Adhyaya 169
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 169

Adhyaya 169

Le chapitre s’ouvre lorsque Mārkaṇḍeya attire l’attention sur un tīrtha d’un mérite suprême, qualifié de pāpa-pranāśana, « destructeur des péchés », associé au sage Māṇḍavya et au Seigneur Nārāyaṇa. Il rappelle aussi un épisode antérieur de service dévot (śuśrūṣā) rendu à Nārāyaṇa alors qu’il se trouvait « sur un pieu » (śūla-stha), détail qui étonne Yudhiṣṭhira et l’amène à demander le récit complet. Mārkaṇḍeya commence alors une légende rétrospective située au Tretā-yuga : le roi Devapanna, vertueux, généreux et protecteur, bien que prospère, souffre de l’absence de descendance. Avec son épouse Dātyāyanī, il entreprend douze années d’austérités—ablutions, homa, jeûnes et vœux—et apaise la déesse Cāmuṇḍā par des hymnes. La déesse accorde sa vision, mais déclare que la progéniture ne viendra que par l’adoration du Yajñapuruṣa ; le roi accomplit le rite et une fille rayonnante naît, nommée Kāmapramodinī. À mesure que la princesse grandit, sa beauté est décrite avec raffinement. Lors d’une visite pour vénérer la déesse, elle et ses compagnes s’ébattent dans un étang ; le rākṣasa Śambara, prenant la forme d’un oiseau, l’enlève et s’empare même de ses parures. En s’éloignant, quelques ornements tombent dans les eaux proches de la rive de la Narmadā, là où le sage Māṇḍavya demeure en profonde absorption ascétique, dans un Maheśvara-sthāna accordé à la demeure suprême de Nārāyaṇa. Le chapitre se clôt en mentionnant le frère ou l’assistant de Māṇḍavya, voué au service et à la méditation sur Janārdana, préparant la suite liée à la sainteté du tīrtha.

Shlokas

Verse 1

श्रीमार्कण्डेय उवाच । ततो गच्छेत्परं तीर्थं पुण्यं पापप्रणाशनम् । माण्डव्यो यत्र संसिद्ध ऋषिर्नारायणस्तथा

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Ensuite, qu’on se rende à un autre tīrtha éminent, saint et destructeur des péchés, où le sage Māṇḍavya obtint l’accomplissement, et de même le sage Nārāyaṇa.

Verse 2

नारायणेन शुश्रूषा शूलस्थेन कृता पुरा । तत्र स्नात्वा महाराज मुच्यते पापकञ्चुकात्

Autrefois, Nārāyaṇa y accomplit un service, demeurant sur un pieu. En se baignant en ce lieu, ô grand roi, on est délivré du vêtement du péché.

Verse 3

युधिष्ठिर उवाच । आश्चर्यमेतल्लोकेषु यत्त्वया कथितं मुने । न दृष्टं न श्रुतं तात शूलस्थेन तपः कृतम्

Yudhiṣṭhira dit : C’est une merveille parmi les mondes, ô sage, ce que tu as raconté. Jamais je n’ai vu ni entendu, vénérable, qu’une ascèse fût accomplie par quelqu’un demeurant sur un pieu.

Verse 4

एतत्सर्वं कथय मे ऋषिभिः सहितस्य वै । अस्य तीर्थस्य माहात्म्यं माण्डव्यस्य कुतूहलात्

Raconte-moi tout cela en entier, vraiment, tandis que je siège en compagnie des ṛṣis, par curiosité au sujet de Māṇḍavya et de la grandeur de ce tīrtha sacré.

Verse 5

श्रीमार्कण्डेय उवाच । शृणु राजन्यथावृत्तपुरा त्रेतायुगे क्षितौ । लोकपालोपमो राजा देवपन्नो महामतिः

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Écoute, ô roi, ce qui advint jadis sur la terre à l’âge de Tretā. Il y eut un souverain à la grande intelligence, semblable à un gardien du monde, nommé Devapanna.

Verse 6

धर्मज्ञश्च कृतज्ञश्च यज्वा दानरतः सदा । प्रजा ररक्ष यत्नेन पिता पुत्रानिवौरसान्

Il connaissait le dharma et savait la gratitude; il accomplissait les sacrifices et demeurait toujours voué au don. Avec soin il protégeait ses sujets comme un père ses propres fils.

Verse 7

दात्यायनी प्रिया भार्या तस्य राज्ञो वशानुगा । हारनूपुरघोषेण झङ्काररवनादिता

Son épouse bien-aimée était Dātyāyanī, soumise à la conduite de ce roi ; et elle résonnait du tintement des colliers et des bracelets de cheville.

Verse 8

परस्परं तयोः प्रीतिर्वर्धतेऽनुदिनं नृप । वंशस्तम्बे स्थितो राजा संशास्ति पृथिवीमिमाम्

Ô roi, leur affection réciproque grandissait de jour en jour. Établi comme le pilier de sa lignée, le souverain gouverna bien cette terre.

Verse 9

हस्त्यश्वरथसम्पूर्णां धनवाहनसंयुताम् । अलंकृतो गुणैः सर्वैरनपत्यो महीपतिः

Ce seigneur de la terre possédait une armée au complet—éléphants, chevaux et chars—et jouissait de richesses et de montures. Orné de toutes les vertus, le roi demeurait sans descendance.

Verse 10

दुःखेन महताविष्टः संतप्तः सन्ततिं विना । स्नानहोमरतो नित्यं द्वादशाब्दानि भारत

Envahi d’une profonde douleur et brûlé par le chagrin de n’avoir point de descendance, il demeura sans cesse adonné au bain rituel et aux offrandes au feu, avec constance, durant douze années, ô Bhārata.

Verse 11

व्रतोपवासनियमैः पत्नीभिः सह तस्थिवान् । आराधयद्भगवतीं चामुण्डां मुण्डमर्दिनीम्

Avec ses reines, il demeura ferme dans les vœux, les jeûnes et les observances, rendant un culte à la Bienheureuse Déesse Cāmuṇḍā, meurtrière de Muṇḍa.

Verse 12

स्तोत्रैरनेकैर्भक्त्या च पूजाविधिसमाधिना । जय वाराहि चामुण्डे जय देवि त्रिलोचने

Par de nombreux hymnes, avec dévotion et l’esprit recueilli dans les rites du culte, il la loua : «Victoire à toi, Vārāhī ! Victoire à toi, Cāmuṇḍā ! Victoire à toi, ô Déesse aux trois yeux !»

Verse 13

ब्राह्मि रौद्रि च कौमारि कात्यायनि नमोऽस्तु ते । प्रचण्डे भैरवे रौद्रि योगिन्याकाशगामिनि

Hommage à Toi, ô Brāhmī ; ô Raudrī ; ô Kaumārī ; ô Kātyāyanī. Ô Terrible, ô Bhairavī, ô Raudrī—ô Yoginī qui parcours le ciel !

Verse 14

नास्ति किंचित्त्वया हीनं त्रैलोक्ये सचराचरे । राज्ञा स्तुता च संतुष्टा देवी वचनमब्रवीत्

Rien, dans les trois mondes—mobile ou immobile—n’est en dehors de Toi. Ainsi louée par le roi, la Déesse, satisfaite, prononça ces paroles.

Verse 15

वरयस्व यथाकामं यस्ते मनसि वर्तते । आराधिता त्वया भक्त्या तुष्टा दास्यामि ते वरम्

Choisis selon ton désir, ce qui demeure en ton esprit. Apaisée par ta dévotion, je suis satisfaite ; je t’accorderai une grâce.

Verse 16

देवपन्न उवाच । यदि तुष्टासि देवेशि वरार्हो यदि वाप्यहम् । पुत्रसन्तानरहितं संतप्तं मां समुद्धर

Devapanna dit : «Si Tu es satisfaite, ô Souveraine des dieux, et si je suis digne d’une grâce, alors délivre-moi de cette affliction, moi qui suis privé de fils et de descendance.»

Verse 17

सन्तानं नय मे वृद्धिं गोत्ररक्षां कुरुष्व मे । अपुत्रिणां गृहाणीह श्मशानसदृशानि हि

Fais croître ma descendance ; protège ma lignée. Car ici, les demeures des sans-enfants sont vraiment semblables à des lieux de crémation.

Verse 18

पितरस्तस्य नाश्नन्ति देवता ऋषिभिः सह । क्रियमाणेऽप्यहरहः श्राद्धे मत्पितरः सदा

Ses ancêtres ne prennent point part, pas plus que les dieux avec les ṛṣi, bien que le śrāddha soit accompli jour après jour ; mes propres aïeux demeurent toujours sans apaisement.

Verse 19

दर्शयन्ति सदात्मानं स्वप्ने क्षुत्पीडितं मम । इति राज्ञो वचः श्रुत्वा देवी ध्यानमुपागता

Ils m’apparaissent sans cesse en songe—mes propres défunts—tourmentés par la faim. Ayant entendu ces paroles du roi, la Déesse entra en méditation.

Verse 20

दिव्येन चक्षुषा दृष्टं त्रैलोक्यं सचराचरम् । प्रसन्नवदना देवी राजानमिदमब्रवीत्

Par sa vue divine, elle contempla les trois mondes, avec tout ce qui se meut et tout ce qui demeure immobile. Puis la Déesse, le visage apaisé, adressa ces paroles au roi.

Verse 21

सन्तानं नास्ति ते राजंस्त्रैलोक्ये सचराचरे । यजस्व यज्ञपुरुषमपत्यं नास्ति तेऽन्यथा

Ô Roi, dans les trois mondes—parmi tout ce qui est mobile et immobile—nulle descendance ne t’est destinée. C’est pourquoi adore le Yajña-Puruṣa, le Seigneur incarné dans le sacrifice ; autrement, tu n’auras point d’enfant.

Verse 22

मया दृष्टं महीपाल त्रैलोक्यं दिव्यचक्षुषा । एवमुक्त्वा गता देवी राजा स्वगृहमागमत्

Ô protecteur de la terre, par ma vue divine j’ai contemplé les trois mondes. Ayant ainsi parlé, la Déesse s’en alla, et le roi retourna en sa demeure.

Verse 23

इयाज यज्ञपुरुषं संजाता कन्यका ततः । तेजस्विनी रूपवती सर्वलोकमनोहरा

Il rendit un culte au Yajña-Puruṣa, puis une fille naquit. Rayonnante, belle, elle charmait le cœur de tous les mondes.

Verse 24

देवगन्धर्वलोकेऽपि तादृशी नास्ति कामिनी । तस्या नाम कृतं पित्रा हर्षात्कामप्रमोदिनी

Même dans les mondes des dieux et des Gandharvas, il n’était point de femme pareille. Dans sa joie, son père lui donna le nom de « Kāma-pramodinī », “celle qui réjouit le désir”.

Verse 25

ततः कालेन ववृधे रूपेणास्तम्भयज्जगत् । हंसलीलागतिः सुभ्रूः स्तनभारावनामिता

Avec le temps elle grandit, et par sa beauté elle semblait stupéfier le monde. Sa démarche était gracieuse, telle le jeu d’un cygne; ses sourcils étaient charmants; et elle se penchait légèrement sous le poids de sa poitrine.

Verse 26

रक्तमाल्याम्बरधरा कुण्डलाभरणोज्ज्वला । दिव्यानुलेपनवती सखीभिः सा सुरक्षिता

Elle portait guirlandes et vêtements rouges, brillait de boucles d’oreilles et d’ornements, et était ointe de parfums divins. Ses compagnes la gardaient avec soin.

Verse 27

कुचमध्यगतो हारो विद्युन्मालेव राजते । भ्रमराञ्चितकेशी सा बिम्बोष्ठी चारुहासिनी

Le collier, reposant entre ses seins, brillait tel un chapelet d’éclairs. Sa chevelure était sombre comme un essaim d’abeilles; ses lèvres, comme le fruit bimba; et son sourire, ravissant.

Verse 28

कर्णान्तप्राप्तनेत्राभ्यां पिबन्तीवाथ कामिनः । चन्द्रताम्बूलसौरभ्यैराकर्षन्तीव मन्मथम्

Ses yeux, comme s’ils s’étendaient jusqu’aux oreilles, semblaient boire les amants d’un seul regard; et par le parfum lunaire de son bétel, elle paraissait attirer même Manmatha.

Verse 29

कम्बुग्रीवा चारुमध्या ताम्रपादाङ्गुलीनखा । निम्ननाभिः सुजघना रम्भोरू सुदती शुभा

Son cou était tel une conque, sa taille fine et gracieuse; ses pieds, orteils et ongles avaient une teinte cuivrée. Avec un nombril profond, des hanches bien dessinées, des cuisses comme celles de Rambhā et de belles dents, elle était de bon augure et ravissante.

Verse 30

मातापितृसुहृद्वर्गे क्रीडानन्दविवर्धिनी । एकस्मिन्दिवसे बाला सखीवृन्दसमन्विता

Chérie de sa mère, de son père et du cercle des bienveillants, et faisant croître sans cesse la joie des jeux, la jeune fille—entourée d’un groupe de sakhīs—partit un jour.

Verse 31

चन्दनागरुतांबूलधूपसौमनसाञ्चिता । गृहीत्वा पुष्पधूपादि गता देवीप्रपूजने

Parée de santal, d’agaru, de bétel, d’encens et de fleurs odorantes, elle prit fleurs, encens et autres offrandes, puis alla accomplir le culte de la Déesse.

Verse 32

तडागतट उत्सृज्य भूषणान्यङ्गवेष्टकान् । चक्रुः सरसिताः क्रीडां जलमध्यगतास्तदा

Quittant la berge de l’étang et déposant leurs parures et voiles, elles entrèrent dans le lac; puis, au milieu des eaux, elles s’y livrèrent aux jeux.

Verse 33

क्रीडन्तीं तामवेक्ष्याथ ससखीं विमले जले । राक्षसः शम्बरो नाम श्येनरूपेण चागमत्

La voyant jouer avec ses compagnes dans l’eau limpide, un rākṣasa nommé Śambara survint, ayant pris la forme d’un faucon.

Verse 34

गृहीता जलमध्यस्था तेन सा काममोदिनी । खमुत्पपात दुष्टात्मा गृहीत्वाभरणान्यपि

Alors qu’elle se tenait au milieu de l’eau, il saisit Kāmapramodinī ; et cet être à l’âme mauvaise s’élança dans le ciel, emportant aussi ses parures.

Verse 35

वायुमार्गं गतः सोऽथ कामिन्या सह भारत । अपतन्कुण्डलादीनि यत्र तोये महामुनिः

Puis il suivit la voie du vent avec la jeune fille, ô Bhārata ; et là, dans les eaux où se tenait le grand muni, tombèrent des boucles d’oreilles et d’autres ornements.

Verse 36

माण्डव्यो नर्मदातीरे काष्ठवत्संजितेन्द्रियः । लीनो माहेश्वरे स्थाने नारायणपदे परे

Māṇḍavya, sur la rive de la Narmadā, les sens maîtrisés comme un morceau de bois, demeurait absorbé en un lieu sacré de Maheśvara, établi dans la demeure suprême de Nārāyaṇa.

Verse 37

तस्य चानुचरो भ्राता भ्रातुः शुश्रूषणे रतः । तपोजपकृशीभूतो दध्यौ देवं जनार्दनम्

Et son frère, qui le servait comme un compagnon, tout dévoué aux soins de son frère, amaigri par l’ascèse et le japa, méditait le Seigneur Janārdana.

Verse 169

। अध्याय

« Chapitre ». (Marque de colophon indiquant la division du chapitre.)