
Dans un dialogue rapporté par Sanaka, Dharmarāja (Yama) instruit le roi Bhagīratha sur la typologie des péchés et les tourments infernaux qui leur correspondent. Le chapitre s’ouvre sur un catalogue de narakas et de yātanās saisissantes (feux, découpes, gel, châtiments d’immondices, instruments de fer), puis passe à une classification selon le dharma : les quatre mahāpātakas—brahma-hatyā, surā-pāna, steya (surtout le vol d’or) et guru-talpa-gamana—auxquels s’ajoute, comme cinquième, la fréquentation des fautifs, ainsi que des péchés « équivalents » héritant de la même gravité. Il distingue les fautes pouvant admettre un prāyaścitta de celles dites aprāyaścitta (sans expiation), et décrit de longues chaînes karmiques de séjour en enfer et de renaissances dégradées pour l’envie, le vol, l’adultère, le parjure, l’entrave aux dons, la taxation excessive, la souillure des temples, etc. La fin se tourne vers le remède : expiation accomplie près de Viṣṇu, puissance salvatrice du Gaṅgā, et typologie en dix formes de bhakti selon les degrés tāmasique, rājāsique et sāttvique. La conclusion affirme la non-dualité de Hari et de Śiva et la mission de Bhagīratha d’amener le Gaṅgā pour délivrer les ancêtres.
Verse 1
धर्मराज उवाच । पाप भेदान्प्रवक्ष्यामि यथा स्थूलाश्च यातनाः । श्रृणुष्व धैर्यमास्थाय रौद्रा ये नरका यतः ॥ १ ॥
Dharmarāja dit : « Je vais exposer les diverses sortes de péché, ainsi que les tourments terribles. Écoute, le courage affermi, ces enfers effroyables d’où proviennent ces souffrances. »
Verse 2
पापिनो ये दुरात्मानो नरकाग्निषु सन्ततम् । पच्यन्ते येषु तान्वक्ष्ये भयंकरफलप्रदान् ॥ २ ॥
Les pécheurs, aux pensées mauvaises, sont sans cesse cuits dans les feux de l’enfer ; je décrirai ces feux qui dispensent des fruits terrifiants.
Verse 3
तपनोवालुकाकुम्भौमहारौरवरौरवौ । कुम्भघीपाको निरुच्छ्वासः कालसूत्रः प्रमर्दनः ॥ ३ ॥
Tapana, Vālukā et Kumbha ; ainsi que Raurava et Mahāraurava ; Kumbhaghīpāka, Nirucchvāsa, Kālasūtra et Pramardana sont également nommés comme des enfers.
Verse 4
असिपत्रवनं घोरं लालाभक्षोहिमोत्कटः । मूषावस्था वसाकूपस्तथा वैतरणी नदी ॥ ४ ॥
Il y a le terrible Asipatravana (forêt aux feuilles d'épée), le tourment appelé Lālābhakṣa, le royaume intensément glacial (Himotkaṭa), l'état de souris (Mūṣāvasthā), le puits de graisse (Vasākūpa), et aussi la rivière Vaitaraṇī.
Verse 5
भक्ष्यन्ते मूत्रपानं च पुरीषह्लद एव च । तप्तशूलं तप्तशिला शाल्मलीद्रुम एव च ॥ ५ ॥
Ils sont contraints de manger des ordures et de boire de l'urine ; ils sont également plongés dans un bourbier d'excréments. Ils sont tourmentés par des lances chauffées au rouge, des pierres brûlantes et même par l'arbre śālmalī aux épines douloureuses.
Verse 6
तथा शोणितकूपश्च घोरः शोणितभोजनः । स्वमांसभोजनं चैव वह्निज्वालानिवेशनम् ॥ ६ ॥
De même, il y a l'enfer terrible appelé Śoṇitakūpa (« le puits de sang »), et un autre appelé Śoṇitabhojana (« se nourrir de sang ») ; aussi Svamāṃsabhojana (« manger sa propre chair »), et Vahnijvālāniveśana (« demeurer parmi les flammes de feu »).
Verse 7
शिलावृष्टिः शस्त्रवृष्टिर्वह्निवृष्टिस्तथैव च । क्षारोदकं चोष्णतोयं तप्तायः पिण्डभक्षणम् ॥ ७ ॥
Il y a une pluie de pierres, une pluie d'armes, et de même une pluie de feu ; il y a de l'eau alcaline et de l'eau bouillante, et l'ingestion de morceaux de fer chauffés au rouge.
Verse 8
अथ शिरःशोषणं च मरुत्प्रपतनं तथा । तथा पाशाणवर्णं च कृमिभोजनमेव च ॥ ८ ॥
Puis surviennent le dessèchement de la tête, l'effondrement dû au vent, une décoloration semblable à la pierre, et même le fait d'être dévoré par les vers.
Verse 9
क्षारो दपानं भ्रमणं तथा क्रकचदारणम् । पुरीषलेपनं चैव पुरीषस्य च भोजनम् ॥ ९ ॥
L'alcali caustique, la consommation de boissons enivrantes, l'errance sans but, être coupé par une scie, être enduit d'excréments et même manger des excréments.
Verse 10
रेतः पानं महाघोरं सर्वसन्धिषुदाडनम् । धूमपानं पाशबन्धं नानाशूलानुलेपनम् ॥ १० ॥
On leur fait boire de la semence, un tourment extrêmement terrible ; chaque articulation est brûlée ; ils sont forcés de boire de la fumée ; ils sont liés avec des nœuds coulants et enduits de nombreuses sortes de pointes acérées.
Verse 11
अङ्गारशयनं चैव तथा मुसलमर्द्दनम् । बहूनि काष्ठयन्त्राणि कषणं छेदनं तथा ॥ ११ ॥
Il y a le fait de s'allonger sur des lits de charbons ardents, et de même d'être écrasé par des pilons ; il y a de nombreuses machines en bois (de torture), ainsi que le raclage et la coupe.
Verse 12
पतनोत्पतनं चैव गदादण्डादिपीहनम् । गजदन्तप्रहरणं नानासर्पैश्च दंशनम् ॥ १२ ॥
Il y a des chutes répétées et le fait d'être projeté à nouveau vers le haut ; l'écrasement par des massues, des bâtons et autres ; des coups portés avec des défenses d'éléphants ; et des morsures infligées par de nombreuses sortes de serpents.
Verse 13
शीताम्बुसेचनं चैव नासायां च मुखे तथा । घोरक्षाराम्बुपानं च तथा लवणभक्षणम् ॥ १३ ॥
Il faut aussi éviter de se verser de l’eau froide, et de même d’introduire de l’eau dans le nez et dans la bouche; éviter de boire une eau âpre et alcaline, et pareillement de manger du sel.
Verse 14
स्त्रायुच्छेदं स्नायुबन्धमस्थिच्छेदं तथैव च । क्षाराम्बुपूर्णरन्ध्राणां प्रवेशं मांसभोजनम् ॥ १४ ॥
Trancher les tendons, rompre les liens des ligaments et briser les os; pénétrer dans des ouvertures remplies d’eau alcaline; et manger de la viande — tout cela est compté parmi les actes qui souillent le rite et doit être évité dans les observances de pureté.
Verse 15
पित्तपानं महाघोरं तथैवःश्लेष्मभोजनम् । वृक्षाग्रात्पातनंचैव जलान्तर्मज्जनं तथा ॥ १५ ॥
Boire la bile —terrible au plus haut point— et de même manger du flegme; être précipité du sommet d’un arbre; et être contraint de sombrer sous l’eau — tout cela est aussi décrit comme d’effroyables tourments.
Verse 16
पाषाणधारणं चैव शयनं कण्टकोपरि । पिपीलिकादंशनं च वृश्चिकैश्चापि पीडनम् ॥ १६ ॥
Porter de lourdes pierres, dormir sur des épines, être mordu par des fourmis et aussi tourmenté par des scorpions — telles sont les épreuves que l’on s’inflige à soi-même.
Verse 17
व्याघ्रपीडा शिवापीडा तथा महिषमीडनम् । कर्द्दमे शयनं चैव दुर्गन्धपरिपूरणम् ॥ १७ ॥
Il y a le tourment des tigres, l’affliction des chacals et aussi le piétinement des buffles; il y a le fait de se coucher dans la boue et d’être entièrement envahi par une puanteur fétide.
Verse 18
बहुशश्चार्धशयनं महातिक्तनिषेवणम् । अत्युष्णतैलपानं च महाकटुनिषेवणम् ॥ १८ ॥
Un sommeil incomplet fréquent, la consommation d'aliments très amers, boire de l'huile brûlante et l'usage excessif de mets très piquants.
Verse 19
कषायोदकपानं च तत्पपाषाणतक्षणम् । अत्युष्णशीतस्नानं च तथा दशनशीर्णनम् ॥ १९ ॥
Boire des décoctions astringentes, tailler des pierres dans ce but, se baigner dans une eau excessivement chaude ou froide, et s'user les dents.
Verse 20
तप्तायः शयनं चैव ह्ययोभारस्य बन्धनम् । एवमाद्यामहाभाग यातनाः कोटिकोटिशः ॥ २० ॥
S'étendre sur un lit de fer chauffé au rouge et être attaché sous le poids de fardeaux de fer ; de tels tourments et d'innombrables autres, ô grande âme, se produisent par millions.
Verse 21
अपि वर्षसहस्त्रेण नाहं निगदितुं क्षमः । एतेषु यस्य यत्प्राप्तं पापिनः क्षितिरक्षक ॥ २१ ॥
Même en mille ans, je ne serais pas capable de le décrire entièrement. Ô protecteur de la terre, parmi ces pécheurs, chacun reçoit le résultat particulier qui lui est échu.
Verse 22
तत्सर्वं संप्रवक्ष्यामि तन्मे निगदतः श्रृणु । ब्रह्महा च सुरापी च स्तेयी च गुरुतल्पगः ॥ २२ ॥
Je vais maintenant expliquer tout cela en détail ; écoute-moi parler : le tueur d'un brahmane, le buveur de boissons enivrantes, le voleur et le profanateur du lit du gourou.
Verse 23
महापातकिनस्त्वेते तत्संसर्गी च पञ्चमः । पंतिभेदीवृथापाकी नित्यं ब्रह्मणदूषकः ॥ २३ ॥
Ceux-ci sont véritablement les grands pécheurs (mahāpātakin) ; et, comme cinquième, on compte celui qui s’associe à eux. Sont aussi compris : celui qui brise la rangée du repas commun, celui qui cuisine en vain (sans but ni rite prescrit) et celui qui, sans cesse, calomnie un brāhmaṇa.
Verse 24
आदेशी वेदविक्रेता पञ्चैते ब्रह्मधातकाः । ब्रह्मणं यः समाहूय दास्यामीति धनादिकम् । एश्चान्नास्तीति यो ब्रुयात्तमाहुर्ब्रह्यघातिनम् ॥ २४ ॥
Celui qui, en qualité d’officiant, commande avec autorité pour un gain, et celui qui vend le Veda : ceux-là sont comptés parmi les cinq appelés « tueurs de Brahman » (ceux qui détruisent la sainteté brahmanique). De même, celui qui fait venir un brāhmaṇa en disant : « Je te donnerai des richesses et autres biens », puis déclare : « Il n’y a rien », est dit coupable de brahma-ghāta.
Verse 25
स्नानार्थं पूजनार्थँ वा गच्छतो ब्राह्मणस्य यः । समायात्यंतरायत्वं तमाहुर्ब्रह्मधातिनम् ॥ २५ ॥
Quiconque s’avance et fait obstacle à un brāhmaṇa qui se rend au bain rituel ou au culte, celui-là est déclaré « tueur de Brahman » (violateur de l’ordre sacré).
Verse 26
पस्निन्दासु निरतश्चात्मोत्कर्षरतश्व यः । असत्यनिरतश्वचैव ब्रह्महा परिकीर्तितः ॥ २६ ॥
Celui qui s’adonne à médire d’autrui, qui se complaît dans sa propre exaltation et qui demeure voué au mensonge, celui-là est proclamé brahmahā, « tueur de brāhmaṇa », au sens moral et spirituel.
Verse 27
अधर्मस्यानुमन्ता च ब्रह्महा परिकीर्तितः । अन्योद्वेगरतश्चैव अन्येषां दोषसूवकः ॥ २७ ॥
Celui qui consent à l’injustice (adharma) est lui aussi proclamé brahmahā. De même, celui qui se plaît à troubler autrui et celui qui divulgue les fautes des autres (en dénonciateur) est compté parmi de tels pécheurs.
Verse 28
दम्भाचाररतश्वैव ब्रह्महेत्यभिधीयते । नित्यं प्रतिग्रहरतस्तथा प्राणिवधे रतः ॥ २८ ॥
Celui qui s’adonne à une conduite hypocrite est, en vérité, appelé « meurtrier d’un brāhmaṇa » (brahmahā). De même, celui qui est sans cesse porté à accepter des dons, et celui qui se complaît à tuer les êtres vivants, sont rangés dans cette même catégorie funeste.
Verse 29
अधर्मस्यानुममन्ता च ब्रह्महा परिकीर्तितः । ब्रह्महत्या समं पापमेव बहुविधं नृप ॥ २९ ॥
Ô roi, celui qui donne son assentiment à l’adharma est proclamé « meurtrier d’un brāhmaṇa ». Un tel homme contracte des fautes multiples, égales au péché du meurtre d’un brāhmaṇa.
Verse 30
सुरापानसमं पापं प्रवक्ष्यामि समासतः । गणान्नभोजनं चैव गणिकानां निषेवणम् ॥ ३० ॥
Je dirai brièvement les fautes égales à celle de boire des enivrants : manger la nourriture provenant de groupes impurs, et fréquenter les courtisanes.
Verse 31
पतितान्नादनं चैव सुरापानसमं स्मृतम् । उपासमापरित्यागो देवलानां च भोजनम् ॥ ३१ ॥
Manger la nourriture donnée par un déchu (moralement corrompu) est tenu pour égal à boire de l’alcool. De même, délaisser le culte quotidien et manger la nourriture offerte aux divinités (avant de la recevoir correctement comme prasāda) est également blâmé.
Verse 32
सुरापयोषित्संयोगः सुरापानसमः स्मृतः । यः शूद्रेण समाहतो भोजनं कुरुते द्विजः ॥ ३२ ॥
L’union avec une femme liée à l’alcool est tenue pour équivalente à boire de l’alcool. De même, un dvija (deux-fois-né) qui mange une nourriture frappée ou souillée par un Śūdra est lui aussi considéré comme un buveur d’alcool.
Verse 33
सुरापी स हि विज्ञेयः सर्वधर्मबहिष्कृतः । यः शूद्रेणाभ्यनुज्ञातः प्रेष्यकर्म करोति च ॥ ३३ ॥
Celui-là doit être reconnu comme buveur de surā, retranché de toute observance du dharma : celui qui, avec l’aval d’un Śūdra, accomplit des travaux serviles en homme de peine.
Verse 34
सुरापान समं पापं लभते स नराधमः । एवं बहुविधं पापं सुरापानसमं स्मृतम् ॥ ३४ ॥
Ce plus vil des hommes encourt un péché égal à celui de boire la surā. Ainsi, la tradition enseigne que bien des formes de faute sont tenues pour équivalentes au fait de boire la surā.
Verse 35
हेमस्तेयसमं पापं प्रवक्ष्यामि निशामय । कन्दमूलफलानां च कस्तूरी पटवाससाम् ॥ ३५ ॥
Écoute : je vais exposer le péché égal au vol de l’or—le larcin de racines, de tubercules et de fruits, ainsi que de kastūrī (musc), de feuilles de bétel et de vêtements.
Verse 36
सदा स्तेयं च रत्नानां स्वर्णस्तेयसमं स्मृतम् । ताम्रायस्त्र्रपुकांस्यानामाज्यस्य मधुनस्तथा ॥ ३६ ॥
Le vol de joyaux est toujours tenu pour équivalent au vol de l’or ; de même, le larcin du cuivre, du fer, de l’étain, du kāṃsya (métal de cloche), du ghee et du miel est compté dans la même classe.
Verse 37
स्तेयं सुगन्धद्रव्याण्णां स्वर्णस्तेयसमं स्मृतम् । क्रमुकस्यापिहरणमम्भसां चन्दनस्य च ॥ ३७ ॥
Le vol de substances parfumées est déclaré équivalent au vol de l’or ; de même, emporter des noix d’arec (kramuka), de l’eau et du bois de santal est compté parmi les larcins graves.
Verse 38
पर्णरसापहरणं स्वर्णस्तेयसमं स्मृतम् । पितृयज्ञपरित्यागो धर्मकार्यविलोपनम् ॥ ३८ ॥
Le vol de la sève des feuilles est déclaré égal au vol de l'or. De même, l'abandon du sacrifice aux ancêtres (Pitr-yajna) équivaut à la destruction du devoir religieux.
Verse 39
यतीर्नां निन्दतं चैव स्वर्णस्तेयसमं स्मृतम् । भक्ष्याणां चापहरणं धान्यानां हरणं तथा ॥ ३९ ॥
Calomnier les ascètes (Yatis) est déclaré égal au vol de l'or. De même, s'emparer de provisions comestibles et voler des céréales sont comptés comme des vols graves.
Verse 40
रुद्राक्षहरणं चैव स्वर्णस्तेयसमं स्मृतम् । भागीनीगमनं चैव पुत्रस्त्रीगमनं तथा ॥ ४० ॥
Le vol de perles de Rudraksha est déclaré égal au vol de l'or. De même, les rapports sexuels avec une sœur et avec une belle-fille sont condamnés dans la même catégorie.
Verse 41
रजस्वलादिगमनं गुरुतल्पसमं स्मृतम् । हीनजात्याभिगमनं मद्यपस्त्रीनिषेवणम् ॥ ४१ ॥
Les rapports avec une femme menstruée sont déclarés égaux au péché de violer le lit du maître. De même, approcher une femme de caste dégradée ou celle qui boit de l'alcool.
Verse 42
परस्त्रीगमनं चैव गुरुतल्पसमं स्मृतम् । भ्रातृस्त्रीगमनं चैव वयस्यस्त्रीनिषेवणम् ॥ ४२ ॥
Aller vers la femme d'un autre est déclaré égal en gravité à la violation du lit du maître ; de même, approcher la femme de son frère et fréquenter la femme de son ami.
Verse 43
विश्वस्तागमनं चैव गुरुतल्पसमं स्मृतम् । अकाले कर्मकरणं पुत्रीगमनमेव च ॥ ४३ ॥
Les rapports sexuels avec une femme de confiance (protégée) sont déclarés égaux au péché de violer le lit du maître (Guru). Il en va de même pour l'accomplissement d'actes sexuels à des moments inappropriés et pour les rapports avec sa propre fille.
Verse 44
धर्मलोपः शास्त्रनिन्दा गुरुतल्पसमं स्मृतम् । इत्येवमादयो राजन्महापातकसंज्ञिताः ॥ ४४ ॥
L'abandon du dharma et le dénigrement des écritures sacrées sont déclarés égaux au péché de violer le lit du gourou. Ainsi, ô Roi, ces actes et d'autres semblables sont connus sous le nom de « grands péchés » (mahāpātakas).
Verse 45
एतेष्वेकतमेनापि सङ्गकृत्तत्समो भवेत् । यथाकथंचित्पापानामेतेषां परमर्षिभिः ॥ ४५ ॥
Même en s'associant avec un seul d'entre eux, une personne devient l'égale de ce (pécheur). Ainsi, d'une manière ou d'une autre, ces sages suprêmes ont déclaré un moyen pour l'élimination des péchés.
Verse 46
शान्तैस्तु निष्कृतिर्दृष्टा प्रायश्चितादिकल्पनैः । प्रायश्चित्तविहीनानि पापानि श्रृणु भूपते ॥ ४६ ॥
L'expiation (niṣkṛti) est en effet enseignée par des rites pacificateurs (śānti) et les formes prescrites de pénitence (prāyaścitta). Maintenant, ô roi, écoute ces péchés pour lesquels aucune expiation n'est prévue.
Verse 47
समस्तपापतुल्यानि महानरकदानि च । ब्रह्महत्यादिपापानां कथंचिन्निष्कृतिर्भवेत् ॥ ४७ ॥
Ces (péchés) sont égaux à tous les péchés et conduisent aux grands enfers ; même pour des péchés tels que le brahma-hatyā (le meurtre d'un brāhmaṇa), un moyen d'expiation peut, d'une certaine manière, être possible.
Verse 48
ब्रह्मणं द्वेष्टि यस्तस्य निष्कृतिर्नास्ति कुत्रचित् । विश्वस्तघातिनं चैव कृतन्घानां नरेश्वर ॥ ४८ ॥
Ô roi, pour celui qui hait les brahmanes, il n’existe nulle part d’expiation ; de même pour celui qui trahit une personne confiante, et pour ceux qui tuent leurs bienfaiteurs.
Verse 49
शूद्रस्त्रीसङ्गिनां चैव निष्कृतिर्नास्ति कुत्रचित् । शूद्रान्नपुष्टदेहानां वेदनिन्दारतात्मनाम् ॥ ४९ ॥
Pour ceux qui s’attachent à la compagnie des femmes śūdra, il n’existe nulle part d’expiation. De même, pour ceux dont le corps est nourri par la nourriture des śūdra et dont l’esprit se plaît à blâmer les Veda, on ne trouve aucun rachat.
Verse 50
सत्कथानिन्दकानांच नेहामुत्रचनिष्कृतिः ॥ ५० ॥
Pour ceux qui dénigrent la parole sacrée et vertueuse, il n’y a point d’expiation — ni en ce monde ni dans l’autre.
Verse 51
बौद्धालयं विशेद्यस्तु महापद्यपि वैद्विजः । नतस्यनिष्कृतिर्दृष्टाप्रायश्चितशतैरपि ॥ ५१ ॥
Même si un homme deux-fois-né entre dans un sanctuaire bouddhique en un temps de grande calamité, aucune expiation n’est prescrite pour lui, fût-ce par des centaines d’actes de pénitence.
Verse 52
बौद्धाः पाषंण्डिनः प्रोक्ता यतो वेदविनिन्दकाः । तस्माद्विजस्तान्नेक्षेत यतो धर्मबहिष्कृताः ॥ ५२ ॥
Les bouddhistes sont déclarés pāṣaṇḍins (hérétiques), car ils blasphèment les Veda. C’est pourquoi un deux-fois-né ne devrait même pas les regarder, puisqu’ils sont exclus du dharma.
Verse 53
ज्ञानतोऽज्ञानतो वापि द्विजो बोद्धालयं विशेत् । ज्ञात्वा चेन्निष्कृतिर्नास्ति शास्त्राणामिति निश्वयः ॥ ५३ ॥
Qu’il le fasse sciemment ou non, si un dvija (né deux fois) entre dans la demeure des éveillés, alors, l’ayant compris, il devient certain que les śāstra proclament : « pour cette faute, il n’existe aucun prāyaścitta, aucune expiation ».
Verse 54
एतेषां पापबाहुल्यान्नरकं कोटिकल्पकम् । प्रायश्चित्तविहीनानि प्रोक्तान्यन्यानि च प्रभो ॥ ५४ ॥
Ô Seigneur, parce que ces actes sont chargés d’un excès de péché, ils mènent en enfer durant dix millions de kalpa ; et d’autres actes encore ont été dits dépourvus de tout prāyaścitta, de toute expiation.
Verse 55
पापानि तेषां नरकान्गदतो मे निशामय ॥ ५५ ॥
Écoute-moi, tandis que je décris les péchés de ces gens et les enfers où ils vont.
Verse 56
महापातकिनस्तेषु प्रत्येकं युगवासिनः । तदन्ते पृथिवीमेत्य सप्तजन्मसु गर्दभाः ॥ ५६ ॥
Parmi eux, les grands pécheurs demeurent là, chacun, pour la durée d’un yuga ; au terme de ce temps, ils reviennent sur la terre et naissent ânes durant sept existences.
Verse 57
ततः श्वानो विद्धदेहा भवेयुर्दशजन्मसु । आशताब्दं विट्कृमयः सर्पा द्वादशजन्मसु ॥ ५७ ॥
Ensuite, ils naissent chiens au corps meurtri durant dix naissances. Pendant cent ans, ils deviennent des vers dans l’excrément, puis naissent serpents durant douze naissances.
Verse 58
ततः सहस्त्रजन्मानि मृगाद्याः पशवो नृप । शताब्दं स्थावराश्चैव ततो गोधाशरीरिणः ॥ ५८ ॥
Ensuite, ô roi, l’on renaît mille fois parmi les bêtes, telles que les cerfs et autres; puis, durant cent ans, l’on demeure parmi les êtres immobiles (les plantes). Après cela, l’on obtient un corps semblable à celui de la godhā (lézard).
Verse 59
ततस्तु सत्पजन्मानि चण्डालाः पापकारिणः । ततः षोडश जन्मानि शूद्राद्या हीनजातयः ॥ ५९ ॥
Ensuite, le pécheur, auteur d’actes mauvais, renaît sept fois comme caṇḍāla. Puis, durant seize naissances, il renaît parmi les castes inférieures — à commencer par le śūdra et d’autres naissances avilies.
Verse 60
ततस्तु जन्मद्वितये दरिद्राव्याधिपीडिताः । प्रतिग्रहपरा नित्यं ततो निरयगाः पुनः ॥ ६० ॥
Puis, dans les deux naissances suivantes, il est accablé par la pauvreté et la maladie; toujours porté à vivre en recevant des dons. Après cela, il retourne de nouveau en enfer.
Verse 61
असूयाविष्टमनसो रौरवे नरके स्मृतम् । तत्र कल्पद्वयं स्थित्वा चाण्डालाः शतजन्मसु ॥ ६१ ॥
Ceux dont l’esprit est envahi par l’envie sont dits tomber dans l’enfer nommé Raurava. Après y être demeurés deux kalpas, ils renaissent ensuite comme caṇḍālas durant cent vies.
Verse 62
मा ददस्वेति यो ब्रूयाद्गवान्गिब्राह्मणेषु च । शुनां योनिशतं गत्वा चाण्डालेषूपजायते ॥ ६२ ॥
Quiconque dit : «Ne donne pas», et entrave ainsi le don des vaches et d’autres offrandes aux brāhmaṇas — après avoir traversé cent matrices de chiens — renaît ensuite parmi les caṇḍālas.
Verse 63
ततो विष्ठाकृतमिश्चैव ततो व्याघ्रस्त्रिजन्मसु । तदंते नरकं याति युगानामेकविंशतिम् ॥ ६३ ॥
Alors il devient une créature mangeuse d’excréments ; puis, durant trois naissances, il renaît tigre. À l’issue de cela, il tombe en enfer pendant vingt et un yuga.
Verse 64
परनिन्दापरा ये च ये च निष्ठुरभाषिणः । दानानां विघ्नकर्त्तारस्तेषां पापफलं श्रृणु ॥ ६४ ॥
Écoute le fruit du péché de ceux qui se complaisent à calomnier autrui, de ceux qui parlent avec dureté et de ceux qui entravent les actes de charité (dāna).
Verse 65
मुशलोलूखलाभ्यां तु चूर्ण्यन्ते तस्करा भृशम् । तदन्ते तप्तपाषाणग्रहणं वत्सरत्रयम् ॥ ६५ ॥
Quant aux voleurs, on les broie violemment en poudre à l’aide de pilons et de mortiers ; puis, durant trois ans, on les force à saisir des pierres brûlantes.
Verse 66
ततश्च कालसूत्रेण भिद्यन्ते सप्त वत्सरान् । शोचन्तः स्वानिकर्माणि परद्रव्यापहारकाः ॥ ६६ ॥
Puis, par le supplice nommé Kālasūtra, ceux qui dérobent le bien d’autrui sont tranchés et transpercés durant sept ans, gémissant sur leurs propres actes.
Verse 67
कर्मणा तत्र पच्यन्ते नरकान्गिषु सन्ततम् ॥ ६७ ॥
Là, par leurs propres actes, ils sont sans cesse consumés dans les feux des royaumes infernaux.
Verse 68
परस्वसूचकानां च नरकं श्रृणु दारुणम् । यावद्युगसहस्त्रं तु तप्तायः पिण्डभक्षणम् ॥ ६८ ॥
Écoute maintenant la description de l'enfer redoutable destiné à ceux qui dénoncent les richesses d'autrui : pendant mille yugas, ils sont contraints de manger des morceaux de fer rouge.
Verse 69
संपीड्यते च रसना संदंशैर्भृशदारुणैः । निरुच्छ्वासं महाघोरे कल्पार्द्धं निवसन्ति ते ॥ ६९ ॥
Leur langue est broyée par des pinces effroyables ; le souffle coupé, ils demeurent dans ce lieu terrifiant pendant un demi-kalpa.
Verse 70
परस्त्रीलोलुपानां च नरकं कथयामि ते । तप्तताम्रस्त्रियस्तेन सुरुपाभरणैर्युताः ॥ ७० ॥
Je vais maintenant te parler de l'enfer réservé à ceux qui convoitent la femme d'autrui : là, des femmes faites de cuivre rouge, parées de beaux ornements et d'une forme séduisante, deviennent les instruments du supplice.
Verse 71
यादृशीस्तादृशीस्ताश्च रमन्ते प्रसभं बहु । विद्ववन्तं भयेनासां गृह्णन्ति प्रसभं च तम् ॥ ७१ ॥
Des femmes de cette nature s'unissent librement et sans honte ; et par peur d'elles, elles saisissent de force même un homme érudit.
Verse 72
कथयन्तश्च तत्कर्म नयन्ते नरकान्क्रमात् । अन्यं भजन्ते भूपाल पतिं त्यक्त्वा च याः स्त्रियः ॥ ७२ ॥
Et ceux qui approuvent une telle conduite mènent (eux-mêmes et les autres) pas à pas vers les enfers. Ô roi, les femmes aussi qui abandonnent leur mari pour s'unir à un autre (encourent une telle chute).
Verse 73
तत्पायःपुरुशास्तास्तु तत्पायःशयनेबलात् । पातयित्वा रमन्ते च बहुकालं बलान्विताः ॥ ७३ ॥
Mais ces hommes, gouvernés par cette même contrainte, sont terrassés par la force sur ce même lit; puis, après avoir fait choir les autres, ils se livrent longtemps aux jeux, affermis par leur propre puissance.
Verse 74
ततस्तैर्योषितो मुक्ता हुताशनसमोज्ज्वलम् । यः स्तम्भं समाश्लिष्य तिष्ठन्त्यब्दसहस्त्रकम् ॥ ७४ ॥
Alors ces femmes furent relâchées par eux; et, durant mille ans, elles demeurèrent enserrant une colonne qui flamboyait de l’éclat du feu.
Verse 75
ततः क्षारोदकस्नानं क्षारोदकनिषेवणम् । तदन्ते नरकान् सर्वान् भुञ्जतेऽब्दशतं शतम् ॥ ७५ ॥
Ensuite viennent le bain dans une eau alcaline (saumâtre) et l’absorption forcée de cette eau; puis l’on endure tous les enfers, les subissant durant cent fois cent ans (dix mille ans).
Verse 76
यो हन्ति ब्राह्मणं गां च क्षत्रियं च नृपोत्तमम् । स चापि यातनाः सर्वा भुंक्ते कल्पेषु पञ्चसु ॥ ७६ ॥
Celui qui tue un brahmane, une vache et un kshatriya, roi d’excellence, celui-là aussi subit tous les châtiments et les endure durant cinq kalpas.
Verse 77
यः श्रृणोति महन्निन्दां सादरं तत्फलं श्रृणु । तेषां कर्णेषु दाप्यन्ते तप्तायः कीलसंचयाः ॥ ७७ ॥
Quiconque écoute avec complaisance une lourde calomnie—entends-en le fruit: dans les oreilles de tels gens on enfonce des amas de clous de fer rougis au feu.
Verse 78
ततश्च तेषु छिद्रेषु तैलमत्युष्णमुल्बणम् । पूर्यते च ततश्चापिं कुम्भीपाकं प्रपद्यते ॥ ७८ ॥
Alors, dans ces ouvertures, on verse une huile excessivement brûlante et terrible; puis le pécheur est livré au supplice nommé Kumbhīpāka.
Verse 79
नास्तिकानां प्रवक्ष्यामि विमुखानां हरे हरौ । अब्दानां कोटिपर्यन्तं लवणं भुञ्जते हि ते ॥ ७९ ॥
À présent, je décrirai le sort des impies—ceux qui se sont détournés de Hari : durant dix millions d’années, on les contraint à ne subsister que de sel.
Verse 80
ततश्च कल्पपर्यन्तं रौरवे तप्तसैकते । भज्यंते पापकर्मणोऽन्येप्येवं नराधिप ॥ ८० ॥
Ensuite, jusqu’à la fin du kalpa, dans l’enfer Raurava aux sables brûlants, les auteurs de péché sont brisés et tourmentés de la même manière, ô roi.
Verse 81
ब्राह्मणान्ये निरीक्षन्ते कोपदृष्ट्या नराधमाः । तप्तसूचीसहस्त्रेण चक्षुस्तेषां प्रसूर्यते ॥ ८१ ॥
Ces hommes vils qui fixent les brahmanes d’un regard courroucé voient leur vue transpercée, comme par mille aiguilles rougies au feu.
Verse 82
ततः क्षाराम्बुधाराभिः सेच्यन्ते नृपसत्तम । ततश्च क्रकर्चेर्घोरैर्भिद्यन्ते पापकर्म्मणः ॥ ८२ ॥
Puis, ô le meilleur des rois, on les arrose de torrents d’eau caustique et alcaline; ensuite, les malfaiteurs sont fendus par d’effroyables instruments semblables à des scies.
Verse 83
विश्वासघातिनां चैव मर्यादाभेदिनां तथा । परान्नलोल्लुपानां च नरकं श्रृणु दारुणम् ॥ ८३ ॥
Et pour ceux qui trahissent la confiance, qui transgressent les limites et les règles de conduite, et qui convoitent avec avidité la nourriture d’autrui—écoute maintenant l’effroyable enfer qui leur est destiné.
Verse 84
स्वमांसभोजिनो नित्यं भक्षमाणाः श्वभिस्तु ते । नरकेषु समस्तेषु प्रत्येकं ह्यब्दवासिनः ॥ ८४ ॥
Ceux qui mangent leur propre chair sont sans cesse dévorés par des chiens ; et dans chacun des enfers, ils doivent demeurer une année entière, l’un après l’autre.
Verse 85
प्रतिग्रहरता ये च ये वै नक्षत्रपाठकाः । ये च देवलकान्नानां भोजिनस्ताञ्श्रृणुष्व मे ॥ ८५ ॥
Écoute de ma bouche au sujet de ceux qui s’adonnent à recevoir des dons, de ceux qui vivent en récitant la science des astres, et de ceux qui mangent la nourriture des serviteurs du temple (devalakas).
Verse 86
राजन्नाकल्पपर्यन्तं यातनास्वासु दुःखिताः । पच्यन्ते सततं पापाविष्टा भोगरताः सदा ॥ ८६ ॥
Ô Roi, tourmentés par ces châtiments et accablés de souffrance, ils sont sans cesse « cuits » jusqu’à la fin du kalpa ; possédés par le péché, toujours voués aux plaisirs des sens.
Verse 87
ततस्तैलेन पूर्यन्ते कालसूत्रप्रपीडिताः । ततः क्षारोदकस्नानं मूत्रविष्टानिषेवणम् ॥ ८७ ॥
Puis, tourmentés dans l’enfer nommé Kālasūtra, ils sont enduits et saturés d’huile. Ensuite, on les contraint à se baigner dans une eau saumâtre et caustique, et à consommer urine et excréments.
Verse 88
तदन्ते भुवमासाद्य भवन्ति म्लेच्छजातयः । अन्योद्वेगरता ये तु यान्ति वैतरणीं नदीम् ॥ ८८ ॥
Quand cette période de souffrance s’achève, de retour sur la terre ils naissent parmi des communautés mleccha (étrangères). Mais ceux qui se plaisent à semer la peur et la détresse chez autrui vont au fleuve Vaitaraṇī.
Verse 89
त्यक्तपञ्चमहायज्ञा लालाभक्षं व्रजन्ति हि । उपासनापरित्यागी रौरवं नरकं व्रजेत् ॥ ८९ ॥
Ceux qui délaissent les cinq grands yajñas quotidiens tombent, certes, dans l’état de se nourrir de crachats. Celui qui renonce à l’upāsanā (l’adoration) va en l’enfer Raurava.
Verse 90
विप्रग्रामकरादानं कुर्वतां श्रृणु भूपते । यातनास्वासु पच्यन्ते यावदाचन्द्रतारकम् ॥ ९० ॥
Ô Roi, écoute : ceux qui imposent des taxes aux brahmanes et aux villages sont cuits dans les tourments aussi longtemps que dureront la lune et les étoiles.
Verse 91
ग्रामेषु भूपालवरो यः कुर्यादधिकं करम् । स सहस्त्रकुलो भुङ्क्तेनरकं कल्पपञ्चसु ॥ ९१ ॥
Ce roi éminent qui lève un impôt excessif sur les villages—lui, avec mille générations de sa lignée, subit l’enfer durant cinq kalpas.
Verse 92
विप्रग्रामकरादानं योऽनुमन्तातु पापकृत् । स एव कृतवान् राजन्ब्रह्महत्यासहस्त्रकम् ॥ ९२ ॥
Ô Roi, le pécheur qui ne fait que consentir à la perception d’impôts sur une communauté de brahmanes est comme s’il avait lui-même commis mille brahmahatyā (meurtres d’un brahmane).
Verse 93
कालसूत्रे महाघोरे स वसेद्दिचतुर्युगम् । अयोनौ च वियोनौ च पशुयोनौ च यो नरः ॥ ९३ ॥
L’homme qui tombe dans une naissance sans matrice, dans une naissance difforme ou défectueuse, ou dans un ventre animal, demeurera dans l’effroyable enfer nommé Kālasūtra durant le temps de deux séries de quatre yuga.
Verse 94
त्यजेद्रेतो महापापी सरेतोभोजनं लभेत् । वसाकूपं ततः प्राप्य स्थित्वा दिव्याब्दसत्पकम् ॥ ९४ ॥
Le grand pécheur qui gaspille ou rejette sa semence est contraint de manger une nourriture mêlée de semence ; puis, parvenu au « Puits de Graisse » (Vasā-kūpa), il y demeure soixante-dix années divines.
Verse 95
रेतोभोजी भवेन्मर्त्यः सर्वलोकेषु निन्दितः । उपवासदिने राजन्दन्तधावनकृन्नरः ॥ ९५ ॥
Le mortel qui consomme la semence est blâmé dans tous les mondes. Et, ô Roi, l’homme qui se nettoie les dents un jour d’upavāsa (jeûne sacré), violant la discipline du vrata, est pareillement répréhensible.
Verse 96
स घोरं नरकं यातिव्याघ्रपक्षं चतुर्युगम् । यः स्वकर्मपरित्यागी पाषण्डीत्युच्यते बुधैः ॥ ९६ ॥
Il va dans l’effroyable enfer nommé Vyāghrapakṣa pour quatre yuga : celui qui abandonne ses devoirs prescrits est appelé par les sages pāṣaṇḍin (hérétique, renégat).
Verse 97
तत्संगकृतमोघः स्यात्तावुभावतिपापिनौ । कल्पकोटिसहस्त्रेषु प्रान्पुतो नरकान्क्रमात् ॥ ९७ ॥
Le contact d’une telle compagnie rend vain le fruit de la vie ; ces deux-là deviennent extrêmement pécheurs et, durant des milliers de crores de kalpa, ils sont poussés, pas à pas, vers les enfers, vie après vie.
Verse 98
देवद्रव्यापहर्त्तारो गुरुद्रव्यापहारकाः । ब्रह्महत्याव्रतसमं दुष्कृतं भुञ्जते नृप ॥ ९८ ॥
Ô Roi, ceux qui dérobent les biens consacrés aux dieux, et ceux qui dérobent les biens de leur guru, subissent un karma funeste, égal au grand péché et au fardeau expiatoire du Brahmahatyā-vrata.
Verse 99
अनाथधनहर्त्तारो ह्यनाथं ये द्विषन्ति च । कल्पकोटिसहस्त्राणि नरके ते वसन्ति च ॥ ९९ ॥
Ceux qui volent la richesse des sans-protection, et ceux qui haïssent les sans-protection, demeurent en enfer durant des milliers de crores de kalpas.
Verse 100
स्त्रीशूद्राणां समीपे तु ये वेदाध्ययने रताः । तेषां पापफलं वक्ष्ये श्रृणुष्व सुसमाहितः ॥ १०० ॥
Mais ceux qui se vouent à l’étude ou à la récitation du Véda en présence des femmes et des Śūdra—écoute, l’esprit bien recueilli, et j’énoncerai pour eux le fruit du péché.
Verse 101
अधःशीर्षोर्ध्वपादाश्च कीलिताः स्तम्भकद्वये । ध्रूम्रपानरता नित्यं तिष्ठन्त्याब्रह्मवत्सरम् ॥ १०१ ॥
La tête en bas et les pieds en l’air, ils sont cloués à deux piliers; sans cesse adonnés à la fumée, ils demeurent ainsi jusqu’à la fin d’une année de Brahmā.
Verse 102
जले देवालये वापि यस्त्यजेद्देहजं मलम् । भ्रूणहत्यासमं पापं संप्रान्पोत्यतिदारुणम् ॥ १०२ ॥
Quiconque rejette les souillures du corps dans l’eau—ou même à l’intérieur d’un temple—encourt un péché d’une extrême atrocité, égal au péché de tuer un embryon.
Verse 103
दन्तास्थिकेशनखरान्ये त्यज्यन्त्यमरालये । जले वा भुक्तशेषं च तेषां पापफलं श्रृणु ॥ १०३ ॥
Écoute la conséquence pécheresse encourue par ceux qui jettent des dents, des os, des cheveux et des ongles dans un temple, ou qui jettent des restes de nourriture dans l'eau.
Verse 104
प्रासप्रोता हलैर्भिन्ना आर्त्तरावविराविणः । अत्युष्णतैलपाकेऽतितप्यन्ते भृशदारुणे ॥ १०४ ॥
Transpercés par des lances et fendus par des charrues, criant de douleur et d'angoisse, ils sont intensément tourmentés — bouillis dans de l'huile extrêmement chaude — dans une cuisson (infernale) des plus effroyables.
Verse 105
कुर्वन्ति दुःखसंतप्तास्ततोऽन्येषु व्रजन्ति च । ब्रह्मसंहरते यस्तु गन्धकाष्टं तथैव च ॥ १०५ ॥
Affligés et brûlés par la souffrance, ils continuent d'accomplir (de tels actes) puis passent à d'autres (voies). Mais celui qui provoque la dissolution du (sens du) « Brahman » (l'ego) détruit également le « bois de soufre » de la même manière.
Verse 106
स याति नरकं घोरं यावदाचन्द्रतारकम् । ब्रह्मस्वहरणं राजन्निहामुत्र च दुःखदम् ॥ १०६ ॥
Ô Roi, il va dans un enfer effroyable aussi longtemps que durent la lune et les étoiles. Le vol des biens d'un brāhmaṇa apporte la souffrance à la fois ici (dans ce monde) et dans l'au-delà.
Verse 107
इहसंपद्विनाशायपरत्रनरकाय च । कूटसाक्ष्यंवदेद्यस्तु तस्य पापफलंश्रृणु ॥ १०७ ॥
Quiconque porte un faux témoignage provoque la ruine de la prospérité dans ce monde et se conduit lui-même en enfer dans l'autre. Écoute maintenant la conséquence pécheresse d'un tel parjure.
Verse 108
स याति यातनाः सर्वा यावदिन्द्राश्चतुर्दश । इहपुत्राश्च विनश्यन्ति परत्र च ॥ १०८ ॥
Il subit toutes sortes de tourments tant que durent quatorze Indra ; et ses fils périssent, ici-bas comme dans l’au-delà.
Verse 109
रौरवं नरकं भुङक्ते ततोऽन्यानपि च क्रमात् । ये चातिकामिनो मर्त्या ये च मिथ्याप्रवादिनः ॥ १०९ ॥
Les mortels livrés à une luxure excessive et ceux qui profèrent le mensonge souffrent dans l’enfer nommé Raurava ; puis, selon l’ordre établi, ils endurent aussi d’autres enfers.
Verse 110
तेषां सुखे जलौकास्तु पूर्य्यन्ते पन्नगोपमाः । एवं षष्टिसहस्त्राब्दे ततः क्षाराम्बुसेचनम् ॥ ११० ॥
Alors même qu’ils semblaient en repos, des sangsues semblables à des serpents se gorgeaient pleinement (de leur sang). Ainsi durant soixante mille ans ; puis vint l’aspersion d’une eau alcaline.
Verse 111
ये वृथामांसनिरतास्ते यान्ति क्षारकर्दमम् । ततो गजैर्निपात्यन्ते मरुत्प्रपतनं यथा ॥ १११ ॥
Ceux qui se complaisent à manger de la viande sans juste motif tombent dans une boue caustique. De là, des éléphants les précipitent, comme jetés d’un escarpement battu par le vent.
Verse 112
तदन्ते भवमासाद्य हीनाङ्गाः प्रभवन्ति च । यस्त्वृतौ नाभिगच्छेत स्वस्त्रिंय मनुजेश्वर ॥ ११२ ॥
Ensuite, lorsque survient la conception, il peut naître des enfants aux membres déficients. Ô seigneur des hommes, celui qui ne s’approche pas de sa propre épouse en sa saison convenable (ṛtu) encourt une telle conséquence.
Verse 113
स याति रौरवं घोरं ब्रह्महकत्यां च विन्दति । अन्याचाररतं दृष्ट्वा यः शक्तो न निवारयेत् ॥ ११३ ॥
Celui qui voit un homme livré à une conduite injuste et, bien qu’il en ait le pouvoir, ne le retient pas, tombe dans l’effroyable enfer de Raurava et encourt aussi le péché de brahma-hatyā, comme s’il avait tué un brāhmaṇa.
Verse 114
तत्पापं समवान्पोति नरकं तावुभावपि । पापिनां पापगणनां कृत्वान्येभ्यो दिशन्ति विन्दति ॥ ११४ ॥
Il récolte pleinement ce péché et entre lui aussi en enfer. Celui qui, après avoir compté les fautes des pécheurs, en assigne les châtiments à d’autres, obtient néanmoins la rétribution qui lui est due.
Verse 115
अस्तित्वे तुल्यपापास्ते मिथ्यात्वे द्विगुणा नृप । अपापे पातकं यस्तु समरोप्य विनिन्दति ॥ ११५ ॥
Ô Roi, si la faute alléguée existe réellement, le péché de la dire est égal à cette faute; mais si elle est mensonge, le péché devient double. Et celui qui, imputant un péché là où il n’y en a pas, blâme l’innocent, commet une lourde offense.
Verse 116
स याति नरकं घोरं यावञ्चर्द्रार्क तारकम् । पापिनां निन्द्यमानानां पापार्द्धं क्षयमेति च ॥ ११६ ॥
Il va dans un enfer terrible aussi longtemps que dureront la lune, le soleil et les étoiles; et, pour les pécheurs blâmés par les justes, la moitié de leur péché est également détruite.
Verse 117
यस्तु व्रतानि संगृह्य असमाप्य परित्यज्येत् । सोऽसिपत्रेऽनुभूयार्तिं हीनाङगोजायते भुवि ॥ ११७ ॥
Mais celui qui entreprend des vœux sacrés (vrata) et les abandonne avant de les achever subit le tourment dans l’enfer d’Asipatra, puis renaît sur terre avec un corps déficient, aux membres manquants ou altérés.
Verse 118
अन्यैः संगृह्यमाणानांव्रतानां विघ्नकृन्नरः । अतीव दुःखदंरौद्रं स याति श्लेष्मभोजनम् ॥ ११८ ॥
L’homme qui fait obstacle aux vœux sacrés (vrata) entrepris par autrui tombe dans un séjour farouche et terrifiant de souffrance extrême, où l’on le contraint à se nourrir de flegme.
Verse 119
न्याये च धर्मशिक्षायां पक्षपातं करोति यः । न तस्य निष्कृतिर्भूयः प्रायश्चित्तायुतैरपि ॥ ११९ ॥
Celui qui fait preuve de partialité dans l’exercice de la justice et dans l’enseignement du dharma n’a plus d’expiation possible, fût-ce par des dizaines de milliers de pénitences (prāyaścitta).
Verse 120
अभोज्यभोजी संप्राप्यं विङ्भोज्यं तु समायुतम् । ततश्चण्डालयोनौ तु गोमांसाशी सदा भवेत् ॥ १२० ॥
Celui qui mange ce qu’il est interdit de manger en vient à la condition de se nourrir d’immondices. Ensuite, il renaît dans le sein d’un caṇḍāla et devient celui qui mange toujours de la chair de vache.
Verse 121
अवमान्य द्विजान्वाग्भिर्ब्रह्महत्यां च विन्दति । सर्वाश्चयातना भुक्त्वा चाण्डालो दशजन्मसु ॥ १२१ ॥
Celui qui outrage les dvijas (les « deux fois nés ») par des paroles dures encourt un péché égal à la brahma-hatyā (meurtre d’un brāhmaṇa). Après avoir subi tous les châtiments, il renaît caṇḍāla durant dix existences.
Verse 122
विप्राय दीयमाने तु यस्तु विघ्नं समाचरेत् । ब्रह्महत्यासमं तेन कर्त्तव्यं व्रतमेव च ॥ १२२ ॥
Mais si, au moment où l’on offre un don à un brāhmaṇa, quelqu’un y met délibérément obstacle, cela équivaut pour lui au péché de brahma-hatyā (meurtre d’un brāhmaṇa) ; aussi doit-il entreprendre un vœu d’expiation.
Verse 123
अपहृत्य पस्स्यार्थं यः परेभ्यः प्रयच्छति । अपहर्त्ता तु निरयी यस्यार्थस्तस्य तत्फलम् ॥ १२३ ॥
Quiconque s'empare du bien d'autrui pour le donner ensuite à d'autres est véritablement un voleur. Ce voleur tombe en enfer, tandis que le fruit (le mérite) de cette richesse appartient de droit à celui à qui elle a été prise.
Verse 124
प्रतिश्रुत्याप्रदानेन लालाभक्षं व्रजेन्नरः । यतिनिन्दापरो राजन् शिलानमात्रे प्रयाति हि ॥ १२४ ॥
En faisant une promesse sans la tenir, un homme est réduit à se nourrir de salive. Mais celui qui se consacre à insulter les ascètes, ô Roi, est en effet jeté à l'état de simple pierre.
Verse 125
आरामच्छेदिनो यान्ति युगानामेकविंशतिम् । श्वभोजनं ततः सर्वा भुञ्जते यातनाः क्रमात् ॥ १२५ ॥
Ceux qui détruisent les jardins vont (en enfer) pour vingt et un yugas. Par la suite, ils sont contraints de manger de la nourriture pour chiens ; puis, dans l'ordre, ils subissent tous les autres tourments.
Verse 126
देवतागृहभेत्तारस्तडागानां च भूपते । पुष्पारामभिदश्चैव यां गतिं यान्ति तच्छॄणु ॥ १२६ ॥
Ô roi, écoute quel sort attend ceux qui brisent les temples des dieux, qui détruisent les réservoirs et les étangs, et qui ruinent les jardins de fleurs.
Verse 127
यातनास्वासु सर्वासु पच्यन्ते वै पृथक् पृथक् । ततश्च विष्टाकृमयः कल्पानामेकविंशतिम् ॥ १२७ ॥
Dans tous ces états de torture, ils sont en effet cuits – chacun séparément. Par la suite, ils deviennent des vers dans les excréments pour vingt et un kalpas.
Verse 128
ततश्चाण्डालयोनौ तु शतजन्मानि भूपते । ग्रामविध्वंसकानां तु दाहकानां च लुम्पताम् ॥ १२८ ॥
Ensuite, ô roi, les destructeurs de villages—ceux qui les incendient et ceux qui les pillent—naissent durant cent existences dans le sein des parias (cāṇḍālas).
Verse 129
महत्पापं तदादेष्टुं न क्षमोऽहं निजायुषा । उच्छिष्टभोजिनो ये च मित्रद्रोहपराश्च ये ॥ १२९ ॥
Ô roi, je ne suis pas capable, même au cours de ma propre vie, de décrire pleinement ce grand péché : celui de ceux qui mangent des restes impurs et celui de ceux qui s’adonnent à trahir leurs amis.
Verse 130
एतेषां यातनास्तीव्रा भवन्त्याचन्द्रतारकम् । उच्छिन्नपितॄदेवेज्या वेंदमार्गबहिःस्थिताः ॥ १३० ॥
Pour de telles personnes, les tourments sont terribles et durent tant que subsistent la lune et les étoiles. Ayant rompu le culte dû aux ancêtres et aux dieux, elles demeurent hors de la voie du Veda.
Verse 131
पापानां यातानानां च धर्माणां चापि भूपते । एवं बहुविधा भूप यातनाः पापकारिणाम् ॥ १३१ ॥
Ô roi, ainsi ont été décrits les châtiments (yātanās) des péchés, et aussi les principes du dharma. De cette manière, ô souverain, les conséquences tourmentantes pour ceux qui commettent le mal sont de multiples sortes.
Verse 132
तेषां तासां च संख्यानं कर्त्तुं नालमहं प्रभो । पापानां यातनानां च धर्माणां चापि भूपते ॥ १३२ ॥
Ô Seigneur—ô roi—je ne suis pas en mesure d’énumérer pleinement le nombre de ces variétés de péchés, des tourments (yātanās) qui en résultent, et même des formes du dharma.
Verse 133
संख्यां निगदितुं लोके कः क्षमो विष्णुना विना । एतेषां सर्वपापानां धर्मशास्त्रविधानतः ॥ १३३ ॥
Qui, en ce monde, serait capable d’énoncer pleinement le nombre de tous ces péchés, tels que les prescrivent les Dharma-śāstras, sinon le Seigneur Viṣṇu ?
Verse 134
प्रायश्चित्तेषु चीर्णेषु पापराशिः प्रणश्यति । प्रायश्चित्तानि कार्याणि समीपे कमलापतेः ॥ १३४ ॥
Lorsque les prāyaścittas (rites d’expiation) sont accomplis comme il se doit, l’amas des péchés accumulés est détruit. Aussi faut-il entreprendre ces expiations en présence—près du Seigneur de Lakṣmī, Viṣṇu (Kamalāpati).
Verse 135
न्यूनातिरिक्तकृत्यानां संपूर्तिकरणाय च । गङ्गा चतुलसी चैव सत्सङ्गो हरिकीर्त्तनम् ॥ १३५ ॥
Pour parfaire ses devoirs religieux—qu’ils aient été accomplis avec manque ou avec excès—les soutiens sont : le Gaṅgā, la Tulasi, la fréquentation des vertueux (satsaṅga) et le chant des Noms et des gloires de Hari.
Verse 136
अनसूया ह्यहिंसा च सर्वेप्येते हि पापहाः । विष्ण्वर्पितानि कर्माणि सफलानि भवन्ति हि ॥ १३६ ॥
L’absence d’envie et l’ahiṃsā (non-violence)—en vérité, toutes ces vertus détruisent le péché. Et les actes offerts à Viṣṇu deviennent réellement féconds.
Verse 137
अनर्प्पितानि कर्माणि भस्मविन्यस्तद्रव्यवत् । नित्यं नैमित्तिकं काम्यं यच्चान्यन्मोक्षमाधनम् ॥ १३७ ॥
Les actes qui ne sont pas offerts au Seigneur sont comme des richesses déposées dans la cendre : ils deviennent sans fruit. Qu’il s’agisse des devoirs quotidiens, des rites occasionnels, des rituels motivés par le désir ou de toute autre pratique prise comme moyen de délivrance, ils ne prennent sens que lorsqu’ils sont consacrés en offrande.
Verse 138
विष्णौ समार्पितं सर्वं सात्त्विकं सफलं भवेत् । हरिभक्तिः परा नृणां सर्वं पापप्राणाशिनी ॥ १३८ ॥
Tout ce qui est offert à Viṣṇu devient sāttvique et porte un fruit véritable. Pour les humains, la dévotion à Hari est la voie suprême, et elle détruit jusqu’au souffle vital de tous les péchés.
Verse 139
सा भक्तिदशधा ज्ञेया पापारण्यदवोपमा । तामसै राजसैश्चैव सात्त्विकैश्च नृपोत्तम ॥ १३९ ॥
Cette bhakti doit être comprise comme décuple, semblable à un feu de forêt qui consume la jungle du péché. Ô meilleur des rois, elle se présente en formes tāmasique, rājāsique et aussi sāttvique.
Verse 140
यच्चान्यस्य विनाशार्थं भजनं श्रीपतेर्नृप । सा तामस्यधमा भक्तिः खलभावधरा यतः ॥ १४० ॥
Ô roi, l’adoration de Śrīpati (le Seigneur Viṣṇu) entreprise pour la ruine d’autrui est la plus basse des bhakti tāmasiques, car elle est portée par une nature perverse.
Verse 141
योऽर्चयेत्कैतवधिया स्वैरिणी स्वपतिं यथा । नारायणं जगन्नाथं तामसी मध्यमा तु सा ॥ १४१ ॥
Celui qui adore Nārāyaṇa, Seigneur de l’univers, avec une intention trompeuse—comme une femme infidèle s’approchant de son propre époux—cette adoration est tāmasī, de degré moyen.
Verse 142
देवापूजापरान्दृष्ट्वा मात्सर्याद्योऽर्चयेद्धीरम् । सा भक्तिः पृथिवीपाल तामसी चोत्तमा स्मृता ॥ १४२ ॥
Voyant d’autres voués au culte du Seigneur, celui qui, par jalousie, rend hommage au ferme (dévot), cette dévotion, ô protecteur de la terre, est tenue pour tāmasī, née du tamas.
Verse 143
धनधान्यादिकं यस्तु प्रार्थयन्नर्चयेद्वरिम् । श्रद्धया परया युक्तः सा राजस्यधमा स्मृता ॥ १४३ ॥
Mais celui qui adore Hari en demandant richesse, grains et autres biens—même doté d’une foi suprême—voit ce culte tenu pour le plus bas du type rājasa (passionnel).
Verse 144
यः सर्वलोकविख्यातकीर्तिमुद्दिश्य माधवम् । अर्चयेत्परया भक्त्या सा मध्या राजसी मता ॥ १४४ ॥
Celui qui adore Mādhava avec une dévotion suprême, mais dans le but d’obtenir une renommée proclamée dans tous les mondes—cette dévotion est tenue pour moyenne et de type rājasa.
Verse 145
सालोक्यादि पदं यस्तु समुद्दिश्यार्चयेद्धरिम् । सा राजस्युत्तमा भक्तिः कीर्तिता पृथिवीपते ॥ १४५ ॥
Ô seigneur de la terre, la dévotion proclamée la plus haute pour un roi est celle où, aspirant à des états tels que sālokya et autres, on adore Hari.
Verse 146
यस्तु स्वकृतपापानां क्षयार्थं प्रार्चयेद्वरिम् । श्रद्धया परयोपेतः सा सात्त्विक्यधमा स्मृता ॥ १४६ ॥
Mais celui qui adore Hari afin d’anéantir les péchés qu’il a lui-même commis—même doté d’une foi suprême—voit ce culte tenu pour la forme inférieure de la dévotion sāttvika (de bonté).
Verse 147
हरेरिदं प्रियमिति शुश्रूषां कुरुते तु यः । श्रद्धया संयुतो भूयः सात्त्विकी मध्यमा तु सा ॥ १४७ ॥
Celui qui rend un service attentif en pensant : «Ceci est cher à Hari (Viṣṇu)», et le fait avec foi—cette dévotion est principalement sāttvika et tenue pour de degré moyen.
Verse 148
विधिबुद्ध्यार्चयेद्यस्तु दासवच्छ्रीपतिं नृप । भक्तीनां प्रवरा सा तु उत्तमा सात्त्विकी स्मृता ॥ १४८ ॥
Ô roi, est tenue pour la première—la plus haute et sāttvique—cette dévotion où l’on adore Śrīpati avec l’intelligence des règles scripturaires et l’humble disposition d’un serviteur.
Verse 149
महीमानं हरेर्यस्तु किंचित्कृत्वा प्रियो नरः । तन्मयत्वेन संतुष्टः सा भक्तिरुत्तमोत्तमा ॥ १४९ ॥
Celui qui, en accomplissant ne fût-ce qu’un petit service, devient cher à Hari et se réjouit d’être entièrement absorbé en Lui—telle est la dévotion la plus haute des plus hautes.
Verse 150
अहमेव परो विष्णुर्मयिसर्वमिदं जगत् । इति यः सततं पश्येत्तं विद्यादुत्तमोत्तमम् ॥ १५० ॥
«Moi seul suis le Viṣṇu suprême; en moi demeure tout cet univers.» Celui qui le voit ainsi sans cesse, sache qu’il est le meilleur parmi les meilleurs.
Verse 151
एवं दशविधा भक्तिः संसारच्छेदकारिणी । तत्रापि सात्त्विकी भक्तिः सर्वकामफलप्रदा ॥ १५१ ॥
Ainsi, la bhakti est de dix sortes et tranche les liens du saṃsāra. Parmi elles, la bhakti sāttvique (pure) accorde les fruits de tous les désirs légitimes.
Verse 152
तस्माच्छृणुष्व भूपाल संसारविजिगीषुणा । स्वकर्मणो विरोधेन भक्तिः कार्या जनार्दने ॥ १५२ ॥
Écoute donc, ô roi : celui qui veut vaincre l’existence mondaine doit pratiquer la bhakti envers Janārdana (Viṣṇu) sans agir à l’encontre de ses devoirs légitimes.
Verse 153
यः स्वधर्मं परित्यज्य भक्तिमात्रेण जीवति । न तस्य तुष्यते विष्णुराचारेणैव तुष्यते ॥ १५३ ॥
Celui qui délaisse son propre svadharma et ne vit que de bhakti—Viṣṇu n’en est pas satisfait ; Il n’est satisfait que par le juste ācāra, la conduite droite.
Verse 154
सर्वागमानामाचारः प्रथमं परिकल्पते । आचारप्रभवो धर्मो धर्मस्य प्रभुरच्युतः ॥ १५४ ॥
Pour tous les āgamas (Écritures), l’ācāra, la conduite droite, est d’abord établi comme fondement premier. De la conduite naît le dharma, et le Maître du dharma est Acyuta, l’Imperissable (Viṣṇu).
Verse 155
तस्मात्कार्या हरेर्भक्तिः स्वर्धमस्याविरोधिनी । सदाचारविहीनानां धर्मा अप्यसुखप्रदाः ॥ १५५ ॥
Ainsi, la bhakti envers Hari doit être pratiquée sans contredire son propre svadharma. Pour ceux qui sont dépourvus de sadācāra (bonne conduite), même les devoirs religieux deviennent source de peine.
Verse 156
स्वधर्महीना भक्तिश्वाप्यकृतैव प्रकीर्तिता । यत्तु पृष्टं त्वया भूयस्तत्सर्वं गदितं मया ॥ १५६ ॥
Même la bhakti dépourvue de son propre svadharma est dite inefficace. Et tout ce que tu m’as encore demandé—je l’ai entièrement expliqué.
Verse 157
तस्माद्धर्मपरो भूत्वा पूजयस्व जनार्दनम् । नारायणमणीयांसं सुखमेष्यसि शाश्वतम् ॥ १५७ ॥
Ainsi, attaché au dharma, adore Janārdana. En adorant Nārāyaṇa—plus subtil que le plus subtil—tu atteindras la béatitude éternelle.
Verse 158
शिव एव हरिः साक्षाद्धरिरेव शिवः स्वयम् । द्वयोरन्तरदृग्याति नरकारन्कोटिशः खलः ॥ १५८ ॥
Śiva est en vérité Hari en personne, et Hari Lui-même est réellement Śiva. Le méchant qui voit une différence entre les deux tombe en enfer pour des millions de kalpas.
Verse 159
तस्माद्विष्णुं शिवं वापि समं बुद्धा समर्चय । भेदकृद्दुःखमाप्नोति इह लोके परत्र च ॥ १५९ ॥
Ainsi, sachant Viṣṇu et Śiva égaux, qu’on les vénère avec respect. Mais celui qui crée la division obtient la souffrance, ici-bas comme dans l’au-delà.
Verse 160
यदर्थमहमायातस्त्वत्समीपं जनाधिप । तत्ते वक्ष्यामि सुमते सावधानं निशामय ॥ १६० ॥
Ô seigneur des peuples, je te dirai le but même pour lequel je suis venu en ta présence. Ô sage, écoute avec attention.
Verse 161
आत्मघातकपाप्मानो दग्धाः कपिलकोपतः । वसन्ति नरके ते तु राजंस्तव पितामहाः ॥ १६१ ॥
Ô Roi, tes ancêtres—pécheurs coupables d’autodestruction—furent brûlés par la colère de Kapila et demeurent à présent en enfer.
Verse 162
तानुद्धर महाभाग गङ्गानयनकर्मणा । गङ्गा सर्वाणि पापानि नाशयत्येव भूपते ॥ १६२ ॥
Ô noble seigneur, délivre-les par le rite qui les conduit au Gaṅgā. Ô Roi, le Gaṅgā détruit assurément tous les péchés.
Verse 163
केशास्थिनखदन्दाश्च भस्मापि नृपसत्तम । नयति विष्णुसदनं स्पृष्टा गाङ्गेन वारिणा ॥ १६३ ॥
Ô meilleur des rois, les cheveux, les os, les ongles, les dents—et même les cendres—touchés par les eaux de la Gaṅgā, sont portés jusqu’au séjour de Viṣṇu.
Verse 164
यस्यास्थि भस्म वा राजन् गङ्गायां क्षिप्यते नरैः । स सर्वपापनिर्मुक्तः प्रयाति भवनं हरेः ॥ १६४ ॥
Ô roi, si les os ou les cendres d’un homme sont jetés par les gens dans la Gaṅgā, il est délivré de tous les péchés et gagne la demeure de Hari.
Verse 165
यानि कानि च पापानि प्रोक्तानि तव भूपते । तानि कर्माणि नश्यन्ति गङ्गाबिन्द्वभिषेचनात् ॥ १६५ ॥
Ô roi, quels que soient les péchés qui t’ont été exposés, ces actes karmiques sont anéantis par l’aspersion d’une seule goutte de l’eau de la Gaṅgā.
Verse 166
सनक उवाच । इत्युक्त्वा मुनिशार्दूल महाराजं भगीरथम् । धर्मात्मानं धर्मराजः सद्यश्वान्तर्दधेतदा ॥ १६६ ॥
Sanaka dit : Ayant ainsi parlé, Dharma-rāja (Yama), le juste, après s’être adressé au roi Bhagīratha—tigre parmi les sages—disparut aussitôt.
Verse 167
स तु राजा महाप्राज्ञः सर्वशास्त्रार्थपारगाः । निक्षिप्य पृथिवीं सर्वां सचिवेषु ययौ वनम् ॥ १६७ ॥
Ce roi, d’une grande clairvoyance et versé dans le sens de toutes les śāstra, confia toute la terre (le royaume) à ses ministres et s’en alla vers la forêt.
Verse 168
तुहिनाद्रौ ततो गत्वा नरनारायणाश्रमात् । पश्चिमे तुहिनाक्रान्ते श्रृङ्गेषोडशयोजने ॥ १६८ ॥
Puis, quittant l’āśrama de Nara et Nārāyaṇa, il se rendit au mont neigeux (Tuhinādri) et atteignit le sommet occidental, tout couvert de neige, à seize yojanas de là.
Verse 169
तपस्तप्त्वानयामास गङ्गां त्रैलोक्यपावनीम् ॥ १६९ ॥
Après avoir accompli de sévères austérités (tapas), il fit descendre la Gaṅgā, purificatrice des trois mondes.
It functions as a Dharmaśāstra-style index inside Purāṇic narrative: named realms (e.g., Kālasūtra, Kumbhīpāka, Raurava) are paired with specific ethical violations, turning cosmography into a moral taxonomy that supports the later move toward prāyaścitta and bhakti as remedial paths.
The chapter foregrounds brahma-hatyā, surā-pāna, steya (especially gold theft), and guru-talpa-gamana, adding association with such offenders as a fifth. “Equivalent sins” extend these categories to socially and ritually analogous acts, showing a graded logic of culpability used for assigning consequences and framing atonement.
After detailing yātanās and long rebirth chains, it asserts that properly performed expiation (śānti/prāyaścitta), dedication of actions to Viṣṇu, and especially sāttvika bhakti can destroy accumulated sin; Gaṅgā is presented as a tangible salvific medium that finalizes the transition from retribution to release.
Bhakti is classified into ten modes across tāmasic, rājasic, and sāttvic motivations—ranging from harmful or envy-driven worship to scripturally aligned, servant-hearted devotion—establishing a motivational ethics of devotion where purity of intent determines spiritual efficacy.