Adhyaya 13
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Dharmānukathana (Narration of Dharma)

Dans un cadre didactique attribué à Dharmarāja s’adressant à un roi, ce chapitre énumère des actes de dharma qui engendrent un फल (phala) croissant : bâtir des temples pour Śiva ou pour Hari, voire de simples sanctuaires d’argile, procure une demeure dans le séjour de Viṣṇu durant de multiples kalpas, puis une ascension vers Brahmapura et svarga, jusqu’à une renaissance yogique et la délivrance. Le mérite est explicitement multiplié selon les matériaux (bois de feu, brique, pierre, cristal, cuivre, or) et selon les services de protection et d’entretien (nettoyer, enduire, asperger, décorer). Les œuvres publiques—étangs, réservoirs, puits, bassins, canaux, villages, āśramas, bosquets—sont classées par utilité sociale, avec un principe d’équité : pauvres et riches obtiennent un fruit égal s’ils donnent selon leurs moyens. Un axe bhakti majeur met en avant Tulasī (planter, arroser, offrir des feuilles, présenter à Śālagrāma) et l’ūrdhva-puṇḍra, promettant la destruction des grands péchés et un long séjour dans le royaume de Nārāyaṇa. Le texte dresse la liste des substances d’abhiṣeka (lait, ghee, pañcāmṛta, eau de coco, jus de canne, eau filtrée, eau parfumée) et des temps sacrés (Ekādaśī, Dvādaśī, pūrṇimā, éclipses, saṅkrānti, nakṣatra-yogas). Il développe le dāna-dharma : nourriture et eau comme dons suprêmes, vaches et connaissance comme dons libérateurs, et dons de gemmes ou de véhicules menant à divers lokas. Les arts du temple (musique, danse, cloches, conques, lampes) sont présentés comme un service orienté vers mokṣa. La conclusion affirme une métaphysique centrée sur Viṣṇu : dharma, action, moyens et fruits sont Viṣṇu.

Shlokas

Verse 1

धर्मराज उवाच । देवतायतनं यस्तु कुरुते कारयत्यपि । शिवस्यापि हरेर्वापि तस्य पुण्यफलं शृणु 1. ॥ १ ॥

Dharmarāja dit : Quiconque bâtit un temple pour une divinité — ou en fait bâtir un — qu’il soit dédié à Śiva ou à Hari (Viṣṇu), écoute maintenant le fruit méritoire qui lui revient.

Verse 2

मातृतः पितृतश्चैव लक्षकोटिकुलान्वितः । कल्पत्रयं विष्णुपदे तिष्ठत्येव न संशयः ॥ २ ॥

Avec les lignées du côté maternel et du côté paternel—jusqu’à des centaines de milliers et des crores de familles—l’être demeure assurément en Viṣṇupada, la demeure suprême de Viṣṇu, durant trois kalpas ; il n’y a là aucun doute.

Verse 3

मृदैव कुरुते यस्तु देवतायतनं नरः । यावत्पुण्यं भवेत्तस्य तन्मे निगदतः शृणु ॥ ३ ॥

Si un homme érige un sanctuaire (temple) pour la Divinité, fût-ce seulement avec de l’argile, écoute-moi tandis que j’énonce combien immense devient le mérite de cet acte.

Verse 4

दिव्यदेहधरो भूत्वा विमानवरमास्थितः । कल्पत्रयं विष्णुपदे तिष्ठत्येव न संशयः ॥ ४ ॥

Revêtu d’un corps divin et assis dans un char céleste d’excellence, il demeure assurément en Viṣṇupada, la demeure de Viṣṇu, durant trois kalpas ; il n’y a aucun doute.

Verse 5

मृदैव कुरुते यस्तु देवतायतनं नरः । यावत्पुण्यं भवेत्तस्य तन्मे निगदतः शृणु ॥ ५ ॥

Celui qui bâtit un sanctuaire (temple) pour une divinité, fût-ce seulement avec de l’argile, acquiert une part de mérite. Écoute-moi expliquer combien ce mérite est immense.

Verse 6

दिव्यदेहधरो भूत्वा विमानवरमास्थितः । कल्पत्रयं विष्णुपदे स्थित्वा ब्रह्मपुरं व्रजेत् ॥ ६ ॥

Ayant revêtu un corps divin et siégeant dans un char céleste d’excellence, il demeure établi en Viṣṇupada durant trois kalpas ; puis, ensuite, il se rend à la cité de Brahmā (Brahmapura).

Verse 7

कल्पद्वयं स्थितस्तत्र पुनः कल्पं वसेद्दिवि । ततस्तु योगिनामेव कुले जातो दयान्वितः ॥ ७ ॥

Après y être demeuré durant deux kalpas, il séjourna ensuite au ciel pendant un kalpa encore. Puis, il naquit dans la lignée même des yogin, doté d’une profonde compassion.

Verse 8

वैष्णवं योगमास्थाय मुक्तिं व्रजति शाश्वतीम् । दारुभिः कुरुते यस्तु तस्य स्याद् द्विगुणं फलम् ॥ ८ ॥

Celui qui prend refuge dans le Yoga vaiṣṇava atteint la délivrance éternelle. Mais celui qui l’accomplit avec du bois sacré obtient un fruit au double.

Verse 9

त्रिगुणं चेष्टकाभिस्तु शिलाभिस्तच्चतुर्गुणम् । स्फाटिकाभिः शिलाभिस्तु ज्ञेयं दशगुणोत्तरम् ॥ ९ ॥

Si cela est fait avec des briques, le fruit est triple ; avec des dalles de pierre, il devient quadruple ; et avec des dalles de cristal, il faut comprendre que le mérite est dix fois supérieur.

Verse 10

ताम्रीभिस्तच्छतगुणं हेम्ना कोटिगुणं भवेत् । देवालयं तडागं वा ग्रामं वा पालयेत्तु यः ॥ १० ॥

Si cela est fait avec du cuivre, le mérite devient centuple ; avec de l’or, il devient d’un crore de fois. Quiconque protège un temple du Deva, un étang-réservoir ou même un village, obtient ainsi un fruit spirituel multiplié.

Verse 11

कर्तुःशतगुणं तस्य पुण्यं भवति भूपते । देवालयस्य शुश्रूषां लेपसेचनमण्डनैः ॥ ११ ॥

Ô roi, le mérite de celui qui sert le temple de la Divinité—en l’enduisant ou le nettoyant, en l’aspergeant d’eau et en l’ornant—devient cent fois supérieur à celui du simple auteur d’actes pieux ordinaires.

Verse 12

कुर्याद्यत्सततं भक्त्या तस्य पुण्यमनन्तकम् । वेतनाद्विष्टितो वापि पुण्यकर्मप्रवर्त्तिताः ॥ १२ ॥

Tout ce qu’un être accomplit sans cesse avec bhakti, son mérite spirituel devient sans fin. Même ceux qui agissent pour un salaire ou sont contraints au service sont, par là même, mis en marche vers des actes méritoires.

Verse 13

ते गच्छन्ति धराधाराः शाश्वतं वैष्णवं पदम् । तडागार्द्धफलं राजन्कासारे परिकीर्तितम् ॥ १३ ॥

De tels soutiens de la terre (bienfaiteurs) vont à la demeure éternelle de Viṣṇu, l’état vaiṣṇava. Ô Roi, il est proclamé qu’un simple étang (kāsāra) ne donne que la moitié du mérite de la construction d’un véritable réservoir (taḍāga).

Verse 14

कूपे पादफलं ज्ञेयं वाप्यां पद्माकरोन्मितम् । वापीशतगुणं प्रोक्तं कुल्यायां भूपतेः फलम् ॥ १४ ॥

Sache qu’un puits ne donne qu’un quart du mérite; et qu’un étang donne un mérite mesuré par le nombre de parterres de lotus qu’il entretient. Un grand bassin (vāpi) est dit conférer cent fois le mérite de l’étang; et le mérite d’un canal d’irrigation (kulyā) est déclaré revenir au roi.

Verse 15

दृषद्भिस्तु धनी कुर्यान्मृदा निष्किञ्चनो जनः । तयोः फलं समानं स्यादित्याह कमलोद्भवः ॥ १५ ॥

Le riche doit accomplir l’œuvre pieuse avec des pierres, et l’indigent peut la faire avec de l’argile; le fruit des deux est identique, ainsi le déclare Kamalodbhava (Brahmā).

Verse 16

दद्यादाढ्यस्तु नगरं हस्तमात्रमकिञ्चनः । भुवं तयोः समफलं प्राहुर्वेदविदो जनाः ॥ १६ ॥

Le riche doit donner même une ville, tandis que le démuni ne doit offrir que ce qui tient dans sa main; les sages connaisseurs du Veda déclarent que le fruit spirituel de ces deux dons est égal.

Verse 17

धनाढ्यः कुरुते यस्तु तडागं फलसाधनम् । दरिद्र ः कुरुते कूपं समं पुण्यं प्रकीर्तितम् ॥ १७ ॥

Le riche qui fait creuser un étang, œuvre publique porteuse de fruits, et le pauvre qui creuse un puits : tous deux sont proclamés obtenir un mérite spirituel égal.

Verse 18

आश्रमं कारयेद्यस्तु बहुजन्तूपकारकम् । स याति ब्रह्मभुवनं कुलत्रयसमन्वितः ॥ १८ ॥

Quiconque fait bâtir un āśrama (abri/ermitage) pour le bien de nombreux êtres vivants atteint le monde de Brahmā, accompagné du mérite qui élève trois générations de sa lignée.

Verse 19

धेनुर्वा ब्राह्मणो वापि यो वा को वापि भूपते । क्षणार्द्धं तस्य छायायां तिष्ठन्स्वर्गं नयत्यमुम् ॥ १९ ॥

Ô roi, qu’il s’agisse d’une vache ou d’un brāhmaṇa—ou de quiconque—celui qui demeure ne fût-ce qu’un demi-instant dans son ombre est, par ce mérite, conduit au ciel.

Verse 20

आरामकारका राजन्देवतागृहकारिणः । तडागग्रामकर्त्तारः पूज्यन्ते हरिणा सह ॥ २० ॥

Ô roi, ceux qui créent des jardins de délice (ārāma), ceux qui bâtissent des sanctuaires pour les divinités, et ceux qui creusent des réservoirs et fondent des villages, sont honorés avec Hari (Viṣṇu).

Verse 21

सर्वलोकोपकारार्थं पुष्पारामं जनेश्वर । कुर्वते देवतार्थं वा तेषां पुण्यफलं शृणु ॥ २१ ॥

Ô seigneur des hommes, écoute le fruit méritoire de ceux qui créent un jardin de fleurs, soit pour le bien de tous, soit comme offrande destinée aux divinités.

Verse 22

तत्र यावन्ति पर्णानि कुसुमानि भवन्ति च । तावद्वर्षाणि नाकस्थो मोदते कुलकोटिभिः ॥ २२ ॥

Là, durant autant d’années qu’il y a de feuilles et de fleurs, celui qui atteint le ciel demeure dans les sphères célestes, se réjouissant avec des dizaines de millions de membres de sa lignée.

Verse 23

प्राकारकारिणस्तस्य कण्टकावरणप्रदाः । प्रयान्ति ब्रह्मणः स्थानं युगानामेकसप्ततिम् ॥ २३ ॥

Ceux qui en bâtissent des remparts protecteurs, et ceux qui fournissent des couvertures contre les épines, atteignent la demeure de Brahmā durant soixante et onze yuga.

Verse 24

तुलसीरोपणं ये तु कुर्वते मनुजेश्वर । तेषां पुण्यफलं राजन्वदतो मे निशामय ॥ २४ ॥

Ô seigneur parmi les hommes, ceux qui plantent le Tulasi—ô Roi, écoute maintenant tandis que je décris le fruit méritoire qui leur échoit.

Verse 25

सप्तकोटिकुलैर्युक्तो मातृतः पितृतस्तथा । वसेत्कल्पशतं साग्रं नारायणपदे नृप ॥ २५ ॥

Ô roi, celui qui est lié à sept crores de lignées—du côté maternel et pareillement du côté paternel—demeure cent kalpa entiers (et davantage) dans la demeure de Nārāyaṇa.

Verse 26

ऊर्ध्वपुण्ड्रधरो यस्तु तुलसीमूलमृत्स्नया । गोपिकाचन्दनेनापि चित्रकूटमृदापि वा । गङ्गामृत्तिकया चैव तस्य पुण्यफलं शृणु ॥ २६ ॥

Écoute maintenant le fruit méritoire de celui qui porte sur le front la marque verticale vaiṣṇava (ūrdhva-puṇḍra), faite de la terre sacrée au pied du Tulasi, ou de la Gopī-candana, ou de la terre de Citrakūṭa, ou encore de l’argile du Gaṅgā.

Verse 27

विमानवरमारुढो गन्धर्वाप्सरसां गणैः । सङ्गीयमानचरितो मोदते विष्णुमन्दिरे ॥ २७ ॥

Monté sur un sublime char céleste, entouré des troupes de Gandharvas et d’Apsaras, tandis que ses hauts faits sont chantés en louange, il se réjouit dans le temple, demeure de Viṣṇu.

Verse 28

पत्राणि तुलसीमूलाद्यावन्ति पतितानि वै । तावन्ति ब्रह्महत्यादिपातकानि हतानि च ॥ २८ ॥

Autant de feuilles que sont tombées de la racine du Tulasi, autant de péchés—à commencer par la brahmahatyā, le crime terrible de tuer un brāhmaṇa—sont pareillement anéantis.

Verse 29

तुलस्यां सेचयेद्यस्तु जलं चुलुकमात्रकम् । क्षीरोदवासिना सार्द्धं वसेदाचन्द्र तारकम् ॥ २९ ॥

Quiconque arrose le Tulasi ne fût-ce que d’une paume d’eau, demeurera avec le Seigneur qui réside dans l’Océan de Lait, aussi longtemps que dureront la lune et les étoiles.

Verse 30

ददाति ब्राह्मणानां यः कोमलं तुलसीदलम् । स याति ब्रह्मसदने कुलत्रितयसंयुतः ॥ ३० ॥

Celui qui donne aux brāhmaṇas une tendre feuille de Tulasi atteint la demeure de Brahmā, accompagné du mérite qui élève trois générations de sa lignée.

Verse 31

शालग्रामेऽपयेद्यस्तु तुलस्यास्तु दलानि च । स वसेद्विष्णुभवने यावदाभूतसम्प्लवम् ॥ ३१ ॥

Quiconque offre des feuilles de Tulasi au Śālagrāma (la pierre-emblème de Viṣṇu) demeure dans la demeure de Viṣṇu jusqu’à la dissolution cosmique de tous les êtres.

Verse 32

कण्टकावरणं यस्तु प्राकारं वापि कारयेत् । सोऽप्येकविंशतिकुलैर्मोदते विष्णुमन्दिरे ॥ ३२ ॥

Celui qui fait ériger une clôture protectrice d’épines, ou même un mur d’enceinte, celui-là—avec vingt et une générations de sa lignée—se réjouit dans le temple, demeure de Viṣṇu.

Verse 33

योऽच्चयेद्धरिपादाब्जं तुलस्याः कोमलैर्दलैः । न तस्य पुनरावृत्तिर्विष्णुलोकान्नरेश्वर ॥ ३३ ॥

Ô seigneur parmi les hommes, celui qui vénère les pieds-lotus de Hari avec les tendres feuilles de Tulasi ne revient plus à la naissance; pour lui, nul retour depuis le monde de Viṣṇu.

Verse 34

द्वादश्यां पौर्णमास्यां यः क्षीरेण स्नापयेद्धरिम् । कुलायुतयुतः सोऽपि मोदते वैष्णवे पदे ॥ ३४ ॥

Celui qui baigne Hari avec du lait lors de la Dvādaśī coïncidant avec la pleine lune—fût-il chargé de fautes accumulées sur dix mille lignées—se réjouit dans la demeure suprême des Vaiṣṇava.

Verse 35

प्रस्थमात्रेण पयसा यः स्नापयति केशवम् । कुलायुतायुतयुतः सोऽपि विष्णुपुरे वसेत् ॥ ३५ ॥

Celui qui baigne Keśava avec du lait à la mesure d’un prastha, lui aussi—dont le mérite se multiplie à travers d’innombrables lignées—demeurera dans la cité divine de Viṣṇu.

Verse 36

घृतप्रस्थेन यो विष्णुं द्वादश्यां स्नापयेन्नरः । कुलकोटियुतो राजन्सायुज्यं लभते हरेः ॥ ३६ ॥

Ô Roi, l’homme qui baigne le Seigneur Viṣṇu en Dvādaśī avec un prastha de ghee se voit doté de crores de lignées et obtient le sāyujya, l’union totale avec Hari.

Verse 37

पञ्चामृतेन यः स्नानमेकादश्यां तु कारयेत् । विष्णोः सायुज्यकं तस्य भवेत्कुलशतायुतैः ॥ ३७ ॥

Quiconque, au jour d’Ekādaśī, accomplit le bain sacré avec le pañcāmṛta obtient le sāyujya, l’union au Seigneur Viṣṇu; et, avec des centaines de milliers de membres de sa lignée, il est béni de cette grâce.

Verse 38

एकादश्यां पौर्णमास्यां द्वादश्यां वा नृपोत्तम । नालिकेरोदकैर्विष्णुं स्नापयेत्तत्फलं शृणु ॥ ३८ ॥

Ô roi excellent, au jour d’Ekādaśī, à la pleine lune (Paurṇamāsī) ou au jour de Dvādaśī, qu’on baigne le Seigneur Viṣṇu avec de l’eau de coco. Écoute maintenant le fruit de cet acte.

Verse 39

दशजन्मार्जितैः पापैर्विमुक्तो नृपसत्तम । शतद्वयकुलैर्युक्तो मोदते विष्णुना सह ॥ ३९ ॥

Ô meilleur des rois, il est délivré des péchés amassés au cours de dix naissances; et, accompagné de deux cents lignées de sa famille, il se réjouit avec le Seigneur Viṣṇu.

Verse 40

इक्षुत्येन देवेशं यः स्नापयति भूपते । केशवं लक्षपितृभिः सार्द्धं विष्णुपदं व्रजेत् ॥ ४० ॥

Ô roi, quiconque baigne le Seigneur des dieux — Keśava — avec le jus de canne à sucre parvient au Viṣṇu-pada, la demeure suprême de Viṣṇu, avec cent mille de ses ancêtres.

Verse 41

पुष्पोदकेन गोविन्दं तथा गन्धोदकेन च । स्नापयित्वा हरिं भक्त्या वैष्णवं पदमाप्नुयात् ॥ ४१ ॥

Après avoir baigné Govinda — Hari — avec de l’eau imprégnée de fleurs et aussi avec de l’eau parfumée, l’être, dans la bhakti, atteint l’état vaiṣṇava, la demeure suprême de Viṣṇu.

Verse 42

जलेन वस्त्रपूतेन यः स्नापयति माधवम् । सर्वपापविनिर्मुक्तो विष्णुना सह मोदते ॥ ४२ ॥

Celui qui baigne Mādhava avec une eau purifiée en la filtrant à travers un tissu est délivré de tous les péchés et se réjouit avec Viṣṇu.

Verse 43

क्षीराद्यैः स्नापयेद्यस्तु रविसङ्क्रमणे हरिम् । स वसेद्विष्णुसदने त्रिसप्तपुरुषैः सह ॥ ४३ ॥

Celui qui, lors du transit du Soleil (saṅkramaṇa), baigne pieusement le Seigneur Hari avec du lait et d’autres substances auspiciées, demeurera dans la demeure de Viṣṇu avec vingt et une générations de sa lignée.

Verse 44

शुक्लपक्षे चतुर्द्दश्यामष्टम्यां पूर्णिमादिने ॥ ४४ ॥

Dans la quinzaine claire (śukla-pakṣa) : au quatorzième jour lunaire, au huitième, et au jour de pleine lune.

Verse 45

एकादश्यां भानुवारे द्वादश्यां पञ्चमीतिथौ । सोमसूर्योपरागे च मन्वादिषु युगादिषु ॥ ४५ ॥

À Ekādaśī lorsqu’il tombe un dimanche ; à Dvādaśī lorsqu’il coïncide avec le tithi de Pañcamī ; durant les éclipses lunaire et solaire ; et aux commencements des Manvantaras et des Yugas — ces moments sont tout particulièrement sacrés pour les observances.

Verse 46

अर्द्धोदये च सूर्यस्य पुष्यार्के रोहिणीबुधे । तथैव शनिरोहिण्यां भौमाश्विन्यां तथैव च ॥ ४६ ॥

De même, lorsque le Soleil est à mi-élévation ; lorsque le Soleil se trouve en Puṣyā ; lorsque Mercure est en Rohiṇī ; pareillement lorsque Saturne est en Rohiṇī ; et lorsque Mars est en Aśvinī — l’observance devient tout particulièrement efficace.

Verse 47

शन्यां भृगुमृगे चैव भृगुरेवतिसङ्गमे । तथा बुधानुराधायां श्रवणार्के तथैव च ॥ ४७ ॥

De même, (ce fruit propice est obtenu) lorsque Saturne se tient en Mṛgaśīrṣā et que Vénus est aussi en Mṛgaśīrṣā; lorsque Vénus est conjointe à Revatī; lorsque Mercure est en Anurādhā; et pareillement lorsque le Soleil est en Śravaṇā.

Verse 48

तथा च सोमश्रवणे हस्तयुक्ते बृहस्पतौ । बुधाष्टम्यां बुधाषाढे पुण्ये चान्ये दिने तथा ॥ ४८ ॥

De même, (le rite doit être accompli) lorsque le lundi coïncide avec la constellation Śravaṇa; lorsque le jeudi coïncide avec Hasta; lorsque le huitième tithi tombe un mercredi; durant l’auspicieuse période d’Āṣāḍha; et pareillement lors d’autres jours saints.

Verse 49

स्नापयेत्पयसा विष्णुं शान्तिमान् वाग्यतः शुचिः । घृतेन मधुना वापि दध्ना वा तत्फलं शृणु ॥ ४९ ॥

L’esprit apaisé, la parole maîtrisée et la pureté observée, qu’on baigne (abhiṣeka) le Seigneur Viṣṇu avec du lait—ou bien avec du ghee, du miel ou du caillé. Écoute maintenant le fruit de ce rite.

Verse 50

सर्वयज्ञफलं प्राप्य सर्वपापविवर्जितः । वसेद्विष्णुपुरे सार्द्धं त्रिसप्तपुरुषैर्नृप ॥ ५० ॥

Ayant obtenu le fruit de tous les sacrifices et étant délivré de tout péché, il demeure dans la cité de Viṣṇu, ô roi, avec vingt et une générations de sa lignée.

Verse 51

तत्रैव ज्ञानमासाद्य योगिनामपि दुर्लभम् । मोक्षमाप्नोति नृपते पुनरावृत्तिदुर्लभम् ॥ ५१ ॥

Là même, ayant atteint cette connaissance—rare même parmi les yogins—il obtient la délivrance, ô roi, un état où tout retour (à la renaissance) est impossible.

Verse 52

कृष्णपक्षे चतुर्दश्यां सोमवारे च भूपते । शिवं संस्नाप्य दुग्धेन शिवसायुज्यमाप्नुयात् ॥ ५२ ॥

Ô roi, au quatorzième jour lunaire (Caturdaśī) de la quinzaine sombre, lorsqu’il tombe un lundi, qu’on baigne Śiva avec du lait ; par cela, on obtient le sāyujya, l’union avec Śiva.

Verse 53

नालिकेरोदकेनापि शिवं संस्नाप्य भक्तितः । अष्टम्यामिन्दुवारे वा शिवसायुज्यमश्नुते ॥ ५३ ॥

Même avec de l’eau de coco, si l’on baigne Śiva avec dévotion, on obtient le sāyujya avec Śiva, surtout si cela est accompli en Aṣṭamī (huitième jour lunaire) ou un lundi.

Verse 54

शुक्लपक्षे चतुर्दश्यामष्टम्यां वापि भूपते । घृतेन मधुना स्नाप्य शिवं तत्साम्यतां व्रजेत् ॥ ५४ ॥

Ô roi, au Caturdaśī de la quinzaine claire (Śukla-pakṣa), ou bien en Aṣṭamī, qu’on baigne Śiva avec du ghee et du miel ; ainsi l’on parvient à la sāmyatā, la ressemblance et proximité avec Śiva.

Verse 55

तिलतैलेन संस्नाप्य विष्णुं वा शिवमेव च । स याति तत्तत्सारूप्यं पितृभिः सह सप्तभिः ॥ ५५ ॥

Celui qui baigne Viṣṇu ou Śiva avec de l’huile de sésame obtient le sārūpya, la ressemblance avec cette divinité, avec ses sept pitṛs, les ancêtres.

Verse 56

शिवमिक्षुरसेनापि यः स्नापयति भक्तितः । शिवलोके वसेत्कल्पं स सप्तपुरुषैः सह ॥ ५६ ॥

Même celui qui, avec dévotion, baigne Śiva avec du jus de canne à sucre, demeurera dans le monde de Śiva pendant un kalpa, avec ses sept générations (saptapuruṣa).

Verse 57

घृतेन स्नापयेल्लिङ्गमुत्थाने द्वादशीदिने । क्षीरेण वा महाभाग तत्फलं शृणु मद्गिरा ॥ ५७ ॥

Ô noble âme, au jour de Dvādaśī, au moment de l’utthāna (le relèvement), qu’on baigne le liṅga avec du ghee, ou avec du lait. Écoute de mes paroles le fruit de cet acte.

Verse 58

जन्मायुतार्जितैः पापैर्विमुक्तो मनुजो नृप । कोटिसङ्ख्यं समुद्धृत्य स्वकुलं शिवतां व्रजेत् ॥ ५८ ॥

Ô Roi, l’homme est délivré des péchés amassés durant des dizaines de milliers de naissances; et, ayant relevé sa propre lignée—par crores—il atteint l’état auspicious (śivatā).

Verse 59

सम्पूज्य गन्धकुसुमैर्विष्णुं विष्णुतिथौ नृप । जन्मायुतार्जितैः पापैर्मुक्तो व्रजति तत्पदम् ॥ ५९ ॥

Ô roi, celui qui vénère dûment Viṣṇu avec parfums et fleurs au tithi sacré de Viṣṇu est délivré des péchés amassés durant des dizaines de milliers de naissances et gagne Sa demeure suprême.

Verse 60

पद्मपुष्पेण यो विष्णुं शिवं वा पूजयन्नेरः । स याति विष्णुभवनं कुलकोटिसमन्वितः ॥ ६० ॥

Quiconque, sans négligence, vénère Viṣṇu—ou même Śiva—avec une fleur de lotus, atteint la demeure de Viṣṇu, accompagné par des crores de sa lignée.

Verse 61

हरिं च केतकीपुष्पैः शिवं धत्तूरजैर्निशि । सम्पूज्य पापनिर्मुक्तो वसेद्विष्णुपुरे युगम् ॥ ६१ ॥

En vénérant Hari avec des fleurs de ketakī et Śiva, la nuit, avec des fleurs de dhattūra—après les avoir honorés comme il se doit—on est délivré du péché et l’on demeure dans la cité de Viṣṇu durant un yuga.

Verse 62

हरिं तु चाम्पकैः पुष्पैरर्कपुष्पैश्च शङ्करम् । समभ्यर्च्य महाराज तत्तत्सालोक्यमाप्नुयात् ॥ ६२ ॥

Ô grand roi, celui qui vénère Hari (Viṣṇu) avec des fleurs de campaka et honore Śaṅkara (Śiva) avec des fleurs d’arka obtient le sālokya, demeurant en communion dans le royaume même de la divinité concernée.

Verse 63

शङ्करस्याथवा विष्णोर्घृतयुक्तं च गुग्गुलुम् । दत्त्वा धूपे नरो भक्त्या सर्वपापैः प्रमुच्यते ॥ ६३ ॥

Celui qui, avec dévotion, offre en encens du guggulu mêlé de ghee à Śaṅkara ou à Viṣṇu est délivré de tous les péchés.

Verse 64

तिलतैलान्वितं दीपं विष्णोर्वा शङ्करस्य वा । दत्त्वा नरः सर्वकामान्संप्राप्नोति नृपोत्तम ॥ ६४ ॥

Ô roi excellent, celui qui offre à Viṣṇu ou à Śaṅkara une lampe remplie d’huile de sésame obtient l’accomplissement de tous ses vœux.

Verse 65

घृतेन दीपं यो दद्याच्छङ्करायाथ विष्णवे । स मुक्तः सर्वपापेभ्यो गङ्गास्नानफलं लभेत् ॥ ६५ ॥

Quiconque offre une lampe alimentée au ghee à Śaṅkara et aussi à Viṣṇu est affranchi de tous les péchés et reçoit un mérite égal à celui d’un bain dans la Gaṅgā.

Verse 66

ग्राम्येण वापि तैलेन राजन्नन्येन वा पुनः । दीपं दत्त्वा महाविष्णोः शिवस्यापि फलं शृणु ॥ ६६ ॥

Ô roi, qu’il s’agisse d’une huile ordinaire ou d’une autre, après avoir offert une lampe à Mahāviṣṇu, écoute aussi le fruit du mérite lorsqu’elle est offerte à Śiva.

Verse 67

सर्वपापविनिर्मुक्तः सर्वैश्वर्यसमन्वितः । तत्तत्सालोक्यमाप्नोति त्रिःसप्तपुरुषान्वितः ॥ ६७ ॥

Délivré de tous les péchés et comblé de toute prospérité divine, il obtient le sālokya, la communion de demeurer dans le même monde que ce Seigneur; et ce mérite s’étend, avec le bienfait, à trois fois sept personnes, soit vingt et une générations.

Verse 68

यद्यदिष्टतमं भोज्यं तत्तदीशाय विष्णवे । दत्वा तत्तत्पदं याति चत्वारिंशत्कुलान्वितः ॥ ६८ ॥

Quel que soit l’aliment que l’on chérit le plus, en l’offrant—lui seul—au Seigneur Viṣṇu, on atteint l’état divin correspondant, avec quarante générations de sa lignée.

Verse 69

यद्यदिष्टतमं वस्तु तत्तद्विप्राय दापयेत् । स याति विष्णुभवनं पुनरावृत्तिदुर्लभम् ॥ ६९ ॥

Quel que soit l’objet que l’on aime le plus, qu’on le fasse donner à un brāhmane savant; ainsi l’on parvient à Viṣṇu-bhavana, la demeure de Viṣṇu, un état d’où le retour à la renaissance mondaine est difficile.

Verse 70

भ्रूणहा स्वर्णदानेन शुद्धो भवति भूपते । अन्नतोयसमं दानं न भूतं न भविष्यति ॥ ७० ॥

Ô roi, même celui qui tue un bhrūṇa (embryon) est purifié par le don d’or. Pourtant, il n’a jamais existé et n’existera jamais de don égal à celui de la nourriture et de l’eau.

Verse 71

अन्नदः प्राणदः प्रोक्तः प्राणदश्चापि सर्वदः । सर्वदानफलं यस्मादन्नदस्य नृपोत्तम ॥ ७१ ॥

Celui qui donne la nourriture est dit donneur de vie; et le donneur de vie est, en vérité, donneur de tout. Ainsi, ô meilleur des rois, le donneur de nourriture obtient le fruit de tous les dons.

Verse 72

अन्नदो ब्रह्मसदनं याति वंशायुतान्वितः । न तस्य पुनरावृत्तिरिति शास्त्रेषु निश्चितम् ॥ ७२ ॥

Celui qui offre la nourriture parvient au séjour de Brahmā, accompagné de dizaines de milliers de descendants ; pour lui, il n’y a plus de retour à la renaissance—ainsi les śāstra l’établissent avec certitude.

Verse 73

सद्यस्तुष्टिकरं ज्ञेयं जलदानं यतोऽधिकम् । अन्नदानान्नृपश्रेष्ठ निर्दिष्टं ब्रह्मवादिभिः ॥ ७३ ॥

Sache que le don de l’eau procure une satisfaction immédiate ; pourtant, ô meilleur des rois, les connaisseurs de Brahman déclarent que le don de nourriture est plus élevé encore.

Verse 74

महापातकयुक्तो वा युक्तो वाप्युपपातकैः । जलदो मुच्यते तेभ्य इत्याह कमलोद्भवः ॥ ७४ ॥

Qu’on soit entaché d’un grand péché (mahāpātaka) ou de fautes secondaires (upapātaka), celui qui donne de l’eau est délivré de ces souillures—ainsi le proclame le Né du Lotus (Brahmā).

Verse 75

शरीरमन्नजं प्राहुः प्राणानप्यन्नजान्विदुः । तस्मादन्नप्रदो ज्ञेयः प्राणदः पृथिवीपते ॥ ७५ ॥

On dit que le corps naît de la nourriture, et l’on sait que les souffles vitaux (prāṇa) naissent eux aussi de la nourriture. Ainsi, ô seigneur de la terre, celui qui donne à manger doit être reconnu comme donnant le souffle même de la vie.

Verse 76

यद्यत्तुष्टिकरं दानं सर्वकामफलप्रदम् । तस्मादन्नसमं दानं नास्ति भूपाल भूतले ॥ ७६ ॥

Quel que soit le don qui apporte la satisfaction et accorde les fruits de tous les désirs ; pourtant, ô roi, sur cette terre il n’est point de charité égale au don de nourriture.

Verse 77

अन्नदस्य कुले जाता आसहस्रं नृपोत्तम । नरकं ते न पश्यन्ति तस्मादन्नप्रदो वरः ॥ ७७ ॥

Ô meilleur des rois, jusqu’à mille êtres nés dans la lignée de celui qui donne la nourriture ne voient point l’enfer ; ainsi, le donateur de nourriture est le plus excellent des bienfaiteurs.

Verse 78

पादाभ्यङ्गं भक्तियुक्तो योऽतिथेः कुरुतेनरः । स स्नातः सर्वतीर्थेषु गङ्गास्नानपुरःसरम् ॥ ७८ ॥

Celui qui, avec dévotion, oint et masse les pieds de l’hôte (atithi) est réputé s’être baigné en tous les tīrthas sacrés, le bain dans la Gaṅgā étant le premier d’entre eux.

Verse 79

तैलाभ्यङ्गं महाराज ब्राह्मणानां करोति यः । स स्नातोऽष्टशतं साग्रं गङ्गायां नात्र संशयः ॥ ७९ ॥

Ô grand roi, celui qui offre aux brāhmaṇas l’onction et le massage d’huile (tailābhyaṅga) est réputé s’être baigné dans la Gaṅgā huit cents fois et davantage ; il n’y a là aucun doute.

Verse 80

रोगितान्ब्राह्मणान्यस्तु प्रेम्णा रक्षति रक्षकः । स कोटिकुलसंयुक्तो वसेद् ब्रह्मपुरे युगम् ॥ ८० ॥

Mais le protecteur qui, avec une tendre sollicitude, préserve les brāhmaṇas atteints de maladie, pourvu du mérite de dix millions de lignées, demeure dans la cité de Brahmā durant un yuga.

Verse 81

यो रक्षेत्पृथिवीपाल रङ्कं वा रोगिणं नरम् । तस्य विष्णुः प्रसन्नात्मा सर्वान्कामान्प्रयच्छति ॥ ८१ ॥

Ô roi, quiconque protège un indigent ou un malade, sur lui Viṣṇu se réjouit en son cœur et accorde toutes les grâces désirées.

Verse 82

मनसा कर्मणा वाचा यो रक्षेदामयान्वितम् । सर्वान्कामानवाप्नोति सर्वपापविवर्जितः ॥ ८२ ॥

Celui qui protège et sert le malade—par la pensée, par l’acte et par la parole—obtient tous les buts désirés et se trouve affranchi de tout péché.

Verse 83

यो ददाति महीपाल निवासं ब्राह्मणाय वै । तस्य प्रसन्नो देवेशः स्वलोकं सम्प्रयच्छति ॥ ८३ ॥

Ô roi, celui qui offre une demeure à un brāhmaṇa, le Seigneur des dieux s’en réjouit et lui accorde Son propre royaume céleste.

Verse 84

ब्राह्मणाय ब्रह्मविदे यो दद्याद्गां पयस्विनीम् । स याति ब्रह्मसदनमन्येषामतिदुर्लभम् ॥ ८४ ॥

Celui qui offre une vache riche en lait à un brāhmaṇa connaisseur du Brahman atteint la demeure de Brahmā, si difficile à obtenir pour les autres.

Verse 85

अन्येभ्यः प्रतिगृह्यापि यो दद्याद्गां पयस्विनीम् । तस्य पुण्यफलं वक्तुं नाहं शक्तोऽस्मि पण्डित ॥ ८५ ॥

Même si l’on a reçu (des biens) d’autrui, si l’on offre ensuite une vache riche en lait, ô savant, je ne puis dire pleinement le fruit méritoire d’un tel don.

Verse 86

कपिलां वेदविदुषे यो ददाति पयस्विनीम् । स एव रुद्रो भूपाल सर्वपापविवर्जितः ॥ ८६ ॥

Ô roi, celui qui donne une vache Kapilā, fauve et riche en lait, à un connaisseur du Veda devient véritablement semblable à Rudra lui-même et se trouve délivré de tout péché.

Verse 87

विप्राय वेदविदुषे दद्यादुभयतोमुखीम् । यस्तस्य पुण्यं सङ्ख्यातुं न शक्तोऽब्दशतैरपि ॥ ८७ ॥

Qu’on offre le don « ubhayato-mukhī » à un brāhmaṇa savant dans les Veda ; nul ne peut en mesurer le mérite, fût-ce au bout de centaines d’années.

Verse 88

तस्य पुण्यफलं राजञ्श्छृणु वक्ष्यामि तत्त्वतः । एकतः क्रतवः सर्वे समग्रवरदक्षिणाः ॥ ८८ ॥

Ô Roi, écoute : je vais dire en vérité le fruit de ce mérite. Il équivaut, d’une part, à tous les kratu accomplis ensemble, avec des dakṣiṇā complètes et excellentes.

Verse 89

एकतो भयभीतस्य प्राणिनः प्राणरक्षणम् । संरक्षति महीपाल यो विप्रं भयविह्वलम् ॥ ८९ ॥

D’une part, c’est la sauvegarde même de la vie d’un être saisi de peur devant le danger. De même, le roi qui protège un brāhmaṇa bouleversé par la crainte, protège véritablement la vie elle-même.

Verse 90

स स्नातः सर्वतीर्थेषु सर्वयज्ञेषु दीक्षितः । वस्त्रदो रुद्र भवनं कन्यादो ब्रह्मणः पदम् ॥ ९० ॥

On le tient pour celui qui s’est baigné en tous les tīrtha et pour celui qui a reçu l’initiation à tous les sacrifices. Le donateur de vêtements atteint la demeure de Rudra ; celui qui donne une jeune fille en mariage atteint le rang de Brahmā.

Verse 91

हेमदो विष्णुभवनं प्रयाति स्वकुलान्वितः । यस्तु कन्यामलङ्कृत्य ददात्यध्यात्मवेदिने ॥ ९१ ॥

Celui qui donne de l’or parvient à la demeure de Viṣṇu avec sa lignée. Mais celui qui pare une jeune fille et la donne en mariage à un connaisseur du Soi intérieur (adhyātma-vedin) atteint ce même but suprême.

Verse 92

शतवंशसमायुक्तः स व्रजेद् ब्रह्मणः पदम् । कार्तिक्यां पौर्णमास्यां वा आषाढ्यां वापि भूपते ॥ ९२ ॥

Pourvu de cent lignées (une descendance vaste et méritoire), il atteint la demeure de Brahmā—soit au jour de pleine lune de Kārttika, soit à la pleine lune d’Āṣāḍha, ô roi.

Verse 93

वृषभं शिवतुष्ट्यर्थमुत्सृजेत्तत्फलं शृणु । सप्तजन्मार्जितैः पापैर्विमुक्तो रुद्र रूपभाक् ॥ ९३ ॥

Qu’on relâche un taureau afin de satisfaire Śiva—écoute le fruit de cet acte : délivré des péchés amassés durant sept naissances, on obtient une forme semblable à Rudra (Śiva).

Verse 94

कुलसप्ततिसंयुक्तो रुद्रे ण सह मोदते । शिवलिङ्गाङ्कितं कृत्वा महिषं यः समुत्सृजेत् ॥ ९४ ॥

Celui qui relâche un buffle après l’avoir marqué de l’emblème du liṅga de Śiva se réjouit avec Rudra, accompagné de soixante-dix générations de sa lignée.

Verse 95

न तस्य यातनालोको भवेन्नृपतिसत्तम । ताम्बूलदानं यः कुर्याच्छक्तितो नृपसत्तम ॥ ९५ ॥

Ô meilleur des rois, celui qui, selon ses moyens, offre le tāmbūla (offrande de feuille de bétel) ne connaîtra pas le monde des tourments et des châtiments.

Verse 96

तस्य विष्णुः प्रसन्नात्मा ददात्यायुर्यशः श्रियम् । क्षीदो घृतदश्चैव मधुदो दधिदस्तथा ॥ ९६ ॥

Viṣṇu, le cœur satisfait envers une telle personne, accorde longue vie, renommée et prospérité. De même, celui qui offre du lait, du ghee, du miel et du caillé reçoit ces bénédictions.

Verse 97

दिव्याब्दायुतपर्यन्तं स्वर्गलोके महीयते । प्रयाति ब्रह्मसदनमिक्षुदाता नृपोत्तम ॥ ९७ ॥

Ô roi excellent, celui qui offre la canne à sucre est honoré dans le séjour céleste durant dix mille années divines; puis il atteint la demeure de Brahmā.

Verse 98

गन्धदः पुण्यफलदः प्रयाति ब्रह्मणः पदम् । गुडेक्षुरसदश्चैव प्रयाति क्षीरसागरम् ॥ ९८ ॥

Celui qui offre des parfums, dispensant le fruit du mérite, atteint le séjour de Brahmā; et de même, celui qui offre du jaggery et du jus de canne parvient à l’Océan de Lait (Kṣīra-sāgara).

Verse 99

भटानां जलदो याति सूर्यलोकमनुत्तमम् । विद्यादानेन सायुज्यं माधवस्य व्रजेन्नरः ॥ ९९ ॥

En donnant de l’eau à ceux qui en manquent, on atteint l’incomparable monde du Soleil (Sūrya-loka) ; mais en offrant la connaissance sacrée, l’homme parvient au sāyujya, l’union avec Mādhava (Viṣṇu).

Verse 100

विद्यादानं महीदानं गोदानं चोत्तमोत्तमम् । नरकादुद्धरन्त्येव जपवाहनदोहनात् ॥ १०० ॥

Le don du savoir, le don de la terre et—suprême entre les suprêmes—le don d’une vache : ceux-ci arrachent véritablement de l’enfer, par l’usage (de la vache) dans le yajña et le culte, comme monture, et par la traite de son lait.

Verse 101

सर्वेषामपि दानानां विद्यादानं विशिष्यते । विद्यादानेन सायुज्यं विष्णोर्याति नृपोत्तम ॥ १०१ ॥

Parmi tous les dons, le don de la connaissance est le plus éminent. En accordant la connaissance, ô roi excellent, on atteint le sāyujya, l’union avec Viṣṇu.

Verse 102

नरस्त्विन्धनदानेन मुच्यते ह्युपपातकैः । शालग्रामशिलादानं महादानं प्रकीर्तितम् ॥ १०२ ॥

En offrant du bois de feu, l’homme est assurément délivré des fautes mineures ; et le don d’une pierre Śālagrāma est proclamé comme le don suprême, le grand dāna.

Verse 103

यद् दत्वा मोक्षमाप्नोति लिङ्गदानं तथा स्मृतम् । ब्रह्माण्डकोटिदानेन यत्फलं लभते नरः ॥ १०३ ॥

Le don par lequel on obtient la délivrance est rappelé comme le don d’un liṅga. Il confère le même mérite que celui qu’un homme acquiert en offrant des crores de Brahmāṇḍa, des univers entiers.

Verse 104

तत्फलं समवाप्नोति लिङ्गदानान्न संशयः । शालग्रामशिलादाने ततोऽपि द्विगुणं फलम् ॥ १०४ ॥

On obtient assurément ce fruit par le don d’un liṅga, sans aucun doute. Et par le don d’une pierre Śālagrāma, le mérite est encore le double de cela.

Verse 105

शालग्रामशिलारूपी विष्णुरेवेति विश्रुतः । यो ददाति नरो दानं गृहेषु महतां प्रभो ॥ १०५ ॥

Ô Seigneur, il est bien connu que Viṣṇu lui-même est présent sous la forme de la pierre Śālagrāma. L’homme qui fait ce don dans les demeures des nobles et des grands obtient un immense mérite spirituel.

Verse 106

गङ्गास्नानफलं तस्य निश्चितं नृप जायते । रत्नान्वितसुवर्णस्य प्रदानेन नृपोत्तम ॥ १०६ ॥

Ô roi, celui qui offre de l’or orné de gemmes obtient assurément le fruit même d’un bain dans la Gaṅgā, ô le meilleur des souverains.

Verse 107

भुक्तिमुक्तिमवाप्नोति महादानं यतः स्मृतम् । नरो माणिक्यदानेन परं मोक्षमवाप्नुयात् ॥ १०७ ॥

Parce qu’il est tenu pour un « grand don » accordant à la fois jouissance mondaine et délivrance, celui qui offre un māṇikya (rubis) peut atteindre l’état suprême de mokṣa.

Verse 108

ध्रुवलोकमवाप्नोति वज्रदानेन मानवः । स्वर्गं विद्रुमदानेन रुद्र लोकमवाप्नुयात् ॥ १०८ ॥

Par le don d’un vajra (diamant), l’homme atteint Dhruvaloka ; par le don de vidruma (corail), il parvient au ciel et peut atteindre Rudraloka.

Verse 109

प्रयाति यानदानेन मुक्तादानेन चैन्दवम् । वैडूर्यदो रुद्र लोकं पुष्परागप्रदस्तथा ॥ १०९ ॥

Par le don d’un yāna (véhicule), on gagne la voie céleste ; par le don de muktā (perles), on atteint le royaume lunaire. Celui qui offre le vaidūrya (pierre « œil-de-chat ») parvient au monde de Rudra ; et de même, celui qui offre le puṣparāga (topaze) atteint la demeure sublime qui lui correspond.

Verse 110

पुष्परागप्रदानेन सर्वत्र सुखमश्नुते । अश्वदो ह्यश्वसान्निध्यं चिरं व्रजति भूमिप ॥ ११० ॥

Par l’offrande de puṣparāga (topaze), on goûte le bonheur en tout lieu. Et, ô roi, celui qui donne un cheval obtient longtemps la proximité et la compagnie des chevaux.

Verse 111

गजदानेन महता सर्वान्कामानवाप्नुयात् । प्रयाति यानदानेन स्वर्गं स्वर्यानमास्थितः ॥ १११ ॥

Par le grand don d’un éléphant, on peut obtenir tous les objets désirés. Et par le don d’un véhicule, on s’en va au ciel, porté sur une monture céleste.

Verse 112

महिषीदो जयत्येव ह्यपमृत्युं न संशयः । गवां तृणप्रदानेन रुद्र लोकमवाप्नुयात् ॥ ११२ ॥

Assurément, celui qui fait don d’une bufflonne triomphe de la mort prématurée—sans aucun doute. Et en offrant herbe et fourrage aux vaches, il atteint le monde de Rudra (Śiva).

Verse 113

वारुणं लोकमाप्नोति महीश लवणप्रदः । स्वाश्रमाचारनिरता सर्वभूतहिते रताः ॥ ११३ ॥

Ô roi, celui qui fait don de sel atteint le monde de Varuṇa. Et ceux qui demeurent fidèles aux devoirs de leur propre āśrama, voués au bien de tous les êtres, obtiennent eux aussi des destinées favorables.

Verse 114

अदाम्भिका गतासूयाः प्रयान्ति ब्रह्मणः पदम् । परोपदेशनिरता वीतरागा विमत्सरा ॥ ११४ ॥

Ceux qui sont sans feinte, délivrés de l’envie, voués à guider autrui, détachés et sans jalousie—de tels êtres atteignent l’état suprême de Brahman.

Verse 115

हरिपादार्चनरताः प्रयान्ति सदनं हरेः । सत्सङ्गाह्लादनिरताः सत्कर्मसु सदोद्यताः ॥ ११५ ॥

Ceux qui se consacrent au culte aux pieds de Hari parviennent à la demeure de Hari. Se réjouissant de la félicité du satsanga (la sainte compagnie), ils demeurent sans cesse empressés aux œuvres justes.

Verse 116

परापवादविमुखाः प्रयान्ति हरिमन्दिरम् । नित्यं हितकरा ये तु ब्राह्मणेषु च गोषु च ॥ ११६ ॥

Ceux qui se détournent de la médisance envers autrui atteignent le sanctuaire de Hari; de même ceux qui, constamment bienfaisants, œuvrent pour le bien des brāhmaṇas et des vaches.

Verse 117

परस्त्रीसङ्गविमुखा न पश्यन्ति यमालयम् । जितेन्द्रि या जिताहारा गोषु क्षान्ताः सुशीलिनः ॥ ११७ ॥

Ceux qui se détournent de la fréquentation des épouses d’autrui ne voient pas la demeure de Yama. Maîtres de leurs sens, sobres dans la nourriture, patients et doux envers les vaches, et d’une conduite vertueuse, ils ne vont pas au royaume du châtiment.

Verse 118

ब्राह्मणेषु क्षमाशीलाः प्रयान्ति भवनं हरेः । अग्निशुश्रूषवश्चैव गुरुशुश्रूषकास्तथा ॥ ११८ ॥

Ceux qui font preuve de patience et de pardon envers les brāhmaṇas atteignent la demeure de Hari ; de même, ceux qui se vouent au service du feu sacré et ceux qui se vouent au service du guru y parviennent aussi.

Verse 119

पतिशुश्रूषणरता न वै संसृतिभागिनः । सदा देवार्चनरता हरिनामपरायणाः ॥ ११९ ॥

Celles qui se consacrent au service de leur époux ne sont, en vérité, pas vouées au saṃsāra. Toujours adonnées au culte de la Divinité et entièrement vouées au Nom de Hari, elles obtiennent la délivrance du cycle des renaissances.

Verse 120

प्रतिग्रहनिवृत्ताश्च प्रयान्ति परमं पदम् । अनाथं विप्रकुणपं ये दहेयुर्नृपोत्तम ॥ १२० ॥

Ceux qui s’abstiennent d’accepter des dons (qui entament le dharma) parviennent au suprême séjour. Et, ô meilleur des rois, ceux qui incinèrent le corps d’un brāhmaṇa sans proches ni réclamant atteignent eux aussi l’état le plus élevé.

Verse 121

अश्वमेधसहस्राणां फलमश्नुवते सदा । पत्रैः पुष्पैः फलैर्वापि जलैर्वा मनुजेश्वर ॥ १२१ ॥

Ô seigneur des hommes, celui qui offre sans cesse dans le culte ne fût-ce que des feuilles, des fleurs, des fruits ou de l’eau, obtient toujours un mérite égal à celui de mille sacrifices Aśvamedha.

Verse 122

पूजया रहितं लिङ्गमचर्येत्तत्फलं शृणु । अप्सरोगणगन्धर्वैः स्तूयमानो विमानगः ॥ १२२ ॥

Écoute le fruit de la vénération du liṅga sans les offrandes et les honneurs prescrits : l’âme devient passagère d’un vimāna céleste, louée par les troupes d’apsarās et de gandharvas.

Verse 123

प्रयाति शिवसान्निध्यमित्याह कमलोद्भवः । चुलुकोदकमात्रेण लिङ्गं संस्नाप्य भूमिप ॥ १२३ ॥

«Il atteint la proximité de Śiva», ainsi parla Kamalodbhava (Brahmā), ô roi : ne fût-ce qu’en baignant le Śiva-liṅga avec une simple paume d’eau.

Verse 124

लक्षाश्वमेधजं पुण्यं संप्राप्नोति न संशयः । पूजया रहितं लिङ्गं कुसुमैर्योऽचयेत्सुधीः ॥ १२४ ॥

Sans nul doute : le sage qui offre des fleurs au liṅga—même sans culte rituel formel—obtient le mérite issu de cent mille sacrifices Aśvamedha.

Verse 125

अश्वमेधायुतफलं भवेत्तस्य जनेश्वर । भक्ष्यैर्भोज्यैः फलैर्वापि शून्यं लिङ्गं प्रपूज्य च ॥ १२५ ॥

Ô seigneur des hommes, pour cette personne la récompense devient égale à celle de dix mille Aśvamedha, si elle vénère comme il se doit le Liṅga sans forme (non manifesté), fût-ce avec de simples offrandes : mets, nourriture apprêtée ou fruits.

Verse 126

शिवसायुज्यमाप्नोति पुनरावृत्तिवर्जितम् । पूजया रहितं विष्णुं योऽचयेदर्कवंशज ॥ १२६ ॥

Ô rejeton de la lignée solaire, celui qui honore dûment Viṣṇu—même sans culte rituel formel—atteint le Śiva-sāyujya, l’union à Śiva, un état sans retour (sans renaissance).

Verse 127

जलेनापि स सालोक्यं विष्णोर्याति नरोत्तम । देवतायतने यस्तु कुर्यात्सम्मार्जनं सुधीः ॥ १२७ ॥

Ô meilleur des hommes, fût-ce seulement avec de l’eau, le sage qui balaie et purifie dans le temple de la Divinité obtient le sālokya : demeurer dans le même monde que le Seigneur Viṣṇu.

Verse 128

यावत्पांसु युगावासं वैष्णवे मन्दिरे लभेत् । शीर्णं स्फटिकलिङ्गं तु यः संदध्यान्नृपोत्तम ॥ १२८ ॥

Ô meilleur des rois, de même qu’obtenir demeure et service dans un temple vaiṣṇava, fût-ce un bref instant, porte du mérite, de même le mérite s’accroît pour celui qui restaure et rétablit l’emblème de cristal (liṅga) usé.

Verse 129

शतजन्मार्जितैः पापैर्मुच्यते स तु मानवः । यस्तु देवालये राजन्नपि गोचर्ममात्रकम् ॥ १२९ ॥

Ô Roi, est délivré des péchés amassés durant cent naissances celui qui, dans l’enceinte du temple, fût-ce sur une surface à peine égale à une peau de vache, accomplit un acte sacré, tel que donner ou consacrer terre et espace.

Verse 130

जलेन सिञ्चेद् भूभागं सोऽपि स्वर्गं लभेन्नरः । गन्धोदकेन यः सिञ्चेद्देवतायतने भुवम् ॥ १३० ॥

Celui qui ne fait que asperger d’eau un morceau de terre obtient le ciel; et celui qui asperge le sol du sanctuaire de la Divinité avec de l’eau parfumée reçoit un mérite plus grand encore.

Verse 131

यावत्कणानुकल्पं तु तिष्ठेत देवसन्निधौ । मृदा धातुविकारैर्वा यो लिम्पेद्देवतागृहम् ॥ १३१ ॥

Ne fût-ce qu’un instant, égal au temps d’une seule particule, demeurer en présence de la Divinité; ou enduire et réparer le temple du Seigneur avec de l’argile ou des préparations métalliques : tout cela porte un grand mérite.

Verse 132

स कोटिकुलमुद्धृत्य याति साम्यं मधुद्विषः । शिलाचूर्णेन यो मर्त्यो देवागारं तु लेपयेत् ॥ १३२ ॥

Le mortel qui enduit le temple de la Divinité avec de la poudre de pierre relève un crore de sa lignée et atteint l’égalité, la proximité, avec Madhudviṣa (Viṣṇu, le vainqueur de Madhu).

Verse 133

स्वस्तिकादीनि वा कुर्यात्तस्य पुण्यमनन्तकम् । यः कुर्याद्दीपरचनां देवतायतने नृप ॥ १३३ ॥

Ou bien qu’il trace des emblèmes de bon augure tels que la svastika : son mérite devient sans fin. Ô roi, quiconque dispose et offre des lampes dans le sanctuaire de la Divinité acquiert un mérite spirituel incommensurable.

Verse 134

तस्य पुण्यं प्रसङ्ख्यातुं नोत्सहेऽब्दशतैरपि । अखण्डदीपं यः कुर्याद्विष्णोर्वा शङ्करस्य च ॥ १३४ ॥

Je ne puis dénombrer son mérite, fût-ce en des centaines d’années : celui de qui établit une lampe ininterrompue pour Viṣṇu, ou aussi pour Śaṅkara.

Verse 135

क्षणे क्षणेऽश्वमेधस्य फलं तस्य न दुर्लभम् । अर्चितं शङ्करं दृष्ट्वा विष्णुं वापि नमेत्तु यः ॥ १३५ ॥

Pour celui qui, à chaque instant, contemple Śaṅkara honoré par le culte puis s’incline aussi devant Viṣṇu, le fruit du sacrifice de l’Aśvamedha devient aisément accessible, encore et encore.

Verse 136

स विष्णुभवनं प्राप्य मोदते च युगायुतम् । देव्याः प्रदक्षिणामेकां सप्त सूर्यस्य भूमिप ॥ १३६ ॥

Ayant atteint la demeure de Viṣṇu, il s’y réjouit durant dix mille yuga. Ô roi, ne fût-ce qu’une seule pradakṣiṇā autour de la Déesse confère un mérite égal à sept circumambulations du Soleil.

Verse 137

तिस्रो विनायकस्यापि चतस्रो विष्णुमन्दिरे । कृत्वा तत्तद्गृहं प्राप्य मोदते युगलक्षकम् ॥ १३७ ॥

Après avoir édifié trois sanctuaires pour Vināyaka et quatre dans le temple de Viṣṇu, on atteint la demeure divine correspondante et l’on s’y réjouit durant deux cent mille yuga.

Verse 138

यो विष्णोर्भक्तिभावेन तथैव गोद्विजस्य च । प्रदक्षिणां चरेत्तस्य ह्यश्वमेधः पदे पदे ॥ १३८ ॥

Celui qui, animé de bhakti envers Viṣṇu, accomplit de même la circumambulation d’une vache et d’un brāhmaṇa, reçoit à chaque pas le mérite d’un sacrifice Aśvamedha.

Verse 139

काश्यां माहेश्वरं लिङ्गं संपूज्य प्रणमेत्तु यः । न तस्य विद्यते कृत्यं संसृतिर्नैव जायते ॥ १३९ ॥

Celui qui, à Kāśī, adore comme il se doit le Liṅga Māheśvara puis se prosterne avec révérence, n’a plus aucun devoir prescrit à accomplir; et la renaissance dans le saṃsāra ne surgit plus du tout.

Verse 140

शिवं प्रदक्षिणं कृत्वा सव्येनैव विधानतः । नरो न च्यवते स्वर्गाच्छङ्करस्य प्रसादतः ॥ १४० ॥

Après avoir accompli la circumambulation de Śiva selon le rite prescrit, en Le gardant à sa gauche, l’homme ne tombe pas du ciel, par la grâce de Śaṅkara.

Verse 141

स्तुत्वा स्तोत्रैर्जगन्नाथं नारायणमनामयम् । सर्वान्कामानवाप्नोति मनसा यद्यदिच्छति ॥ १४१ ॥

En louant par des hymnes Jagannātha—Nārāyaṇa, le Seigneur sans maladie et sans défaut—on obtient tous les désirs, tout ce que l’esprit souhaite.

Verse 142

देवतायतने यस्तु भक्तियुक्तः प्रनृत्यति । गायते वा स भूपाल रुद्र लोके च मुक्तिभाक् ॥ १४२ ॥

Ô roi, quiconque, animé de bhakti, danse ou chante dans le temple de la Divinité reçoit la délivrance et parvient aussi au monde de Rudra.

Verse 143

ये तु वाद्यं प्रकुर्वन्ति देवतायतने नराः । ते हंसयानमारूढा व्रजन्ति ब्रह्मणः पदम् ॥ १४३ ॥

Quant à ceux qui jouent des instruments dans le temple de la Divinité, montés sur un véhicule céleste semblable à un cygne, ils vont à la demeure de Brahmā.

Verse 144

करतालं प्रकुर्वन्ति देवतायतने तु ये । ते सर्वपापनिर्मुक्ता विमानस्था युगायुतम् ॥ १४४ ॥

Ceux qui battent des mains (karatāla) dans le temple de la Divinité sont délivrés de tous les péchés ; assis dans un vimāna, ils demeurent au ciel durant dix mille yuga.

Verse 145

देवतायतने ये तु घण्टानादं प्रकुर्वते । तेषां पुण्यं निगदितुं न समर्थः शिवः स्वयम् ॥ १४५ ॥

Ceux qui font résonner la cloche dans le temple de la Divinité—même Śiva lui-même n’est pas capable d’énoncer pleinement le mérite qu’ils acquièrent.

Verse 146

भेरीमृदङ्गपटहमुरजैश्च सडिण्डिमैः । संप्रीणयन्ति देवेशं तेषां पुण्यफलं शृणु ॥ १४६ ॥

Avec les bhērī, mṛdaṅga, paṭaha, muraja et aussi les ḍiṇḍima, ils réjouissent le Seigneur des dieux. Écoute maintenant le fruit méritoire qui en découle.

Verse 147

देवस्त्रीगणसंयुक्ताः सर्वकामैः समर्चिताः । स्वर्गलोकमनुप्राप्य मोदन्ते कल्पपञ्चकम् ॥ १४७ ॥

Accompagnés des multitudes de femmes célestes et honorés de tous les plaisirs désirés, ils atteignent le monde du ciel et s’y réjouissent durant cinq kalpas.

Verse 148

देवतामन्दिरे कुर्वन्नरः शङ्खं नृप । सर्वपापविनिर्मुक्तो विष्णुना सह मोदते ॥ १४८ ॥

Ô Roi, celui qui façonne (ou installe) une conque sacrée (śaṅkha) dans le temple de la Divinité est délivré de tous les péchés et se réjouit avec Viṣṇu.

Verse 149

तालकांस्यादिनिनदं कुर्वन् विष्णुगृहे नरः । सर्वपापविनिर्मुक्तो विष्णुलोकमवाप्नुयात् ॥ १४९ ॥

Celui qui fait retentir cymbales, cloches, instruments de bronze et autres sons semblables dans le sanctuaire de Viṣṇu est délivré de tous les péchés et atteint le monde de Viṣṇu.

Verse 150

यो देवः सर्वदृग्विष्णुर्ज्ञानरूपी निरञ्जनः । सर्वधर्मफलं पूर्णं संतुष्टः प्रददाति च ॥ १५० ॥

Cette Divinité—Viṣṇu—qui voit tout, dont la forme même est connaissance et qui est sans tache, lorsqu’Il est satisfait accorde en plénitude le fruit parfait de tout dharma.

Verse 151

यस्य स्मरणमात्रेण देवदेवस्य चक्रिणः । सफलानि भवन्त्येव सर्वकर्माणि भूपते ॥ १५१ ॥

Ô roi, par le seul souvenir de ce Seigneur des seigneurs, le Porteur du disque, toutes les actions deviennent assurément fécondes.

Verse 152

परमात्मा जगन्नाथः सर्वकर्म्मफलप्रदः । सत्कर्मकर्तृभिर्नित्यं स्मृतः सर्वार्तिनाशनः । तमुद्दिश्य कृतं यच्च तदानन्त्याय कल्पते ॥ १५२ ॥

Le Paramātmā, Jagannātha, Seigneur de l’univers, dispense les fruits de toutes les actions. Il est sans cesse rappelé par ceux qui accomplissent les œuvres justes, et Il détruit toute affliction. Tout acte accompli en Le prenant pour but devient cause d’un mérite sans fin, impérissable.

Verse 153

धर्माणि विष्णुश्च फलानि विष्णुः कर्माणि विष्णुश्च फलानि भोक्ता । कार्यं च विष्णुः करणानि विष्णुरस्मान्न किञ्चिद्व्यतिरिक्तमस्ति ॥ १५३ ॥

Le dharma est Viṣṇu, et les fruits sont Viṣṇu ; les actes sont Viṣṇu, et celui qui jouit de leurs fruits est Viṣṇu. L’effet est Viṣṇu et les instruments sont Viṣṇu : en dehors de Lui, rien n’existe, absolument.

Verse 154

इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणे पूर्वभागे प्रथमपादे धर्मानुकथनं नाम त्रयोदशोऽध्यायः ॥ १३ ॥

Ainsi s’achève le treizième chapitre, intitulé « Dharmānukathana » (Récit du Dharma), dans la Pūrva-bhāga, Premier Pāda du Śrī Bṛhan-Nāradīya Purāṇa.

Frequently Asked Questions

The chapter frames temple-building and temple-service as direct causes of residence in Viṣṇu’s supreme abode and eventual liberation (sāyujya/sālokya motifs). By identifying dharma, action, and fruit with Viṣṇu, it interprets public sacred infrastructure as a vehicle of bhakti that transforms both the doer and extended lineages.

Yes. It explicitly states that the wealthy should build with stone while the penniless may build with clay, yet the fruit is declared equal when actions are performed according to one’s capacity and with devotion—an ethical equalization principle within dāna and public works.

Tulasī functions as a compact bhakti-technology: planting, watering, gifting leaves, wearing tilaka made from sacred clays, and offering Tulasī to Śālagrāma are each assigned large-scale sin-destruction and long-duration residence in Nārāyaṇa’s realm, linking simple acts to high soteriological outcomes.

The text lists tithis (Ekādaśī, Dvādaśī, Caturdaśī, Aṣṭamī, Pūrṇimā), eclipses, saṅkrānti, and cosmological junctions (manvantara/yuga beginnings), plus nakṣatra-planet combinations, implying that correct temporal alignment intensifies the फल of abhiṣeka and worship.