Adhyaya 22
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 22

Adhyaya 22

Mārkaṇḍeya raconte l’origine de Viśalyā et la sainteté de Kapilā Hrada à travers une narration étiologique. Agni, présenté comme fils né de la pensée de Brahmā et feu védique primordial, accomplit des austérités sur la rive d’un fleuve et reçoit de Mahādeva une grâce : la Narmadā et quinze autres rivières deviennent ses épouses, appelées collectivement Dhīṣṇī (épouses-rivières). Leur descendance est identifiée aux feux du sacrifice (adhvara-agni) qui subsistent jusqu’à la dissolution cosmique ; de la Narmadā naît Dhīṣṇīndra, fils d’une grande puissance. Survient ensuite une vaste guerre entre devas et asuras (liée à Mayatāraka). Les dieux cherchent refuge auprès de Viṣṇu, qui convoque Pavaka (le feu) et Māruta (le vent). Dhīṣṇī/Pavakendra reçoit l’ordre de réduire en cendres les redoutables démons Narmadeya ; les ennemis tentent d’envelopper Agni d’armes divines, mais Agni et Vāyu les consument et précipitent nombre d’entre eux dans les eaux souterraines. Après la victoire, les dieux honorent le jeune Agni, fils de la Narmadā. Pourtant, il revient blessé, transpercé d’armes (saśalya), et s’approche de sa mère. Narmadā l’étreint et entre dans Kapilā Hrada ; l’eau sacrée ôte aussitôt le « śalya », le rendant « viśalya » (libre de traits et de plaies). Le chapitre s’achève sur la promesse du tīrtha : quiconque s’y baigne est délivré du « pāpa-śalya » (les blessures du péché), et les défunts obtiennent une destinée céleste, fondant ainsi le nom et la renommée salvatrice du lieu.

Shlokas

Verse 1

। श्री मार्कण्डेय उवाच । अतः परं प्रवक्ष्यामि सा विशल्या ह्यभूद्यथा । आश्चर्यभूता लोकस्य सर्वपापक्षयंकरी

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Je vais maintenant expliquer comment cela fut connu sous le nom de Viśalyā, merveille pour le monde et celle qui détruit tous les péchés.

Verse 2

ब्रह्मणो मानसः पुत्रो मुख्यो ह्यग्निरजायत । मुख्यो वह्निरितिप्रोक्त ऋषिः परमधार्मिकः

De Brahmā naquit un fils issu de la pensée : Agni, nommé Mukhya. Ce ṛṣi, appelé « Mukhya Vahni », était d’une droiture suprême.

Verse 3

तस्य स्वाहाभवत्पत्नी स्मृता दाक्षायणी तु सा । तस्यां मुख्या महाराज त्रयः पुत्रास्तदाऽभवन्

Son épouse fut Svāhā, tenue pour une fille de Dakṣa. Ô grand roi, de ce Mukhya naquirent alors trois fils.

Verse 4

अग्निराहवनीयस्तु दक्षिणाग्निस्तथैव च । गार्हपत्यस्तृतीयस्तु त्रैलोक्यं यैश्च धार्यते

Agni se manifeste comme le feu Āhavanīya, et de même comme le feu Dakṣiṇa ; et, en troisième, comme le Gārhapatya. Par ces feux sacrés est maintenu l’ordre des trois mondes.

Verse 5

तथा वै गार्हपत्योऽग्निर्जज्ञे पुत्रद्वयं शुभम् । पद्मकः शङ्कुनामा च तावुभावग्निसत्तमौ

De même, de l’Agni Gārhapatya naquirent deux fils de bon augure : Padmaka et l’un nommé Śaṅku ; tous deux excellents parmi les feux.

Verse 6

वसन्नग्निर्नदीतीरे समाश्रित्य महत्तपः । रुद्रमाराधयामास जितात्मा सुसमाहितः

Demeurant sur la rive du fleuve, Agni entreprit une grande ascèse (tapas), rendant un culte à Rudra, l’esprit dompté et parfaitement recueilli en méditation.

Verse 7

दशवर्षसहस्राणि चचार विपुलं तपः । तमुवाच महादेवः प्रसन्नो वृषभध्वजः

Pendant dix mille ans, il accomplit une austérité immense. Alors Mahādeva—portant pour emblème le taureau—lui adressa la parole, satisfait.

Verse 8

भोभो ब्रूहि महाभाग यत्ते मनसि वर्तते । दाता ह्यहमसंदेहो यद्यपि स्यात्सुदुर्लभम्

«Parle, ô très fortuné, de ce qui demeure en ton esprit. Je l’accorderai assurément, sans doute, fût-ce chose extrêmement difficile à obtenir.»

Verse 9

अग्निरुवाच । नर्मदेयं महाभागा सरितो याश्च षोडश । भवन्तु मम पत्न्यस्तास्त्वत्प्रसादान्महेश्वर

Agni dit : «Ô Maheśvara, par ta grâce, que Narmadā et les seize rivières bienheureuses deviennent mes épouses.»

Verse 10

तासु वै चिन्तितान् पुत्रानग्र्यानुत्पादयाम्यहम् । एष एव वरो देव दीयतां मे महेश्वर

«Et par elles j’engendrerai des fils éminents, selon mon désir. Tel est l’unique don, ô Dieu : accorde-le-moi, ô Maheśvara.»

Verse 11

ईश्वर उवाच । एतास्तु धिष्णिनाम्न्यो वै भविष्यन्ति सरिद्वराः । पत्न्यस्तव विशालाक्ष्यो वेदे ख्याता न संशयः

Īśvara dit : «Ces rivières excellentes seront assurément connues sous le nom de Dhiṣṇī. Elles seront tes épouses—déesses aux larges yeux—célébrées dans le Veda, sans aucun doute.»

Verse 12

तासां पुत्रा भविष्यन्ति ह्यग्नयो येऽध्वरे स्मृताः । धिष्ण्यानाम सुविख्याता यावदाभूतसम्प्लवम्

Leurs fils seront les Agni dont on se souvient dans le sacrifice ; célèbres comme les feux Dhiṣṇya, ils demeureront renommés jusqu’à la dissolution des êtres.

Verse 13

एवमुक्त्वा महादेवस्तत्रैवान्तरधीयत । नर्मदा च सरिच्छ्रेष्ठा तस्य भार्या बभूव ह

Ayant ainsi parlé, Mahādeva disparut sur-le-champ. Et Narmadā, la plus excellente des rivières, devint véritablement son épouse.

Verse 14

कावेरी कृष्णवेणी च रेवा च यमुना तथा । गोदावरी वितस्ता च चन्द्रभागा इरावती

Kāverī et Kṛṣṇaveṇī, Revā et Yamunā ; Godāvarī et Vitastā, Candrabhāgā et Irāvatī : ces rivières illustres sont proclamées dans ce récit sacré.

Verse 15

विपाशा कौशिकी चैव सरयूः शतरुद्रिका । शिप्रा सरस्वती चैव ह्रादिनी पावनी तथा

Vipāśā et Kauśikī, Sarayū et Śatarudrikā ; Śiprā et Sarasvatī, ainsi que Hrādinī et Pāvanī : elles aussi sont nommées parmi les rivières sanctifiantes.

Verse 16

एताः षोडशा नद्यो वै भार्यार्थं संव्यवस्थिताः । तदात्मानं विभज्याशु धिष्णीषु स महाद्युतिः

Ces seize rivières furent établies afin de devenir des épouses ; et Celui de grande splendeur, partageant promptement sa propre essence, la déposa dans leurs demeures, les dhiṣṇis.

Verse 17

व्यभिचारात्तु भर्तुर्वै नर्मदाद्यासु धिष्णिषु । उत्पन्नाः शुचयः पुत्राः सर्वे ते धिष्ण्यपाः स्मृताः

Mais, par la faute du mari, dans les demeures sacrées à commencer par la Narmadā naquirent des fils purs ; tous sont commémorés comme les « Dhiṣṇyapāḥ », seigneurs et gardiens de ces sièges saints.

Verse 18

तस्याश्च नर्मदायास्तु धिष्णीन्द्रो नाम विश्रुतः । बभूव पुत्रो बलवान्रूपेणाप्रतिमो नृप

Et de cette Narmadā naquit un fils renommé, nommé Dhiṣṇīndra, puissant par la force et sans égal par la beauté, ô roi.

Verse 19

ततो देवासुरं युद्धमभवल्लोमहर्षणम् । मयतारकमित्येवं त्रिषु लोकेषु विश्रुतम्

Alors s’éleva une guerre entre devas et asuras, si terrible qu’elle faisait frissonner ; dans les trois mondes elle fut célèbre sous le nom de « Mayatāraka ».

Verse 20

तत्र दैत्यैर्महाघोरैर्मयतारपुरोगमैः । ताडितास्ते सुरास्त्रस्ता विष्णुं वै शरणं ययुः

Là, frappés par les daityas d’une effroyable violence, conduits par Mayatāra, les dieux, saisis d’effroi, allèrent chercher refuge auprès de Viṣṇu.

Verse 21

त्रायस्व नो हृषीकेशा घोरादस्मान्महाभयात् । दैत्यान्सर्वान्संहरस्व मयतारपुरोगमान्

« Protège-nous, ô Hṛṣīkeśa, de cette effroyable et grande terreur. Anéantis tous les daityas, avec Mayatāra à leur tête. »

Verse 22

एवमुक्तः स भगवान्दिशो दश व्यलोकयत् । ततो भगवता दृष्टौ रणे पावकमारुतौ

Ainsi interpellé, le Seigneur Bienheureux parcourut du regard les dix directions. Puis, sur le champ de bataille, le Seigneur aperçut Pāvaka (le Feu) et Māruta (le Vent).

Verse 23

आहूतौ विष्णुना तौ तु सकाशं जग्मतुः क्षणात् । स्थितौ तौ प्रणतौ चाग्रे देवदेवस्य धीमतः

Appelés par Viṣṇu, tous deux se rendirent en un instant auprès de Lui. Ils se tinrent devant le sage Deva, Seigneur des dieux, et s’inclinèrent avec vénération.

Verse 24

ततो धिष्णिः पावकेन्द्रो देवेनोक्तो महात्मना । निर्दहेमान्महाघोरान्नार्मदेय महासुरान्

Alors Dhiṣṇi — Agni, seigneur du feu —, instruit par ce Deva à la grande âme, se mit à consumer les très terribles grands asuras du pays de la Narmadā.

Verse 25

अथैवमुक्तौ तौ देवौ रणे पावकमारुतौ । दैत्यान् ददहतुः सर्वान्मयतारपुरोगमान्

Ainsi instruits, ces deux dieux — le Feu et le Vent —, sur le champ de bataille, consumèrent tous les Daityas, conduits par Mayatāra.

Verse 26

दह्यमानास्तु ते सर्वे शस्त्रैरग्निं त्ववेष्टयन् । दिव्यैरग्न्यर्कसङ्काशैः शतशोऽथ सहस्रशः

Tandis qu’ils brûlaient, tous cherchèrent à encercler le Feu avec des armes : des traits divins, resplendissants comme le feu et le soleil, par centaines puis par milliers.

Verse 27

तांश्चाग्निः शस्त्रनिकरैर्निर्ददाह महासुरान् । ज्वालामालाकुलं सर्वं वायुना निर्मितं तदा

Et Agni, par des volées d’armes, réduisit en cendres ces grands asura. Alors, sous l’action du Vent, tout devint un amas de guirlandes de flammes.

Verse 28

दह्यमानास्ततो दैत्या अग्निज्वालासमावृताः । प्रविश्य पातालतलं जले लीनाः सहस्रशः

Alors les Daitya, brûlant et enveloppés de langues de feu, pénétrèrent dans les profondeurs de Pātāla et, par milliers, se fondirent dans les eaux et disparurent.

Verse 29

ततः कुमारमग्निं तु नर्मदापुत्रमव्ययम् । पूजयित्वा सुराः सर्वे जग्मुस्ते त्रिदशालयम्

Ensuite, tous les dieux rendirent hommage au jeune Agni, fils impérissable de Narmadā, puis ils partirent vers la demeure des Trente-Trois.

Verse 30

सशल्यस्तु महातेजा रेवापुत्रो वृतोऽग्निभिः । नर्मदामागतः क्षिप्रं मातरं द्रष्टुमुत्सुकः

Mais le fils de Revā, d’un éclat immense, encore transpercé de traits et entouré de feux, vint promptement vers Narmadā, désireux de voir sa mère.

Verse 31

तं दृष्ट्वा पुत्रमायान्तं शस्त्रौघेण परिक्षतम् । नर्मदा पुण्यसलिला अभ्युत्थाय सुविस्मिता

Voyant son fils s’approcher, meurtri par un déluge d’armes, Narmadā, aux eaux saintes, se leva, saisie d’un grand étonnement.

Verse 32

पर्यष्वजत बाहुभ्यां प्रस्नवापीडितस्तनी । सशल्यं पुत्रमादाय कापिलं ह्रदमाविशत्

Elle l’enlaça de ses deux bras—ses seins pressés, laissant couler le lait—et, prenant son fils encore blessé, elle entra dans le lac de Kāpilā.

Verse 33

प्रविष्टमात्रे तु ह्रदे कापिले पापनाशिनि । सशल्यं तं विशल्यं च क्षणात्कृतवती तदा

À peine fut-il entré dans le lac de Kāpilā, destructeur des péchés, qu’elle le rendit aussitôt—lui qui était transpercé de traits—libre de ces traits en un instant.

Verse 34

स विशल्योऽभवद्यस्मात्प्राप्य तस्याः शिवं जलम् । कपिला नामतस्तेन विशल्या चोच्यते बुधैः

Parce qu’il devint sans śalya—le « dard de la douleur »—après avoir obtenu son eau propice, bénie par Śiva, elle est connue sous le nom de Kapilā ; et c’est pourquoi les sages appellent aussi ce gué sacré Viśalyā, « celle qui ôte le śalya ».

Verse 35

अन्येऽपि तत्र ये स्नाताः शुचयस्तु समाहिताः । पापशल्यैः प्रमुच्यन्ते मृता यान्ति सुरालयम्

D’autres encore, qui s’y baignent, purs et l’esprit recueilli, sont délivrés des śalya du péché ; et, lorsqu’ils meurent, ils vont à la demeure des dieux.

Verse 36

एतत्ते सर्वमाख्यातं यत्पृष्टोऽहं पुरा त्वया । उत्पत्तिकारणं तात विशल्याया नरेश्वर

Voilà tout ce que je t’ai exposé, ce que jadis tu m’avais demandé : ô cher enfant, ô seigneur des hommes, la cause de l’origine de Viśalyā.