
Le chapitre s’ouvre sur des brāhmaṇas interrogeant Sūta au sujet du sage Mārkaṇḍeya, du lieu où Brahmā (Pitamaha) fut établi pour le culte, et de l’āśrama du saint. Sūta raconte la vie de Mṛkaṇḍu près de Camatkārapura, la naissance d’un fils lumineux nommé Mārkaṇḍeya, puis l’arrivée d’un brāhmaṇa versé dans la lecture des signes corporels, qui prédit la mort de l’enfant dans les six mois. Mṛkaṇḍu initie alors l’enfant à une conduite disciplinée, insistant sur les salutations respectueuses envers les brāhmaṇas et les ṛṣi itinérants. À force de se prosterner, l’enfant reçoit de nombreux ṛṣi la bénédiction de « longue vie », mais Vasiṣṭha avertit qu’il mourra le troisième jour, suscitant une crise entre la véracité des bénédictions et le destin annoncé. Les sages concluent que seul Brahmā peut détourner cette mort prédestinée; ils se rendent à Brahmaloka, louent Brahmā par des hymnes védiques et exposent l’affaire. Brahmā accorde à l’enfant la délivrance de la vieillesse et de la mort, et les renvoie, en ordonnant que le père ne succombe pas au chagrin avant d’avoir revu son fils. De retour, les ṛṣi laissent le garçon près de l’āśrama à Agnitīrtha et poursuivent leur pèlerinage. Mṛkaṇḍu et son épouse, croyant l’enfant perdu et se souvenant de la prophétie, se préparent à s’immoler dans la douleur; mais l’enfant revient et rapporte les actes des sages ainsi que la grâce de Brahmā. Reconnaissant, Mṛkaṇḍu honore les ṛṣi, qui prescrivent un acte en retour: installer Brahmā en ce lieu et l’adorer; eux-mêmes et d’autres brāhmaṇas y rendront aussi un culte. Le site est nommé Bālasakhya (« l’ami des enfants ») et décrit comme bénéfique aux enfants: il guérit les maladies, dissipe la peur et protège des troubles causés par graha/bhūta/piśāca. La phalaśruti ajoute que même un simple bain accompli avec foi procure une haute réalisation spirituelle; et que se baigner au mois de Jyeṣṭha assure une année entière sans affliction.
Verse 1
। ब्राह्मणा ऊचुः । मार्कंडेन कदा तत्र स्थापितः प्रपितामहः । कस्मिन्स्थाने कृतस्तेन स्वाश्रमो मुनिना वद
Les brāhmaṇas dirent : «Quand Mārkaṇḍeya a-t-il établi là le “Prapitāmaha” ? Et en quel lieu ce sage a-t-il construit son propre ermitage ? Dis-le-nous.»
Verse 2
सूत उवाच । मृकण्डाख्यो द्विजश्रेष्ठ आसीद्वेदविदां वरः । चमत्कारपुराभ्याशेवानप्रस्याश्रमे स्थितः
Sūta dit : « Il y eut un brāhmane éminent nommé Mṛkaṇḍu, le meilleur parmi les connaisseurs du Veda. Près de Camatkārapura, il demeurait dans un āśrama de vānaprastha, l’ermitage du forestier ».
Verse 3
शांतात्मा नियमोपेतश्चकार सुमहत्तपः । तस्यैवं वर्तमानस्य वानप्रस्थस्य चाश्रमे
L’âme paisible et muni de disciplines, il accomplit une grande austérité. Tandis que ce vānaprastha vivait ainsi dans son āśrama—
Verse 4
पश्चिमे वयसि प्राप्ते पुत्रो जज्ञे सुशोभनः । सर्वलक्षणसंपूर्णः पूर्णचंद्रसमप्रभः
Parvenu à l’âge avancé, un fils très splendide naquit, pourvu de tous les signes de bon augure, rayonnant comme la pleine lune.
Verse 5
मार्कंड इति नामाऽथ तस्य चक्रे पिता स्वयम् । सोऽतीव ववृधे बालस्तस्मिन्नाश्रम उत्तमे
Alors le père lui-même lui donna le nom de « Mārkaṇḍa ». Et l’enfant grandit prodigieusement dans cet āśrama d’excellence.
Verse 6
शुक्लपक्षं समासाद्य तारापतिरिवांबरे । वर्धमानस्य तस्यैवमतीताः पंच वत्सराः । बालक्रीडाप्रसक्तस्य पितुरुत्सङ्गवर्तिनः
Comme la quinzaine claire croît, tel le seigneur des astres dans le ciel, ainsi grandissait l’enfant ; et cinq années s’écoulèrent, tandis qu’il se plaisait aux jeux d’enfance et demeurait sur les genoux de son père.
Verse 7
कस्यचित्त्वथ कालस्य कश्चित्तत्र समागतः । सामुद्रिकस्य कृत्स्नस्य वेत्ता ज्ञानविधानभू
Puis, après quelque temps, quelqu’un arriva en ce lieu — un maître connaissant entièrement la science du sāmudrika (physiognomonie), source d’un savoir méthodique.
Verse 8
स तं शिशुं समालोक्य नखाग्रान्मूर्द्धजावधिम् । विस्मयोत्फुल्लनयन ईषद्धास्यमथाऽकरोत्
Il contempla l’enfant des pointes des ongles jusqu’aux cheveux du sommet de la tête ; ses yeux s’ouvrirent d’étonnement, puis il esquissa un léger sourire.
Verse 9
मृकंडोऽपि समालोक्य ज्ञानिनं सस्मिताननम् । पप्रच्छ विनयोपेतः किंचित्तुष्टेन चेतसा
Mṛkaṇḍu, voyant le sage au visage doucement souriant, l’interrogea avec déférence, le cœur quelque peu réjoui et apaisé.
Verse 10
मृकण्ड उवाच । कस्मात्त्वं विप्रशार्दूल वीक्ष्येमं मम दारकम् । सुचिरं विस्मयाविष्टस्ततोऽभूः सस्मिताननः
Mṛkaṇḍu dit : «Ô tigre parmi les brāhmaṇas, pourquoi, en regardant cet enfant qui est le mien, es-tu demeuré longtemps saisi d’émerveillement, puis ton visage s’est-il fait souriant ?»
Verse 11
सूत उवाच । असकृत्तेन संपृष्टः सकृद्ब्राह्मणसत्तमः । ततश्च कथयामास हास्यकारणमेव हि
Sūta dit : Interrogé à maintes reprises, l’excellent brāhmaṇa finit par parler, exposant en vérité la cause même de son sourire.
Verse 12
ब्राह्मण उवाच । लक्षणानि शिशोरस्य दृश्यंते यानि सन्मुने । गात्रस्थानि भवेत्सत्यं तैः पुमानजरामरः
Le brāhmane dit : «Ô sage vertueux, les marques corporelles que l’on voit sur cet enfant—si elles demeurent vraiment à leur juste place—annoncent un homme affranchi de la vieillesse et de la mort.»
Verse 13
अस्य भावि पुनश्चाऽस्माद्दिवसान्निधनं शिशोः । षड्भिर्मासैर्न सन्देहः सत्यमेतन्मयोदितम्
«Pourtant, dès ce jour même, cet enfant est voué à mourir de nouveau—dans six mois, sans aucun doute. Telle est la vérité que j’ai proclamée.»
Verse 14
एवं ज्ञात्वा द्विजश्रेष्ठ कुरुष्वाऽस्य हितं च यत् । इह लोके परे चैव बालकस्य ममाऽज्ञया
«Sachant cela, ô le meilleur des deux-fois-nés, accomplis ce qui est vraiment salutaire pour cet enfant—en ce monde et dans l’au-delà—selon mon ordre.»
Verse 15
एवमुक्त्वा स विप्रेंद्रो जगामाऽभीप्सितां दिशम् । मृकण्डोऽपि ततस्तस्य चक्रे मौंजीनिबन्धनम्
Après avoir ainsi parlé, le chef des brāhmanes s’en alla vers la direction qu’il désirait. Puis Mṛkaṇḍu accomplit pour son fils l’attache de la ceinture de muñja (le rite sacré d’initiation).
Verse 16
अकालेऽपि कुमारस्य किंचिद्ध्यात्वा निजे हृदि । कारणं कारणज्ञः स ततः प्रोवाच तं सुतम्
Bien que ce fût avant l’âge habituel du garçon, il médita un instant en son cœur ; connaissant la cause cachée, il s’adressa alors à son fils.
Verse 17
यं कं चिद्वीक्षसे पुत्र भ्रममाणं द्विजोत्तमम् । तस्यावश्यं त्वया कार्यं विनयादभि वादनम्
Mon fils, quel que soit l’excellent brāhmane que tu voies errer, tu dois assurément lui offrir des salutations respectueuses, avec humilité.
Verse 19
एवं तस्य व्रतस्थस्य षण्मासा दिवसैस्त्रिभिः । हीनाः स्युर्ब्राह्मणेंद्राणां नमस्कारपरस्य च
Ainsi, pour celui qui demeurait ferme dans son vœu et voué aux salutations, par la grâce des plus éminents brāhmanes, six mois se trouvaient abrégés de trois jours.
Verse 20
तान्दृष्ट्वा स मुनीन्सर्वान्नमश्चक्रे मुनेः सुतः । दीर्घायुर्भव तैरुक्तः सर्वैरपि पृथक्पृथक्
Voyant tous ces sages, le fils du muni leur rendit hommage. Et chacun d’eux, l’un après l’autre, le bénit en disant : « Puisses-tu vivre longtemps ».
Verse 21
अथ तं बालभावेन कौतुकाद्ब्रह्मचारिणः । चिरं दृष्ट्वाऽब्रवीद्वाक्यं वसिष्ठो मुनिपुंगवः
Alors Vasiṣṭha, le plus éminent des sages, contempla longuement ce brahmacārin avec une simplicité d’enfant et par curiosité, puis il dit ces paroles.
Verse 22
सर्वैरेष शिशुः प्रोक्तो दीर्घा युरिति सादरम् । तृतीयेऽह्नि पुनः प्राणांस्त्यक्ष्यत्ययमसंशयः
Vous avez tous déclaré avec affection que cet enfant est « de longue vie » ; pourtant, au troisième jour à partir d’aujourd’hui, il abandonnera sûrement son souffle vital — sans aucun doute.
Verse 23
तन्न युक्तं भवेदीदृगस्माकं वचनं द्विजाः । तस्मात्तत्क्रियतां कर्म येनायं स्याच्चिरायुधृक्
Ô vous, deux-fois-nés, il ne conviendrait pas que nos paroles tournent ainsi. Qu’on accomplisse donc un acte par lequel cet enfant puisse porter la vie longtemps.
Verse 24
ततो मिथः समालोच्य सर्वे ते मुनिपुंगवाः । प्रोचुर्न जीवनोपायो भवेन्मुक्त्वा पितामहम्
Alors, après s’être consultés entre eux, tous ces sages éminents dirent : « Il n’est point de moyen de sauver sa vie, sinon en s’approchant de Pitāmaha (Brahmā). »
Verse 25
तस्मात्तस्य पुरो नीत्वा बालोऽयं क्षीणजीवितः । क्रियतां तस्य वाक्येन यथा स्याच्चिरजीवभाक्
Ainsi donc, conduisez en sa présence cet enfant dont la vie s’amenuise ; qu’on agisse selon sa parole, afin que l’enfant ait part à une longue existence.
Verse 26
ततस्तु ते समादाय सत्वरं ब्रह्मचारिणम् । ब्रह्मलोकं समाजग्मुस्त्यक्त्वा तीर्थपराक्रमम्
Alors ils prirent en hâte ce brahmacārin et gagnèrent Brahmaloka, mettant de côté leurs efforts de pèlerinage et leurs parcours sacrés.
Verse 27
ततः प्रणम्य तं देवं वेदोक्तैः स्तवनैर्द्विजाः । स्तुत्वाऽथ संविधे तस्य निषेदुस्तदनन्तरम्
Puis les deux-fois-nés se prosternèrent devant ce dieu et le louèrent par des hymnes énoncés dans les Veda ; l’ayant ainsi exalté, ils s’assirent ensuite en sa présence.
Verse 28
तेषामनंतरं सोऽपि नमश्चक्रे पितामहम् । बालः प्रोक्तश्च दीर्घायुर्भवेति च स्वयंभुवा
Après eux, l’enfant aussi s’inclina et rendit hommage à Pitāmaha (Brahmā). Et le Seigneur Né-de-Lui-même déclara : « Que cet enfant vive longtemps. »
Verse 29
अथोवाच मुनीन्सर्वान्विश्रांतान्पद्मयोनिजः । कुतो यूयं समायाताः सांप्रतं केन हेतुना
Alors Padmayonija (Brahmā), voyant tous les sages au repos, leur adressa la parole : « D’où venez-vous à présent, et pour quelle raison ? »
Verse 30
प्रोच्यतां चापि यत्कृत्यं युष्माकं क्रियतेऽधुना । मद्गृहे संप्रयातानां कोऽयं बालोऽपि सद्व्रती
Dites-moi encore quel devoir ou quel dessein vous amène ici à présent. Et puisque vous êtes entrés dans ma demeure, qui est donc cet enfant, si ferme dans les bons vœux et la discipline ?
Verse 31
मुनय ऊचुः । तीर्थयात्राप्रसंगेन भ्रममाणा महीतलम् ः । चमत्कारपुराभ्याशे वयं प्राप्ताः पितामह
Les sages dirent : « Au fil de notre pèlerinage vers les tīrtha, errant sur la face de la terre, nous sommes arrivés, ô Pitāmaha, près de Camatkārapura. »
Verse 32
तत्रानेन वयं देव बालकेनाऽभिवादिताः । क्रमात्सर्वेरपि प्रोक्तो दीर्घायुरिति सादरम्
Là, ô Seigneur, cet enfant nous salua avec révérence ; puis, l’un après l’autre, chacun de nous le bénit avec affection en disant : « Puisses-tu vivre longtemps. »
Verse 33
एतस्य तु पुनः शेषमायुषो दिवसत्र यम् । विद्यते विबुधश्रेष्ठ व्रीडितास्तेन वै वयम्
Ô le meilleur des dieux, il ne lui reste plus que trois jours de vie. C’est pourquoi nous éprouvons une véritable honte, pour l’avoir béni d’une longue existence.
Verse 34
ततश्चैनं समादाय वयं प्राप्तास्तवांतिकम् । भवताऽपि तथा प्रोक्तो दीर्धायु र्बालकोऽस्त्वयम्
Aussi l’avons-nous pris avec nous et sommes venus en ta présence. Toi aussi, prononce de même : « Que cet enfant vive longtemps ».
Verse 35
तस्माद्यथा वयं सत्या भवता सह पद्मज । भवाम कुरु तत्कृत्यमेतस्मादागता वयम्
Ainsi, ô Né du Lotus, afin que, avec toi, nous demeurions véridiques, accomplis ce qui doit être accompli ; c’est pour cela même que nous sommes venus.
Verse 36
सूत उवाच । तेषां तद्वचनं श्रुत्वा मुनीनां पद्मसंभवः । प्रोवाच प्रहसन्वाक्यं समादाय च बालकम्
Sūta dit : Ayant entendu les paroles de ces sages, le Né du Lotus (Brahmā) prit l’enfant avec lui et, souriant, prononça ces mots.
Verse 37
मत्प्रसादादयं बालोजरामृत्युवि वर्जितः । भविष्यति न संदेहो वेदविद्याविचक्षणः
« Par ma grâce, cet enfant sera délivré de la vieillesse et de la mort—sans aucun doute—et il deviendra clairvoyant dans la connaissance et l’étude des Veda. »
Verse 38
तस्मात्प्राग्धरणीपृष्ठं व्रजध्वं मुनिसत्तमाः । बालमेनं समादाय तस्मिन्नेवास्य मंदिरं
Ainsi donc, ô sages éminents, retournez à la surface de la terre. Emmenez avec vous cet enfant, et là même, établissez sa demeure.
Verse 39
यावदस्य पिता वृद्धः पुत्रदर्शनविह्वलः । न याति निधनं सार्धं धर्मपत्न्या द्विजोत्तमाः
Jusqu’à ce que son père âgé—bouleversé par le désir de voir son fils—n’aille pas à la mort, avec son épouse légitime selon le dharma, ô meilleurs des deux-fois-nés.
Verse 40
अथाऽयाताश्च तं बालं सर्वे ते मुनि सत्तमाः । आगत्य वसुधापृष्ठं तस्यैवाश्रमसंनिधौ
Alors tous ces sages éminents s’approchèrent de l’enfant ; parvenus à la surface de la terre, tout près de ce même āśrama, ils le déposèrent là.
Verse 41
अमुंचन्नग्नितीर्थे तं समाभाष्य ततः परम् । तीर्थयात्राकृते पश्चाज्जग्मुरन्यत्र सत्वरम्
L’ayant laissé à Agnitīrtha et lui ayant parlé ensuite, ils se hâtèrent d’aller ailleurs afin de poursuivre le pèlerinage vers les tīrthas.
Verse 42
एतस्मिन्नंतरे विप्रो मृकंडः सुतवत्सलः । नापश्यत्स्वसुतं पश्चाद्विललाप सुदुःखितः
Pendant ce temps, le brāhmane Mṛkaṇḍa, tendrement attaché à son fils, ne vit pas son propre enfant ; puis, accablé d’une profonde peine, il se lamenta.
Verse 43
अहो मे तनयोऽभीष्टः कथमद्य न दृश्यते । कूपांतः पतितः किं नु किं व्यालैर्वा निपातितः
Hélas ! Mon fils bien-aimé—pourquoi ne le voit-on pas aujourd’hui ? Est-il tombé dans un puits, ou bien des bêtes sauvages l’ont-elles terrassé ?
Verse 44
कृत्वा मां दुःखसंतप्तं मातरं चापि पुत्रकः । प्रस्थितो दीर्घमध्वानं विरुद्धं कृतवान्विधिः
M’ayant laissé—ainsi que sa mère—brûler de chagrin, l’enfant s’est engagé sur une longue route ; le destin a agi à l’encontre du dharma.
Verse 45
पश्य ब्राह्मणि पापेन मया दुष्कृतकारिणा । न बालस्य मुखं दृष्टं प्रस्थितस्य यमालये
Vois, ô brāhmaṇī : à cause de mon péché, moi qui ai commis le mal, je n’ai même pas vu le visage de l’enfant lorsqu’il est parti vers la demeure de Yama.
Verse 46
कथितं ज्ञानिना तेन मम पूर्वं महात्म ना । षङ्भिर्मासैः सुतस्तेऽयं देहत्यागं करिष्यति
Auparavant, ce grand être réalisé m’avait dit : « Dans six mois, ce fils qui est le tien quittera son corps ».
Verse 47
सोऽहं पुत्रस्य दुःखेन साधयिष्ये हुताशनम् । यावच्छोकाग्निना कायो दह्यते न वरान ने
Ainsi, moi, accablé par la douleur pour mon fils, je préparerai le feu du sacrifice ; car mon corps est déjà consumé par le feu du chagrin, ô toi au beau visage.
Verse 48
ब्राह्मण्युवाच । ममापि मतमेतद्धि यत्त्वया परिकीर्तितम् । तत्किं चिरयसि ब्रह्मञ्छीघ्रं दारूणि चानय
La brāhmaṇī dit : «Oui, telle est aussi mon opinion, comme tu l’as déclaré. Pourquoi tarder, ô brāhmaṇa ? Apporte vite, toi aussi, le bois pour le feu.»
Verse 49
येनाऽहं भवता सार्धं प्रवेक्ष्यामि हुताशनम् । पुत्रशोकेन संतप्ता सुभृशं दुःखशांतये
«Afin que moi, consumée par le chagrin de mon fils, j’entre dans le Feu (Hutāśana) avec toi, en quête de l’apaisement complet de ma douleur.»
Verse 50
सूत उवाच । एवं तयोः प्रवदतोर्दंपत्योर्द्विज सत्तमाः । आजगामाऽथ संहृष्टः स बालः सन्निधिं तयोः
Sūta dit : Tandis que ce couple de brāhmaṇas parlait ainsi, ô le meilleur des deux-fois-nés, le garçon arriva, tout joyeux, et s’approcha d’eux.
Verse 51
तं दृष्ट्वा ब्राह्मणो हृष्टो ब्राह्मण्या सहितस्तदा । आनंदाश्रुप्लुताक्षोऽथ सम्मुख स्तमुपाद्रवत्
En le voyant, le brāhmaṇa se réjouit avec son épouse. Puis, les yeux baignés de larmes de bonheur, il courut droit vers le garçon.
Verse 52
भूयोभूयः परिष्वज्य सभार्यः पृष्टवांस्तदा । क्व गतः स्वाश्रमाद्वत्स चिरात्कस्मादिहाऽगतः
L’embrassant encore et encore, le brāhmaṇa, avec son épouse, demanda : «Enfant chéri, où es-tu allé loin de notre āśrama ? Pourquoi viens-tu ici après si longtemps ?»
Verse 53
शोकार्णवे परिक्षिप्य मां सभार्यं वयोऽधिकम् । तन्मा पुत्रक भूयस्त्वमीदृक्कर्म करिष्यसि
Tu m’as jeté—avec ta mère—dans l’océan du chagrin, bien que nous soyons d’un âge avancé. Aussi, mon cher fils, ne commets plus jamais un tel acte.
Verse 54
मार्कंडेय उवाच । अत्राऽद्य मुनयः प्राप्ता मया ते चाभिवादिताः । क्रमेण विनयात्तात स्मरमाणेन ते वचः
Mārkaṇḍeya dit : «Aujourd’hui, des sages sont arrivés ici, et je leur ai rendu hommage comme il convient, dans l’ordre et avec humilité, ô père, me souvenant de tes paroles.»
Verse 55
दीर्घायुर्भव तैरुक्तः सर्वैरेव द्विजोत्तमैः । दृष्ट्वा मां विस्मयाविष्टैर्बालकं व्रतिनं विभो
Tous les plus éminents des deux-fois-nés me dirent : «Sois de longue vie.» En me voyant—simple enfant, mais ascète voué au vœu—ils furent saisis d’émerveillement, ô vénérable.
Verse 56
अथ तात समालोक्य तेषां मध्यगतो मुनिः । वसिष्ठस्तान्मुनीन्सर्वान्प्रोवाच प्रहसन्निव
Alors, ô père, le sage Vasiṣṭha—se tenant au milieu d’eux—les regarda et s’adressa à tous ces sages, comme en souriant.
Verse 57
वसिष्ठ उवाच । दीर्घायुर्भव यः प्रोक्तो युष्माभिर्मुनिपुंगवाः । तृतीये दिवसे सोऽयं बालः पंचत्वमेष्यति
Vasiṣṭha dit : «Ô vous, les plus éminents des sages, la bénédiction “sois de longue vie” que vous avez prononcée—au troisième jour, cet enfant pourtant atteindra la mort.»
Verse 58
ततस्ते मुनयो भीता असत्यात्तात तत्क्षणात् । समादाय ययुस्तत्र यत्र ब्रह्मा व्यवस्थितः
Alors ces sages, saisis de crainte devant le mensonge, ô père, à l’instant même se mirent en route et allèrent là où Brahmā se tenait présent.
Verse 59
नमस्कृतेन तेनाऽपि प्रोक्तोऽहं पद्मयोनिना । दीर्घायुर्भव पृष्टश्च कुतस्त्वमिह चागतः
Bien que je me fusse incliné avec révérence, Padmayoni (Brahmā) me dit : «Sois de longue vie», et il demanda encore : «D’où es-tu venu jusqu’ici ?»
Verse 60
अथ तैर्मुनिभिः सर्वैर्वृत्तांतं तस्य कीर्तितम् । आशीर्वादोद्भवं प्रोक्तं ततो वयमिहागताः
Alors tous ces sages exposèrent en détail toute l’histoire le concernant, déclarant qu’elle était née d’une bénédiction ; c’est pourquoi nous sommes venus ici.
Verse 61
यथाऽयं बालको देव त्वत्प्रसादात्पितामह । दीर्घायुर्जायते लोके तथा त्वं कर्तुमर्हसि
Ô Seigneur—ô Aïeul primordial (Brahmā)—par ta grâce, de même que cet enfant peut devenir longévif en ce monde, ainsi toi peux l’accomplir ; daigne le faire.
Verse 62
ततोऽहं ब्रह्मणा तात जरामरणवर्जितः । विहितः प्रेषितस्तूर्णं स्वगृहं प्रति तैः समम्
Alors, ô bien-aimé, Brahmā décréta que je fusse exempt de vieillesse et de mort, puis, sans tarder, il me dépêcha—avec eux—vers ma demeure.
Verse 63
ते तु मां मुनयोत्रैव प्रमुच्याश्रमसन्निधौ । स्नानार्थं विविशुः सर्वे ह्रदेऽत्रैव सुशोभने
Mais ces sages, me laissant là près de l’āśrama, entrèrent tous dans ce lac splendide afin d’accomplir le bain sacré.
Verse 64
तच्छ्रुत्वा वचनं तस्य मृकंडो हर्षसंयुतः । प्रययौ सत्वरं तत्र यत्र ते मुनयः स्थिताः
Entendant ses paroles, Mṛkaṇḍa, rempli de joie, se hâta d’aller là où demeuraient ces sages.
Verse 65
प्रणम्य तान्मुनीन्सर्वान्कृताञ्जलिपुटः स्थितः । प्रोवाच वः प्रसादेन कुलं मे वृद्धिमागतम्
Après s’être prosterné devant tous les sages et être resté les mains jointes, il dit : «Par votre grâce, ma lignée est parvenue à la prospérité».
Verse 66
साधु प्रोक्तमिदं कैश्चिदाचार्यैर्मुनिसत्तमाः । साधुलोकं समाश्रित्य विख्यातं च जगत्त्रये
Ô meilleurs des sages, ceci a été bien énoncé par certains ācārya ; s’appuyant sur la communauté des justes, cela est renommé dans les trois mondes.
Verse 67
साधूनां दर्शनं पुण्यं तीर्थभूता हि साधवः । तीर्थं फलति कालेन सद्यः साधुसमागमः
La seule vue des saints est méritoire, car les justes eux-mêmes sont des tīrtha vivants. Un lieu de pèlerinage porte fruit avec le temps, mais la rencontre des sādhus porte fruit aussitôt.
Verse 68
तस्मादतिथयः प्राप्ता यूयं सर्वेऽद्य मे गृहम् । प्रकरोमि किमातिथ्यं प्रोच्यतां द्विजसत्तमाः
Ainsi, puisque vous êtes venus en hôtes, aujourd’hui vous tous êtes dans ma demeure. Quelle hospitalité dois-je offrir ? Dites-le-moi, ô meilleurs des deux-fois-nés.
Verse 69
ऋषय ऊचुः । एतदेव मुनेऽस्माकमातिथ्यं कोटिसंमितम् । अल्पायुरपि ते बालो यज्जातो मृत्युवर्जितः
Les sages dirent : «Ceci seul, ô muni, est pour nous une hospitalité valant des millions : que ton enfant, bien que voué à une brève vie, soit né affranchi de la Mort.»
Verse 70
मृकण्ड उवाच । मृत्युनाऽलिंगितं बालमस्मदीयं मुनीश्वराः । भवद्भिरद्य संरक्ष्य कुलं कृत्स्नं समुद्धृतम्
Mṛkaṇḍa dit : «Ô seigneurs parmi les sages, la Mort avait déjà enlacé mon enfant ; mais aujourd’hui, protégée par vous, toute ma lignée a été sauvée et relevée.»
Verse 71
ब्रह्मघ्ने च सुरापे च चौरे भग्नव्रते तथा । निष्कृतिर्विहिता सद्भिः कृतघ्ने नाऽस्ति निष्कृतिः
«Pour le meurtrier d’un brāhmane, pour le buveur d’ivresse, pour le voleur, et de même pour celui qui rompt un vœu, les hommes de bien ont prescrit des expiations ; mais pour l’ingrat, il n’est point d’expiation.»
Verse 72
तस्मात्कृतघ्नतादोषो न स्यान्मम मुनीश्वराः । यथा कार्यं भवद्भिश्च तथा सर्वैर्न संशयः
«C’est pourquoi, ô meilleurs des sages, que la faute d’ingratitude ne soit pas la mienne. Ce qui doit être accompli par vous, que tous l’accomplissent ainsi, sans aucun doute.»
Verse 73
ऋषय ऊचुः । यदि प्रत्युपकाराय मन्यसे त्वं द्विजोत्तम । गृहं कुरुष्व नो वाक्याद्देवस्य परमेष्ठिनः
Les sages dirent : «Si tu veux rendre un juste retour, ô meilleur des deux-fois-nés, alors, selon notre parole, établis ici la demeure du dieu Parameṣṭhin.»
Verse 74
येनाऽयं बालकस्तेऽद्य कृतो मृत्युविवर्जितः । तस्मात्स्थापय तीर्थेन देवं तं प्रपितामहम्
«Puisque par lui cet enfant a été aujourd’hui délivré de la Mort, établis donc en ce tīrtha cette divinité : Prapitāmaha (Pitāmaha, Brahmā).»
Verse 75
पुत्रेण सहितः पश्चादाराधय दिवानिशम् । वयमेव त्वया सार्धं तं च देवं पितामहम्
«Ensuite, avec ton fils, adore-le jour et nuit. Nous aussi, avec toi, adorerons ce dieu, Pitāmaha.»
Verse 76
नित्यं प्रपूजयिष्यामस्तथान्येऽपि द्विजोत्तमाः । बालेनाऽनेन सार्धं ते सख्यमत्र स्थितं यतः । बालसख्यमिति ख्यातं नाम्ना तेन भविष्यति
«Nous le vénérerons sans cesse, et d’autres meilleurs des deux-fois-nés feront de même. Puisque ton amitié avec cet enfant s’est établie ici, ce lieu sera renommé sous le nom de “Bālasakhya”.»
Verse 77
तीर्थमन्यैरिति ख्यातं बालकानां हितावहम् । रोगार्तानां भयार्तानामस्माकं वचनात्सदा
«Ce lieu sacré sera aussi célébré par d’autres comme un tīrtha qui apporte le bien aux enfants—toujours, selon notre parole—à ceux que tourmentent la maladie et la peur.»
Verse 78
अस्मिंस्तीर्थे शिशुं लोकाः स्नापयिष्यंति ये द्विज । रोगार्तं वा भयार्तं वा पीडितं वा ग्रहादिभिः
Ô deux-fois-né, ceux qui baignent un enfant en ce tīrtha—qu’il soit accablé par la maladie, par la peur, ou tourmenté par les grahas et autres influences—
Verse 79
भविष्यति न संदेहः सर्वदोषविवर्जितः । पितामहप्रसादेन तथाऽस्मद्वचनाद्द्विज
Il n’y a nul doute : il sera délivré de toute faute et de toute affliction, par la grâce de Pitāmaha (Brahmā) et aussi par notre parole, ô deux-fois-né.
Verse 80
ये पुनर्मानुषा विप्र निष्कामाः श्रद्धयान्विताः । स्नानमात्रं करिष्यंति ते यांति परमां गतिम्
Mais ceux, ô brāhmane, qui sont sans désir égoïste et remplis de foi—s’ils accomplissent ne fût-ce que le simple bain (en ce gué sacré)—atteignent la condition suprême.
Verse 81
एवमुक्त्वाथ ते सर्वे मुनयः शंसितव्रताः । तमामंत्र्य मुनिं जग्मुस्तीर्थान्यन्यानि सत्वराः
Ayant ainsi parlé, tous ces sages—renommés pour leurs observances louées—prirent congé de ce muni et se hâtèrent vers d’autres tīrthas.
Verse 82
मृकण्डोऽपि सपुत्रश्च तस्मिन्स्थाने पितामहम् । स्थापयामास संहृष्टो ज्येष्ठे ज्येष्ठास्थिते विधौ
Mṛkaṇḍu aussi, avec son fils, établit avec joie Pitāmaha (Brahmā) en ce lieu même, lorsque le rite prescrit fut accompli au mois de Jyeṣṭha, sous l’astérisme lunaire Jyeṣṭhā.
Verse 83
ततश्चाऽराधयामास दिवारात्रमतंद्रितः । सपुत्रः श्रद्धया युक्तः संप्राप्तश्च परां गतिम्
Ensuite, sans relâche, il adora jour et nuit ; et, avec son fils, rempli de śraddhā (foi), il atteignit l’état suprême.
Verse 84
सूत उवाच । ततःप्रभृति तत्तीर्थं बालसख्यमिति स्मृतम् । पावनं सर्वजंतूनां बालानां रोगनाशनम्
Sūta dit : Dès lors, ce tīrtha fut connu sous le nom de « Bālasakhya ». Il purifie tous les êtres et détruit les maladies des enfants.
Verse 85
ज्येष्ठे ज्येष्ठासु यो बालस्तत्र स्नानं समाचरेत् । न स पीडामवाप्नोति यावत्संवत्सरं द्विजाः
Ô deux-fois-nés : si un enfant se baigne là au mois de Jyeṣṭha, aux jours du nakṣatra Jyeṣṭhā, cet enfant ne subira aucune affliction pendant une année entière.
Verse 86
ग्रहभूतपिशाचानां शाकिनीनां विशेषतः । अगम्यः सर्वदुष्टानां तथाऽन्येषां प्रजायते
En particulier, il rend l’on inaccessible aux grahas, bhūtas, piśācas et śākinīs ; de même, face à toutes les autres forces malveillantes, l’on devient inattaquable.