
Le chapitre se déploie sous forme de dialogue : Yudhiṣṭhira demande comment le Soleil—visible dans le monde et honoré par tous les dieux—peut être qualifié de tapasvin (ascète), et comment il a obtenu le rang et les appellations d’Āditya/Bhāskara. Mārkaṇḍeya répond en passant à un récit cosmologique : d’un état primordial d’obscurité surgit un principe divin incandescent, ensuite décrit comme une présence personnifiée d’où se mettent en place les fonctions de l’univers. Le propos revient ensuite à la géographie rituelle de Ravītīrtha, sur la rive de la Narmadā, présenté comme un lieu où le culte solaire s’accomplit par le snāna (bain purificateur), la pūjā, le mantra-japa et la pradakṣiṇā. Le texte insiste sur le fait que le mantra est la condition qui rend le rite efficace ; l’action sans mantra est illustrée par des comparaisons montrant son inutilité. La conclusion donne des précisions calendaires et pratiques—saṅkrānti, vyatīpāta, ayana, viṣuva, éclipses, Māgha saptamī—ainsi qu’une litanie des douze noms du Soleil. La phalaśruti annonce des fruits de purification, de bien-être, de santé et d’issues sociales favorables.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततो गच्छेन्महीपाल रवितीर्थमनुत्तमम् । यत्र देवः सहस्रांशुस्तपस्तप्त्वा दिवं गतः
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Ensuite, ô roi, il faut se rendre au Ravi-tīrtha sans égal, où le dieu Sahasrāṃśu (le Soleil) accomplit des austérités et atteignit le séjour céleste.
Verse 2
युधिष्ठिर उवाच । कथं देवो जगद्धाता सर्वदेवनमस्कृतः । तपस्तपति देवेशस्तापसो भास्करो रविः
Yudhiṣṭhira dit : Comment se fait-il que le Seigneur, créateur du monde et honoré par tous les dieux—Ravi Bhāskara, Dieu des dieux—accomplisse des austérités comme un ascète ?
Verse 3
आराध्यः सर्वभूतानां सर्वदेवैश्च पूजितः । प्रत्यक्षो दृश्यते लोके सृष्टिसंहारकारकः
Il est digne d’adoration pour tous les êtres et vénéré par tous les dieux ; on le voit directement dans le monde, comme l’agent de la création et de la dissolution.
Verse 4
आदित्यत्वं कथं प्राप्तः कथं भास्कर उच्यते । सर्वमेतत्समासेन कथयस्व ममानघ
Comment a-t-il obtenu l’état d’Āditya, et pourquoi l’appelle-t-on Bhāskara ? Dis-moi tout cela brièvement, ô toi sans faute.
Verse 5
मार्कण्डेय उवाच । महाप्रश्नो महाराज यस्त्वया परिपृच्छितः । तत्सर्वं सम्प्रवक्ष्यामि नमस्कृत्य स्वयम्भुवम्
Mārkaṇḍeya dit : Ô grand roi, la question que tu as posée est profonde. Je vais tout l’exposer, après m’être incliné devant Svayambhū, le Seigneur Né-de-Lui-même.
Verse 6
आसीदिदं तमोभूतमप्रज्ञातमलक्षणम् । अप्रतर्क्यमविज्ञेयं प्रसुप्तमिव सर्वतः
Au commencement, tout ceci n’était que ténèbres : non manifesté, sans signes discernables ; au-delà du raisonnement et inconnaissable, comme endormi de toutes parts.
Verse 7
ततस्तेजश्च दिव्यं च तप्तपिण्डमनुत्तमम् । आकाशात्तु यथैवोल्का सृष्टिहेतोरधोमुखी
Alors apparut une masse divine, sans égale, de splendeur embrasée—tel un météore venu du ciel, tourné vers le bas comme cause de la création.
Verse 8
तत्तेजसोऽन्तः पुरुषः संजातः सर्वभूषितः । स शिवोऽपाणिपादश्च येन सर्वमिदं ततम्
Au sein de cette splendeur naquit une Personne, parée de toutes les magnificences. C’était Śiva—sans mains ni pieds—par qui tout cet univers est pénétré.
Verse 9
तस्योत्पन्नस्य भूतस्य तेजो रूपस्य भारत । पश्चात्प्रजापतिर्भूयः कालः कालान्तरेण वै
Ô Bhārata, après que cet être de forme lumineuse se fut manifesté, Prajāpati fit naître de nouveau le Temps—au moment voulu, en sa saison propre.
Verse 10
अग्निर्जातः स भूतानां मनुष्यासुररक्षसाम् । सर्वदेवाधिदेवश्च आदित्यस्तेन चोच्यते
Il devint le Feu pour tous les êtres—chez les humains, les asuras et les rākṣasas pareillement; et parce qu’il est le Souverain de tous les dieux, on l’appelle Āditya, le Soleil.
Verse 11
आदौ तस्य नमस्कारोऽन्येषां च तदनन्तरम् । क्रियते दैवतैः सर्वैस्तेन सर्वैर्महर्षिभिः
D’abord, l’hommage lui est rendu, puis aux autres; ainsi le font toutes les divinités, et de même tous les grands ṛṣis.
Verse 12
तिस्रः सन्ध्यास्त्रयो देवाः सांनिध्याः सूर्यमण्डले । नमस्कृतेन सूर्येण सर्वे देवा नमस्कृताः
Les trois sandhyās et les trois dieux demeurent dans l’orbe du Soleil ; en saluant le Soleil, tous les dieux sont salués.
Verse 13
न दिवा न भवेद्रात्रिः षण्मासा दक्षिणायनम् । अयनं चोत्तरं चापि भास्करेण विना नृप
Ô Roi, sans Bhāskara il n’y aurait ni jour ni nuit, ni la marche de six mois du dakṣiṇāyana ; pas même l’uttarāyana n’existerait.
Verse 14
स्नानं दानं जपो होमः स्वाध्यायो देवतार्चनम् । न वर्तते विना सूर्यं तेन पूज्यतमो रविः
Le bain rituel, l’aumône, le japa, le homa, l’étude védique et le culte des divinités ne s’accomplissent pas sans le Soleil ; ainsi Ravi est le plus digne d’adoration.
Verse 15
शब्दगाः श्रुतिमुख्याश्च ब्रह्मविष्णुमहेश्वराः । प्रत्यक्षो भगवान्देवो दृश्यते लोकपावनः
Brahmā, Viṣṇu et Maheśvara sont connus par le son sacré et proclamés premiers dans les Védas ; mais le Seigneur, divinité visible, se donne à voir directement, purificateur des mondes.
Verse 16
उत्पत्तिः प्रलयस्थानं निधानं बीजमव्ययम् । हेतुरेको जगन्नाथो नान्यो विद्येत भास्करात्
Il est la source de l’apparition, le séjour de la dissolution, le trésor, la semence impérissable ; l’unique cause, le Seigneur de l’univers : nul autre n’est connu au-delà de Bhāskara.
Verse 17
एवमात्मभवं कृत्वा जगत्स्थावरजङ्गमम् । लोकानां तु हितार्थाय स्थापयेद्धर्मपद्धतिम्
Ainsi, ayant fait naître de Lui-même le monde des êtres immobiles et mobiles, Il établit, pour le bien de tous, la voie et l’ordonnance du Dharma.
Verse 18
नर्मदातटमाश्रित्य स्थापयित्वात्मनस्तनुम् । सहस्रांशुं निधिं धाम्नां जगामाकाशमव्ययम्
S’étant réfugié sur la rive de la Narmadā, il y établit sa propre présence incarnée; puis Sahasrāṁśu, le Soleil aux mille rayons, trésor des splendeurs, s’en alla vers le ciel impérissable.
Verse 19
तत्र तीर्थे तु यः स्नात्वा पूजयेत्परमेश्वरम् । सहस्रकिरणं देवं नाममन्त्रविधानतः
Quiconque se baigne en ce tīrtha puis adore le Seigneur Suprême—Sahasrakiraṇa, le Dieu aux mille rayons—selon le rite prescrit des Noms divins et des mantras, accomplit véritablement un culte complet et ordonné.
Verse 20
तेन तप्तं हुतं तेन तेन सर्वमनुष्ठितम् । तेन सम्यग्विधानेन सम्प्राप्तं परमं पदम्
Par cela, l’austérité est comme accomplie; par cela, les oblations au feu sont comme offertes; par cela, toute observance est comme menée à terme. Par cette juste méthode, on atteint l’état suprême.
Verse 21
ते धन्यास्ते महात्मानस्तेषां जन्म सुजीवितम् । स्नात्वा ये नर्मदातोये देवं पश्यन्ति भास्करम्
Bienheureux sont ces grandes âmes; leur naissance est pleinement vécue : ceux qui, après s’être baignés dans les eaux de la Narmadā, contemplent le dieu Bhāskara, le Soleil.
Verse 22
तथा देवस्य राजेन्द्र ये कुर्वन्ति प्रदक्षिणम् । अनन्यभक्त्या सततं त्रिरक्षरसमन्विताः
De même, ô meilleur des rois, ceux qui accomplissent sans cesse la pradakṣiṇā autour de la Divinité, avec une dévotion sans partage et accompagnés du mantra aux trois syllabes, s’établissent dans une observance purificatrice.
Verse 23
तेन पूतशरीरास्ते मन्त्रेण गतपातकाः । यत्पुण्यं च भवेत्तेषां तदिहैकमनाः शृणु
Par cette pratique, leurs corps deviennent purs ; par ce mantra, leurs fautes s’éloignent. Écoute maintenant, l’esprit recueilli en un seul point, le mérite qui naît pour eux ici.
Verse 24
ससमुद्रगुहा तेन सशैलवनकानना । प्रदक्षिणीकृता सर्वा पृथिवी नात्र संशयः
Par cet acte, la terre entière—avec ses océans et ses grottes, avec ses montagnes, ses forêts et ses bosquets—est comme accomplie en pradakṣiṇā ; il n’y a là aucun doute.
Verse 25
मन्त्रमूलमिदं सर्वं त्रैलोक्यं सचराचरम् । तेन मन्त्रविहीनं तु कार्यं लोके न सिध्यति
Tout ceci—les trois mondes, avec ce qui se meut et ce qui ne se meut pas—prend racine dans le mantra. Aussi, une action dépourvue de mantra n’aboutit pas dans le monde.
Verse 26
यथा काष्ठमयो हस्ती यथा चर्ममयो मृगः । कार्यार्थं नैव सिध्येत तथा कर्म ह्यमन्त्रकम्
De même qu’un éléphant de bois, ou un cerf fait de cuir, ne peut accomplir une fin réelle, de même une action sans mantra n’aboutit pas véritablement.
Verse 27
भस्महुतं पार्थ यथा तोयविवर्जितम् । निष्फलं जायते दानं तथा मन्त्रविवर्जितम्
Ô Pārtha, de même qu’une offrande de cendre, privée d’eau, devient vaine, de même le dāna (don sacré) est sans fruit lorsqu’il est dépourvu de mantra.
Verse 28
काष्ठपाषाणलोष्टेषु मृन्मयेषु विशेषतः । मन्त्रेण लोके पूजां तु कुर्वन्ति न ह्यमन्त्रतः
Surtout pour les formes de bois, de pierre, de motte ou, plus encore, d’argile, en ce monde on accomplit la pūjā au moyen du mantra — jamais, certes, sans mantra.
Verse 29
द्वादशाब्दान्नमस्काराद्भक्त्या यल्लभते फलम् । मन्त्रयुक्तनमस्कारात्सकृत्तल्लभते फलम्
Le fruit qu’on obtient par des prosternations dévotes durant douze années, ce même fruit est acquis par une seule prosternation accompagnée de mantra.
Verse 30
संक्रान्तौ च व्यतीपाते अयने विषुवे तथा । नर्मदाया जले स्नात्वा यस्तु पूजयते रविम्
À Saṅkrānti, à Vyatīpāta, aux ayana (solstices) et aussi aux viṣuva (équinoxes), celui qui se baigne dans les eaux de la Narmadā puis adore le Soleil…
Verse 31
द्वादशाब्देन यत्पापमज्ञानज्ञानसंचितम् । तत्क्षणान्नश्यते सर्वं वह्निना तु तुषं यथा
Le péché amassé durant douze années — par ignorance ou même en connaissance — s’anéantit sur-le-champ, tel le son consumé par le feu.
Verse 32
चन्द्रसूर्यग्रहे स्नात्वा सोपवासो जितेन्द्रियः । तत्रादित्यमुखं दृष्ट्वा मुच्यते सर्वकिल्बिषैः
S’étant baigné au moment d’une éclipse de lune ou de soleil, jeûnant et maître de ses sens, et y contemplant le visage d’Āditya (le Soleil), on est délivré de toutes les fautes.
Verse 33
माघमासे तु सम्प्राप्ते सप्तम्यां नृपसत्तम । सोपवासो जितक्रोध उषित्वा सूर्यमन्दिरे
Quand arrive le mois de Māgha, ô meilleur des rois, au septième jour lunaire—jeûnant, ayant vaincu la colère et demeurant dans le temple du Soleil…
Verse 34
प्रातः स्नात्वा विधानेन ददात्यर्घं दिवाकरे । विधिना मन्त्रयुक्तेन स लभेत्पुण्यमुत्तमम्
S’étant baigné à l’aube selon la règle, et offrant l’arghya au Faiseur du Jour (Sūrya) par le rite prescrit accompagné de mantras, il obtient le mérite le plus élevé.
Verse 35
पितृदेवमनुष्याणां कृत्वा ह्युदकतर्पणम् । मन्दिरे देवदेवस्य ततः पूजां समाचरेत्
Après avoir offert l’udaka-tarpaṇa, les libations d’eau, aux ancêtres, aux dieux et aux êtres humains, qu’il accomplisse ensuite dûment le culte dans le temple du Dieu des dieux.
Verse 36
गन्धैः पुष्पैस्तथा धूपैर्दीपनैवेद्यशोभनैः । पूजयित्वा जगन्नाथं ततो मन्त्रमुदीरयेत्
Avec parfums, fleurs, encens, lampes et belles offrandes de nourriture—ayant adoré Jagannātha, le Seigneur de l’univers, qu’il récite ensuite le mantra.
Verse 37
विष्णुः शक्रो यमो धाता मित्रोऽथ वरुणस्तथा । विवस्वान्सविता पूषा चण्डांशुर्भर्ग एव च
«Viṣṇu, Śakra (Indra), Yama, Dhātṛ, Mitra et Varuṇa ; Vivasvān, Savitṛ, Pūṣan, Caṇḍāṃśu et Bharga»—
Verse 38
इति द्वादशनामानि जपन्कृत्वा प्रदक्षिणाम् । यत्फलं लभते पार्थ तदिहैकमनाः शृणु
Ainsi, en récitant ces douze noms et en accomplissant la pradakṣiṇā, ô Pārtha, écoute d’un esprit recueilli le fruit qui en est obtenu.
Verse 39
दरिद्रो व्याधितो मूको बधिरो जड एव च । न भवेत्सप्त जन्मानि इत्येवं शङ्करोऽब्रवीत्
Śaṅkara déclara : «Durant sept naissances, il ne deviendra ni pauvre, ni malade, ni muet, ni sourd, ni d’esprit obtus».
Verse 40
एवं ज्ञात्वा विधानेन जपन्मन्त्रं विचक्षणः । आराधयेद्रविं भक्त्या य इच्छेत्पुण्यमुत्तमम्
Ainsi, l’ayant compris et suivant la règle prescrite, l’homme avisé doit réciter le mantra et adorer Ravi (le Soleil) avec bhakti, s’il désire le mérite le plus élevé.
Verse 41
मन्त्रहीनां तु यः कुर्याद्भक्तिं देवस्य भारत । स विडम्बति चात्मानं पशुकीटपतङ्गवत्
Mais, ô Bhārata, celui qui rend un culte au dieu sans le mantra ne fait que se tourner lui-même en dérision, tel une bête, un ver ou un insecte.
Verse 42
तत्र तीर्थे तु यः कश्चित्त्यजते देहमुत्तमम् । स गतस्तत्र देवैस्तु पूज्यमानो महर्षिभिः
En ce gué sacré, quiconque dépose son corps excellent est conduit au séjour divin, honoré par les devas et révéré par les grands rishis.
Verse 43
स्वेच्छया सुचिरं कालमिह लोके नृपो भवेत्
De son propre gré, durant un très long temps en ce monde, il devient roi.
Verse 44
पुत्रपौत्रसमायुक्तो हस्त्यश्वरथसङ्कुलः । दासीदासशतोपेतो जायते विपुले कुले
Il naît dans une vaste lignée, pourvu de fils et de petits-fils, entouré d’éléphants, de chevaux et de chars, servi par des centaines de servantes et de serviteurs.
Verse 125
। अध्याय
Fin du chapitre (adhyāya).