
Ce chapitre se déploie par un dialogue à plusieurs niveaux et une narration en relais propre aux purāṇa. Il s’ouvre sur Nārada évoquant son propre culte lors de l’observance de Kārttika en quinzaine claire (Prabodhinī), reliant la bhakti à la délivrance des défauts liés à Kali. Arjuna exprime un doute ancien : comment Nārada—loué pour son équanimité, sa discipline et son orientation vers la libération—peut-il paraître agité, se mouvant « comme le vent », dans un monde meurtri par Kali ? Le cadre change lorsque Sūta rapporte l’échange et introduit Bābhravya (un brāhmaṇa de la lignée Hārīta), qui éclaire la question en rapportant ce qu’il a entendu de Kṛṣṇa. L’épisode enchâssé décrit le pèlerinage de Kṛṣṇa vers une région de confluence marine, l’accomplissement du piṇḍa-dāna et de larges dons, l’adoration attentive de plusieurs liṅga (dont Guheśvara), le bain à Koṭitīrtha et l’hommage rendu à Nārada. Ugrasena demande pourquoi Nārada erre sans cesse ; Kṛṣṇa explique que Dakṣa l’a maudit pour avoir entravé les voies de la création, le vouant à une errance perpétuelle et à la réputation de susciter le trouble chez autrui ; pourtant Nārada demeure sans souillure grâce à sa véracité, son esprit unifié et sa bhakti. Kṛṣṇa récite aussi un long stotra énumérant les vertus de Nārada (maîtrise de soi, absence de duplicité, constance, savoir, absence de malveillance) et promet sa faveur à ceux qui le récitent régulièrement. Le chapitre prescrit ensuite un rite calendaire : au Kārttika Śukla Dvādaśī (Prabodhinī), il faut se baigner au puits établi par Nārada, accomplir le śrāddha avec soin, et pratiquer tapas, dāna et japa—déclarés akṣaya en ce lieu. Le pratiquant doit « éveiller » Viṣṇu par le mantra « idaṁ viṣṇu », puis éveiller et vénérer Nārada, offrir des objets auspicieux et faire des dons aux brāhmaṇa selon ses moyens, tels qu’un parasol (chatra), un vêtement (dhotra) et un kamaṇḍalu. Le phala conclut que cette observance libère du péché, empêche les afflictions de Kali de surgir et apaise la détresse mondaine.
Verse 1
नारद उवाच । ममापि पार्थ तत्रास्ति मूर्तिर्ब्राह्मणकाम्यया । तत्र नाहं त्यजाम्यंग च्छत्रदण्डविभूषिताम्
Nārada dit : « Ô Pārtha, là aussi se trouve ma propre manifestation, désirée par les brāhmaṇas. Là, cher ami, je ne l’abandonne point — elle est ornée d’une ombrelle et d’un bâton ».
Verse 2
कार्तिकस्य तु या शुक्ला भवत्येकादशी शुभा । तस्यां मदर्चनं कृत्वा कलिदोषैर्विमुच्यते
Lors de l’auspicieuse Ekādaśī de la quinzaine claire de Kārtika, celui qui m’offre le culte se trouve délivré des fautes de l’âge de Kali.
Verse 3
अर्जुन उवाच । बाल्यात्प्रभृति संदेहो ममायं हृदि वर्तते । पृच्छतस्तं च मे विप्र न क्रोधं कर्तुमर्हसि
Arjuna dit : « Depuis l’enfance, ce doute demeure en mon cœur. Tandis que je t’en interroge, ô brāhmaṇa vénérable, ne te mets pas en colère. »
Verse 4
सदा त्वं मोक्षधर्मेषु परिनिष्ठां परां गतः । सर्वभूतसमो दांतो रागद्वेषविवर्जितः
Tu demeures sans cesse établi dans les dharmas qui mènent à la délivrance, ayant atteint la plus haute stabilité. Tu es égal envers tous les êtres, maître de toi, et exempt d’attachement comme d’aversion.
Verse 5
त्यक्तनिंदास्तुतिर्मौनी मोक्षस्थः परिकीर्त्यसे । त्वं च नारद लोकेषु वायुवच्चपलो मुने
On te célèbre comme celui qui a renoncé au blâme et à l’éloge, silencieux et établi dans la délivrance. Et pourtant, ô Nārada, tu parcours les mondes avec l’instabilité du vent, ô sage.
Verse 6
सौदामिनीव विचरन्दृश्यसे प्राज्ञसंमतः । सदा कलिकरो लोके निर्दयः सर्वप्राणिषु
On te voit aller et venir tel un éclair, et les sages t’estiment. Pourtant, tu es sans cesse dans le monde un semeur de discorde, impitoyable envers tous les êtres vivants.
Verse 7
बहूनां हि सहस्राणि देवगंधर्वरक्षसाम् । राज्ञां मुनीन्द्रदैत्यानां कलेर्नष्टानि तेऽभवन्
En vérité, par ton entremise, des milliers et des milliers—dieux, Gandharvas et Rākṣasas, ainsi que des rois, de grands sages et des Daityas—ont été conduits à la ruine par la discorde de Kali.
Verse 8
कस्मात्तदेषा चेष्टा ते संदेहं मे हर द्विज । संदेहान्न सुखं शेते बाणविद्धो मृगो यथा
Pourquoi donc telle est-elle ta manière d’agir ? Ô deux-fois-né, dissipe mon doute. Car celui qui doute ne repose pas dans la joie, tel un cerf percé d’une flèche.
Verse 9
सूत उवाच । शौनकेदं वचः श्रुत्वा फाल्गुनान्नारदो मुनिः । प्रहसन्निव बाभ्रव्यवदनं स निरैक्षत
Sūta dit : Ô Śaunaka, ayant entendu ces paroles de Phālguna, le sage Nārada—souriant comme s’il riait—porta son regard vers le visage de Bābhravya.
Verse 10
स च बाभ्रव्यनामा वै हारीतस्यान्वयोद्भवः । ब्राह्मणो नारदमुनेः समीपे वर्तते सदा
Et lui, en vérité, était un brāhmaṇa nommé Bābhravya, issu de la lignée de Hārīta ; il demeurait toujours auprès du sage Nārada.
Verse 11
स च ज्ञात्वा महाबुद्धिर्नारदस्य मनीषितम् । प्रहसन्निव प्रोवाच फाल्गुनं स्निग्धया गिरा
Et lui, d’une grande intelligence, ayant discerné l’intention de Nārada, s’adressa à Phālguna d’une voix douce, souriant comme en plaisantant.
Verse 12
बाभ्रव्य उवाच । सत्यमेतद्यथात्थ त्वं नारदं प्रति पांडव । सर्वोऽपि चात्र वृत्तांते संशयं याति मानवः
Bābhravya dit : « Ce que tu as dit à Nārada, ô Pāṇḍava, est vrai. En cette affaire, tout homme, en effet, tombe dans le doute. »
Verse 13
तदहं ते प्रवक्ष्यामि यथा कृष्णान्मया श्रुतम् । स्तोककालांतरे पूर्वं सर्वं यादवनंदनः
C’est pourquoi je vais te l’expliquer, tel que je l’ai entendu de Kṛṣṇa. Il y a peu, la joie des Yādava, Śrī Kṛṣṇa, a dit tout cela.
Verse 14
महीसागरयात्रायां कृष्णस्तत्राययौ प्रभुः । उग्रसेनेन सहितो वसुदेवेन बभ्रुणा
Lorsque fut entreprise la pèlerinage vers Mahīsāgara, le Seigneur Kṛṣṇa lui-même y arriva, accompagné d’Ugrasena et de Vasudeva (Babhru).
Verse 15
रामेण रौक्मिणेयेन युयुधानादिभिस्तदा । स च ज्ञात्वा ज्ञातिसमं महीसागरसंगमे
En ce temps-là, il était accompagné de Rāma, de Raukmiṇeya, ainsi que de Yuyudhāna et d’autres; et, sachant que ses parents s’étaient pareillement assemblés au confluent de Mahīsāgara, il s’y rendit.
Verse 16
पिंडदानादिकं कृत्वा दत्त्वा दानानि भूरिशः । गुहेश्वरादिलिंगानि यत्नतः प्रतिपूज्य च
Après avoir accompli les rites commençant par les offrandes de piṇḍa et avoir fait d’abondantes aumônes, il rendit un culte attentif aux liṅga, tels Guheśvara et d’autres.
Verse 17
स्नानं कृत्वा कोटितीर्थे जयादित्यं समर्च्य च । पूजयन्नारदमुनिं युक्तः कृष्णो महामनाः
Après s’être baigné à Koṭitīrtha et avoir dûment adoré Jayāditya, Kṛṣṇa, au grand esprit—recueilli et plein de dévotion—honora aussi le sage Nārada.
Verse 19
उग्रसेन उवाच । कृष्ण प्रक्ष्यामि त्वामेकं संशयं वद तं मम
Ugrasena dit : « Kṛṣṇa, je veux te poser une question qui me laisse dans le doute ; explique-la-moi, je t’en prie. »
Verse 20
योऽयं नाम महाबुद्धिर्नारदो विश्ववंदितः । कस्मादेषोऽतिचपलो वायुवद्भ्रमते जगत्
« Ce Nārada est renommé comme suprêmement sage et vénéré par le monde entier ; pourquoi donc est-il si agité, errant à travers le monde tel le vent ? »
Verse 21
श्रीकृष्ण उवाच । सत्यं राजंस्त्वया पृष्टमेतत्सर्वं वदामि ते । दक्षेण तु पुरा शप्तो नारदो मुनिसत्तमः
Śrī Kṛṣṇa dit : «C’est vrai, ô roi ; ce que tu as demandé est juste. Je vais tout te le dire. Jadis, le sage éminent Nārada fut maudit par Dakṣa.»
Verse 22
सृष्टिमार्गांस्तु तान्वीक्ष्य नारदेन विचालितान् । नावस्थानं च लोकेषु भ्रमतस्ते भविष्यति
Voyant les voies de la création, mises en branle et troublées par Nārada, Dakṣa déclara : «Pour toi qui erres, il n’y aura demeure stable dans aucun des mondes.»
Verse 23
पैशुन्य वक्ता च तथा द्वितीयानां प्रचालनात् । इति शापद्वयं प्राप्य द्विविधात्मजचालनात्
Et encore : «Tu seras celui qui profère la calomnie», pour avoir excité les autres. Ainsi, ayant encouru une double malédiction pour avoir agité deux sortes de progéniture, Nārada fut voué à l’errance.
Verse 24
निराकर्तुं समर्थोऽपि मुनिर्मेने तथैव तत् । एतावान्साधुवादो हि यतश्च क्षमते स्वयम्
Bien que le sage fût capable de l’annuler, il accepta la malédiction telle quelle. Car telle est la mesure de la vraie sainteté : endurer et pardonner de son plein gré.
Verse 25
विनाशकालं चावेक्ष्य कलिं वर्धयते यतः । सत्यं च वक्ति तस्मात्स न च पापेन लिप्यते
Parce qu’il prévoit le temps fixé de la dissolution et laisse ainsi le Kali suivre son cours, et parce qu’il ne dit que la vérité, il n’est pas souillé par le péché.
Verse 26
भ्रमतोऽपि च सर्वत्र नास्य यस्मात्पृथङ्मनः । ध्येयाद्भवति नैव स्याद्भ्रमदोषस्ततोस्य च । यच्च प्रीतिर्मयि तस्य परमा तच्छृणुष्व च
Même en allant et venant partout, son esprit ne se divise jamais, car il demeure fixé sur l’objet de la méditation; ainsi, la faute de distraction ne naît pas en lui. Écoute aussi son amour suprême pour moi.
Verse 27
अहं हि सर्वदा स्तौमि नारदं देवदर्शनम् । महेंद्रगदितेनैव स्तोत्रेण शृणु तन्नृप
En vérité, je loue toujours Nārada, le voyant des dieux. Ô roi, écoute cet hymne, prononcé par Mahendra lui-même.
Verse 28
श्रुतचारित्रयोर्जाता यस्याहंता न विद्यते । अगुप्तश्रुत चारित्रं नारदं तं नमाम्यहम्
Je me prosterne devant Nārada, en qui l’ego ne naît pas malgré l’érudition et la noble conduite, et dont le savoir et le caractère sont ouverts, sans dissimulation.
Verse 29
अरतिक्रोधचापल्ये भयं नैतानि यस्य च । अदीर्घसूत्रं धीरं च नारदं तं नमाम्यहम्
Je me prosterne devant Nārada, pour qui l’agitation, la colère et l’inconstance ne sont pas à craindre; qui ne remet pas au lendemain, et demeure ferme et paisible.
Verse 30
कामाद्वा यदि वा लोभाद्वाचं यो नान्यथा वदेत् । उपास्यं सर्वजंतूनां नारदं तं नमाम्यहम्
Je me prosterne devant Nārada, qui ne parle jamais autrement—que ce soit par désir ou par avidité—et qui est digne de vénération de la part de tous les êtres.
Verse 31
अध्यात्मगतितत्त्वज्ञं क्षांतं शक्तं जितेंद्रियम् । ऋजुं यथार्थ वक्तारं नारदं तं नमाम्यहम्
Je me prosterne devant Nārada, connaisseur de la vérité de la voie de l’ātman; patient et puissant, maître des sens, droit, et disant les choses telles qu’elles sont.
Verse 32
तेजसा यशसा बुद्ध्या नयेन विनयेन च । जन्मना तपसा वृद्धं नारदं तं नमाम्यहम्
Je me prosterne devant Nārada—mûri par l’éclat spirituel, la renommée, l’intelligence, la juste conduite et l’humilité; vénérable par la naissance et par l’austérité (tapas).
Verse 33
सुखशीलं सुखं वेषं सुभोजं स्वाचरं शुभम् । सुचक्षुषं सुवाक्यं च नारदं तं नमाम्यहम्
Je me prosterne devant Nārada—d’humeur douce, au vêtement simple, modéré dans la nourriture, auspiceux dans sa conduite; au regard clair et à la parole suave.
Verse 34
कल्याणं कुरुते गाढं पापं यस्य न विद्यते । न प्रीयते परानर्थे यो ऽसौ तं नौमि नारदम्
Je loue ce Nārada qui accomplit un bien profond, en qui nul péché ne se trouve, et qui ne se réjouit jamais du malheur d’autrui.
Verse 35
वेदस्मृतिपुराणोक्तधर्मे यो नित्यमास्थितः । प्रियाप्रियविमुक्तं तं नारदं प्रणमाम्यहम्
Je me prosterne devant Nārada, toujours établi dans le dharma enseigné par les Veda, les Smṛti et les Purāṇa, et libéré de l’attachement à l’agréable comme de l’aversion pour le désagréable.
Verse 36
अशनादिष्वलिप्तं च पंडितं नालसं द्विजम् । बहुश्रुतं चित्रकथं नारदं प्रणमाम्यहम्
Je me prosterne devant Nārada, le savant deux-fois-né, sans tache des choses telles que la nourriture et autres; jamais indolent; riche d’un vaste savoir; et merveilleux conteur de maints récits.
Verse 37
नार्थे क्रोधे च कामे च भूतपूर्वोऽस्य विभ्रमः । येनैते नाशिता दोषा नारदं तं नमाम्यहम्
Je m’incline devant ce Nārada en qui jamais ne s’est levée l’illusion au sujet de la richesse, de la colère ou du désir; par lui, ces fautes ont été anéanties.
Verse 38
वीतसंमोहदोषो यो दृढभक्तिश्च श्रेयसि । सुनयं सत्रपं तं च नारदं प्रणमाम्यहम्
Je me prosterne devant Nārada, qui a rejeté la faute de l’égarement; dont la dévotion est ferme en ce qui mène au Bien suprême; bien réglé dans sa conduite; et modeste dans son maintien.
Verse 39
असक्तः सर्वसंगेषु यः सक्तात्मेति लक्ष्यते । अदीर्घसंशंयो वाग्ग्मी नारदं तं नमाम्यहम्
Je m’incline devant Nārada : détaché au milieu de toutes les relations, et pourtant reconnu comme ayant l’esprit voué au Suprême; sans doutes qui s’éternisent; et éloquent dans la parole.
Verse 40
न त्यजत्यागमं किंचिद्यस्तपो नोपजीवति । अवंध्यकालो यस्यात्मा तमहं नौमि नारदम्
Je loue Nārada, qui n’abandonne en rien les enseignements sacrés, qui ne fait pas de l’ascèse un moyen de subsistance, et dont la durée de vie n’est jamais vaine.
Verse 41
कृतश्रमं कृतप्रज्ञं न च तृप्तं समाधितः । नित्यं यत्नात्प्रमत्तं च नारदं तं नमाम्यहम्
Je me prosterne devant Nārada, qui a fourni l’effort et cultivé la sagesse; qui ne s’endort pas dans la complaisance de son samādhi, et demeure sans cesse vigilant par une quête ininterrompue.
Verse 42
न हृष्यत्यर्थलाभेन योऽलाभे न व्यथत्यपि । स्थिरबुद्धिरसक्तात्मा तमहं नौमि नारदम्
Je loue Nārada, qui ne s’exalte pas au gain des richesses ni ne s’attriste de leur absence; à l’intelligence stable et à l’âme détachée.
Verse 43
तं सर्वगुणसंपन्नं दक्षं शुचिमकातरम् । कालज्ञं च नयज्ञं च शरणं यामि नारदम्
Vers Nārada je vais chercher refuge—comblé de toutes les vertus, habile et efficace, pur et sans trouble; connaissant le moment juste et la voie droite de la conduite.
Verse 44
इमं स्तवं नारदस्य नित्यं राजन्पठाम्यहम् । तेन मे परमा प्रीतिं करोति मुनिसत्तमः
Ô Roi, je récite chaque jour cet hymne à Nārada; par cela, le plus éminent des sages m’accorde la grâce suprême et la joie la plus haute.
Verse 45
अन्योपि यः शुचिर्भूत्वा नित्यमेतां स्तुतिं जपेत् । अचिरात्तस्य देवर्षिः प्रसादं कुरुते परम्
Et quiconque, s’étant purifié, récite régulièrement cette louange, le devarṣi Nārada lui accorde bientôt la grâce suprême.
Verse 46
एतान्गुणान्नारदस्य त्वमथाकर्ण्य पार्थिव । जप नित्यं स्तवं पुण्यं प्रीतस्ते भविता मुनिः
Ô roi, après avoir entendu ces vertus de Nārada, récite chaque jour cet hymne méritoire et sacré ; le muni en sera satisfait envers toi.
Verse 47
बाभ्रव्य उवाच । इति कृष्णमुखाच्छ्रुत्वा नारदस्य गुणान्नृपः । बभूव परमप्री तश्चक्रे तच्च तथा वचः
Bābhravya dit : Ainsi, ayant entendu de la propre bouche de Kṛṣṇa les vertus de Nārada, le roi fut comblé d’une joie suprême et agit exactement selon ces paroles.
Verse 48
ततो नारदमानर्च दत्त्वा दानं च पुष्कलम् । नारदीयद्विजाग्र्याणां नारदः प्रीयतामिति
Puis il rendit un culte à Nārada et fit une aumône abondante, disant : «Que Nārada soit satisfait», l’offrant aux plus éminents brāhmaṇas attachés à la tradition nāradīya.
Verse 49
ययौ द्वारवतीं कृष्णः सभ्रातृजातिबांधवः । तीर्थयात्रामिमां कृत्वा विधिवत्पुरुषोत्तमः
Alors Kṛṣṇa —le Puruṣottama, la Personne Suprême—, ayant accompli selon le rite cette pèlerinage, partit pour Dvāravatī avec ses frères, ses proches et ses parents.
Verse 50
तथा त्वमपि कौरव्य नारदस्य गुणानिमान् । श्रुत्वा श्रद्धामयो भूत्वा शृणु कृत्यं यदत्र च
Ainsi toi aussi, ô descendant des Kurus : après avoir entendu ces vertus de Nārada et t’être empli de foi, écoute également le devoir qui doit être accompli ici.
Verse 51
कार्तिके शुक्लद्वादश्यां प्रबोधिन्यामसौ मुनिः । विष्णोर्ध्यानसमाधेश्च प्रबुद्धो जायते सदा
Au lumineux Dvādaśī de Kārttika—Prabodhinī—ce sage (Nārada), par la méditation et le samādhi en Viṣṇu, s’éveille sans cesse à la réalisation divine.
Verse 52
तस्मिन्दिने नारदेन निर्मितेऽत्रैव कूपके । स्नानं कृत्वा प्रयत्नेन श्राद्धं कुर्यात्समाहितः
En ce jour-là, dans ce puits même édifié ici par Nārada, qu’on se baigne avec soin et, l’esprit recueilli, qu’on accomplisse le śrāddha avec ardeur.
Verse 53
तपो दानं जपश्चात्र कूपे भवति चाक्षयम्
L’austérité, le don et la récitation des mantras accomplis ici, en ce puits, deviennent impérissables quant à leurs fruits.
Verse 54
इदं विष्ण्विति मंत्रेण ततो विष्णुं प्रबोधयेत् । नारदं च मुनिं पश्चान्मन्त्रेणानेन पांडव
Ensuite, par le mantra « Idaṃ Viṣṇu », qu’on réveille Viṣṇu ; puis, ô Pāṇḍava, qu’on invoque et qu’on honore aussi le sage Nārada par ce même mantra.
Verse 55
योगनिद्रा यथा त्यक्ता हरिणा मुनिसत्तम । तथा लोकोपकाराय भवानपि परित्यज
Ô le meilleur des sages, de même que Hari a délaissé son sommeil yogique, de même toi aussi, pour le bien du monde, renonce-y.
Verse 56
इति मंत्रेण चोत्थाप्य नारदं परिपूजयेत् । कृष्णप्रोदितया स्तुत्या छत्रधोत्रार्चनैः शुभैः
Ainsi, après avoir éveillé Nārada par ce mantra, on doit l’honorer comme il se doit—par l’hymne enseigné par Kṛṣṇa et par des offrandes de bon augure, telles qu’un parasol et un tissu.
Verse 57
शक्त्या द्विजानां देयं च छत्रं धोत्रं कमंडलुम् । प्रणम्य ब्राह्मणान्भक्त्या नारदः प्रीयतामिति
Selon ses moyens, on doit donner aux dvija (les « deux-fois-nés ») un parasol, un tissu et un kamaṇḍalu (vase à eau). Après s’être prosterné devant les brāhmaṇas avec dévotion, qu’on dise : « Que Nārada soit satisfait ».
Verse 58
एवं कृते प्रसादात्स मुनेः पापेन मुच्यते । जायते न कलिस्तस्य न चासौख्यं भवेदिह
Quand cela est accompli, par la grâce de ce sage on est délivré du péché. Pour lui, Kali ne se lève pas, et nul malheur ne survient ici-bas.