Adhyaya 21
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 21

Adhyaya 21

Le chapitre se déploie en un échange de questions et réponses entre Yudhiṣṭhira et le sage Mārkaṇḍeya. Il affirme d’abord l’exceptionnelle puissance purificatrice de la Revā/Narmadā, en la distinguant d’une sainteté dépendante de lieux précis (telle celle du Gaṅgā en certains sites), car la Revā demeure sacrée partout. Il situe ensuite la topographie sacrée autour d’Amarakantaka, présenté comme un siddhi-kṣetra fréquenté par les devas, les gandharvas et les ṛṣi, et décrit l’abondance presque inépuisable des tīrtha sur les deux rives. Un passage de type inventaire nomme des lieux du nord et du sud : Charukā-saṅgama, Charukeśvara, Dārukeśvara, Vyatīpāteśvara, Pātāleśvara, Koṭiyajña et des groupes de liṅga près d’Amareśvara ; ainsi que Kedāra-tīrtha, Brahmeśvara, Rudrāṣṭaka, Sāvitra et Soma-tīrtha. Le chapitre donne aussi des prescriptions rituelles : bain accompli avec discipline, jeûne, brahmacarya, et pitṛ-kriyā (tarpaṇa avec tilodaka, offrandes de piṇḍa), en exposant les fruits méritoires—longue jouissance céleste et renaissances favorables. Il déclare que les rites accomplis en ce lieu deviennent « koṭi-guṇa », multipliés par la grâce d’Īśvara ; même les arbres et les animaux touchés par l’eau de la Narmadā entrent dans son champ salvifique. D’autres eaux sacrées, telles Viśalyā, sont mentionnées. Enfin, le récit étiologique explique l’origine de la Kapilā : lorsque Śiva se divertissait dans la Narmadā avec Dākṣāyaṇī (Pārvatī), l’eau essorée de son vêtement de bain se changea en rivière Kapilā, établissant son nom, sa nature et son puṇya exceptionnel.

Shlokas

Verse 1

युधिष्ठिर उवाच । श्रुतं मे विविधाश्चर्यं त्वत्प्रसादाद्द्विजोत्तम । भूयश्च श्रोतुमिच्छामि तन्मे कथय सुव्रत

Yudhiṣṭhira dit : «Par ta grâce, ô meilleur des brahmanes, j’ai entendu maintes merveilles. Je désire entendre davantage ; dis-le-moi donc, ô toi au vœu excellent».

Verse 2

कथमेषा नदी पुण्या सर्वनदीषु चोत्तमा । नर्मदा नाम विख्याता भूयो मे कथयानघ

«Comment ce fleuve est-il si saint, le premier parmi tous les fleuves, lui qui est célèbre sous le nom de “Narmadā” ? Ô irréprochable, dis-le-moi encore plus pleinement».

Verse 3

श्रीमार्कण्डेय उवाच । नर्मदा सरितां श्रेष्ठा सर्वपापप्रणाशिनी । तारयेत्सर्वभूतानि स्थावराणि चराणि च

Śrī Mārkaṇḍeya dit : «Narmadā est la meilleure des rivières, celle qui détruit tous les péchés. Elle fait traverser tous les êtres, immobiles comme mobiles».

Verse 4

नर्मदायास्तु माहात्म्यं यत्पूर्वेण मया श्रुतम् । तत्तेऽहं सम्प्रवक्ष्यामि शृणुष्वैकमना नृप

«La grandeur de Narmadā, telle que je l’ai entendue jadis, je vais maintenant te l’énoncer. Écoute d’un esprit recueilli, ô roi».

Verse 5

गङ्गा कनखले पुण्या कुरुक्षेत्रे सरस्वती । ग्रामे वा यदि वारण्ये पुण्या सर्वत्र नर्मदा

La Gaṅgā est sainte à Kanakhala ; Sarasvatī est sainte à Kurukṣetra. Mais, au village comme en forêt, Narmadā est sainte en tout lieu.

Verse 6

त्रिभिः सारस्वतं तोयं सप्ताहेन तु यामुनम् । सद्यः पुनाति गाङ्गेयं दर्शनादेव नार्मदम्

L’eau de Sarasvatī purifie en trois jours, et celle de Yamunā en sept. L’eau de la Gaṅgā purifie sur-le-champ ; mais Narmadā purifie par la seule vision.

Verse 7

कलिङ्गदेशात्पश्चार्धे पर्वतेऽमरकण्टके । पुण्या च त्रिषु लोकेषु रमणीया पदे पदे

À l’ouest du pays de Kaliṅga se dresse la montagne nommée Amarakantaka. Là, elle est sainte dans les trois mondes et charmante à chaque pas.

Verse 8

तत्र देवाश्च गन्धर्वा ऋषयश्च तपोधनाः । तपस्तप्त्वा महाराज सिद्धिं परमिकां गताः

Là, les dieux et les gandharvas, ainsi que les sages riches d’austérité, accomplirent la pénitence ; et, ô grand roi, ils atteignirent la perfection suprême.

Verse 9

तत्र स्नात्वा नरो राजन्नियमस्थो जितेन्द्रियः । उपोष्य रजनीमेकां कुलानां तारयेच्छतम्

S’y étant baigné, un homme—ô roi—ferme dans ses observances et maître de ses sens, en jeûnant une seule nuit, délivrerait cent générations de sa lignée.

Verse 10

सिद्धिक्षेत्रं परं तात पर्वतो ह्यमरंकटः । सर्वदेवाश्रितो यस्मादृषिभिः परिसेवितः

Cette montagne, Amarakantaka, ô cher, est un kṣetra suprême de siddhi; car tous les devas y prennent refuge et les ṛṣis la servent avec ferveur.

Verse 11

सिद्धविद्याधरा भूतगन्धर्वाः स्थानमुत्तमम् । दृश्यादृश्याश्च राजेन्द्र सेवन्ते सिद्धिकाङ्क्षिणः

Les Siddhas, les Vidyādharas, les Bhūtas et les Gandharvas le tiennent pour une demeure excellente. Êtres visibles et invisibles, ô seigneur des rois, s’y rendent, désirant la siddhi.

Verse 12

अहं च परमं स्थानं ततः प्रभृति संश्रितः । अत्र प्रणवरूपो वै स्थाने तिष्ठत्युमापतिः

Et moi aussi, depuis lors, je me suis réfugié en cette demeure suprême. Ici même, en ce lieu, Umāpati (Śiva) demeure établi sous la forme du Praṇava sacré, Oṃ.

Verse 13

श्रीकण्ठः सगणः सर्वभूतसङ्घैर्निषेवितः । अस्माद्गिरिवराद्भूप वक्ष्ये तीर्थस्य विस्तरम्

Śrīkaṇṭha (Śiva), avec ses gaṇas, est servi par des multitudes d’êtres. Ô Roi, depuis cette montagne excellente, j’exposerai toute l’étendue du tīrtha sacré.

Verse 14

यानि सन्तीह तीर्थानि पुण्यानि नृपसत्तम । यानि यानीह तीर्थानि नर्मदायास्तटद्वये

Quels que soient les tīrthas qui se trouvent ici—saints et dispensateurs de puṇya, ô le meilleur des rois—quels que soient les tīrthas qui existent ici sur les deux rives de la Narmadā…

Verse 15

न तेषां विस्तरं वक्तुं शक्तो ब्रह्मापि भूपते । योजनानां शतं साग्रं श्रूयते सरिदुत्तमा

Ô roi, même Brahmā n’a pas la force d’en décrire pleinement l’immensité. On entend dire que la plus excellente des rivières s’étend sur un peu plus de cent yojanas.

Verse 16

विस्तरेण तु राजेन्द्र अर्धयोजनमायता । षष्टितीर्थसहस्राणि षष्टिकोट्यस्तथैव च

Mais en largeur, ô seigneur des rois, elle atteint une demi-yojana. Il y a soixante mille tīrthas, et de même soixante crores aussi.

Verse 17

पर्वतादुदधिं यावदुभे कूले न संशयः

Des montagnes jusqu’à l’océan, sur les deux rives, sans aucun doute.

Verse 18

सप्तषष्टिसहस्राणि सप्तषष्टिशतानि च । सप्तषष्टिस्तथा कोट्यो वायुस्तीर्थानि चाब्रवीत्

Soixante-sept mille, et aussi soixante-sept centaines; et de même soixante-sept crores : ainsi Vāyu énonça les tīrthas.

Verse 19

परं कृतयुगे तानि यान्ति प्रत्यक्षतां नृप । पश्यन्ति मानवाः सर्वे सततं धर्मबुद्धयः

Mais dans le Kṛta Yuga, ô roi, ces (tīrthas) deviennent directement manifestes. Tous les hommes, l’esprit constamment tourné vers le dharma, les voient sans interruption.

Verse 20

यथायथा कलिर्घोरो वर्तते दारुणो नृप । तथातथाल्पतां यान्ति हीनसत्त्वा यतो नराः

À mesure que progresse l’effroyable Kali-yuga dans sa rudesse, ô Roi, de même les hommes—car leur force intérieure décline—tombent dans une petitesse toujours plus grande de capacité et de mérite.

Verse 21

अध्याय

Chapitre (Adhyāya).

Verse 22

श्रेष्ठं दारुवनं तत्र चरुकासंगमः शुभः । उत्तरे नर्मदायास्तु चरुकेश्वरमुत्तमम्

Là se trouve le Daruvana, souverainement excellent, ainsi que l’heureuse confluence nommée Carukā-saṅgama. Sur la rive nord de la Narmadā s’élève le sanctuaire très éminent de Carukeśvara.

Verse 23

दारुकेश्वरतीर्थं च व्यतीपातेश्वरं तथा । पातालेश्वरतीर्थं च कोटियज्ञं तथैव च

S’y trouvent aussi le tīrtha de Dārukeśvara et, de même, Vyatīpāteśvara ; le tīrtha de Pātāleśvara, ainsi que le lieu sacré nommé Koṭiyajña.

Verse 24

इति चैवोत्तरे कूले रेवाया नृपसत्तम । अमरेश्वरपार्श्वे च लिङ्गान्यष्टोत्तरं शतम्

Ainsi donc, sur la rive nord de la Revā, ô le meilleur des rois, près d’Amareśvara se trouvent cent huit (108) liṅgas de Śiva.

Verse 25

वरुणेश्वरमुख्यानि सर्वपापहराणि च

Parmi eux, le plus éminent est Varuṇeśvara ; et tous ces sanctuaires anéantissent tout péché.

Verse 26

मान्धातृपुरपार्श्वे च सिद्धेश्वरयमेश्वरौ । ओङ्कारात्पूर्वभागे च केदारं तीर्थमुत्तमम्

Près de la cité de Māndhātṛ se trouvent (les sanctuaires de) Siddheśvara et Yameśvara. Et à l’est d’Oṅkāra se tient l’excellent tīrtha nommé Kedāra.

Verse 27

तत्समीपे महाराज स्वर्गद्वारमघापहम् । नाम्ना ब्रह्मेश्वरं पुण्यं सप्तसारस्वतं पुरः

Près de ce lieu, ô grand roi, se trouve Svargadvāra, qui ôte le péché ; et un saint sanctuaire nommé Brahmeśvara ; et, en avant (tout proche), Saptasārasvata.

Verse 28

रुद्राष्टकं च सावित्रं सोमतीर्थं तथैव च । एतानि दक्षिणे तीरे रेवाया भरतर्षभ

Rudrāṣṭaka, Sāvitra, et de même Soma-tīrtha : ceux-ci se trouvent sur la rive méridionale de la Revā, ô taureau parmi les Bhārata.

Verse 29

अस्मिंस्तु पर्वते तात रुद्राणां कोटयः स्थिताः । स्नानैस्तुष्टिर्भवेत्तेषां गन्धमाल्यानुलेपनैः

Sur cette montagne, mon cher, demeurent des crores de Rudra. Ils sont satisfaits par les bains (ici) et par les offrandes de parfums, de guirlandes et d’onguents.

Verse 30

प्रीतास्तेऽपि भवन्त्यत्र रुद्रा राजन्न संशयः । जपेन पापसंशुद्धिर्ध्यानेनानन्त्यमश्नुते

Ici même, les Rudra aussi se réjouissent, ô roi—sans aucun doute. Par le japa on se purifie des péchés, et par la méditation on atteint l’Infini.

Verse 31

दानेन भोगानाप्नोति इत्येवं शङ्करोऽब्रवीत् । पर्वतात्पश्चिमे देशे स्वयं देवो महेश्वरः । स्थितः प्रणवरूपोऽसौ जगदादिः सनातनः

«Par le dāna (l’aumône sacrée) on obtient les jouissances»—ainsi parla Śaṅkara. Et à l’ouest de la montagne demeure le Seigneur Maheśvara Lui-même, établi sous la forme du Praṇava (Oṃ), source primordiale et éternelle du monde.

Verse 32

तत्र स्नात्वा शुचिर्भूत्वा ब्रह्मचारी जितेन्द्रियः । पितृकार्यं प्रकुर्वीत विधिदृष्टेन कर्मणा

S’y étant baigné et devenu pur, demeurant brahmacārī et maître de ses sens, qu’il accomplisse les rites envers les ancêtres selon l’acte prescrit par l’ordonnance sacrée.

Verse 33

तिलोदकेन तत्रैव तर्पयेत्पितृदेवताः । आ सप्तमं कुलं तस्य स्वर्गे मोदति पाण्डव

Là même, avec de l’eau mêlée de sésame, qu’il rassasie les divinités ancestrales par des libations. Jusqu’à la septième génération de sa lignée se réjouit au ciel, ô Pāṇḍava.

Verse 34

आत्मना सह भोगांश्च विविधान् लभते सुखी । षष्टिवर्षसहस्राणि क्रीडते सुरपूजितः

Heureux, il obtient des jouissances variées selon son propre mérite; et, honoré par les devas, il se divertit au ciel durant soixante mille ans.

Verse 35

मोदते सुचिरं कालं पितृपूजाफलधितः । ततः स्वर्गात्परिभ्रष्टो जायते विमले कुले

Pourvu du fruit du culte rendu aux ancêtres, il se réjouit longtemps. Puis, lorsque son mérite céleste s’épuise et qu’il déchoit du ciel, il renaît dans une lignée sans tache, noble et pure.

Verse 36

धनवान्दानशीलश्च नीरोगो लोकपूजितः । पुनः स्मरति तत्तीर्थं गमनं कुरुते पुनः

Il devient riche, porté à la charité, exempt de maladie et honoré des gens. De nouveau il se souvient de ce tīrtha sacré, et de nouveau il entreprend le pèlerinage vers lui.

Verse 37

द्वितीये जन्मनि भवेद्ध्रदस्यानुचरोत्कटः । तथैव ब्रह्मचर्येण सोपवासो जितेन्द्रियः

Dans une seconde naissance, il devient un redoutable serviteur du lac (tīrtha). De même, il demeure en brahmacarya, jeûnant et maîtrisant ses sens.

Verse 38

सर्वहिंसानिवृत्तस्तु लभते फलमुत्तमम् । एवं धर्मसमाचारो यस्तु प्राणान्परित्यजेत्

Mais celui qui se détourne de toute violence obtient le fruit suprême. Et quiconque, vivant selon un tel dharma, abandonne sa vie—

Verse 39

तस्य पुण्यफलं यद्वै तन्निबोध नराधिप । शतं वर्षसहस्राणि स्वर्गे मोदति पाण्डव

Sache donc le fruit de son mérite, ô roi : durant cent mille ans il se réjouit au ciel, ô Pāṇḍava.

Verse 40

अप्सरोगणसंकीर्णे दिव्यशब्दानुनादिते । दिव्यगन्धानुलिप्ताङ्गो दिव्यालङ्कारभूषितः

Dans ce ciel rempli des troupes d’Apsarās et retentissant de sons célestes, son corps est oint de parfums divins et paré d’ornements du monde d’en haut.

Verse 41

क्रीडते दैवतैः सार्द्धं सिद्धगन्धर्वसंस्तुतः । ततः स्वर्गात्परिभ्रष्टो राजा भवति वीर्यवान्

Il se divertit avec les dieux, loué par les Siddhas et les Gandharvas. Puis, lorsque son mérite s’épuise et qu’il chute du ciel, il devient un roi puissant et vaillant.

Verse 42

हस्त्यश्वरथयानैश्च धर्मज्ञः शास्त्रतत्परः । गृहे स्तम्भशताकीर्णे सौवर्णे रजतान्विते

Il devient connaisseur du dharma, dévoué aux śāstras, pourvu de montures d’éléphants, de chevaux et de chars. Il demeure dans un palais rempli de cent colonnes, orné d’or et incrusté d’argent.

Verse 43

सप्ताष्टभूमिसुद्वारे दासीदाससमाकुले । मत्तमातङ्गनिःश्वासैर्वाजिहेषितनादितैः

Avec de splendides portails s’élevant sur sept ou huit étages, rempli de servantes et d’assistants, le lieu retentit des souffles d’éléphants enivrés et des hennissements des chevaux.

Verse 44

क्षुभ्यते तस्य तद्द्वारमिन्द्रस्य भुवनं यथा । राजराजेश्वरः श्रीमान्सर्वस्त्रीजनवल्लभः

Son propre portail bouillonne d’agitation, tel le royaume d’Indra. Il devient un seigneur éclatant parmi les rois, aimé de toutes les femmes.

Verse 45

तस्मिन्गृहे वसित्वा तु क्रीडाभोगसमन्वितः । जीवेद्वर्षशतं साग्रं सर्वव्याधिविवर्जितः

Demeurant dans cette demeure, comblé de jeux et de plaisirs, il vit cent ans révolus et davantage, exempt de toute maladie.

Verse 46

एवं तेषां भवेत्सर्वं ये मृता ह्यमरेश्वरे । अग्निप्रवेशं यः कुर्याद्भक्त्या ह्यमरकण्टके

Ainsi tout cela advient à ceux qui meurent à Amareśvara. Et celui qui, avec dévotion, entre dans le feu à Amarakantaka—

Verse 47

स मृतः स्वर्गमाप्नोति यास्यते परमां गतिम् । स्नानं दानं जपो होमः शुभं वा यदि वाशुभम्

Mourant ainsi, il atteint le ciel et s’achemine vers l’état suprême. Bain sacré, aumône, japa et homa—qu’ils soient accomplis avec une intention propice ou même autrement—

Verse 48

पुराणे श्रूयते राजन्सर्वं कोटिगुणं भवेत् । तस्यास्तीरे तु ये वृक्षाः पतिताः कालपर्यये

On entend dans les Purāṇa, ô Roi, que tout devient multiplié par un crore. Même les arbres de sa rive qui tombent lorsque le temps arrive à son terme—

Verse 49

नर्मदातोयसंस्पृष्टास्ते यान्ति परमां गतिम् । अनिवृत्तिका गतिस्तस्य पवनस्याम्बरे यथा

Touchés par les eaux de la Narmadā, ils vont au but suprême. Leur marche ne revient pas en arrière—comme le vent qui chemine dans le ciel.

Verse 50

पतनं कुरुते यस्तु तस्मिंस्तीर्थे नराधिप । कन्यास्त्रीणि सहस्राणि पाताले भोगभागिनः

Mais, ô seigneur des hommes, quiconque commet une chute morale en ce gué sacré—des milliers de jeunes vierges, dans le monde souterrain, deviennent compagnes de ses jouissances.

Verse 51

तिष्ठन्ति भवने तस्य प्रेषणे प्रार्थयन्ति च । दिव्यभोगैः सुसम्पन्नः क्रीडते कालम्

Elles demeurent dans son palais, attendent son ordre et le supplient aussi. Comblé de jouissances divines, il passe son temps dans la joie.

Verse 52

पृथिव्यां ह्यासमुद्रायां तादृशो नैव जायते । यादृशोऽयं नरश्रेष्ठ पर्वतोऽमरकण्टकः

Ô le meilleur des hommes, sur cette terre—avec ses océans—il ne naît point de montagne semblable à celle-ci : l’admirable Amarakanṭaka.

Verse 53

तत्र तीर्थं तु विज्ञेयं पर्वतस्यानु पश्चिमे । ह्रदो जालेश्वरो नाम त्रिषु लोकेषु विश्रुतः

Là, à l’ouest de la montagne, il faut connaître un saint tīrtha : un lac nommé Jāleśvara, renommé dans les trois mondes.

Verse 54

तत्र पिण्डप्रदानेन सन्ध्योपासनकेन तु । पितरो द्वादशाब्दानि तर्पितास्तु भवन्ति वै

Là, par l’offrande des piṇḍas et par l’adoration du sacré sandhyā, les ancêtres sont, en vérité, rassasiés pour douze années.

Verse 55

दक्षिणे नर्मदातीरे कपिला तु महानदी । सरलार्जुनसंछन्ना खदिरैरुपशोभिता

Sur la rive méridionale de la Narmadā se trouve le grand fleuve Kapilā, ombragé de sarala et d’arjuna, et embelli par les khadira.

Verse 56

माधवीसल्लकीभिश्च वल्लीभिश्चाप्यलंकृता । श्वापदैर्गर्जमानैश्च गोमायुवानरादिभिः

Il est paré de lianes de mādhavī et de sallakī, ainsi que de maintes vignes, et il retentit des cris des bêtes sauvages—chacals, singes et autres.

Verse 57

पक्षिजातिविशेषैश्च नित्यं प्रमुदिता नृप । साग्रं कोटिशतं तत्र ऋषीणामिति शुश्रुम

Ô roi, il se réjouit sans cesse de maintes espèces d’oiseaux; et nous avons entendu dire qu’il s’y trouve plus de cent koṭis de ṛṣi.

Verse 58

तपस्तप्त्वा गतं मोक्षं येषां जन्म न चागमः । येन तत्र तपस्तप्तं कपिलेन महात्मना

Après avoir pratiqué l’ascèse, ils atteignirent la mokṣa, et pour eux il n’y eut plus de retour à la naissance. C’est là que le magnanime Kapila accomplit ses austérités.

Verse 59

तत्र तच्चाभवत्तीर्थं पुण्यं सिद्धनिषेवितम् । येन सा कापिलैस्तात सेविता ऋषिभिः पुरा

Là, ce lieu devint un tīrtha sacré—méritoire et fréquenté par les siddha—car jadis il fut honoré et visité par les sages de Kapila, ô cher, ainsi que par d’autres ṛṣi.

Verse 60

तेन सा कपिला नाम गीता पापक्षयंकरी । तत्र कोटिशतं साग्रं तीर्थानाममरेश्वरे

C’est pourquoi on la célèbre sous le nom de « Kapilā », celle qui détruit les péchés. Là, à Amareśvara, se trouvent plus de cent koṭis de tīrthas.

Verse 61

अहोरात्रोषितो भूत्वा मुच्यते सर्वकिल्बिषैः । दानं च विधिवद्दत्त्वा यथाशक्त्या द्विजोत्तमे

Celui qui y demeure un jour et une nuit est délivré de toutes les fautes. Et après avoir offert le dāna selon le rite, selon ses moyens, à un brāhmaṇa éminent—

Verse 62

ईश्वरानुग्रहात्सर्वं तत्र कोटिगुणं भवेत् । यस्मादनक्षरं रूपं प्रणवस्येह भारत

Par la grâce du Seigneur, tout ce qui est accompli là devient multiplié d’un koṭi, ô Bhārata ; car en ce lieu est présente la forme impérissable du Praṇava, le Oṃ.

Verse 63

शिवस्वरूपस्य ततः कृतमात्राक्षरं भवेत् । तिर्यञ्चः पशवश्चैव वृक्षा गुल्मलतादयः

Ainsi, même la simple émission d’une seule syllabe (du Praṇava) devient communion avec la nature même de Śiva. Même les oiseaux et les bêtes, et aussi les arbres, les arbustes, les lianes et autres, y sont élevés.

Verse 64

तेऽपि तत्र क्षयं याताः स्वर्गं यान्ति न संशयः । विशल्या तत्र या प्रोक्ता तत्रैव तु महानदी

Eux aussi, lorsqu’ils y rencontrent leur fin, vont au ciel, sans aucun doute. Et là même se trouve le lieu nommé Viśalyā, sur ce grand fleuve.

Verse 65

स्नात्वा दत्त्वा यथान्यायं तत्रापि सुकृती भवेत् । तत्र देवगणाः सर्वे सकिन्नरमहोरगाः

Après s’être baigné et avoir fait des dons en ce lieu selon la règle juste, on devient riche en mérite. Là se tiennent toutes les cohortes des dieux, avec les Kinnaras et les grands serpents.

Verse 66

यक्षराक्षसगन्धर्वा ऋषयश्च तपोधनाः । सर्वे समागतास्तां वै पश्यन्ति ह्यमरेश्वरे

Yakṣas, Rākṣasas, Gandharvas, et les ṛṣis riches d’austérités : tous s’assemblent et contemplent ce lieu sacré à Amareśvara.

Verse 67

तैश्च सर्वैः समागम्य वन्दितौ तौ शुभौ कटौ । पुरा युगे महाघोरे सर्वलोकभयंकरे

Et lorsque tous se furent rassemblés, ces deux rives auspiciées furent vénérées. Dans un âge ancien, extrêmement terrible et redoutable pour tous les mondes, (cette grandeur fut établie).

Verse 68

नर्मदायाः सुतस्तत्र सशल्यो विशलीकृतः । सर्वदेवैश्च ऋषिभिर्विशल्या तेन सा स्मृता

Là, le fils de Narmadā, qui portait en lui une pointe de flèche, fut rendu « sans flèche », guéri. C’est pourquoi, par tous les dieux et les ṛṣis, elle/ce lieu est commémoré sous le nom de Viśalyā.

Verse 69

युधिष्ठिर उवाच । उत्पन्ना तु कथं तात विशल्या कपिला कथम् । कथं वा नर्मदापुत्रः शल्ययुक्तोऽभवन्मुने

Yudhiṣṭhira dit : Comment, vénérable père, Viśalyā est-elle née ? Et comment (la vache) Kapilā advint-elle ? Et comment, ô muni, le fils de Narmadā se trouva-t-il atteint d’une pointe de flèche fichée en lui ?

Verse 70

आश्चर्यभूतं लोकस्य श्रोतुमिच्छामि सुव्रत

Je désire entendre ce récit, merveille pour le monde, ô toi aux vœux excellents.

Verse 71

श्रीमार्कण्डेय उवाच । पुरा दाक्षायणी नाम सहिता शूलपाणिना । क्रीडित्वा नर्मदातोये परया च मुदा नृप

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Jadis, Dākṣāyaṇī, avec Śūlapāṇi (Śiva), se divertit dans les eaux de la Narmadā avec une joie suprême, ô roi.

Verse 72

जलादुत्तीर्य सहसा वस्त्रमन्यत्समाहरत् । देव्यास्तु स्नानवस्त्रं तत्पीडितं लीलया नृप

Ô roi, étant sorti soudainement de l’eau, il prit aussitôt un autre vêtement ; et l’étoffe de bain de la Déesse fut essorée en jeu.

Verse 73

सहितानुचरीभिस्तु इन्द्रायुधनिभं भृशम् । तस्मिन्निष्पीड्यमाने तु वारि यन्निःसृतं तदा

Et avec ses suivantes, elle l’essorait avec force, éclatant comme l’arc d’Indra ; et alors apparut l’eau qui s’en écoulait.

Verse 74

तस्मादियं सरिज्जज्ञे कपिलाख्या महानदी । संयोगादङ्गरागस्य वस्त्रोद्यत्कपिलं जलम्

De là naquit cette rivière, le grand fleuve nommé Kapilā. Par le mélange de l’onguent du corps et de l’étoffe, l’eau prit une teinte fauve.

Verse 75

गलितं तेन कपिला वर्णतो नामतोऽभवत् । तथा गन्धरसैर्युक्तं नानापुष्पैस्तु वासितम्

Ainsi, en s’écoulant, elle devint « Kapilā », par la couleur comme par le nom. Elle était aussi pourvue de parfum et d’essence, embaumée par maintes sortes de fleurs.

Verse 76

नानावर्णारुणं शुभ्रं वस्त्राद्यद्वारि निःसृतम् । पीड्यमानं करैः शुभ्रैस्तैस्तु पल्लवकोमलैः

L’eau qui s’échappa du tissu parut de maintes couleurs—roussâtre et éclatante. Elle était essorée par des mains claires, tendres comme de jeunes pousses.

Verse 77

कपिलं जलमिश्रैस्तु तस्मादेषा सरिद्वरा । कपिला चोच्यते तज्ज्ञैः पुराणार्थविशारदैः

Ainsi, parce que ses eaux étaient mêlées d’une teinte fauve, cette rivière excellente est appelée « Kapilā » par les sages connaisseurs, experts du sens des Purāṇa.

Verse 78

एषा वै वस्त्रसम्भूता नर्मदातोयसम्भवा । महापुण्यतमा ज्ञेया कपिला सरिदुत्तमा

Cette Kapilā, en vérité, naquit d’un tissu et prit naissance des eaux de la Narmadā. Sache qu’elle est la plus méritoire : Kapilā, la meilleure des rivières.