Adhyaya 33
Brahma KhandaSetubandha MahatmyaAdhyaya 33

Adhyaya 33

Cet adhyāya prend la forme d’un dialogue : pressé par les ṛṣi, Sūta expose la vaibhava (gloire) cachée et extraordinaire du tīrtha de Dhanuṣkoṭi. Le récit met en scène les frères Arvāvasu et Parāvasu, fils de Raibhya, ritualiste savant, qui assistent le roi Bṛhaddyumna dans un long sattra-yajña avec une maîtrise irréprochable des règles. Une crise survient lorsque Parāvasu, rentrant de nuit, prend son père dans la forêt pour un cerf et le tue par méprise ; l’épisode est présenté comme une transgression désastreuse dans le cadre de la brahmahatyā. Les deux frères discutent de la responsabilité et de la prāyaścitta (expiation) : le cadet, Arvāvasu, assume un vœu prolongé à la place de l’aîné, tandis que Parāvasu poursuit les devoirs sacrificiels. Sous l’effet des réactions sociales et royales, Arvāvasu est exclu malgré sa proclamation d’innocence. Il accomplit un tapas austère et obtient une audience divine. Les devas indiquent le remède précis : se baigner à Dhanuṣkoṭi, dans la région de Setu, efface les grandes fautes — y compris les cinq grands péchés — et procure à la fois bien-être mondain et fruit tourné vers la délivrance. Parāvasu s’y baigne avec une intention réglée ; une voix incorporelle annonce la destruction de la lourde faute, puis vient la réconciliation. La phalaśruti déclare que lire ou entendre ce chapitre et se baigner en ce lieu neutralise de graves afflictions.

Shlokas

Verse 1

श्रीसूत उवाच । भूयोऽप्यहं प्रवक्ष्यामि धनुष्कोटेस्तु वैभवम् । अत्यद्भुततरं गुह्यं सर्वलोकैकपावनम्

Śrī Sūta dit : De nouveau je vais proclamer la grandeur de Dhanuṣkoṭi, la plus merveilleuse, secrète en sa profondeur, et l’unique purificatrice de tous les mondes.

Verse 2

पुरा परावसुर्नाम ब्राह्मणो वेदवित्तमः । अज्ञानात्पितरं हत्वा ब्रह्महत्यामवाप्तवान् । सोऽपि स्नात्वा धनुष्कोटौ तद्दोषा न्मुमुचे क्षणात्

Dans les temps anciens vivait un brāhmaṇa nommé Parāvasu, le plus éminent des connaisseurs du Veda. Par ignorance, il tua son père et encourut le péché de brahma-hatyā. Pourtant, lui aussi, s’étant baigné à Dhanuṣkoṭi, fut délivré de cette faute en un instant.

Verse 3

ऋषय ऊचुः । पितरं हतवान्पूर्वं कथं सूत परावसुः

Les ṛṣi dirent : Ô Sūta, comment Parāvasu, jadis, en vint-il à tuer son père ?

Verse 4

कथं वा धनुषः कोटौ मुक्तिस्तस्याप्यभून्मुने । एतन्नः श्रद्दधानानां विस्तराद्वक्तुमर्हसि

Et comment obtint-il la délivrance à Dhanuṣaḥ-koṭi, ô sage ? À nous qui avons la foi, tu dois l’exposer en détail.

Verse 5

श्रीसूत उवाच । आसीद्राजा बृहद्द्युम्नश्चक्रवर्ती महाबलः । धर्मेण पालयामास सागरांतां वसुन्धराम्

Śrī Sūta dit : Il y eut un roi nommé Bṛhaddyumna, puissant cakravartin. Par le dharma, il gouverna la terre ceinte par les océans.

Verse 6

अयजत्सत्रयागेन देवानिंद्रपुरोगमान् । याजकस्तस्य रैभ्योऽभूद्विद्वान्परमधार्मिकः

Il rendit un culte aux dieux—conduits par Indra—au moyen du sacrifice satra. Son prêtre officiant fut Raibhya, un sage, souverainement voué au dharma.

Verse 7

आस्तां पुत्रावुभौ तस्याप्यर्वावसु परावसू । षडंगवेदविदुषौ श्रौतस्मार्तेषु कोविदौ

Il eut aussi deux fils, Arvāvasu et Parāvasu : tous deux connaissaient le Veda avec ses six auxiliaires et excellaient dans les rites Śrauta et les devoirs Smārta.

Verse 8

काणादे जैमिनीये च सांख्ये वैयासिके तथा । गौतमे योगशास्त्रे च पाणिनीये च कोवि दौ

Ils étaient encore experts dans les enseignements de Kaṇāda et de Jaimini, dans le Sāṃkhya et la tradition de Vyāsa, dans le système de Gautama, dans le Yoga-śāstra, ainsi que dans la grammaire de Pāṇini.

Verse 9

मन्वादिस्मृतिनिष्णातौ सर्वशास्त्रविशारदौ । सत्रयागे सहायार्थं बृहद्द्युम्नेन याचितौ

Versés dans les Smṛtis à commencer par Manu, et accomplis dans toutes les branches du savoir sacré, ils furent requis par le roi Bṛhaddyumna pour assister au sacrifice satra.

Verse 10

भ्रातरौ समनुज्ञातौ पित्रा रैभ्येण जग्मतुः । बृहद्द्युम्नस्य सत्रं तावश्विनाविव रूपिणौ

Avec l’assentiment de leur père Raibhya, les deux frères se rendirent au satra du roi Bṛhaddyumna, resplendissants tels les jumeaux Aśvin dans leur éclat.

Verse 11

अतिष्ठदाश्रमे रैभ्यः स्नुषया ज्येष्ठया सह । तौ गत्वा भ्रातरौ तत्र राज्ञः सत्रमनुत्तमम्

Raibhya demeura dans son āśrama avec sa belle-fille aînée. S’y étant rendus, les deux frères parvinrent au satra du roi, sacrifice sans pareil.

Verse 12

याज यामासतुः सत्रे बृहद्द्युम्नं महीपतिम् । नाभवत्स्खलनं भ्रात्रोः सत्रे सांगेषु कर्मसु

Dans ce satra, ils officièrent pour le roi Bṛhaddyumna, seigneur de la terre; et dans les actes du sacrifice, avec leurs rites subsidiaires, aucune faute ne fut commise par les deux frères.

Verse 13

सत्रे संतन्यमानेऽस्मिन्बृहद्द्युम्नस्य भूपतेः । मुनयो भ्यागमन्सर्वे राज्ञाहूता निरीक्षितुम्

Tandis que se poursuivait le satra du roi Bṛhaddyumna, tous les sages arrivèrent, conviés par le roi, afin d’en être témoins.

Verse 14

वसिष्ठो गौतमश्चात्रिर्जाबालिरथ कश्यपः । क्रतुर्दक्षः पुलस्त्यश्च पुलहो नारदो मुनिः

Vasiṣṭha, Gautama et Atri; Jābāli puis Kaśyapa; Kratu, Dakṣa, Pulastya, Pulaha, et le sage Nārada—

Verse 15

मार्कंडेयः शतानंदो विश्वामित्रः पराशरः । भृगुः कुत्सोऽथ वाल्मीकिर्व्यासधौम्यादयोऽपरे

Mārkaṇḍeya, Śatānanda, Viśvāmitra et Parāśara; Bhṛgu, Kutsa, puis Vālmīki, avec Vyāsa, Dhaumya et d’autres sages encore—

Verse 16

शिष्यैः प्रशिष्यैर्बहुभिरसंख्यातैः समावृताः । तानागतान्समालोक्य बृहद्द्युम्नो महीपतिः

Entouré de nombreux disciples et de disciples de disciples—innombrables—voyant ces sages arriver, le roi Bṛhaddyumna, seigneur de la terre,

Verse 17

अर्घ्यादिना मुनीन्सर्वान्पूजयामास सादरम् । नाना दिग्भ्यः समायाताश्चतुरंगबलैर्युताः

Par des offrandes commençant par l’arghya, il honora avec dévotion tous les munis. De maintes directions ils étaient venus, accompagnés des quatre corps de l’armée.

Verse 18

उपदासहिता भूपास्सत्रं वीक्षितुमादरात् । वैश्याः शूद्रास्तथा वर्णाश्चत्वरोऽपि समागताः

Les rois aussi—avec leurs serviteurs—vinrent avec empressement contempler le satra-yajña. De même les vaiśyas et les śūdras; en vérité, les quatre varṇas s’y assemblèrent.

Verse 19

वर्णिनोऽथ गृहस्थाश्च वानप्रस्थाश्च भिक्षवः । सत्रं निरीक्षितुं तस्य बृहद्द्युम्नस्य चाययुः

Alors vinrent aussi les étudiants, les maîtres de maison, les habitants des forêts et les mendiants—afin de contempler ce satra-yajña du roi Bṛhaddyumna.

Verse 20

तान्सर्वान्पूजयामास यथार्हं राजसत्तमः । ददौ चान्नानि सर्वेभ्यो घृतसूपादिकांस्तथा

Ce roi, le meilleur des souverains, les honora tous selon leur mérite. Et il distribua à chacun de la nourriture—avec du ghee, des potages et d’autres mets d’accompagnement.

Verse 21

वस्त्राणि च सुवर्णानि हाररत्नान्यनेकशः । एवं सत्कारयामास राजा सत्रे समागतान्

Il offrit des vêtements et de l’or, ainsi que maints colliers et joyaux. De la sorte, le roi honora ceux qui s’étaient assemblés au satra.

Verse 22

रैभ्यपुत्रो तदा विप्रा अर्वावसुपरावसू । अध्वरादीनि कर्माणि चक्रतुः स्खलितं विना

Alors les deux fils brāhmanes de Raibhya—Arvāvasu et Parāvasu—accomplirent les rites du sacrifice, à commencer par l’adhvara, sans la moindre défaillance ni faute.

Verse 23

तद्दृष्ट्वा मुनयस्सर्वे कौशलं रैभ्यपुत्रयौः । श्लाघंते सशिरःकम्पं वसिष्ठप्रमुखास्तदा

Voyant l’habileté des deux fils de Raibhya, tous les sages les louèrent alors—Vasiṣṭha et les autres en tête—hochant la tête en signe d’assentiment.

Verse 24

कर्माणि कानि चित्तत्र कारयित्वा परावसुः । तृतीयसवनस्यांते गृहकृत्यं निरीक्षितुम्

Après avoir fait accomplir là certains rites, Parāvasu—à la fin du troisième savana—alla examiner les affaires domestiques.

Verse 25

प्रययौ स्वाश्रमं सायं विनैवार्वावसुं द्विजाः । तस्मिन्नवसरे रैभ्यं कृष्णाजिनसमावृतम्

Le soir venu, le deux-fois-né Parāvasu se rendit à son propre āśrama, laissant Arvāvasu derrière lui. En cet instant même, Raibhya s’y trouvait, enveloppé d’une peau d’antilope noire.

Verse 26

वने चरंतं पितरं दृष्ट्वा स मृगशंकया । निद्राकलुषितो रात्रावंधे तमसि संकुले

Voyant son père errer dans la forêt, lui—l’esprit troublé par la somnolence—dans la nuit, au milieu d’une ténèbre épaisse et aveuglante, le prit pour un cerf.

Verse 27

आत्मानं हंतुमायाति मृगोऽयमिति चिंतयन् । जघान पितरं सोऽयं महारण्ये परावसुः

Pensant : «Ce cerf vient pour me tuer», Parāvasu frappa et abattit son propre père dans la grande forêt.

Verse 28

रिरक्षुणा शरीरं स्वं तेनाकामनया पिता । रजन्यां हिंसितो विप्रा महापातककारिणा

Ne cherchant qu’à protéger son propre corps, lui—bien malgré lui—blessa son père dans la nuit, ô brāhmaṇas, et devint ainsi l’auteur d’un grand péché.

Verse 29

अंतिकं स समागत्य व्यलोकयत तं हतम् । ज्ञात्वा स्वपितरं रात्रौ शुशोच व्यथितेंद्रियः

S’étant approché, il le vit gisant sans vie ; reconnaissant dans la nuit que c’était son propre père, il se lamenta, les sens bouleversés par la douleur.

Verse 30

प्रेतकार्यं ततः कृत्वा पितुः सर्वं परावसुः । भूयोपि नृपतेः सत्रं परावसुरुपाययौ

Alors Parāvasu accomplit entièrement les rites funéraires de son père ; puis il se rendit de nouveau au satra, la session sacrificielle du roi.

Verse 31

स्वचेष्टितं तु तत्सर्वमनुजाय ततोऽब्रवीत् । मृतं स्वपितरं श्रुत्वा सोऽपि शोकाकुलोऽभवत्

Puis il raconta à son jeune frère tout ce qui s’était passé. En apprenant la mort de leur père, le cadet fut lui aussi accablé de chagrin.

Verse 32

ज्येष्ठोऽनुजं ततः प्राह वचनं द्विजसत्तमाः । महत्सत्रं समारब्धं बृहद्द्युम्नस्य भूपतेः

Alors l’aîné dit au cadet —ô meilleurs des brāhmaṇas— : «Le roi Bṛhaddyumna a entrepris un grand satra, un sacrifice solennel».

Verse 33

वोढुत्वशक्तिर्नास्त्यस्य कर्मणो बालकस्य ते । जनकश्च हतो रात्रौ मयापि मृगशंकया

«Cet enfant n’a pas la force de porter le fardeau de cette œuvre rituelle. Et le père a été tué de nuit—par moi aussi—l’ayant pris pour un cerf».

Verse 34

प्रायश्चित्तं च कर्त्तव्यं ब्रह्महत्या विशुद्धये । मदर्थं व्रतचर्यां त्वं चर तात कनिष्ठक

«Il faut accomplir le prāyaścitta, l’expiation, afin d’être purifié de la brahmahatyā. Pour moi, cher cadet, pratique la discipline d’un vœu (vrata)».

Verse 35

एकाकी धुरमुद्वोढुं शक्तोऽहं सत्रकर्मणः । अर्वावसुरिति प्रोक्तो ज्येष्ठेन स तमभ्य धात्

Il dit : «Moi seul puis porter le fardeau du rite du satra». Ainsi, interpellé par l’aîné, il répondit en acceptant de s’en charger.

Verse 36

तथा भवत्वहं ज्येष्ठ चरिष्ये व्रतमुत्तमम् । ब्रह्महत्याविशुद्ध्यर्थं त्वं सत्रधुरमावह

«Qu’il en soit ainsi, ô aîné. J’accomplirai le vœu suprême pour me purifier de la brahmahatyā ; toi, cependant, porte le fardeau du satra.»

Verse 37

इत्युक्त्वा सोनुऽजो ज्येष्ठं तस्मात्सत्राद्वि निर्ययौ । कारयामास कर्माणि ज्येष्ठस्तस्मिन्गते कतौ

Après avoir ainsi parlé à son frère aîné, le cadet quitta cette assemblée sacrificielle (satra). Lorsqu’il fut parti, l’aîné fit poursuivre les actes rituels et les devoirs du sacrifice.

Verse 38

द्वादशाब्दं कनिष्ठोपि ब्रह्महत्याव्रतं द्विजाः । चरित्वा सत्रयागेऽस्मिन्नाजगाम पुनर्मुदा

Ô deux-fois-nés, même le frère cadet—ayant observé durant douze années le vœu d’expiation pour la brahmahatyā—revint avec joie à ce sacrifice satra.

Verse 39

तं दृष्ट्वा भ्रातरं ज्येष्ठो बृहद्द्युम्नमुवाच ह । अयं ते ब्रह्महा सत्रमर्वावसुरुपागतः

Voyant son frère, l’aîné dit au roi Bṛhaddyumna : «Voici Arvāvasu, souillé par la brahmahatyā ; il est venu à ton sacrifice satra.»

Verse 40

एनमुत्सारयाशु त्वमस्मात्सत्रान्नृपो त्तम । अन्यथा सत्रयागस्य फलहानिर्भविष्यति

«Ô le meilleur des rois, chasse-le vite de ce satra ; autrement, le sacrifice subira une perte de son fruit spirituel.»

Verse 41

इतीरितः स स्वप्रेष्यैर्यागात्तमुदवासयत् । उद्वास्यमानो राजानमर्वावसुरथाब्रवीत्

Ainsi interpellé, le roi ordonna à ses serviteurs de l’écarter du sacrifice. Tandis qu’on le chassait, Arvāvasu s’adressa alors au roi.

Verse 42

न मया ब्रह्महत्येयं बृहद्द्युम्न कृतानघ । किन्तु ज्येष्ठेन मे सा हि ब्रह्महत्या कृता विभो

«Ô roi Bṛhaddyumna, sans faute, ce n’est pas moi qui ai commis ce meurtre d’un brahmane. C’est mon frère aîné qui a accompli cette brahmahatyā, ô seigneur.»

Verse 43

ब्रह्महत्याव्रतं चीर्णं तदर्थं च मया धुना । एवमुक्तोपि राजासौ वचसा स परावसोः

«C’est pour cette raison même que j’ai accompli à présent le vœu d’expiation de la brahmahatyā.» Bien qu’on lui parlât ainsi, ce roi—par les paroles de Parāvasu—demeura résolu.

Verse 44

अर्वावसुं निजात्सत्रादुदवासयदाशु वै । धिक्कृतो ब्राह्मणैश्चायं ययौ तूष्णीं वनं तदा

En vérité, il chassa aussitôt Arvāvasu de son propre satra. Blâmé par les brāhmaṇas, Arvāvasu s’en alla alors en silence vers la forêt.

Verse 45

मुनिवृन्दसमाकीर्णं तपोवनमुपेत्य सः । अर्वावसुस्तपश्चक्रे देवैरपि सुदुष्करम्

Entrant dans la forêt d’ascèse, remplie de troupes de sages, Arvāvasu entreprit une austérité rigoureuse, difficile même pour les dieux.

Verse 46

तपः कुर्वंस्तथादित्यमुपतस्थे समा हितः । मूर्तिमांस्तपसा तस्य महताऽदुष्टधीः स्वयम्

Tandis qu’il accomplissait l’austérité, il vénéra Āditya, le Soleil, d’une concentration inébranlable. Puis, par la force de sa grande pénitence, le Soleil—revêtu d’une forme—apparut de lui-même à cet esprit sans souillure.

Verse 47

आविरासीत्स्वया दीप्त्या भासयञ्जगतीतलम् । कर्मसाक्षी जगच्चक्षुर्भास्करो देवताग्रणीः

Alors le Soleil—chef parmi les dieux, œil du monde et témoin de tous les actes—se manifesta, illuminant la surface de la terre par sa propre splendeur.

Verse 48

आविर्बभूवुर्देवाश्च पुरस्कृत्य शचीपतिम् । इन्द्रादयस्ततो देवाः प्रोचुरर्वावसुं द्विजाः

Et les dieux apparurent aussi, plaçant à leur tête Indra, l’époux de Śacī. Alors les dieux, conduits par Indra, s’adressèrent à Arvāvasu, ô brāhmane.

Verse 49

अर्वावसो त्वं प्रवरस्तपसा ब्रह्म चर्यतः । आचारेण श्रुतेनापि वेदशास्त्रादिशिक्षया

«Arvāvasu, tu es le plus éminent : par ton austérité, par ton brahmacarya, par ta conduite juste, par ton savoir sacré, et par ta formation aux Veda et aux śāstra.»

Verse 50

निराकृतोवमानेन त्वं परावसुना बहु । तथापि क्षमया युक्तो न कुप्यति भवान्यतः

«Bien que Parāvasu t’ait maintes fois repoussé par des outrages, pourtant, pourvu de patience, tu ne te mets pas en colère : telle est ta nature.»

Verse 51

यस्माज्ज्येष्ठोऽवधीत्तातं न हिंसीस्त्वं महामते । ब्रह्महत्याव्रतं यस्मात्तदर्थं चरितं त्वया

Puisque le frère aîné tua le père, toi, ô grand d’âme, tu ne répondis pas par la violence ; et parce que, pour cette même raison, tu as observé le vœu d’expiation de la brahma-hatyā.

Verse 52

अतः स्वीकुर्म हे त्वां तु पराकुर्मः परावसुम् । उक्त्वैवं बलभिन्मुख्याः सर्वे च त्रिदिवालयाः

«C’est pourquoi nous t’acceptons, et nous rejetons Parāvasu.» Ayant ainsi parlé, tous les habitants du ciel, avec Indra, le pourfendeur de Bala, à leur tête, proclamèrent leur décision.

Verse 53

तं ते प्रवरयामासुर्निरासुश्च परावसुम् । पुनरिंद्रादयो देवाः पुरोधाय दिवाकरम्

Ils le choisirent alors comme le plus éminent et chassèrent Parāvasu. Puis les dieux, conduits par Indra, ayant établi le Soleil pour guide, poursuivirent l’affaire.

Verse 54

अर्वावसुं प्रोचुरिदं वरं त्वं वरयेति वै । स चापि प्रार्थयामास जनकस्योत्थितिं पुन

Ils dirent à Arvāvasu : «Choisis une grâce ; demande ce que tu désires.» Et lui, à son tour, demanda de nouveau le retour à la vie de son père.

Verse 55

वधे चास्मरणं देवानात्मनो जनकस्य वै । तथास्त्विति सुराः प्रोचुः पुनरूचुरिदं वचः

«Et qu’il n’y ait, chez les dieux, nul souvenir de ce meurtre, et que mon père en soit délivré.» Les dieux répondirent : «Qu’il en soit ainsi», puis reprirent ces paroles.

Verse 56

वरं चान्यं प्रदास्यामो वरय त्वं महामते । एवमुक्तः सुरैः सोयमर्वावसुरभाषत

Les dieux dirent : «Nous t’accorderons encore une autre grâce ; choisis, ô grand d’âme.» Ainsi apostrophé par les dieux, Arvāvasu répondit.

Verse 57

मम भ्रातुरदुष्टत्वं भवतु त्रिदशालयाः । अर्वावसोर्वचः श्रुत्वा त्रिदशाः पुनरब्रुवन्

Entendant les paroles d’Arvāvasu — «Ô habitants du ciel, que mon frère soit délivré du péché» — les dieux reprirent la parole en réponse.

Verse 58

ब्राह्मणस्य पितुर्घातान्महान्दोषः परावसोः । न ह्यन्यकृतपापस्य परेणानुष्ठितेन वै

«Pour avoir tué le père d’un brāhmaṇa, Parāvasu porte une faute très lourde ; car le péché commis par l’un n’est pas effacé par des rites accomplis par un autre.»

Verse 59

प्रायश्चित्तेन शांतिः स्यान्महापातकपंचके । पितुर्ब्राह्मणहंतुस्तु सुतरां नास्ति निष्कृतिः

«Par des rites d’expiation, on peut obtenir l’apaisement pour les cinq grands péchés ; mais pour celui qui tue le père d’un brāhmaṇa, à plus forte raison, il n’est point de véritable rémission.»

Verse 60

आत्मनानुष्ठितेनापि व्रतेन न हि दुष्कृतिः । परावसोस्तव भ्रातुरतो नैवास्ति निष्कृतिः

«Même si l’on accomplit soi-même un vœu, ce forfait n’en est pas effacé ; ainsi, pour ton frère Parāvasu, il n’existe point d’expiation par les moyens ordinaires.»

Verse 61

अतोऽस्माभिरदुष्टत्वमस्मै दातुं न शक्यते । अर्वावसुः पुनःप्राह देवानिंद्रपुरोगमान्

«C’est pourquoi il ne nous est pas possible de lui accorder l’absence de faute.» Après cela, Arvāvasu s’adressa de nouveau aux dieux, Indra à leur tête.

Verse 62

तथापि युष्मन्माहात्म्यात्प्रसादाद्भवतां तथा । पितुर्ब्राह्मणहंतुर्मे भ्रातुस्त्रिदशसत्तमाः

Arvāvasu dit : «Pourtant, par votre grandeur et par votre grâce bienveillante, ô meilleurs des dieux—(dites-moi) au sujet de mon frère, meurtrier du père d’un brāhmane—».

Verse 63

यथा स्यान्निष्कृतिर्ब्रूत तथैव कृपया युताः । एवमर्वावसोः श्रुत्वा वचस्ते त्रिदशालयाः

«Dites-nous, avec compassion, comment l’expiation pourrait être possible.» Ayant ainsi entendu les paroles d’Arvāvasu, les habitants du ciel—

Verse 64

ध्यात्वा तु सुचिरं कालं विनिश्चित्येदमबुवन् । उपायं ते प्रवक्ष्यामस्तत्पातकनिवारणम्

Après avoir longuement médité et s’être décidés, ils dirent : «Nous te dirons un moyen, qui écarte ce péché».

Verse 65

दक्षिणांबुनिधौ पुण्ये रामसेतौ विमुक्तिदे । धनुष्कोटिरिति ख्यातं तीर्थमस्ति विमुक्तिदम्

«Dans l’océan sacré du sud, à Rāmasetu—donateur de délivrance—se trouve un tīrtha renommé Dhanuṣkoṭi, qui confère la délivrance».

Verse 66

ब्रह्महत्यासुरापानस्वर्णस्तेयविनाशनम् । गुरुतल्पगसंसर्गदोषाणामपि नाशनम्

Cela détruit les péchés du meurtre d’un brahmane, de la boisson enivrante et du vol d’or ; et cela détruit aussi les fautes nées de l’union illicite liée au lit du guru.

Verse 67

अकामेनापि यः स्नायादपवर्गफलप्रदम् । दुःस्वप्ननाशनं धन्यं नरकक्लेशनाशनम्

Même celui qui s’y baigne sans aucun désir obtient le fruit de la délivrance. Cela détruit les mauvais rêves, c’est auspiceux et béni, et cela dissipe les tourments de l’enfer.

Verse 68

कैलासादिपदप्राप्तिकारणं परमार्थदम् । सर्वकाममिदं पुंसामृणदारिद्र्यनाशनम्

Cela devient la cause d’atteindre des états tels que Kailāsa et accorde le bien suprême. Pour les hommes, cela accomplit tous les desseins et détruit la dette et la pauvreté.

Verse 69

धनुष्कोटिर्धनु ष्कोटिर्धनुष्कोटिरितीरणात् । स्वर्गापवर्गदं पुंसां महापुण्यफलप्रदम्

En prononçant le nom «Dhanuṣkoṭi, Dhanuṣkoṭi, Dhanuṣkoṭi», cela accorde aux hommes le ciel et la délivrance, et confère les fruits d’un grand mérite.

Verse 70

तत्र गत्वा तव भ्राता स्नायाद्यदि परावसुः । तत्क्षणादेव ते ज्येष्ठो मुच्यते ब्रह्महत्यया

Si ton frère Parāvasu s’y rend et s’y baigne, à cet instant même ton frère aîné est délivré du péché d’avoir tué un brahmane.

Verse 71

इदं रहस्यं सुमहत्प्रायश्चित्तमुदीरितम् । उक्त्वेत्यर्वावसुं देवाः प्रययुः स्वपुरीं प्रति

Ainsi, après avoir révélé à Arvāvasu ce grand secret—une expiation hors du commun—les dieux s’en retournèrent vers leur propre demeure.

Verse 72

तत अर्वावसुर्ज्येष्ठं समादाय परावसुम् । रामचन्द्रधनुष्कोटिं प्रययौ मुक्तिदायिनीम्

Alors Arvāvasu, emmenant avec lui son frère aîné Parāvasu, se mit en route vers la Dhanuṣkoṭi de Rāmacandra, dispensatrice de délivrance.

Verse 73

सेतौ संकल्पमुक्त्वा तु नियमेन परावसुः । सह भ्रात्रा धनुष्कोटौ सस्नौ पातकशुद्धये

Sur le Setu, Parāvasu—après avoir prononcé une résolution solennelle et observé la règle prescrite—se baigna à Dhanuṣkoṭi avec son frère, afin d’être purifié du péché.

Verse 74

स्नात्वोत्थितं धनुष्कोटौ तं प्रोवाचाशरीरिणी । परावसो विनष्टा ते पितुर्ब्राह्मणघातजा

Lorsqu’il eut achevé son bain et se fut relevé à Dhanuṣkoṭi, une voix sans corps lui dit : «Ô Parāvasu, le péché de ton père, né du meurtre d’un brahmane, est détruit».

Verse 75

ब्रह्महत्या महा घोरा नरकक्लेशकारिणी । इत्युक्त्वा विररामाथ सापि वागशरीरिणी

«Le meurtre d’un brahmane est terriblement effroyable et engendre les tourments de l’enfer». Après ces mots, la voix sans corps se tut.

Verse 76

परावसुस्तदा विप्राः कनिष्ठेन समन्वितः । रामचन्द्रधनुष्कोटिं प्रणम्य च सभक्तिकम्

Alors Parāvasu —ô brāhmanes— accompagné de son cadet, se prosterna avec dévotion devant le Dhanuṣkoṭi de Rāmacandra.

Verse 77

रामनाथं महादेवं नत्वा भक्तिपुरःसरम् । विमुक्तपातको विप्राः प्रययौ पितुराश्रमम्

Ô brāhmanes, après s’être incliné devant Rāmanātha Mahādeva, la dévotion en avant, délivré du péché il partit ensuite vers l’āśrama de son père.

Verse 78

मृत्वोत्थितस्तदा रैभ्यो दृष्ट्वा पुत्रौ समागतौ । संतुष्टहृदयो ह्यास्ते पुत्राभ्यां स्वाश्रमे तदा

Alors Raibhya, comme relevé d’entre les morts, vit revenir ses deux fils ; et le cœur comblé, il demeura dans son propre āśrama avec eux.

Verse 79

रामचन्द्रधनुष्कोटौ स्नानेन हतपातकम् । एनं परावसुं सर्वे स्वीचक्रुर्मुनयस्तदा

Par le bain au Dhanuṣkoṭi de Rāmacandra, ses péchés furent anéantis ; alors tous les munis accueillirent de nouveau ce Parāvasu parmi eux.

Verse 80

एवं परावसोरुक्तं ब्रह्महत्याविमोक्षणम् । स्नानमात्राद्धनुष्कोटौ युष्माकं मुनिपुंगवाः

Ainsi a été proclamée la délivrance de Parāvasu du péché de brahmicide : à Dhanuṣkoṭi, par le seul bain—ô meilleurs des munis—on obtient une telle libération.

Verse 82

महापातकसंघाश्च नश्येयुर्मज्जनादिह । य इमं पठतेऽध्यायं ब्रह्महत्याविमोक्षणम्

Ici, par le bain sacré, même des multitudes de grands péchés sont anéanties ; et quiconque récite ce chapitre sur la délivrance du péché de meurtre d’un brāhmane obtient ce mérite purificateur.

Verse 83

ब्रह्महत्या विनश्येत तत्क्षणान्नास्ति संशयः । सुरापानादयोऽप्यस्य शांतिं गच्छेयुरंजसा

La Brahmahatyā est détruite à l’instant même, sans aucun doute. Même des fautes telles que boire des liqueurs et autres semblables trouvent pour lui un apaisement prompt.

Verse 91

सुरा पानादयो विप्रा नश्यंत्येवात्र मज्जनात् । सत्यंसत्यं पुनः सत्यमुद्धृत्य भुजमुच्यते

Ô brāhmaṇas, le fait de boire des liqueurs et les fautes semblables périssent assurément ici par l’immersion. «Vérité, vérité—encore vérité !»—ainsi est proclamé, le bras levé.