुर्विंशैकादशीनां फलं यत्तत्समाप्नुयात् ॥ १६ ॥
En adorant avec bhakti Hṛṣīkeśa (Viṣṇu) et en nourrissant les brāhmanes avec respect, on obtient le mérite même que l’on dit provenir de l’observance de vingt-quatre Ekādaśī.
Verse 17
आषाढकृष्णैकादश्यां योगिनीं समुपोष्य वै । नारायणं समभ्यर्च्य द्वादश्यां कृतनित्यकः ॥ १७ ॥
En vérité, lors de la Yoginī Ekādaśī de la quinzaine sombre d’Āṣāḍha, qu’on observe le jeûne selon la règle; puis, après avoir adoré Nārāyaṇa, qu’on accomplisse en Dvādaśī les rites quotidiens prescrits.
Verse 18
ततः संभोज्य विप्राग्र्यान्दत्वा तेभ्यश्च दक्षिणाम् । सर्वदानफलं प्राप्य मोदते विष्णुमन्दिरे ॥ १८ ॥
Ensuite, après avoir nourri les plus éminents brāhmanes et leur avoir offert la dakṣiṇā prescrite, on obtient le fruit de toutes les formes de don et l’on se réjouit dans le temple-demeure de Viṣṇu.
Verse 19
आषाढशुक्लैकादश्यां यद्विधानं श्रृणुष्व तत् । उपोष्य तस्मिन् दिवसे विधिवन्मंडपे शुभे ॥ १९ ॥
Écoute maintenant la procédure prescrite pour l’Ekādaśī de la quinzaine claire d’Āṣāḍha. Après avoir jeûné ce jour-là, qu’on accomplisse les rites selon la règle dans un maṇḍapa pur et propice.
Verse 20
स्थापयेत्प्रतिमां विष्णोः शंखचक्रगदांबुजैः । लसच्चतुर्भुजामग्र्यां कांचनीं वाथ राजतीम् ॥ २० ॥
Qu’on installe une image du Seigneur Viṣṇu portant la conque, le disque, la massue et le lotus—forme éminente à quatre bras, rayonnante—faite d’or ou d’argent.
Verse 21
पीतांबरधरां शुभ्रे पर्य्यंके स्वास्तृते द्विज । ततः पंचामृतैः स्नाप्य मन्त्रैः शुद्धजलेन च ॥ २१ ॥
Ô deux-fois-né, place (la divinité) vêtue d’un vêtement jaune sur une couche pure, soigneusement étendue; puis baigne-la des cinq nectars (pañcāmṛta) et aussi d’eau pure, accompagnée de mantras.
Verse 22
पौरुषेणैव सूक्तेन ह्युपचारान् प्रकल्पयेत् । नीराजनांतान्पाद्यादींस्ततः संप्रार्थयेद्धरिम् ॥ २२ ॥
Par le seul Pauruṣa Sūkta, qu’on ordonne les actes rituels du culte (upacāras) — depuis l’offrande de l’eau pour les pieds (pādya) jusqu’au balancement des lampes (nīrājana) ; puis, qu’on prie ardemment Hari.
Verse 23
सुप्ते त्वयि जगन्नाथ जगत्सुप्तं भवेदिदम् । विबुद्धे त्वयि बुद्धं च जगत्सर्वं चराचरम् ॥ २३ ॥
Ô Jagannātha, Seigneur de l’univers ! Quand Tu dors, ce monde entier s’endort ; et quand Tu t’éveilles, toute la création, mobile et immobile, s’éveille.
Verse 24
इति संप्रार्थ्य देवाग्रे चातुर्मास्यप्रचोदितान् । नियमांस्तु यथाशक्ति गृह्णीयाद्भक्तिमान्नरः ॥ २४ ॥
Ainsi, après avoir prié comme il se doit devant le Seigneur, l’âme dévouée doit entreprendre—selon ses forces—les observances prescrites pour le Cāturmāsya, la période sacrée de quatre mois.
Verse 25
ततः प्रभाते द्वादश्यां समर्चेच्छेषशायिनम् । उपचारैः षोडशभिस्ततः संभोज्य वाडवान् ॥ २५ ॥
Ensuite, à l’aube du jour de Dvādaśī, qu’on adore dûment Viṣṇu, Celui qui repose sur Śeṣa, par les seize offrandes rituelles ; puis qu’on nourrisse les brāhmaṇas.
Verse 26
प्रतोष्य दक्षिणाभिश्च स्वयं भुञ्जीत वाग्यतः । ततः प्रभृति विप्रेंद्र गन्धाद्यैः प्रत्यहं यजेत् ॥ २६ ॥
Après avoir satisfait (les officiants) par des dakṣiṇā, dons d’honneur, qu’il prenne ensuite lui-même son repas, en maîtrisant sa parole. Dès lors, ô le meilleur des brāhmaṇas, qu’il adore chaque jour avec des parfums et d’autres offrandes.
Verse 27
कृत्वैवं विधिना विप्र देवस्य शयनीव्रतम् । भुक्तिमुक्तियुतो मर्त्यो भवेद्विष्णोः प्रसादतः ॥ २७ ॥
Ô brāhmane, le mortel qui accomplit ainsi, selon le rite prescrit, le Śayanī-vrata du Seigneur, reçoit à la fois les jouissances du monde et la délivrance, par la grâce de Viṣṇu.
Verse 28
श्रावणे कृष्णपक्षे तु एकादश्यां द्विजोत्तम । कामिकां समुपोष्यैव नियमेन नरोत्तम ॥ २८ ॥
Ô meilleur des deux-fois-nés, durant la quinzaine sombre de Śrāvaṇa, au jour d’Ekādaśī, que l’homme noble observe le jeûne de Kāmikā (Ekādaśī) avec discipline et règles prescrites.
Verse 29
द्वादश्यां कृतनित्यस्तु श्रीधरं पूजयेद्धरिम् । उपचारैः षोडश भिस्ततः संभोज्य वै द्विजान् ॥ २९ ॥
Au jour de Dvādaśī, après avoir accompli les rites quotidiens obligatoires, qu’on adore Hari, Śrīdhara, par les seize services rituels; puis qu’on nourrisse comme il se doit les deux-fois-nés (brāhmanes).
Verse 30
दत्वा च दक्षिणां तेभ्यो विसृज्याश्नीत बांधवैः । एवं यः कुरुते विप्रकामिकाव्रतमुत्तमम् ॥ ३० ॥
Après leur avoir offert la dakṣiṇā (don d’honneur) et les avoir congédiés selon le rite, qu’on prenne ensuite le repas avec ses proches. Ainsi accomplit-on correctement l’excellent vœu nommé Viprakāmikā-vrata.
Verse 31
स सर्वकामाँल्लब्ध्वेह याति विष्णोः परं पदम् । एकादश्यां नभःशुक्ले पवित्रां समुपोष्य वै ॥ ३१ ॥
Ayant obtenu ici-bas tous les buts désirés, il atteint la demeure suprême de Viṣṇu en observant comme il se doit un jeûne purificateur au jour d’Ekādaśī de la quinzaine claire du mois de Nabhas (Bhādrapada).
Verse 32
द्वादश्यां नियतो भूत्वा पूजयेच्च जनार्दनम् । उपचारैः षोडशभिस्ततः संभोज्य वाडवान् ॥ ३२ ॥
Le jour de Dvādaśī, devenu maître de soi, qu’on adore Janārdana selon les seize services rituels; puis qu’on nourrisse les brāhmaṇa.
Verse 33
दत्वा च दक्षिणां तेभ्यः पुत्रं प्राप्येह सद्गुणम् । याति विष्णोः पदं साक्षात्सर्वदेवनमस्कृतः ॥ ३३ ॥
Et après leur avoir offert la dakṣiṇā prescrite, on obtient en cette vie même un fils vertueux; et, honoré par tous les dieux, on gagne directement la demeure de Viṣṇu.
Verse 34
नभस्यकृष्णैकादश्यामजाख्यां समुपोष्य वै । अर्चेदुर्पेंद्रं द्वादश्यामुपचारैः पृथग्विधैः ॥ ३४ ॥
En vérité, après avoir observé le jeûne prescrit lors de l’Ekādaśī de la quinzaine sombre du mois de Nabhasya, dite Ajā, qu’on adore au Dvādaśī le Seigneur Upendra par des upacāra variés et distincts.
Verse 35
विप्रान्संभोज्य मिष्टान्नैर्विसृजेत्प्राप्तदक्षिणान् । एवं कृतव्रतो विप्रभक्त्याऽजायाः समाहितः ॥ ३५ ॥
Après avoir nourri les brāhmaṇa de mets doux et choisis, qu’il les congédie avec respect lorsqu’ils ont reçu la dakṣiṇā. Ainsi, le vœu accompli, il demeure paisible et recueilli, honorant les brāhmaṇa avec bhakti et l’esprit fixé sur Ajā, l’Inengendré.
Verse 36
भुक्त्वेह भोगानखिलान्यात्यंते वैष्णवं क्षयम् । नभस्यशुक्लैकादश्यां पद्माख्यां समुपोष्य वै ॥ ३६ ॥
Après avoir goûté ici tous les plaisirs du monde, on atteint finalement l’impérissable demeure vaiṣṇava, le séjour de Viṣṇu, en observant comme il se doit le jeûne de l’Ekādaśī de la quinzaine claire du mois de Nabhas (Bhādrapada), dite Padmā.
Verse 37
कृत्वा नित्यार्चनं तत्र कटिदानमथाचरेत् । पूर्वं संस्थापितायास्तु प्रतिमाया द्विजोत्तम ॥ ३७ ॥
Après avoir accompli là le culte quotidien, qu’on exécute ensuite le rite de kaṭidāna, l’offrande prescrite liée à la ceinture ou au tissu de taille. Ô meilleur des deux-fois-nés, cela s’accomplit pour une pratimā déjà dûment installée auparavant.
Verse 38
समुत्सवविधानेन नीत्वा तां सलिलाशये । कृतांबुस्पर्शनां तत्र संप्रपूज्य विधानतः ॥ ३८ ॥
Selon le rite festif (samutsava), qu’on la conduise vers un réservoir d’eau; là, après avoir accompli le geste du contact avec l’eau (ambusparśana), qu’on la vénère dûment selon les règles.
Verse 39
आनीय मण्डपे तस्मिन् वामपार्श्वेन शाययेत् । ततः प्रभाप्ते द्वादश्यां गन्धाद्यैरर्च्य वामनम् ॥ ३९ ॥
Après l’avoir amenée dans ce maṇḍapa, qu’on la fasse reposer sur le côté gauche. Puis, lorsque se lève la Dvādaśī (douzième jour lunaire), qu’on adore Vāmana avec des parfums et d’autres offrandes.
Verse 40
संभोज्य वाडवान्दत्वा दक्षिणां च विसर्जयेत् । एवं यः कुरुते विप्र पद्माव्रतमनुत्तमम् ॥ ४० ॥
Après avoir nourri (les bénéficiaires) et offert des vaches avec la dakṣiṇā (don d’honneur), qu’on conclue rituellement la cérémonie. Ainsi, ô brāhmaṇa, quiconque agit de la sorte accomplit le Padma-vrata, le vœu du Lotus, sans égal.
Verse 41
भुक्तिं प्राप्येह मुक्तिं तु लभतेंऽते प्रपंचतः । इषस्य कृष्णैका दश्यामिंदिरां समुपोष्य वै ॥ ४१ ॥
Après avoir obtenu ici les jouissances du monde, ils reçoivent finalement la libération (mokṣa) hors du cycle de l’existence. En vérité, cela advient en observant avec ferveur l’Indirā Ekādaśī, l’Ekādaśī de la quinzaine sombre du mois d’Āśvina.
Verse 42
शालग्रामशिलाग्रे तु मध्याह्ने श्राद्धमाचरेत् । विष्णोः प्रीतिकरं विप्र ततः प्रातर्हरेर्दिने ॥ ४२ ॥
À midi, qu’on accomplisse le rite de śrāddha devant la śilā de Śālagrāma ; ô brāhmane, cela réjouit Viṣṇu. Puis, au jour consacré à Hari, qu’on le fasse au matin.
Verse 43
पद्मनाभं समभ्यर्च्य भूदेवान्भोजयेत्सुधीः । विसृज्य दक्षिणां दत्वा ताँस्ततोऽश्नीत च स्वयम् ॥ ४३ ॥
Après avoir honoré Padmanābha (Viṣṇu) selon le rite, le sage doit nourrir les Bhūdevas, c’est-à-dire les brāhmanes. Les ayant congédiés avec respect et leur ayant donné la dakṣiṇā prescrite, qu’il prenne ensuite son repas lui-même.
Verse 44
एवं कृतव्रतो मर्त्यो भुक्त्वा भोगानिहेप्सितान् । पितॄणां कोटिमुद्धृत्य यात्यंते वैष्णवं गृहम् ॥ ४४ ॥
Ainsi, le mortel qui a observé le vœu selon la règle, après avoir goûté ici-bas les jouissances désirées, relève un koṭi de ses ancêtres et, en fin de compte, atteint la demeure vaiṣṇava du Seigneur Viṣṇu.
Verse 45
एकादश्यामिषे शुक्ले विप्र पाशांकुशाह्वयाम् । उपोष्य विधिवद्विष्णोर्दिने विष्णुं समर्चयेत् ॥ ४५ ॥
Ô brāhmane, lors de l’Ekādaśī de la quinzaine claire appelée Pāśāṅkuśā, qu’on jeûne ; et, au jour sacré de Viṣṇu, qu’on adore le Seigneur Viṣṇu selon la règle rituelle.
Verse 46
ततः संभोज्य विप्राग्र्यान्दत्वा तेभ्यश्च दक्षिणाम् । भक्त्या प्रणम्य विसृजेदश्नीयाच्च स्वयं ततः ॥ ४६ ॥
Ensuite, après avoir nourri les plus éminents brāhmanes et leur avoir donné la dakṣiṇā due, qu’on se prosterne devant eux avec bhakti et qu’on les congédie avec respect ; alors seulement qu’on mange soi-même.
Verse 47
एवं यः कुरुते भक्त्या नरः पाशांकुशाव्रतम् । स भुक्त्वेह वरान्भोगान्याति विष्णोः सलोकताम् ॥ ४७ ॥
Ainsi, celui qui accomplit avec bhakti le vœu de Pāśāṅkuśa jouit d’abord, en ce monde même, de bénédictions et de douceurs excellentes ; puis il obtient le Viṣṇu-salokya, la demeure dans le même royaume que le Seigneur Viṣṇu.
Verse 48
कार्तिके कृष्णपक्षे तु एकादश्यां द्विजोत्तम । रमामुपोष्य विधिवद्द्वादश्यां प्रातरर्चयेत् ॥ ४८ ॥
Ô le meilleur des deux-fois-nés, durant la quinzaine sombre de Kārtika, au jour d’Ekādaśī, qu’on observe le jeûne pour Ramā ; puis, au matin de Dvādaśī, qu’on l’adore selon le rite prescrit.
Verse 49
केशवं केशिहंतारं देवदेवं सनातनम् । भोजयेच्च ततो विप्रान्विसृजेल्लब्धदक्षिणान् ॥ ४९ ॥
Après avoir d’abord adoré Keśava — vainqueur de Keśin, Dieu des dieux, l’Éternel — qu’on nourrisse ensuite les brāhmaṇas ; puis, après qu’ils ont reçu la dakṣiṇā, qu’on les congédie avec respect.
Verse 50
एवं कृतव्रतो विप्र भोगान्भुक्त्वेह वांछितान् । व्योमयानेन सांनिध्यं लभते च रमापतेः ॥ ५० ॥
Ainsi, ô brāhmaṇa, celui qui a observé le vœu comme il se doit jouit ici des plaisirs désirés ; puis, porté par un char céleste, il obtient la proximité (sānnidhya) de Rāmāpati — Viṣṇu, Seigneur de Lakṣmī.
Verse 51
ऊर्जस्य शुक्लैकादश्यां समुपोष्य प्रबोधिनीम् । केशवं बोधयेद्रात्रौ सुप्तं गीतादिमंगलैः ॥ ५१ ॥
Au onzième jour lumineux du mois d’Ūrja (Kārttika), après avoir observé comme il se doit le jeûne de Prabodhinī, qu’on « réveille » la nuit Keśava — dit « endormi » — par des actes de bon augure tels que des chants de bhakti et d’autres célébrations sacrées.
Verse 52
ऋग्यजुःसाममंत्रैश्च वाद्यैर्नानाविधैरपि । द्राक्षेक्षुदाडिमैश्चान्यै रंभाश्रृंगाटकादिभिः ॥ ५२ ॥
Avec les mantras des Veda Ṛg, Yajur et Sāma, et aussi avec maints instruments de musique; et par des offrandes de raisins, de canne à sucre, de grenades, ainsi que d’autres présents tels que bananes et châtaignes d’eau, et autres semblables.
Verse 53
समर्पणैस्ततो रात्र्यां व्यतीतायां परेऽहनि । स्नात्वा नित्यक्रियां कृत्वा गदादामोदरं यजेत् ॥ ५३ ॥
Puis, la nuit s’étant écoulée en actes d’offrande dévotionnelle, le lendemain—après s’être baigné et avoir accompli les rites quotidiens—qu’on adore le Seigneur Dāmodara, porteur de la massue (Gadā).
Verse 54
उपचारैः षोडशभिः पौरुषेणापि सूक्ततः । संभोज्य विप्रान्विसृजेद्दक्षिणाभिः प्रतोषितान् ॥ ५४ ॥
Après avoir rendu le culte par les seize services rituels coutumiers, et aussi en récitant comme il se doit l’hymne Pauruṣa; qu’on nourrisse les brāhmaṇa, puis qu’on les congédie avec respect, comblés par les dons convenables (dakṣiṇā).
Verse 55
ततस्तां प्रतिमां हैमीं सधेनुं गुरवेऽर्पयेत् । एवं यः कुरुते भक्त्या बोधिनीव्रतमादृतः ॥ ५५ ॥
Ensuite, qu’on offre au guru cette image d’or—avec une vache laitière (sadhenu). Celui qui accomplit ainsi le Bodhinī-vrata, avec dévotion et respect, en réalise véritablement l’observance.
Verse 56
स भुक्त्वेह वरान्भोगान्वैष्णवं लभते पदम् । मार्गस्य कृष्णैकादश्यामुत्पन्नां समुपोष्य वै ॥ ५६ ॥
Après avoir goûté ici-bas d’excellents plaisirs, il atteint l’état vaiṣṇava suprême—en vérité, par l’observance correcte du jeûne de Krishna Ekādaśī qui survient au mois de Mārgaśīrṣa.
Verse 57
द्वादश्यां कृष्णमभ्यर्चेद्गंधाद्यैरुपचारकैः । ततः संभोज्य विप्राग्र्यान्दत्वा तेभ्यश्च दक्षिणाम् ॥ ५७ ॥
Au jour de Dvādaśī, qu’on adore le Seigneur Kṛṣṇa par des offrandes rituelles—parfums et autres services; puis, après avoir nourri avec respect les plus éminents brāhmaṇas, qu’on leur remette aussi la dakṣiṇā prescrite.
Verse 58
विसृज्य पश्चाद्भुंजीत स्वयमिष्टैः समाहितः । एवं यो भक्तिभावेन उत्पन्नाव्रतमाचरेत् ॥ ५८ ॥
Après avoir achevé l’offrande, qu’on prenne ensuite soi-même le repas, l’esprit recueilli, avec des mets qui conviennent à sa condition. Celui qui accomplit ainsi ce vœu naissant avec un cœur de bhakti l’observe véritablement selon la juste manière.
Verse 59
स विमानं समारुह्य यात्यंते वैष्णवं पदम् । मार्गस्य शुक्लैकादश्यां मोक्षाख्यां समुपोष्य वै ॥ ५९ ॥
Monté sur un vimāna céleste, il parvient finalement au séjour vaiṣṇava, après avoir observé comme il se doit le jeûne de l’Ekādaśī de la quinzaine claire du mois de Mārgaśīrṣa, appelée « Mokṣā ».
Verse 60
द्वादश्यां प्रातरभ्यर्च्य ह्यनंतं विश्वरूपकम् । सर्वैरेवोपचारैस्तु विप्रान्संभोजयेद्द्विजः ॥ ६० ॥
Au jour de Dvādaśī, après avoir adoré au matin Ananta—le Seigneur sans limites, à la forme universelle—, qu’un dvija nourrisse les brāhmaṇas avec toutes les offrandes et tous les services prescrits par l’usage.
Verse 61
विसृज्य दक्षिणां दत्वा स्वयं भुंजीत बांधवैः । एवं कृत्वा व्रतं विप्र भुक्त्वा भोगानिहेप्सितान् ॥ ६१ ॥
Après avoir congédié (les officiants/convives) et remis la dakṣiṇā prescrite, qu’on prenne ensuite soi-même le repas avec ses proches. Ô brāhmaṇa, ayant ainsi accompli le vœu, on jouit ici-bas des agréments et des biens désirés.
Verse 62
दश पूर्वान्दश परान्समुद्धृत्य व्रजेद्धरिम् । पौपस्य कृष्णैकादश्यां सफलां समुपोष्य वै । द्वादश्यामच्युतं प्रार्च्य सर्वैरेवोपचारकैः ॥ ६२ ॥
Après avoir relevé et fait du bien à dix ancêtres et à dix descendants, on parvient à Hari. En vérité, à l’Ekādaśī de la quinzaine sombre du mois de Pauṣa, qu’on observe un jeûne porteur de fruit; puis, à la Dvādaśī, qu’on adore Acyuta avec toutes les offrandes et les services prescrits.
Verse 63
संभोज्य विप्रान्मधुरैर्विसृजेल्लब्धदक्षिणान् । एवं कृत्वा व्रतं विप्र सफलाया विधानतः ॥ ६३ ॥
Après avoir nourri les brāhmaṇas de mets doux, qu’on les congédie avec respect, après leur avoir remis la dakṣiṇā prescrite. Ô brāhmaṇa, lorsque le vœu est accompli ainsi, selon la règle, il devient fécond et couronné de succès.
Verse 64
भुक्त्वेह भोगानखिलान्यात्यंते वैष्णवं पदम् । पौषस्य शुक्लैकादश्यां पुत्रदां समुपोष्य वै ॥ ६४ ॥
Après avoir goûté ici-bas à toutes les jouissances, on atteint finalement la demeure suprême de Viṣṇu. Cela advient en observant comme il se doit le jeûne de Putradā Ekādaśī, au onzième jour de la quinzaine claire du mois de Pauṣa.
Verse 65
द्वादश्यां चक्रिणं प्रार्येदर्घाद्यैरुपचारकैः । ततः संभोज्य विप्राग्र्यान्दत्वा तेभ्यस्तु दक्षिणाम् ॥ ६५ ॥
Au jour de la Dvādaśī, qu’on adore le Seigneur porteur du disque (Viṣṇu) avec l’arghya et les autres services rituels. Ensuite, après avoir nourri les brāhmaṇas les plus éminents, qu’on leur donne la dakṣiṇā appropriée.
Verse 66
विसृज्य स्वयमश्नीयाच्छेषान्नं स्वेष्टबांधवैः । एवं कृतव्रतो विप्र भुक्वा भोगानिहेप्सितान् ॥ ६६ ॥
Après avoir d’abord distribué la nourriture/offrande, qu’on mange soi-même; et que le reste soit donné aux proches et aux parents aimés. Ainsi, ô brāhmaṇa, celui qui a mené le vœu à son terme selon la règle jouit en ce monde des agréments désirés.
Verse 67
विमानवरमारुह्य यात्यंते हरिमंदिरम् । माघम्य कृष्णैकादश्यां षट्तिलां समुपोष्य वै ॥ ६७ ॥
Étant montés sur un char céleste d’excellence, ils parviennent finalement au temple, demeure de Hari ; en vérité, grâce à l’observance correcte du jeûne de Ṣaṭtilā lors de l’Ekādaśī sombre (Kṛṣṇa) du mois de Māgha.
Verse 68
स्नात्वा दत्वा तर्पयित्वा हुत्वा भुक्त्वा समर्च्य च । तिलैरेव द्विजश्रेष्ठ द्वादश्यां प्रातरेव हि ॥ ६८ ॥
Après s’être baigné, avoir fait don, avoir apaisé les ancêtres par les libations (tarpaṇa), avoir offert des oblations au feu (homa), avoir pris le repas et accompli le culte comme il se doit—ô meilleur des deux-fois-nés—au jour de Dvādaśī, tout cela doit être fait, certes, dès le matin, avec des graines de sésame seules.
Verse 69
वैकुंठं सम्यगभ्यर्व्य सर्वैरेवोपचारकैः । द्विजान्संभोज्य विसृजेद्दत्वा तेभ्यश्च दक्षिणाम् ॥ ६९ ॥
Après avoir vénéré comme il se doit Vaikuṇṭha (le Seigneur Viṣṇu) avec tous les services et offrandes prescrits, on doit nourrir les deux-fois-nés (brāhmaṇas), puis les congédier respectueusement, après leur avoir donné la dakṣiṇā (honoraires).
Verse 70
एवं कृत्वा व्रतं विप्र विधिना सुसमाहितः । भुक्त्वेह वांछितान्भोगानंते विष्णुपदं लभेत् ॥ ७० ॥
Ô brāhmane, celui qui accomplit ainsi le vœu, selon la règle et l’esprit fermement recueilli, jouit ici des plaisirs désirés et, à la fin, obtient le Viṣṇupada, la demeure de Viṣṇu.
Verse 71
माघस्य शुक्लैकादश्यां समुपोष्य जयाह्वयाम् । प्रातर्हरि दिनेऽभ्यर्च्चेच्छ्रीपतिं पुरुषं द्विज ॥ ७१ ॥
Ô deux-fois-né, après avoir observé comme il se doit le jeûne lors de l’Ekādaśī claire de Māgha, appelée Jaya (Ekādaśī), au matin du jour sacré de Hari, il faut adorer Śrīpati, la Personne suprême.
Verse 72
भोजयित्वा दक्षिणां च दत्वा विप्रान्विसृज्य च । स्वयं भुंजीत तच्छेषं प्रयतो निजबांधवैः ॥ ७२ ॥
Après avoir nourri les brāhmaṇas, offert la dakṣiṇā prescrite et les avoir congédiés avec respect, qu’on prenne ensuite, avec maîtrise de soi, le reste de la nourriture avec ses propres parents.
Verse 73
य एवं कुरुते विप्र व्रतं केशवतोषणम् । स भुक्त्वेह वरान्भोगानंते विष्णोः पदं व्रजेत् ॥ ७३ ॥
Ô brāhmaṇa, quiconque accomplit ainsi ce vœu qui réjouit Keśava, après avoir goûté en ce monde d’excellentes bénédictions et de nobles jouissances, atteindra finalement la demeure de Viṣṇu.
Verse 74
तपस्यकृष्णैकादश्यां विजयां समुपोष्य वै । द्वादश्यां प्रातरभ्यर्च्य योगीशं गंधपूर्वकैः ॥ ७४ ॥
En vérité, lors de l’Ekādaśī de la quinzaine sombre du mois de Tapasya (Phālguna), qu’on observe comme il se doit le jeûne Vijayā ; et, au matin de la Dvādaśī, après avoir commencé le culte, qu’on adore le Seigneur des yogins avec des parfums et autres offrandes.
Verse 75
ततः संभोज्य भूदेवान्दक्षिणाभिः प्रतोष्य तान् । विसृज्य बांधवैः सार्द्धं स्वयमश्नीत वाग्यतः ॥ ७५ ॥
Ensuite, après avoir nourri les brāhmaṇas — « dieux sur la terre » — et les avoir comblés de dakṣiṇā, qu’il les congédie avec respect ; puis, avec ses proches, qu’il mange lui-même en tenant sa parole sous contrôle.
Verse 76
एवं कृतव्रतो मर्त्यो भुक्त्वा भोगानिहेप्सितान् । देहांते वैष्णवं लोकं याति देवैः सुसत्कृतः ॥ ७६ ॥
Ainsi, le mortel qui a dûment observé le vœu — après avoir goûté ici les jouissances désirées —, au terme du corps, gagne le monde vaiṣṇava, honoré et accueilli avec égards par les dieux.
Verse 77
फाल्गुनस्य सिते पक्षे एकादश्यां द्विजोत्तम । उपोष्यामलकीं भक्त्या द्वादश्यां प्रातरर्चयेत् ॥ ७७ ॥
Ô le meilleur des deux-fois-nés, à l’Ekādaśī de la quinzaine claire de Phālguna, qu’on jeûne avec bhakti en observant le vœu d’Āmalakī; puis, à la Dvādaśī, au matin, qu’on adore l’Āmalakī.
Verse 78
पुंडरीकाक्षमखिलैरुपचारैस्ततो द्विजान् । भोजयित्वा वरान्नेन दद्यात्तेभ्यस्तु दक्षिणाम् ॥ ७८ ॥
Ensuite, après avoir adoré Puṇḍarīkākṣa (Viṣṇu) par toutes les offrandes de révérence, qu’on nourrisse les deux-fois-nés (brāhmaṇas) d’une nourriture exquise et qu’on leur remette la dakṣiṇā convenable.
Verse 79
एवं कृत्वा विधानेनामलक्यां पूजनादिकम् । सितैकादश्यां तपस्ये व्रजेद्विष्णोः परं पदम् ॥ ७९ ॥
Ainsi, après avoir accompli selon la règle le culte de l’Āmalakī et les rites qui s’y rattachent, à l’Ekādaśī claire du mois Tapasya (Phālguna) on atteint la demeure suprême de Viṣṇu.
Verse 80
चैत्रस्य कृष्णैकादशीं पापमोचनिकां द्विज । उपाष्य द्वादश्यांप्रातर्गोविंदं पूजयेत्तथा ॥ ८० ॥
Ô dwija, après avoir observé par le jeûne la Pāpamocanī Ekādaśī qui tombe dans la quinzaine sombre du mois de Caitra, qu’on adore de même Govinda au petit matin de la Dvādaśī suivante.
Verse 81
उपचारैः षोडशभिर्द्विजान्संभोज्य दक्षिणाम् । दत्वा तेभ्यो विसृज्याथ स्वयं भुंजीत बान्धवैः ॥ ८१ ॥
Après avoir honoré les deux-fois-nés par les seize services rituels et les avoir nourris, qu’on leur donne la dakṣiṇā prescrite. Puis, les ayant congédiés avec respect, qu’on prenne soi-même le repas avec ses proches.
Verse 82
एव यः कुरुते विप्र पापमोचनिकाव्रताम् । स याति वैष्णवं लोकं विमानेन तु भास्वता ॥ ८२ ॥
Ainsi, ô brāhmane, quiconque accomplit le vœu Pāpamocanikā est délivré du péché et gagne le monde vaiṣṇava, porté par un vimāna céleste et rayonnant.
Verse 83
इत्थं कृष्णो तथा शुक्ले व्रतं चैकादशीभवम् । मोक्षदं कीर्तितं विप्र नास्त्यस्मिन्संशयः क्वचित् ॥ ८३ ॥
Ainsi, dans la quinzaine sombre comme dans la quinzaine claire, le vœu d’Ekādaśī a été proclamé, ô brāhmane, comme dispensateur de la délivrance; là-dessus, il n’y a aucun doute.
Verse 84
यतस्त्रिदिनसंसाध्यं कीर्तिनं पापनाशनम् । सर्वव्रतोत्तमं विप्र ततो ज्ञेयं महाफलम् ॥ ८४ ॥
Puisqu’il peut être accompli selon la règle en seulement trois jours, et puisque son observance détruit les péchés et est proclamée la meilleure de toutes les observances, il faut donc comprendre, ô brāhmane, qu’elle porte un grand fruit.
Verse 85
त्यजेच्चत्वारि भुक्तानि नारदै तद्दिनत्रये । आद्यंतयोरेकमेकं मध्यमे द्वयमेव हि ॥ ८५ ॥
Ô Nārada, durant l’observance de ces trois jours, il faut renoncer à quatre repas : un le premier jour, un le dernier, et deux le jour du milieu.
Verse 86
अथ ते नियमान्वच्मि व्रते ह्यस्मिन्दिनत्रये । कांस्यं मांसं मसूरान्नं चणकान्कोद्रवांस्तथा ॥ ८६ ॥
À présent, je vais dire les règles de ce vœu de trois jours : il faut éviter les ustensiles en kāṃsya (métal de cloche), la viande, les mets de masūra (lentilles), les pois chiches (caṇaka) et aussi le grain kodrava.
Verse 87
शाकं मधु परान्नं च पुनर्भोजनमैथुने । दशम्यां दश वस्तूनि वर्जयेद्वैष्णवः सदा ॥ ८७ ॥
Au jour de Daśamī, le Vaiṣṇava doit toujours s’abstenir de dix choses—telles que les légumes-feuilles, le miel, les mets cuisinés trop relevés, le fait de remanger (un second repas) et l’union charnelle.
Verse 88
द्यूतक्रीडां च निद्रां च तांबूलं दंतधावनम् । परापवादं पैशुन्यं स्तेयं हिंसां तथा रतिम् ॥ ८८ ॥
Les jeux d’argent et les jeux, le sommeil complaisant, mâcher le bétel, se brosser/se nettoyer les dents, médire d’autrui et colporter des propos malveillants, le vol, la violence et l’abandon aux plaisirs charnels—tout cela doit être renoncé.
Verse 89
कोपं ह्यनृतवाक्यं च एकादश्यां विवर्ज्जयेत् । कांस्यं मांसं सुरां क्षौद्रं तैलं विण्म्लेच्छभाषणम् ॥ ८९ ॥
En Ekādaśī, qu’on évite la colère et la parole mensongère; qu’on s’abstienne aussi du kāṃsya (métal de cloche), de la viande, des liqueurs, du miel, de l’huile, des impuretés et d’un langage grossier et souillé.
Verse 90
व्यायामं च प्रवासं च पुनर्भोजनमैथुने । अस्पृश्यस्पर्शमाशूरे द्वादश्यां द्वादश त्यजेत् ॥ ९० ॥
En Dvādaśī, le sage doit éviter : l’exercice pénible, le voyage, le fait de remanger (second repas), l’union sexuelle et le contact avec ceux qui sont rituellement impurs.
Verse 91
एवं नियमकृद्विप्र उपवासं समाचरेत् । शक्तोऽशक्तुस्तु मतिमानेकभुक्तं न नक्तकम् ॥ ९१ ॥
Ainsi, ô brāhmaṇa, celui qui observe les disciplines prescrites doit pratiquer correctement l’upavāsa (le jeûne). Le sage—qu’il en ait la force ou non—doit suivre l’ekabhukta (un seul repas) plutôt que le naktaka (repas nocturne).
Verse 92
अयाचितं वापि चरेन्न त्यजेद्व्रतमीदृशम् ॥ ९२ ॥
Même si l’on doit vivre d’aumônes non sollicitées, qu’on n’abandonne pas un tel vœu sacré.
Verse 93
इति श्रीबृहन्नारदीय पुराणे पूर्वभागे बृहदुपाख्याने चतुर्थभागे द्वादशमासस्थितैकादशीव्रतकथनं नाम विंशत्यधिकशततमोऽध्यायः ॥ १२० ॥
Ainsi s’achève le chapitre 120 de la Première Partie du Śrī Bṛhannāradīya Purāṇa, dans le Grand Récit, en la Quatrième Section, intitulé : «Exposé du vœu d’Ekādaśī observé durant les douze mois».
Dvādaśī functions as the vrata’s ritual ‘completion’ (pāraṇa context): after the fast, one performs Viṣṇu-pūjā with ṣoḍaśopacāra, feeds brāhmaṇas, gives dakṣiṇā, formally dismisses them, and then eats—sealing the vow’s merit and restoring regulated nourishment.
It is defined as a complete waterless fast and is praised as so potent that worship of Hṛṣīkeśa plus brāhmaṇa-feeding yields merit equivalent to observing twenty-four Ekādaśī fasts.
After installing and worshiping Viṣṇu (notably via Pauruṣa Sūkta) and praying about the Lord’s cosmic ‘sleep’ and ‘awakening,’ the devotee undertakes Cāturmāsya observances according to capacity, with continued daily worship from that point onward.
Across Daśamī/Ekādaśī/Dvādaśī the chapter stresses controlled diet (meal reductions), avoidance of specific foods/utensils (e.g., bell-metal; meat; certain grains/legumes), and ethical purity: no slander, theft, violence, sexual indulgence; on Ekādaśī specifically, avoidance of anger and false speech.