Adhyaya 215
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 215

Adhyaya 215

Ce chapitre déploie un enseignement progressif sur le śrāddha-kalpa, c’est‑à‑dire la règle rituelle et la raison d’être du Śrāddha, dont le fruit est dit impérissable. Les ṛṣi prient Sūta d’exposer la méthode qui donne un résultat durable : le moment juste, le choix de brāhmaṇa dignes, et les substances convenables pour l’offrande. Sūta rapporte une ancienne demande : Mārkaṇḍeya arrive au confluent de la Sarayū puis à Ayodhyā, où le roi Rohitāśva l’accueille avec honneur. Le sage éprouve l’épanouissement dharmique du roi par des questions sur la « fécondité » du Veda, de l’étude, du mariage et de la richesse, et répond par des définitions opératoires : le Veda s’accomplit par l’agnihotra ; la richesse s’accomplit par le don et l’usage juste. Le roi interroge ensuite sur les diverses formes de śrāddha ; Mārkaṇḍeya introduit un précédent où Bhartṛyajña instruit le souverain d’Ānarta. L’enseignement central insiste sur le śrāddha de darśa/amāvāsyā (nouvelle lune) comme particulièrement obligatoire : les pitṛ (ancêtres) sont décrits venant au seuil des maisons, attendant les offrandes jusqu’au coucher du soleil, et s’attristant s’ils sont négligés. Le texte donne aussi une justification éthique de l’importance des descendants : les êtres subissent les fruits du karma dans divers mondes, mais certains états sont marqués par la faim et la soif ; la continuité de la lignée empêche la « chute » due à l’absence de soutien. S’il n’y a pas de fils, il est prescrit de planter et d’entretenir un aśvattha (figuier sacré) comme substitut stabilisateur. La conclusion affirme la nécessité d’offrir régulièrement anna (nourriture) et udaka (eau) aux pitṛ ; la négligence est blâmée comme pitṛ-droha, tandis que tarpaṇa et śrāddha accomplis selon la règle procurent les buts désirés et soutiennent le trivarga (dharma, artha, kāma) dans une économie rituelle ordonnée.

Shlokas

Verse 1

ऋषय ऊचुः । सांप्रतं वद नः सूत श्राद्धकल्पस्य यो विधिः । विस्तरेण महाभाग यथा तच्चाक्षयं भवेत्

Les sages dirent : À présent, ô Sūta, dis-nous la procédure du rite de śrāddha. Expose-la en détail, ô bienheureux, afin que son mérite et son fruit demeurent impérissables.

Verse 2

कस्मिन्काले प्रकर्तव्यं श्राद्धं पितृपरायणैः । कीदृशैर्ब्राह्मणैस्तच्च तथा द्रव्यैर्महामते

Ô sage, à quel moment ceux qui se vouent aux Pitṛ doivent-ils accomplir le śrāddha ? Et avec quels brāhmanes convient-il de le faire, et avec quelles offrandes, ô grand esprit ?

Verse 3

सूत उवाच । एतदर्थं पुरा पृष्टो मार्कंडेयो महामुनिः । रोहिताश्वेन विप्रेंद्रा हरिश्चन्द्र सुतेन सः

Sūta dit : À ce sujet même, jadis, le grand sage Mārkaṇḍeya fut interrogé, ô meilleurs des brāhmanes, par Rohitāśva, fils de Hariścandra.

Verse 4

हरिश्चन्द्रे गते स्वर्गं रोहिताश्वे नृपे स्थिते । तीर्थयात्राप्रसंगेन मार्कण्डो मुनिसत्तमः

Lorsque Hariścandra fut monté au ciel et que Rohitāśva fut établi comme roi, à l’occasion d’un pèlerinage vers les tīrtha, le plus éminent des sages, Mārkaṇḍa (Mārkaṇḍeya), vint en ce lieu.

Verse 5

सरय्वाः संगमे पुण्ये स्नानार्थं समुपस्थितः । तत्र स्नात्वा पितॄन्देवान्संतर्प्य विधिपूर्वकम्

Il parvint à la sainte confluence de la Sarayū pour s’y baigner. S’y étant baigné, il accomplit selon le rite prescrit l’offrande de tarpaṇa, apaisant les Pitṛ et les Deva.

Verse 6

प्रविष्टस्तां पुरीं रम्यामयोध्यां सत्यनामिकाम् । रोहिताश्वोऽपि तं श्रुत्वा समायातं मुनीश्वरम् । पदातिः प्रययौ तूर्णं दूरदेशं तु सम्मुखम्

Il entra ensuite dans cette cité ravissante, Ayodhyā, renommée pour la Vérité. Apprenant l’arrivée du seigneur des sages, Rohitāśva se hâta lui aussi, allant à pied au-devant de lui, à quelque distance, pour le rencontrer face à face.

Verse 7

ततः प्रणम्य तं मूर्ध्ना कृतांजलिपुटः स्थितः । प्रोवाच मधुरं वाक्यं विनयेन समन्वि तः

Alors, s’inclinant de la tête et demeurant debout les mains jointes, il prononça des paroles douces, empreintes d’humilité.

Verse 8

स्वागतं ते मुनिश्रेष्ठ भूयः सुस्वागतं मुने । धन्योऽहं कृतपुण्योऽहं संप्राप्तः परमां गतिम् । यत्ते पादरजोभिर्मे मूर्द्धजा विमलीकृताः

Sois le bienvenu, ô le meilleur des sages ; encore une fois, sois très bienvenu, ô muni. Je suis béni, je suis comblé de mérite ; j’ai atteint le bien suprême, car la poussière de tes pieds a purifié ma tête.

Verse 9

एवमुक्त्वा गृहीत्वा तं स्वहस्तालंबनं तदा । ययौ तत्र सभास्थानं बृहत्सिंहासनाश्रयम्

Ayant ainsi parlé, il le prit alors par la main, lui servant d’appui. Puis il se rendit au lieu de l’assemblée, pourvu d’un vaste trône.

Verse 10

सिंहासने निवेश्याथ तं मुनिं पार्थिवोत्तमः । उपविष्टो धरापृष्ठे कृतांजलिपुटः स्थितः

Après avoir fait asseoir le sage muni sur le trône, le meilleur des rois s’assit à même la terre, demeurant les mains jointes en signe de vénération.

Verse 11

ततः प्रोवाच मधुरं विनयावनतः स्थितः । निःस्पृहस्यापि विप्रेंद्र कि वाऽगमनकारणम्

Alors, se tenant incliné avec humilité, il parla avec douceur : «Ô meilleur des brāhmaṇas, bien que tu sois sans désir, quelle est donc la raison de ta venue ?»

Verse 12

तद्ब्रवीहि यथातथ्यं करोमि तव सांप्रतम् । अदेयमपि दास्यामि गृहायातस्य ते विभो

Dis donc la vérité telle qu’elle est. J’accomplirai sur-le-champ ce que tu ordonnes. Même ce qui d’ordinaire ne se donne pas, je le donnerai, ô puissant, puisque tu es venu dans ma demeure.

Verse 13

मार्कंडेय उवाच । तीर्थयात्राप्रसंगेन वयमत्र समागताः । सरय्वाः संगमे पुण्ये कल्ये यास्याम्यहे पुनः

Mārkaṇḍeya dit : «Au cours d’un pèlerinage aux tīrthas, nous nous sommes rassemblés ici. Au prochain jour propice, j’irai de nouveau au saint confluent de la Sarayū.»

Verse 14

निःस्पृहैरपि द्रष्टव्या धर्मवन्तो द्विजोत्तमाः । ततः प्रोक्तं पुराण ज्ञैर्ब्राह्मणैः शास्त्रदृष्टिभिः

Même ceux qui sont sans désir doivent rechercher et contempler les plus excellents des deux-fois-nés, établis dans le dharma. Ensuite, cela fut proclamé par des brāhmaṇas connaisseurs des Purāṇas, qui voient à travers la lumière des śāstras.

Verse 15

धर्मवन्तं नृपं दृष्ट्वा लिंगं स्वायंभुवं तथा । नदीं सागरगां चैव मुच्येत्पापाद्दिनोद्भवात्

En contemplant un roi juste, ainsi qu’un Liṅga svayambhū (auto-manifesté), et encore une rivière qui s’écoule vers l’océan, on est délivré des péchés qui naissent jour après jour.

Verse 16

एवमुक्त्वा ततश्चक्रे पृच्छां स मुनिसत्तमः । तं दृष्ट्वा नृपशार्दूलं पुरःस्थं विनयान्वितम्

Ayant parlé ainsi, le meilleur des sages se mit alors à l’interroger, voyant le « tigre parmi les rois » se tenir devant lui, paré d’humilité.

Verse 17

कच्चित्ते सफला वेदाः कच्चित्ते सफलं श्रुतम् । कच्चित्ते सफला दाराः कच्चित्ते सफलं धनम्

« Tes Veda portent-ils du fruit ? Ton savoir entendu et appris (śruta) est-il fécond ? Ton épouse et ta vie de foyer portent-ils du fruit ? Ta richesse porte-t-elle du fruit ? »

Verse 18

रोहिताश्व उवाच । कथं स्युः सफला वेदाः कथं स्यात्सफलं श्रुतम् । कथं स्युः सफला दाराः कथं स्यात्सफलं धनम्

Rohitāśva dit : « Comment les Veda deviennent-ils féconds ? Comment le savoir devient-il fructueux ? Comment la vie de foyer devient-elle féconde ? Comment la richesse devient-elle féconde ? »

Verse 19

मार्कंडेय उवाच । अग्निहोत्रफला वेदाः शीलवृत्तफलं श्रुतम् । रतिपुत्रफला दारा दत्तभुक्तफलं धनम्

Mārkaṇḍeya dit : « Les Veda portent du fruit lorsqu’ils s’accomplissent dans l’Agnihotra (offrande au feu). Le savoir porte du fruit lorsqu’il s’achève en noble caractère et en conduite droite. La vie de foyer porte du fruit dans l’amour et une descendance digne. La richesse porte du fruit lorsqu’elle est jouie selon le dharma et aussi donnée en aumône. »

Verse 20

एवं ज्ञात्वा महाराज नान्यथा कर्तुमर्हसि

L’ayant su ainsi, ô grand roi, tu ne dois pas agir autrement.

Verse 21

चत्वार्येतानि कृत्यानि मयोक्तानि च तानि ते । यथा तानि प्रकृत्यानि लोकद्वयमभीप्सता

Ces quatre devoirs, je te les ai exposés—devoirs qu’un homme désirant le bien dans les deux mondes (ici-bas et dans l’au-delà) doit pratiquer comme sa propre nature.

Verse 22

एवमुक्त्वा ततश्चक्रे कथाश्चित्राश्च तत्पुरः । राजर्षीणां पुराणानां देवर्षीणां विशेषतः

Ayant parlé ainsi, il raconta ensuite devant eux de nombreux récits merveilleux—surtout les antiques traditions concernant les sages royaux, et plus particulièrement celles des sages divins.

Verse 23

ततः कथावसाने च कस्मिंश्चिद्द्विजसत्तमाः । पप्रच्छ तं मुनिश्रेष्ठं रोहिताश्वो महीपतिः

Puis, lorsque le récit fut achevé, ô meilleurs des deux-fois-nés, le roi Rohitāśva interrogea ce sage éminent.

Verse 24

भगवञ्छ्रोतुमिच्छामि श्राद्धकल्पमहं यतः । दृश्यंते बहवो भेदा द्विजानां श्राद्धकर्मणि

Ô Bienheureux, je souhaite entendre la juste procédure du śrāddha ; car parmi les deux-fois-nés, on voit bien des variantes dans l’accomplissement des rites de śrāddha.

Verse 25

मार्कंडेय उवाच । सत्यमेतन्महाभाग यत्पृष्टोऽस्मि नृपोत्तम । श्राद्धस्य बहवो भेदाः शाखाभेदैर्व्यवस्थिताः

Mārkaṇḍeya dit : C’est bien vrai, ô bienheureux, ô meilleur des rois, que tu m’aies interrogé ainsi ; car le rite du śrāddha comporte de nombreuses formes, établies selon les différences des śākhās védiques.

Verse 26

तस्मात्ते निर्णयं वच्मि भर्तृयज्ञेन यत्पुरा । आनर्त्ताधिपतेः प्रोक्तं सम्यक्छ्राद्धस्य लक्षणम्

C’est pourquoi je t’énoncerai la conclusion arrêtée : les marques du śrāddha accompli selon la règle, telles que jadis Bhartṛyajña les enseigna au seigneur d’Ānarta.

Verse 27

भर्तृयज्ञं सुखासीनं निजाश्रमपदे नृपः । आनर्ताधिपतिर्गत्वा प्रणिपत्य ततोऽब्रवीत्

Le roi, seigneur d’Ānarta, se rendit auprès de Bhartṛyajña, assis paisiblement dans son propre ermitage ; après s’être prosterné, il prit la parole.

Verse 28

आनर्त उवाच । सांप्रतं वद मे ब्रह्मञ्छ्राद्धकल्पं पित्रीप्सितम् । येन मे तुष्टिमायांति पितरः श्राद्धतर्पिताः

Ānarta dit : Dis-moi à présent, ô brahmane, la règle du śrāddha désirée par les Pitṛs, afin que mes ancêtres, rassasiés par les offrandes du śrāddha, parviennent au contentement.

Verse 29

कः कालो विहितः श्राद्धे कानि द्रव्याणि मे वद । श्राद्धार्हाणि तथान्यानि मेध्यानि द्वि जसत्तम । यानि योज्यानि वांछद्भिः पितृणां तृप्तिमुत्तमाम्

Quel moment est prescrit pour le śrāddha ? Dis-moi quelles substances doivent être employées—celles qui conviennent au śrāddha et d’autres choses pures (medhya), ô meilleur des deux-fois-nés—par lesquelles ceux qui le souhaitent obtiennent la plus haute satisfaction des Pitṛs.

Verse 30

कीदृशा ब्राह्मणा ब्रह्मञ्छ्राद्धार्हाः परिकीर्तिताः । कीदृशा वर्जनीयाश्च सर्वं मे विस्तराद्वद

Ô brahmane, quels Brāhmanes sont déclarés dignes de recevoir le śrāddha ? Et lesquels faut-il éviter ? Dis-moi tout en détail.

Verse 31

भर्तृयज्ञ उवाच । अहं ते कीर्तयिष्यामि श्राद्धकल्पमनुत्तमम् । यं श्रुत्वाऽपि महाराज लभेच्छ्राद्धफलं नरः

Bhartṛyajña dit : Je te proclamerai le rite du śrāddha, sans égal ; en l’entendant seulement, ô grand roi, l’homme obtient le fruit du śrāddha.

Verse 32

श्राद्धमिदुक्षयेऽवश्यं सदा कार्यं विपश्चिता । यदि ज्येष्ठतमः सर्गः सन्तानं च तथा नृप

Au déclin de la Lune (jour de nouvelle lune), le sage doit assurément accomplir toujours le śrāddha. Ô roi, c’est l’ordonnance suprême pour la lignée et pour la descendance aussi.

Verse 33

शीतार्ता यद्वदिच्छंति वह्निं प्रावरणानि च । पितरस्तद्वदिच्छंति क्षुत्सामाश्चन्द्रसंक्षयम्

De même que ceux que tourmente le froid désirent le feu et des couvertures, ainsi les Pitṛs, affaiblis par la faim et l’épuisement, désirent l’obscurcissement de la Lune (le temps de la nouvelle lune).

Verse 34

दरिद्रोपहता यद्वद्धनं वांछंति मानवाः । पितरस्तद्वदिच्छंति क्षुत्क्षामाश्चन्द्रसं क्षयम्

De même que les hommes frappés par la pauvreté désirent la richesse, ainsi les Pitṛs, consumés par la faim et le manque, désirent le déclin de la Lune (l’occasion de la nouvelle lune).

Verse 35

यथा वृष्टिं प्रवांछन्ति कर्षुकाः सस्यवृद्धये । तथात्मप्रीतये तेऽपि प्रवांछन्तींदुसंक्षयम्

De même que les cultivateurs désirent la pluie pour l’accroissement des moissons, ainsi les Pitṛs, pour leur propre apaisement, désirent le déclin de la Lune—l’amāvāsyā—comme le moment juste des offrandes.

Verse 36

यथोषश्चक्रवाक्यश्च वांछन्ति रवि दर्शनम् । पितरस्तद्वदिच्छंति श्राद्धं दर्शसमुद्भवम्

Comme l’aurore et l’oiseau cakravāka désirent voir le Soleil, ainsi les Pitṛs désirent pareillement le Śrāddha lié au Darśa (l’observance de la nouvelle lune).

Verse 37

जलेनापि च यः श्राद्धं शाकेनापि करोति वाः । दर्शस्य पितरस्तृप्तिं यांति पापं प्रण श्यति

Même si l’on accomplit le Śrāddha avec de l’eau seule, ou même avec de simples herbes, au Darśa (jour de nouvelle lune) les Pitṛs sont rassasiés et le péché est détruit.

Verse 38

अमावास्यादिने प्राप्ते गृहद्वारं समाश्रिता । वायुभूताः प्रवांछन्ति श्राद्धं पितृगणा नृणाम् । यावदस्तमयं भानोः क्षुत्पिपासास माकुलाः

Quand vient le jour d’amāvāsyā, les cohortes des Pitṛs—subtiles comme le vent—se tiennent aux portes des demeures des hommes, désirant le Śrāddha; et elles y restent jusqu’au coucher du Soleil, tourmentées par la faim et la soif.

Verse 39

ततश्चास्तं गते भानौ निराशा दुःखसंयुताः । निःश्वस्य सुचिरं यांति गर्हयंति स्ववंशजम्

Puis, lorsque le Soleil s’est couché, ils s’en vont sans espoir, accablés de chagrin; poussant de longs soupirs, ils s’éloignent et blâment leur propre descendant qui les a délaissés.

Verse 40

आनर्त उवाच । किमर्थं क्रियते श्राद्धममावास्यादिने द्विज । विशेषेण ममाचक्ष्य विस्तरेण यथातथम्

Ānarta dit : Ô brāhmane, dans quel but accomplit-on le Śrāddha au jour d’Amāvāsyā, la nouvelle lune ? Explique-le-moi tout spécialement, pleinement et dans l’ordre convenable.

Verse 41

मृताश्च पुरुषा विप्र स्वकर्मजनितां गतिम् । गच्छन्ति ते कथं तस्य सुतस्याश्रयमाययुः

Et, ô brāhmane, puisque les défunts vont vers la destinée née de leurs propres actes, comment se fait-il qu’ils en viennent à dépendre du soutien de leur fils (par les rites accomplis par lui) ?

Verse 42

एष नः संशयो विप्र सुमहान्हृदि संस्थितः

Ô brāhmane, ce très grand doute s’est levé et s’est établi dans notre cœur.

Verse 43

भर्तृयज्ञ उवाच । सत्यमेतन्महाभाग यत्त्वया व्याहृतं वचः । स्वकर्मार्हां गतिं यांति मृताः सर्वत्र मानवाः

Bhartṛyajña dit : Ô noble être, ce que tu as prononcé est vrai. Partout, lorsque les humains meurent, ils atteignent la voie d’existence que leurs propres actes méritent.

Verse 44

परं यथा समायांति वंशजस्याश्रयं प्रति । तथा तेऽहं प्रव क्ष्यामि न तथा संशयो भवेत्

Mais comment ils en viennent à dépendre du soutien de leurs descendants, je te l’expliquerai, afin qu’il ne demeure aucun doute.

Verse 45

मृता यांति तथा राजन्येऽत्र केचिन्महीतले । ते जायंते न मर्त्येऽत्र यावद्वंशस्य संस्थितिः

Ô roi, certains qui meurent ici sur la terre parviennent à cet état; et tant que leur lignée demeure, ils ne renaissent pas ici parmi les mortels.

Verse 46

परं शुभात्मका ये च ते तिष्ठंति सुरालये । पापात्मानो नरा ये च वैवस्वतनिवासिनः

De plus, ceux dont la nature est propice demeurent dans la demeure des dieux; mais les hommes pécheurs deviennent habitants du royaume de Vaivasvata, le monde de Yama.

Verse 47

अन्यदेहं समाश्रित्य भुंजानाः कर्मणः फलम् । शुभं वा यदि वा पापं स्वयं विहितमात्मनः

Revêtant un autre corps, ils éprouvent le fruit de leurs actes—bons ou mauvais—accomplis par eux-mêmes.

Verse 48

यमलोके स्थितानां हि स्वर्गस्थानामपि क्षुधा । पिपासा च तथा राजंस्तेषां संजायतेऽधिका

Car pour ceux qui se tiennent dans le monde de Yama—et même pour ceux qui demeurent au ciel—naissent la faim et la soif; ô roi, elles deviennent pour eux très intenses.

Verse 49

यावन्नरत्रयं राजन्मातृतः पितृतस्तथा । तेषां च परतो ये च ते स्वकर्म शुभाशुभम् । भुंजते क्षुत्पिपासा च न तेषां जायते क्व् चित्

Ô roi, tant que demeurent comme appui les « trois personnes » du côté maternel et pareillement du côté paternel, et aussi pour ceux qui sont au-delà d’elles, ils subissent le bon et le mauvais de leur propre karma; et la faim et la soif ne naissent pour eux nulle part.

Verse 50

तत्रापि पतनं तस्मात्स्थानाद्भवति भूमिप । वंशोच्छेदान्पुनः सर्वे निपतंति महीतले । त्रुटद्रज्जुनिबद्धं हि भांडं यद्वन्निराश्रयम्

Même depuis cet état, il y a chute de cette dignité, ô protecteur de la terre. Quand la lignée est tranchée, tous retombent de nouveau sur le plan terrestre—tel un vase lié par une corde qui se rompt, laissé sans appui.

Verse 51

एतस्मात्कारणाद्यत्नः सन्तानाय विचक्षणैः । प्रकर्तव्यो मनुष्येंद्र वंशस्य स्थितये सदा

Pour cette raison, ô seigneur des hommes, les sages doivent toujours s’appliquer avec ardeur à obtenir une descendance, afin que la lignée demeure stable à jamais.

Verse 52

अपि द्वादशधा राजन्नौरसादिसमु द्भवाः । तेषामेकतमोऽप्यत्र न दैवाज्जायते सुतः

Ô Roi, bien qu’on dise que les fils naissent de douze manières—à commencer par le fils naturel (aurasa)—ici, pas même un seul n’est obtenu par le seul fait du destin (daiva).

Verse 53

पितॄणां गुप्तये तेन स्थाप्योऽश्वत्थः समाधिना । पुत्रवत्परिपाल्यश्च निर्विशेषं नराधिप

Ainsi, pour la sauvegarde et le bien des Pitṛs (ancêtres), qu’un aśvattha (figuier sacré) soit établi avec recueillement et résolution; et, ô souverain des hommes, qu’il soit entretenu comme son propre fils, sans aucune distinction.

Verse 54

यावत्संधारयेद्भूमिस्तमश्वत्थं नराधिप । कृतोद्वाहं समं शम्या तावद्वंशोऽपि तिष्ठति

Ô roi, tant que la terre portera cet aśvattha, ainsi la lignée demeurera—ferme, comme dûment établie par les rites convenables et des fondations solides.

Verse 55

अश्वत्थजनका मर्त्या निपत्य जगती तले । पापामुक्ताः समायांति योनिं श्रेष्ठां शुभान्विताः

Les mortels qui plantent l'arbre sacré Aśvattha sur terre sont libérés de leurs péchés et atteignent une renaissance excellente et propice.

Verse 56

एतस्मात्कारणादन्नं नित्यं देयं तथोदकम् । समुद्दिश्य पितॄन्राजन्यतस्ते तन्मयाः स्मृताः

C'est pourquoi, ô roi, il faut offrir quotidiennement de la nourriture et de l'eau aux Pitṛs (ancêtres), car ils sont soutenus par cette offrande même.

Verse 57

अदत्त्वा सलिलं सस्यं पितॄणां यो नराधिप । स्वयमश्नाति वा तोयं पिवेत्स स्यात्पितृद्रुहः । स्वर्गेऽपि च न ते तोयं लभंते नान्नमेव च

Ô roi, celui qui mange ou boit sans avoir d'abord offert de l'eau et de la nourriture aux Pitṛs devient un traître envers les ancêtres. Même au ciel, il n'obtient ni eau ni nourriture.

Verse 58

न दत्तं वंशजैर्मर्त्यैश्चेद्व्यथां यांति दारुणाम् । क्षुत्पिपासासमुद्भूतां तस्मात्संतर्पयेत्पितॄन्

Si les descendants mortels ne font pas d'offrandes, les Pitṛs tombent dans une terrible souffrance causée par la faim et la soif ; c'est pourquoi il faut satisfaire les ancêtres.

Verse 59

नित्यं शक्त्या नरो राजन्पयोऽन्नैश्च पृथग्विधैः । तथान्यैर्वस्त्रनैवेद्यैः पुष्पगन्धानुलेपनैः

Ô roi, une personne doit, selon ses capacités, honorer quotidiennement les ancêtres avec du lait, divers aliments, ainsi que des vêtements, des offrandes sacrées, des fleurs, des parfums et des onguents.

Verse 60

पितृमेधादिभिः पुण्यैः श्राद्धैरुच्चावचैरपि । तर्पितास्ते प्रयच्छंति कामानिष्टान्हृदि स्थितान् । त्रिवर्गं च महाराज पितरः श्राद्धतर्पिताः

Lorsque les Pitṛ (les Ancêtres) sont comblés par des rites méritoires—tels le pitṛ-medha et les diverses formes de śrāddha, simples ou solennelles—ils accordent les vœux désirés qui demeurent au cœur. Et, ô grand roi, les ancêtres réjouis par le śrāddha confèrent aussi le trivarga : Dharma, Artha et Kāma.

Verse 61

तर्पयंति न ये पापाः स्वपितॄन्नित्यशो नृप । पशवस्ते सदा ज्ञेया द्विपदाः शृंगवर्जिताः

Ô roi, les pécheurs qui ne comblent pas régulièrement leurs propres ancêtres par le tārpaṇa doivent toujours être tenus pour des bêtes : des êtres à deux pieds, mais privés de cornes.

Verse 215

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये श्राद्धकल्पे श्राद्धावश्यकताकारणवर्णनंनाम पञ्चदशोत्तरद्विशततमो ऽध्यायः

Ainsi s’achève, dans le vénérable Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la compilation de quatre-vingt-un mille vers—dans le sixième livre, le Nāgara-khaṇḍa, dans la glorification de la région sacrée de Hāṭakeśvara, dans la section consacrée au rite de Śrāddha, le chapitre intitulé «Description des causes de la nécessité du Śrāddha», qui est le deux-cent-quinzième chapitre.