Adhyaya 2
Kashi KhandaUttara ArdhaAdhyaya 2

Adhyaya 2

Le chapitre s’ouvre sur le récit de Skanda : bien que Śiva demeure sur Mandara, son désir pour Kāśī renaît, tant cette cité est un champ sacré d’attraction théologique capable d’ébranler même la résolution divine. Śiva convoque Brahmā (Vidhātā) et le charge d’enquêter sur le problème de la « non-sortie de Kāśī », car des émissaires antérieurs (les yoginīs et Sahasragu) ne sont pas revenus. Brahmā se rend à Vārāṇasī, loue la nature de béatitude de la ville et, sous l’apparence d’un brāhmaṇa âgé, approche le roi Divodāsa. S’ensuit un long dialogue sur l’éthique royale : le Brahmā déguisé exalte la gouvernance de Divodāsa, présente la royauté comme dharma par la protection des sujets et la sauvegarde de l’espace sacré, puis demande un appui pour des travaux sacrificiels. Divodāsa offre une aide complète ; Brahmā accomplit alors dix sacrifices Aśvamedha à Kāśī, et le tīrtha devient célèbre sous le nom de Daśāśvamedha (anciennement Rudrasaras). Le texte se tourne ensuite vers un tīrtha-māhātmya prescriptif : à Daśāśvamedha, le snāna (bain rituel), le dāna (don), le japa (récitation), le homa (offrande au feu), le svādhyāya (étude sacrée), l’adoration des divinités, le tarpaṇa et le śrāddha sont déclarés akṣaya, aux fruits impérissables. Des bains à des dates précises—surtout en Jyeṣṭha, quinzaine claire, incluant Daśaharā—sont dits effacer les fautes de nombreuses naissances ; la vue du liṅga de Daśāśvamedheśa purifie ; et l’écoute ou la récitation du chapitre mène à Brahmaloka. La conclusion réaffirme le statut salvifique unique de Kāśī et déconseille de l’abandonner une fois qu’on l’a atteinte.

Shlokas

Verse 1

स्कंद उवाच । गभस्तिमालिनिगते काशीं त्रैलोक्यमोहिनीम् । पुनश्चिंतामवापोच्चैर्मंदरस्थो मुने हरः

Skanda dit : Lorsque le Radieux (le Soleil) se fut retiré, Hara—demeurant sur le mont Mandara, ô sage—retomba dans une intense méditation au sujet de Kāśī, l’enchanteresse des trois mondes.

Verse 2

नाद्याप्यायांति योगिन्यो नाद्याप्यायाति तिग्मगुः । प्रवृत्तिरपि मे काश्याश्चित्रमत्यंत दुर्लभा

Même à présent les yoginīs ne sont pas venues ; même à présent le Soleil aux rayons acérés n’est pas arrivé. Et pourtant mon élan vers Kāśī—ô prodige—est extrêmement difficile à réfréner.

Verse 3

किमत्र चित्रं यत्काशी मदीयमपिमानसम् । निश्चलं चंचलयति गणना केतरेसुरे

Qu’y a-t-il d’étonnant à ce que Kāśī trouble même mon esprit, pourtant stable, et le rende agité ? Quelle autre puissance divine pourrait lui être comparée ?

Verse 4

अधाक्षिपमहं कामं त्रिजगज्जित्त्वरंदृशा । अहो काश्यभिलाषोत्र मामेव दुनुयात्तराम्

D’un seul regard j’ai terrassé Kāma, le conquérant des trois mondes. Et pourtant—ô prodige !—ce désir de Kāśī me tourmente davantage encore.

Verse 5

काशीप्रवृत्तिमन्वेष्टुं कं वा प्रहिणुयामितः । ज्ञातुं क एव निपुणो यतः स चतुराननः

«Qui donc enverrai-je d’ici pour rechercher le véritable cours des choses à Kāśī ? Qui est vraiment habile à le connaître ?—car c’est Caturānana, Brahmā aux quatre visages.»

Verse 6

इत्याहूय विधातारं बहुमानपुरःसरम् । तत्रोपवेश्य श्रीकंठः प्रोवाच चतुराननम्

Ainsi parlant, il fit venir Vidhātā (Brahmā) avec les honneurs dus ; puis, l’ayant fait asseoir là, Śrīkaṇṭha (Śiva) s’adressa à Caturānana.

Verse 7

योगिन्यः प्रेषिताः पूर्वं प्रेषितोथ सहस्रगुः । नाद्यापि ते निवर्तंते काश्याः कलशसंभव

«Auparavant, les Yoginīs furent envoyées ; puis Sahasragu, le Mille-Yeux, fut dépêché à son tour. Et jusqu’à ce jour ils ne reviennent pas de Kāśī, ô Kalaśa-sambhava (Agastya).»

Verse 8

सा समुत्सुकयेत्काशी लोकेश मम मानसम् । प्राकृतस्य जनस्येव चंचलाक्षीव काचन

«Cette Kāśī rend mon esprit impatient, ô Seigneur des mondes—comme une femme aux yeux changeants trouble le cœur d’un homme ordinaire.»

Verse 9

मंदरेत्र रतिर्मे न भृशं सुंदरकंदरे । अनच्छतुच्छपानीये नक्रस्येवाल्पपल्वले

Je ne trouve point de joie en Mandara, fût-il orné de belles cavernes ; ainsi le crocodile ne goûte aucun plaisir dans une mare étroite et peu profonde, aux eaux troubles et pauvres.

Verse 10

ना बाधिष्ट तथा मां स तापो हालाहलोद्भवः । काशीविरहजन्मात्र यथा मामतिबाधते

La peine née du poison Hālāhala ne m’accabla pas ainsi ; mais cette douleur, née uniquement de la séparation d’avec Kāśī, me tourmente au plus haut point.

Verse 11

शीतरश्मिः शिरःस्थोपि वर्षन्पीयूषसीकरैः । काशीविश्लेषजं तापं नाहो गमयितुं प्रभुः

Même Śītaraśmi, la Lune aux rayons frais, bien qu’elle siège sur ma tête et répande des gouttes de nectar, ne peut—hélas—dissiper l’ardeur née de la séparation d’avec Kāśī.

Verse 12

विधे विधेहि मे कार्यमार्य धुर्य महामते । याहि काशीमितस्तूर्णं यतस्व च ममेहिते

Ô Vidhi (Brahmā), accomplis mon œuvre, ô noble, éminent, au vaste esprit. Va d’ici sans tarder à Kāśī et applique-toi à réaliser mon dessein.

Verse 13

ब्रह्मंस्त्वमेव तद्वेत्सि काशी त्यजनकारणम् । मंदोपि न त्यजेत्काशीं किमु यो वेत्ति किंचन

Ô Brahman (Brahmā), toi seul connais la raison d’abandonner Kāśī. Même un esprit obtus ne quitterait pas Kāśī ; combien moins celui qui comprend ne fût-ce qu’un peu !

Verse 14

अद्यैव किं न गच्छेयं काशीं ब्रह्मन्स्वमायया । दिवोदासं स्वधर्मस्थं न तूल्लंघितुमुत्सहे

«Pourquoi n’irais-je pas à Kāśī dès aujourd’hui, ô Brahmane, par ma propre puissance divine ? Pourtant je n’ose franchir l’autorité de Divodāsa, demeuré ferme dans son propre dharma.»

Verse 15

विधे सर्वविधेयानि त्वमेव विदधासि यत् । इति चेति च वक्तव्यं त्वय्यपार्थमतोखिलम्

«Ô Vidhe, puisque Toi seul accomplis tout ce qui doit être accompli, tout “ainsi soit-il” ou “si cela était” que l’on pourrait dire est, en vérité, dépourvu de sens à Ton égard ; ainsi tout discours conditionnel est vain.»

Verse 16

अरिष्टं गच्छ पंथास्ते शुभोदर्को भवत्वलम् । आदायाज्ञां विधि मूर्ध्नि ययौ वाराणसीं मुदा

«Va sans péril : que ta route soit sans dommage et qu’elle s’achève en heureuse issue.» Ayant reçu cet ordre sur sa tête avec révérence, Vidhi partit joyeusement pour Vārāṇasī.

Verse 17

सितहंसरथस्तूर्णं प्राप्य वाराणसीं पुरीम् । कृतकृत्यमिवात्मानममन्यत तदात्मभूः

Sur son char tiré par des cygnes blancs, Ātmabhū (Brahmā) atteignit promptement la cité de Vārāṇasī, et il se sentit au-dedans comme si le but de sa vie avait été accompli.

Verse 18

हंसयानफलं मेद्य जातं काशीसमागमे । काशी प्राप्तौ यतः प्रोक्ता अंतरायाः पदेपदे

Le « fruit du voyage sur le véhicule du cygne » se révéla lors de la rencontre avec Kāśī ; car l’on dit que, sur la route pour atteindre Kāśī, des obstacles surgissent à chaque pas.

Verse 19

दृशि धातुरभूद्य मदृशो प्राप्य सान्वयः । स्पष्टं दृष्टिपथं प्राप्ता यदेषाऽनंदवाटिका

Lorsque le Créateur (Dhātṛ), saisi d’une vision enfin stable et bien établie, posa son regard, alors cette Ānandavāṭikā, le Bosquet de Béatitude, entra clairement dans le domaine de sa vue.

Verse 20

स्वयं सिंचति या मद्भिः स्वाभिः स्वर्गतरंगिणी । यत्रानंदमया वृक्षा यत्रानंदमया जनाः

Là, la rivière qui s’écoule du ciel, avec ses propres nuées de brume, arrose d’elle-même la terre; là, les arbres sont faits de béatitude, et là, les hommes aussi sont faits de béatitude.

Verse 21

निर्विशंति सदा काश्यां फलान्यानंदवंत्यपि । सदैवानंदभूः काशी सदैवानंददः शिवः

À Kāśī, l’on goûte sans cesse des fruits eux-mêmes remplis de béatitude. Kāśī est à jamais le sol de la béatitude, et Śiva est à jamais le dispensateur de la béatitude.

Verse 22

आनंदरूपा जायंते तेन काश्यां हि जंतवः । चरणौ चरितुं वित्तस्तावेव कृतिनामिह

Ainsi, à Kāśī, les êtres naissent avec la forme même de la béatitude. En vérité, seuls sont bénis ici ces pieds-là, capables de marcher et d’errer en ce lieu.

Verse 23

चरणौ विचरेतांयौ विश्वभर्तृ पुरी भुवि । तावेव श्रवणौ श्रोतुं संविदा ते बहुश्रुतौ

Seuls sont dignes ces pieds qui parcourent la terre dans la cité du Soutien de l’univers; et seuls sont dignes ces oreilles pour entendre—vraiment savantes—qui écoutent avec discernement.

Verse 24

इह श्रुतिमतां पुंसां याभ्यां काशी श्रुता सकृत् । तदेव मनुते सर्वं मनस्त्विह मनस्विनाम

Ici, pour les hommes au discernement affiné, dont l’oreille a entendu Kāśī ne fût-ce qu’une seule fois, l’esprit des nobles s’y attache uniquement, la tenant pour le Tout.

Verse 25

येनानुमन्यते चैषा काशी सर्वप्रमाणभूः । बुद्धिर्बुध्यति सा सर्वमिह बुद्धिमतां सताम् । ययैतद्धूर्जटेर्धाम धृतं स्व विषयीकृतम्

Cette même Intelligence par laquelle est reconnue cette Kāśī—fondement de toute autorité légitime—est l’Intelligence grâce à laquelle les sages et les vertueux comprennent ici toute chose. Par ce même pouvoir, cette demeure de Dhūrjaṭi (Śiva) est soutenue et rendue pleinement Son propre domaine.

Verse 26

वरं तृणानि धान्यानि तानि वात्याहतान्यपि । काश्यां यान्या पतंतीह न जनाः काश्यदर्शनाः

Mieux valent de simples brins d’herbe ou des grains épars—même battus par le vent—que ces gens qui viennent à Kāśī sans pourtant contempler véritablement Kāśī.

Verse 27

अद्य मे सफलं चायुः परार्धद्वय संमितम् । यस्मिन्सति मया प्रापि दुष्प्रापा काशिका पुरी

Aujourd’hui, ma vie—fût-elle mesurée en deux parārdhas—est devenue féconde, car, tandis que je vis encore, j’ai atteint la cité de Kāśikā, si difficile à obtenir.

Verse 28

अहो मे धर्मसंपत्तिरहोमे भाग्यगौरवम् । यदद्राक्षिषमद्याहं काशीं सुचिर चिंतिताम्

Ah, quelle richesse de dharma est la mienne ; ah, quelle grandeur de fortune ! Car aujourd’hui j’ai contemplé Kāśī, longtemps méditée et longtemps désirée.

Verse 29

अद्य मे स्वतपो वृक्षो मनोरथफलैरलम् । शिवभक्त्यंबुना सिक्तः फलितोति बृहत्तरैः

Aujourd’hui, l’arbre de mes propres austérités est pleinement chargé des fruits de mes désirs ; arrosé par le flot de la dévotion à Śiva, il a porté un fruit immensément grand.

Verse 30

मया व्यधायि बहुधा सृष्टिः सृष्टिं वितन्वता । परमन्यादृशी काशी स्वयं विश्वेश निर्मितिः

J’ai façonné bien des créations en déployant la création ; mais Kāśī n’est semblable à aucune autre : elle est une œuvre accomplie de la main même de Viśveśa (Śiva).

Verse 31

इति हृष्टमना वेधा दृष्ट्वा वाराणसीं पुरीम् । वृद्धब्राह्मणरूपेण राजानं च ददर्श ह

Ainsi, Vedhā, le Créateur, le cœur ravi en voyant la cité de Vārāṇasī, aperçut ensuite le roi, ayant pris l’apparence d’un brāhmaṇa âgé.

Verse 32

जलार्द्राक्षतपाणिश्च स्वस्त्युक्त्वा पृथिवीभुजे । कृतप्रणामो राज्ञाथ भेजे तद्दत्तमासनम्

La main tenant des grains de riz humectés d’eau, et prononçant une bénédiction sur le souverain de la terre, il s’inclina avec respect ; puis, à l’invitation du roi, il prit le siège offert.

Verse 33

कृतमानो नृपतिना सोभ्युत्थानासनादिभिः । विप्रो व्यजिज्ञपद्भूपं पृष्टागमनकारणम्

Honoré par le roi qui se leva pour l’accueillir, lui offrit un siège et d’autres égards, le brāhmaṇa interrogea alors le souverain, lequel avait demandé la raison de sa venue.

Verse 34

ब्राह्मण उवाच । भूपाल बहुकालीनोस्म्यहमत्र चिरंतनः । त्वं तु मां नैव जानासि जाने त्वां हि रिपुंजयम्

Le brāhmane dit : «Ô roi, je demeure ici depuis un temps très long, ancien en ce lieu. Mais toi, tu ne me reconnais pas ; moi, en vérité, je te connais comme Ripuñjaya, le vainqueur des ennemis.»

Verse 35

परःशता मया दृष्टा राजानो भूरिदक्षिणाः । विजितानेकसंग्रामा यायजूका जितेंद्रियाः

J’ai vu plus de cent rois, prodigues en dons (dakṣiṇā), victorieux en maints combats, dévoués aux yajñas, et maîtres de leurs sens.

Verse 36

विनिष्कृतारिषड्वर्गाः सुशीलाः सत्त्वशालिनः । श्रुतस्यपारदृश्वानो राजनीतिविचक्षणाः

Ils s’étaient purifiés des six ennemis intérieurs ; ils étaient de conduite irréprochable et riches d’une force noble, profonds dans la śruti et avisés dans la science du gouvernement.

Verse 37

दयादाक्षिण्यनिपुणाः सत्यव्रतपरायणाः । क्षमया क्षमयातुल्या गांभीर्यजितसागराः

Ils excellaient en compassion et en générosité, voués aux vœux de vérité ; en patience ils étaient sans pareils, et par la profondeur de leur être ils surpassaient l’océan.

Verse 38

जितरोषरयाः शूराः सौम्यसौंदर्यभूमयः । इत्यादि गुणसंपन्नाः सुसंचितयशोधनाः

C’étaient des héros ayant dompté l’élan de la colère ; doux, comme une terre où s’établit la beauté. Pourvus de telles qualités, ils amassèrent un trésor de renommée (yaśas) justement acquise.

Verse 39

परं द्वित्राः पवित्रा ये राजर्षे तव सद्गुणाः । तेष्वेषु राजसु मम प्रायशो न दृशं गताः

Mais ces vertus pures qui sont les tiennes, ô rishi royal, sont vraiment rares : on ne les voit qu’en un ou deux. Parmi ces rois, je ne les ai pour ainsi dire jamais rencontrées.

Verse 40

प्रजानिजकुटुंबस्त्वं त्वं तु भूदेवदैवतः । महातपः सहायस्त्वं पथानान्ये तथा नृपाः

Tu considères tes sujets comme ta propre famille ; en vérité, tu es comme une divinité pour les brāhmaṇas. Tu es le soutien des grands ascètes, tandis que les autres rois ne servent que les voies du monde.

Verse 41

धन्यो मान्योसि च सतां पूजनीयोसि सद्गुणैः । देवा अपि दिवोदास त्वत्त्रासान्न विमार्गगाः

Tu es béni ; parmi les justes tu es honoré et, par tes vertus, digne d’adoration. Même les dieux, ô Divodāsa, ne s’écartent pas de la voie droite par crainte respectueuse de toi.

Verse 42

किं नः स्तुत्या तव नृप द्विजानामस्पृहावताम् । किं कुर्मस्त्वद्गुणग्रामाः स्तावकान्नः प्रकुर्वते

À quoi te servirait notre louange, ô roi, nous autres brāhmaṇas sans désir ? Et pourtant, que pouvons-nous faire ? L’amas de tes vertus nous contraint à devenir tes chantres.

Verse 43

गोष्ठी तिष्ठत्वियं तावत्प्रस्तुतं स्तौमि सांप्रतम् । यष्टुकामोस्म्यहं राजंस्त्वां सहायमतो वृणे

Que cet entretien s’arrête un instant ; je vais maintenant louer ce qui convient à l’heure présente. Je désire accomplir un yajña, ô roi ; c’est pourquoi je te choisis pour soutien.

Verse 44

त्वया राजन्वती चैषाऽवनिः सर्वर्धिभाजनम् । अहं चास्तिधनो राजन्न्यायोपात्तमहाधनः

Avec toi pour roi, ô souverain, cette terre devient le réceptacle de toute prospérité. Et moi aussi, ô roi, je suis riche, possédant de grands biens acquis selon la justice.

Verse 46

संचितं यद्धनं पुंभिर्नयसन्मार्गगामिभिः । तत्काश्यां विनियुज्येत क्लेशायेतरथा भवेत्

La richesse amassée par des hommes qui ne suivent pas la voie droite doit être consacrée et dépensée à Kāśī ; autrement, cette richesse même devient cause de tourment.

Verse 47

महिमानं परं काश्याः कोपि वेद न भूपते । ऋते त्रिनयनाच्छंभोः सर्वज्ञानप्रदायिनः

Ô roi, nul ne connaît vraiment la grandeur suprême de Kāśī, si ce n’est Śambhu, le Seigneur aux Trois Yeux, dispensateur de toute connaissance.

Verse 48

मन्ये धन्यतरोसि त्वं बहुजन्मशतार्जितैः । सुकृतैः पासि यत्काशीं विश्वभर्तुः परां तनुम्

Je te tiens pour le plus béni : par des mérites acquis au fil de centaines de naissances, tu peux contempler Kāśī, le corps suprême du Seigneur qui soutient l’univers.

Verse 49

इयं च राजधानी ते कर्मभूमावनुत्तमा । यस्यां कृतानां कार्याणां संवर्तेपि न संक्षयः

Cette cité royale qui est la tienne est un champ d’action sans pareil ; les actes accomplis ici ne s’éteignent pas même au temps de la dissolution cosmique.

Verse 50

विश्वेशानुग्रहेणैव त्वयैषा पाल्यते पुरी । एकस्याप्यवनात्काश्यां त्रैलोक्यमवितं भवेत्

C’est par la seule grâce de Viśveśvara que cette cité est gardée par toi ; car en protégeant ne fût-ce qu’un seul être à Kāśī, c’est comme si les trois mondes étaient protégés.

Verse 51

अन्यच्च ते हितं वच्मि यदि ते रोचतेऽनघ । प्रीणनीयः सदैवैको विश्वेशः सर्वकर्मभिः

Et je te dirai encore un conseil pour ton bien, ô sans faute, si cela te plaît : Viśveśvara seul doit être toujours réjoui par toutes tes actions.

Verse 52

अन्यदेवधिया राजन्विश्वेशं पश्य मा क्वचित् । ब्रह्मविष्ण्विंद्र चंद्रार्का क्रीडेयं तस्य धूर्जटेः

Ô Roi, ne considère jamais Viśveśvara avec l’idée qu’il ne serait qu’« un autre dieu ». Brahmā, Viṣṇu, Indra, la Lune et le Soleil ne sont que des jouets de ce Seigneur aux cheveux emmêlés.

Verse 53

विप्रैरुदर्कमिच्छद्भिः शिक्षणीया यतो नृपाः । अतस्तव हितं ख्यातं किं वा मे चिंतयानया

Car les rois doivent être instruits par des brāhmaṇas qui recherchent le bien suprême ; ainsi ton bien a été proclamé. De quoi donc me soucier davantage à ce sujet ?

Verse 54

इति जोषं स्थितं विप्रं प्रत्युवाच नृपोत्तमः । सर्वं मया हृदि धृतं यत्त्वयोक्तं द्विजोत्तम

Ainsi, lorsque le brāhmaṇa demeura silencieux, le meilleur des rois répondit : «Tout ce que tu as dit, ô meilleur des deux-fois-nés, je l’ai fermement gardé dans mon cœur».

Verse 55

राजोवाच । अहं यियक्षमाणस्य तव साहाय्यकर्मणि । दासोस्मि यज्ञसंभारान्नयमेको शतोऽखिलान्

Le Roi dit : «Pour t’assister, toi qui vas accomplir le sacrifice, je suis ton serviteur. Que moi seul procure les apprêts du yajña : des centaines, tous au complet.»

Verse 56

यदस्ति मेखिलं तत्र सप्तांगेपि भवान्प्रभुः । यजस्वैकमनाब्रह्मन्सिद्धं मन्यस्व वांछितम्

Tout ce que je possède —oui, tout— avec les sept membres de mon royaume, est sous ton autorité. Ô brāhmaṇa, accomplis le sacrifice d’un esprit unifié, et tiens ton désir pour déjà réalisé.

Verse 57

राज्यं करोमि यद्ब्रह्मन्स्वार्थं तन्न मनागपि । पुत्रैः कलत्रैर्देहेनपरोपकृतये यते

Ô brāhmaṇa, si j’exerce la royauté, ce n’est pas, fût-ce un instant, pour mon intérêt. Avec mes fils, mon épouse et mon propre corps, je m’applique uniquement au bien d’autrui.

Verse 58

राज्ञां क्रतुक्रियाभ्योपि तीर्थेभ्योपि समंततः । प्रजापालनमेवैको धर्मः प्रोक्तो मनीषिभिः

Pour les rois, plus que les rites du sacrifice et plus que les pèlerinages vers les tīrtha de toutes parts, les sages enseignent un unique dharma souverain : protéger et veiller sur le peuple.

Verse 59

प्रजासंतापजोवह्निर्वज्राग्नेरपि दारुणः । द्वित्रान्दहति वज्राग्निः पूर्वो राज्यं कुलं तनुम्

Le feu né de la souffrance du peuple est plus terrible encore que le feu de la foudre. Le feu de la foudre ne brûle que deux ou trois ; mais l’autre consume le royaume, la lignée et le corps même du roi.

Verse 60

यदावभृथसिस्रासुर्भवेयं द्विजसत्तम । तदा विप्रपदांभोभिरभिषेकं करोम्यहम्

Ô le meilleur des brāhmaṇas, lorsque je dois me rendre à l’avabhṛtha, le bain conclusif du sacrifice, j’accomplis mon bain de consécration avec l’eau qui a lavé les pieds des brāhmaṇas.

Verse 61

हवनं ब्राह्मणमुखे यत्करोमि द्विजोत्तम । मन्ये क्रतुक्रियाभ्योपि तद्विशिष्टं महामते

Ô le meilleur des deux-fois-nés, l’offrande que je dépose dans la bouche d’un brāhmaṇa, je la tiens pour supérieure même aux actes rituels des grands sacrifices, ô sage.

Verse 62

अभिलाषेषु सर्वेषु जागर्त्येको हृदीह मे । अद्यापि मार्गणः कोपि द्रष्टव्यः स्वतनोरपि

Parmi tous mes désirs, un seul demeure éveillé dans mon cœur ici : aujourd’hui encore je dois trouver quelqu’un—digne même de mon propre corps—à qui je puisse donner.

Verse 63

अहो अहोभिर्बहुभिः फलितो मे मनोरथः । यत्त्वं मेद्य गृहे प्राप्तः किंचित्प्रार्थयितुं द्विज

Ah ! ah ! Après bien des exclamations de « ah ! ah ! », mon vœu chéri a porté fruit : te voilà venu aujourd’hui dans ma demeure, ô deux-fois-né, pour demander quelque chose.

Verse 64

एकाग्रमानसो विप्र यज्ञान्विपुलदक्षिणान् । बहून्यजकृतं विद्धि साहाय्यं सर्ववस्तुषु

Ô brāhmaṇa, l’esprit recueilli, accomplis de nombreux sacrifices, abondants en dakṣiṇā, les dons aux prêtres. Sache que je t’apporterai assistance en toute chose et en toutes provisions.

Verse 65

इति राज्ञो महाबुद्धेर्धर्मशीलस्य भाषितम् । श्रुत्वा तुष्टमनाः स्रष्टा क्रतुसंभारमाहरत्

Ainsi parla le roi à la grande intelligence, voué au dharma. Entendant ses paroles, le Créateur, le cœur comblé, apporta les apprêts nécessaires au yajña.

Verse 66

साहाय्यं प्राप्य राजर्षेर्दिवोदासस्य पद्मभूः । इयाज दशभिः काश्यामश्वमेधैर्महामखैः

Ayant reçu l’assistance du rājarṣi Divodāsa, Padmabhū (Brahmā) accomplit à Kāśī dix Aśvamedha, de puissants et sublimes mahāyajña.

Verse 67

अद्यापि होमधूमोघैर्यद्व्याप्तं गगनांतरम् । तदा प्रभृति न व्योम नीलिमानं जहात्यदः

Aujourd’hui encore, dit-on, l’étendue du ciel y demeure pénétrée d’épais nuages de fumée du homa ; depuis ce temps, cette voûte ne quitte pas sa profonde teinte bleue.

Verse 68

तीर्थं दशाश्वमेधाख्यं प्रथितं जगतीतले । तदा प्रभृति तत्रासीद्वाराणस्यां शुभप्रदम्

Ainsi, sur la face de la terre, le tīrtha devint renommé sous le nom de «Daśāśvamedha» ; depuis lors, il demeure à Vārāṇasī, dispensateur d’heureux présages.

Verse 69

पुरा रुद्रसरो नाम तत्तीर्थं कलशोद्भव । दशाश्वमेधिकं पश्चाज्जातं विधिपरिग्रहात्

Autrefois, ô Kalaśodbhava (Agastya), ce tīrtha se nommait Rudra-saras ; plus tard, par la prise en charge rituelle de Vidhi (Brahmā), il fut connu sous le nom de Daśāśvamedhika.

Verse 70

स्वर्धुन्यथ ततः प्राप्ता भगीरथसमागमात् । अतीव पुण्यवज्जातमतस्तत्तीर्थमुत्तमम्

Alors Svardhunī, la sainte Gaṅgā, y parvint grâce à la venue et à l’effort de Bhagīratha ; dès lors ce tīrtha devint d’un mérite immense, véritablement suprême.

Verse 71

विधिर्दशाश्वमेधेशं लिंगं संस्थाप्य तत्र वै । स्थितवान्न गतोद्यापि क्वापि काशीं विहाय तु

Après y avoir établi le liṅga nommé Daśāśvamedheśa, Vidhi (Brahmā) demeura en ce lieu ; jusqu’à ce jour, il n’est allé nulle part, sans délaisser Kāśī.

Verse 72

राज्ञो धर्मरतेस्तस्य च्छिद्रं नावाप किंचन । अतः पुरारेः पुरतो व्रजित्वा किं वदेद्विधिः

Chez ce roi, tout entier voué au dharma, Vidhi (Brahmā) ne trouva aucune faille. Dès lors, s’étant rendu devant Purāri (Śiva), que pourrait bien dire Vidhi ?

Verse 73

क्षेत्रप्रभावं विज्ञाय ध्यायन्विश्वेश्वरं शिवम् । ब्रह्मेश्वरं च संस्थाप्य विधिस्तत्रैव संस्थितः

Reconnaissant la puissance majestueuse du saint kṣetra (Kāśī) et méditant Śiva en tant que Viśveśvara, Vidhi (Brahmā) établit (le liṅga de) Brahmeśvara et demeura là même.

Verse 74

परातनुरियं काशी विश्वेशस्येति निश्चितम् । अस्याः संसेवनाच्छंभुर्न कुप्यति पुरो मयि

«Cette Kāśī est assurément le corps suprême de Viśveśvara» : telle est la certitude. Par son service dévot, Śambhu ne s’irrite pas contre moi en sa présence.

Verse 75

कः प्राप्य काशीं दुर्मेधाः पुनस्त्यक्तुमिहेह ते । अनेकजन्मजनितकर्मनिर्मूलनक्षमाम्

Qui donc, après avoir atteint Kāśī, serait assez obtus pour l’abandonner encore, elle qui a le pouvoir d’arracher jusqu’à la racine les karmas amassés au fil de nombreuses naissances ?

Verse 76

विश्वसंतापसंहर्तुः स्थाने विश्वपतेस्तनुः । संताप्यतेतरां काश्या विश्लेषज महाग्निना

Dans la demeure même du Seigneur qui dissipe les brûlures de l’univers, l’être incarné du Maître du monde, à Kāśī, est ardemment « chauffé » : consumé par le grand feu né de la séparation (d’avec les liens du monde).

Verse 77

प्राप्य काशीं त्यजेद्यस्तु समस्ताघौघनाशिनीम् । नृपशुः स परिज्ञेयो महासौख्यपराङमुखः

Mais celui qui, parvenu à Kāśī—qui détruit le flot de tous les péchés—l’abandonne, doit être reconnu comme une « bête royale », détournant son visage de la félicité suprême.

Verse 78

निर्वाणलक्ष्मीं यः कांक्षेत्त्यक्त्वा संसारदुर्गतिम् । तेन काशी न संत्याज्या यद्याप्तैशादनुग्रहात्

Quiconque aspire à la fortune du nirvāṇa, renonçant au sentier âpre du saṃsāra—celui-là ne doit pas abandonner Kāśī, si vraiment il l’a obtenue par la grâce du Seigneur.

Verse 79

यः काशीं संपरित्यज्य गच्छेदन्यत्र दुर्मतिः । तस्य हस्ततलाद्गच्छेच्चतुर्वर्गफलोदयः

L’homme à l’esprit mauvais qui abandonne Kāśī et s’en va ailleurs—de la paume de sa main s’échappe l’éclosion du fruit des quatre buts de la vie.

Verse 80

निबर्हणी मधौघस्य सुपुण्य परिबृंहिणीम् । कः प्राप्य काशीं दुर्मेधास्त्यजेन्मोक्षसुखप्रदाम्

Elle qui anéantit le flot des tentations mielleuses et accroît puissamment le mérite : quel esprit obtus, parvenu à Kāśī, l’abandonnerait, elle qui donne la béatitude de la délivrance (mokṣa) ?

Verse 81

सत्यलोके क्व तत्सौख्यं क्व सौख्यं वैष्णवे पदे । यत्सौख्यं लभ्यते काश्यां निमेषार्धनिषेवणात्

Où donc est une telle félicité, même en Satyaloka, et où la félicité du séjour vaiṣṇava, comparées à la joie obtenue à Kāśī en la servant ne fût-ce que la moitié d’un clin d’œil ?

Verse 82

वाराणसीगुणगणान्निर्णीय द्रुहिणस्त्विति । व्यावृत्य मंदरगिरिं न पुनः प्रत्यगान्मुने

Ayant reconnu la multitude des vertus de Vārāṇasī, Brahmā déclara : «Ainsi en est-il, vraiment !» Puis, se détournant du mont Mandara, il ne revint plus, ô sage.

Verse 83

स्कंद उवाच । मित्रावरुणयोः पुत्र महिमानं ब्रवीमि ते । काश्यां दशाश्वमेधस्य सर्वतीर्थशिरोमणेः

Skanda dit : Ô fils de Mitra et de Varuṇa, je te dirai la grandeur de Daśāśvamedha à Kāśī, joyau suprême, couronne de tous les tīrthas.

Verse 84

दशाश्वमेधिकं प्राप्य सर्वतीर्थोत्तमोत्तमम् । यत्किंचित्क्रियते कर्म तदक्षयमिहेरितम्

Parvenu à Daśāśvamedha, le meilleur des meilleurs parmi tous les tīrthas, tout acte accompli en ce lieu est déclaré ici d’un fruit impérissable.

Verse 85

स्नानं दानं जपो होमः स्वाध्यायो दे वतार्चनम् । संध्योपास्तिस्तर्पणं च श्राद्धं पितृसमर्चनम्

Bain rituel, aumône, récitation des mantras, offrande au feu, étude védique, adoration des divinités ; le service des prières du crépuscule, les libations d’eau, le śrāddha et la vénération respectueuse des ancêtres—

Verse 86

दृष्ट्वा दशाश्वमेधेशं सर्वपापैः प्रमुच्यते

Rien qu’en contemplant Daśāśvamedheśa, on est délivré de tous les péchés.

Verse 87

ज्येष्ठे मासि सिते पक्षे प्राप्य प्रतिपदं तिथिम् । दशाश्वमेधिके स्नात्वा मुच्यते जन्मपातकैः

Au mois de Jyeṣṭha, durant la quinzaine claire, lorsque vient le jour lunaire de Pratipadā, en se baignant à Daśāśvamedhikā on est affranchi des fautes qui souillent jusqu’à la naissance même.

Verse 88

ज्येष्ठे शुक्ल द्वितीयायां स्नात्वा रुद्रसरोवरे । जन्मद्वयकृतं पापं तत्क्षणादेव नश्यति

Au deuxième jour lunaire de la quinzaine claire de Jyeṣṭha, en se baignant dans le Rudra-sarovara, le péché amassé sur deux naissances est anéanti à l’instant même.

Verse 89

एवं सर्वासु तिथिषु क्रमस्नायी नरोत्तमः । आशुक्लपक्षदशमि प्रतिजन्माघमुत्सृजेत्

Ainsi, à tous les tithi, le meilleur des hommes, se baignant selon l’ordre prescrit, rejette le péché de chaque naissance, jusqu’au dixième jour de la quinzaine claire.

Verse 90

तिथिं दशहरां प्राप्य दशजन्माघहारिणीम् । दशाश्वमेधिके स्नातो यामीं पश्येन्न यातनाम्

Parvenu au tithi de Daśaharā, qui efface les fautes de dix naissances, celui qui se baigne à Daśāśvamedhika ne verra pas les tourments de Yama.

Verse 91

लिंगं दशाश्वमेधेशं दृष्ट्वा दशहरा तिथौ । दशजन्मार्जितैः पापैस्त्यज्यते नात्र संशयः

Au tithi de Daśaharā, en contemplant le liṅga de Daśāśvamedheśa, les péchés amassés durant dix naissances sont rejetés—sans aucun doute.

Verse 92

स्नातो दशहरायां यः पूजयेल्लिंगमुत्तमम् । भक्त्या दशाश्वमेधेशं न तं गर्भदशा स्पृशेत्

Quiconque, après s’être baigné à Daśaharā, vénère avec dévotion le liṅga suprême—Daśāśvamedheśa—ne sera plus atteint par l’état de demeurer dans le sein maternel.

Verse 93

ज्येष्ठे मासि सिते पक्षे पक्षं रुद्रसरे नरः । कुर्वन्वै वार्षिकीं यात्रां न विघ्नैरभिभूयते

Au mois de Jyeṣṭha, durant la quinzaine claire, celui qui accomplit à Rudra-sara l’observance annuelle du pèlerinage pendant une quinzaine n’est pas accablé par les obstacles.

Verse 94

दशाश्वमेधावभृथैर्यत्फलं सम्यगाप्यते । दशाश्वमेधे तन्नूनं स्नात्वा दशहरा तिथौ

Le fruit parfaitement obtenu par le bain final (avabhṛtha) de dix sacrifices Aśvamedha, ce même fruit est assurément acquis en se baignant à Daśāśvamedha au tithi de Daśaharā.

Verse 95

स्वर्धुन्याः पश्चिमे तीरे नत्वा दशहरेश्वरम् । न दुर्दशामवाप्नोति पुमान्पुण्यतमः क्वचित्

Sur la rive occidentale du fleuve céleste Gaṅgā, après s’être prosterné devant Daśahareśvara, l’homme au mérite le plus pur ne tombe jamais dans l’infortune, en aucun temps.

Verse 96

यत्काश्यां दक्षिणद्वारमंतर्गेहस्य कीर्त्यते । तत्र ब्रह्मेश्वरं दृष्ट्वा ब्रह्मलोके महीयते

Ce qui, à Kāśī, est renommé comme la porte méridionale du sanctuaire intérieur : en y contemplant Brahmeśvara, on est honoré et élevé dans Brahmaloka, le monde de Brahmā.

Verse 97

इति ब्राह्मणवेषेण वाराणस्यां महाधिया । द्रुहिणेन स्थितं तावद्यावद्विश्वेश्वरागमः

Ainsi, revêtant l’apparence d’un brāhmane et doté d’une grande clairvoyance, Druhiṇa (Brahmā) demeura à Vārāṇasī, jusqu’à l’arrivée de Viśveśvara (Śiva).

Verse 98

दिवोदासोपि राजेंद्रो वृद्धब्राह्मणरूपिणे । ब्रह्मणे कृतयज्ञाय ब्रह्मशालामकल्पयत्

Le roi Divodāsa aussi, seigneur des rois, fit préparer une ravissante brahmaśālā pour Brahmā—qui avait pris la forme d’un brāhmane âgé—afin qu’il accomplît son yajña.

Verse 99

ब्रह्मेश्वरसमीपे तु ब्रह्मशाला मनोहरा । ब्रह्मा तत्रावसद्व्योम ब्रह्मघोषैर्निनादयन्

Près de Brahmeśvara se tenait une charmante brahmaśālā ; là demeurait Brahmā, faisant retentir l’étendue du ciel de proclamations védiques et d’hymnes à Brahmā.

Verse 100

इति ते कथितो ब्रह्मन्महिमातिमहत्तरः । दशाश्वमेधतीर्थस्य सर्वाघौघविनाशनः

Ainsi, ô brāhmane, je t’ai exposé la gloire immensément grande du Tīrtha de Daśāśvamedha, qui anéantit les flots de tous les péchés.

Verse 101

श्रुत्वाध्यायमिमं पुण्यं श्रावयित्वा तथैव च । ब्रह्मलोकमवाप्नोति श्रद्धया मानवोत्तमः

Après avoir entendu ce chapitre sacré —et l’avoir pareillement fait réciter à d’autres— le meilleur des hommes, avec foi, atteint le Brahmaloka.