Adhyaya 26
Kashi KhandaPurva ArdhaAdhyaya 26

Adhyaya 26

Agastya interroge Skanda sur l’apparition d’Avimukta sur la terre, sur la naissance de sa renommée comme kṣetra dispensateur de mokṣa, sur l’origine de Maṇikarṇikā, ainsi que sur l’étymologie des noms Kāśī/Vārāṇasī/Rudrāvāsa/Ānandakānana/Mahāśmaśāna. Skanda répond en rapportant un enseignement ancien : lors du mahāpralaya, tout demeure dans un état indifférencié, puis l’agent créateur se manifeste à travers les catégories Śiva‑Śakti, décrites par le langage de prakṛti/māyā/buddhi‑tattva. Avimukta est présenté comme un espace de cinq krośa, que Śiva et Śakti n’abandonnent jamais, même au temps de la dissolution ; d’où son nom « Avimukta », « non délaissé ». Le récit se tourne ensuite vers Ānandavana : Viṣṇu s’y manifeste, accomplit un tapas rigoureux, creuse l’étang sacré Cakrapuṣkariṇī et reçoit la faveur de Śiva. Le nom Maṇikarṇikā est expliqué par un épisode mythique : à la suite d’un mouvement, l’ornement d’oreille de Śiva (maṇi‑kuṇḍala) tombe, rendant ce tīrtha illustre. Le chapitre énumère aussi les actes rituels et éthiques accomplis à Kāśī et affirme que leurs fruits sont d’une efficacité exceptionnelle : un simple contact, voire le fait de prononcer le nom de la cité, étend le mérite, et la supériorité de Kāśī est proclamée par des comparaisons de phala.

Shlokas

Verse 1

अगस्तिरुवाच । प्रसन्नोसि यदि स्कंद मयि प्रीतिरनुत्तमा । तत्समाचक्ष्व भगवंश्चिरं यन्मे हृदिस्थितम्

Agastya dit : Si tu es satisfait de moi, ô Skanda, et si ton amour pour moi est sans égal, alors révèle-moi, ô Bienheureux, ce qui demeure depuis longtemps dans mon cœur.

Verse 2

अविमुक्तमिदं क्षेत्रं कदारभ्य भुवस्तले । परां प्रथितिमापन्नं मोक्षदं चाभवत्कथम्

Depuis quand, à la surface de la terre, ce saint lieu nommé Avimukta a-t-il acquis une renommée suprême, et comment est-il devenu dispensateur de délivrance ?

Verse 3

कथमेषा त्रिलोकीड्या गीयते मणिकर्णिका । तत्रासीत्किं पुरास्वामिन्यदा नामरनिम्नगा

Comment cette Maṇikarṇikā est-elle chantée comme illustre dans les trois mondes ? Et qu’y avait-il là jadis, ô Seigneur, lorsque ce fleuve fut connu par son nom ?

Verse 4

वाराणसीति काशीति रुद्रावास इति प्रभो । अवाप नामधेयानि कथमेतानि सा पुरी । आनंदकाननं रम्यमविमुक्तमनंतरम्

Ô Seigneur, comment cette cité obtint-elle les noms de «Vārāṇasī», «Kāśī» et «Rudrāvāsa» ? Et comment est-elle aussi appelée le charmant Ānandakānana et, de plus, Avimukta ?

Verse 5

महाश्मशान इति च कथं ख्यातं शिखिध्वज । एतदिच्छाम्यहं श्रोतुं संदेहं मेऽपनोदय

Et comment devint-elle célèbre sous le nom de «Mahāśmaśāna», ô Śikhidhvaja ? Je désire l’entendre : dissipe mon doute.

Verse 6

स्कंद उवाच । प्रश्नभारोयमतुलस्त्वया यः समुदाहृतः । कुंभयोनेऽमुमेवार्थमप्राक्षीदंबिका हरम्

Skanda dit : Incomparable est le poids des questions que tu as formulées, ô Kumbhayoni. Cette même affaire, Ambikā la demanda jadis à Hara.

Verse 7

यथा च देवदेवेन सर्वज्ञेन निवेदितम् । जगन्मातुः पुरस्ताच्च तथैव कथयामि ते

Comme l’a exposé le Deva des devas, l’Omniscient, en présence de la Mère de l’univers, ainsi te le raconterai-je.

Verse 8

महाप्रलय काले च नष्टे स्थावरजंगमे । आसीत्तमोमयं सर्वमनर्कग्रहतारकम्

Et au temps du grand pralaya, lorsque périrent l’immobile et le mobile, tout devint pure ténèbre, sans soleil, sans planètes ni étoiles.

Verse 9

अचंद्रमनहोरात्रमनग्न्यनिलभूतलम् । अप्रधानं वियच्छून्यमन्यतेजोविवर्धितम्

Il n’y avait ni lune, ni jour ni nuit ; ni feu, ni vent, ni terre ; nulle substance primordiale manifestée ; le ciel était vide, et seule régnait une clarté indifférenciée.

Verse 10

द्रष्टृत्वादि विहीनं च शब्दस्पर्शसमुज्झितम् । व्यपेतगंधरूपं च रसत्यक्तमदिङ्मुखम्

C’était dépourvu même de l’état de « voyant » et autres ; privé de son et de toucher ; l’odeur et la forme s’en étaient retirées ; le goût était abandonné — sans direction ni orientation.

Verse 11

इत्थं सत्यंधतमसि सूचीभेद्ये निरंतरे । तत्सद्ब्रह्मेति यच्छ्रुत्या सदैकं प्रतिपाद्यते

Ainsi, dans ces ténèbres épaisses—continues et impénétrables, comme si seule une aiguille pouvait les percer—la Śruti proclame l’unique Réalité impérissable : «Cela est l’Être, cela est Brahman».

Verse 12

अमनोगोचरोवाचां विषयं न कथंचन । अनामरूपवर्णं च न स्थूलं न च यत्कृशम्

Il dépasse la portée du mental et n’est jamais, en vérité, un objet de parole. Il n’a ni nom, ni forme, ni couleur : ni grossier ni subtil.

Verse 13

अह्रस्वदीर्घमलघुगुरुत्वपरिवर्जितम् । न यत्रोपचयः कश्चित्तथा चापचयोपि च

Il est exempt de brièveté et de longueur, de légèreté et de pesanteur. En lui, il n’y a ni accroissement ni décroissance.

Verse 14

अभिधत्ते स चकितं यदस्तीति श्रुतिः पुनः । सत्यं ज्ञानमनंतं च यदानंदं परं महः

Même la Śruti, comme saisie d’émerveillement, ne déclare que ceci : «Cela est». Cette suprême splendeur est vérité, connaissance, infinité—et béatitude.

Verse 15

अप्रमेयमनाधारमविकारमनाकृति । निर्गुणं योगिगम्यं च सर्वव्याप्येककारणम्

Il est incommensurable, sans support, immuable et sans forme ; sans guṇas, accessible aux yogins—omniprésent, l’unique cause de tout.

Verse 16

निर्विकल्पं निरारंभं निर्मायं निरुपद्रवम् । यस्येत्थं संविकल्प्यंते संज्ञाः संज्ञोदितस्य वै

Sans divisions conceptuelles, sans commencement d’entreprise, sans illusion et sans trouble. Pourtant, à Cela qui dépasse tout nom, de telles appellations sont imaginativement attribuées.

Verse 17

तस्यैकलस्य चरतो द्वितीयेच्छा भवत्किल । अमूर्तेन स्वमूर्तिश्च तेनाकल्पि स्वलीलया

Pour cet Unique qui chemine seul, naquit—dit-on—le désir d’un « second ». Ainsi, par son propre līlā, la Forme fut façonnée par l’Informe.

Verse 18

सर्वैश्वर्यगुणोपेता सर्वज्ञानमयी शुभा । सर्वगा सर्वरूपा च सर्वदृक्सर्वकारिणी

Pourvue de toute puissance et de toute vertu souveraines, faite de toute connaissance, bienfaisante : elle pénètre tout, prend toutes les formes, voit tout et accomplit tout.

Verse 19

सर्वैकवंद्या सर्वाद्या सर्वदा सर्वसंकृतिः । परिकल्प्येति तां मूर्तिमीश्वरीं शुद्धरूपिणीम्

Elle est l’Unique vénérée par tous, la source primordiale, toujours présente, la puissance qui ordonne l’univers. Ainsi conçoivent-ils cette Souveraine Déesse à la forme pure comme une manifestation.

Verse 20

अंतर्दधे पराख्यं यद्ब्रह्मसर्वंगमव्ययम्

Alors ce Brahman impérissable—nommé « le Suprême », omniprésent—se voila et demeura non manifesté.

Verse 21

अमूर्तं यत्पराख्यं वै तस्य मूर्तिरहं प्रिये । अर्वाचीनपराचीना ईश्वरं मां जगुर्बुधाः

«Bien-aimée, de cette Réalité sans forme appelée le Suprême, je suis la forme manifestée. Proche et lointain tout ensemble, les sages me célèbrent comme Īśvara.»

Verse 22

ततस्तदैकलेनापि स्वैरं विहरतामया । स्वविग्रहात्स्वयं सृष्टा स्वशरीरानपायिनी

Alors, même lorsque j’errais librement là, seul, Elle—née d’elle-même de ma propre forme divine—se manifesta d’elle-même, sans jamais se séparer de Son propre corps.

Verse 23

प्रधानं प्रकृतिं त्वां च मायां गुणवतीं पराम् । बुद्धि तत्त्वस्य जननीमाहुर्विकृतिवर्जिताम्

Ils Te nomment Pradhāna, Prakṛti, et la Māyā suprême pourvue des guṇas; et ils proclament aussi que Tu es la mère du principe de l’intellect (buddhi-tattva), sans aucune déformation.

Verse 24

युगपच्च त्वया शक्त्या साकं कालस्वरूपिणा । मयाऽद्य पुरुषेणैतत्क्षेत्रं चापि विनिर्मितम्

Avec Toi, ô Śakti, et avec Celui dont la nature même est le Temps, moi—aujourd’hui en tant que Puruṣa—j’ai façonné aussi ce champ sacré (kṣetra).

Verse 25

सा शक्तिः प्रकृतिः प्रोक्ता स पुमानीश्वरः परः । ताभ्यां च रममाणाभ्यां तस्मिन्क्षेत्रे घटोद्भव

Cette Puissance est dite Prakṛti; ce Principe mâle est le Seigneur suprême. Et tandis que tous deux se réjouissent ensemble en ce champ sacré, ô Né-du-vase (Agastya)…

Verse 26

परमानंदरूपाभ्यां परमानंदरूपिणी । पंचक्रोशपरीमाणे स्वपादतलनिर्मिते

Elle dont la forme est la Béatitude suprême, avec les Deux dont les formes sont Béatitude suprême, demeure dans l’étendue de cinq krośas : ce kṣetra sacré façonné par la plante même de son pied.

Verse 27

मुने प्रलयकालेपि न तत्क्षेत्रं कदाचन । विमुक्तं हि शिवाभ्यां यदविमुक्तं ततो विदुः

Ô sage, même au temps du pralaya ce champ sacré n’est jamais délaissé ; car Śiva et Śivā ne l’« abandonnent » point ; ainsi les sages le connaissent comme Avimukta, le Jamais-Délaissé.

Verse 28

न यदा भूमिवलयं न यदाऽपां समुद्भवः । तदा विहर्तुमीशेन क्षेत्रमेतद्विनि र्मितम्

Quand il n’y avait pas encore l’anneau de la terre, et quand les eaux n’étaient pas encore nées, alors—pour que le Seigneur pût se divertir—ce kṣetra sacré fut façonné.

Verse 29

इदं रहस्यं क्षेत्रस्य वेद कोपि न कुंभज । नास्तिकाय न वक्तव्यं कदाचिच्चर्मचक्षुषे

Ô Kumbhaja, presque nul ne connaît ce secret du kṣetra. Qu’il ne soit jamais dit à un nāstika, ni à celui qui ne voit qu’avec l’« œil de la peau », simple regard extérieur.

Verse 30

श्रद्धालवे विनीताय त्रिकालज्ञानचक्षुषे । शिवभक्ताय शांताय वक्तव्यं च मुमुक्षवे

Mais qu’on l’enseigne au fidèle et au discipliné ; à celui dont le regard est éclairé par la connaissance des trois temps ; au dévot de Śiva, paisible de nature, et à celui qui aspire à la délivrance (mokṣa).

Verse 31

अविमुक्तं तदरभ्य क्षेत्रमेतदुदीर्यते । पर्यंक भूतं शिवयोर्निरंतरसुखास्पदम्

Dès ce point même, cette région sacrée est proclamée « Avimukta » : la couche de Śiva et de Śivā, demeure d’une félicité ininterrompue.

Verse 32

अभावः कल्प्यते मूढैर्यदा च शिवयोस्तयोः । क्षेत्रस्यास्य तदाभावः कल्प्यो निर्वाणकारिणः

Lorsque les égarés imaginent ici quelque « absence » de Śiva et de sa Śakti, qu’ils imaginent aussi l’absence de ce saint Kṣetra, dont la nature même est de conférer le nirvāṇa.

Verse 33

अनाराध्य महेशानमनवाप्य च काशिकाम् । योगाद्युपायविज्ञोपि न निर्वाणमवाप्नुयात्

Sans adorer Maheśa et sans parvenir à Kāśikā (Kāśī) elle-même, même celui qui maîtrise le yoga et d’autres moyens n’obtient pas la délivrance ultime.

Verse 34

अस्यानंदवनं नाम पुरा कारि पिनाकिना । क्षेत्रस्यानंदहेतुत्वादविमुक्तमंनतरम्

Autrefois, Pinākin (Śiva) donna à ce lieu le nom d’Ānandavana. Et parce que ce Kṣetra est une cause immédiate de félicité, il est aussitôt renommé Avimukta, « le Jamais Délaissé ».

Verse 35

आनंदकंदबीजानामंकुराणि यतस्ततः । ज्ञेयानि सर्वलिंगानि तस्मिन्नानंदकानने

Dans cette Forêt de Félicité, tous les Liṅgas doivent être compris comme des pousses jaillissant de toutes parts des tubercules-semences de la béatitude divine.

Verse 36

अविमुक्तमिति ख्यातमासीदित्थं घटोद्भव । तथा चाख्याम्यथ मुने यथासीन्मणिकर्णिका

Ainsi devint-il renommé sous le nom d’« Avimukta », ô Ghaṭodbhava (Agastya). Et maintenant, ô sage, je dirai aussi comment Maṇikarṇikā advint.

Verse 37

प्रागानंदवने तत्र शिवयो रममाणयोः । इच्छेत्यभूत्कलशज सृज्यः कोप्यपरः किल

Autrefois, dans Ānandavana, tandis que Śiva et (Śakti) s’y réjouissaient, une simple intention surgit —ô Kalaśaja (Agastya)— : «qu’autre chose soit engendré».

Verse 38

यस्मिन्न्यस्ते महाभारे आवां स्वः स्वैरचारिणौ । निर्वाणश्राणनं कुर्वः केवलं काशिशायिनाम्

Quand ce grand fardeau eut été déposé, nous deux allions librement dans notre propre ciel, accordant le don de la délivrance uniquement à ceux qui demeurent à Kāśī.

Verse 39

स एव सर्वं कुरुते स एव परिपाति च । स एव संवृणोत्यंते सर्वैश्वर्यनिधिः स च

Lui seul accomplit tout ; Lui seul protège. Et, à la fin, Lui seul rassemble tout de nouveau : Il est le trésor même de toute souveraine puissance.

Verse 40

चेतःसमुद्रमाकुंच्य चिंताकल्लोलदोलितम् । सत्त्वरत्नं तमोग्राहं रजोविद्रुमवल्लितम्

Retiens l’océan du mental, ballotté par les vagues de l’inquiétude : où le sattva est tel un joyau, le tamas tel un crocodile, et le rajas tel un corail qui enlace.

Verse 41

यस्य प्रसादात्तिष्ठावः सुखमानंदकानने । परिक्षिप्त मनोवृत्तौ क्व हि चिंतातुरे सुखम्

Par la grâce de Celui-là, nous demeurons heureux dans la Forêt de la Béatitude. Car lorsque les mouvements du mental sont épars, quelle joie peut-il y avoir pour celui que tourmente le souci ?

Verse 42

संप्रधार्येति स विभुः सर्वतश्चित्स्वरूपया । तया सह जगद्धात्र्या जगद्धाताऽथ धूर्जटिः

Ayant ainsi résolu, le Seigneur qui pénètre tout—Dhūrjaṭi (Śiva), soutien des mondes—avec la Mère du Monde, dont la nature est pure Conscience en tous sens, se mit à agir pour ordonner la création.

Verse 43

सव्ये व्यापारयांचक्रे दृशमंगे सुधामुचम् । ततः पुमानाविरासीदेकस्त्रैलोक्यसुंदरः

Sur son côté gauche, il mit en mouvement un regard qui répandait l’amṛta ; de là apparut un Être unique, beauté des trois mondes.

Verse 44

शांतः सत्त्वगुणोद्रिक्तो गांभीर्य जितसागरः । तथा च क्षमया युक्तो मुनेऽलब्धोपमोऽभवत्

Il était paisible, abondant en la qualité de sattva ; par sa profondeur il surpassait l’océan ; et, doté de patience—ô sage—il devint sans pareil.

Verse 45

इंद्रनीलद्युतिःश्रीमान्पुंडरीकोत्तमेक्षणः । सुवर्णाकृति सुच्छाय दुकूलयुगलावृतः

Il resplendissait de l’éclat de l’indranīla (saphir), comblé de fortune et de beauté ; ses yeux étaient comme le lotus le plus parfait. D’une forme d’or et d’un teint lumineux, il était vêtu d’une paire d’étoffes fines.

Verse 46

लसत्प्रचंडदोर्दंड युगलद्वयराजितः । उल्लसत्परमामोदनाभीह्रदकुशेशयः

Orné de deux paires de bras éclatants et puissants ; et son nombril était tel un lac, où resplendissait un lotus d’un parfum et d’une joie suprêmes.

Verse 47

एकः सर्वगुणावासस्त्वेकः सर्वकलानिधिः । एकः सर्वोत्तमो यस्मात्ततो यः पुरुषोत्तमः

Lui seul est le séjour de toutes les vertus ; lui seul est le trésor de tous les arts et de toutes les puissances. Parce qu’il est l’Unique, suprême au-dessus de tout, on l’appelle donc Puruṣottama, la Personne Suprême.

Verse 48

ततो महांतं तं वीक्ष्य महामहिमभूषणम् । महादेव उवाचेदं महाविष्णुर्भवाच्युत

Alors, voyant ce Grand Être paré d’une majesté immense, Mahādeva dit : «Deviens Mahāviṣṇu, ô Acyuta !»

Verse 49

तव निःश्वसितं वेदास्तेभ्यः सर्वमवैष्यसि । वेददृष्टेन मार्गेण कुरु सर्वं यथोचितम्

«Les Veda sont ton propre souffle expiré ; par eux tu connaîtras toute chose. Accomplis tout ce qui convient, en suivant la voie révélée par le Veda.»

Verse 50

इत्युक्त्वा तं महेशानो बुद्धितत्त्वस्वरूपिणम् । शिवया सहितो रुद्रो विवेशानंदकाननम्

Après lui avoir ainsi parlé—à celui qui incarnait le principe même de l’intellect (buddhi-tattva)—Maheśāna, Rudra, accompagné de Śivā, entra dans le Bosquet de la Béatitude.

Verse 51

ततः स भगवान्विष्णुर्मौलावाज्ञां निधाय च । क्षणं ध्यानपरो भूत्वा तपस्येव मनो दधौ

Alors le Seigneur Viṣṇu, posant l’ordre sur sa tête en signe de vénération, se voua un instant à la méditation et établit son esprit comme s’il était en austère tapas.

Verse 52

खनित्वा तत्र चक्रेण रम्यां पुष्करिणीं हरिः । निजांगस्वेदसंदोह सलिलैस्तामपूरयत्

Là, Hari creusa avec son disque une ravissante pièce d’eau sacrée; puis, par les flots de sueur jaillis de son propre corps, il la remplit d’eau.

Verse 53

समाः सहस्रं पंचाशत्तप उग्रं चचार सः । चक्रपुष्कीरणी तीरे तत्र स्थाणुसमाकृतिः

Pendant mille cinquante années, il y accomplit une austérité farouche, sur la rive de Cakra-puṣkariṇī, immobile, dressé tel un pilier.

Verse 54

ततः स भगवानीशो मृडान्या सहितो मृडः । दृष्ट्वा ज्वलंतं तपसा निश्चलं मीलितेक्षणम्

Alors le Bienheureux Seigneur Īśa—Śiva le Bienveillant—avec Mṛḍānī, le vit : il flamboyait par l’austérité, immobile, les yeux clos dans l’absorption.

Verse 55

तमुवाच हृषीकेशं मौलिमांदोलयन्मुहुः । अहो महत्त्वं तपसस्त्वहो धैर्यं च चेतसः

Il s’adressa à Hṛṣīkeśa, hochant la tête à maintes reprises : «Ah ! quelle grandeur dans l’austérité ! Ah ! quelle fermeté courageuse de l’esprit !»

Verse 56

अहो अनिंधनो वह्निर्ज्वलत्येष निरंतरम् । अलं तप्त्वा महाविष्णो वरं वरय सत्तम

«Merveille ! Un feu sans combustible brûle ici sans relâche. Assez d’austérités, ô Mahāviṣṇu : choisis une grâce, ô le plus excellent des êtres.»

Verse 57

मृडस्याम्रोडितमिदं प्रत्यभिज्ञाय भाषितम् । उन्मीलित दृगंभोजः समुत्तस्थौ चतुर्भुजः

Reconnaissant ces paroles prononcées par Mṛḍa (Śiva), le Seigneur aux quatre bras entrouvrit ses yeux pareils au lotus et se leva.

Verse 58

श्रीविष्णुरुवाच । यदि प्रसन्नो देवेश देवदेव महेश्वर । भवान्या सहितं त्वां तु द्रष्टुमिच्छामि सर्वदा

Śrī Viṣṇu dit : «Si tu es satisfait, ô Seigneur des dieux, Dieu des dieux, Mahādeva, je désire te contempler à jamais, avec Bhavānī.»

Verse 59

सर्वकर्मसु सर्वत्र त्वामेव शशिशेखर । पुरश्चरं तं पश्यामि यथा तन्मे वरस्तथा

«Dans toute œuvre et en tout lieu, ô Śaśiśekhara, puissé-je ne contempler que toi, toi qui marches toujours devant moi : que telle soit ma grâce.»

Verse 60

त्वदीय चरणांभोज मकरंदमधूत्सुकः । मच्चेतो भ्रमरो भ्रांतिं विहायास्तु सुनिश्चलः

«Avide du nectar miellé du pollen de tes pieds de lotus, que l’abeille de mon esprit renonce à toute errance et demeure parfaitement immobile.»

Verse 61

श्रीशिव उवाच । एवमस्तु हृषीकेश यत्त्वयोक्तं जनार्दन । अन्यं वरं प्रयच्छामि तमाकर्णय सुव्रत

Śrī Śiva dit : «Qu’il en soit ainsi, ô Hṛṣīkeśa ; qu’il en soit selon ta parole, ô Janārdana. Je t’accorde encore une autre grâce ; écoute-la, ô toi dont les vœux sont nobles.»

Verse 62

त्वदीयस्यास्य तपसो महोपचय दर्शनात् । यन्मयांदोलितो मौलिरहिश्रवणभूषणः

Voyant l’immense accumulation de mérite issue de ton tapas, je fus ému ; et ma tête, parée de serpents en guise d’ornements d’oreilles, se mit à osciller.

Verse 63

तदांदोलनतः कर्णात्पपात मणिकर्णिका । मणिभिः खचिता रम्या ततोऽस्तु मणिकर्णिका

De ce balancement, la Māṇikarṇikā tomba de l’oreille, charmante et sertie de gemmes ; qu’ainsi elle soit appelée Māṇikarṇikā.

Verse 64

चक्रपुष्करिणी तीर्थं पुराख्यातमिदं शुभम् । त्वया चक्रेण खननाच्छंखचक्रगदाधर

Ce tīrtha de bon augure est renommé depuis les temps anciens sous le nom de Cakrapuṣkariṇī, car tu l’as creusé avec ton disque, ô porteur de la conque, du disque et de la massue.

Verse 65

मम कर्णात्पपातेयं यदा च मणिकर्णिका । तदाप्रभृति लोकेऽत्र ख्यातास्तु मणिकर्णिका

Lorsque cette Māṇikarṇikā tomba de mon oreille, dès lors elle devint célèbre en ce monde sous le nom de Māṇikarṇikā.

Verse 66

श्रीविष्णुरुवाच । मुक्ताकुंडलपातेन तवाद्रितनयाप्रिय । तीर्थानां परमं तीर्थं मुक्तिक्षेत्रमिहास्तु वै

Śrī Viṣṇu dit : Par la chute de ton anneau d’oreille de perle, ô bien-aimé de la Fille de la Montagne, que ceci devienne vraiment le plus haut des tīrthas, ici même un champ de délivrance (mokṣa).

Verse 67

काशतेऽत्र यतो ज्योतिस्तदनाख्येयमीश्वरः । अतो नामापरं चास्तु काशीति प्रथितं विभो

Parce qu’ici resplendit une Lumière divine inexprimable, ô Seigneur, qu’un autre nom soit donc établi, renommé comme « Kāśī », ô Tout-Puissant.

Verse 68

अन्यं वरं वरे देव देयः सोप्यविचारितम् । स ते परोपकारार्थं जगद्रक्षामणे शिव

Accorde encore une autre grâce, ô le meilleur des dieux, sans hésitation : une grâce pour le bien d’autrui, ô Śiva, protecteur du monde.

Verse 69

आब्रह्मस्तंबपर्यंतं यत्किंचिज्जंतुसंज्ञितम् । चतुर्षु भूतग्रामेषु काश्यां तन्मुक्तिमाप्स्यतु

De Brahmā jusqu’à un brin d’herbe, tout ce qui porte le nom d’être vivant, parmi les quatre classes de créatures, obtiendra à Kāśī la délivrance (mokṣa).

Verse 70

अस्मिंस्तीर्थवरे शंभो मणिश्रव णभूषणे । संध्यां स्नानं जपं होमं वेदाध्ययनमुत्तमम् । तर्पण पिंडदानं च देवतानां च पूजनम्

Dans ce tīrtha excellent, ô Śambhu, en (le lieu nommé) Maṇiśravaṇa-bhūṣaṇa, qu’on accomplisse les rites de sandhyā, le bain, le japa, le homa, la noble étude des Veda, le tarpaṇa, l’offrande des piṇḍa et le culte des divinités.

Verse 71

गोभूतिलहिरण्याश्वदीपान्नांबरभूषणम् । कन्यादानं प्रयत्नेन सप्ततंतूननेकशः

Offrez en aumône des vaches, des terres, du sésame, de l’or, des chevaux, des lampes, de la nourriture, des vêtements et des parures ; et, avec un effort appliqué, accomplissez le kanyādāna, ainsi que maints dons encore, tels des étoffes tissées de sept fils sous diverses formes.

Verse 72

व्रतोत्सर्गं वृषोत्सर्गं लिंगादि स्थापनं तथा । करोति यो महाप्राज्ञो ज्ञात्वायुःक्षणगत्वरम्

Celui qui est vraiment sage, sachant que la vie s’enfuit en un instant, accomplit ici des actes sacrés : l’offrande de clôture du vœu, le don d’un taureau, et l’installation (sthāpanā) du liṅga de Śiva et d’autres emblèmes saints.

Verse 73

विपत्तिं विपुलां चापि संपत्तिमतिभंगुराम् । अक्षया मुक्तिरेकास्तु विपाकस्तस्य कर्मणः

Quand bien même surviendrait un vaste malheur, ou quand bien même paraîtrait la prospérité—si fragile—, l’unique fruit durable d’une telle action sacrée est la délivrance impérissable (mokṣa).

Verse 74

अन्यच्चापि शुभं कर्म यदत्र श्रद्धयायुतम् । विनात्मघातमीशान त्यक्त्वा प्रायोपवेशनम्

Et toute autre action propice accomplie ici avec foi—sans se faire violence, ô Īśāna—, après avoir renoncé au prāyopaveśana, le jeûne jusqu’à la mort, devient féconde spirituellement.

Verse 75

नैःश्रेयस्याः श्रियो हेतुस्तदस्तु जगदीश्वर । नानुशोचति नाख्याति कृत्वा कालांतरेपि यत्

Ô Seigneur du monde, que cela soit la cause du bien suprême et de la vraie prospérité : l’acte que, même après longtemps, on ne regrette pas et dont on ne ressent pas le besoin de se vanter.

Verse 76

तदिहाक्षयतामेतु तस्येश त्वदनुग्रहात् । तव प्रसादात्तस्येश सर्वमक्षयमस्तु तत्

Ainsi, que ce (mérite) devienne ici impérissable, ô Seigneur, par Ta faveur. Par Ta grâce, ô Seigneur, que tout cela soit vraiment sans déclin.

Verse 77

यदस्ति यद्भविष्यच्च यद्भूतं च सदाशिव । तस्मादेतच्च सर्वस्मात्क्षेत्रमस्तु शुभोदयम्

Ô Sadāśiva — ce qui est, ce qui sera et ce qui a été — ainsi, que ce champ sacré l’emporte sur tout et devienne la source d’un heureux avènement.

Verse 78

यथा सदाशिव त्वत्तो न किंचिदधिकं शिवम् । तथानंदवनादस्मात्किंचिन्मास्त्वधिकं क्वचित्

De même que, ô Sadāśiva, rien n’est plus élevé que Toi, ô Śiva, de même, qu’en nul lieu rien ne soit supérieur à cet Ānandavana.

Verse 79

विना सांख्येन योगेन विना स्वात्मावलोकनम् । विना व्रत तपो दानैः श्रेयोऽस्तु प्राणिनामिह

Ici, que les êtres vivants obtiennent le Bien suprême même sans Sāṅkhya, sans Yoga, sans contemplation intérieure du Soi, et sans vœux, austérités ni dons.

Verse 80

शशका मशका कीटाः पतं गास्तुरगोरगाः । पंचक्रोश्यां मृताः काश्यां संतु निर्वाणदीक्षिताः

Que même les lapins, les moustiques, les insectes, les oiseaux, les chevaux et les serpents—s’ils meurent à Kāśī dans l’enceinte du Pañcakrośī—soient comme consacrés par l’initiation au nirvāṇa.

Verse 81

नामापि गृह्णतां काश्याः सदैवास्त्वेनसः क्षयः

Pour ceux qui ne font que prononcer ou se souvenir du Nom de Kāśī, qu’il y ait toujours destruction du péché.

Verse 82

सदा कृतयुगं चास्तु सदाचास्तूत्तरायणम् । सदा महोदयश्चास्तु काश्यां निवसतां सताम्

Pour les vertueux qui demeurent à Kāśī, que ce soit toujours comme le Kṛta Yuga ; que ce soit toujours l’auspicieux Uttarāyaṇa ; et qu’il y ait toujours pour eux le grand mahodaya.

Verse 83

यानि कानि पवित्राणि श्रुत्युक्तानि सदाशिव । तेभ्योऽधिकतरं चास्तु क्षेत्रमेतत्त्रिलोचन

Ô Sadāśiva, quelles que soient les purifications proclamées dans les Veda, que ce kṣetra soit encore plus purificateur que toutes, ô Seigneur aux Trois Yeux.

Verse 84

चतुर्णामपि वेदानां पुण्यमध्ययनाच्च यत् । तत्पुण्यं जायतां काश्यां गायत्रीलक्ष जाप्यतः

Le mérite qui naît de l’étude des quatre Veda, que ce même puṇya naisse à Kāśī par le japa de cent mille répétitions de la Gāyatrī.

Verse 85

अष्टांगयोगाभ्यासेन यत्पुण्यमपि जायतेः । तत्पुण्यं साधिकं भूयाच्छ्रद्धाकाशीनिषेवणात्

Le mérite obtenu par la pratique de l’aṣṭāṅga-yoga, que ce mérite devienne encore plus grand par le service dévotionnel et le séjour à Kāśī avec foi.

Verse 86

कृच्छ्रचांद्रायणाद्यैश्च यच्छ्रेयः समुपार्ज्यते । तदेकेनोपवासेन भवत्वानंदकानने

Quel que soit le bien spirituel acquis par des vœux austères tels que le Kṛcchra et le Cāndrāyaṇa, qu’il soit obtenu ici, dans Ānandavana, par un seul jeûne.

Verse 87

अन्यत्र यत्तपस्तप्त्वा श्रेयः स्याच्छरदां शतम् । तदस्तु काश्यां वर्षेण भूमिशय्या व्रतेन हि

Le bien spirituel qu’ailleurs on obtient en pratiquant l’austérité durant cent automnes, qu’il soit acquis à Kāśī en une année par le vœu de dormir à même le sol.

Verse 88

आजन्म मौनव्रततो यदन्यत्रफलं स्मृतम् । तदस्तु काश्यां पक्षाहः सत्यवाक्परिभाषणात्

Le fruit que l’on dit obtenu ailleurs par le vœu de silence durant toute une vie, qu’il soit atteint à Kāśī en une quinzaine en ne prononçant que des paroles de vérité.

Verse 89

अन्यत्र दत्त्वा सर्वस्वं सुकृतं यत्समीरितम् । सहस्रभोजनात्काश्यां तद्भूयादयुताधिकम्

Le mérite que l’on dit ailleurs naître du don de toute sa richesse, qu’à Kāśī il devienne bien plus grand en nourrissant mille personnes, accru encore de dix mille.

Verse 90

मुक्तिक्षेत्राणि सर्वाणि यत्संसेव्योदितं फलम् । पंचरात्रात्तदत्रास्तु निषेव्य मणिकर्णिकाम्

Le fruit proclamé pour qui se rend à tous les lieux de délivrance, qu’il soit obtenu ici en cinq nuits, en se vouant avec dévotion à Maṇikarṇikā.

Verse 91

प्रयागस्नानपुण्येन यत्पुण्यं स्याच्छिवप्रदम् । काशीदर्शनमात्रेण तत्पुण्यं श्रद्धयास्त्विह

Le mérite né du bain à Prayāga, qui confère la grâce de Śiva—ce même mérite est obtenu ici, avec foi, par la seule vision de Kāśī.

Verse 92

यत्पुण्यमश्वमेधेन यत्पुण्यं राजसूयतः । काश्यां तत्पुण्यमाप्नोतु त्रिरात्रशयनाद्यमी

Le mérite acquis par le sacrifice Aśvamedha et celui du Rājasūya—ces mêmes mérites sont obtenus à Kāśī par cet ascète, en observant le vœu d’y dormir trois nuits.

Verse 93

तुलापुरुषदानेन यत्पुण्यं सम्यगाप्यते । काशीदर्शनमात्रेण तत्पुण्यं श्रद्धयास्तु वै

Le mérite obtenu à juste titre par le don du Tulāpuruṣa (peser une personne et offrir un don égal) est, en vérité, atteint par la seule vision de Kāśī, lorsqu’on la contemple avec foi.

Verse 94

इति विष्णोर्वरं श्रुत्वा देवदेवो जगत्पतिः । उवाच च प्रसन्नात्मा तथाऽस्तु मधुसूदन

Ayant ainsi entendu la grâce accordée par Viṣṇu, le Dieu des dieux, Seigneur du monde, le cœur réjoui, il dit : « Qu’il en soit ainsi, ô Madhusūdana. »

Verse 95

श्रीमहादेव उवाच । शृणु विष्णो महाबाहो जगतः प्रभवाप्यय । विधेहि सृष्टिं विविधां यथावत्त्वं श्रुतीरिताम्

Śrī Mahādeva dit : « Écoute, ô Viṣṇu aux puissants bras, source et résorption des mondes. Ordonne la création aux formes diverses comme il convient, selon ce qu’énoncent les Veda ».

Verse 96

पितेव सर्वभूतानां धर्मतः पालको भव । विध्वंसनीया विविधा धर्मध्वंसविधायिनः

Sois, tel un père, le protecteur de tous les êtres par le dharma ; et anéantis les multiples sortes de ceux qui provoquent la ruine du dharma.

Verse 97

धर्मेतरपथस्थानामुपसंहृतये हरे । हेतुमात्रं भवान्यस्मात्स्वकर्मनिहता हि ते

Ô Hari, pour le retrait (la destruction) de ceux qui suivent des voies autres que le dharma, tu n’es que la cause instrumentale ; car, en vérité, ils sont frappés par leurs propres actes.

Verse 98

यथा परिणतं सस्यं पतेत्प्रसवबंधनात् । ते परीणतपाप्मानः पतिष्यंति तथा स्वयम्

De même que le grain mûr tombe du lien de son épi, ainsi ceux dont les péchés sont parvenus à maturité tomberont d’eux-mêmes.

Verse 99

ये च त्वामवमन्यंते दर्पिताः स्वतपोबलैः । तेषां चैवोपसंहृत्यै प्रभविष्याम्यहं हरे

Et ceux qui te méprisent, enflés d’orgueil par la puissance de leurs propres austérités : pour leur destruction aussi, je me manifesterai, ô Hari.

Verse 100

उपपातकिनो ये च महापातकिनश्च ये । तेपि काशीं समासाद्य भविष्यंति गतैनसः

Même ceux qui ont commis des fautes mineures et ceux qui ont commis de grands péchés : parvenus à Kāśī, eux aussi deviennent délivrés du péché.

Verse 110

विष्णोऽविमुक्ते संवासः कर्मनिर्मूलनक्षमः । द्वित्राणां हि पवित्राणां निर्वाणा येह जायते

Ô Viṣṇu, demeurer à Avimukta a la force d’arracher le karma jusqu’à sa racine. En vérité, pour les purs, ici même la délivrance naît en deux ou trois jours et nuits.

Verse 120

अश्रद्धयापि यः स्नातो मणिकर्ण्यां विधानतः । सोपि पुण्यमवाप्नोति स्वर्गप्राप्तिकरं परम्

Même celui qui se baigne à Maṇikarṇikā selon le rite prescrit, fût-il sans foi, obtient le mérite (puṇya) — un mérite suprême, cause directe de l’accès au ciel.

Verse 130

योसौ विश्वेश्वरो देवः काशीपुर्यामुमे स्थितः । लिंगरूपधरः साक्षान्मम श्रेयास्पदं हि तत्

Ce Seigneur même, Viśveśvara, qui demeure dans la cité de Kāśī, ô Umā — se manifestant directement sous la forme du Liṅga — est, en vérité, mon propre siège et la source du plus haut bien.

Verse 140

बहूपसर्गो योगोयं कृच्छ्रसाध्यं तपो हि यत् । योगाद्भ्रष्टस्तपोभ्रष्टो गर्भक्लेशसहःपुनः

Cette voie du yoga est assaillie de nombreux obstacles; et le tapas, l’austérité, ne s’accomplit qu’au prix d’une rude peine. Celui qui déchoit du yoga ou du tapas doit de nouveau endurer les douleurs du sein maternel — la renaissance.

Verse 150

व्यास उवाच । अगस्त्यस्य पुरः सूत कथयित्वा कथामिमाम् । सर्वपापप्रशमनीं पुनः स्कंद उवाच ह

Vyāsa dit : Ô Sūta, après avoir raconté cette histoire en présence d’Agastya — récit qui apaise tous les péchés — Skanda parla de nouveau.