Adhyaya 33
Vayaviya SamhitaPurva BhagaAdhyaya 3398 Verses

पाशुपतव्रतविधिः | The Procedure of the Supreme Pāśupata Vow

L’Adhyāya 33 s’ouvre sur la demande des sages d’enseigner le « vrata Pāśupata suprême », observance que Brahmā et d’autres divinités auraient pratiquée, devenant ainsi des « Pāśupata ». Vāyu répond qu’il s’agit d’une discipline secrète, destructrice des péchés, fondée sur le Veda (liée à l’Atharvaśiras). Le chapitre décrit ensuite une suite rituelle précise : choisir un moment propice (notamment la pleine lune de Caitra), sélectionner un lieu associé à Śiva (kṣetra, jardin ou forêt aux signes favorables), puis se préparer par le bain et l’accomplissement des rites quotidiens. Le pratiquant obtient la permission de l’ācārya, accomplit un culte spécial et adopte des marques de pureté : vêtements blancs, yajñopavīta blanc, guirlandes ou onctions blanches. Assis sur un siège de darbha et tenant la darbha, tourné vers l’est ou le nord, il exécute trois prāṇāyāma, médite sur Śiva et Devī, puis formule le saṅkalpa : « j’entreprends ce vœu », accédant à un état semblable à celui d’un dīkṣita. La durée du vœu est modulable : de toute une vie à douze ans, puis à des périodes réduites—moitié, douze mois, un mois, douze jours, six jours, jusqu’à un seul jour. Enfin, l’établissement du feu (agnyādhāna) et le homa purificateur (virajā-homa) marquent le commencement effectif du vrata, reliant intention, pureté et sacrifice pour la destruction du péché et l’accord avec Śiva.

Shlokas

Verse 1

ऋषय ऊचुः । भगवञ्छ्रोतुमिच्छामो व्रतं पाशुपतं परम् । ब्रह्मादयो ऽपि यत्कृत्वा सर्वे पाशुपताः स्मृताः

Les sages dirent : « Ô Vénérable, nous désirons entendre le vœu suprême de Pāśupata ; en l’accomplissant, même Brahmā et les autres dieux sont tous tenus pour des Pāśupatas (dévots de Paśupati, le Seigneur Śiva). »

Verse 2

वायुरुवाच । रहस्यं वः प्रवक्ष्यामि सर्वपापनिकृन्तनम् । व्रतं पाशुपतं श्रौतमथर्वशिरसि श्रुतम्

Vāyu dit : « Je vous exposerai un enseignement secret qui tranche tous les péchés : l’observance Pāśupata védique (śrauta), telle qu’elle est entendue dans l’Atharvaśiras. »

Verse 3

कालश्चैत्री पौर्णमासी देशः शिवपरिग्रहः । क्षेत्रारामाद्यरण्यं वा प्रशस्तश्शुभलक्षणः

Le moment convenable est la pleine lune de Caitra ; le lieu convenable est une contrée appartenant au Seigneur Śiva, ou qui Lui est consacrée—qu’il s’agisse d’un champ sacré, d’un jardin, voire d’une forêt—pourvu qu’elle soit reconnue par la tradition et marquée de signes fastes.

Verse 4

तत्र पूर्वं त्रयोदश्यां सुस्नातः सुकृताह्निकः । अनुज्ञाप्य स्वमाचार्यं संपूज्य प्रणिपत्य च

Là, lors de l’étape préalable, au treizième jour lunaire (Trayodaśī), après s’être bien baigné et avoir accompli comme il se doit les rites quotidiens, il demanda la permission de son propre maître ; puis, l’ayant honoré pleinement, il se prosterna avec révérence.

Verse 5

पूजां वैशेषिकीं कृत्वा शुक्लांबरधरः स्वयम् । शुक्लयज्ञोपवीती च शुक्लमाल्यानुलेपनः

Après avoir accompli le culte particulier prescrit, il doit lui-même se vêtir de blanc, porter le cordon sacré (yajñopavīta) blanc, et se parer de guirlandes blanches ainsi que d’onguents blancs.

Verse 6

ध्यात्वा देवं च देवीं च तद्विज्ञापनवर्त्मना । व्रतमेतत्करोमीति भवेत्संकल्प्य दीक्षितः

Après avoir médité le Seigneur (Śiva) et la Déesse (Devī), et en suivant la voie rituelle de l’annonce et de l’invocation, l’initié doit prendre la résolution (saṅkalpa) : « J’accomplirai ce vœu. »

Verse 7

यावच्छरीरपातं वा द्वादशाब्दमथापि वा । तदर्धं वा तदर्धं वा मासद्वादशकं तु वा

On peut l’observer jusqu’à la chute du corps (c’est-à-dire toute la vie), ou bien pendant douze ans ; ou pour la moitié de ce temps, ou encore pour la moitié de la moitié ; ou, au minimum, durant douze mois.

Verse 8

तदर्धं वा तदर्धं वा मासमेकमथापि वा । दिनद्वादशकं वा ऽथ दिनषट्कमथापि वा

Ou la moitié de cette durée, ou encore la moitié de celle-ci ; ou même un mois entier ; ou douze jours ; ou même six jours — la discipline de culte et d’observance envers Śiva peut être entreprise pour l’une quelconque de ces durées.

Verse 9

तदर्धं दिनमेकं वा व्रतसंकल्पनावधि । अग्निमाधाय विधिवद्विरजाहोमकारणात्

La durée pour établir la résolution du vœu (vrata-saṅkalpa) doit être d’une demi-journée ou d’une journée entière. Ensuite, après avoir établi selon la règle le feu sacré, on accomplira le Virajā-homa, car il est la cause de la purification rituelle (délivrance de l’impureté).

Verse 10

हुत्वाज्येन समिद्भिश्च चरुणा च यथाक्रमम् । पूर्णामापूर्य तां भूयस्तत्त्वानां शुद्धिमुद्दिशन्

Après avoir offert, selon l’ordre prescrit, des oblations de ghee, des baguettes de bois sacré et le caru cuit, il remplit de nouveau l’oblation finale (pūrṇāhuti), la consacrant à la purification des tattvas, principes fondamentaux de l’existence incarnée.

Verse 11

जुहुयान्मूलमन्त्रेण तैरेव समिदादिभिः । तत्त्वान्येतानि मद्देहे शुद्ध्यंताम् १ त्यनुस्मरन्

Qu’il fasse les oblations avec le mūla-mantra, en utilisant ces mêmes baguettes de bois et les autres matières prescrites, tout en se remémorant intérieurement : «Que ces tattvas en mon corps soient purifiés.»

Verse 12

पञ्चभूतानि तन्मात्राः पञ्चकर्मेन्द्रियाणि च । ज्ञानकर्मविभेदेन पञ्चकर्मविभागशः

Sont décrits les cinq grands éléments, les essences subtiles (tanmātras) et les cinq organes de l’action ; et, par la distinction entre connaissance et action, les fonctions sont exposées en divisions quintuple.

Verse 13

त्वगादिधातवस्सप्त पञ्च प्राणादिवायवः । मनोबुद्धिरहं ख्यातिर्गुणाः प्रकृतिपूरुषौ

Les sept constituants du corps à commencer par la peau, les cinq souffles vitaux à commencer par prāṇa, le mental et l’intellect, le sentiment du « moi » (ahaṃkāra) et l’appréhension cognitive, les trois guṇas, ainsi que Prakṛti et Puruṣa : tels sont les principes qui enchaînent l’âme individuelle ; les connaissant en vérité, on se tourne vers Pati (Śiva), le Libérateur au-delà des liens.

Verse 14

रागो विद्याकले चैव नियतिः काल एव च । माया च शुद्धिविद्या च महेश्वरसदाशिवौ

Le désir (rāga), la connaissance (vidyā) et la puissance d’agir limitée (kalā), ainsi que la limitation (niyati) et le temps (kāla) — et encore Māyā et la Connaissance pure (śuddhavidyā), avec Maheśvara et Sadāśiva : tels sont les principes élevés énoncés dans cet enseignement.

Verse 15

शक्तिश्च शिवतत्त्वं च तत्त्वानि क्रमशो विदुः । मन्त्रैस्तु विरजैर्हुत्वा होतासौ विरजा भवेत्

Ils connaissent les tattvas selon l’ordre juste—commençant par Śakti et s’achevant au principe de Śiva. Mais lorsqu’on offre les oblations avec des mantras sans tache (viraja), l’officiant lui-même devient sans tache, délivré de la souillure du rajas.

Verse 16

शिवानुग्रहमासाद्य ज्ञानवान्स हि जायते । अथ गोमयमादाय पिण्डीकृत्याभिमंत्र्य च

Ayant obtenu la grâce de Śiva, il devient véritablement doté de la connaissance authentique. Puis, prenant de la bouse de vache, il en fait une boule et, l’ayant consacrée par la récitation de mantras, il poursuit le rite.

Verse 17

विन्यस्याग्नौ च सम्प्रोक्ष्य दिने तस्मिन्हविष्यभुक् । प्रभाते तु चतुर्दश्यां कृत्वा सर्वं पुरोदितम्

Après avoir déposé comme il se doit les offrandes dans le feu sacré et les avoir purifiées par aspersion, ce jour-là il ne doit prendre que la nourriture d’oblation prescrite (havisya). Puis, au matin du quatorzième jour lunaire (caturdaśī), ayant accompli tout ce qui fut énoncé auparavant, il doit poursuivre le rite selon la juste manière.

Verse 18

दिने तस्मिन्निराहारः कालं शेषं समापयेत् । प्रातः पर्वणि चाप्येवं कृत्वा होमा वसानतः

Ce jour-là, demeurant sans nourriture, il doit employer le temps restant à une observance disciplinée. De même, le lendemain matin, au moment sacré (parvan), après avoir agi ainsi, il doit conclure en accomplissant le homa (offrande au feu) avec les rites d’achèvement convenables.

Verse 19

उपसंहृत्य रुद्राग्निं गृह्णीयाद्भस्म यत्नतः । ततश्च जटिलो मुण्डी शिखैकजट एव वा

Après avoir dûment achevé le feu de Rudra (Rudrāgni), qu’on recueille avec soin la cendre sacrée (bhasma). Ensuite, selon la discipline du vœu de Śiva, on peut adopter l’observance de l’ascète aux cheveux emmêlés, ou se raser la tête, ou garder un seul chignon au sommet, voire une seule mèche nattée.

Verse 20

भूत्वा स्नात्वा ततो वीतलज्जश्चेत्स्याद्दिगम्बरः । अपि काषायवसनश्चर्मचीराम्बरो ऽथ वा

Après avoir accompli les observances requises puis s’être baigné, qu’il soit délivré de toute honte et, si besoin, demeure digambara, « vêtu du ciel ». Ou bien qu’il porte des vêtements ocre (kāṣāya), ou qu’il se couvre de peaux et d’étoffe d’écorce, selon ce qui convient, en poursuivant la discipline tournée vers Śiva.

Verse 21

एकाम्बरो वल्कली वा भवेद्दण्डी च मेखली । प्रक्षाल्य चरणौ पश्चाद्द्विराचम्यात्मनस्तनुम्

Vêtu d’un seul vêtement — ou d’écorce — qu’il porte aussi un bâton (daṇḍa) et une ceinture (mekhalā). Après s’être lavé les pieds, qu’il accomplisse ensuite l’ācamana deux fois, purifiant son propre corps pour l’adoration de Śiva et la discipline du yoga.

Verse 22

संकुलीकृत्य तद्भस्म विरजानलसंभवम् । अग्निरित्यादिभिर्मंत्रैः षड्भिराथर्वणैः क्रमात्

Ensuite, après avoir bien mêlé cette cendre sacrée — née du feu pur de Virajā — qu’on la consacre, dans l’ordre prescrit, par les six mantras atharvan commençant par « Agni… ».

Verse 23

विभृज्यांगानि मूर्धादिचरणांतानि तैस्स्पृशेत् । ततस्तेन क्रमेणैव समुद्धृत्य च भस्मना

Après avoir purifié les membres de la tête jusqu’aux pieds, qu’il les touche avec cela (la substance purificatrice). Puis, dans le même ordre, qu’il prenne et applique la cendre sacrée (bhasma), étape par étape.

Verse 24

सर्वांगोद्धूलनं कुर्यात्प्रणवेन शिवेन वा । ततस्त्रिपुण्ड्रं रचयेत्त्रियायुषसमाह्वयम्

Que l’on enduise tout le corps de la cendre sacrée en récitant le Praṇava (Oṁ) ou le Nom de Śiva. Ensuite, qu’on trace le Tripuṇḍra, les trois lignes de cendre, en invoquant la vie triple—passé, présent et avenir—afin de les purifier par cette consécration.

Verse 25

शिवभावं समागम्य शिवयोगमथाचरेत् । कुर्यात्स्त्रिसन्ध्यमप्येवमेतत्पाशुपतं व्रतम्

Étant entré dans l’état de Śiva—absorbé dans Sa conscience—qu’on pratique alors le Śiva-yoga. Ainsi, en l’accomplissant aux trois sandhyās quotidiennes (aube, midi et crépuscule), qu’on observe ce vœu pāśupata.

Verse 26

भुक्तिमुक्तिप्रदं चैतत्पशुत्वं विनिवर्तयेत् । तत्पशुत्वं परित्यज्य कृत्वा पाशुपतं व्रतम्

Cette discipline pāśupata accorde à la fois la jouissance en ce monde et la délivrance; elle dissipe le paśutva, l’état de créature liée. Ainsi, renonçant à cette servitude, qu’on entreprenne le vœu pāśupata avec dévotion envers Paśupati, le Seigneur Śiva.

Verse 27

पूजनीयो महादेवो लिंगमूर्तिस्सनातनः । पद्ममष्टदलं हैमं नवरत्नैरलंकृतम्

Mahādeva, l’Éternel dont la forme est le Liṅga, est digne d’adoration. Pour Son culte, qu’on offre un lotus d’or à huit pétales, orné des neuf gemmes.

Verse 28

कर्णिकाकेशरोपेतमासनं परिकल्पयेत् । विभवे तदभावे तु रक्तं सितमथापि वा

Qu’on prépare un siège muni d’un cœur central et de filaments tout autour, à l’image du lotus. Si l’on en a les moyens, qu’on utilise un tel siège; à défaut, qu’on prenne un siège rouge, ou même blanc.

Verse 29

पद्मं तस्याप्यभावे तु केवलं भावनामयम् । तत्पद्मकर्णिकामध्ये कृत्वा लिंगं कनीयसम्

Que le sādhaka prenne un lotus ; et si même cela manque, qu’il s’agisse d’un lotus façonné uniquement par la contemplation. Au centre même de ce lotus, dans son péricarpe, qu’il place (ou visualise) un petit Śiva-liṅga.

Verse 30

स्फीटिकं पीठिकोपेतं पूजयेद्विधिवत्क्रमात् । प्रतिष्ठाप्य विधानेन तल्लिंगं कृतशोधनम्

Selon l’ordre rituel, qu’on adore le Liṅga de cristal, posé sur son piédestal, conformément au rite. Après avoir purifié ce Liṅga et l’avoir installé selon la procédure prescrite, qu’on poursuive son culte.

Verse 31

परिकल्प्यासनं मूर्तिं पञ्चवक्त्रप्रकारतः । पञ्चगव्यादिभिः पूर्णैर्यथाविभवसंभृतैः

Après avoir disposé convenablement le siège et contemplé la forme de la Divinité selon la manifestation aux cinq visages (de Śiva), qu’on prépare les offrandes—remplies de pañcagavya et d’autres substances sacrées—rassemblées selon ses moyens.

Verse 32

स्नापयेत्कलशैः पूर्णैरष्टापदसमुद्भवैः । गंधद्रव्यैस्सकर्पूरैश्चन्दनाद्यैस्सकुंकुमैः

Qu’on baigne (abhiṣeka) le saint Liṅga de Śiva avec des vases pleins, posés sur un support à huit pétales (aṣṭāpada), en employant des substances parfumées—avec le camphre, le santal et autres essences, ainsi que le safran—accomplissant l’ablution purificatrice pour le Seigneur Pati, Maître suprême et dispensateur de délivrance.

Verse 33

सवेदिकं समालिप्य लिंगं भूषणभूषितम् । बिल्वपत्रैश्च पद्मैश्च रक्तैः श्वेतैस्तथोत्पलैः

Après avoir soigneusement oint et préparé le Liṅga avec son piédestal (yoni-pīṭha), et l’avoir paré d’ornements, qu’on le vénère avec des feuilles de bilva, avec des lotus rouges et blancs, et aussi avec des utpala, les nénuphars.

Verse 34

नीलोत्पलैस्तथान्यैश्च पुष्पैस्तैस्तैस्सुगंधिभिः । पुण्यैः प्रशस्तैः पत्रैश्च चित्रैर्दूर्वाक्षतादिभिः

Avec des lotus bleus et d’autres fleurs parfumées de maintes sortes; avec des feuilles pures et de bon augure; et avec des offrandes sacrées variées, telles que l’herbe dūrvā et le riz intact (akṣata), et autres.

Verse 35

समभ्यर्च्य यथालाभं महापूजाविधानतः । धूपं दीपं तथा चापि नैवेद्यं च समादिशेत्

Après avoir honoré Śiva selon ses moyens, conformément au rite de la grande pūjā, qu’on offre ensuite l’encens et la lampe, et qu’on présente aussi avec respect le naivedya, l’offrande de nourriture.

Verse 36

निवेदयित्वा विभवे कल्याणं च समाचरेत् । इष्टानि च विशिष्टानि न्यायेनोपार्जितानि च

Après avoir d’abord offert selon ses moyens, qu’on accomplisse ce qui est de bon augure. Qu’on donne et qu’on emploie des biens désirables et excellents, acquis par une voie juste.

Verse 37

सर्वद्रव्याणि देयानि व्रते तस्मिन्विशेषतः । श्रीपत्रोत्पलपद्मानां संख्या साहस्रिकी मता

Dans ce vœu sacré, qu’on donne en aumône, tout particulièrement, toutes sortes d’offrandes. Pour les feuilles de bilva et pour les fleurs du lotus bleu et du lotus, le nombre prescrit est tenu pour mille.

Verse 38

प्रत्येकमपरा संख्या शतमष्टोत्तरं द्विजाः । तत्रापि च विशेषेण न त्यजेद्बिल्वपत्रकम्

Ô vous, deux-fois-nés, pour chaque offrande il est prescrit un autre nombre : cent huit. Même parmi celles-ci, surtout, qu’on n’omette jamais la feuille de bilva dans le culte de Śiva.

Verse 39

हैममेकं परं प्राहुः पद्मं पद्मसहस्रकात् । नीलोत्पलादिष्वप्येतत्समानं बिल्बपत्रकैः

Ils déclarent qu’un seul lotus d’or surpasse mille lotus ordinaires. De même, même parmi les lotus bleus et les autres fleurs, cette offrande est tenue pour équivalente lorsqu’elle est faite avec des feuilles de bilva pour le Seigneur Śiva.

Verse 40

पुष्पान्तरे न नियमो यथालाभं निवेदयेत् । अष्टाङ्गमर्घ्यमुत्कृष्टं धूपालेपौ विशेषतः

Dans l’offrande des fleurs, il n’y a pas de règle rigide : qu’on présente ce que l’on a sous la main. L’arghya en huit éléments est tenu pour उत्कृष्ट; et, tout particulièrement, l’encens et les onctions de pâte sacrée sont hautement loués dans le culte de Śiva.

Verse 41

चन्दनं वामदेवाख्ये हरितालं च पौरुषे । ईशाने भसितं केचिदालेपनमितीदृशाम्

Dans le rite lié à Vāmadeva, on applique la pâte de santal ; dans celui de Pauruṣa, le haritāla (orpiment jaune) ; et, pour Īśāna, certains prescrivent la cendre sacrée, la bhasma. Ainsi définissent-ils de telles onctions selon ces formes et observances.

Verse 42

न धूपमिति मन्यन्ते धूपान्तरविधानतः । सितागुरुमघोराख्ये मुखे कृष्णागुरुं पुनः

Selon les prescriptions des diverses offrandes d’encens, on ne le tient pas pour un encens unique et uniforme. Pour le visage nommé Aghora, on prescrit l’agaru blanc (sītāguru) ; et, selon une autre règle, l’agaru noir (kṛṣṇāguru).

Verse 43

पौरुषे गुग्गुलं सव्ये सौम्ये सौगंधिकं मुखे । ईशाने ऽपि ह्युशीरादि देयाद्धूपं विशेषतः

Pour l’aspect Pauruṣa, qu’on offre l’encens de guggulu ; sur le côté gauche, la fragrance Saumya ; au niveau de la bouche, un parfum au doux arôme. Et, dans la direction d’Īśāna également, qu’on présente tout spécialement un encens fait d’uśīra et d’ingrédients semblables.

Verse 44

शर्करामधुकर्पूरकपिलाघृतसंयुतम् । चंदनागुरुकाष्ठाद्यं सामान्यं संप्रचक्षते

Ce mélange uni au sucre, au miel, au camphre et au ghee fauve (kapilā), avec le santal, le bois d’agaru, les bois parfumés et autres, est déclaré être l’offrande « commune » (standard).

Verse 45

कर्पूरवर्तिराज्याढ्या देया दीपावलिस्ततः । अर्घ्यमाचमनं देयं प्रतिवक्त्रमतः परम्

Ensuite, l’on doit offrir une rangée de lampes, richement pourvues de mèches de camphre. Puis l’on offrira l’arghya et l’ācamanā, selon l’ordre prescrit, en les présentant devant chaque visage vénérable (de la Divinité).

Verse 46

प्रथमावरणे पूज्यो क्रमाद्धेरम्बषण्मुखौ । ब्रह्मांगानि ततश्चैव प्रथमावरणेर्चिते

Dans la première enceinte (āvaraṇa), on doit vénérer, selon l’ordre prescrit, Heramba (Gaṇeśa) et Ṣaṇmukha (Kārttikeya). Ensuite, dans cette même première enceinte, il convient aussi d’adorer les membres, c’est-à-dire les aspects assistants, de Brahmā.

Verse 47

द्वितीयावरणे पूज्या विघ्नेशाश्चक्रवर्तिनः । तृतीयावरणे पूज्या भवाद्या अष्टमूर्तयः

Dans la deuxième enceinte doivent être adorés Vighneśa (Gaṇeśa) et les cakravartin, souverains universels. Dans la troisième enceinte doivent être adorées les Huit Formes manifestées (Aṣṭamūrti), à commencer par Bhava.

Verse 48

महादेवादयस्तत्र तथैकादशमूर्तयः । चतुर्थावरणे पूज्याः सर्व एव गणेश्वराः

Là, Mahādeva et les autres manifestations divines—y compris les onze formes—doivent tous être adorés dans la quatrième enceinte ; car tous sont en vérité des seigneurs des gaṇa de Śiva, ses cohortes d’assistants.

Verse 49

बहिरेव तु पद्मस्य पञ्चमावरणे क्रमात् । दशदिक्पतयः पूज्याः सास्त्राः सानुचरास्तथा

Ensuite, à l’extérieur du lotus—sur son cinquième cercle d’enceinte, selon l’ordre prescrit—doivent être adorés les Seigneurs des dix directions, avec leurs armes et aussi leurs cortèges d’assistants.

Verse 50

ब्रह्मणो मानसाः पुत्राः सर्वे ऽपि ज्योतिषां गणाः । सर्वा देव्यश्च देवाश्च सर्वे सर्वे च खेचराः

Toutes les cohortes d’êtres célestes lumineux sont des fils nés de la pensée de Brahmā ; toutes les Déesses et tous les Dieux—et même les êtres qui se meuvent dans le ciel—procèdent de cette même origine divine.

Verse 51

पातालवासिनश्चान्ये सर्वे मुनिगणा अपि । योगिनो हि सखास्सर्वे पतंगा मातरस्तथा

D’autres encore étaient présents : les habitants de Pātāla et toutes les assemblées de sages. Tous les yogin, tous les compagnons bienveillants, ainsi que les êtres célestes et les Mères divines, s’y rassemblèrent aussi.

Verse 52

क्षेत्रपालाश्च सगणाः सर्वं चैतच्चराचरम् । पूजनीयं शिवप्रीत्या मत्त्वा शंभुविभूतिमत्

Sachant que les Kṣetrapāla, avec leurs cortèges—et, en vérité, tout cet univers, mobile et immobile—sont investis de la puissance et de la gloire de Śambhu, qu’on les vénère pour la joie de Śiva.

Verse 53

अथावरणपूजांते संपूज्य परमेश्वरम् । साज्यं सव्यं जनं हृद्यं हविर्भक्त्या निवेदयेत्

Puis, à la fin de l’āvaraṇa-pūjā (le culte du cortège divin), après avoir pleinement honoré le Seigneur Suprême, qu’on offre avec dévotion le havis—agréable et réjouissant le cœur—accompagné de ghee.

Verse 54

मुखवासादिकं दत्त्वा ताम्बूलं सोपदंशकम् । अलंकृत्य च भूयो ऽपि नानापुष्पविभूषणैः

Après avoir offert des parfums pour la bouche et autres choses semblables, puis le tāmbūla (feuille de bétel) préparé avec des condiments, il orna de nouveau le Vénérable de parures et d’ornements faits de fleurs de toutes sortes.

Verse 55

नीराजनांते विस्तीर्य पूजाशेषं समापयेत् । चषकं सोपकारं च शयनं च समर्पयेत्

À la fin de l’ārati, qu’on étende et dispose correctement les offrandes, puis qu’on achève ce qui reste du culte. Ensuite, qu’on offre une coupe avec ses accompagnements, et qu’on présente aussi le lit comme service rituel au Seigneur.

Verse 56

चन्द्रसंकाशहारं च शयनीयं समर्पयेत् । आद्यं नृपोचितं हृद्यं तत्सर्वमनुरूपतः

Qu’on offre un collier brillant comme la lune, et aussi un lit digne. Ces dons premiers—dignes d’un roi et chers au cœur—doivent tous être présentés avec justesse, selon la convenance due au destinataire.

Verse 57

कृत्वा च कारयित्वा च हित्वा च प्रतिपूजनम् । स्तोत्रं व्यपोहनं जप्त्वा विद्यां पञ्चाक्षरीं जपेत्

Après avoir accompli soi-même—ou fait accomplir—les rites prescrits, et après avoir mis de côté la contre-offrande destinée à écarter les obstacles, qu’on récite d’abord le stotra ‘Vyapohana’ pour la purification. Ensuite, qu’on répète la Vidyā aux cinq syllabes—la Pañcākṣarī—dédiée à Śiva.

Verse 58

प्रदक्षिणां प्रणामं च कृत्वात्मानं समर्पयेत् । ततः पुरस्ताद्देवस्य गुरुविप्रौ च पूजयेत्

Après avoir accompli la circumambulation (pradakṣiṇā) et la prosternation, qu’on s’offre soi-même dans l’abandon. Ensuite, en présence du Seigneur, qu’on honore aussi son guru et les brāhmaṇas.

Verse 59

दत्त्वार्घ्यमष्टौ पुष्पाणि देवमुद्वास्य लिंगतः । अग्नेश्चाग्निं सुसंयम्य ह्युद्वास्य च तमप्युत

Après avoir offert l’arghya et huit fleurs, qu’on conclue avec respect le culte du Deva auprès du Liṅga. Et, après avoir bien maîtrisé et apaisé le feu sacré, qu’on mette aussi dûment fin à ce rite.

Verse 60

प्रत्यहं च जनस्त्वेवं कुर्यात्सेवां पुरोदिताम् । ततस्तत्साम्बुजं लिंगं सर्वोपकरणान्वितम्

Et chaque jour, le dévot doit accomplir le service cultuel tel qu’il a été exposé. Ensuite, muni de tous les accessoires rituels, qu’il serve dûment ce Liṅga — avec l’offrande d’eau et l’adoration du lotus — comme appui sacré pour s’approcher du Seigneur Śiva.

Verse 61

समर्पयेत्स्वगुरवे स्थापयेद्वा शिवालये । संपूज्य च गुरून्विप्रान्व्रतिनश्च विशेषतः

Qu’on l’offre à son propre guru, ou bien qu’on l’installe dans un sanctuaire de Śiva. Et, après avoir honoré comme il se doit les gurus, les sages brāhmanes et surtout ceux qui observent des vœux, qu’on agisse en conséquence.

Verse 62

भक्तान्द्विजांश्च शक्तश्चेद्दीनानाथांश्च तोषयेत् । स्वयं चानशने शक्तः फलमूलाशने ऽथ वा

Si l’on en a la capacité, qu’on réjouisse les dévots du Seigneur, les « deux-fois-nés », ainsi que les pauvres sans appui ni protection. Et si l’on en a la force, qu’on observe le jeûne ; sinon, qu’on se nourrisse de fruits et de racines.

Verse 63

पयोव्रतो वा भिक्षाशी भवेदेकाशनस्तथा । नक्तं युक्ताशनो नित्यं भूशय्यानिरतः शुचिः

Qu’il observe le vœu de ne prendre que du lait, ou qu’il vive d’aumônes ; qu’il ne mange qu’une fois par jour, ou qu’il prenne sa nourriture la nuit, en juste mesure. Toujours attaché à dormir à même le sol, qu’il demeure pur—discipliné dans le corps et dans la conduite.

Verse 64

भस्मशायी तृणेशायी चीराजिनधृतो ऽथवा । ब्रह्मचर्यव्रतो नित्यं व्रतमेतत्समाचरेत्

Qu’il observe sans cesse ce vœu : dormir sur la cendre sacrée ou sur l’herbe, porter l’écorce en vêtement ou une peau de daim ; et demeurer toujours établi dans le vœu de brahmacarya (continence).

Verse 65

अर्कवारे तथार्द्रायां पञ्चदश्यां च पक्षयोः । अष्टम्यां च चतुर्दश्यां शक्तस्तूपवसेदपि

Le dimanche, le jour d’Ārdrā (nakṣatra), le quinzième jour lunaire de l’une ou l’autre quinzaine, ainsi que le huitième et le quatorzième jour — si l’on en a la force — qu’on observe aussi le jeûne (upavāsa) comme vœu sacré en ces occasions.

Verse 66

पाखण्डिपतितोदक्यास्सूतकान्त्यजपूर्वकान् । वर्जयेत्सर्वयत्नेन मनसा कर्मणा गिरा

Avec tous les efforts, qu’on évite—par la pensée, par l’acte et par la parole—les hérétiques, les déchus, ceux dont l’eau est rituellement impure, ceux qui sont sous l’impureté de naissance ou de mort (sūtaka), et ceux qui commencent par l’exclu de caste; car une telle fréquentation entrave la pureté et la stabilité sur la voie de Śiva.

Verse 67

क्षमदानदयासत्याहिंसाशीलः सदा भवेत् । संतुष्टश्च प्रशान्तश्च जपध्यानरतस्तथा

Qu’il demeure toujours établi dans les vertus du pardon, du don, de la compassion, de la vérité et de la non-violence. Satisfait et paisible, qu’il reste aussi voué au japa et à la méditation; ainsi devient-il digne de la voie śaiva, où le paśu (l’âme liée) est délivré du pāśa (l’entrave) par la grâce du Pati, Śiva.

Verse 68

कुर्यात्त्रिषवणस्नानं भस्मस्नानमथापि वा । पूजां वैशेषिकीं चैव मनसा वचसा गिरा

Qu’on accomplisse les ablutions des trois moments quotidiens (aux trois sandhyās), ou bien qu’on se baigne avec la cendre sacrée (bhasma). Qu’on offre aussi le culte particulier—par la pensée, par la parole et par les mots proférés—en consacrant à Śiva toutes les facultés, intérieures et extérieures.

Verse 69

बहुनात्र किमुक्तेन नाचरेदशिवं व्रती । प्रमादात्तु तथाचारे निरूप्य गुरुलाघवे

À quoi bon en dire davantage ici ? Celui qui observe un vœu (vrata) ne doit jamais accomplir ce qui est néfaste et contraire à Śiva. Mais si, par négligence, une telle conduite survient, qu’il distingue alors ce qui est lourd (faute grave) et ce qui est léger (faute mineure), puis qu’il accomplisse l’expiation appropriée.

Verse 70

उचितां निष्कृतिं कुर्यात्पूजाहोमजपादिभिः । आसमाप्तेर्व्रतस्यैवमाचरेन्न प्रमादतः

Qu’on accomplisse l’expiation convenable par le culte, les offrandes au feu (homa), la récitation des mantras (japa) et autres observances. Ainsi, jusqu’à l’achèvement total du vœu, qu’on agisse sans négligence.

Verse 71

गोदानं च वृषोत्सर्गं कुर्यात्पूजां च संपदा । भक्तश्च शिवप्रीत्यर्थं सर्वकामविवर्जितः

Pour la seule joie du Seigneur Śiva, le dévot—délivré de tout désir égoïste—doit accomplir le don de vaches, le rite de la libération cérémonielle d’un taureau (vṛṣotsarga) et le culte, en offrant ses biens avec dévotion.

Verse 72

सामान्यमेतत्कथितं व्रतस्यास्य समासतः । प्रतिमासं विशेषं च प्रवदामि यथाश्रुतम्

Ainsi a été énoncé brièvement l’aperçu général de ce vœu. À présent, je vais déclarer, selon ce qui a été entendu dans la tradition, les observances particulières à suivre chaque mois.

Verse 73

वैशाखे वज्रलिंगं तु ज्येष्ठे मारकतं शुभम् । आषाढे मौक्तिकं विद्याच्छ्रावणे नीलनिर्मितम्

Au mois de Vaiśākha, qu’on vénère le Vajra-liṅga ; au mois de Jyeṣṭha, le liṅga d’émeraude, de bon augure ; au mois d’Āṣāḍha, qu’on reconnaisse le liṅga de perle ; et au mois de Śrāvaṇa, le liṅga façonné de saphir bleu.

Verse 74

मासे भाद्रपदे चैव पद्मरागमयं परम् । आश्विने मासि विद्याद्वै लिंगं गोमेदकं वरम्

Au mois de Bhādrapada, qu’on vénère le Liṅga suprême façonné de padmarāga (rubis). Au mois d’Āśvina, sachez en vérité que la forme prescrite est l’excellent Liṅga fait de gomedaka (hessonite).

Verse 75

कार्तिक्यां वैद्रुमं लिंगं वैदूर्यं मार्गशीर्षके । पुष्परागमयं पौषे माघे द्युमणिजन्तथा

Au mois de Kārtika, qu’on vénère le Liṅga de vaidruma (corail) ; au mois de Mārgaśīrṣa, le Liṅga de vaidūrya (œil-de-chat) ; au mois de Pauṣa, le Liṅga façonné de puṣparāga (topaze) ; et au mois de Māgha, de même, le Liṅga fait d’un joyau rayonnant.

Verse 76

फाल्गुणे चन्द्रकान्तोत्थं चैत्रे तद्व्यत्ययो ऽथवा । सर्वमासेषु रत्नानामलाभे हैममेव वा

Au mois de Phālguna, qu’on emploie ce qui provient de la candrakānta (pierre de lune) ; au mois de Chaitra, l’inverse peut aussi être pratiqué. En tous les mois, si les gemmes sont introuvables, qu’on utilise simplement l’or seul.

Verse 77

हैमाभावे राजतं वा ताम्रजं शैलजन्तथा । मृन्मयं वा यथालाभं जातुषं चान्यदेव वा

Si l’or fait défaut, qu’on emploie l’argent, ou le cuivre, ou encore la pierre. Ou bien, selon ce qui se trouve, une forme d’argile ; ou de résine : en vérité, toute autre matière convenable peut aussi être utilisée.

Verse 78

सर्वगंधमयं वाथ लिंगं कुर्याद्यथारुचि । व्रतावसानसमये समाचरितनित्यकः

Ensuite, selon son inclination, qu’il façonne un Liṅga embaumé de toutes les fragrances. Et au moment de clore le vœu (vrata) — après avoir accompli comme il se doit les observances quotidiennes — qu’il poursuive le rite.

Verse 79

कृत्वा वैशेषिकीं पूजां हुत्वा चैव यथा पुरा । संपूज्य च तथाचार्यं व्रतिनश्च विशेषतः

Après avoir accompli le culte spécial prescrit et versé les oblations dans le feu sacré selon l’antique tradition, on doit ensuite honorer comme il se doit l’ācārya (précepteur spirituel), et tout particulièrement révérer les vratins, observants de vœux.

Verse 80

देशिकेनाप्यनुज्ञातः प्राङ्मुखो वाप्युदङ्मुखः । दर्भासनो दर्भपाणिः प्राणापानौ नियम्य च

Ayant reçu l’autorisation du précepteur, tourné vers l’est ou vers le nord, assis sur un siège d’herbe kuśa et tenant du kuśa en main, on doit maîtriser et régler l’inspiration et l’expiration (prāṇa et apāna).

Verse 81

जपित्वा शक्तितो मूलं ध्यात्वा साम्बं त्रियम्बकम् । अनुज्ञाप्य यथापूर्वं नमस्कृत्य कृताञ्जलिः

Après avoir récité, selon ses forces, le mantra racine et médité sur Triyambaka—Śiva toujours uni à Umā—il demanda la permission comme auparavant ; puis, les paumes jointes, il se prosterna avec vénération.

Verse 82

समुत्सृजामि भगवन्व्रतमेतत्त्वदाज्ञया । इत्युक्त्वा लिंगमूलस्थान्दर्भानुत्तरतस्त्यजेत्

«Ô Seigneur, par Ton ordre je conclus à présent ce vœu.» Ayant ainsi parlé, il doit jeter l’herbe darbha placée au pied du Liṅga, en la rejetant vers le côté nord.

Verse 83

ततो दण्डजटाचीरमेखला अपि चोत्सृजेत् । पुनराचम्य विधिवत्पञ्चाक्षरमुदीरयेत्

Ensuite, il doit déposer même le bâton, les jaṭā (mèches emmêlées), le vêtement d’écorce et la ceinture. Après avoir accompli de nouveau l’ācamana selon la règle, il doit réciter le mantra aux cinq syllabes : «Namaḥ Śivāya».

Verse 84

यः कृत्वात्यंतिकीं दीक्षामादेहान्तमनाकुलः । व्रतमेतत्प्रकुर्वीत स तु वै नैष्ठिकः स्मृतः

Celui qui, ayant reçu l’initiation suprême (ultime), demeure ferme et sans trouble jusqu’au terme de sa vie et accomplit fidèlement cette observance—celui-là est, en vérité, rappelé comme Naiṣṭhika, établi dans la discipline de toute une vie.

Verse 85

सो ऽत्याश्रमी च विज्ञेयो महापाशुपतस्तथा । स एव तपतां श्रेष्ठ स एव च महाव्रती

Sachez-le : il est celui qui dépasse tous les āśrama, et il est aussi le grand Pāśupata. Lui seul est le premier parmi les ascètes ; lui seul est le Mahāvratī, observant du grand vœu.

Verse 86

न तेन सदृशः कश्चित्कृतकृत्यो मुमुक्षुषु । यो यतिर्नैष्ठिको जातस्तमाहुर्नैष्ठिकोत्तमम्

Parmi les aspirants à la délivrance, nul ne lui est comparable : il a accompli ce qui devait l’être. Le yati devenu naiṣṭhika, ferme et inébranlable dans la discipline de son vœu, est ainsi nommé naiṣṭhikottama, le meilleur des naiṣṭhikas.

Verse 87

यो ऽन्वहं द्वादशाहं वा व्रतमेतत्समाचरेत् । सो ऽपि नैष्ठिकतुल्यः स्यात्तीव्रव्रतसमन्वयात्

Quiconque accomplit ce vœu chaque jour, ou ne fût-ce que durant douze jours, devient l’égal d’un naiṣṭhika de toute une vie, car cette discipline est jointe à une austérité ardente.

Verse 88

घृताक्तो यश्चरेदेतद्व्रतं व्रतपरायणः । द्वित्रैकदिवसं वापि स च कश्चन नैष्ठिकः

Celui qui, oint de ghee, accomplit ce vœu avec une dévotion inébranlable aux vœux—fût-ce deux jours, trois jours, ou même un seul jour—devient un véritable naiṣṭhika, observateur résolu de la discipline sacrée.

Verse 89

कृत्यमित्येव निष्कामो यश्चरेद्व्रतमुत्तमम् । शिवार्पितात्मा सततं न तेन सदृशः क्वचित्

Celui qui, sans désir de fruit, accomplit le vœu suprême avec ce seul sentiment : «C’est mon devoir», et qui offre sans cesse son être même à Śiva—nul, nulle part, ne lui est comparable.

Verse 90

भस्मच्छन्नो द्विजो विद्वान्महापातकसंभवैः । पापैस्सुदारुणैस्सद्यो मुच्यते नात्र संशयः

Le dvija savant, couvert de bhasma (cendre sacrée), est aussitôt délivré même des fautes les plus terribles issues des grands forfaits ; là-dessus, point de doute.

Verse 91

रुद्राग्निर्यत्परं वीर्यन्तद्भस्म परिकीर्तितम् । तस्मात्सर्वेषु कालेषु वीर्यवान्भस्मसंयुतः

Cette puissance suprême qui appartient au feu de Rudra est proclamée être la bhasma, la cendre sacrée. Ainsi, en tout temps, celui qui est paré de bhasma devient puissant et inébranlable.

Verse 92

भस्मनिष्ठस्य नश्यन्ति देषा भस्माग्निसंगमात् । भस्मस्नानविशुद्धात्मा भस्मनिष्ठ इति स्मृतः

Pour celui qui demeure voué à la bhasma, les impuretés s’anéantissent par l’union de la cendre et du feu consacrant. Celui dont l’être intérieur est purifié par le bain de bhasma est rappelé par la tradition comme « bhasmaniṣṭha », ferme en la bhasma.

Verse 93

भस्मना दिग्धसर्वांगो भस्मदीप्तत्रिपुंड्रकः । भस्मस्नायी च पुरुषो भस्मनिष्ठ इति स्मृतः

Celui dont tout le corps est oint de bhasma, dont le Tripuṇḍra resplendit de cette cendre, et qui se baigne de bhasma—un tel homme est rappelé comme « bhasmaniṣṭha », établi fermement en la Bhasma (la cendre sainte de Śiva).

Verse 94

भूतप्रेतपिशासाश्च रोगाश्चातीव दुस्सहाः । भस्मनिष्ठस्य सान्निध्याद्विद्रवंति न संशयः

Les bhūtas, pretas et piśācas — et même les maladies extrêmement difficiles à supporter — s’enfuient à la seule présence de celui qui demeure ferme dans le bhasma (cendre sacrée) ; il n’y a là aucun doute.

Verse 95

भासनाद्भासितं प्रोक्तं भस्म कल्मषभक्षणात् । भूतिभूतिकरी चैव रक्षा रक्षाकरी परम्

On l’appelle « bhāsita » parce qu’elle illumine la voie de la pureté ; et on la déclare « bhasma » parce qu’elle consume les souillures et les péchés. Elle confère la bhūti — puissance auspicious et prospérité — et elle est la protection suprême, engendrant sans cesse la protection.

Verse 96

किमन्यदिह वक्तव्यं भस्ममाहात्म्यकारणम् । व्रती च भस्मना स्नातस्स्वयं देवो महेश्वरः

Que dire de plus ici sur la cause de la grandeur de la cendre sacrée (bhasma) ? Le Seigneur Mahādeva lui-même, Maheshvara, est un ascète observant les vœux, comme baigné et oint de bhasma.

Verse 97

परमास्त्रं च शैवानां भस्मैतत्पारमेश्वरम् । धौम्याग्रजस्य तपसि व्यापदो यन्निवारिताः

Cette bhasma, appartenant au Seigneur suprême Parameśvara, est l’arme la plus haute des śaivas ; par elle furent écartés les obstacles survenus durant les austérités du frère aîné de Dhaumya.

Verse 98

तस्मात्सर्वप्रयत्नेन कृत्वा पाशुपतव्रतम् । धनवद्भस्म संगृह्य भस्मस्नानरतो भवेत्

Ainsi, de tout son effort, qu’on entreprenne le vœu Pāśupata ; et, recueillant la bhasma comme un trésor, qu’on demeure voué au bain et à l’onction de bhasma.

Frequently Asked Questions

The chapter teaches the vidhi (procedure) of the supreme Pāśupata vrata—how to choose time and place, obtain ācārya authorization, perform preparatory worship, adopt purity markers, and begin the vow through saṅkalpa and fire-rite framing.

‘Rahasya’ signals restricted, authoritative instruction, while the Atharvaśiras association anchors the vow in a Vedic/Upaniṣadic prestige-register, presenting the practice as both salvific (pāpa-kṣaya) and scripturally legitimized.

The votary meditates on both Deva (Śiva/Paśupati) and Devī, indicating a paired theistic focus in which contemplative alignment accompanies external observance, preparing the practitioner for vow-identity (pāśupata) and Śiva’s grace.