Adhyaya 308
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Adhyaya 308

Īśvara raconte à Devī l’origine par laquelle le liṅga nommé Mūla-Caṇḍīśa devint illustre dans les trois mondes. Jadis, à Devadāruvana, Īśvara prit la forme provocante d’un ascète mendiant (Ḍiṇḍi), troublant les sages; dans leur colère, ils proférèrent une malédiction qui fit tomber le liṅga éminent. Affligés par la perte d’auspiciosité, les sages consultèrent Brahmā, qui leur ordonna d’aller vers Rudra, présent sous forme d’éléphant près de l’āśrama de Kubera. En chemin, Gaurī, pleine de compassion, leur donna du gōrasa (lait) et fit advenir un lieu de bain excellent. Ce site fut associé à une eau chauffée, appelée Taptodaka, qui dissipe la fatigue. Les sages rencontrèrent enfin Rudra, se réconcilièrent par la louange et l’aveu, et demandèrent le rétablissement du bien-être des êtres. Rudra acquiesça; le liṅga fut relevé et réinstallé (lié à l’idée d’« Unnata », l’élévation). Le chapitre énonce la phalāśruti : le simple darśana de Mūla-Caṇḍīśa procure un mérite supérieur à celui de vastes travaux d’irrigation; des dānas prescrits sont recommandés. Après le bain à Taptodaka, l’adoration est dite conférer puissance et prospérité, selon l’idiome purāṇique. La conclusion explique le nom et son étymologie : Caṇḍīśa, « seigneur de Caṇḍī », et Mūla, le liṅga racine à l’endroit où il tomba; et elle répertorie les tīrthas associés : Sangameśvara, Kuṇḍikā et Taptodaka.

Shlokas

Verse 1

ईश्वर उवाच । तस्मान्नारायणात्पूर्वे किंचिदीशानसंस्थितम् । मूलचण्डीशनाम्ना तु विख्यातं भुवनत्रयं

Īśvara dit : Avant ce Nārāyaṇa, il est quelque chose d’établi dans le domaine d’Īśāna ; il est renommé dans les trois mondes sous le nom de Mūlacaṇḍīśa.

Verse 2

यत्र लिंगं पुराऽस्माकं पातितं त्वृषिभिः प्रिये । क्रोधरक्तेक्षणैर्देवि मूलचण्डीशता गतम्

Bien-aimée, c’est là qu’autrefois les ṛṣi jetèrent à terre notre liṅga ; et, ô Déesse, les yeux rougis par la colère, il parvint à l’état nommé Mūlacaṇḍīśa.

Verse 3

आद्यं लिंगोद्भवं देवि ऋषिकोपान्निपातितम् । ये केचिदृषयस्तत्र देवदारुवने स्थिताः

Ô Déesse, le liṅga primordial, apparu de lui-même, fut jeté à terre sous l’emportement des ṛṣi ; ces sages qui demeuraient là, dans la forêt de Devadāru, y prirent part.

Verse 4

कालांतरे महादेवि अहं तत्र समागतः । तेषां जिज्ञासया देवि ततस्ते रोषिता भवन् । शप्तस्ततोऽहं देवेशि चक्रुर्मे लिंगपातनम्

Après quelque temps, ô Grande Déesse, je vins en ce lieu. Ô Déesse, désireux de m’éprouver et de me connaître, ils s’irritèrent ; alors, ô Souveraine des dieux, je fus maudit, et ils firent tomber mon liṅga.

Verse 5

देव्युवाच । रोषोपहतसद्भावाः कथमेते द्विजातयः । संजाता एतदाख्याहि परं कौतूहलं मम

La Déesse dit : «Comment ces deux-fois-nés, dont le bon sens fut frappé par la colère, en sont-ils venus à agir ainsi ? Dis-le-moi : ma curiosité est grande.»

Verse 6

ईश्वर उवाच । डिंडि रूपः पुरा देवि भूत्वाऽहं दारुके वने । ऋषीणामाश्रमे पुण्ये नग्नो भिक्षाचरोऽभवम् । भिक्षंतमाश्रमे दृष्ट्वा ताः सर्वा ऋषियोषितः

Īśvara dit : «Autrefois, ô Déesse, prenant la forme d’un ḍiṃḍi, je me rendis dans la forêt de Dāruka. Dans l’āśrama sacré des ṛṣi, je devins un mendiant nu, allant quêter l’aumône. Me voyant mendier dans l’āśrama, toutes les épouses des sages me remarquèrent.»

Verse 7

कामस्य वशमापन्नाः प्रियमुत्सृज्य सर्वतः । तमूर्ध्वलिंगमालोक्य जटामुकुटधारिणम्

Sous l’emprise du désir, elles abandonnèrent de toutes parts ce qui leur était cher ; et, voyant cet ascète au liṅga dressé vers le haut, portant une couronne de jaṭā, leurs cœurs furent attirés vers lui.

Verse 8

भिक्षंतं भस्मदिग्धांगं झषकेतुमिवापरम् । विक्षोभिताश्च नः सर्वे दारा एतेन डिंडिना

«Il erre en quête d’aumône, le corps enduit de cendre, tel un autre Jhaṣaketu ; et par ce Ḍiṃḍin, nos épouses ont toutes été troublées.»

Verse 9

तस्माच्छापं च दास्याम ऋषयस्ते तदाऽब्रुवन् । ततः शापोदकं गृह्य संध्यात्वाऽथ तपोधनाः

C’est pourquoi, alors, les sages dirent : «Nous donnerons assurément une malédiction.» Puis ces riches en austérités prirent l’eau destinée à maudire et, après avoir accompli le rite du crépuscule (saṁdhyā), ils poursuivirent.

Verse 10

अस्य लिंगमधो यातु दृश्यते यत्सदोन्नतम् । इत्युक्ते पतितं लिंगं तत्र देवकुले मम

«Que son liṅga s’abaisse, car on le voit toujours dressé !»—à ces mots, le liṅga tomba là, au sein de mon enclos divin.

Verse 11

मूलचण्डीशनाम्ना तु विख्यातं भुवनत्रये । तल्लिंगं पतितं दृष्ट्वा कोपोपहतचेतसः । पुनर्हंतुं समारब्धा डिंडिनं ते तपोधनाः

Ce liṅga devint célèbre dans les trois mondes sous le nom de Mūlacaṇḍīśa. Voyant le liṅga tombé, ces ascètes—l’esprit frappé par la colère—entreprirent de nouveau de tuer Ḍiṁḍin.

Verse 12

वृसिकापाणयः केचित्कमंडलुधराः परे । गृहीत्वा पादुकाश्चान्ये तस्य धावंति पृष्ठतः

Les uns tenaient des louches rituelles en main, d’autres portaient le kamaṇḍalu (vase d’eau) ; d’autres encore, saisissant des sandales, couraient derrière lui.

Verse 13

डिंडिश्चांतर्हितो भूत्वा त्वामुवाच सुमध्यमाम् । रोषोपहतचेतस्कान्पश्यैतांस्त्वं तपोधनान्

Et Ḍiṁḍin, s’étant rendu invisible, te dit, ô dame à la taille fine : «Vois ces ascètes, l’esprit submergé par la colère».

Verse 14

एतस्मात्कारणाद्देवि तव वाक्यान्मयाऽनघे । न कृतोऽनुग्रहस्तेषां सरोषाणां तपस्विनाम्

Pour cette raison, ô Déesse—à cause de tes paroles, ô sans tache—je n’ai pas accordé ma grâce à ces ascètes emplis de colère.

Verse 15

अत्रांतरे ते मुनयो ह्यपश्यंतो हि डिंडिनम् । निरानंदं गताः सर्वे द्रष्टुं देवं पितामहम्

Cependant, ces sages, ne voyant pas Ḍiṁḍin, furent tous privés de joie et allèrent voir le dieu Pitāmaha (Brahmā).

Verse 16

तं दृष्ट्वा विबुधेशानं विरंचिं विगतज्वरम् । प्रणम्य शिरसा सर्व ऋषयः प्राहुरंजसा

Le voyant—Virañci (Brahmā), seigneur des dieux, exempt de toute agitation—tous les rishis s’inclinèrent, la tête baissée, et lui parlèrent sans détour.

Verse 17

भगवन्डिंडि रूपेण कश्चिदस्ति तपोधनः । विध्वंसनाय दाराणां प्रविष्टः किल भिक्षितुम्

Il est un ascète saint, riche en austérités, qui—prenant la forme nommée Ḍiṃḍi—serait entré, dit-on, pour mendier, avec l’intention de perdre nos épouses.

Verse 18

शप्तोऽस्माभिस्तु दुर्वृत्तस्तस्य लिंगं निपातितम् । तस्मिन्निपतितेऽस्माकं तथैव पतितानि च

Nous avons maudit ce dépravé, et son liṅga est tombé. Lorsqu’il tomba, les nôtres tombèrent pareillement (de notre condition).

Verse 19

गतोऽसौ कारणात्तस्मात्तल्लिंगे पतिते वयम् । निरानंदाः स्थिताः सर्व आचक्ष्वैतद्धि कारणम्

C’est donc pour cette raison qu’il s’en est allé; et lorsque ce liṅga est tombé, nous sommes tous demeurés sans joie. Dis-nous la cause véritable de cela.

Verse 20

ब्रह्मोवाच । अशोभनमिदं कार्यं युष्माभिर्यत्कृतं महत् । रुद्रस्यातिसुरूपस्य सेर्ष्या ये हन्तुमुद्यताः

Brahmā dit : Cette grande action que vous avez accomplie est indigne — vous qui, par jalousie, étiez prêts à frapper Rudra, d’une beauté suréminente.

Verse 21

आसुरीं दानवीं दैवीं यक्षिणीं किंनरीं तथा । विद्याधरीं च गन्धर्वीं नागकन्यां मनोरमाम् । एता वरस्त्रियस्त्यक्त्वा युष्मदीयासु तास्वपि

(Il pourrait se réjouir) d’une Asurī, d’une Dānavī, d’une Devī, d’une Yakṣiṇī, d’une Kiṃnarī, d’une Vidyādharī, d’une Gandharvī, ou d’une charmante jeune Nāga—ayant délaissé de telles femmes d’élite, pourquoi chercher le plaisir même parmi vos femmes ?

Verse 22

आह्लादं कुरुते सर्वे नैव जानीत भो द्विजाः । त्रैलोक्यनायकां सर्वां रूपातिशयसंयुताम्

Tous trouvent en elle la joie; et pourtant vous ne comprenez pas, ô deux-fois-nés — elle est la Souveraine des trois mondes, parée d’une beauté sans pareille.

Verse 23

तां त्यक्त्वा मुनिपत्नीनामाह्लादं कुरुते कथम् । तया रुद्रो हि विज्ञप्त ऋषीणां कुर्वनुग्रहम्

Comment pourrait-il, l’ayant délaissée, se complaire auprès des épouses des sages ? En vérité, Rudra n’agissait qu’à sa demande, accordant sa faveur aux ṛṣi.

Verse 24

तेन वाक्येन पार्वत्या जिज्ञासार्थं कृतं मनः । चतुर्द्दशविधस्यापि भूतग्रामस्य यः प्रभुः

À ces paroles, l’esprit de Pārvatī se tourna vers l’enquête. Car il est le Seigneur de toute la multitude des êtres, des quatorze formes d’existence.

Verse 25

स शप्तो डिंडिरूपस्तु भवद्भिः करणेश्वरः । तच्छापाच्छप्तमेवैतत्समस्तं तद्गुणास्पदम् । देवतिर्यङ्मनुष्याणां निरानंदमिति स्थितम्

Ce Karaṇeśvara, apparu sous la forme de Ḍiṃḍi, a été maudit par vous. Par cette malédiction même, tout ce domaine, qui dépend de Lui et de ses qualités, est devenu maudit ; ainsi dieux, animaux et humains en sont venus à demeurer dans la privation de joie.

Verse 26

शापेनानेन भवतां महा दोषः प्रजायते । आराध्यं नान्यथा लिंगमुन्नतिं यात्यधोगतम्

Par cette malédiction, une grande faute naît pour vous. Le liṅga doit être vénéré et non traité autrement ; qui le transgresse tombe de l’élévation dans la chute.

Verse 27

एवमुक्तेऽथ देवेन विप्रा ऊचुः पितामहम् । द्रष्टव्यः कुत्र सोऽस्माभिः कथयस्व यथास्थितम्

Quand le dieu eut parlé ainsi, les brāhmaṇas dirent à Pitāmaha (Brahmā) : «Où devons-nous Le voir ? Dis-le-nous exactement, tel que cela est».

Verse 28

ब्रह्मोवाच । आस्ते गजस्वरूपेण कुबेराश्रमसंस्थितः । तत्र गत्वा तमासाद्य तोषयध्वं पिनाकिनम्

Brahmā dit : «Il demeure là, sous la forme d’un éléphant, établi à l’ermitage de Kubera. Allez-y, approchez-vous de Lui et apaisez Pinākin (Śiva, porteur de l’arc Pināka) par votre adoration».

Verse 29

एतच्छ्रुत्वा वचस्तस्य सर्वे ते हृष्टमानसाः । गंतुं प्रवृत्ताः सहसा कोटिसंख्यास्तपोधनाः

Ayant entendu ses paroles, tous ces ascètes, riches d’austérités, furent transportés de joie au cœur et, aussitôt, se mirent en route, par crores.

Verse 30

चिंतयंतः शुभं देशं द्रष्टुं तं गजरूपिणम् । रुद्रं पितामहाख्यातं कुबेराश्रमवासिनम्

Méditant sur cette terre de bon augure, ils désirèrent contempler Rudra—à la forme d’éléphant—dont Pitāmaha avait parlé, demeurant à l’ermitage de Kubera.

Verse 31

क्षुत्कामकंठास्तृषितान्गौरी मत्वा तपोधनान् । आदाय गोरसं तेषां कारुण्यात्सा पुरः स्थिता

Pensant que ces ascètes—dont la richesse était le tapas—avaient faim et soif, Gaurī, par compassion, prit du lait pour eux et se tint devant eux.

Verse 32

असितां कुटिलां स्निग्धामायतां भुजगीमिव । वेणीं शिरसि बिभ्राणा गौरी गोरससंयुता

Gaurī, portant le lait, avait sur la tête une tresse sombre, ondoyante, luisante et longue, telle un serpent.

Verse 33

सा तानाह मुनीन्सर्वान्यन्मया पर्वताहृतम् । कपित्थफलसंगंधं गोरसं त्वमृतोपमम्

Elle dit à tous les sages : « Ce lait que j’ai apporté de la montagne, parfumé comme le fruit kapittha, est semblable au nectar. »

Verse 34

तयैवमुक्ता विप्रास्तु आहुस्तां विपुलेक्षणाम् । स्नात्वा च सर्वे पास्यामो गोरसं तु त्वयाहृतम्

Ainsi interpellés, les brāhmanes dirent à la Devī aux grands yeux : « Après nous être baignés, nous boirons tous le lait que tu as apporté. »

Verse 35

ततः श्रुत्वा तथा देव्या स्नानार्थं तीर्थमुत्तमम् । तप्तोदकेनसंपूर्णं कृतं कुण्डं मनोरमम्

Alors, l’ayant entendu, la Déesse créa pour le bain un tīrtha suprême : un bassin ravissant, rempli d’eau tiède.

Verse 36

तत्र ते संप्लुताः सर्वे विमुक्ता विपुलाच्छ्रमात् । कृताऽह्ना गोरसस्वैव पानार्थं समुपस्थिताः

Là, tous se baignèrent, délivrés d’une grande fatigue ; leurs ablutions achevées, ils s’avancèrent ensuite pour boire ce lait.

Verse 37

पत्रैर्दिवाकरतरोर्विधाय पुटकाञ्छुभान् । उपविश्य क्रमात्सर्वे ते पिबंति स्म गोरसम्

Avec les feuilles de l’arbre Divākara, ils façonnèrent de jolis gobelets ; puis, assis selon l’ordre, ils burent le lait (goras) offert en ce lieu.

Verse 38

गोरसेन तदा तेषाममृतेनेव पूरितान् । बुभुक्षितानां पुटकान्मुनीनां तृप्तिकारणात्

Alors leurs gobelets de feuilles furent remplis de lait comme de nectar ; et pour les sages affamés, ce fut la cause même de la satiété.

Verse 39

पुनः पूरयते गौरी पीत्वा ते तृप्तिमागताः । क्षुत्तृषाश्रमनिर्मुक्ताः पुनर्जाता इव स्थिताः

Encore et encore, Gaurī remplit leurs coupes. Après avoir bu, ils furent pleinement rassasiés—délivrés de la faim, de la soif et de la fatigue, comme nouvellement renaissants.

Verse 40

स्वस्थचित्तैस्ततो ज्ञात्वा नेयं गोपालिसंज्ञिका । अनुग्रहार्थमस्माकं गौरीयं समुपागता

Alors, l’esprit apaisé, ils comprirent : « Ce n’est pas une simple gardienne de vaches ; c’est Gaurī elle-même, venue pour nous accorder sa grâce ».

Verse 41

प्रणम्य शिरसा सर्वे तामूचुस्ते सुमध्यमाम् । उमे कथय कुत्रस्थं द्रक्ष्यामो रुद्रमेकदा

Tous s’inclinèrent, la tête baissée, et dirent à la Déesse à la taille fine : « Ô Umā, dis-nous où demeure Rudra, afin que nous puissions le contempler ne fût-ce qu’une fois ».

Verse 42

तथोक्तास्ते महात्मानस्तं पश्यत महागजम् । गजतां च समासाद्य संचरंतं महाबलम्

Ainsi avertis, on dit à ces âmes nobles : « Voyez ce grand éléphant ; parvenu au troupeau, il se meut çà et là avec une force prodigieuse ».

Verse 43

भवद्भिर्निजभक्त्यायं संग्राह्यो हि यथासुखम् । ते तद्वचनमासाद्य समेत्यैकत्र च द्विजाः

« Par votre propre dévotion, saisissez-le et assurez-vous de lui comme bon vous semblera ». Ayant reçu ces paroles, les deux-fois-nés se rassemblèrent en un même lieu.

Verse 44

पवित्रास्तं गजं द्रष्टुं भावितेनांतरात्मना । यत्रैकत्र स्थिता विप्रास्तत्र तीर्थं महोदयम् । संगमेश्वरसंज्ञं तु पूर्वं सर्वत्र विश्रुतम्

Purifiés au-dedans, l’âme recueillie pour contempler cet éléphant, les brāhmanes demeurèrent ensemble en un seul lieu. Ce lieu même est le tīrtha d’une grande élévation, jadis renommé partout sous le nom de Saṃgameśvara.

Verse 45

ततस्तस्मात्प्रवृत्तास्ते द्रष्टुकामा महागजम् । कुंडिकाः संपरित्यज्य संनह्यात्मानमात्मना

De là, ils se mirent en route, désireux de voir le grand éléphant. Abandonnant leurs aiguières d’eau (kuṇḍikā), ils se raffermirent d’une résolution inébranlable.

Verse 46

यत्र ताः कुंडिकास्त्यक्तास्तत्तीर्थं कुण्डिकाह्वयम् । सर्वपापहरं पुंसां दृष्टाऽदृष्टफलप्रदम्

Là où ces aiguières furent laissées, ce lieu devint un tīrtha sacré nommé Kuṇḍikā. Il efface tous les péchés des hommes et accorde des fruits, visibles en cette vie et invisibles dans l’au-delà.

Verse 47

कुबेरस्याश्रमं प्राप्य ततस्ते मुनिसत्तमाः । नालिकेरवनीसंस्थं ददृशुस्तं द्विपं तदा

Parvenus à l’āśrama de Kubera, ces sages éminents virent alors un éléphant demeurant dans un bosquet de cocotiers.

Verse 48

करे ग्रहीतुमारब्धाः स्वकरैर्हृष्टमानसाः । गजस्तान्करसंलग्नान्विचिक्षेप तपोधनान्

Le cœur en joie, ils entreprirent de saisir sa trompe de leurs propres mains ; mais l’éléphant projeta au loin ces ascètes qui s’y étaient agrippés.

Verse 49

काश्चिदंगसमालग्नान्समंताद्भयवर्जितान् । एवं स तैः पुनः सर्वैर्मशकैरिव चेष्टितम्

Certains s’agrippèrent à ses membres de toutes parts, sans la moindre crainte. Ainsi, encore et encore, il fut importuné par eux tous, comme par des moustiques.

Verse 50

क्रीडां करोति विविधां वनसंस्थो हरद्विपः । तद्रूपं संपरित्यज्य रुद्रो रौद्रगजात्मकम्

L’éléphant de Hara, demeurant dans la forêt, se livrait à des jeux variés. Puis Rudra, délaissant cette forme —celle d’un éléphant farouche— passa à une autre manifestation.

Verse 51

पुनरन्यच्चकारासौ डिंडिरूपं मनोरमम् । जयशब्दप्रघोषेण वेदमङ्गलगीतकैः

De nouveau, il prit une autre forme ravissante : la forme de Ḍiṃḍi, au milieu des acclamations de « Victoire ! » et des chants védiques de bon augure.

Verse 52

उन्नामितं पुनस्तेन यत्र लिंगं महोदयम् । तदुन्नतमिति प्रोक्तं स्थानं स्थानवतां वरम्

Là où, par lui, fut de nouveau élevée cette liṅga sublime, ce lieu est proclamé « Unnata », le plus éminent des sanctuaires.

Verse 53

गजरूपधरस्तत्र स्थितः स्थाने महाबलः । गणनाथस्वरूपेण ह्युन्नतो जगति स्थितः

Là, le Très-Puissant demeura en ce lieu en portant la forme d’éléphant. Et vraiment, dans le monde, il réside comme « Unnata », sous l’aspect de Gaṇanātha.

Verse 54

डिंडिरूप धरो भूत्वा रुद्रः प्राह तपोधनान् । यन्मया भवतां कार्यं कर्तव्यं तदिहोच्यताम्

Ayant pris la forme de Ḍiṃḍi, Rudra s’adressa aux sages riches d’austérités : «Quelle que soit la tâche que vous ayez pour moi, ce qui doit être accompli, dites-le ici».

Verse 55

एवमुक्तस्तु तैरुक्तः सर्वज्ञानक्रियापरैः । सानन्दाः प्राणिनः संतु त्वत्प्रसादात्पुरा यथा

Ainsi interpellé, ceux qui étaient voués à toute connaissance et à l’action juste répondirent : « Par ta grâce, que les êtres vivants soient dans la joie, comme aux temps anciens. »

Verse 56

क्षंतव्यं देवदेवेश कृतं यन्मूढमानसैः । त्वत्प्रसादात्सुरेशान तत्त्वं सानुग्रहो भव

Ô Seigneur des seigneurs, pardonne ce qu’ont accompli des esprits devenus insensés. Ô Souverain des dieux, par ta grâce, sois vraiment compatissant et accorde-nous ta bienveillance.

Verse 57

एवमस्त्विति तेनोक्तास्ते सर्वे विगतज्वराः । तल्लिंगानुकृतिं लिंगमीजिरे मुनयस्तथा । चक्रुस्ते मुनयः सर्वे स्तुतिं विगतमत्सराः

Lorsqu’il dit : « Qu’il en soit ainsi », tous furent délivrés de leur fièvre. Alors les sages vénérèrent un liṅga façonné à l’image de ce liṅga divin, et tous ces sages—délivrés de l’envie—composèrent des hymnes de louange.

Verse 58

क्षमस्व देवदेवेश कुर्वस्माकमनुग्रहम् । अस्मिंल्लिंगे लयं गच्छ मूलचण्डीशसंज्ञके । त्रिकालं देवदेवेश ग्राह्या ह्यत्र कला त्वया

« Pardonne-nous, ô Seigneur des dieux ; accorde-nous ta grâce. Entre en résorption et demeure en ce liṅga nommé Mūlacaṇḍīśa. Ô Seigneur des dieux, que ta part divine soit reçue ici aux trois temps du jour. »

Verse 59

ईश्वर उवाच । चण्डी तु प्रोच्यते देवी तस्या ईशस्त्वहं स्मृतः । तस्य मूलं स्मृतं लिंगं तदत्र पतितं यतः

Īśvara dit : « La Déesse est appelée Caṇḍī, et l’on se souvient de moi comme de son Seigneur. Ce liṅga est tenu pour son “mūla”, sa racine et sa source, car il est tombé ici. »

Verse 60

तस्मात्तन्मूल चण्डीश इति ख्यातिं गमिष्यति वा । पीकूपतडागानां शतैस्तु विपुलैरपि

Ainsi, il deviendra renommé sous le nom de « Mūlacaṇḍīśa ». Même en édifiant des centaines de vastes puits et réservoirs (comme œuvre pieuse) …

Verse 61

कृतैर्यज्जायते पुण्यं तत्पुण्यं लिंगदर्शनात् । ब्रह्माण्डं सकलं दत्त्वा यत्पुण्यफलमाप्नुयात्

Quel que soit le mérite né de telles œuvres—ce même mérite s’obtient par la seule vision du liṅga. Le fruit de mérite que l’on recevrait en offrant l’univers entier…

Verse 62

तत्पुण्यं लभते देवि मूलचण्डीशदर्शनात् । तत्र दानानि देयानि षोडशैव नरोत्तमैः

Ce même mérite, ô Déesse, s’obtient en contemplant Mūlacaṇḍīśa. Là, les meilleurs des hommes doivent faire seize sortes de dons.

Verse 63

एवं तद्भविता सर्वं यन्मयोक्तं द्विजोत्तमाः । यात दारुवनं विप्राः सर्वे यूयं तपोधनाः । मया सर्वे समादिष्टा यात दारुवनं द्विजाः

Ainsi tout adviendra comme je l’ai dit, ô meilleurs des deux-fois-nés. Allez à Dāruvana, ô brāhmaṇas, vous tous dont la richesse est l’austérité. Je vous l’ai tous ordonné : allez à Dāruvana, ô deux-fois-nés.

Verse 64

ततस्तु संप्राप्य महद्वचो मम सर्वे प्रहृष्टा मुनयो महोदयम् । गत्वा च तद्दारुवनं महेश्वरि पुनश्च चेरुः सुतपस्तपोधनाः

Alors, ayant reçu mes grandes paroles, tous les sages furent comblés de joie, ô Maheśvarī. S’étant rendus à ce Dāruvana, ces ascètes—dont la richesse était la noble austérité—reprirent une tapas excellente.

Verse 65

एतस्मात्कारणाद्देवि मूलचण्डीशसंज्ञितम् । लिंगं पापहरं नृणामर्द्धचन्द्रेण भूषितम्

Pour cette raison, ô Déesse, le liṅga est connu sous le nom de Mūlacaṇḍīśa. Il efface les péchés des hommes et se trouve orné du croissant de lune.

Verse 66

दोहनी दुग्थदानेन मुनीनां तृषितात्मनाम् । श्रमापहारं यद्देवि त्वया कृतमनुत्तमम् । तत्तप्तोदकनाम्ना वा अभूत्कुण्डं धरातले

Par la vache à traire (dohanī), en offrant du lait aux sages dont le cœur était desséché par la soif, ô Déesse, tu accomplis un acte incomparable qui ôta la fatigue. Ce lieu devint sur la terre un bassin nommé Taptodaka.

Verse 67

ऋषितोयाजले स्नात्वा चण्डीशं यः प्रपूजयेत् । स प्रचण्डो भवेद्भूमौ भुवनानामधीश्वरः

Celui qui se baigne dans l’eau sacrée nommée Ṛṣitoya puis vénère Caṇḍīśa avec dévotion devient puissant sur la terre, obtenant souveraineté et éminence parmi les êtres des mondes.

Verse 68

एतत्संक्षेपतो देवि माहात्म्यं कीर्तितं तव । मूलचण्डीशदेवस्य श्रुतं पातकनाशनम्

Ainsi, ô Déesse, ta grandeur a été proclamée brièvement. Entendre le récit du dieu Mūlacaṇḍīśa devient un destructeur de péchés.

Verse 308

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखंडे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये तप्तोदककुण्डोत्पत्तौ मूलचण्डीशोत्पत्तिमाहात्म्यवर्णनंनामाष्टोत्तर त्रिशततमोऽध्यायः

Ainsi s’achève, dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la compilation de quatre-vingt-un mille vers—le trois-cent-huitième chapitre du septième Prabhāsa Khaṇḍa, dans la première section, Prabhāsakṣetra Māhātmya, intitulé « Récit de la gloire de l’apparition de Mūlacaṇḍīśa », au sujet de la naissance du Taptodaka Kuṇḍa.