Adhyaya 46
Kashi KhandaUttara ArdhaAdhyaya 46

Adhyaya 46

Le chapitre s’ouvre sur l’interrogation d’Agastya face à un paradoxe apparent : comment Vyāsa—dévot de Śiva et connaisseur des secrets du kṣetra—peut-il être associé à un récit de malédiction ? Skanda répond en replaçant l’épisode dans la vie disciplinée de Vyāsa à Kāśī : bain quotidien, enseignement de la grandeur du lieu sacré, et hiérarchie normative proclamant Viśveśvara suprême parmi les liṅga et Manikarṇikā suprême parmi les tīrtha. Le texte développe ensuite un code pratique pour les habitants et pèlerins de Kāśī : snāna et culte journaliers, ne pas abandonner Manikarṇikā, suivre le varṇāśrama-dharma, pratiquer la charité avec discrétion (notamment l’anna-dāna), éviter la médisance et le mensonge (sauf exception protectrice pour sauver des êtres), et adopter une éthique ferme de protection de toutes les créatures, source d’un immense mérite. Les kṣetra-sannyāsin et ascètes résidents sont élevés au rang de dignes d’honneur, leur satisfaction étant liée au plaisir de Viśveśvara. Le chapitre insiste sur la maîtrise des sens, déconseille l’automutilation ou la recherche de la mort, et présente la pratique à Kāśī comme d’une efficacité unique : une immersion, une adoration, un japa/homa limité y équivalent à de grands rites accomplis ailleurs. Il propose ensuite une taxinomie technique des observances expiatoires et disciplinaires (formes de kṛcchra, parāka, prājāpatya, sāntapana/mahāsāntapana, tapta-kṛcchra) et divers modes de cāndrāyaṇa, culminant dans une doctrine de purification : le corps par l’eau, l’esprit par la vérité, l’intellect par la connaissance. La fin annonce une épreuve divine par le refus d’aumône à Vyāsa, préparant le cadre « Vyāsa-śāpa-vimokṣa » et promettant le fruit protecteur de l’écoute de ce chapitre.

Shlokas

Verse 1

अगस्त्य उवाच । कृप्णद्वैपायनः स्कंद शंभुभक्तिपरो यदि । यदि क्षेत्ररहस्यज्ञः क्षेत्रसंन्यासकृद्यदि

Agastya dit : Ô Skanda, si Kṛṣṇa-Dvaipāyana (Vyāsa) est voué à la bhakti envers Śambhu (Śiva), s’il connaît les mystères du kṣetra sacré, et s’il est celui qui établit le renoncement à l’égard du kṣetra—

Verse 2

तथा दृष्टप्रभावश्चेत्तथा चेज्ज्ञानिनां वरः । पुरीं वाराणसीं श्रेष्ठां कथं किल शपिष्यति

Et si sa puissance a réellement été constatée, et s’il est véritablement le premier des sages—comment pourrait-il donc maudire la cité suprême de Vārāṇasī ?

Verse 3

स्कंद उवाच । सत्यमेतत्त्वया पृच्छि कथयामि मुने शृणु । तस्य व्यासस्य चरितं भविष्यं त्वयि पृच्छति

Skanda dit : Ce que tu as demandé est vrai et convenable. Écoute, ô sage—je vais le raconter. Le récit de Vyāsa se déploiera en réponse à ton interrogation.

Verse 4

यदारभ्य मुनेस्तस्य नंदी स्तंभितवान्भुजम् । तदारभ्य महेशानं संस्तौति परमादृतः

Depuis l’instant où Nandī immobilisa le bras de ce sage, depuis lors il loue Maheśāna avec la plus grande vénération.

Verse 5

काश्यां तीर्थान्यनेकानि काश्यां लिगान्यनेकशः । तथापि सेव्यो विश्वेशः स्नातव्या मणिकर्णिका

À Kāśī se trouvent de nombreux lieux sacrés de baignade, et à Kāśī d’innombrables liṅgas ; pourtant, par-dessus tout, Viśveśa doit être adoré, et l’on doit se baigner à Maṇikarṇikā.

Verse 6

लिंगेष्वेको हि विश्वेशस्तीर्थेषु मणिकर्णिका । इति संव्याहरन्व्यासस्तद्द्वयं बहु मन्यते

«Parmi les liṅgas, Viśveśa seul ; parmi les tīrthas, Maṇikarṇikā»—disant cela, Vyāsa tient ces deux-là pour suprêmes.

Verse 7

त्यक्त्वा स बहु वाग्जालं प्रातः स्नात्वा दिनेदिने । निर्वाणमंडपे वक्ति महिमानं महेशितुः

Délaissant les trop nombreux filets de la controverse, il se baigne chaque jour à l’aube ; et dans le Nirvāṇa-maṇḍapa il proclame la grandeur du Seigneur Maheśa.

Verse 8

शिष्याणां पुरतो नित्यं क्षेत्रस्य महिमा महान् । व्याख्यायते मुदा तेन व्यासेन परमर्षिणा

Devant ses disciples chaque jour, le sage suprême Vyāsa expose avec joie la grande gloire du kṣetra sacré.

Verse 9

अत्र यत्क्रियते क्षेत्रे शुभं वाऽशुभमेव वा । संवर्तेपि न तस्यांतस्तस्माच्छ्रेयः समाचरेत्

Tout ce qui est accompli dans ce kṣetra (Kāśī), qu’il soit propice ou même néfaste, n’épuise pas son fruit, fût-ce au temps de la dissolution cosmique. C’est pourquoi il faut y pratiquer avec ardeur ce qui est réellement salutaire et conforme au dharma.

Verse 10

क्षेत्रसिद्धिं समीहंते ये चात्र कृतिनो जनाः । यावज्जीवं न तैस्त्याज्या सुधीभिर्मणिकर्णिका

Ceux qui, riches de mérite, recherchent l’accomplissement spirituel accordé par ce kṣetra sacré, les sages ne doivent pas abandonner Maṇikarṇikā tant que la vie demeure.

Verse 11

चक्रपुष्करिणी तीर्थे स्नातव्यं प्रतिवासरम् । पुष्पैः पत्रैः फलैस्तोयैरर्च्यो विश्वेश्वरः सदा

Au tīrtha de Cakrapuṣkariṇī, il convient de se baigner chaque jour. Et Viśveśvara doit être adoré sans cesse avec des fleurs, des feuilles, des fruits et de l’eau.

Verse 12

स्ववर्णाश्रमधर्मश्च त्यक्तव्यो न मनागपि । प्रत्यहं क्षेत्रमहिमा श्रोतव्यः श्रद्धया सकृत्

Il ne faut pas délaisser, fût-ce un instant, les devoirs propres à son varṇa et à son āśrama. Et chaque jour, avec foi, il convient d’entendre au moins une fois la grandeur du kṣetra sacré (Kāśī).

Verse 13

यथाशक्ति च देयानि दानान्यत्र सुगुप्तवत् । अन्नान्यपि च देयानि विघ्नान्परिजिहीर्षुणा

Ici, l’on doit faire l’aumône selon ses moyens, avec discrétion et sans ostentation. Et l’on doit aussi offrir de la nourriture, pour qui souhaite écarter les obstacles.

Verse 14

परोपकरणं चात्र कर्तव्यं सुधिया सदा । पर्वस्वपि विशेषेण स्नानदानादिकाः क्रियाः

Ici, l’homme de bon discernement doit toujours rendre service aux autres. Et, surtout aux jours de fête ou d’observance sacrée, il convient d’accomplir des actes tels que le bain rituel, l’aumône et autres pratiques.

Verse 15

सरस्वती सरिद्रूपा ह्यतः शास्त्रनिकेतनम् । आनंदकाननं सर्वं धर्मशास्त्रकृतालयम्

Ainsi, Sarasvatī est ici présente sous la forme d’une rivière ; ce lieu est demeure de l’enseignement sacré. Tout Ānandakānana est un séjour façonné par le Dharma et par les śāstras.

Verse 16

अत्र मर्म न वक्तव्यं सुधियां कस्यचित्क्वचित् । परदार परद्रव्य परापकरणं त्यजेत्

Ici, le sage ne doit jamais divulguer les secrets d’autrui, où que ce soit. Qu’il renonce à l’époux(se) d’autrui, aux biens d’autrui et au fait de nuire aux autres.

Verse 17

परापवादो नो वाच्यः परेर्ष्यां न च कारयेत् । असत्यं नैव वक्तव्यं प्राणैः कंठगतैरपि

Qu’on ne profère pas de calomnie contre autrui, et qu’on n’attise pas l’envie envers les autres. Qu’on ne dise jamais de mensonge, même si la vie est déjà au bord de la gorge (même au prix de sa vie).

Verse 18

अत्रत्य जंतुरक्षार्थमसत्यमपि भाषयेत् । येनकेनप्रकारेण शुभेनाप्यशुभेन वा

Ici, pour sauvegarder un être vivant, on peut même prononcer une parole non vraie ; de quelque manière que ce soit, qu’elle paraisse faste ou néfaste, si elle accomplit cette protection.

Verse 19

अत्रत्यः प्राणिमात्रोपि रक्षणीयः प्रयत्नतः । एकस्मिन्रक्षिते जंतावत्र काश्यां प्रयत्नतः । त्रैलोक्यरक्षणात्पुण्यं यत्स्यात्तत्स्यान्न संशयः

En cette Kāśī, même la plus infime créature doit être protégée avec tous les efforts. Si, à Kāśī, on sauvegarde avec une ardeur sincère ne fût-ce qu’un seul être, le mérite acquis égale celui qui naît de la protection des trois mondes ; il n’y a nul doute.

Verse 20

ये वसंति सदा काश्यां क्षेत्रसंन्यासकारिणः । त एव रुद्रा मंतव्या जीवन्मुक्ता न संशयः

Ceux qui demeurent toujours à Kāśī, adoptant le renoncement au sein du champ sacré (kṣetra-saṃnyāsa), doivent être tenus pour des Rudra eux-mêmes ; ils sont libérés de leur vivant, sans aucun doute.

Verse 21

ते पूज्यास्ते नमस्कार्यास्ते संतोष्याः प्रयत्नतः । तेषु वै परितुष्टेषु तुष्येद्विश्वेश्वरः स्वयम्

Ils doivent être adorés, ils doivent être salués avec révérence, et l’on doit s’efforcer de les contenter. Lorsqu’ils sont pleinement satisfaits, Viśveśvara Lui-même se réjouit.

Verse 22

काश्यां वसंति ये मर्त्या दूरस्थैरपि सन्नरैः । योगक्षेमो विधातव्यस्तेषां विश्वेशितुर्मुदे

Même les hommes de bien demeurant au loin doivent pourvoir au yoga-kṣema —bien-être et sécurité— des mortels qui résident à Kāśī, afin de réjouir Viśveśvara, le Seigneur de l’univers.

Verse 23

प्रसरस्त्विंद्रियाणां च निवार्योत्र निवासिभिः । मनसोपि हि चांचल्यमिह वार्यं प्रयत्नतः

Ici, ceux qui demeurent à Kāśī doivent retenir l’élan des sens qui se ruent au-dehors ; en vérité, même l’agitation du mental doit être contenue ici par un effort assidu.

Verse 24

मरणं नाभिकांक्षेद्धि कांक्ष्यो मोक्षोऽपिनो पुनः । शरीरशोषणोपायः कर्तव्यः सुधिया नहि

Qu’on ne désire pas la mort ; qu’on ne convoite pas non plus la délivrance avec avidité. Le sage ne doit pas entreprendre des moyens qui dessèchent ou tourmentent le corps.

Verse 25

आत्मरक्षात्र कर्तव्या महाश्रेयोभिवृद्धये । अत्रात्म त्यजनोपायं मनसापि न चिंतयेत्

Ici (à Kāśī), qu’on se protège soi-même afin d’accroître le Bien suprême. Ici, qu’on ne songe même pas, fût-ce en pensée, à quelque moyen d’abandonner le corps (se détruire).

Verse 26

गर्वः परोत्र विद्यानां धनगर्वोत्र वै महान् । मुक्तिगर्वेण नो भिक्षां प्रयच्छंत्यत्र वासिनः

Ici, l’orgueil du savoir est un grand obstacle ; ici, l’orgueil de la richesse est vraiment grand. Et par orgueil de « délivrance », les habitants d’ici ne donnent pas l’aumône.

Verse 27

एकस्मिन्नपि यच्चाह्नि काश्यां श्रेयोभिलभ्यते । न तु वर्षशतेनापि तदन्यत्राप्यते क्वचित्

Le Bien suprême qu’on obtient à Kāśī ne fût-ce qu’en un seul jour, on ne l’obtient nulle part ailleurs—en aucun lieu—même en cent ans.

Verse 28

अन्यत्र योगाभ्यसनाद्यावज्जन्म यदर्ज्यते । वाराणस्यां तदेकेन प्राणायामेन लभ्यते

Ce qui s’acquiert ailleurs par la pratique du yoga durant toute une vie, s’obtient à Vārāṇasī par un seul prāṇāyāma, la discipline du souffle.

Verse 29

सर्वतीर्थावगाहाच्च यावज्जन्म यदर्ज्यते । तदानंदवने प्राप्यं मणिकर्ण्येकमज्जनात्

Le mérite acquis en une vie entière en se baignant dans tous les tīrtha, ce même mérite s’obtient à Ānandavana (Kāśī) par une seule immersion à Maṇikarṇikā.

Verse 30

सर्वलिंगार्चनात्पुण्यं यावज्जन्म यदर्ज्यते । सकृद्विश्वेशमभ्यर्च्य श्रद्धया तदवाप्यते

Le mérite acquis en une vie entière par le culte de tous les liṅga s’obtient en adorant Viśveśvara une seule fois, avec foi.

Verse 31

गृहिण्युवाच । भगवन्भिक्षुकास्तावदद्य दृष्टा न कुत्रचित् । असत्कृत्यातिथिं नाथो न मे भोक्ष्यति कर्हिचित्

La maîtresse de maison dit : «Ô vénérable, aujourd’hui je n’ai vu aucun mendiant nulle part. Si je manque d’honorer l’hôte, mon époux ne mangera jamais de ma nourriture».

Verse 32

गवां कोटि प्रदानेन सम्यग्दत्तेन यत्फलम । तत्फलं सम्यगाप्येत विश्वेश्वर विलोकनात्

Le fruit obtenu en offrant correctement un crore de vaches, ce même fruit s’accomplit pleinement par la seule vision de Viśveśvara.

Verse 33

यत्षोडशमहादानैः पुण्यं प्रोक्तं महर्षिभिः । तत्पुण्यं जायते पुंसां विश्वेशे पुष्पदानतः

Le mérite que les grands sages disent provenir des seize grands dons, ce même mérite naît pour les hommes lorsqu’ils offrent des fleurs à Viśveśvara.

Verse 34

अश्वमेधादिभिर्यज्ञैर्यत्फलं प्राप्यतेखिलैः । पंचामृतानां स्नपनाद्विश्वेशे तदवाप्यते

Le fruit obtenu par les sacrifices, à commencer par l’Aśvamedha, s’atteint aussi en baignant (en ablutionnant) Viśveśvara avec le pañcāmṛta.

Verse 35

विशेषपूजा कर्तव्या सुमहोत्सवपूर्वकम । कार्यास्तथाधिका यात्राः समर्च्याः क्षेत्रदेवताः

Qu’un culte particulier soit accompli, précédé d’une grande fête; de même, que l’on entreprenne des processions de pèlerinage supplémentaires et que l’on honore comme il se doit les divinités de l’enceinte sacrée.

Verse 36

मन्ये धर्ममयी मूर्तिः कापि त्वं शुचिमानसा । त्वद्दर्शनात्परां प्रीतिं संप्राप्तानींद्रियाणि मे

Je te tiens pour une incarnation du Dharma lui-même, au cœur pur. À ta vue, mes sens ont atteint une joie suprême.

Verse 37

महापूजोपकरणं योर्पयेद्विश्वभर्तरि । न तं संपत्तिसंभारा विमुंचंतीह कुत्रचित्

Quiconque offre les objets requis pour la grande adoration au Seigneur qui soutient l’univers, l’abondance de la prospérité ne l’abandonne nulle part en ce monde.

Verse 38

सर्वर्तुकुसुमाढ्यां च यः कुर्यात्पुष्पवाटिकाम् । तदंगणे कल्पवृक्षाश्छायां कुर्वंति शीतलाम्

Quiconque crée un jardin de fleurs riche de floraisons en toute saison—dans sa cour, les arbres Kalpavṛkṣa, exauceurs de vœux, répandent une ombre fraîche.

Verse 39

यः क्षीरस्नपनार्थं वै विश्वेशे धेनुमर्पयेत् । क्षीरार्णवतटे तस्य निवसेयुः पितामहाः

Quiconque offre une vache au Seigneur Viśveśvara pour l’ablution au lait—ses ancêtres (pitṛ) viendront demeurer sur la rive de l’Océan de Lait.

Verse 40

विश्वेशराजसदने यः सुधां चित्रमेव वा । कारयेत्तस्य भवनं कैलासचित्रितं भवेत्

Quiconque fait exécuter, dans la cour royale du sanctuaire de Viśveśvara, l’enduit blanc (sudhā) ou la peinture—sa demeure sera ornée comme le Kailāsa.

Verse 41

ब्राह्मणान्यतिनो वापि तथैव शिवयोगिनः । भोजयेद्योत्र वै काश्यामेकैक गणना क्रमात्

Quiconque, à Kāśī, nourrit des brāhmaṇa, des renonçants et des yogin de Śiva—les comptant et les honorant un à un selon l’ordre prescrit—acquiert un grand mérite.

Verse 42

कोटिभोज्यफलं तस्य श्रद्धया नात्र संशयः । तपस्त्वत्र प्रकर्तव्यं दानमत्र प्रदापयेत्

Avec foi, il obtient assurément le fruit d’avoir nourri des crores d’êtres—sans aucun doute. C’est pourquoi l’austérité doit être pratiquée ici, et l’aumône doit être donnée ici même (à Kāśī).

Verse 43

विश्वेशस्तोषणीयोत्र स्नानहोमजपादिभिः । अन्यत्र कोटिजप्येन यत्फलं प्राप्यते नरैः । अष्टोत्तरशतं जप्त्वा तदत्र समवाप्यते

Ici, à Kāśī, Viśveśvara doit être apaisé par le bain sacré, les offrandes au feu (homa), le japa et autres rites. Le fruit que l’on obtient ailleurs par un crore de répétitions, on l’acquiert ici en ne récitant que cent huit fois.

Verse 44

कोटिहोमेन यत्प्रोक्तं फलमन्यत्र सूरिभिः । अष्टोत्तराहुतिशतात्तदत्रानंदकानने

Le fruit que les sages disent ailleurs provenir d’un crore de homa, est obtenu ici, dans Ānandakānana, par seulement cent huit oblations.

Verse 45

यो जपेद्रुद्रसूक्तानि काश्यां विश्वेशसन्निधौ । पारायणेन वेदानां सर्वेषां फलमाप्यते

Quiconque récite les hymnes à Rudra à Kāśī, en la présence même de Viśveśvara, obtient le fruit de la récitation intégrale de tous les Veda.

Verse 46

तस्य पुण्यं न जानामि चिंतिते चाक्षरे परे । काश्यां नित्यं प्रवस्तव्यं सेव्योत्तरवहा सदा

Je ne puis mesurer le mérite de celui qui médite sur l’Impérissable suprême (akṣara). Qu’on demeure sans cesse à Kāśī et qu’on serve toujours le fleuve qui coule vers le nord.

Verse 47

आपद्यपि हि घोरायां काशी त्याज्या न कुत्रचित् । यतः सर्वापदांहर्ता त्राता विश्वपतिः प्रभुः

Même dans une calamité effroyable, Kāśī ne doit jamais être abandonnée. Car le Seigneur, Maître de l’univers, ôte toutes les infortunes et demeure le véritable protecteur.

Verse 48

अवंध्यं दिवसं कुर्यात्स्नानदानजपादिभिः । यतः काश्यां कृतं कर्म महत्त्वाय प्रकल्पते

Que l’on rende le jour fécond par le bain sacré, l’aumône, le japa et les actes semblables ; car toute action accomplie à Kāśī devient cause d’une haute excellence spirituelle.

Verse 49

कृच्छ्रचांद्रायणादीनि कर्तव्यानि प्रयत्नतः । तथेंद्रियविकाराश्च न बाधंतेत्र कर्हिचित्

Il faut entreprendre avec effort des observances telles que le Kṛcchra, le Cāndrāyaṇa et autres. Alors, les troubles et agitations des sens n’entravent ici à aucun moment.

Verse 50

यदींद्रियाणि कुर्वंति विक्रियामिह देहिनाम् । तदात्रवाससं सिद्धिर्विघ्नेभ्यो नैव लभ्यते

Si les sens provoquent ici l’agitation chez les êtres incarnés, la réussite dans la discipline entreprise n’est pas obtenue, car elle est assaillie d’obstacles.

Verse 51

अगस्त्य उवाच । कृच्छ्र चांद्रायणादीनि व्यासो वक्ष्यति यानि वै । तेषां स्वरूपमाख्याहि स्कंदेंद्रिय विशुद्धये

Agastya dit : « Le Kṛcchra, le Cāndrāyaṇa et les autres—que Vyāsa décrira aussi—expose-m’en la forme véritable, ô Skanda, pour la purification des sens. »

Verse 52

स्कंद उवाच । कथयामि महाबुद्धे कृच्छ्रादीनि तवाग्रतः । यानि कृत्वात्र मनुजो देहशुद्धिं लभेत्पराम्

Skanda dit : « Ô toi à la grande intelligence, je vais exposer devant toi le Kṛcchra et les autres observances ; en les accomplissant ici, l’homme obtient la purification suprême du corps. »

Verse 53

एकभक्तेन नक्तेन तथैवायाचितेन च । उपवासेन चैकेन पादकृच्छ्रः प्रकीर्तितः

Prendre un seul repas par jour, ne manger que la nuit, vivre d’une nourriture non sollicitée, puis jeûner un jour : telle est l’observance dite Pāda-Kṛcchra.

Verse 54

वटोदुंबरराजीव बिल्वपत्रकुशोदकम् । प्रत्येकं प्रत्यहं पीतं पर्णकृच्छ्रः प्रकीर्तितः

Boire, séparément et de jour en jour, l’eau infusée de banyan, d’udumbara, de lotus, de feuilles de bilva et de kuśa : telle est l’observance proclamée Parṇa-Kṛcchra.

Verse 55

पिण्याकघृततक्रांबु सक्तूनां प्रतिवासरम् । एकैकमुपवासश्च कृच्छ्रः सौम्यः प्रकीर्तितः

Prendre, en jours successifs, tourteau d’huile, ghee, babeurre, eau et farine d’orge grillée—un seul par jour—avec le jeûne prescrit : telle est la Saumya Kṛcchra.

Verse 56

हविषा प्रातरश्नीत हविषा सायमेव च । हविषा याचितं त्रींस्तु सोपवासस्त्रयहं वसेत्

Qu’il prenne du havis le matin et du havis encore le soir ; durant trois jours, qu’il ne reçoive que le havis obtenu par la quête, puis, en jeûnant, qu’il demeure trois jours.

Verse 57

एकैकग्रासमश्नीयादहानि त्रीणि पूर्ववत् । त्र्यहं चोपवसेदंत्यमतिकृच्छ्रं चरन्द्विजः

Selon la règle précédente, durant trois jours il ne doit manger qu’une seule bouchée par jour ; et, à la fin, il jeûnera trois jours. Le « deux-fois-né » qui l’accomplit est dit observer l’Ati-Kṛcchra.

Verse 58

कृच्छ्रातिकृच्छ्रं पयसा दिवसानेकविंशतिः । द्वादशाहोपवासेन पराकः परिकीर्तितः

Le vœu Kṛcchra-Ati-Kṛcchra s’accomplit en ne prenant que du lait durant vingt et un jours. Un jeûne de douze jours est proclamé Parāka.

Verse 59

त्र्यहं प्रातस्त्रयहं सायं त्र्यहमद्यादयाचितम् । त्र्यहं चोपवसेदंत्यं प्राजापत्यं चरन्द्विजः

Ainsi le deux-fois-né doit-il pratiquer le vœu Prājāpatya : trois jours ne manger que le matin, trois jours seulement le soir, trois jours ne prendre que ce qui est donné sans demander, et les trois derniers jours jeûner.

Verse 60

गोमूत्रं गोमयं क्षीरं दधिसर्पिः कुशोदकम् । एकरात्रोपवासश्च कृच्छ्रः सांतपनः स्मृतः

Urine de vache, bouse de vache, lait, caillé, ghee et eau infusée de kuśa : avec un jeûne d’une nuit, cette austérité est appelée Sāṃtapana-kṛcchra.

Verse 61

पृथक्सांतपनद्रव्यैः षडहः सोपवासकः । सप्ताहेन तु कृच्छ्रोयं महासांतपनः स्मृतः

Lorsque les substances du Sāṃtapana sont prises séparément durant six jours, avec le jeûne inclus, alors ce kṛcchra accompli en une semaine est appelé Mahā-sāṃtapana.

Verse 62

तप्तकृच्छ्रं चरन्विप्रो जलक्षीरघृतानिलान् । एतांस्त्र्यहं पिबेदुष्णान्सकृत्स्नायी समाहितः

En accomplissant le Tapta-kṛcchra, le brāhmane doit boire—tièdes—l’eau, le lait et le ghee, puis subsister d’air; chacun durant trois jours, se baignant une fois par jour, ferme et recueilli.

Verse 63

त्र्यहमुष्णाः पिबेदापस्त्र्यहमुष्णं पयः पिबेत् । त्र्यहमुष्णघृतं प्राश्य वायुभक्षो दिनत्रयम्

Pendant trois jours, qu’il boive de l’eau tiède; pendant trois jours, du lait tiède; pendant trois jours, qu’il prenne du ghee tiède; et pendant trois jours, qu’il ne se nourrisse que d’air.

Verse 64

पलमेकं पयः पीत्वा सर्पिषश्च पलद्वयम् । पलमेकं तु तोयस्य तप्तकृच्छ्र उदाहृतः

Boire une pala de lait, deux palas de ghee et une pala d’eau : telle est la mesure appelée Tapta-kṛcchra.

Verse 65

गोमूत्रेण समायुक्तं यावकं यः प्रयोजयेत् । कृच्छ्रमेकाह्न्किं प्रोक्तं शरीरस्य विशोधनम्

Quiconque prend du yāvaka (bouillie d’orge) mêlé d’urine de vache : il est enseigné que c’est un kṛcchra d’un jour, purification du corps.

Verse 66

हस्तावुत्तानतः कृत्वा दिवसं मारुताशनः । रात्रौ जले स्थितो व्युष्टः प्राजापत्येन तत्समम्

Les mains tendues, se nourrissant d’air durant le jour, et passant la nuit debout dans l’eau jusqu’à l’aube : on dit que cela équivaut au Prājāpatya.

Verse 67

एकैकं ह्रासयेद्ग्रासं कृष्णे शुक्ले च वर्धयेत् । उपस्पृशं स्त्रिषवणमेतच्चांद्रायणं स्मृतम्

Dans la quinzaine sombre, qu’on réduise chaque jour la bouchée de nourriture; dans la quinzaine claire, qu’on l’augmente chaque jour; avec l’ācamana (aspersion/sip rituel) aux trois sandhyās : telle est l’observance dite Cāndrāyaṇa.

Verse 68

एकैकं वर्धयेद्ग्रासं शुक्ले कृष्णे च ह्रासयेत् । भुंजीत दर्शे नो किंचिदेष चांद्रायणो विधिः

Dans la quinzaine claire, qu’on augmente chaque jour d’une bouchée; dans la quinzaine sombre, qu’on la diminue. Et au jour de nouvelle lune, qu’on ne mange rien : telle est la règle de l’observance Cāndrāyaṇa.

Verse 69

चतुरः प्रातरश्नीयात्पिंडान्विप्रः समाहितः । चतुरोस्तमिते सूर्ये शिशुचांद्रायणं स्मृतम्

Un brāhmane discipliné, l’esprit recueilli, doit prendre quatre bouchées le matin et quatre lorsque le soleil s’est couché. Cette observance est connue comme le « Śiśu-Cāndrāyaṇa », la forme “enfant” du vœu Cāndrāyaṇa.

Verse 70

अष्टावष्टौ समश्नीयात्पिंडान्मध्यंदिने स्थिते । नियतात्मा हविष्यस्य यतिचांद्रायणं स्मृतम्

Quand vient le midi, celui dont l’esprit est maîtrisé doit prendre huit et encore huit bouchées de nourriture haviṣya. Cela est connu comme le « Yati-Cāndrāyaṇa », la forme ascétique du vœu Cāndrāyaṇa.

Verse 71

यथाकथंचित्पिंडानां तिस्रोशीतीः समाहितः । मासेनाश्नन्हविष्यस्य चंद्रस्यैति सलोकताम्

Même s’il ne parvient qu’avec peine à observer, l’esprit posé, la mesure de quatre-vingt-trois bouchées, et qu’il mange ainsi du haviṣya pendant un mois, il obtient demeure dans le monde de la Lune (Candra).

Verse 72

अद्भिर्गात्राणि शुध्यंति मनः सत्येन शुद्ध्यति । विद्या तपोभ्यां भूतात्मा बुद्धिर्ज्ञानेन शुद्ध्यति

Le corps se purifie par l’eau; l’esprit se purifie par la vérité. L’âme vivante se purifie par le savoir et l’austérité, et l’intelligence se purifie par la connaissance véritable.

Verse 73

तच्च ज्ञानं भवेत्पुंसां सम्यक्काशीनिषेवणात् । काशीनिषेवणेन स्याद्विश्वेशकरुणोदयः

Cette vraie connaissance naît chez les hommes par la juste dévotion et la demeure à Kāśī. En servant Kāśī, se lève la grâce compatissante de Viśveśa, Seigneur de l’Univers.

Verse 74

ततो महोदयावाप्तिः कर्मनिर्मूलनक्षमा । अतः काश्यां प्रयत्नेन स्नान दान तपो जपः

De là vient l’obtention d’une grande prospérité spirituelle, capable d’arracher le karma à la racine. C’est pourquoi, à Kāśī, il faut s’appliquer avec ardeur au bain sacré, au don, à l’austérité et à la récitation des mantras.

Verse 75

व्रतं पुराणश्रवणं स्मृत्युक्ताध्व निषेवणम् । प्रतिक्षणे प्रतिदिनं विश्वेश पदचिंतनम्

Observer des vœux, écouter les Purāṇas, suivre la voie enseignée par les Smṛtis et, à chaque instant, chaque jour, contempler les pieds saints de Viśveśa : telle est la manière de vivre (à Kāśī).

Verse 76

लिंगार्चनं त्रिकालं च लिंगस्यापि प्रतिष्ठितिः । साधुभिः सह संलापो जल्पः शिवशिवेति च

Adorer le Liṅga trois fois par jour, et aussi établir le Liṅga. S’entretenir avec les sādhus et répéter sans cesse : « Śiva, Śiva » — telles sont des pratiques louées (à Kāśī).

Verse 77

अतिथेश्चापि सत्कारो मैत्रीतीर्थनिवासिभिः । आस्तिक्यबुद्धिर्विनयो मानामान समानधीः

Honorer les hôtes, cultiver l’amitié avec ceux qui demeurent aux tīrthas sacrés, garder une pensée āstika (de foi), l’humilité et la bienséance, et l’équanimité dans l’honneur comme dans le déshonneur : telles sont des vertus louées (à Kāśī).

Verse 78

अकामिता त्वनौद्धत्यमरागित्वमहिंसनम् । अप्रतिग्रहवृत्तिश्च मतिश्चानुग्रहात्मिका

Absence de désir égoïste, absence d’orgueil, détachement, non-violence, conduite qui n’accepte pas de dons indus, et esprit porté vers la compassion et la bienveillance—telles sont les qualités louées chez celui qui sert Kāśī.

Verse 79

अदंभितात्वमात्सर्यमप्रार्थितधनागमः । अलोभित्वमनालस्यमपारुष्यमदीनता

Sans hypocrisie, sans envie, ne recevoir des biens que lorsqu’ils ne sont pas sollicités, sans avidité, avec diligence, douceur, et une dignité de soi inaltérable—telles sont les vertus à cultiver pour qui demeure dans le champ sacré de Kāśī.

Verse 80

इत्यादि सत्प्रवृत्तिश्च कर्तव्या क्षेत्रवासिना । प्रत्यहं चेति शिष्येभ्यः सधर्ममुपदेक्ष्यति

Une telle conduite noble, et d’autres semblables, doit être pratiquée par celui qui demeure dans le champ sacré; et, jour après jour, il doit enseigner à ses disciples cette manière de vivre selon le dharma.

Verse 81

नित्यं त्रिषवणस्नायी नित्यं भिक्षाकृताशनः । लिंगपूजार्चको नित्यमित्थं व्यासो वसेत्पुरा

Se baignant aux trois jonctions quotidiennes, vivant de la nourriture obtenue par l’aumône, et adorant chaque jour le Śiva-liṅga—ainsi Vyāsa demeura dans la cité (de Kāśī).

Verse 82

एकदा तस्य जिज्ञासां कर्तुं देवीं हरोवदत् । अद्य भिक्षाटनं प्राप्ते व्यासे परमधार्मिके

Un jour, voulant l’éprouver, Hara dit à la Déesse : «Aujourd’hui, lorsque Vyāsa, le très juste, viendra mendier l’aumône…».

Verse 83

अपि सर्वगते क्वापि भिक्षां मा यच्छ सुंदरि । तथेत्युक्ता भवानी सा भवं भवनिवारणम्

«Même s’il peut aller partout, ô belle, ne lui donne l’aumône nulle part.» Ainsi interpellée, Bhavānī —celle qui dissipe le devenir du monde— acquiesça.

Verse 84

नमस्कृत्य प्रतिगृहं तस्य भिक्षां न्यषेधयत् । स मुनिः सहितः शिष्यैर्भिक्षामप्राप्य दूनवत्

Bien qu’on le saluât avec respect de maison en maison, on lui refusa pourtant l’aumône. Ce sage, avec ses disciples, n’obtint aucune nourriture et en fut accablé.

Verse 85

वेलातिक्रममालोक्य पुनर्बभ्राम तां पुरीम् । गृहेगृहे परिप्राप्ता भिक्षान्यैः सर्वभिक्षुकैः

Voyant que l’heure convenable était passée, il erra de nouveau dans cette cité. Mais de maison en maison, l’aumône était obtenue par d’autres mendiants.

Verse 86

तदह्निनालभद्भिक्षां सशिष्यः स मुनिः क्वचित् । अथ सायंतनं कर्म कृत्वा छात्रैः समन्वितः

Ce jour-là, le sage, même avec ses disciples, n’obtint l’aumône nulle part. Puis, entouré de ses élèves, il accomplit les devoirs religieux du soir.

Verse 87

उपोषणपरो भूत्वा तथैवासीदहर्निशम् । अथान्येद्युर्मुनिर्व्यासः कृत्वा माध्याह्निकं विधिम्

Résolu au jeûne, il demeura ainsi jour et nuit. Puis, le lendemain, le sage Vyāsa, après avoir accompli le rite de midi…

Verse 88

ययौ भिक्षाटनं कर्तुं सशिष्यः परितः पुरीम् । सर्वत्र स परिभ्रांतः प्रतिसौधं मुहुर्मुहुः

Vyāsa sortit, accompagné de ses disciples, pour mendier l’aumône tout autour de la cité. Partout il erra—encore et encore—se rendant à chaque demeure et à chaque maison.

Verse 89

न क्वापि लब्धवान्भिक्षां भाग्यहीनो धनं यथा । अथ चिंतितवान्व्यासः परिश्रांतः परिभ्रमन्

Errant, épuisé, Vyāsa ne reçut l’aumône nulle part—tel un homme sans fortune qui ne trouve point de richesse. Alors Vyāsa se mit à méditer.

Verse 90

को हेतुर्यन्न लभ्येत भिक्षा यत्नेन रक्षिता । अंतेवासिन आहूय व्यासः पप्रच्छ चाखिलान्

«Quelle est donc la cause pour laquelle l’aumône ne s’obtient pas, bien qu’on la cherche avec soin ?» Ainsi songeant, Vyāsa fit venir ses disciples demeurant auprès de lui et les interrogea tous.

Verse 91

भवद्भिरपि नो भिक्षा परिप्राप्तेति गम्यते । किमत्र पुरि संवृत्तं द्वित्रा यात ममाज्ञया

«Il semble que vous non plus n’ayez reçu l’aumône. Qu’est-il donc advenu dans cette cité ? Par mon ordre, que deux ou trois d’entre vous aillent s’en enquérir.»

Verse 92

द्वितीयेह्न्यपि यद्भिक्षा न लभ्येतातियत्नतः । अनिष्टं किंचिदत्रासीन्महागुरुनिपातजम्

«Si, même au second jour, l’aumône ne s’obtient pas malgré de grands efforts, alors, à coup sûr, quelque malheur est survenu ici—né de la chute d’un grand maître (guru).»

Verse 93

अन्नक्षयो वा सर्वस्यां नगर्यामभवत्क्षणात् । राजदंडोथ युगपज्जातः सर्वपुरौकसाम्

Peut-être qu’en un instant une disette s’abattit sur toute la cité ; ou bien, simultanément, le châtiment royal frappa tous les habitants de la ville.

Verse 94

अथवा वारिता भिक्षा केनाप्यस्मासु चेर्ष्यया । पुरौकसोभवन्दुस्थास्तूपसर्गेण केनचित्

Ou bien quelqu’un, par jalousie envers nous, a empêché l’aumône ; ou les gens de la cité sont accablés par quelque malheur.

Verse 95

किमेतदखिलमज्ञात्वा समागच्छत सत्वरम् । द्वित्राः पवित्रचरणात्प्राप्यानुज्ञां गुरोरथ । समाचख्युः समागम्य दृष्ट्वर्द्धि तत्पुरौकसाम्

«Sans même savoir ce qu’est tout cela, revenez au plus vite.» Alors deux ou trois, ayant reçu la permission du guru aux pieds sanctifiés, partirent puis revinrent ; et de retour, ils rapportèrent ce qu’ils avaient vu : la prospérité des gens de la cité.

Verse 96

शिष्या ऊचुः । शृण्वंत्वाराध्यचरणा नोपसर्गोत्र कश्चन । नान्नक्षयो वा सर्वस्यां नगर्यामिह कुत्रचित्

Les disciples dirent : «Écoutez, ô vous dont les pieds sont dignes d’adoration : ici, il n’y a aucune affliction ; et dans toute cette cité, nulle part il n’y a disette.»

Verse 97

यत्र विश्वेश्वरः साक्षाद्यत्राऽमरधुनी स्वयम् । त्वादृशा यत्र मुनयः क्व भीस्तत्रोपसर्गजा

«Là où Viśveśvara est présent en personne, là où la Gaṅgā céleste se tient d’elle-même, et là où demeurent des sages tels que vous — comment la peur née du malheur pourrait-elle y subsister ?»

Verse 98

समृद्धिर्या गृहस्थानामिह विश्वेशितुः पुरि । न सर्द्धिरस्ति वैकुंठे स्वल्पास्ता अलकादयः

La prospérité dont jouissent ici les maîtres de maison, dans la cité du Seigneur Viśveśvara, ne se trouve même pas à Vaikuṇṭha ; auprès d’elle, Alakā et les autres demeures paraissent bien petites.

Verse 99

रत्नाकरेषु रत्नानि न तावंति महामुने । यावंति संति विश्वेशनिर्माल्योपभुजां गृहे

Ô grand sage, les joyaux des océans ne sont pas aussi nombreux que les trésors présents dans les demeures de ceux qui, à Kāśī, reçoivent le nirmālya — les saints restes — du Seigneur Viśveśa.

Verse 100

गृहेगृहेत्र धान्यानां राशयो यादृशः पुनः । न तादृशः कल्पवृक्षदत्ता ऐंद्रे पुरे क्वचित्

Et encore : de tels monceaux de grains qu’on trouve ici dans chaque demeure ne se rencontrent nulle part, pas même dans la cité d’Indra, ni même comme dons du Kalpavṛkṣa, l’arbre qui exauce les vœux.

Verse 110

श्रीकंठाः सर्व एवात्र सर्वे मृत्युंजया ध्रुवम् । मोक्षश्री श्रितवर्ष्माणस्त्वर्धनारीश्वरायतः

Ici, assurément, tous sont des Śrīkaṇṭha ; tous, sans doute, sont vainqueurs de la mort. Leurs corps mêmes sont revêtus de la splendeur de la délivrance, car ils sont façonnés par la grâce d’Ardhanārīśvara.

Verse 120

सर्वे सुरनिकायाश्च सर्व एव महर्षयः । योगिनः सर्व एवात्र काशीनाथमुपासते

Toutes les cohortes des dieux, tous les grands ṛṣis et tous les yogins d’ici vénèrent Kāśīnātha.

Verse 130

अथ गच्छन्महादेव्या गृहद्वारि निषण्णया । प्राकृतस्त्रीस्वरूपिण्या भिक्षायै प्रार्थितोतिथिः

Alors, tandis que l’hôte poursuivait sa route, Mahādevī—assise au seuil d’une maison sous l’apparence d’une femme ordinaire—lui demanda l’aumône.

Verse 140

किंवा नु करुणामूर्तिरिह काशिनिवासिनाम् । सर्वदुःखौघहरिणी परानंदप्रदायिनी

N’est-elle pas, en vérité, l’incarnation même de la compassion pour les habitants de Kāśī—celle qui dissipe le déluge de toutes les peines et accorde la béatitude suprême ?

Verse 150

अत्रत्यस्यैव हि मुने गृहिणी गृहमेधिनः । नित्यं वीक्षे चरंतं त्वां भिक्षां शिष्यगणैर्वृतम्

Ô sage, je suis l’épouse d’un maître de maison de ce lieu même. Chaque jour, je te vois aller quêter l’aumône, entouré de ta troupe de disciples.

Verse 160

यावतार्थिजनस्तृप्तिमेति सर्वोपि सर्वशः । वयं न तादृङ्महिला भर्तृसंदेहकारिकाः

Jusqu’à ce que tout demandeur dans le besoin soit comblé de toute manière—ainsi servons-nous. Nous ne sommes pas de ces femmes qui éveillent le soupçon chez leur époux.

Verse 170

अतितृप्तिं समापन्नास्ते तदन्ननिषेवणात् । आचांताश्चंदनैः स्रग्भिरंबरैः परिभूषिताः

En mangeant cette nourriture, ils furent comblés d’une grande satiété ; puis, après s’être rincés, ils furent honorés—parés de pâte de santal, de guirlandes et de vêtements.

Verse 180

विचार्य कारिता नित्यं स्वधिष्ण्योदय चिंतनम् । गृहस्थ उवाच । एषु धर्मेषु भो विद्वंस्त्वयि कोस्तीह तद्वद

Après avoir réfléchi, il s’adonnait sans cesse à la contemplation de l’essor de son propre siège sacré, de son devoir et de sa dignité spirituelle. Le maître de maison dit : «Ô savant, parmi ces dharmas, qu’y a-t-il en toi ici ? Dis-le-moi.»

Verse 190

अद्य प्रभृति न क्षेत्रे मदीये शापवर्जिते । आवस क्रोधन मुने न वासे योग्यतात्र ते

«Dès aujourd’hui, ô muni courroucé, tu ne dois plus demeurer dans Mon Kṣetra sacré, exempt de malédictions. En cette demeure, tu n’es pas apte à résider.»

Verse 200

अहोरात्रं स पश्यन्वै क्षेत्रं दृष्टेरदूरगम् । प्राप्याष्टमीं च भूतां च मध्ये क्षेत्रं सदा विशेत्

«En contemplant le Kṣetra sacré jour et nuit—si proche qu’il ne s’éloigne pas du regard—, lorsque survient l’Aṣṭamī (le huitième jour lunaire), qu’on entre toujours et demeure au cœur du Kṣetra.»

Verse 204

श्रुत्वाध्यायमिमं पुण्यं व्यासशाप विमोक्षणम् । महादुर्गोपसर्गेभ्यो भयं तस्य न कुत्रचित्

«Ayant entendu ce saint chapitre—celui qui délivre de la malédiction de Vyāsa—, il n’éprouvera nulle part de crainte face aux grands désastres et aux afflictions terribles.»

Verse 285

शरीरसौष्ठवं कांक्ष्यं व्रतस्नानादिसिद्धये । आयुर्बह्वत्र वै चिंत्यं महाफलसमृद्धये

«Pour mener à bien les vœux (vrata), les bains sacrés et les observances qui s’y rattachent, il faut désirer la bonne tenue du corps ; et ici encore, il convient de prier pour une longue vie, afin d’obtenir en abondance de grands fruits.»