
L’Adhyāya 33 propose un enseignement à plusieurs niveaux. D’abord, la reine expose un vrata précis pour obtenir une descendance (putra-prāpti), rappelant qu’il fut jadis révélé par Nārada et citant des réussites, telle la naissance de Nalakūbara. Le rituel prescrit l’installation de Gaurī avec un enfant allaité, la date de Mārgaśīrṣa śukla tṛtīyā, l’agencement des kalaśa, des étoffes, des éléments de lotus et d’or, des parfums, du naivedya, une veille nocturne et une petite offrande au feu accompagnée de ṛc védiques. Le vœu s’achève par des dons honorant le guru (dont une vache kapilā venant de vêler), le repas offert aux brāhmaṇa et la pāraṇa avec un mantra demandant un fils qui soutienne la lignée. Ensuite, la reine devient enceinte et le destin de l’enfant se révèle singulier. L’inquiétude des ministres au sujet d’une étoile natale défavorable conduit à le mettre à l’abri au Pañcamudrā Mahāpīṭha, sous la déesse Vikaṭā et les yoginī; le Mātṛkā-gaṇa juge l’enfant digne de la royauté et le rend protégé. Le prince accomplit alors un tapas intense à Ānandakānana; Śiva apparaît comme un liṅga resplendissant et accorde une grâce. Le prince demande que la Présence divine demeure à jamais dans ce liṅga et que les dévots obtiennent leurs buts par la simple vision, le toucher et la vénération, sans préliminaires complexes. Śiva consent, nomme le sanctuaire Vīravīreśvara et confirme une siddhi durable pour ses adorateurs. Enfin, Śiva entame un long discours de classement des tīrtha le long de la Gaṅgā à Kāśī, en énumérant et en louant de nombreux lieux saints (Hayagrīva, Gaja, Kokāvarāha, Dilīpeśvara/Dilīpa-tīrtha, Sagara, Saptasāgara, Mahodadhi, Cauratīrtha, Haṃsatīrtha, Tribhuvana-Keśava, Govyāghreśvara, Māndhātu, Mucukunda, Pṛthu, Paraśurāma, Balarāma/Kṛṣṇāgraja, Divodāsa, Bhāgīrathī-tīrtha, Niṣpāpeśvara-liṅga, Daśāśvamedha, Bandī-tīrtha, Kṣoṇīvarāha, Kāleśvara, Bhavānī, Garuḍa, Brahma, Nṛsiṃha, Citraratha). La conclusion annonce que d’autres tīrtha seront décrits par la suite.
Verse 1
राज्ञ्युवाच । अवधेहि धरानाथ कथयामि यथातथम् । व्रतस्यास्य विधानं च फलं चाभीष्टदेवताम्
La reine dit : «Écoute, ô seigneur de la terre ; je l’exposerai tel qu’il est en vérité : la règle de ce vœu sacré et son fruit, qui mène à la divinité désirée.»
Verse 2
पुरा पुरः श्रीदपत्न्याः श्रीमुख्या ब्रह्मसूनुना । नारदेन सुतार्थिन्या व्रतमेतदुदीरितम्
Autrefois, cette observance fut enseignée par Nārada—fils de Brahmā—à Śrī, la première épouse de Śrī (Viṣṇu), lorsqu’elle désirait la grâce d’un fils.
Verse 3
चीर्णं चाथ तया देव्या पुत्रोभून्नलकूबरः । अन्याभिरपि बह्वीभिः पुत्राः प्राप्ता व्रतादितः
Lorsque cette déesse l’accomplit, son fils naquit : Nalakūbara. De même, bien d’autres femmes obtinrent des fils grâce à cette observance même.
Verse 4
विधिनाप्यत्र संपूज्या गौरी सर्वविधानवित् । स्तनंधयेन सहिता धयता स्तनमुन्मुखम्
Ici, Gaurī—qui connaît toutes les prescriptions—doit être vénérée selon la règle, figurée avec un nourrisson au sein, le visage levé vers la poitrine tandis qu’il tète.
Verse 5
मार्गशीर्ष तृतीयायां शुक्लायां कलशोपरि । ताम्रपात्रं निधायैकं तंडुलैः परिपूरितम्
Au troisième jour lunaire de la quinzaine claire de Mārgaśīrṣa, on doit poser un récipient de cuivre sur le kalaśa et le remplir entièrement de grains de riz.
Verse 6
अविच्छिन्नं नवीनं च रजनीरागरंजितम् । वासः पात्रोपरि न्यस्य सूक्ष्मात्सूक्ष्मतरं परम्
Ayant posé sur le vase une étoffe neuve et sans déchirure, teinte de curcuma et de rouge, qu’on emploie un tissu des plus fins, d’une délicatesse extrême.
Verse 7
तस्योपरि शुभं पद्मं रविरश्मिविकासितम् । तत्कर्णिकाया उपरि चतुःस्वर्णविनिर्मितम्
Par-dessus, qu’on dépose un lotus de bon augure, comme épanoui sous les rayons du soleil; et sur son cœur, un ornement façonné de quatre sortes d’or.
Verse 8
विधिं संपूजयेद्भक्त्या रत्नपट्टाबंरादिभिः । पुष्पैर्नानाविधै रम्यैः फलैर्नारंगमुख्यकैः
Avec dévotion, qu’on accomplisse la vénération selon la règle, par des joyaux, des vêtements de soie et autres; par des fleurs charmantes de maintes sortes et des fruits, les oranges comptant parmi les offrandes majeures.
Verse 9
सुगंधैश्चंदनाद्यैश्च कर्पूर मृगनाभिभिः । परमान्नादि नैवेद्यैः पक्वान्नैर्बहुभंगिभिः
Qu’on honore encore le culte par des substances parfumées telles que le santal et autres, par le camphre et le musc, et par des offrandes de mets excellents—riz sucré et autres naivedya—avec de nombreuses variétés de plats cuisinés.
Verse 10
धूपैरगुरुमुख्यैश्च रम्ये कुसुममंडपे । रात्रौ जागरणं कार्यं विनिंद्रैः परमोत्सवैः
Avec des encens—l’aguru en tête—dans un charmant pavillon de fleurs, qu’on accomplisse la veille nocturne, sans sommeil, en célébrant des fêtes d’une excellence suprême.
Verse 11
हस्तमात्रमिते कुंडे जातवेदस इत्यृचा । घृतेन मधुनाप्लुत्य जुहुयान्मंत्रविद्द्विजः
Dans un foyer de feu mesuré à l’empan d’une main, le brāhmane versé dans les mantras doit offrir les oblations, en récitant le verset du Ṛgveda commençant par « Jātavedasa… », avec du ghee et du miel versés sur l’offrande.
Verse 12
सहस्रकमलानां च स्मेराणां स्वयमेव हि । नवप्रसूतां कपिलां सुशीलां च पयस्विनीम्
De lui-même, il doit aussi offrir une vache kapilā, fauve, nouvellement vêlée, douce de nature, bien élevée et riche en lait, avec mille lotus frais et plaisants.
Verse 13
दद्यादाचार्यवर्याय सालंकारां सलक्षणाम् । उपोष्य दंपती भक्त्या नवांबरविभूषितौ
Après avoir jeûné, l’époux et l’épouse, pleins de dévotion et parés de vêtements neufs, doivent la présenter au plus excellent des maîtres, ornée et portant des marques de bon augure.
Verse 14
प्रातःस्नात्वा चतुर्थ्यां च संपूज्याचार्यमादृतः । वस्त्रैराभरणैर्माल्यैर्दक्षिणाभिर्मुदान्वितौ
Le jour de Caturthī, après s’être baignés à l’aube, ils doivent vénérer le maître avec respect, et, dans la joie, l’honorer de vêtements, d’ornements, de guirlandes et de dakṣiṇā (dons).
Verse 15
सोपस्करां च तां मृर्तिमाचार्याय निवेदयेत् । समुच्चरन्निमं मंत्रं व्रतकृन्मिथुनं मुदा
Le couple observant le vœu doit, dans la joie, offrir au maître cette mūrti (icône sacrée) avec tous ses accessoires requis, tout en récitant à haute voix ce mantra.
Verse 16
नमो विश्वविधानज्ञे विधे विविधकारिणि । सुतं वंशकरं देहि तुष्टामुष्माद्व्रताच्छुभात्
Hommage à Toi qui connais l’ordonnance de l’univers—ô Ordonnateur, ô auteur d’œuvres multiples. Satisfaite par notre vœu auspicious, accorde-nous un fils qui perpétue la lignée.
Verse 17
सहसं भोजयित्वाथ द्विजानां भक्तिपूर्वकम् । भुक्तशेषेण चान्नेन कुर्याद्वै पारणं ततः
Ensuite, après avoir nourri avec dévotion les dvija, les « deux-fois-nés », on accomplira le pāraṇa, le repas de clôture du vœu, avec la nourriture restante de ce qui a été servi.
Verse 18
इत्थमेतद्व्रतं राजंश्चिकीर्षामि त्वया सह । कुरु चैतत्प्रियं मह्यमभीष्टफललब्धये
«Ainsi est ce vœu, ô Roi ; je souhaite l’accomplir avec toi. Fais-le pour me complaire, afin que soit obtenu le fruit désiré.»
Verse 19
इति भूपालवर्येण श्रुत्वा संहृष्टचेतसा । मुनेव तं समाचीर्णं सांतर्वत्नी बभूव ह
L’ayant entendu, l’excellent roi, l’esprit réjoui, le fit accomplir exactement comme le muni l’avait prescrit ; et, en vérité, la reine devint enceinte.
Verse 20
तयाथ प्रार्थिता गौरी गर्भिण्या भक्तितोषिता । पुत्रं देहि महामाये साक्षाद्विष्ण्वंशसंभवम्
Alors cette femme enceinte pria Gaurī ; la Déesse, satisfaite de sa dévotion, fut implorée : «Ô grande Mahāmāyā, accorde-moi un fils, né directement de la lignée de Viṣṇu.»
Verse 21
जातमात्रो व्रजेत्स्वर्गं पुनगयाति चात्र वै । भक्तः सदाशिवेऽत्यर्थं प्रसिद्धः सर्वभूतले
Dès l’instant de sa naissance, il irait au ciel, puis reviendrait encore ici-bas. Ardemment dévoué à Sadāśiva, il deviendrait célèbre sur toute la terre.
Verse 22
विनैव स्तन्यपानेन षोडशाब्दाकृतिः क्षणात् । एवंभूतः सुतो गौरि यथा मे स्यात्तथाकुरु
«Sans même boire le lait maternel, qu’en un instant il prenne l’apparence d’un jeune de seize ans. Ô Gaurī, accorde-moi qu’un tel fils soit mien—fais-le ainsi, exactement.»
Verse 23
मृडान्यापि तथेत्युक्ता राज्ञी भक्त्यातितुष्टया । अथ कालेन तनयं मूलर्क्षे साप्यजीजनत्
Comblée au-delà de toute mesure par la dévotion de la reine, Mṛḍānī (Pārvatī) répondit : «Qu’il en soit ainsi.» En temps voulu, la reine enfanta un fils, sous la demeure lunaire Mūla.
Verse 24
हितैरमात्यैरथ सा विज्ञप्तारिष्टसंस्थिता । देवि राजार्थिनी चेत्त्वं त्यज दुष्टर्क्षजं सुतम्
Alors, des ministres bien intentionnés avertirent la reine, désormais saisie de funestes pressentiments : «Ô Devī, si tu veux le bien du roi et du royaume, abandonne ce fils né sous une constellation néfaste.»
Verse 25
सा मंत्रिवाक्यमाकर्ण्य केवलं पतिदेवता । अत्याक्षीत्तं तथा प्राप्तं तनयं नयकोविदा
Entendant les paroles des ministres, elle—pour qui son époux était l’unique divinité—rejeta cet avis ; et, sage en la juste conduite, elle accueillit et garda le fils qui lui était ainsi advenu.
Verse 26
धात्रेयिकां समाकार्य प्राहेदं सा नृपांगना । पंचमुद्रे महापीठे विकटा नाम मातृका
Ayant fait venir la nourrice, la dame royale dit ceci : « À Pañcamudrā, sur le grand siège sacré, se tient une Déesse-Mère nommée Vikaṭā. »
Verse 27
तदग्रे स्थापयित्वामुं बालं धात्रेयिके वद । गौर्यादत्तः शिशुरसौ तवाग्रे विनिवेदितः
«Place cet enfant devant Elle et dis, ô nourrice : “Ce nourrisson—accordé par Gaurī—t’est confié et déposé devant toi.”»
Verse 28
राज्ञ्या पत्युः प्रियेषिण्या मंत्रिविज्ञप्तिनुन्नया । सापि राज्ञ्युदितं श्रुत्वा शिशुं लास्य शशिप्रभम्
Poussée par la requête des ministres, la reine—désireuse de ce qui était cher à son époux—parla. Entendant ses paroles, la nourrice prit l’enfant, brillant d’un éclat lunaire.
Verse 29
विकटायाः पुरः स्थाप्य गृहं धात्रेयिका गता । अथ सा विकटा देवी समाहूय च योगिनीः
Après avoir placé l’enfant devant Vikaṭā, la nourrice retourna chez elle. Alors la Déesse Vikaṭā convoqua les Yoginīs.
Verse 30
उवाच नयत क्षिप्रं शिशुं मातृगणाग्रतः । तासामाज्ञां च कुरुत रक्षतामुं प्रयत्नतः
Elle dit : « Conduisez vite le nourrisson devant l’assemblée des Mères. Exécutez leur ordre et protégez cet enfant avec le plus grand soin. »
Verse 31
योगिन्यो विकटावाक्यात्खेचर्यस्ताः क्षणेन तम् । निन्युर्गगनमार्गेण ब्राह्म्याद्या यत्र मातरः
Sur l’ordre de Vikaṭā, ces Yoginīs, voyageant dans les airs, l’emportèrent aussitôt par la voie céleste jusqu’au lieu où résident les Mères, à commencer par Brāhmī.
Verse 32
प्रणम्य योगिनीवृंदं तं शिशुं सूर्यवर्चसम् । पुरो निधाय मातॄणां प्रोवाच विकटोदितम्
Après s’être prosterné devant le cercle des Yoginīs, Vikaṭa plaça devant les Mères cet enfant, éclatant comme le soleil, et prononça les paroles qui convenaient.
Verse 33
ब्रह्माणी वैष्णवी रौद्री वाराही नारसिंहिका । कौमारी चापि माहेंद्री चामुंडा चैव चंडिका
Brahmāṇī, Vaiṣṇavī, Raudrī, Vārāhī, Nārasiṃhikā; ainsi que Kaumārī, Māhendrī, Cāmuṇḍā et Caṇḍikā : telles étaient les Mères.
Verse 34
दृष्ट्वा तं बालकं रम्यं विकटाप्रेषितं ततः । पप्रच्छुर्युगपड्डिंभं कस्ते तातः प्रसूश्च कः
Voyant ce bel enfant envoyé par Vikaṭa, elles l’interrogèrent d’une seule voix : «Qui est ton père, cher petit, et qui est ta mère ?»
Verse 35
मातृभिश्चेति पुष्टः स यदा किंचिन्न वक्ति च । तदा तद्योगिनीचक्रं प्राह मातृगणस्त्विति
Bien que nourri par les Mères, lorsque l’enfant ne dit absolument rien, alors le cercle des Yoginīs déclara : «Il appartient à l’assemblée des Mères».
Verse 36
राज्ययोग्यो भवत्येष महालक्षणलक्षितः । पुनस्तत्रैव नेतव्यो योगिन्यस्त्वविलंबितम्
Celui-ci est apte à la royauté, marqué de grands signes de bon augure. Aussi, ô Yoginīs, ramenez-le là-bas sur-le-champ, sans aucun retard.
Verse 37
पंचमुद्रा महादेवी तिष्ठते यत्र काम्यदा । यस्याः संसेवनान्नृणां निर्वाणश्रीरदूरतः
Là où demeure la grande Déesse Pañcamudrā, dispensatrice des grâces désirées, par son service dévot la splendeur du nirvāṇa s’approche des êtres humains.
Verse 38
सर्वत्रशुभजन्मिन्यां काश्यां मुक्तिः पदेपदे । तथापि सविशेषं हि तत्पीठं सर्वसिद्धिकृत्
À Kāśī—où l’auspice naît partout—la délivrance se trouve à chaque pas. Pourtant, ce siège sacré particulier est d’une excellence singulière, car il confère toute accomplissement.
Verse 39
तत्पीठसेवनादस्य षोडशाब्दाकृतेः शिशोः । सिद्धिर्भवित्री परमा विश्वेशानुग्रहात्परात्
Par le service de ce siège sacré, cet enfant—bien qu’âgé de seize ans seulement—atteindra la perfection suprême, par la grâce souveraine de Viśveśa.
Verse 40
एवं मातृगणाशीर्भिर्योगिनीभिः क्षणेन हि । प्रापितो मातृवाक्येन पंचमुद्रांकितं पुनः
Ainsi, par les bénédictions de l’assemblée des Mātṛs et des Yoginīs—en un seul instant, en vérité—il fut conduit, sur l’ordre des Mères, de nouveau au lieu marqué par Pañcamudrā.
Verse 41
संप्राप्य तन्महापीठं स्वर्गलोकादिहागतः । आनंदकानने दिव्यं तताप विपुलं तपः
Ayant atteint ce grand siège sacré—lui qui était venu ici du monde céleste—il accomplit dans le divin Ānandakānana une austérité vaste et céleste.
Verse 42
तपसातीव तीव्रेण निश्चलेंद्रियचेतसः । तस्य राजकुमारस्य प्रसन्नोभूदुमाधवः
Par une austérité d’une intensité extrême, les sens et l’esprit demeurant inébranlables, ce prince réjouit Umānātha, le Seigneur Śiva.
Verse 43
आविर्बभूव पुरतो लिंगरूपेण शंकरः । प्रोवाच च प्रसन्नोस्मि वरं ब्रूहि नृपांगज
Śaṅkara apparut devant lui sous la forme du Liṅga et dit : «Je suis satisfait ; ô fils du roi, dis le don que tu désires».
Verse 44
स्कंद उवाच । सर्वज्योतिर्मयं लिंगं पुरतो वीक्ष्य वाङ्मयम् । सप्तपातालमुद्भिद्य स्थितं बृहदनुग्रहात
Skanda dit : Voyant devant lui le Liṅga tout de lumière—au-delà de la parole—se dresser, comme ayant percé les sept Pātālas, par une grâce immense.
Verse 45
प्रणम्य दंडवद्भूमौ परितुष्टाव धूर्जटिम् । सूक्तैर्जन्मांतराभ्यस्तैः सुहृष्टो रुद्रदेवतैः
Se prosternant de tout son long sur le sol, il loua Dhūrjaṭi (Śiva) par des hymnes exercés au fil de vies antérieures ; tout joyeux, voué à Rudra comme à sa divinité d’élection.
Verse 46
ततः प्रसन्नो भगवान्देवदेवो महेश्वरः । संतुष्टस्तपसा तस्य प्रोवाच वृषभध्वजः
Alors le Seigneur Bienheureux—Maheśvara, Dieu des dieux—satisfait par son austérité, parla, Lui dont l’étendard est le Taureau (Vṛṣabhadhvaja).
Verse 47
देवदेव उवाच । वरं वरय संतप्त तपसा क्लेशितं वपुः । त्वयेदं बालवपुषा वशीकृतं मनो मम
Devadeva dit : «Choisis une grâce, ô toi brûlé par le tapas, dont le corps a été éprouvé par l’ascèse. Par toi—bien que d’un corps juvénile—mon propre esprit a été gagné».
Verse 48
शिवोक्तं च समाकर्ण्य वरदानं पुनःपुनः । वरं च प्रार्थयांचक्रे परिहृष्टतनूरुहः
Entendant les paroles de Śiva, dispensateur de grâces à maintes reprises, il se mit alors à demander une grâce, les poils du corps dressés de joie.
Verse 49
कुमार उवाच । देवदेवमहादेव यदि देयो वरो मम । तदत्र भवता स्थेयं भवतापहृता सदा
Le Prince dit : «Ô Dieu des dieux, Mahādeva, si une grâce doit m’être accordée, demeure ici, établi à jamais, toujours présent et jamais ôté».
Verse 50
अस्मिंल्लिंगे स्थितः शंभो कुरु भक्तसमीहितम् । विना मुद्रादिकरणं मंत्रेणापि विना विभो
«Ô Śambhu, demeurant en ce Liṅga, accomplis le vœu du dévot—même sans mudrās ni autres rites, même sans mantra, ô Seigneur».
Verse 51
दिश सिद्धिं परामत्र दर्शनात्स्पर्शनान्नतेः । अस्य लिंगस्य ये भक्ता मनोवाक्कायकर्मभिः
Ici s’obtient l’accomplissement suprême par le seul fait de voir, de toucher et de se prosterner (devant ce Liṅga). Et que les dévots de ce Liṅga, qui servent par la pensée, la parole et l’acte du corps…
Verse 52
सदैवानुग्रहस्तेषु कर्तव्यो वर एष मे । इति तद्व्रतमाकर्ण्य लिंगरूपोवदत्प्रभुः
Tel est mon don : je leur accorderai sans cesse ma grâce. Ayant entendu ce vœu, le Seigneur—présent sous la forme du Liṅga—parla ainsi.
Verse 53
एवमस्तु यदुक्तं ते वीरवैष्णव सूनुना । जनेतुर्विष्णुभक्ताच्च राज्ञोऽमित्रज्जितो भवान्
«Qu’il en soit ainsi, selon ce que t’a dit le fils du vaillant vaiṣṇava. Tu naîtras d’un roi dévot de Viṣṇu, et tu seras vainqueur des ennemis.»
Verse 54
विष्ण्वंश एवमुत्पन्नो मम भक्तिपरांगज । वीरवीरेश्वरं नाम लिंगमेतत्त्वदाख्यया
«Ainsi es-tu né comme une part de Viṣṇu, ô enfant voué à ma dévotion. Ce Liṅga portera le nom de Vīra-Vīreśvara, revêtu de ton propre nom.»
Verse 55
काश्यां दास्यत्यभीष्टानि भक्तानां चिंतितान्यहो । अस्मिंल्लिंगे सदा वीर स्थास्याम्यद्यदिनावधि
«À Kāśī, il accordera aux dévots les dons désirés—jusqu’aux desseins qu’ils chérissent en leur cœur. Et dans ce Liṅga, ô héros, je demeurerai à jamais à partir de ce jour.»
Verse 56
दास्यामि च परां सिद्धिमाश्रितेभ्यो न संशयः । परं न महिमानं मे कलौ कश्चिच्च वेत्स्यति
J’accorderai l’Accomplissement suprême à ceux qui prennent refuge en Moi—sans aucun doute. Mais en l’âge de Kali, bien rares sont ceux qui connaîtront pleinement Ma grandeur.
Verse 57
यस्तु वेत्स्यति भाग्येन स परां सिद्धिमाप्स्यति । अत्र जप्तं हुतं दत्तं स्तुतमर्चितमेव वा
Mais celui qui, par heureuse fortune, vient à connaître (cette grandeur) obtiendra la siddhi suprême. Ici, tout acte—japa, homa, dāna, louange ou culte—porte un fruit tout particulier.
Verse 58
जीर्णोद्धारादिकरणमक्षय्यफलहेतुकम् । त्वं तु राज्यं परं प्राप्य सर्वभूपालदुर्लभम्
Des œuvres telles que la restauration de ce qui est délabré (dans le domaine sacré) deviennent cause d’un mérite impérissable. Et toi, obtenant une royauté suprême—rare même parmi tous les souverains—tu prospéreras.
Verse 59
भुक्त्वा भोगांश्च विपुलानंते सिद्धिमवाप्स्यसि । पुरी वाराणसी रम्या सर्वस्मिञ्जगतीतले
Après avoir goûté d’abondantes prospérités du monde, à la fin tu atteindras la siddhi. La cité de Vārāṇasī est charmante sur toute la face de la terre.
Verse 60
पुण्यस्तत्रापि संभेदः सरितोरसि गंगयोः । ततोऽपि च हयग्रीवं तीर्थं चैवाति पुण्यदम्
Même là, la confluence dans l’ampleur du fleuve—des eaux du Gaṅgā—est d’un mérite tout particulier. Mais au-delà encore, le Tīrtha de Hayagrīva dispense un mérite plus suprême.
Verse 61
यत्र विष्णुर्हयग्रीवो भक्तचिंतितमर्पयेत् । हयग्रीवाच्च वै तीर्थाद्गजतीर्थं विशिष्यते
Là où Viṣṇu, sous la forme de Hayagrīva, accorde aux dévots ce que leur cœur a désiré, se trouve ce lieu sacré. Et au-delà même du Tīrtha de Hayagrīva, le Gaja Tīrtha est déclaré plus excellent.
Verse 62
यत्र वै स्नानमात्रेण गजदानफलं लभेत् । कोकावराहतीर्थं च पुण्यदं गजतीर्थतः
Ce gué sacré où, par le seul bain, on obtient le fruit du don d’un éléphant, c’est le Kokāvarāha Tīrtha, dispensateur d’un grand mérite, surpassant même le renommé Gaja-tīrtha.
Verse 63
कोकावराहमभ्यर्च्य तत्र नो जन्मभाग्जनः । अपि कोकावराहाच्च दिलीपेश्वरसन्निधौ
Après y avoir vénéré Kokāvarāha, l’être humain ne renaît plus. Puis, depuis Kokāvarāha, (il se rend) en la présence de Dilīpeśvara.
Verse 64
दिलीपतीर्थं सुश्रेष्ठं सद्यः पापहरं परम् । ततः सगरतीर्थं च सगरेश समीपतः
Le Dilīpa Tīrtha est des plus excellents : suprême et qui détruit aussitôt le péché. Ensuite vient le Sagara Tīrtha, situé près de Sagareśa.
Verse 65
यत्र मज्जन्नरो मज्जेन्न भूयो दुःखसागरे । सप्तसागरतीर्थं च शुभं सगरतीर्थतः
Là où l’homme, en s’immergeant (dans les eaux sacrées), ne sombre plus dans l’océan de la souffrance—là se trouve aussi l’auspicieux Sapta-sāgara Tīrtha, au-delà de (la contrée du) Sagara Tīrtha.
Verse 66
सप्ताब्धिस्नानजं पुण्यं यत्र स्नात्वा नरो लभेत् । महोदधीति विख्यातं तीर्थं सप्ताब्धितीर्थतः
Là où, après s’être baigné, l’homme obtient le mérite né du bain dans les sept mers : tel est le tīrtha renommé Mahodadhi, au-delà du Sapta-ābdhi Tīrtha.
Verse 67
सकृद्यत्राप्लुतो धीमान्दहेदघमहोदधिम् । चौरतीर्थं ततः पुण्यं कपिलेश्वर सन्निधौ
Là où le sage, fût-ce en s’immergeant une seule fois, brûle l’immense océan du péché ; ensuite se trouve le méritoire Caura Tīrtha, près de Kapileśvara.
Verse 68
पापं सुवर्णचौर्यादि यत्र स्नात्वा क्षयं व्रजेत् । हंसतीर्थ ततोपीड्यं केदारेश्वर सन्निधौ
Là où, après s’être baigné, les péchés tels que le vol d’or vont à leur destruction ; puis l’on parvient à Haṃsa Tīrtha, lieu vénéré, près de Kedāreśvara.
Verse 69
हंस स्वरूपी यत्राहं नयामि ब्रह्मदेहिनः
Là, moi, prenant la forme du Haṃsa, je conduis plus avant ceux qui, établis dans Brahman, sont les connaisseurs de Brahman.
Verse 70
ततस्त्रिभुवनाख्यस्य केशवस्याति पुण्यदम् । तीर्थं यत्राप्लुता मर्त्या मर्त्यलोकं विशंति न
Ensuite vient le tīrtha de Keśava, nommé Tribhuvana, d’un mérite suprême. Les mortels qui s’y baignent n’entrent plus de nouveau dans le monde des mortels.
Verse 71
गोव्याघ्रे श्वर तीर्थं च ततोप्यधिकमेव हि । स्वभाववैरमुत्सृज्य यत्रोभौ सिद्धिमापतुः
Vient ensuite le Tīrtha de Govyāghreśvara, en vérité plus excellent encore que le précédent. Là, renonçant à leur inimitié naturelle, tous deux atteignirent l’accomplissement spirituel.
Verse 72
ततोपि हि वरं वीर तीर्थं मांधातुसंज्ञितम् । चक्रवर्तिपदं यत्र प्राप्तं तेन महीभुजा
Plus grand encore, ô héros, est le tīrtha sacré nommé Māndhātu. C’est ici que le roi, protecteur de la terre, obtint le rang de cakravartin, souverain universel.
Verse 73
ततोपि मुचुकुंदाख्यं तीर्थं चातीव पुण्यदम् । यत्र स्नातो नरो जातु रिपुभिर्नाभिभूयते
Au-delà encore se trouve le tīrtha nommé Mucukunda, qui dispense des mérites en abondance. L’homme qui s’y baigne n’est jamais vaincu par ses ennemis.
Verse 74
पृथु तीर्थं ततोप्युच्चैः श्रेयसां साधनं परम् । पृथ्वीश्वरं यत्र दृष्ट्वा नरः पृथ्वीपतिर्भवेत्
Plus élevé encore est Pṛthu Tīrtha, moyen suprême d’obtenir le bien auspiceux. En y contemplant le Seigneur de la Terre, un homme peut devenir maître de la terre.
Verse 75
ततः परशुरामस्य तीर्थं चातीव सिद्धिदम् । यत्र क्षत्रवधात्पापाज्जामदग्न्यो विमुक्तवान्
Vient ensuite le tīrtha de Paraśurāma, qui accorde la siddhi en abondance. Là, Jāmadagnya fut délivré du péché né du massacre des kṣatriya.
Verse 76
अद्यापि क्षत्रवधजं पापं तत्र प्रणश्यति । एकेन स्नानमात्रेण ज्ञानाज्ञानकृतेन च
Aujourd’hui encore, le péché né du meurtre d’un kṣatriya y est anéanti : par un seul bain, accompli sciemment ou à son insu.
Verse 77
ततोपि श्रेयसां कर्तृ तीर्थं कृष्णाग्रजस्य हि । यत्र सूतवधात्पापाद्बलदेवो विमुक्तवान्
Plus grand encore est le tīrtha du frère aîné de Kṛṣṇa, dispensateur d’un bienheureux salut. Là, Baladeva fut délivré du péché encouru en tuant un sūta.
Verse 78
दिवोदासस्य वै तीर्थं तत्र राज्ञोऽतिमेधसः । तत्र स्नातो नरो जातु न ज्ञानाच्च्यवतेंऽततः
Là se trouve aussi le tīrtha du roi Divodāsa, d’une sagesse éminente. Celui qui s’y baigne ne déchoit jamais ensuite de la vraie connaissance.
Verse 79
ततोपि हि महातीर्थं सर्वपापप्रणाशनम् । यत्र भागीरथी साक्षान्मूर्तिरूपेण तिष्ठति
Plus grand encore est ce grand tīrtha qui anéantit tous les péchés : là où Bhāgīrathī (Gaṅgā) elle-même demeure, manifestée en forme incarnée.
Verse 80
स्नात्वा भागीरथी तीर्थे कृत्वा श्राद्धं विधानवित् । दत्त्वा दानं च पात्रेभ्यो न भूयो गर्भभाग्भवेत्
Après s’être baigné au Bhāgīrathī Tīrtha, après avoir accompli le śrāddha selon le rite, et après avoir offert le dāna à des récipiendaires dignes, on ne redevient plus sujet à la renaissance dans le sein maternel.
Verse 81
हरपापं च भो वीर तीर्थं भागीरथीतटे । तत्र स्नात्वा क्षयं यांति महापापकुलान्यपि
Sur la rive de la Bhāgīrathī se trouve le tīrtha nommé Harapāpa, ô héros. En s’y baignant, même les lignées accablées de grands péchés voient leur faute s’épuiser et se dissoudre.
Verse 82
यो निष्पापेश्वरं लिंगं तत्र पश्यति मानवः । निष्पापो जायते वीर स तल्लिंगेक्षणात्क्षणात्
Ô héros, quiconque y contemple le liṅga de Niṣpāpeśvara devient sans péché; à l’instant même, il est purifié par la seule vision de ce liṅga.
Verse 83
दशाश्वमेधतीर्थं च ततोपि प्रवरं मतम् । दशानामश्वमेधानां यत्र स्नात्वा फलं लभेत्
Et le tīrtha de Daśāśvamedha est tenu pour plus éminent encore. S’y baigner confère le fruit de dix sacrifices Aśvamedha.
Verse 84
ततोपि शुभदं वीर बंदीतीर्थं प्रचक्षते । यत्र स्नातो नरो मुच्येदपि संसारबंधनात्
Ô héros, ils proclament que le Bandī Tīrtha est plus bienfaisant encore. Celui qui s’y baigne est délivré, même des liens de l’existence mondaine.
Verse 85
हिरण्याक्षेण दैत्येन बहुशो देवताः पुरा । बंदीकृता निगडिता स्तुष्टुवुर्जगदंबिकाम्
Autrefois, les dieux furent maintes fois capturés et enchaînés par l’asura Hiraṇyākṣa. Liés de fers, ils louèrent Jagadambikā, la Mère du monde.
Verse 86
ततो विशृंखलीभूतैर्वंदिता यज्जगज्जनिः । तदा प्रभृति बंदीति गीयतेद्यापि मानवैः
Alors, délivrés de leurs chaînes, ils rendirent hommage à la Mère du Monde ; depuis ce temps, jusqu’à ce jour, les hommes la chantent sous le nom de « Bandī », la Libératrice des liens.
Verse 87
बंदीतीर्थस्तु तत्रैव महानिगडखंडनम् । तत्र स्नातो विमुच्येत सर्वस्मात्कर्मपाशतः
Là même se trouve le Tīrtha de Bandī, le grand briseur de fers ; celui qui s’y baigne est entièrement délivré de tous les liens du karma.
Verse 88
बंदीतीर्थं महाश्रेष्ठं काशिपुर्यां विशांपते । तत्र स्नातो नरो यायाद्विमुक्तिं देव्यनुग्रहात्
Ô seigneur des hommes, dans la cité de Kāśī le Tīrtha de Bandī est le plus excellent ; celui qui s’y baigne obtient la délivrance par la grâce de la Déesse.
Verse 89
ततोपि हि श्रेष्ठतरं प्रयागमिति विश्रुतम् । प्रयागमाधवो यत्र सर्वयागफलप्रदः
Et plus excellent encore que cela est ce qui est renommé « Prayāga » ; car là se tient Prayāga-Mādhava, dispensateur des fruits de tous les sacrifices.
Verse 90
क्षोणीवराहतीर्थं च ततोपि शुभदं परम् । तत्र स्नातो नरो जातु तिर्यग्योनिं न गच्छति
Et le Tīrtha de Kṣoṇīvarāha est plus suprêmement bienfaisant encore ; celui qui s’y baigne ne va jamais à une matrice animale, à une naissance inférieure.
Verse 91
ततः कालेश्वरं तीर्थं वीरश्रेष्ठतरं परम् । कलिकालौ न बाधेते यत्र स्नातं नरोत्तमम्
Vient ensuite le saint Kāleśvara Tīrtha, ô le plus éminent des héros, souverainement excellent ; là, celui qui s’y baigne, le meilleur des hommes, n’est atteint ni par Kali ni par le Temps.
Verse 92
अशोकतीर्थं तत्रैव ततोप्यतितरां शुभम् । यत्र स्नातो नरो जातु नापतेच्छोकसागरे
Là même se trouve l’Aśoka-tīrtha, plus encore d’un auspice éclatant. Celui qui s’y baigne ne tombe jamais dans l’océan de la tristesse.
Verse 93
ततोति निर्मलतरं शक्रतीर्थं नृपांगज । शुक्रद्वारा न जायेत यत्र स्नातो नरोत्तमः
Puis vient le Śakra-tīrtha, plus pur encore, ô prince. Le meilleur des hommes qui s’y baigne ne renaît plus par la «porte de Śukra».
Verse 94
ततोऽपि पुण्यदं राजन्भवानीतीर्थमुत्तमम् । यत्र स्नात्वा भवानीशौ दृष्ट्वा नैव पुनर्भवेत्
Plus encore dispensateur de mérite, ô roi, est le suprême Bhavānī-tīrtha. S’y baigner et y contempler Bhavānī et Īśa, c’est ne plus renaître.
Verse 95
प्रभासतीर्थं विख्यातं ततोपि शुभदं नृणाम् । सोमेश्वरस्य पुरतस्तत्र स्नातो न गर्भभाक्
Vient ensuite le renommé Prabhāsa-tīrtha, plus encore bienfaisant pour les hommes. Devant Someśvara, celui qui s’y baigne ne redevient pas «porteur de ventre» (il ne renaît pas).
Verse 96
ततो गरुडतीर्थं च संसारविषनाशनम् । गरुडेशं समभ्यर्च्य तत्र स्नात्वा न शोचति
Puis l’on parvient au Garuḍa-tīrtha, qui dissipe le poison du saṃsāra. Après avoir vénéré Garuḍeśa et s’y être baigné, le dévot ne connaît plus le chagrin.
Verse 97
ब्रह्मतीर्थं ततः पुण्यं वीरब्रह्मेश्वरात्पुरः । ब्रह्मविद्यामवाप्नोति तत्र स्नानेन मानवः
Ensuite se trouve le saint Brahma-tīrtha, devant Vīra-brahmeśvara. Par le bain en ce lieu, l’homme obtient la brahma-vidyā, la connaissance de Brahman.
Verse 98
ततो वृद्धार्कतीर्थं च विधितीर्थं ततः परम् । तत्राप्लुतो नरो याति रविलोकं सुनिर्मलम्
Puis vient le Vṛddhārka-tīrtha, et après lui le Vidhī-tīrtha. Celui qui s’y plonge atteint le monde de Ravi, le Soleil, pur et sans tache.
Verse 99
ततो नृसिंहतीर्थं च महाभयनिवारणम् । कालादपि कुतस्तत्र स्नात्वा परिबिभेति च
Puis se trouve le Nṛsiṃha-tīrtha, qui écarte la grande peur. Après s’y être baigné, comment craindre encore—même Kāla, la Mort, et à plus forte raison quoi que ce soit d’autre ?
Verse 100
ततोपि पुण्यदं नृणां तीर्थं चित्ररथेश्वरम् । यत्र स्नात्वा च दत्त्वा च चित्रगुप्तं न पश्यति
Plus encore méritoire pour les hommes est le tīrtha de Citrarath-eśvara. En s’y baignant et en faisant le don (dāna), on ne voit pas Citragupta, le scribe des actes.
Verse 110
तत्राल्पमपि यच्छेद्यत्कल्पांतेप्यक्षयं हि तत् । एतेभ्योपि हि तीर्थेभ्यो लिंगकोटित्रयादपि
Là, même le peu que l’on donne devient vraiment inépuisable, fût-ce à la fin d’un kalpa. En vérité, le mérite de ce lieu dépasse même ces tīrthas, et même trois koṭis de liṅgas.
Verse 120
अप्येकं यो महारुद्रं जपेद्वीरेश सन्निधौ । जापयेद्वा भवेत्तस्य कोटिरुद्रफलं ध्रुवम्
Même si l’on récite une seule fois le Mahārudra en présence de Vīreśa, ou si l’on le fait réciter par d’autres, le fruit en est assurément égal à celui d’un Koṭi-Rudra.
Verse 128
इति श्रुत्वा महेशानो महीप तनयोदितम् । पुनस्तीर्थानि गंगायां वक्तुं समुपचक्रमे
Ainsi, ayant entendu les paroles du fils du roi, Maheśāna (Śiva) se remit à décrire les tīrthas sacrés sur la Gaṅgā.