
L’Adhyāya 182 rapporte, par la narration de Mārkaṇḍeya, l’origine de Bhṛgukaccha sur la rive nord de la Revā. Le ṛṣi Bhṛgu, accompagné de Śrī/Lakṣmī, s’approche de Kūrma-avatāra (l’Incarnation Tortue) et demande l’autorisation d’établir une communauté fondée sur le chāturvidya ; Kūrma acquiesce et prédit une cité durable portant un nom lié au sien. Le texte situe ensuite le kṣetra avec précision (période de Māgha, conditions lunaires et astrales favorables) et par des repères topographiques (rive nord, eaux profondes, association à Koṭitīrtha), puis décrit l’ordonnancement social selon les fonctions des varṇa dans l’établissement naissant. Un différend éclate lorsque Lakṣmī part au devaloka et confie à Bhṛgu une « clé et serrure » (kūñcikā-ṭṭāla) ; à son retour, la propriété est contestée. Les brahmanes appelés à trancher se taisent par crainte de la colère de Bhṛgu et proposent une règle de procédure : le droit revient à celui qui détient la serrure. Lakṣmī répond par une malédiction visant le savoir, la stabilité et la clarté éthique des dvija, imputant cette défaillance à l’avidité et à l’abandon de la vérité. Bhṛgu, affligé, apaise Śaṅkara ; Śiva réinterprète le lieu comme un « krodha-sthāna » (lieu de la colère) tout en assurant que, par grâce divine, les brahmanes futurs retrouveront l’érudition, et il élève le site au rang de Koṭitīrtha, capable de détruire les péchés. Śiva énonce ensuite les rites et leurs mérites : le bain (snāna) et le culte (pūjā) donnent des fruits comparables aux grands sacrifices ; le tarpaṇa profite aux ancêtres ; l’abhiṣeka avec lait, caillé, ghee et miel promet une demeure céleste ; les dons et observances lors d’événements célestes tels qu’une éclipse solaire sont loués ; et les vœux, le renoncement, voire la mort dans le kṣetra, conduisent à des issues posthumes favorables. Śiva déclare sa résidence permanente en ce lieu avec Ambikā (Soubhāgya-sundarī), tandis que Bhṛgu part finalement pour Brahmaloka. Le chapitre se clôt en réaffirmant la vertu purificatrice du récit et la phalaśruti pour ceux qui l’écoutent.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततो भृगुः श्रिया चैव समेतः कच्छपं गतः । अभिनन्द्य यथान्यायमुवाच वचनं शुभम्
Śrī Mārkaṇḍeya dit : Alors Bhṛgu, accompagné de Śrī, se rendit auprès de Kacchapa. L’ayant salué selon le rite convenable, il prononça des paroles de bon augure.
Verse 2
त्वया धृता धरा सर्वा तथा लोकाश्चराचराः । तथैव पुण्यभावत्वात्स्थितस्तत्र महामते
Par toi est soutenue la Terre entière, ainsi que tous les mondes, mobiles et immobiles. Et par ta nature sainte, ô grand d’esprit, tu demeures là solidement établi.
Verse 3
चातुर्विद्यस्य संस्थानं करोमि रमया सह । यदि त्वं मन्यसे देव तदादेशय मां विभो
Avec Ramā, je souhaite établir un siège pour le savoir quadruple. Si tu l’agrées, ô Deva, alors commande-moi, ô Seigneur.
Verse 4
कूर्म उवाच । एवमेव द्विजश्रेष्ठ मम नामाङ्कितं पुरम् । भविष्यति महत्कालं ममोपरि सुसंस्थितम्
La Tortue dit : «Ainsi soit-il, ô meilleur des deux-fois-nés : une cité portant mon nom adviendra. Pendant un très long temps, elle demeurera solidement établie au-dessus de moi».
Verse 5
अचलं सुस्थिरं तात न भीः कार्या सुलोचने । एतच्छ्रुत्वा शुभं वाक्यं कच्छपस्य मुखाच्च्युतम्
«Elle sera immobile et parfaitement stable, mon enfant ; ô toi aux beaux yeux, n’aie point de crainte». Ayant entendu ces paroles de bon augure sorties de la bouche de la Tortue…
Verse 6
हृष्टस्तुष्टः श्रिया सार्द्धं पद्मयोनिसुतो भृगुः । अभीचि उदये प्राप्ते कृतकौतुकमङ्गलः
Alors Bhṛgu — fils du Né-du-Lotus (Brahmā) —, joyeux et pleinement comblé, avec Śrī (Lakṣmī), lorsque survint l’instant propice de l’élévation d’Abhīci, accomplit les rites de consécration festive et les cérémonies de bon augure.
Verse 7
नन्दने वत्सरे माघे पञ्चम्यां भरतर्षभ । शस्ते तु ह्युत्तरायोगे कुम्भस्थे शशिमण्डले
En l’année Nandana, au mois de Māgha, au cinquième jour lunaire—ô taureau parmi les Bharata—à l’heure faste de l’uttarāyaṇa, la Lune demeurant en Kumbha (Verseau)…
Verse 8
रेवाया उत्तरे तीरे गम्भीरे चाभिवारुणि । प्रागुदक्प्रवणे देशे कोटितीर्थसमन्वितम्
Sur la rive nord de la Revā (Narmadā), en un lieu profond et abondant en eaux, dans une contrée inclinée vers l’est et vers les eaux—pourvue de « crores de tīrtha », d’innombrables gués sacrés.
Verse 9
क्रोशप्रमाणं तत्क्षेत्रं प्रासादशतसंकुलम् । अचिरेणैव कालेन तपोबलसमन्वितः । विचिन्त्य विश्वकर्माणं चकार भृगुसत्तमः
Ce kṣetra sacré s’étendait sur un krośa et foisonnait de centaines de temples. En peu de temps, muni de la force du tapas, l’éminent ṛṣi Bhṛgu, après avoir invoqué et médité Viśvakarman, en fit accomplir la construction.
Verse 10
ब्राह्मणा वेदविद्वांसः क्षत्रिया राज्यपालकाः । वैश्या वृत्तिरतास्तत्र शूद्राः शुश्रूषकास्त्रिषु
Là, les brāhmaṇa étaient savants dans les Veda ; les kṣatriya protégeaient le royaume ; les vaiśya s’appliquaient à leurs métiers ; et les śūdra rendaient service comme serviteurs des trois (varṇa supérieurs).
Verse 11
एवं श्रिया वृतं क्षेत्रं परमानन्दनन्दितम् । निर्मितं भृगुणा तात सर्वपातकनाशनम् । इति भृगुकच्छोत्पत्तिः
Ainsi, ce kṣetra, entouré de Śrī—prospérité et auspice—et réjouissant la béatitude suprême, fut établi par Bhṛgu, ô cher enfant, destructeur de tout péché. Ainsi s’achève le récit de l’origine de Bhṛgukaccha.
Verse 12
मार्कण्डेय उवाच । ततः कालेन महता कस्मिंश्चित्कारणान्तरे । देवलोकं जगामाशु लक्ष्मीरृषिसमागमे
Mārkaṇḍeya dit : «Puis, après un long temps, par une cause survenue entre-temps, Lakṣmī se rendit promptement au monde des dieux, lors d’une assemblée de ṛṣi».
Verse 13
समर्प्य कुञ्चिकाट्टालं भृगवे ब्रह्मवादिने । पालयस्व यथार्थं वै स्थानकं मम सुव्रत
Remettant à Bhṛgu, le proclamateur du brahman (la vraie doctrine), les clefs et la garde du portail, elle dit : «Protège, selon le dharma véritable, ma demeure, ô toi aux vœux excellents».
Verse 14
देवकार्याण्यशेषाणि कृत्वा श्रीः पुनरागता । आजगाम रमा देवी भृगुकच्छं त्वरान्विता
Ayant accompli sans rien omettre toutes les œuvres des dieux, Śrī (Ramā) revint de nouveau ; la déesse Ramā arriva à Bhṛgukaccha, pressée.
Verse 15
प्रार्थितं कुञ्चिकाट्टालं स्वगृहं सपरिग्रहम् । भृगुर्यदा तदा पार्थ मिथ्या नास्ति तदा वदत
«La clef et le verrou, et la maison avec tout ce qui lui appartient : lorsque Bhṛgu l’affirme ainsi, alors, ô roi, déclare : “Ce n’est pas mensonge.”»
Verse 16
एव विवादः सुमहान्संजातश्च नरेश्वर । ममेति मम चैवेति परस्परसमागमे
Ainsi, ô seigneur des hommes, naquit un très grand différend, lorsque les deux parties se rencontrèrent, s’écriant : «À moi ! Oui, à moi !».
Verse 17
ततः कालेन महता भृगुणा परमर्षिणा । चातुर्विद्यप्रमाणार्थं चकार महतीं स्थितिम्
Puis, après un long temps, le suprême ṛṣi Bhṛgu institua une grande procédure solennelle, afin d’établir une règle de preuve fondée sur le quadruple savoir.
Verse 18
अस्मदीयं यथा सर्वं नगरं मृगलोचने । चातुर्विद्या द्विजाः सर्वे तथा जानन्ति सुन्दरि
«Ô belle aux yeux de biche, de même que l’on dit que toute cette cité est à nous, ainsi le comprennent tous les dvija—les deux-fois-nés, versés dans le quadruple savoir—ô gracieuse.»
Verse 19
श्रीरुवाच । प्रमाणं मम विप्रेन्द्र चातुर्वण्या न संशयः । मदीयं वा त्वदीयं वा कथयन्तु द्विजोत्तमाः
Śrī dit : «Ô meilleur des brāhmaṇa, les quatre varṇa sont mes témoins ; il n’y a là aucun doute. Que les plus éminents dvija déclarent si cela est à moi ou à toi.»
Verse 20
ततः समस्तैर्विबुधैः सम्प्रधार्य परस्परम् । द्विधा तैर्वाक्स्थलं दृष्ट्वा ब्राह्मणा नृपसंहितम्
Alors tous les sages délibérèrent entre eux ; et les brāhmaṇa, après avoir examiné l’affaire des deux côtés, rendirent leur verdict dans l’assemblée du roi.
Verse 21
अष्टादशसहस्राणि नोचुर्वै किंचिदुत्तरम् । अष्टादशसहस्रेषु भृगुकोपभयान्नृप । उक्तं च तालकं हस्ते यस्य तस्येदमुत्तरम्
Dix-huit mille d’entre eux ne dirent aucune réponse. Et parmi ces dix-huit mille, ô roi, par crainte de la colère de Bhṛgu, ils déclarèrent : «Celui qui tient le verrou dans sa main—tel est le verdict en sa faveur.»
Verse 22
एतच्छ्रुत्वा तु सा देवी निगमं नैगमैः कृतम् । क्रोधेन महताविष्टा शशाप द्विजपुंगवान्
Ayant entendu cela — cette « décision faisant autorité » façonnée par les savants — la Déesse, saisie d’une immense colère, maudit ces brāhmanes éminents.
Verse 23
श्रीदेव्युवाच । यस्मात्सत्यं समुत्सृज्य लोभोपहतमानसैः । मदीयं लोपितं स्थानं तस्माच्छृण्वन्तु मे गिरम्
La Déesse Śrī dit : « Parce qu’ayant rejeté la vérité, l’esprit frappé par l’avidité, vous avez effacé ma place légitime, qu’ils entendent donc ma parole ».
Verse 24
त्रिपौरुषा भवेद्विद्या त्रिपुरुषं न भवेद्धनम् । न द्वितीयस्तु वो वेदः पठितो भवति द्विजाः
«Le savoir ne durera que trois générations, mais la richesse ne subsistera pas même pour trois hommes. Et vous, ô deux-fois-nés, vous n’étudierez pas un second Veda».
Verse 25
गृहाणि न द्विभौमानि न च भूतिः स्थिरा द्विजाः । पक्षपातेन वो धर्मो न च निःश्रेयभावतः
«Vos maisons ne seront pas solidement établies sur deux niveaux, et votre prospérité ne sera pas stable, ô deux-fois-nés. Votre dharma suivra le parti pris et la partialité, non la visée du bien suprême (niḥśreyasa)».
Verse 26
इष्टो गोत्रजनः कश्चिल्लोभेनावृतमानसः । न च द्वैधं परित्यज्य ह्येकं सत्यं भविष्यति
«Même un parent chéri, l’esprit voilé par l’avidité, se dressera. Et sans renoncer à la duplicité, une unique vérité stable ne pourra advenir».
Verse 27
अद्यप्रभृति सर्वेषामहङ्कारो द्विजन्मनाम् । न पिता पुत्रवाक्येन न पुत्रः पितृकर्मणि
Dès ce jour, l’orgueil s’attachera à tous les deux-fois-nés. Le père n’écoutera plus l’avis du fils, et le fils n’accomplira plus les devoirs du père.
Verse 28
अहङ्कारकृताः सर्वे भविष्यन्ति न संशयः । इति शप्त्वा रमादेवी तदैव च दिवं ययौ
Tous seront mus par l’ego—il n’y a là aucun doute. Ayant ainsi proféré la malédiction, Ramā Devī s’en alla aussitôt vers le ciel.
Verse 29
ततो गतायां वै लक्ष्म्यां देवा ब्रह्मर्षयोऽमलाः । क्रोधलोभमिदं स्थानं तेऽपि चोक्त्वा दिवं ययुः
Puis, lorsque Lakṣmī fut partie, les dieux sans tache et les brahmarṣis dirent : «Ce lieu est rempli de colère et d’avidité», et eux aussi gagnèrent le ciel.
Verse 30
गतां दृष्ट्वा ततो देवीमृषींश्चैव तपोधनान् । भृगुश्च परमेष्ठी स विषादमगमत्परम् । प्रसादयामास पुनः शङ्करं त्रिपुरान्तकम्
Voyant que la Déesse était partie, ainsi que les rishis riches d’ascèse, Bhṛgu, cet être sublime, tomba dans une profonde affliction. Puis il s’efforça de nouveau d’apaiser Śaṅkara, le destructeur de Tripura.
Verse 31
तपसा महता पार्थ ततस्तुष्टो महेश्वरः । उवाच वचनं काले हर्षयन् भृगुसत्तमम्
Ô Pārtha, satisfait par une grande ascèse, Maheśvara, en temps voulu, prononça des paroles qui réjouirent Bhṛgu, le meilleur des rishis.
Verse 32
किं विषण्णोऽसि विप्रेन्द्र किं वा सन्तापकारणम् । मयि प्रसन्नेऽपि तव ह्येतत्कथय मेऽनघ
«Pourquoi es-tu abattu, ô le meilleur des brahmanes ? Quelle est la cause de ton tourment ? Bien que Je sois satisfait de toi, dis-le-Moi, ô irréprochable.»
Verse 33
भृगुरुवाच । शापयित्वा द्विजान्सर्वान्पुरा लक्ष्मीर्विनिर्गता । अपवित्रमिदं चोक्त्वा ततो देवा विनिर्गताः
Bhṛgu dit : «Autrefois, après avoir maudit tous les deux-fois-nés, Lakṣmī s’en alla. Puis les devas s’en allèrent aussi, en déclarant : “Ceci est impur”.»
Verse 34
ईश्वर उवाच । पुरा मया यथा प्रोक्तं तत्तथा न तदन्यथा । क्रोधस्थानमसंदेहं तथान्यदपि तच्छृणु
Īśvara dit : «Comme Je l’ai proclamé jadis, ainsi en est-il, et jamais autrement. Ce lieu est, sans aucun doute, le Siège de la Colère ; et écoute encore une autre chose à son sujet.»
Verse 35
तत्र स्थानसमुद्भूता महद्भयविवर्जिताः । ब्राह्मणा मत्प्रसादेन भविष्यन्ति न संशयः
Là, nés du lieu sacré lui-même, des brāhmaṇas surgiront, délivrés de la grande crainte, par Ma grâce ; de cela il n’y a aucun doute.
Verse 36
वेदविद्याव्रतस्नाताः सर्वशास्त्रविशारदाः । येऽपि ते शतसाहस्रास्त्वरिता ह्यागतास्त्विह
Ceux qui connaissent les Vedas et les disciplines, qui ont accompli les vœux et les bains sacrés, et qui sont versés dans tous les śāstras — même ces centaines de milliers — sont venus ici en hâte, assurément.
Verse 37
अपठस्यापि मूर्खस्य सर्वावस्थां गतस्य च । उत्तरादुत्तरं शक्रो दातुं न तु भृगूत्तम
Même à l’ignorant, même au sot, même à celui qui est tombé en tous états, Indra ne peut accorder des grâces toujours plus élevées ; mais toi, ô le meilleur des Bhṛgu, tu peux donner ce qui est plus haut encore.
Verse 38
कोटितीर्थमिदं स्थानं सर्वपापप्रणाशनम् । अद्यप्रभृति विप्रेन्द्र भविष्यति न संशयः
Ce lieu sera nommé Koṭitīrtha, destructeur de tous les péchés. À partir de ce jour, ô le plus éminent des brāhmaṇas, il en sera ainsi, sans aucun doute.
Verse 39
मत्प्रसादाद्देवगणैः सेवितं च भविष्यति । भृगुक्षेत्रे मृता ये तु कृमिकीटपतंगकाः
Par Ma grâce, il sera aussi fréquenté et honoré par des multitudes de dieux. Et quant à ces vers, insectes et créatures ailées qui meurent en Bhṛgukṣetra…
Verse 40
वासस्तेषां शिवे लोके मत्प्रसादाद्भविष्यति । वृषखाते नरः स्नात्वा पूजयित्वा महेश्वरम्
Par Ma grâce, leur demeure sera dans le monde de Śiva. Et l’homme qui se baigne à Vṛṣakhāta et vénère Maheśvara…
Verse 41
सर्वमेधस्य यज्ञस्य फलं प्राप्नोत्यसंशयम् । भृगुतीर्थे नरः स्नात्वा तर्पयेत्पितृदेवताः
…obtient assurément le fruit du sacrifice du Sarvamedha. Après s’être baigné à Bhṛgutīrtha, l’homme doit offrir le tarpaṇa aux Pitṛs et aux divinités.
Verse 42
तस्य ते द्वादशाब्दानि शान्तिं गच्छन्ति तर्पिताः । दधिक्षीरेण तोयेन घृतेन मधुना सह
Ainsi rassasiés, les Pitṛs atteignent la paix durant douze années. (Le tarpaṇa peut être offert) avec de l’eau mêlée de caillé et de lait, avec du ghee, et aussi avec du miel.
Verse 43
ये स्नपन्ति विरूपाक्षं तेषां वासस्त्रिविष्टपे । मत्प्रसादाद्द्विजश्रेष्ठ सर्वदेवानुसेवितम्
Ceux qui baignent (et accomplissent l’ablution rituelle) de Virūpākṣa, leur demeure est en Triviṣṭapa (le ciel). Par Ma grâce, ô meilleur des dvijas, c’est un royaume honoré par le service de tous les dieux.
Verse 44
भविष्यति भृगुक्षेत्रं कुरुक्षेत्रादिभिः समम् । मार्तण्डग्रहणे प्राप्ते यवं कृत्वा हिरण्मयम्
Bhṛgukṣetra deviendra égal en sainteté à Kurukṣetra et aux autres champs sacrés renommés. Lors d’une éclipse du Soleil, qu’on façonne de l’orge en offrande, faite d’or.
Verse 45
दत्त्वा शिरसि यः स्नाति भृगुक्षेत्रे द्विजोत्तम । अविचारेण तं विद्धि संस्नातं कुरुजाङ्गले
Ô meilleur des dvijas, celui qui se baigne à Bhṛgukṣetra après avoir posé l’offrande requise sur sa tête, sache-le sans hésitation : il s’est réellement baigné à Kurujāṅgala (Kurukṣetra).
Verse 46
अहं चैव वसिष्यामि अम्बिका च मम प्रिया । सर्वदुःखापहा देवी नाम्ना सौभाग्यसुन्दरी
Moi aussi, je demeurerai ici, avec Ambikā, mon aimée. Cette Déesse, qui ôte toutes les souffrances, est renommée sous le nom de Saubhāgyasundarī.
Verse 47
वसिष्यामि तया देव्या सहितो भृगुकच्छके । एवमुक्त्वा स्थितो देवो भृगुकच्छेऽम्बिका तथा
«Je demeurerai à Bhṛgukaccha avec cette Déesse.» Ayant ainsi parlé, le Seigneur demeura à Bhṛgukaccha, et Ambikā y demeura aussi.
Verse 48
भृगुस्तु स्वपुरं प्रायाद्ब्रह्मघोषनिनादितम् । ऋग्यजुःसामघोषेण ह्यथर्वणनिनादितम्
Alors Bhṛgu se rendit dans sa propre cité, retentissante de la récitation védique : des chants du Ṛg, du Yajus et du Sāman, et résonnant aussi des hymnes de l’Atharvan.
Verse 49
तत्र तीर्थे तु यः स्नात्वा वृषमुत्सृजते नरः । स याति शिवसायुज्यमित्येवं शङ्करोऽब्रवीत्
En ce tīrtha, l’homme qui s’y baigne puis relâche un taureau en don sacré atteint l’union avec Śiva ; ainsi parla Śaṅkara.
Verse 50
तत्र तीर्थे तु यः स्नात्वा चैत्रे मासि समाचरेत् । दद्याच्च लवणं विप्रे पूज्य सौभाग्यसुन्दरीम्
En ce tīrtha, quiconque s’y baigne et accomplit dûment l’observance au mois de Caitra doit offrir du sel en aumône à un brāhmaṇa et vénérer Saubhāgyasundarī.
Verse 51
गोभूहिरण्यं विप्रेभ्यः प्रीयेतां ललिताशिवौ । न दुःखं दुर्भगत्वं च वियोगं पतिना सह
En offrant aux brāhmaṇas des vaches, des terres et de l’or, que Lalitā et Śiva soient satisfaits. Alors il n’y aura ni peine, ni malchance, ni séparation d’avec l’époux.
Verse 52
प्राप्नोति नारी राजेन्द्र भृगुतीर्थाप्लवेन च । यस्तु नित्यं भृगुं देवं पश्येद्वै पाण्डुनन्दन
Ô seigneur des rois, une femme aussi obtient ces grâces en se baignant au Bhṛgu-tīrtha. Et quiconque, chaque jour, contemple le divin Bhṛgu—ô fils de Pāṇḍu—
Verse 53
आ ब्रह्मसदनं यावत्तत्रस्थैर्दैवतैः सह । यत्फलं समवाप्नोति तच्छृणुष्व नृपोत्तम
Jusqu’à la demeure même de Brahmā—avec les divinités qui y résident—quel que soit le fruit qu’il obtient, écoute-le, ô meilleur des rois.
Verse 54
सुवर्णशृङ्गीं कपिलां पयस्विनीं साध्वीं सुशीलां तरुणीं सवत्साम् । दत्त्वा द्विजे सर्वव्रतोपपन्ने फलं च यत्स्यात्तदिहैव नूनम्
Ayant donné à un Brāhmane—accompli dans toutes les observances sacrées—une vache fauve aux cornes d’or, riche de lait, douce, de bonne nature, jeune et avec son veau, le mérite issu de ce don est assurément obtenu ici même.
Verse 55
समाः सहस्राणि तु सप्त वै जले म्रियेल्लभेद्द्वादशवह्निमध्ये । त्यजंस्तनुं शूरवृत्त्या नरेन्द्र शक्रातिथ्यं याति वै मर्त्यधर्मा
Ô roi, le mortel qui, selon le dharma du guerrier, quitte son corps—qu’il meure dans l’eau durant sept mille ans, ou au milieu de douze feux—obtient l’honneur d’être l’hôte de Śakra (Indra).
Verse 56
आख्यानमेतच्च सदा यशस्यं स्वर्ग्यं धन्यं पुत्र्यमायुष्यकारि । शृण्वंल्लभेत्सर्वमेतद्धि भक्त्या पर्वणि पर्वण्याजमीढस्सदैव
Ce récit sacré est à jamais dispensateur de renommée, donateur du ciel, auspice, accordant la descendance et prolongeant la vie. Celui qui l’écoute avec dévotion—surtout aux fêtes et aux temps sacrés—obtient vraiment tous ces fruits, ô descendant d’Ajamīḍha.
Verse 57
संन्यासं कुरुते यस्तु भृगुतीर्थे विधानतः । स मृतः परमं स्थानं गच्छेद्वै यच्च दुर्लभम्
Celui qui embrasse le saṃnyāsa à Bhṛgutīrtha selon la règle prescrite, à sa mort atteint la Demeure suprême, si difficile à obtenir.
Verse 58
एतच्छ्रुत्वा भृगुश्रेष्ठो देवदेवेन भाषितम् । प्रहृष्टवदनो भूत्वा तत्रैव संस्थितो द्विजः
Entendant ces paroles dites par le Dieu des dieux, le plus éminent des Bhṛgu rayonna de joie et demeura là même, ce sage deux-fois-né.
Verse 59
तिरोभावं गते देवे भृगुः श्रेष्ठो द्विजोत्तमः । स्वमूर्ति तत्र मुक्त्वा तु ब्रह्मलोकं जगाम ह
Quand la Divinité disparut aux regards, l’excellent Bhṛgu, le plus éminent des deux-fois-nés, abandonnant là son corps, s’en alla vers Brahmaloka.
Verse 60
भृगुकच्छस्य चोत्पत्तिः कथिता तव पाण्डव । संक्षेपेण महाराज सर्वपामप्रणाशनी
Ô Pāṇḍava, ô grand roi, je t’ai exposé brièvement l’origine de Bhṛgukaccha — un récit sacré qui anéantit toute faute et toute affliction.
Verse 61
एतत्पुण्यं पापहरं क्षेत्रं देवेन कीर्तितम् । चतुर्युगसहस्रेण पितामहदिनं स्मृतम्
Ce kṣetra sacré, qui efface le péché, a été proclamé par le Deva ; et l’on se souvient qu’un « jour de Pitāmaha (Brahmā) » se compose de mille cycles des quatre yuga.
Verse 62
प्राप्ते ब्रह्मदिने विप्रा जायते युगसम्भवः । न पश्यामि त्विदं क्षेत्रमिति रुद्रः स्वयं जगौ
Ô brāhmanes, lorsque vient le jour de Brahmā, les yuga renaissent à nouveau ; pourtant Rudra lui-même déclara : «Même alors, ce kṣetra sacré ne cesse point d’être sous mon regard».
Verse 63
यः शृणोति त्विदं भक्त्या नारी वा पुरुषोऽपि वा । स याति परमं लोकमिति रुद्रः स्वयं जगौ
Quiconque écoute ceci avec dévotion—femme ou homme—atteint le monde suprême ; ainsi Rudra lui-même l’a proclamé.
Verse 64
देवखाते नरः स्नात्वा पिण्डदानादिसत्क्रियाम् । यां करोति नृपश्रेष्ठ तामक्षयफलां विदुः
Ô meilleur des rois, tout acte méritoire qu’un homme accomplit—telle l’offrande des piṇḍa et autres observances sacrées—après s’être baigné à Devakhāta, est tenu pour porter un fruit impérissable.
Verse 65
य इमं शृणुयाद्भक्त्या भृगुकच्छस्य विस्तरम् । कोटितीर्थफलं तस्य भवेद्वै नात्र संशयः
Quiconque, avec dévotion, écoute ce récit détaillé de Bhṛgukaccha, obtient un mérite égal au fruit de millions de tīrtha ; il n’y a là aucun doute.
Verse 182
अध्याय
Chapitre (intitulé).