
Cet adhyāya prend la forme d’un dialogue d’enseignement : Agastya demande à Kumāra (Skanda) comment discerner l’approche de la mort (kāla) et quels signes (cihnāni) apparaissent chez les êtres incarnés. Kumāra énumère des indices physiologiques et perceptifs—surtout les schémas du souffle dans les narines, des perceptions sensorielles anormales, la sécheresse et les changements de couleur du corps, des troubles de l’ombre ou du reflet, ainsi que des motifs de rêves funestes—en reliant souvent chaque signe à une durée de vie restante approximative, de quelques jours à quelques mois. Le propos se déplace ensuite du diagnostic vers le conseil éthique et théologique : le temps ne peut être « déjoué » ; il faut donc pratiquer le yoga avec discipline ou chercher refuge à Kāśī, en reconnaissant Viśveśvara comme l’asile décisif. La dernière partie exalte la grandeur de Kāśī (Kāśī-māhātmya) : demeurer à Vārāṇasī, adorer Viśveśvara et entrer en contact avec lui, ainsi que le pouvoir salvateur de la cité, sont décrits comme surpassant les craintes ordinaires liées à Kali, au temps, à la vieillesse et au démérite. L’adhyāya s’achève sur la certitude du vieillissement (jarā), signe majeur du déclin, et sur une exhortation pragmatique à gagner Kāśī avant que l’infirmité ne restreigne l’élan religieux.
Verse 1
अगस्तिरुवाच । कथं निकटतः कालो ज्ञायते हरनंदन । तानि चिह्नानि कतिचिद्ब्रूहि मे परिपृच्छतः
Agastya dit : «Ô fils de Hara, comment sait-on que le Temps (la mort) est tout proche ? Dis-moi quelques-uns de ces signes, puisque je t’interroge.»
Verse 2
कुमार उवाच । वदामि कालचिह्नानि जायंते यानि देहिनाम् । मृत्यौ निकटमापन्ने मुने तानि निशामय
Kumāra (Skanda) dit : «Je vais dire les signes du Temps qui se lèvent chez les êtres incarnés. Quand la mort s’approche, ô muni, considère ces signes».
Verse 3
याम्यनासापुटे यस्य वायुर्वाति दिवानिशम् । अखंडमेव तस्यायुः क्षयत्यब्दत्रयेण हि
Si le souffle d’un homme s’écoule sans interruption, jour et nuit, par la narine du sud (la droite), alors le reste de sa vie décroît sans cesse ; en vérité, il s’épuise en trois ans.
Verse 4
अहोरात्रं त्र्यहोरात्रं रविर्वहति संततम् । अब्दमेकं च तस्येह जीवनावधिरुच्यते
Si le courant « solaire » (le flux par la narine droite) se poursuit sans rupture durant un jour et une nuit, ou durant trois jours et trois nuits, on dit que la limite de sa vie en ce monde n’est plus que d’un an.
Verse 5
वहेन्नासापुटयुगे दशाहानि निरंतरम् । वातश्चेत्सह संक्रांतिस्तया जीवेद्दिनत्रयम्
Si le souffle passe par les deux narines sans discontinuer durant dix jours, et qu’en même temps survienne une « transition » dans le courant du vent vital, ce signe annonce qu’il ne vivra plus que trois jours.
Verse 6
नासावर्त्म द्वयं हित्वा मातरिश्वा मुखाद्वहेत् । शंसेद्दिनद्वयादर्वाक्प्रयाणं तस्य चाध्वनि
Si, délaissant les deux voies nasales, le souffle vital s’écoule par la bouche, il faut annoncer que son départ (la mort) surviendra avant deux jours, tandis qu’il s’engage sur la voie ultime.
Verse 7
अकस्मादेवयत्काले मृत्युः सन्निहितो भवेत् । चिंतनीयः प्रयत्नेन स कालो मृत्युभीरुणा
Lorsque la Mort s’approche soudain, cet instant doit être médité avec soin et effort par celui qui craint la mort, afin d’agir avec droiture et de ne pas être pris au dépourvu.
Verse 8
सूर्ये सप्तमराशिस्थे जन्मर्क्षस्थे निशाकरे । पौष्णः स कालो द्रष्टव्यो यदा याम्ये रविर्वहेत्
Lorsque le Soleil se tient dans le septième signe et que la Lune est dans l’astre natal, ce temps—nommé Pauṣṇa—doit être observé, surtout quand le souffle « solaire » passe par la narine du sud (droite).
Verse 9
अकस्माद्वीक्षते यस्तु पुरुषं कृष्णपिंगलम् । तस्मिन्नेव क्षणेऽरूपं स जीवेद्वत्सरद्वयम्
Mais si quelqu’un aperçoit soudain un homme à la carnation sombre et fauve, dès cet instant même—bien que le signe soit subtil et sans forme—on dit qu’il ne vivra plus que deux ans.
Verse 10
यस्य बीजं मलं मूत्रं क्षुतं मूत्रं मलं तु वा । इहैकदा पतेद्यस्य अब्दं तस्यायुरिष्यते
Si la semence, les excréments, l’urine, ou même un éternuement (avec urine ou excréments) d’une personne se répand ici involontairement ne fût-ce qu’une fois, on tient alors que le reste de sa vie est d’un an.
Verse 12
व्यभ्रेह्नि वारिपूर्णास्यः पृष्ठीकृत्य दिवाकरम् । फूत्कृत्याश्विंद्रचापं न पश्येत्षण्मासजीवितः
Par un jour sans nuages, si l’on remplit sa bouche d’eau, tourne le dos au Soleil et, après avoir soufflé (aspergé), ne voit pas l’arc-en-ciel, on dit que sa vie n’est plus que de six mois.
Verse 13
अरुंधतीं ध्रुवं चैव विष्णोस्त्रीणिपदानि च । आसन्नमृत्युर्नोपश्येच्चतुर्थं मातृमंडलम्
Celui dont la mort est proche ne voit ni Arundhatī, ni Dhruva, ni les trois pas de Viṣṇu ; et il ne parvient pas non plus à contempler le quatrième : le cercle des Mères (Mātṛ-maṇḍala).
Verse 14
अरुंधती भवेज्जिह्वा ध्रुवो नासाग्रमुच्यते । विष्णोः पदानि भ्रूमध्ये नेत्रयोर्मातृमंडलम्
Si la langue d’un homme se manifeste comme Arundhatī, la pointe du nez est dite être Dhruva ; et si l’on voit les empreintes de Viṣṇu entre les sourcils, ainsi que le cercle des Mères (Mātṛs) dans les yeux, ce sont des signes funestes annonçant l’approche de la mort.
Verse 15
वेत्ति नीलादिवर्णस्य कटम्लादिरसस्यहि । अकस्मादन्यथाभावं षण्मासेन स मृत्युभाक्
Si l’on constate que le bleu et les autres couleurs, ainsi que les saveurs amère–aigre et les autres, se trouvent soudainement altérés, alors cet homme est voué à la mort dans les six mois.
Verse 16
षण्मासमृत्योर्मर्त्यस्य कंठोष्ठरसना रदाः । शुष्यंति सततं तद्वद्विच्छायास्तालुपंचमाः
Chez le mortel qui doit mourir dans les six mois, la gorge, les lèvres, la langue et les dents se dessèchent continuellement ; de même le palais, comme cinquième, devient terne et perd sa teinte naturelle.
Verse 17
रेतः करजनेत्रांता नीलिमानं भजंति चेत् । तर्हि कीनाशनगरीं षष्ठेमासि व्रजेन्नरः
Si le sperme, les ongles et les coins des yeux prennent une teinte bleuâtre, alors cet homme se rendra à la cité de Yama, le Seigneur de la Mort, au sixième mois.
Verse 19
द्रुतमारुह्यशरठस्त्रिवर्णो यस्य मस्तके । प्रयाति याति तस्यायुः षण्मासेन परिक्षयम्
Si un lézard rapide, aux trois couleurs, monte sur la tête d’un homme puis s’en va, la mesure de sa vie s’épuise en l’espace de six mois.
Verse 20
सुस्नातस्यापि यस्याशु हृदयं परिशुष्यति । चरणौ च करौ वापि त्रिमासं तस्य जीवितम्
Même après s’être bien baigné, si la région du cœur se dessèche soudain, et si les pieds ou les mains se dessèchent aussi, sa vie ne dure plus que trois mois.
Verse 21
प्रतिबिंबं भवेद्यस्य पदखंडपदाकृति । पांसौ वा कर्दमे वापि पंचमासान्स जीवति
Si le reflet d’un homme paraît comme si ses pieds étaient brisés ou difformes—dans la poussière ou même dans la boue—il ne vit que cinq mois.
Verse 22
छाया प्रकंपते यस्य देहबंधेपि निश्चले । कृतांतदूता बध्नंति चतुर्थे मासि तं नरम्
Si l’ombre de quelqu’un tremble alors même que son corps demeure immobile, au quatrième mois les messagers de Kṛtānta (la Mort) l’enchaînent.
Verse 23
निजस्य प्रतिबिंबस्य नीराज्यमुकुरादिषु । उत्तमांगं न यः पश्येत्समासेन विनश्यति
Si, dans un miroir sans tache et autres semblables, on ne voit pas la partie supérieure de son propre reflet (la tête), cette personne périt en l’espace d’un mois.
Verse 24
मतिर्भ्रश्येत्स्खलेद्वाणी धनुरैद्रं निरक्षितै । रात्रौ चंद्रद्वयं चापि दिवा द्वौ च दिवाकरौ
Si l’esprit se trouble et que la parole chancelle, si l’on voit l’arc-en-ciel sans pluie ; si, la nuit, deux lunes apparaissent et, le jour, deux soleils : ce sont de lourds présages d’une mort prochaine.
Verse 25
दिवा च तारकाचक्रं रात्रौ व्योमवितारकम् । युगपच्च चतुर्दिक्षु शाक्रं कोदंडमंडलम्
Si, en plein jour, l’on voit un cercle d’étoiles, ou si, la nuit, le ciel se montre d’une manière contre nature rempli d’astres ; ou si, simultanément aux quatre directions, apparaît l’arc circulaire de l’arc d’Indra—tout cela est tenu pour présage funeste.
Verse 26
भूरुहे भूधराग्रे च गंधर्वनगरालयम् । दिवापिशाच नृत्यं च एते पंचत्वहेतवः
Si l’on aperçoit une « cité des Gandharvas », apparition semblable à un mirage, posée sur un arbre ou au sommet d’une montagne, et si l’on voit aussi la danse des piśācas en plein jour—ce sont là des causes, des signes menant à la mort.
Verse 27
सर्वेष्वेतेषु चिह्नेषु यद्येकमपि वीक्षते । तदा मासावधिं मृत्युः प्रतीक्षेत न चाधिकम्
Parmi tous ces signes, si une personne n’en voit ne fût-ce qu’un seul, on dit alors que la mort n’attend que jusqu’à un mois, et pas davantage.
Verse 28
करावरुद्ध श्रवणः शृणोति न यदा ध्वनिम् । स्थूलः कृशः कृशस्थूलस्तदामासान्निवर्तते
Lorsque, même en se couvrant les oreilles de ses mains, une personne n’entend plus aucun son ; et lorsque le corps devient gros, maigre, ou alterne étrangement entre maigreur et embonpoint—alors la vie se retire en l’espace de quelques mois.
Verse 29
यः पश्येदात्मनश्छायां दक्षिणाशा समाश्रिताम् । दिनानि पंच जीवित्वा पंचत्वमुपयाति सः
Celui qui voit sa propre ombre pencher vers le quartier du sud, après n’avoir vécu que cinq jours, s’en va vers la mort.
Verse 30
प्रोह्यते भक्ष्यते वापि पिशाचासुरवायसैः । भूतैः प्रेतैः श्वभिर्गृध्रैर्गोमायुखरसूकरैः
S’il est vu traîné au loin, voire dévoré, par des piśācas, des asuras et des corbeaux, par des bhūtas et des pretas, par des chiens, des vautours, des chacals, des ânes et des sangliers, une telle vision est un présage terrible.
Verse 31
रासभैः करभैः कीशैः श्वेनैरश्वतरैर्बकैः । स्वप्ने स जीवितं त्यक्त्वा वर्षांते यममीक्षते
Si, en rêve, il est harcelé ou entouré par des ânes, des chameaux, des singes, des chiens, des mulets et des grues, alors, ayant quitté la vie, il voit Yama à la fin de l’année.
Verse 32
गंधपुष्पांशुकैः शोणैः स्वां तनुं भूषितां नरः । यः पश्येत्स्वप्नसमये सोऽष्टौ मासाननित्यहो
Si, au temps du rêve, un homme voit son propre corps paré de parfums, de fleurs et de vêtements rouges, hélas, il est impermanent : huit mois lui restent.
Verse 33
पांसुराशि च वल्मीकं यूपदंडमथापि वा । योधिरोहति वै स्वप्ने स षष्ठे मासि नश्यति
Si, en rêve, quelqu’un monte sur un tas de poussière, sur une termitière ou même sur un poteau sacrificiel, il périt au sixième mois.
Verse 34
रासभारूढमात्मानं तैलाभ्यक्तं च मुंडितम् । नीयमानं यमाशां यः स्वप्ने पश्येत्स्वपूर्वजान्
Si, en rêve, l’on se voit monté sur un âne, oint d’huile et rasé, conduit vers le quartier de Yama, et que l’on voie aussi ses ancêtres défunts, c’est un présage funeste d’une mort prochaine.
Verse 35
स्वमौलौ स्वतनौ वापि यः पश्येत्स्वप्नगो नरः । तृणानि शुष्ककाष्ठानि षष्ठे मासि न तिष्ठति
Si, en rêve, un homme voit de l’herbe et du bois sec posés sur sa propre tête ou sur son propre corps, il ne demeure pas jusqu’au sixième mois : la mort est indiquée dans les six mois.
Verse 36
लोहदंडधरं कृष्णं पुरुषं कृष्णवाससम् । स्वयं योग्रे स्थितं पश्येत्स त्रीन्मासान्न लंघयेत्
Si, en rêve, l’on voit un homme sombre, vêtu de noir, tenant un bâton de fer, debout près du joug comme prêt à saisir, on ne franchit pas trois mois : la mort est indiquée dans les trois mois.
Verse 37
काली कुमारी यं स्वप्ने बद्नीयाद्बाहु पाशकैः । स मासेन समीक्षेत नगरींशमनोषिताम्
Si, en rêve, une jeune fille sombre, semblable à Kālī, lie quelqu’un avec des lacets autour des bras, alors, dans le mois, il verra la cité où demeure Śamana (Yama) : autrement dit, il atteint le royaume de Yama.
Verse 38
नरो यो वानरारूढो यायात्प्राचीदिशं स्वपन् । दिनैः स पंचभिरेव पश्येत्संयमिनीं पुरीम्
Si un homme, en rêve, chevauche un singe et se dirige vers l’est, alors, en cinq jours seulement, il voit Saṃyaminī, la cité de la maîtrise : la cité de Yama.
Verse 39
कृपणोपि वदान्यः स्याद्वदान्यः कृपणो यदि । प्रकृतेर्विकृतिश्चेत्स्यात्तदा पंचत्वमृच्छति
Si même l’avare devient généreux, ou si le généreux devient avare—si une telle altération de la nature propre survient—alors on atteint le pañcatva, la dissolution dans les cinq éléments (la mort).
Verse 40
एतानि कालचिह्नानि संत्यन्यानि बहून्यपि । ज्ञात्वाभ्यसेन्नरो योगमथवाकाशिकां श्रयेत्
Tels sont les signes du Temps, présages de mort, et il en est bien d’autres. Les ayant connus, que l’homme s’exerce au yoga—ou bien qu’il prenne refuge en Kāśikā (Kāśī).
Verse 41
न कालवंचनोपायं मुनेन्यमवयाम्यहम् । विना मृत्युजयं काशीनाथं गर्भावरोधकम्
Ô sage, je ne proclame aucun moyen de tromper ni de déjouer le Temps—sinon Kāśīnātha, Seigneur de Kāśī, le Mṛtyuñjaya, Vainqueur de la Mort, qui barre l’accès au sein maternel (empêche la renaissance).
Verse 42
तावद्गर्जंति पापानि तावद्गर्जेद्यमो नृपः । यावद्विश्वेशशरणं नरो न निरतो व्रजेत्
Les péchés ne rugissent que jusque-là, et le roi Yama ne rugit que jusque-là, tant que l’homme ne s’adonne pas avec ferveur à prendre refuge en Viśveśa (Viśveśvara).
Verse 43
प्राप्तविश्वेश्वरावासः पीतोत्तरवहापयाः । स्पृष्ट विश्वेशसल्लिंगः कश्च याति न वंद्यताम्
Qui donc, après avoir atteint la demeure de Viśveśvara, bu les eaux de l’Uttaravāhinī (la Gaṅgā au cours tourné vers le nord) et touché le liṅga auspicious de Viśveśa, ne deviendrait pas digne de vénération ?
Verse 44
करिष्येत्कुपितःकालः किंकाशीवासिनां नृणाम् । काले शिवः स्वयं कर्णे यत्र मंत्रोपदेशकः
Que peut faire le Temps courroucé (la mort) aux hommes qui demeurent à Kāśī, là où, à l’ultime instant, Śiva Lui-même donne à l’oreille l’enseignement du mantra ?
Verse 45
यथा प्रयाति शिशुता कौमारं च यथा गतम् । सत्वरं गत्वरं तद्वद्यौवनं चापि वार्धकम
De même que la petite enfance passe vite à l’enfance, et que l’enfance s’en va promptement, ainsi la jeunesse se hâte, et la vieillesse la suit de près.
Verse 46
यावन्नहि जराक्रांतिर्यावन्नेंद्रियवैक्लवम् । तावत्सर्वं फल्गुरूपं हित्वा काशीं श्रयेत्सुधीः
Tant que l’on n’est pas encore saisi par la vieillesse, tant que les sens ne se sont pas affaiblis, jusque-là le sage doit délaisser tout ce qui est futile et prendre refuge à Kāśī.
Verse 47
अन्यानि काललक्ष्माणि तिष्ठंतु कलशोद्भव । जरैव प्रथमं लक्ष्म चित्रं तत्रापि भीर्नहि
Que les autres signes du temps demeurent, ô Né-du-Vase ; la vieillesse seule est la première marque, la plus éminente. Et pourtant, chose étrange, même alors les hommes n’éprouvent point de crainte.
Verse 48
पराभूतो हि जरया सर्वैश्च परिभूयते । हृततारुण्यमाणिक्यो धनहीनः पुमानिव
Vraiment, celui que la vieillesse a vaincu est méprisé de tous, tel un homme privé du joyau de la jeunesse, comme s’il était sans richesse.
Verse 49
सुतावाक्यं न कुर्वंति पत्नी प्रेमापि मुंचति । बांधवा नैव मन्यंते जरसाश्लेषितं नरम्
Les enfants ne suivent pas sa parole ; même l’épouse laisse tomber l’affection ; et les proches n’honorent plus l’homme enlacé par la vieillesse.
Verse 50
आश्लिष्टं जरया दृष्ट्वा परयोषिद्विशंकिता । भवेत्पराङ्मुखी नित्यं प्रणयिन्यपि कामिनी
Voyant un homme enlacé par la vieillesse, même une femme aimante et ardente—craintive et soupçonneuse—détourne sans cesse le visage et s’éloigne.
Verse 51
न जरा सदृशो व्याधिर्न दुःखं जरया समम् । कारयित्र्यपमानस्य जरैव मरणं नृणाम्
Il n’est point de maladie comme la vieillesse, ni de peine égale à la vieillesse ; elle est l’artisane de l’humiliation, et pour les hommes la vieillesse est elle-même la mort.
Verse 52
न जीयते तथा कालस्तपसा योगयुक्तिभिः । यथा चिरेणकालेन काशीवासाद्विजीयते
Le Temps ne se conquiert pas ainsi par les austérités ni par les disciplines du yoga ; mais, en son heure mûre, il est vaincu par le séjour dans la sainte Kāśī.
Verse 53
विनायज्ञैर्विनादानैर्विना व्रतजपादिभिः । विनातिपुण्यसंभारैः कः काशीं प्राप्तुमीहते
Sans sacrifices, sans dons, sans vœux, japa et autres—sans un riche amas de mérite—qui peut seulement aspirer à atteindre Kāśī ?
Verse 54
काशीप्राप्तिरयं योगःकाथीप्राप्तिरिदं तपः । काशीप्राप्तिरिदं दानं काशीप्राप्तिः शिवैकता
Ce yoga mène à l’obtention de Kāśī ; cette austérité mène à l’obtention de Kāśī ; cette aumône mène à l’obtention de Kāśī — et l’union avec Śiva est elle-même l’obtention de Kāśī.
Verse 55
कः कलिकोथवा कालः का जरा किं च दुष्कृतम् । का रुजः केंतराया वा श्रिता वाराणसी यदि
Si l’on a pris refuge à Vārāṇasī, quel pouvoir Kali peut-il avoir, ou même le Temps ? Qu’est-ce alors que la vieillesse, et qu’est-ce que le péché ? Que sont la maladie et les entraves, si Kāśī est vraiment son abri ?
Verse 56
कलिस्तानेव बाधेत कालस्तांश्च जिघांसति
Kali n’accable que ceux qui sont ailleurs, et le Temps cherche à frapper précisément ces mêmes êtres.
Verse 57
एनांसि तांश्च बाधंते ये न काशीं समाश्रिताः । काशीसमाश्रिता यैश्च यैश्च विश्वेश्वरोर्चितः । तारकं ज्ञानमासाद्य ते मुक्ताः कर्मपाशतः
Les péchés tourmentent ceux qui n’ont pas pris refuge en Kāśī. Mais ceux qui demeurent à Kāśī et adorent Viśveśvara—ayant obtenu la connaissance libératrice dite Tāraka—sont délivrés des liens du karma.
Verse 58
धनिनो न तथा सौख्यं प्राप्नुवंति नराः क्वचित् । यथा निधनतः काश्यां लभते सुखमव्ययम्
Les hommes riches n’obtiennent nulle part un tel bonheur, comme la félicité impérissable que l’on reçoit en rencontrant la mort à Kāśī.
Verse 59
वरं काशीसमावासी नासीनो द्युसदां पदम् । दुःखांतं लभते पूर्वः सुखांतं लभते परः
Mieux vaut celui qui demeure à Kāśī que celui qui siège au rang des dieux. Le premier atteint la fin de la souffrance ; le second n’atteint que la fin du plaisir.
Verse 60
स्थितोपि भगवनीशो मंदरं चारुकंदरम् । काशीं विना रतिं नाऽप दिवोदासनृपोषिताम्
Même demeurant sur Mandara aux belles cavernes, le Seigneur Bienheureux ne trouva point de joie sans Kāśī, bien qu’alors elle fût gardée par le roi Divodāsa.