Adhyaya 35
Vayaviya SamhitaUttara BhagaAdhyaya 3585 Verses

प्रणवविभागः—वेदस्वरूपत्वं लिङ्गे च प्रतिष्ठा (The Division of Oṃ, Its Vedic Forms, and Its Placement in the Liṅga)

L’Adhyāya 35 présente un exposé mytho-doctrinal, d’allure technique, sur le Pranava (Oṃ) comme signe sonore primordial de Brahman/Śiva et semence de la révélation védique. Upamanyu raconte la manifestation d’un son résonnant marqué par ‘Oṃ’, d’abord incompris par Brahmā et Viṣṇu à cause de la force d’obscurcissement de rajas et tamas. La syllabe unique est ensuite analysée en quatre : A, U, M (trois mātrās) et une ardhamātrā supplémentaire identifiée au nāda. Le chapitre projette ces unités phonémiques sur le symbolisme spatial du liṅga (A au sud, U au nord, M au centre ; le nāda est entendu au sommet) et les met en correspondance avec les Veda (A=Ṛg, U=Yajus, M=Sāman, nāda=Atharvan). Il relie encore ces équivalences à des catégories cosmologiques et rituelles (guṇas, fonctions créatrices, tattvas, lokas, kalā/adhvan et pouvoirs de type siddhi), révélant une sémiotique stratifiée où mantra, Veda et structure du cosmos s’éclairent mutuellement dans l’horizon métaphysique śaiva.

Shlokas

Verse 1

उपमन्युरुवाच । अथाविरभवत्तत्र सनादं शब्दलक्षणम् । ओमित्येकाक्षरं ब्रह्म ब्रह्मणः प्रतिपादकम्

Upamanyu dit : Alors, en ce lieu se manifesta un son retentissant, dont la nature était vibration sacrée. C’était le Brahman d’une seule syllabe, « Om », qui proclame et révèle la Réalité suprême (Brahman).

Verse 2

तदप्यविदितं तावद्ब्रह्मणा विष्णुना तथा । रजसा तमसा चित्तं तयोर्यस्मात्तिरस्कृतम्

Cette Réalité demeurait inconnue même de Brahmā et de Viṣṇu, car l’esprit de tous deux était voilé, obscurci par rajas et tamas.

Verse 3

तदा विभक्तमभवच्चतुर्धैकं तदक्षरम् । अ उ मेति त्रिमात्राभिः परस्ताच्चार्धमात्रया

Alors cette unique syllabe impérissable se divisa en quatre parts : en « A, U et M » selon trois mesures (mātrās), et au-delà d’elles en la demi-mesure (ardhamātrā) qui transcende le son. Elle désigne Śiva, le Pati suprême, réalisé dans le silence qui suit Oṁ.

Verse 4

तत्राकारः श्रितो भागे ज्वलल्लिंगस्य दक्षिणे । उकारश्चोत्तरे तद्वन्मकारस्तस्य मध्यतः

Là, la syllabe « A » demeure au flanc sud du Liṅga flamboyant ; de même, la syllabe « U » se tient au flanc nord, et la syllabe « M » réside en son milieu.

Verse 5

अर्धमात्रात्मको नादः श्रूयते लिंगमूर्धनि । विभक्ते ऽपि तदा तस्मिन्प्रणवे परमाक्षरे

Au sommet du Liṅga, on entend une résonance (nāda) dont la nature est la demi-mātrā. Et même lorsque le Praṇava — la syllabe suprême Oṁ — est analysé en ses parties, cette résonance subtile demeure comme son essence transcendante.

Verse 6

विभावार्थं च तौ देवौ न किंचिदवजग्मतुः । वेदात्मना तदाव्यक्तः प्रणवो विकृतिं गतः

Même ces deux divinités, cherchant à comprendre et à établir cette Réalité, ne purent rien saisir du tout. Alors le Praṇava non manifesté — dont l’essence même est le Veda — entra dans une transformation manifestée, se révélant à leur intelligence.

Verse 7

तत्राकारो ऋगभवदुकारो यजुरव्ययः । मकारस्साम संजातो नादस्त्वाथर्वणी श्रुतिः

Là, la syllabe « A » devint le Ṛgveda ; la syllabe « U » devint l’inaltérable Yajurveda. La syllabe « M » naquit comme le Sāmaveda, et le nāda — la résonance intérieure — devint l’Atharva-śruti. Ainsi enseigne-t-on que Oṁ est la semence de la révélation védique, désignant Śiva comme Seigneur du Son (Śabda) et dispensateur de la connaissance libératrice.

Verse 8

ऋगयं स्थापयामास समासात्त्वर्थमात्मनः । रजोगुणेषु ब्रह्माणं मूर्तिष्वाद्यं क्रियास्वपि

Il établit le Ṛg-veda comme l’expression concise du sens essentiel de Son propre Soi ; et parmi les modalités du rajas, Il plaça Brahmā comme le premier : premier parmi les formes incarnées (mūrti) et pareillement premier parmi les actes de création.

Verse 9

सृष्टिं लोकेषु पृथिवीं तत्त्वेष्वात्मानमव्ययम् । कलाध्वनि निवृत्तिं च सद्यं ब्रह्मसु पञ्चसु

Parmi les mondes, Il est la manifestation créatrice; parmi les éléments, Il est la Terre; parmi les tattva, Il est le Soi impérissable. Et sur la voie de kalā et d’adhvan (le chemin cosmique gradué), Il est nivṛtti, le retour; en vérité, dans le Brahman aux cinq aspects, Il est présent sur-le-champ.

Verse 10

लिंगभागेष्वधोभागं बीजाख्यं कारणत्रये । चतुःषष्टिगुणैश्वर्यं बौद्धं यदणिमादिषु

Parmi les divisions du Liṅga, la partie inférieure est appelée «Semence» et relève de la triade des causes. Ce principe doit être compris comme la puissance intérieure éveillée, pourvue des perfections souveraines des soixante-quatre qualités—telles aṇimā et les autres.

Verse 11

तदित्थमर्थैर्दशभिर्व्याप्तं विश्वमृचा जगत् । अथोपस्थापयामास स्वार्थं दशविधं यजुः

Ainsi, par dix sens, la révélation Ṛk (rigvédique) pénétra l’univers entier et le monde en mouvement. Puis le Yajus (yajurvédique), dix fois selon son intention propre, exposa son dessein distinct—établissant la voie de l’acte sacré et du culte.

Verse 12

सत्त्वं गुणेषु विष्णुं च मूर्तिष्वाद्यं क्रियास्वपि । स्थितिं लोकेष्वंतरिक्षं विद्यां तत्त्वेषु च त्रिषु

Parmi les guṇa, Il est Sattva; parmi les divinités de la préservation, Il est Viṣṇu; parmi les formes incarnées, Il est le Primordial; et même parmi les actes, Il est la puissance même de l’agir. Parmi les mondes, Il est sthiti, le maintien; parmi les régions, Il est antarīkṣa, l’espace médian; et parmi les trois principes (tattva), Il est vidyā, la connaissance illuminante qui mène l’âme vers Śiva.

Verse 13

कलाध्वसु प्रतिष्ठां च वामं ब्रह्मसु पञ्चसु । मध्यं तु लिंगभागेषु योनिं च त्रिषु हेतुषु

Dans les parcours (adhvans) des kalās, qu’il contemple la Puissance d’Établissement, Pratiṣṭhā; dans les cinq Brahmans, l’aspect Gauche, Vāma; dans les divisions du Liṅga, le Milieu, Madhya; et dans les trois principes causaux, la Yoni, source génératrice.

Verse 14

प्राकृतं च यथैश्वर्यं तस्माद्विश्वं यजुर्मयम् । ततोपस्थापयामास सामार्थं दशधात्मनः

Selon Sa souveraine seigneurie, Il établit aussi l’ordre primordial de la matière. De là, Il manifesta l’univers, tout imprégné du principe Yajus du sacrifice; puis Il institua la puissance d’opération de l’ordre cosmique à l’âme décuple.

Verse 15

तमोगुणेष्वथो रुद्रं मूर्तिष्वाद्यं क्रियासु च । संहृतिं त्रिषु लोकेषु तत्त्वेषु शिवमुत्तमम्

Dans le principe de tamas, on Le connaît comme Rudra; parmi les formes incarnées, Il est le Primordial; et parmi les actes, Il est la puissance de dissolution. Dans les trois mondes, Il est la résorption cosmique elle‑même; et parmi tous les tattvas, Il est le Shiva suprême—Réalité et Seigneur au plus haut degré.

Verse 16

विद्याकलास्वघोरं च तथा ब्रह्मसु पञ्चसु । लिंगभागेषु पीठोर्ध्वं बीजिनं कारणत्रये

Dans les sciences et les arts divins, Il est Aghora; de même parmi les cinq Brahmans (les cinq principes sacrés). Dans les parties du Liṅga, au‑dessus du pīṭha (socle), Il doit être contemplé comme Bījin, le Porte‑Semence; et Il préside aux trois plans causaux (kāraṇa‑traya).

Verse 17

पौरुषं च तथैश्वर्यमित्थं साम्ना ततं जगत् । अथाथर्वाह नैर्गुण्यमर्थं प्रथममात्मनः

Ainsi, par le Sāman sacré, l’univers entier est pénétré—à la fois par la présence personnelle (pauruṣa) du Seigneur et par Sa puissance souveraine (aiśvarya). Puis Atharvan exposa d’abord le sens du Soi dans sa vérité nirguṇa, sans attributs.

Verse 18

ततो महेश्वरं साक्षान्मूर्तिष्वपि सदाशिवम् । क्रियासु निष्क्रियस्यापि शिवस्य परमात्मनः

Alors (on réalise) Maheśvara directement—Sadāśiva présent même au sein des formes incarnées—le Soi suprême, Śiva, qui, tout en étant engagé dans les actes, demeure à jamais sans agir (transcendant).

Verse 19

भूतानुग्रहणं चैव मुच्यंते येन जंतवः । लोकेष्वपि यतो वाचो निवृत्ता मनसा सह

C’est bien par Sa grâce bienveillante envers tous les êtres que les créatures sont délivrées ; et c’est de Lui que—dans tous les mondes—la parole, avec le mental, se retire, incapable de L’atteindre.

Verse 20

तदूर्ध्वमुन्मना लोकात्सोमलोकमलौकिकम् । सोमस्सहोमया यत्र नित्यं निवसतीश्वरः

Au-delà de l’Unmanā-loka se trouve le Soma-loka, d’ordre supramondain. Là, Soma, avec Homā, demeure éternellement—là où le Seigneur (Īśvara) réside à jamais.

Verse 21

तदूर्ध्वमुन्मना लोकाद्यं प्राप्तो न निवर्तते । शांतिं च शांत्यतीतां च व्यापिकां चै कलास्वपि

S’élevant au-delà de cela, le mental établi en unmanā atteint le domaine primordial et ne revient plus. Là, il réalise la paix—et même la paix au-delà de la paix—qui pénètre tout, présente aussi dans chaque kalā (degré ou phase de manifestation).

Verse 22

तत्पूरुषं तथेशानं ब्रह्म ब्रह्मसु पञ्चसु । मूर्धानमपि लिंगस्य नादभागेष्वनुत्तमम्

Parmi les cinq Brahman (les cinq principes divins), Tatpuruṣa et Īśāna sont véritablement Brahman. Ils sont proclamés comme la « tête » suprême du Liṅga—le plus excellent dans la sphère du Nāda (le son sacré intérieur).

Verse 23

यत्रावाह्य समाराध्यः केवलो निष्कलः शिवः । तत्तेष्वपि तदा बिंदोर्नादाच्छक्तेस्ततः परात्

Là où l’Unique Śiva, sans parties (niṣkala), est invoqué et adoré selon le rite comme le Suprême solitaire—alors, même parmi ces principes, on doit Le réaliser comme transcendant le Bindu, au-delà du Nāda, et plus haut encore que la Śakti.

Verse 24

तत्त्वादपि परं तत्त्वमतत्त्वं परमार्थतः । कारणेषु त्रयातीतान्मायाविक्षोभकारणात्

Dans la vérité suprême, Il est la Réalité au‑delà même des catégories du réel (tattva) : l’« a‑tattva », le transcendant sans catégorie. Il se tient au‑delà des trois principes causaux, étant la cause qui met Māyā en agitation (vikṣobha) et inaugure la manifestation.

Verse 25

अनंताच्छुद्धविद्यायाः परस्ताच्च महेश्वरात् । सर्वविद्येश्वराधीशान्न पराच्च सदाशिवात्

Au‑delà d’Ananta, au‑delà de la Vidyā pure, et au‑delà même de Maheśvara—nul n’est plus haut que Sadāśiva, le Seigneur suprême, suzerain de tous les seigneurs de la connaissance.

Verse 26

सर्वमंत्रतनोर्देवाच्छक्तित्रयसमन्वितात् । पञ्चवक्त्राद्दशभुजात्साक्षात्सकलनिष्कलात्

De ce Seigneur même—corps vivant de l’essence de tous les mantras, uni à la triple Puissance—se révèle la Réalité aux cinq visages et aux dix bras ; Il est directement à la fois Sakala (avec attributs) et Niṣkala (sans attributs).

Verse 27

तस्मादपि पराद्बिंदोरर्धेदोश्च ततः परात् । ततः परान्निशाधीशान्नादाख्याच्च ततः परात्

Au‑delà de cela se tient le Bindu ; et au‑delà même de la demi‑mesure (Ardha‑mātrā) se trouve Ce qui est plus haut encore. Plus haut que le Seigneur de la nuit (la Lune) est le principe de Nāda ; et au‑delà de Nāda, encore, est le Suprême—Śiva, le Pati transcendant—qui dépasse tous les degrés du son et du symbole.

Verse 28

ततः परात्सुषुम्नेशाद्ब्रह्मरंध्रेश्वरादपि । ततः परस्माच्छक्तेश्च परस्ताच्छिवतत्त्वतः

Au-delà du Seigneur de Suṣumnā, et même au-delà du Seigneur qui préside au Brahma-randhra, il est encore plus haut; au-delà même de Śakti se tient la Réalité suprême : le Śiva-tattva.

Verse 29

परमं कारणं साक्षात्स्वयं निष्कारणं शिवम् । कारणानां च धातारं ध्यातारां ध्येयमव्ययम्

Śiva est, en vérité et directement, la Cause suprême ; et pourtant Lui-même est sans cause. Il soutient toutes les causes, et pour ceux qui méditent, Il est l’Objet impérissable de la méditation, immuable.

Verse 30

परमाकाशमध्यस्थं परमात्मोपरि स्थितं । सर्वैश्वर्येण संपन्नं सर्वेश्वरमनीश्वरम्

Il demeure au cœur même de l’éther suprême, établi au-delà même du Soi suprême. Comblé de toute souveraineté, Il est le Seigneur de tout ; et pourtant Lui-même n’est soumis à nul autre.

Verse 31

ऐश्वर्याच्चापि मायेयादशुद्धान्मानुषादिकात् । अपराच्च परात्त्याज्यादधिशुद्धाध्वगोचरात्

Il faut aussi renoncer aux états impurs, à commencer par la condition humaine et autres, issus de Māyā et relevant du domaine de l’aiśvarya (puissance seigneuriale). Et l’on doit abandonner même les principes cosmiques inférieurs et supérieurs, car le Suprême n’est atteint que par ce qui dépasse les voies surpures (adhiśuddha-adhvan) et transcende leur portée.

Verse 32

तत्पराच्छुद्धविद्याद्यादुन्मनांतात्परात्परात् । परमं परमैश्वर्यमुन्मनाद्यमनादि च

Au-delà de cela se tient la Connaissance pure elle-même ; et au-delà encore se trouve Unmanā — la transcendance du mental — suprême au-delà du suprême. Telle est la souveraineté absolue, l’aiśvarya suprême : commençant avec Unmanā, et pourtant sans commencement.

Verse 33

अपारमपराधीनं निरस्तातिशयं स्थिरम् । इत्थमर्थैर्दशविधैरियमाथर्वणी श्रुतिः

Ainsi, par dix portées doctrinales distinctes, cette révélation atharvanique proclame Śiva infini, ne dépendant de nul autre que Lui-même, sans égal et éternellement stable — Pati, le Seigneur immuable qui délivre l’âme liée de l’asservissement.

Verse 34

यस्माद्गरीयसी तस्माद्विश्वं व्याप्तमथर्वणात् । ऋग्वेदः पुनराहेदं जाग्रद्रूपं मयोच्यते

Parce qu’il est le plus lourd de sens et le plus sublime, l’Atharva‑Véda pénètre l’univers entier. Et de nouveau le Ṛg‑Véda déclare : ceci, dis‑je, est la forme de l’état de veille (jāgrat).

Verse 35

येनाहमात्मतत्त्वस्य नित्यमस्म्यभिधायकः । यजुर्वेदो ऽवदत्तद्वत्स्वप्नावस्था मयोच्यते

Par ce principe intérieur, je suis à jamais le révélateur de la vérité du Soi (Ātman). De même, je déclare que le Yajur‑Véda est de la nature de l’état de rêve (svapna).

Verse 36

भोग्यात्मना परिणता विद्यावेद्या यतो मयि । साम चाह सुषुप्त्याख्यमेवं सर्वं मयोच्यते

La puissance de connaissance, devenue objet d’expérience (bhogya), est le connaissable (vedya) parce qu’elle demeure en Moi. Et ce même état est aussi nommé « sommeil profond » (suṣupti). Ainsi, tout cela est proclamé par Moi.

Verse 37

ममार्थेन शिवेनेदं तामसेनाभिधीयते । अथर्वाह तुरायाख्यं तुरीयातीतमेव च

Selon le sens que je vise, cet enseignement est énoncé par Tamasa — Śiva lui‑même. On l’appelle aussi « Atharvāha », connu sous le nom de « Turā », et il est en vérité ce qui transcende même le quatrième état (turīyātīta).

Verse 38

मयाभिधीयते तस्मादध्वातीतपदोस्म्यहम् । अध्वात्मकं तु त्रितयं शिवविद्यात्मसंज्ञितम्

C’est pourquoi il est déclaré que Je suis établi dans l’état au-delà des adhvan (les voies cosmiques de la manifestation). Et la triade de nature adhvan est reconnue comme l’essence même de Śiva-vidyā, la connaissance libératrice de Śiva.

Verse 39

तत्त्रैगुण्यं त्रयीसाध्यं संशोध्यं च पदैषिणा । अध्वातीतं तुरीयाख्यं निर्वाणं परमं पदम्

Le chercheur de la Demeure Suprême doit purifier entièrement ce qui est constitué des trois guṇa et connaissable par la triade védique. Dépassant les voies (de l’essor mondain), il atteint l’état nommé Turīya — le Nirvāṇa, la station la plus haute et suprême.

Verse 40

तदतीतं च नैर्गुण्यादध्वनोस्य विशोधकम् । द्वयोः प्रमापको नादो नदांतश्च मदात्मकः

En dépassant entièrement cette voie, cela est de nature nirguṇa (sans attributs) et purifie ce cours de manifestation. Le Nāda est la mesure et le régulateur des deux (le manifesté et le non-manifesté) ; et le nadānta, la fin du son, est de la nature du « Je », la conscience intérieure de soi.

Verse 41

तस्मान्ममार्थस्वातंत्र्यात्प्रधानः परमेश्वरः । यदस्ति वस्तु तत्सर्वं गुणप्रधान्ययोगतः

Ainsi, par Ma souveraine liberté quant au dessein (artha), Moi — le Parameśvara, Seigneur Suprême — suis la cause première. Tout ce qui existe apparaît selon la prédominance des guṇa et leurs conjonctions.

Verse 42

समस्तं व्यस्तमपि च प्रणवार्थं प्रचक्षते । सवार्थवाचकं तस्मादेकं ब्रह्मैतदक्षरम्

Ils déclarent que le sens du Praṇava (Oṁ) se comprend à la fois dans sa forme unifiée et dans son analyse séparée. Ainsi, cette syllabe impérissable est le Brahman unique, car elle signifie toutes les significations.

Verse 43

तेनोमिति जगत्कृत्स्नं कुरुते प्रथमं शिवः । शिवो हि प्रणवो ह्येष प्रणवो हि शिवः स्मृतः

Alors, en prononçant « Om », Śiva fait d’abord surgir l’univers tout entier. Car Śiva est véritablement ce Praṇava, et le Praṇava est tenu en mémoire comme Śiva Lui-même.

Verse 44

वाच्यवाचकयोर्भेदो नात्यंतं विद्यते यतः । चिंतया रहितो रुद्रो वाचोयन्मनसा सह

Parce que la différence entre le signifié et ce qui l’exprime n’est pas absolue, Rudra—délivré de toute pensée conceptuelle—transcende la parole, ainsi que le mental.

Verse 45

अप्राप्य तन्निवर्तंते वाच्यस्त्वेकाक्षरेण सः । एकाक्षरादकाराख्यादात्मा ब्रह्माभिधीयते

Ne pouvant atteindre Cela (la Réalité suprême), les paroles se retirent. Pourtant, Il est indiqué par une seule syllabe. De cette syllabe unique, appelée « A », le Soi est nommé Brahman.

Verse 46

एकाक्षरादुकाराख्याद्द्विधा विष्णुरुदीर्यते । एकाक्षरान्मकाराख्याच्छिवो रुद्र उदाहृतः

De la syllabe unique appelée « U », Viṣṇu est proclamé sous un double aspect. De la syllabe unique appelée « M », Śiva est proclamé comme Rudra.

Verse 47

दक्षिणांगान्महेशस्य जातो ब्रह्मात्मसंज्ञिकः । वामांगादभवद्विष्णुस्ततो विद्येति संज्ञितः

Du côté droit de Maheśvara naquit Brahmā, connu comme le « principe de Brahma » ; de Son côté gauche surgit Viṣṇu, d’où son nom de « Vidyā » (la puissance qui soutient et ordonne). Ainsi, le Purāṇa proclame le Seigneur comme le Pati suprême, d’où procèdent les fonctions cosmiques.

Verse 48

हृदयान्नीलरुद्रो भूच्छिवस्य शिवसंज्ञिकः । सृष्टेः प्रवर्तको ब्रह्मा स्थितेर्विष्णुर्विमोहकः

Du cœur de Śiva surgit Nīlarudra, illustre par le nom même de « Śiva ». Brahmā est l’impulseur de la création, et Viṣṇu—présidant au maintien—engendre l’illusion qui voile la vérité du Suprême.

Verse 49

संहारस्य तथा रुद्रस्तयोर्नित्यं नियामकः । तस्मात्त्रयस्ते कथ्यंते जगतः कारणानि च

Rudra est en vérité l’agent de la dissolution, et Il est aussi, à jamais, le régulateur de ces deux puissances (création et maintien). C’est pourquoi ces trois sont dits être les causes de l’univers.

Verse 50

कारणत्रयहेतुश्च शिवः परमकारणम् । अर्थमेतमविज्ञाय रजसा बद्धवैरयोः

Śiva est la cause derrière les trois causes, et Il est Lui-même la Cause suprême. Sans connaître cette vérité, les êtres—liés par le rajas—tombent dans l’inimitié réciproque.

Verse 51

युवयोः प्रतिबोधाय मध्ये लिंगमुपस्थितम् । एवमोमिति मां प्राहुर्यदिहोक्तमथर्वणा

Afin d’éveiller la compréhension en vous deux, le Liṅga se manifesta au milieu de vous. Ainsi m’interpellèrent-ils par la syllabe « Om », comme Atharvan l’a proclamé ici.

Verse 52

ऋचो यजूंषि सामानि शाखाश्चान्याः सहस्रशः । वेदेष्वेवं स्वयं वक्त्रैर्व्यक्तमित्यवदत्स्वपि

«Les strophes du Ṛk, les formules du Yajus et les chants du Sāman, ainsi que d’innombrables autres branches védiques, se manifestèrent distinctement dans les Veda, comme si elles étaient proférées par leurs propres bouches.»

Verse 53

स्वप्नानुभूतमिव तत्ताभ्यां नाध्यवसीयते । तयोस्तत्र प्रबोधाय तमोपनयनाय च

Cette réalité n’est pas établie avec certitude par eux, comme si elle avait été éprouvée en rêve. C’est pourquoi, en cette situation, l’enseignement est donné pour leur éveil et pour les conduire hors des ténèbres (ignorance).

Verse 54

लिंगेपि मुद्रितं सर्वं यथा वेदैरुदाहृतम् । तद्दृष्ट्वा मुद्रितं लिंगे प्रसादाल्लिंगिनस्तदा

Même dans le Liṅga, tout se trouvait empreint, ainsi que les Veda le proclament. Voyant que tout était ainsi scellé sur le Liṅga, les dévots du Liṅga (adorateurs de Śiva) obtinrent alors la grâce (prasāda).

Verse 55

प्रशांतमनसौ देवौ प्रबुद्धौ संबभूवतुः । उत्पत्तिं विलयं चैव यथात्म्यं च षडध्वनाम्

L’esprit apaisé, les deux divinités s’éveillèrent pleinement ; et elles saisirent clairement l’origine et la dissolution, ainsi que la vraie nature des six voies (ṣaḍ-adhvā) qui structurent l’ordre manifesté.

Verse 56

ततः परतरं धाम धामवंतं च पूरुषम् । निरुत्तरतरं ब्रह्म निष्कलं शिवमीश्वरम्

Au-delà de tout ce qui est plus élevé encore se tient la Demeure Suprême et la Personne qui porte cette splendeur : Śiva, le Seigneur — le Brahman sans égal, sans parties et sans divisions (niṣkala).

Verse 57

पशुपाशमयस्यास्य प्रपञ्चस्य सदा पतिम् । अकुतोभयमत्यंतमवृद्धिक्षयमव्ययम्

Je révère sans cesse le Seigneur (Pati) de cet univers manifesté, fait d’âmes liées (paśu) et de leurs liens (pāśa) : Śiva, parfaitement sans crainte, au-delà de tout accroissement et de tout déclin, impérissable.

Verse 58

वाह्यमाभ्यंतरं व्याप्तं वाह्याभ्यंतरवर्जितम् । निरस्तातिशयं शश्वद्विश्वलोकविलक्षणम्

Il pénètre à la fois l’extérieur et l’intérieur, et pourtant Il est libre de toute notion de « dehors » et de « dedans ». Dépassant sans cesse toute limite et toute comparaison, Il demeure éternellement distinct des mondes et de leurs ordres d’existence.

Verse 59

अलक्षणमनिर्देश्यमवाङ्मनसगोचरम् । प्रकाशैकरसं शांतं प्रसन्नं सततोदितम्

Il est sans marque distinctive, au-delà de toute description, et n’est pas objet de parole ni de pensée. Il est d’une seule essence de Lumière pure (Conscience), toujours paisible et rayonnant, toujours serein et bienveillant, éternellement auto-manifesté.

Verse 60

सर्वकल्याणनिलयं शक्त्या तादृशयान्वितम् । ज्ञात्वा देवं विरूपाक्षं ब्रह्मनारायणौ तदा

Alors Brahmā et Nārāyaṇa reconnurent le Dieu Virūpākṣa—demeure de toute auspiciosité et uni à une telle Śakti divine—et comprirent sa véritable divinité.

Verse 61

रचयित्वांजलिं मूर्ध्नि भीतौ तौ वाचमूचतुः । ब्रह्मोवाच । अज्ञो वाहमभिज्ञो वा त्वयादौ देव निर्मितः

Saisis de crainte, tous deux joignirent les mains sur la tête et parlèrent. Brahmā dit : « Que je sois ignorant ou savant, ô Deva, au commencement j’ai été créé par Toi. »

Verse 62

ईदृशीं भ्रांतिमापन्न इति को ऽत्रापराध्यति । आस्तां ममेदमज्ञानं त्वयि सन्निहते प्रभो

Étant tombé dans une telle illusion, qui donc ici peut être réellement blâmé ? Que cette ignorance mienne soit écartée, ô Seigneur, car Tu es présent ici devant moi.

Verse 63

निर्भयः को ऽभिभाषेत कृत्यं स्वस्य परस्य वा । आवयोर्देवदेवस्य विवादो ऽपि हि शोभनः

Qui donc, sans crainte, parlerait de ce qu’il convient d’accomplir, pour soi ou pour autrui ? Pourtant, même une controverse entre nous au sujet du Deva des devas est belle et légitime, car elle vise à discerner ce qui est véritablement juste.

Verse 64

पादप्रणामफलदो नाथस्य भवतो यतः । विष्णुरुवाच । स्तोतुं देव न वागस्ति महिम्नः सदृशी तव

Puisque Toi, ô Seigneur, accordes le fruit de la prosternation révérencieuse à Tes pieds, Vishnu déclara : «Ô Deva, nulle parole n’est à la mesure de Ta louange ; rien n’égale Ta gloire.»

Verse 65

प्रभोरग्रे विधेयानां तूष्णींभावो व्यतिक्रमः । किमत्र संघटेत्कृत्यमित्येवावसरोचितम्

En présence du Seigneur, pour ceux qui sont tenus à l’obéissance, le silence même devient une faute. Ce qui sied à l’instant n’est que ceci : «Quel service convient-il d’accomplir ici ?»

Verse 66

अजानन्नपि यत्किंचित्प्रलप्य त्वां नतो ऽस्म्यहम् । कारणत्वं त्वया दत्तं विस्मृतं तव मायया

Bien que je n’aie pas réellement compris, quoi que j’aie pu dire à la légère, je me prosterne maintenant devant Toi. La condition d’être « cause », que Toi-même m’avais accordée, je l’ai oubliée, abusé par Ta Māyā.

Verse 67

मोहितो ऽहंकृतश्चापि पुनरेवास्मि शासितः । विज्ञापितैः किं बहुभिर्भीतोस्मि भृशमीश्वर

Séduit par l’illusion et poussé par l’ego, je suis de nouveau réprimandé. À quoi bon tant d’explications ? Ô Seigneur, je suis saisi d’une crainte extrême.

Verse 68

यतो ऽहमपरिच्छेद्यं त्वां परिच्छेत्तुमुद्यतः । त्वामुशंति महादेवं भीतानामार्तिनाशनम्

Puisque je me suis mis à te définir et à te mesurer—alors que tu es en vérité incommensurable—les hommes te louent donc comme Mahādeva, le Grand Seigneur, celui qui dissipe la détresse des craintifs.

Verse 69

अतो व्यतिक्रमं मे ऽद्य क्षंतुमर्हसि शंकर । इति विज्ञापितस्ताभ्यामीश्वराभ्यां महेश्वरः

«C’est pourquoi, ô Śaṅkara, daigne pardonner aujourd’hui ma faute.» Ainsi supplié par ces deux seigneurs divins, Mahādeva (Mahēśvara) en fut dûment informé et s’apprêta à répondre.

Verse 70

प्रीतो ऽनुगृह्य तौ देवौ स्मितपूर्वमभाषत । ईश्वर उवाच । वत्सवत्स विधे विष्णो मायया मम मोहितौ

Satisfait, le Seigneur accorda sa grâce à ces deux dieux et parla avec un doux sourire. Le Souverain Seigneur dit : «Enfants bien-aimés—ô Vidhe (Brahmā) et ô Viṣṇu—vous avez été abusés par ma Māyā.»

Verse 71

युवां प्रभुत्वे ऽहंकृत्य बुद्धवैरो परस्परम् । विवादं युद्धपर्यंतं कृत्वा नोपरतौ किल

Par orgueil de souveraineté, vous êtes devenus l’un envers l’autre hostiles en votre esprit ; menant la querelle jusqu’au bord de la guerre, vous n’avez pourtant pas cessé, en vérité.

Verse 72

ततश्च्छिन्ना प्रजासृष्टिर्जगत्कारणभूतयोः । अज्ञानमानप्रभवाद्वैमत्याद्युवयोरपि

Par la suite, la création des êtres fut troublée pour vous deux—vous qui êtes les principes causaux du monde—car, née de l’ignorance et de l’orgueil, la discorde mutuelle et d’autres fautes surgirent aussi en vous.

Verse 73

तन्निवर्तयितुं युष्मद्दर्पमोहौ मयैव तु । एवं निवारितावद्यलिंगाविर्भावलीलया

Afin de mettre un terme à votre orgueil et à votre égarement, Moi seul ai agi ; ainsi, aujourd’hui, vous avez été arrêtés et contenus par Ma manifestation joueuse du Liṅga.

Verse 74

तस्माद्भूयो विवादं च व्रीडां चोत्सृज्य कृत्स्नशः । यथास्वं कर्म कुर्यातां भवंतौ वीतमत्सरौ

C’est pourquoi, renoncez entièrement à toute querelle future et à toute honte ; et, délivrés de la jalousie, accomplissez chacun votre devoir propre comme il convient.

Verse 75

पुरा ममाज्ञया सार्धं समस्तज्ञानसंहिताः । युवाभ्यां हि मया दत्ता कारणत्वप्रसिद्धये

Autrefois, selon Mon ordre, Je vous ai bel et bien accordé à tous deux les compendiums de toute connaissance, afin que fût solidement établie votre qualité de causes instrumentales (dans cette œuvre de révélation et d’enseignement).

Verse 76

मंत्ररत्नं च सूत्राख्यं पञ्चाक्षरमयं परम् । मयोपदिष्टं सर्वं तद्युवयोरद्य विस्मृतम्

«Ce joyau suprême du mantra—appelé Sūtra et formé de cinq syllabes—que Moi-même ai enseigné en entier : tout cela, aujourd’hui, vous l’avez oublié tous les deux.»

Verse 77

ददामि च पुनः सर्वं यथापूर्वं ममाज्ञया । यतो विना युवां तेन न क्षमौ सृष्टिरक्षणे

«Par Mon ordre, Je vous redonne tout comme auparavant ; car sans vous deux, il n’est pas capable de soutenir et de protéger la création.»

Verse 78

एवमुक्त्वा महादेवो नारायणपितामहौ । मंत्रराजं ददौ ताभ्यां ज्ञानसंहितया सह

Ayant ainsi parlé, Mahādeva accorda à Nārāyaṇa et à Pitāmaha (Brahmā) le Mantra-rāja, le souverain Roi des mantras, avec la saṃhitā de la connaissance libératrice, afin qu’ils connaissent le Seigneur (Pati) et guident les êtres liés par le pāśa vers la mokṣa.

Verse 79

तौ लब्ध्वा महतीं दिव्यामाज्ञां माहेश्वरीं पराम् । महार्थं मंत्ररत्नं च तथैव सकलाः कलाः

Ayant obtenu l’ordre grand, divin et suprême de Maheśvara, ils reçurent aussi le mantra-joyau au sens profond, et de même l’ensemble des kalā, les arts sacrés, dans leur totalité.

Verse 80

दंडवत्प्रणतिं कृत्वा देवदेवस्य पादयोः । अतिष्ठतां वीतभयावानंदास्तिमितौ तदा

Après s’être prosternés entièrement (daṇḍavat) aux pieds du Deva des devas, le Seigneur Śiva, tous deux demeurèrent là, debout : sans crainte, l’esprit apaisé et absorbé dans la béatitude.

Verse 81

एतस्मिन्नंतरे चित्रमिंद्रजालवदैश्वरम् । लिंगं क्वापि तिरोभूतं न ताभ्यामुपलभ्यते

Au milieu de cela, la puissance merveilleuse et souveraine du Seigneur—telle une illusion magique, un indrajāla—fit disparaître le Liṅga quelque part ; et tous deux ne purent plus le percevoir.

Verse 82

ततो विलप्य हाहेति सद्यःप्रणयभंगतः । किमसत्यमिदं वृत्तमिति चोक्त्वा परस्परम्

Alors, leur lien d’affection s’étant soudain brisé, ils se lamentèrent en criant : « Hélas, hélas ! », et se dirent l’un à l’autre : « Comment cet événement pourrait-il être irréel ? Qu’est-ce donc qui s’est produit ? »

Verse 83

अचिंत्यवैभवं शंभोर्विचिंत्य च गतव्यथौ । अभ्युपेत्य परां मैत्रीमालिंग्य च परस्परम्

Méditant la majesté inconcevable de Śambhu (le Seigneur Śiva), tous deux furent délivrés de la peine. Entrant dans l’amitié suprême, ils s’étreignirent l’un l’autre avec affection.

Verse 84

जगद्व्यापारमुद्दिश्य जग्मतुर्देवपुंगवौ । ततः प्रभृति शक्राद्याः सर्व एव सुरासुराः

Ayant en vue le bien et l’ordonnance du monde, les deux plus éminents parmi les dieux partirent. Dès lors, à commencer par Indra, tous—devas comme asuras—se mirent aussi en mouvement selon cela.

Verse 85

ऋषयश्च नरा नागा नार्यश्चापि विधानतः । लिंगप्रतिष्ठा कुर्वंति लिंगे तं पूजयंति च

Les ṛṣis, les humains, les nāgas, et les femmes aussi, selon les rites prescrits, établissent le Śiva-liṅga et y adorent Śiva en ce liṅga même.

Frequently Asked Questions

A revelatory emergence of the resonant Pranava (Oṃ) occurs, which Brahmā and Viṣṇu initially fail to comprehend because their cognition is veiled by rajas and tamas; the sound is then explicated as a structured, fourfold phonemic reality.

Oṃ is analyzed as A-U-M plus an ardhamātrā identified with nāda, presenting a graded ontology of sound: from articulated phonemes to a subtler resonance that anchors Vedic revelation and Śaiva realization.

The chapter correlates A-U-M-nāda with Ṛg-Yajus-Sāman-Atharvan and places A (south), U (north), M (middle), and nāda (crown) within the liṅga, further extending the mapping into guṇas and cosmological categories.