Adhyaya 194
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 194

Adhyaya 194

Le chapitre se déploie lorsque Sūta rapporte une exposition théologique sous forme de dialogue. Il s’ouvre sur l’assentiment des dieux et des sages : le mortel qui adore d’abord Brahmā puis la Déesse atteint l’état suprême ; sont aussi évoqués des fruits mondains, notamment pour les femmes qui accomplissent des gestes de vénération — y compris la salutation à Gāyatrī —, apportant bonheur au mariage et au foyer. Les ṛṣi interrogent ensuite l’ordre du temps et demandent des précisions sur la durée de vie de Brahmā, Viṣṇu et Śaṅkara. Sūta répond par une échelle technique d’unités temporelles depuis truṭi et lava, décrit la structure jour–mois–saison–année, puis expose les durées des yuga en années humaines. Il situe les “jours” et “années” divins, introduit la mesure par le compte du souffle (niśvāsa/ucchvāsa) et conclut en présentant Sadāśiva comme “impérissable” (akṣaya). Les sages soulèvent une question de délivrance : si même les grandes divinités s’achèvent selon leur mesure, comment l’homme à la vie brève peut-il parler de mokṣa ? Sūta enseigne la doctrine du Temps (kāla) sans commencement et au-delà du nombre, et affirme que d’innombrables êtres, y compris les dieux, ont atteint la libération par la brahmajñāna fondée sur la foi et la pratique. Il distingue les sacrifices qui procurent des cieux répétables de la brahmajñāna qui met fin aux renaissances, en soulignant l’accumulation graduelle du savoir au fil des vies. Enfin, il transmet un upadeśa reçu de son père : dans le Hāṭakeśvara-kṣetra se trouvent deux tīrtha auspices, établis par deux kumārī (l’une brāhmaṇī, l’autre śūdrī). Se baigner là aux jours d’Aṣṭamī et de Caturdaśī et vénérer la célèbre Siddhi-Pādukā, cachée dans une fosse, fait naître la brahmajñāna au terme d’une année d’observance. Les ṛṣi acceptent l’enseignement et décident d’accomplir le vœu prescrit.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच । एवं सा तान्वरान्दत्त्वा सर्वेषां शापभागिनाम् । मौनव्रतपरा भूत्वा निविष्टाऽथ धरातले

Sūta dit : Ainsi, après avoir accordé ces grâces à tous ceux qui portaient le fardeau d’une malédiction, elle se voua au vœu de silence et s’assit ensuite sur la terre.

Verse 2

ततो देवगणाः सर्वे तापसाश्च महर्षयः । साधुसाध्विति तां प्रोच्य ततः प्रोचुरिदं वचः

Alors toutes les cohortes des dieux, avec les ascètes et les grands ṛṣi, la louèrent en disant : « Bien, bien ! », puis ils prononcèrent ces paroles.

Verse 3

एतां देवीप्रसादेन ब्राह्मणानां विशेषतः । पूजयिष्यंति मर्त्येऽत्र सर्वे लोकाः समाहिताः

Par la grâce de la Déesse, tous les êtres du monde des mortels—et tout particulièrement les brāhmaṇa—l’adoreront ici avec une dévotion recueillie.

Verse 4

ब्रह्माणं पूजयित्वा तु पश्चादेनां सुरेश्वरीम् । पूजयिष्यंति ये मर्त्यास्ते तु यांति परां गतिम्

Les mortels qui, d’abord, vénèrent Brahmā, puis vénèrent cette Souveraine des dieux, atteindront l’état suprême.

Verse 5

या कन्या पतिसंयोगं संप्राप्यात्र समाहिता । ततः पादप्रणामं च गायत्र्याश्च करिष्यति । पतिं प्रजापतिं प्राप्य सा भविष्यत्यसंशयम्

Toute jeune fille qui, après avoir obtenu l’union avec un époux, vient ici d’un cœur ferme et se prosterne aux pieds de Gāyatrī, obtiendra sans nul doute un mari semblable à Prajāpati.

Verse 6

सर्वकामसुखोपेता धनधान्यसमन्विता । या नारी दुर्भगा वंध्या भविष्यति च शोभना

La femme infortunée et stérile deviendra belle et de bon augure, comblée d’un bonheur qui exauce tous les désirs, et enrichie de biens et d’abondance de grains.

Verse 7

ऋषय ऊचुः । यदेतद्भवता प्रोक्तं गते पंचोत्तरे शते । पद्मजानां हरः प्रादादेतत्कथमनुत्त मम्

Les sages dirent : Ce que tu as déclaré au sujet du passage de cent cinq (périodes)—à savoir que Hara (Śiva) l’a accordé au Né du Lotus (Brahmā et sa lignée)—comment faut-il comprendre cette matière très excellente ?

Verse 8

ब्राह्मणेभ्यः स संतुष्टः किंवाऽन्योऽस्ति महेश्वरः । एतं नः संशयं भूयो यथावद्वक्तुमर्हसि

S’il est réellement satisfait des brāhmaṇas, y a-t-il quelque autre Maheśvara (Seigneur) en dehors de lui ? Dissipe encore notre doute et explique-le correctement, tel qu’il est en vérité.

Verse 9

आयुष्यं शंकरस्यापि यत्प्रमाणं तथा हरेः । ब्रह्मणोऽपि समाचक्ष्व परं कौतूहलं हि नः

Dis-nous la mesure de la durée de vie de Śaṅkara (Śiva), ainsi que celle de Hari (Viṣṇu), et aussi celle de Brahmā, car nous sommes saisis de la plus profonde curiosité.

Verse 10

सूत उवाच । अहं वः कीर्तयिष्यामि विस्तरेण द्विजोत्तमाः । त्रयाणामपि चायुष्यं यत्प्रमाणं व्यवस्थितम्

Sūta dit : Ô meilleurs des deux-fois-nés, je vous exposerai en détail la mesure établie de la durée de vie des trois (divinités).

Verse 11

निमेषस्य चतुर्भागस्त्रुटिः स्यात्तद्द्वयं लवः । लवद्वयं कला प्रोक्ता काष्ठा तु दशपंचभिः

On dit qu’un truṭi est le quart d’un nimeṣa ; deux truṭis font un lava. Deux lavas sont appelés kalā ; et une kāṣṭhā se compose de quinze kalās.

Verse 12

त्रिंशत्काष्ठां कलामाहुः क्षणस्त्रिंशत्कलो मतः । मुहूर्तमानं मौहूर्ता वदंति द्वादशक्षणम्

Ils disent que trente kāṣṭhās font une kalā ; qu’un kṣaṇa vaut trente kalās. Les connaisseurs du calcul des muhūrtas déclarent qu’un muhūrta se compose de douze kṣaṇas.

Verse 13

त्रिंशन्मुहूर्तमुद्दिष्टमहोरात्रं मनीषिभिः । मासस्त्रिंशदहोरात्रैर्द्वौ मासावृतुसंज्ञितः

Les sages ont enseigné qu’un ahorātra — jour et nuit — comprend trente muhūrtas. Un mois compte trente ahorātras ; et deux mois portent le nom de saison (ṛtu).

Verse 14

ऋतुत्रयं चायनं च अयने द्वे तु वत्सरम् । दैविकं च भवेत्तच्च ह्यहोरात्रं द्विजोत्तमाः

Trois saisons constituent un ayana ; deux ayanas font une année. Et cette année devient le jour et la nuit divins, ô meilleurs des deux-fois-nés (dvija).

Verse 15

उत्तरं चायनं तत्र दिनं रात्रिस्तथाऽपरम् । लक्षैः सप्तदशाख्यैस्तु मनुष्याणां च वत्सरैः

Là, l’uttarāyaṇa est le jour, et l’autre (dakṣiṇāyaṇa) est la nuit. Ce jour-et-nuit divin se mesure par dix-sept lakṣas d’années humaines.

Verse 16

अष्टाविंशतिभिश्चैव सहस्रैस्तु तथा परैः । आद्यं कृतयुगं चैव तद्भ विष्यति सद्द्विजाः

Par vingt-huit mille années, et encore par des années ajoutées, est ainsi fixé le premier âge—le Kṛtayuga—ô nobles deux-fois-nés.

Verse 17

ततो द्वादशभिर्लक्षैः षोडशानां सहस्रकैः । त्रेतायुगं समादिष्टं द्वितीयं द्विजसत्तमाः

Puis, par douze lakṣa et seize mille années, est proclamé le second âge—le Tretāyuga—ô meilleurs des deux-fois-nés.

Verse 18

द्वापरं चाष्टभिर्लक्षैस्तृ तीयं परिकीर्तितम् । चतुःषष्टिसहस्रैस्तु यथावत्परिसंख्यया

Le Dvāpara est proclamé troisième âge, mesuré à huit lakṣa d’années; et, selon l’ordre juste, il doit être compté avec soixante-quatre mille en supplément dû.

Verse 19

चतुर्लक्षं समादिष्टं युगं कलिसमुद्भवम् । द्वात्रिंशता सहस्रैस्तु चतुर्थं तद्विदुर्बुधाः

L’âge de Kali—né comme le yuga de Kali—est prescrit à quatre lakṣa d’années; et, avec trente-deux mille, les sages le savent quatrième dans la suite.

Verse 21

ब्रह्मा तेषां शतं यावत्स जीवति पितामहः । सांप्रतं चाष्टवर्षीयः षण्मासश्चैव संस्थितः

Parmi ces mesures, Brahmā—le Pitāmaha—vit jusqu’à cent (de tels décomptes). Et à présent, selon ce calcul divin, il demeure établi ayant accompli huit années et six mois.

Verse 22

प्रतिपद्दिवसस्यास्य प्रथमस्य तथा गतम् । यामद्वयं शुक्रवारे वर्तमाने महात्मनः

En ce premier jour de Pratipad, deux yāmas se sont déjà écoulés ; à présent c’est vendredi, ô grande âme.

Verse 23

ब्रह्मणो वर्षमात्रेण दिनं वैष्णवमुच्यते

Selon la mesure d’une année de Brahmā, on appelle cela un « jour vaiṣṇava ».

Verse 24

सोपि वर्षशतंयावदात्ममानेन जीवति । पंचपचाशदादिष्टास्तस्य जातस्य वत्सराः

Lui aussi vit cent ans selon sa propre mesure ; et pour celui qui naît, cinquante-cinq années sont déclarées comme déjà imparties.

Verse 25

तिथयः पंच यामार्द्धं सोमवारेण संगतम् । वैष्णवेन तु वर्षेण दिनं माहेश्वरं भवेत्

Cinq tithis, avec un demi-yāma, lorsqu’ils se joignent au lundi—selon la mesure d’une année vaiṣṇava—deviennent un « jour māheśvara ».

Verse 26

शिवो वर्षशतं यावत्तेन रूपेण च स्थितः । यावदुच्छ्वसितं वक्त्रं सदाशिवसमुद्भवम्

Śiva demeure en cette forme durant cent ans, tant que dure l’exhalation du visage né de Sadāśiva.

Verse 27

पश्चाच्छक्तिं समभ्येति यावन्निश्वसितं भवेत् । निश्वासोच्छ्वसितानां च सर्वेषामेव देहिनाम्

Ensuite, il s’approche de Śakti tant que dure l’inspiration ; car l’inspiration et l’expiration appartiennent à tous les êtres incarnés.

Verse 28

ब्रह्मविष्णुशिवानां च गन्धर्वोरगरक्षसाम् । एकविंशत्सहस्राणि शतैः षड्भिः शतानि च

Pour Brahmā, Viṣṇu et Śiva—ainsi que pour les Gandharvas, les Nāgas et les Rākṣasas—(le nombre) est de vingt et un mille, avec six cents, et encore d’autres centaines selon l’énumération donnée.

Verse 29

अहोरात्रेण चोक्तानि प्रमाणे द्विज सत्तमाः । षड्भिरुच्छ्वासनिश्वासैः पलमेकं प्रवर्तते

Ô le meilleur des dvijas, les mesures du temps sont aussi dites selon le jour et la nuit : par six expirations et inspirations, on compte un pala.

Verse 30

नाडी षष्टिपला प्रोक्ता तासां षष्ट्या दिनं निशा । निश्वासोच्छ्वसितानां च परिसंख्या न विद्यते । सदाशिवसमुत्थानामेतस्मात्सोऽक्षयः स्मृतः

Il est déclaré qu’une nāḍī vaut soixante palas ; et par soixante nāḍīs se forme un jour et une nuit. Mais le total des inspirations et des expirations n’a pas de nombre fixé. C’est pourquoi ce qui procède de Sadāśiva est mémorisé comme « akṣaya » — impérissable.

Verse 31

अन्येऽपि ये प्रगच्छंति ब्रह्मज्ञानसमन्विताः । अक्षयास्तेऽपि जायंते सत्यमेतन्मयोदितम्

D’autres encore, qui s’avancent pourvus de la connaissance de Brahman, deviennent eux aussi « akṣaya », impérissables. Ceci est vérité, ainsi que je l’ai proclamé.

Verse 32

ऋषय ऊचुः । यद्येवं सूतपुत्रात्र ब्रह्मविष्णुमहेश्वराः । आत्मवर्षशते पूर्णे यांति नाशमसंशयम्

Les sages dirent : « S’il en est ainsi, ô fils de Sūta, alors Brahmā, Viṣṇu et Maheśvara—lorsque s’achèvent leurs cent années propres—parviennent assurément à la dissolution, sans aucun doute. »

Verse 33

तत्कथं मानुषाणां च मर्त्यलोकेल्पजीविनाम् । कथयंति च ये मुक्तिं विद्वांसश्चैव सूतज

Alors, ô fils de Sūta, comment les savants parlent-ils de la délivrance pour les humains, si peu durables dans le monde des mortels ?

Verse 34

नूनं तेषां मृषा वादो मोक्षमार्गसमु द्भवः

Assurément, leur propos, né au sujet de la voie de la délivrance, doit être mensonger.

Verse 35

सूत उवाच । अनादिनिधनः कालः संख्यया परिवर्जितः । असंख्याता गता मोक्षं ब्रह्मविष्णुमहेश्वराः

Sūta dit : « Le Temps est sans commencement ni fin, et il échappe au dénombrement. D’innombrables Brahmā, Viṣṇu et Maheśvara sont allés à la délivrance. »

Verse 36

निजे वर्षशते पूर्णे वालुकारेणवो यथा । निजमानेन या श्रद्धा ब्रह्मज्ञानसमुद्भवा । तेषां चेन्मानुषाणां च तन्मुक्तिः स्यादसंशयम्

De même que les grains de sable (se comptent) lorsque s’achève le propre centenaire d’années, de même—selon la mesure de chacun—la foi née de la connaissance de Brahman : si cette foi se trouve aussi chez les humains, alors leur délivrance adviendra, sans aucun doute.

Verse 37

यथैते दंशमशका मानुषाणां च कीटकाः । जायंते च म्रियंते च गण्यंते नैव कुत्रचित् । इन्द्रादीनां तथा मर्त्याः संभाव्या जगतीतले

De même que les moucherons, les moustiques et autres insectes parmi les hommes naissent et meurent sans qu’on puisse jamais les compter vraiment, de même, à la surface de la terre, les mortels, au regard d’Indra et des semblables, doivent être tenus pour innombrables et infimes.

Verse 38

देवानां च यथा मर्त्याः कीटस्थाने च संस्थिताः । तथा देवा अपि ज्ञेया ब्रह्मणोऽव्यक्तजन्मनः

De même que les mortels, au regard des dieux, se tiennent à la place des insectes, de même il faut savoir que même les dieux se tiennent ainsi au regard de Brahman, dont la naissance est non manifestée.

Verse 39

ब्रह्मणस्तु यथा देवाः कीटस्थाने व्यवस्थिताः । तथा ब्रह्मापि विष्णोश्च कीटस्थाने व्यवस्थितः

De même que les dieux, par rapport à Brahmā, sont établis dans la condition d’un simple insecte, de même Brahmā lui-même, par rapport à Viṣṇu, est établi dans cette même condition.

Verse 40

पितामहो यथा विष्णोः कीटस्थाने व्यवस्थितः । तथा स शिवशक्तिभ्यां पीरज्ञेयो द्विजो त्तमाः

De même que le Grand-Père (Brahmā), par rapport à Viṣṇu, est placé dans une station semblable à celle d’un insecte, de même, ô meilleur des deux-fois-nés, il faut comprendre qu’au regard de Śiva et de Śakti il se tient dans cette même condition inférieure.

Verse 41

यथा विष्णुः कृमिर्ज्ञेयस्ताभ्यामेव द्विजोत्तमाः । सदाशिवस्य विज्ञेयौ तथा तौ कृमिरूपकौ

Ainsi, ô meilleur des deux-fois-nés, même Viṣṇu doit être connu comme n’étant qu’un ver au regard de ces deux (Śiva et Śakti). Et ces deux-là, à leur tour, doivent être compris, au regard de Sadāśiva, comme ayant une forme de ver, c’est-à-dire infiniment moindres.

Verse 42

एवं च विविधैर्यज्ञैः श्रद्धा पूतेन चेतसा । ब्रह्मज्ञानात्परं यांति सदाशिवसमुद्भवम्

Ainsi, par des yajñas variés accomplis avec un esprit purifié par la foi, ils dépassent le simple fruit rituel ; par le Brahma-jñāna, ils atteignent l’état suprême issu de Sadāśiva.

Verse 43

अग्निष्टोमादिभिर्यज्ञैः कृतैः संपूर्णदक्षिणैः । तदर्थं ते दिवं यांति भुक्त्वा भोगान्पृथग्विधान्

Par des sacrifices tels que l’Agniṣṭoma et autres, accomplis avec la dakṣiṇā (don sacré) entièrement offerte, ils vont au ciel pour ce but rituel et y jouissent de plaisirs variés et distincts.

Verse 44

क्षये च पुनरायांति सुकृतस्य महीतले । ब्रह्मज्ञानात्परं प्राप्य पुनर्जन्म न विद्यते

Quand ce mérite s’épuise, ils reviennent de nouveau sur la terre. Mais celui qui atteint le Suprême par le Brahma-jñāna ne connaît plus de renaissance.

Verse 45

तस्मात्सर्वप्रयत्नेन तत्राभ्यासं समा चरेत् । जन्मभिर्बहुभिः पश्चाच्छनैर्मुक्तिमवाप्नुयात्

C’est pourquoi, de tout effort, il faut pratiquer avec constance cette discipline ; après de nombreuses naissances, peu à peu, on obtient la libération (mukti).

Verse 46

एकजन्मनि संप्राप्तो लेशो ज्ञानस्य तस्य च । द्वितीये द्विगुणस्तस्य तृतीये त्रिगु णो भवेत्

Si, en une naissance, on n’obtient qu’une infime part de cette connaissance, à la seconde elle devient double ; à la troisième, triple.

Verse 47

एकोत्तरो भवेदेवं सदा जन्मनिजन्मनि

Ainsi, cela s’accroît d’une unité à chaque fois—toujours, de naissance en naissance.

Verse 48

ऋषय ऊचुः । ब्रह्मज्ञानस्य संप्राप्तिर्मर्त्यानां जायते कथम् । एतन्नः सर्वमाचक्ष्व यदि त्वं वेत्सि सूतज

Les sages dirent : « Comment l’obtention du Brahma-jñāna naît-elle chez les mortels ? Dis-nous tout cela, si tu le sais, ô fils de Sūta. »

Verse 49

सूत उवाच । का शक्तिर्मम वक्तव्ये ज्ञाने मर्त्यसमुद्भवे । स्वयमेव न यो वेत्ति स परस्य वदेत्कथम्

Sūta dit : « Quel pouvoir ai-je pour parler de cette connaissance qui naît parmi les mortels ? Si l’on ne la connaît pas soi-même, comment pourrait-on l’expliquer à autrui ? »

Verse 50

उपदेशः परं यो मे पित्रा दत्तो द्विजोत्तमाः । तमहं वः प्रवक्ष्यामि ब्रह्मज्ञानसमुद्भवम्

Ô vous, les meilleurs des deux-fois-nés, je vous exposerai l’enseignement suprême que mon père m’a donné—l’enseignement d’où naît le Brahma-jñāna.

Verse 51

हाटकेश्वरजे क्षेत्रे ह्यस्ति तीर्थद्वयं शुभम् । कुमारिकाभ्यां विहितं ब्रह्मज्ञानप्रदं नृणाम्

En vérité, dans le kṣetra sacré de Hāṭakeśvara se trouvent deux tīrthas de bon augure, établis par deux jeunes filles, qui accordent le Brahma-jñāna aux hommes.

Verse 52

ब्राह्मण्या चैव शूद्र्या च कुमारीभ्यां विनिर्मितम् । अष्टम्यां च चतुर्दश्यां यस्ताभ्यां स्नानमाचरेत्

Façonné par deux jeunes filles—l’une brāhmaṇī, l’autre śūdrā—quiconque s’y baigne au huitième et au quatorzième jour lunaire accomplit l’observance prescrite.

Verse 53

पश्चात्पूजयते भक्त्त्या प्रसिद्धे सिद्धिपादुके । सुगुप्ते गर्तमध्यस्थे कुमार्या परिपूजिते

Ensuite, avec dévotion, on doit vénérer la célèbre « Siddhi-Pādukā », bien dissimulée, placée au cœur d’une cavité, et pleinement honorée par la jeune fille.

Verse 54

तस्य संवत्सरस्यान्ते ब्रह्मज्ञानं प्रजायते । शक्त्या विनिहिते ते च स्वदर्शनविवृद्धये

À l’achèvement de cette année, la connaissance de Brahman (brahma-jñāna) naît en lui. Et ces supports sacrés furent déposés là par Śakti pour accroître sa propre vision sainte (darśana) et sa manifestation.

Verse 55

लोकानां मुक्तिकामानां ब्रह्मज्ञानसुखावहे । मम तातो गतस्तत्र ततश्च ज्ञानवान्स्थितः

Pour ceux qui aspirent à la délivrance, cela apporte la félicité de la connaissance de Brahman. Mon père s’y rendit, et dès lors demeura établi comme un connaissant.

Verse 56

तस्यादेशादहं तत्र गतः संवत्सरं स्थितः । पादुके पूजयामास ततो ज्ञानं च संस्थितम्

Sur son ordre, je m’y rendis et j’y demeurai une année. Je vénérai les Pādukās, et alors la connaissance s’établit fermement en moi.

Verse 57

यत्किञ्चिद्वा श्रुतं लोके पुराणाग्र्यं व्यवस्थितम् । वर्तमानं भविष्यच्च तदहं वेद्मि भो द्विजाः

Tout ce qui s’entend dans le monde, et tout ce qui est établi dans le Purāṇa le plus éminent—qu’il concerne le présent ou l’avenir—je le sais, ô deux-fois-nés.

Verse 58

तत्प्रसादादसंदिग्धं प्रमाणं चात्र संस्थितम् । मुक्त्वैकं वेदपठनं सूतत्वं च यतो मयि

Par sa grâce, une autorité et une preuve sans doute ont été établies ici. Une seule chose me manque : la récitation des Veda, puisque je porte la condition d’un Sūta.

Verse 59

तस्यापि वेद्मि सर्वार्थं भर्तृयज्ञो यथा मुनिः । अस्मादत्रैव गच्छध्वं यदि मुक्तेः प्रयोजनम्

«Moi aussi, j’en connais tout le sens, tout comme le sage Bhartṛyajña. Ainsi, partez d’ici sur-le-champ, si votre dessein est la délivrance.»

Verse 60

किमेतैः स्वर्गदैः सत्रैः पुनरावृत्तिकारकैः । आराधयध्वं ते गत्वा पादुके सिद्धिदे नृणाम् । येन संवत्सरस्यान्ते ब्रह्मज्ञानं प्रजायते

«À quoi bon ces sessions sacrificielles qui donnent le ciel et pourtant provoquent le retour (à la renaissance) ? Allez vénérer ces Pādukās, dispensatrices d’accomplissement pour les hommes ; par elles, au terme d’une année, naît la connaissance de Brahman.»

Verse 61

ऋषय ऊचुः । साधुसाधु महाभाग ह्युपदेशः कृतो महान् । तेन संतारिताः सर्वे वयं संसारसागरात्

Les sages dirent : «Bien dit, bien dit, ô noble ! Une grande instruction a véritablement été donnée. Par elle, nous tous avons été menés au-delà de l’océan du saṃsāra.»

Verse 62

यास्यामोऽपि वयं तत्र सत्रे द्वादशवार्षिके । समाप्तेऽस्मिन्न संदेहः सर्वे च कृतनिश्चयाः

Nous aussi, nous irons là-bas, à cette session sacrificielle de douze ans. Quand cet échange sera achevé, il n’y aura aucun doute : tous, nous avons pris une résolution ferme.

Verse 194

इति श्रीस्कान्दे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये ब्रह्मज्ञानप्राप्त्यर्थं कुमारिकातीर्थद्वयगर्तक्षेत्रस्थपादुकामाहात्म्यवर्णनंनाम चतुर्णवत्युत्तरशततमोऽध्यायः

Ainsi, dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa, dans l’Ekāśīti-sāhasrī Saṃhitā, au sixième livre, le Nāgara-khaṇḍa, au sein du Māhātmya du saint domaine de Hāṭakeśvara, voici le chapitre 194, intitulé : «Description de la grandeur des Pādukās situées dans la région de Dvaya-garta et de la paire de Kumārikā-tīrthas, en vue d’obtenir la connaissance de Brahman».