
Sanatkumāra enseigne à Nārada un protocole complet de sādhana de Gaṇeśa. Le chapitre s’ouvre en proclamant des mantras de Gaṇeśa qui accordent bhoga et mokṣa, puis expose une construction de mantra à visée de maîtrise et le profil d’un mantra de 28 syllabes (ṛṣi, chandas, devatā), suivi de nyāsa aux placements précis : ṣaḍaṅga-nyāsa, bhuvana-nyāsa sur Bhūr/Bhuvar/Svar, et varṇa/pada-nyāsa selon des codes numériques traditionnels. Il donne la formulation du Mahāgaṇapati Gāyatrī (vidmahe/dhīmahi/pracodayāt), l’iconographie de dhyāna, les nombres de japa et le homa avec huit substances. Il décrit un yantra/maṇḍala (hexagone–triangle–lotus à huit pétales–bhūpura), le culte du pīṭha, les divinités et śaktis des āvaraṇa, et la disposition directionnelle des formes de Gaṇeśa avec leurs parèdres. Sont énumérés les fruits pratiques et les spécialisations selon les offrandes (fleurs, samidh, ghee, miel, etc.). Le chapitre ajoute le vœu mensuel de Caturthī, l’adoration lors des éclipses et des règles de protection, puis introduit un mantra distinct de Vakratuṇḍa avec ses données et son schéma d’āvaraṇa. Il conclut par les conditions d’initiation, des observances pour la prospérité, des rites de fécondité et de type divinatoire, l’injonction au secret, et l’assurance de siddhi et de libération par une adoration fidèle.
Verse 1
श्रीसनत्कुमार उवाच । अथ वक्ष्ये गणेशस्य मंत्रान्सर्वेष्टदायकान् । यान्समाराध्य विप्रेंद्र साधको भुक्तिमुक्तिमान् ॥ १ ॥
Śrī Sanatkumāra dit : À présent, je vais proclamer les mantras de Gaṇeśa, qui accordent tous les buts désirés. Ô le meilleur des brāhmaṇa, en les vénérant comme il se doit, le sādhaka obtient à la fois la jouissance du monde et la délivrance.
Verse 2
अव्ययो विष्णुवनिता शंभुस्त्री मीनकेतनः । स्मृतिर्मांसेंदुमन्वाढ्या सा पुनश्चंद्रशेखरा ॥ २ ॥
Il est l’Immuable, l’Impérissable; le bien-aimé de Viṣṇu; l’époux de Śambhu; celui qui porte l’emblème de la bannière au poisson; l’incarnation même de la Smṛti, la sainte mémoire; paré de chair et de lune; et encore, elle est celle dont le front est couronné du croissant lunaire.
Verse 3
ङेतो गणपतिस्तोयं भुजंगो वरदेति च । सर्वांते जनमुञ्चार्य ततो मे वशमानय ॥ ३ ॥
« (Emploie les mots) ‘ṅeto’, ‘Gaṇapati’, ‘toyaṃ’, ‘bhujaṅga’ et ‘varada’; puis, à la fin de l’ensemble, prononce le nom de la personne; ensuite récite: “amène (lui/elle) sous mon pouvoir.” »
Verse 4
वह्निः प्रियांतो मंत्रोऽयष्टाविंशतिवर्णवान् । गणकोऽस्य मुनिश्छंदो गायत्री वियुदादिका ॥ ४ ॥
Ce mantra commence par le mot « Vahni » et s’achève par « Priyā »; il comporte vingt-huit syllabes. Son ṛṣi est Gaṇaka; son mètre (chandas) est Gāyatrī; et sa divinité présidente commence par Viyut, le principe de l’éclair.
Verse 5
गणेशो देवता बीजं षष्टशक्तिस्तदादिका । श्रीमन्महागणपतिप्रीतये विनियोगकः ॥ ५ ॥
Gaṇeśa est la divinité présidente; la syllabe-graine (bīja) est énoncée avec la « puissance en soixante formes » (ṣaṣṭi-śakti) et ses éléments associés. Tel est le viniyoga, l’application rituelle destinée à réjouir l’auspicieux Mahāgaṇapati.
Verse 6
ऋषिं शिरसि वक्रे तु छन्दश्च हृदि देवताम् । गुह्ये बीजं पदोः शक्तिं न्यसेत्साधकसत्तमः ॥ ६ ॥
Le meilleur des pratiquants doit accomplir le nyāsa: placer le ṛṣi sur la tête; le chandas à la bouche; la divinité dans le cœur; le bīja dans la région secrète; et la śakti du mantra sur les pieds.
Verse 7
षड्दीर्घाढ्येन बीजेन यं च बीजादिना पुनः । षङंगानि न्यसेदस्य जातियुक्तानि मंत्रवित् ॥ ७ ॥
Le connaisseur des mantras doit accomplir le nyāsa des six membres au moyen de la syllabe‑graine pourvue de six voyelles longues, puis de nouveau avec la bīja commençant par « yaṃ » ; ainsi il installera les six aṅga, chacun uni à sa « jāti » (classe ou forme d’intonation) propre.
Verse 8
शैवी षडंगमुद्राय न्यस्तव्या हि षडंगके । गामाद्यं चैव भूर्लोकं नाभ्यंतं पादयोर्न्यसेत् ॥ ८ ॥
En vérité, la mudrā «à six membres» de tradition śaiva doit être posée par nyāsa sur les six parties du corps. Et le Bhūrloka —commençant par la syllabe « gām »— doit être installé depuis la région du nombril jusqu’aux pieds.
Verse 9
गीमाद्यं च भुवर्लोकं कंठांतं नाभितो न्यसेत् । स्वर्लोकं चैव गूमाद्यं कंठदिमस्तकावधि ॥ ९ ॥
On doit placer par nyāsa le Bhuvar‑loka, commençant par « gī », depuis le nombril jusqu’à l’extrémité de la gorge. Et de même le Svar‑loka, commençant par « gū », depuis la gorge jusqu’au sommet de la tête.
Verse 10
व्यापकं मूलमन्त्रेण न्यासोऽयं भुवनाभिधः । मूलमंत्रं समुञ्चार्य मातृकावर्णमीरयेत् ॥ १० ॥
Tel est le nyāsa tout‑pénétrant (vyāpaka) accompli avec le mantra‑racine, appelé nyāsa « Bhuvana ». Après avoir prononcé le mantra‑racine, on doit ensuite réciter les lettres de la Mātṛkā (l’alphabet sacré).
Verse 11
तदंतेऽपि च मूलं स्यान्नमोंऽतं मातृकास्थले । क्षांतं विन्यस्य मूलेन व्यापकं रचयेत्सुधीः ॥ ११ ॥
À la fin de cela aussi, la bīja racine doit être placée ; et, au siège des Mātṛkā, on doit placer la terminaison « namoṃ ». Ayant installé « kṣāṃ » avec la racine, le sage accomplira ensuite l’agencement tout‑pénétrant (vyāpaka) du nyāsa.
Verse 12
वर्णन्या सोऽयमाख्यातः पदन्यासस्तथोच्यते । पञ्चत्रिबाणवह्नींदुचंद्राक्षिनिगमैः क्रमात् ॥ १२ ॥
Ceci est ce qu’on nomme le « varṇa-nyāsa » (pose des syllabes) ; on l’appelle aussi « pada-nyāsa » (pose des mots). Il doit être accompli dans l’ordre prescrit, selon les codes numériques traditionnels—cinq, trois, flèches, feu, lune, « candra », yeux, et les Nigama (autorités védico-āgamiques)—successivement.
Verse 13
विभक्तैर्मूलगायत्र्या हृदंतैरष्टभिः पदैः । भालदेशे मुखे कण्ठे हृदि नाभ्यूरुजानुषु ॥ १३ ॥
Avec les huit divisions (pada) de la mūla-gāyatrī, chacune se terminant par la syllabe « hṛt », qu’on accomplisse le nyāsa en les posant sur la région du front, le visage, la gorge, le cœur, le nombril, les cuisses et les genoux.
Verse 14
पादयोश्चैव विन्यस्य मूलने व्यापकं चरेत् । वदेत्तत्पुरुषायांते विद्महेति पदं ततः ॥ १४ ॥
Après avoir accompli le nyāsa sur les pieds également, qu’on fasse ensuite la pose « vyāpaka » (toute-pénétrante) à la racine (mūla). À la fin du mantra Tatpuruṣa, qu’on prononce alors le mot « vidmahe ».
Verse 15
वक्रतुंडाय शब्दांते धीमहीति समीरयेत् । तन्नो दंतिः प्रचोवर्णा दयादिति वदेत्पुनः ॥ १५ ॥
À la fin du mot « vakratuṇḍāya », qu’on prononce « dhīmahi » (nous méditons). Puis, de nouveau, qu’on dise : « Que ce Dantī, le pourvu de défenses, d’éclat rayonnant, nous inspire », en concluant par « dayāt » (qu’il accorde sa compassion).
Verse 16
एषोक्ता मूलगायत्री सर्वसिद्धिप्रदायिनी । एवं न्यासविधिं कृत्वा ध्यायेदेवं हृदंबुजे ॥ १६ ॥
Telle est la mūla-gāyatrī proclamée, dispensatrice de toutes les accomplissements. Ainsi, après avoir accompli le rite du nyāsa, qu’on médite de cette manière sur le lotus du cœur.
Verse 17
उद्यन्मार्तण्डसदृशं लोकस्थित्यंतकारणम् । सशक्तिकं भूषितांगं दंत चक्राद्युदायुधम् ॥ १७ ॥
Il est semblable au Soleil levant, cause de la subsistance du monde et aussi de sa fin ; accompagné de sa Śakti, les membres magnifiquement parés, Il brandit des armes telles que la défense et le disque (cakra), et d’autres encore.
Verse 18
एवं ध्यात्वा चतुश्चत्वारिंशत्साहस्रसंयुतम् । चतुर्लक्षं जपेन्मंत्रं अष्टद्रव्यैर्दशांशतः ॥ १८ ॥
Après avoir ainsi médité, qu’on récite le mantra quatre cent mille fois, en y joignant le compte prescrit de quarante-quatre mille ; puis qu’on offre le dixième de ce total en oblations, au moyen de huit substances rituelles.
Verse 19
जुहुयाद्विधिवन्मंत्री संस्कृते हव्यवाहने । इक्षवः सक्तवो मोचाफलानि चिपिटास्तिलाः ॥ १९ ॥
Le prêtre officiant, récitant les mantras, doit offrir les oblations selon la règle dans le feu sacré dûment préparé—telles que canne à sucre, préparations de farine, bananes, riz aplati et graines de sésame, et autres.
Verse 20
मोदका नारिकेलानि लाजा द्रव्याष्टकं स्मृतम् । पीठमाधारशक्त्यादिपरतत्वांतमर्चयेत् ॥ २० ॥
Les modakas (douceurs), les noix de coco et le riz grillé (lājā) sont rappelés comme faisant partie de l’ensemble des huit substances rituelles. Qu’on vénère le pīṭha (socle sacré), en commençant par Ādhāra-Śakti et en allant jusqu’à Paratattva, le Principe Suprême.
Verse 21
षट्कोणांतस्त्रिकोणं च बहिरष्टदलं लिखेत् । भूपुरं तद्बहिः कृत्वा गमेशं तत्र पूजयेत् ॥ २१ ॥
À l’intérieur d’un hexagone, qu’on trace un triangle ; à l’extérieur, un lotus à huit pétales. Puis, en formant autour le bhūpura (carré d’enceinte), qu’on y rende culte à Gameśa.
Verse 22
तीव्राख्या ज्वालिनी नंदा भोगदा कामरूपाणी । अग्रा तेजोवती सत्या नवमी विध्ननाशिनी ॥ २२ ॥
On la nomme Tīvrā ; elle est la Flamme ardente (Jvālinī) ; elle est Nandā, dispensatrice de joie ; elle accorde la jouissance (Bhogadā) et prend les formes à volonté (Kāmarūpāṇī). Elle est la Première (Agrā), rayonnante de splendeur spirituelle (Tejovatī), la Vérité même (Satyā), la Neuvième (Navamī) et celle qui détruit les obstacles (Vidhnanāśinī).
Verse 23
सर्वादिशक्तिकमलासनाय हृदयांतिकः । पीठमंत्रोऽयमेतेन दद्यादासनमुत्तमम् ॥ २३ ॥
Voici le pīṭha-mantra : qu’on offre le siège suprême au Seigneur assis sur le lotus (Kamala-āsana), pourvu de toutes les puissances primordiales, demeurant au plus intime du cœur.
Verse 24
तत्रावाह्य गणाधीशं मध्ये सम्पूज्य यत्नतः । विकोणबाह्ये पूर्वादिचतुर्दिक्ष्वर्चयेत्क्रमात् ॥ २४ ॥
Là, après avoir invoqué Gaṇeśa — Seigneur des gaṇas — qu’on le vénère avec soin au centre ; puis, dans l’enceinte extérieure, qu’on accomplisse le culte selon l’ordre aux quatre directions, en commençant par l’est.
Verse 25
श्रियं श्रियः पतिं चैव गौरीं गौरी पतिं तथा । रतिं रतिपतिं पाश्चान्महीपूर्व च पोत्रिणम् ॥ २५ ॥
Qu’on invoque aussi avec révérence Śrī (Lakṣmī) et le Seigneur de Śrī (Viṣṇu), Gaurī et le Seigneur de Gaurī (Śiva), Rati et le Seigneur de Rati (Kāma), et de même la Terre (Mahī), soutien primordial, avec Varāha, le Sanglier divin qui l’a relevée.
Verse 26
क्रमादिल्ववटाश्वत्थप्रियगूनामधोऽर्चयेत् । रमा पद्मद्वयकरा शंखचक्रधरो हरिः ॥ २६ ॥
Qu’on vénère, selon l’ordre, sous les arbres ilva, banyan, aśvattha et priyagu. Là, qu’on contemple Ramā (Śrī) tenant deux lotus, et Hari portant la conque (śaṅkha) et le disque (cakra).
Verse 27
गौरी पाशांकुशधरा टंकशूलधरो हरः । रतिः पद्मकरा पुष्पबाणचापधरः स्मरः ॥ २७ ॥
Gaurī tient le lasso et l’aiguillon; Hara tient la hache de guerre et le trident. Rati porte le lotus; Smara (Kāma) porte l’arc et les flèches de fleurs.
Verse 28
शूकव्रीह्यग्रहस्ता भूः पोत्री चक्रगदाधरः । देवाग्रे पूजयेल्लक्ष्मीसहितं तु विनायकम् ॥ २८ ॥
Bhū (la Terre) doit être figurée avec des mains tenant des épis de grain et de riz; l’on doit aussi montrer la louche rituelle sacrée (potrī); et placer le Seigneur portant le disque et la massue (Viṣṇu). Devant les dieux, qu’on adore Vināyaka avec Lakṣmī.
Verse 29
पूजयेत्षट्सु कोणेषु ह्यामोदाद्यान्प्रियायुतान् । आमोदं सिद्धिसंयुक्तमग्रतः परिपूजयेत् ॥ २९ ॥
Dans les six angles, qu’on adore les divinités en commençant par Āmoda, avec leurs chères épouses. Puis, à l’avant, qu’on vénère tout particulièrement Āmoda, uni à Siddhi.
Verse 30
प्रमोदं चाग्निकोणे तु समृद्धिसहितं यजेत् । ईशकोणे यजेत्कीर्तिसंयुतं सुमुखं तथा ॥ ३० ॥
Dans l’angle d’Agni (sud-est), qu’on adore Pramoda avec Samṛddhi. Dans l’angle d’Īśāna (nord-est), qu’on adore de même Sumukha avec Kīrti.
Verse 31
वारुणे मदनावत्या संयुतं दुर्मुखं यजेत् । यजेन्नैर्ऋत्यकोणे तु विघ्नं मदद्रवायुतम् ॥ ३१ ॥
Dans le quartier de Varuṇa, qu’on adore Durmukha avec Madanāvatī. Et dans l’angle de Nairṛta (sud-ouest), qu’on adore Vighna avec Madadravā.
Verse 32
द्राविण्या विघ्नकर्तारं वायुकोणे समर्चयेत् । पाशांकुशाभयकरांस्तरुणार्कसमप्रभान् ॥ ३२ ॥
Avec la (mantra ou offrande nommée) Drāviṇī, qu’on vénère selon le rite le Dissipateur des obstacles dans l’angle du Vāyu, au nord-ouest—rayonnant tel le soleil levant, tenant en ses mains le pāśa (lacs), l’aṅkuśa (aiguillon) et le geste d’abhaya, l’assurance de l’intrépidité.
Verse 33
कपोलविगलद्दानगंधलुब्धा लिशोभितान् । षट्कोणोभयपार्श्वे तु शंखपद्मनिभौ क्रमात् ॥ ३३ ॥
Orné d’abeilles avides du parfum de l’ichor (dāna) s’écoulant de ses joues ; et, de part et d’autre de l’hexagone, qu’on place, dans l’ordre prescrit, des formes semblables à la conque (śaṅkha) et au lotus (padma).
Verse 34
सहितौ निजशक्तिभ्यां ध्यात्वा पूर्ववदर्चयेत् । केशरेषु षडंगानि पत्रेष्वष्टौ तु मातरः ॥ ३४ ॥
Après avoir médité sur les deux Divinités ensemble, unies à leurs Śaktis propres et essentielles, qu’on les adore comme il fut prescrit plus haut. Sur les filaments (keśara) qu’on établisse les six auxiliaires (ṣaḍaṅga), et sur les pétales qu’on établisse les huit Puissances‑Mères (aṣṭa‑mātṛkāḥ).
Verse 35
इन्द्राद्यानपि वज्ज्रादीन्पूजयेद्धरणीगृहे । एवमाराध्य विघ्नेशं साधयेत्स्वमनोरथान् ॥ ३५ ॥
Dans le sanctuaire de terre (ou l’espace du sol sanctifié), qu’on honore Indra et les autres dieux, avec le Vajra et les emblèmes divins qui s’y rattachent. Ainsi, après avoir dûment apaisé Vighneśa (Gaṇeśa), on accomplit ses desseins désirés.
Verse 36
चतुश्चत्वारिंशताढ्यं चतुः शतमतंद्रितः । तर्पयेदंबुभिः शुद्धैर्गजास्यं दिनशः सुधीः ॥ ३६ ॥
L’homme sage, sans jamais se relâcher, doit chaque jour accomplir le tarpaṇa pour Gajāsya (Gaṇeśa) avec de l’eau pure—durant quarante‑quatre jours, jusqu’à parachever quatre cents offrandes.
Verse 37
पद्मैस्तु वशयेद्भूपांस्तत्पत्नीश्चोत्पलैस्तथा । कुमुदैर्मंत्रिणोऽश्वत्थसमिद्भिर्वाडवाञ्शुभैः ॥ ३७ ॥
Par les fleurs de lotus, on met les rois sous influence; et par les lotus bleus, de même, on touche leurs reines. Par les nénuphars blancs (kumuda), on infléchit les ministres; et par les baguettes de feu sacré (samidh) de l’aśvattha auspicious, on attire les femmes nobles.
Verse 38
उदुंम्बरोत्थैर्नृपतीन्वैश्यान्प्लक्षसमुद्भवैः । वटोद्भवैः समिद्भिश्च वशयेदंतिमान्बुधः ॥ ३८ ॥
Avec des baguettes d’offrande (samidh) issues de l’udumbara, le sage peut maîtriser les rois; avec celles nées du plakṣa, les vaiśyas; et avec les samidh du vaṭa (banian), il peut soumettre ceux du rang le plus bas.
Verse 39
आज्येन श्रियमाप्नोति स्वर्णाप्तिर्मधुना भवेत् । गोदुग्धेन गवां लाभो दध्ना सर्वसमृद्धिमान् ॥ ३९ ॥
En offrant l’ājya (ghee), on obtient Śrī, la prospérité; en offrant le miel, on acquiert l’or. Par l’offrande de lait de vache, on gagne du bétail; et par celle de caillé (dadhi), on est comblé de toute abondance.
Verse 40
अन्नाप्तिरन्नहोमेन समिद्भिर्वेतसां जलम् । वासांसि लभते हुत्वा कुसुंभकुसुमैः शुभैः ॥ ४० ॥
Par l’oblation de nourriture dans le feu (anna-homa), on obtient la nourriture; par l’offrande de brindilles de vetasa (saule) comme samidh, on obtient l’eau; et en offrant les fleurs auspicious de kusumbha (carthame), on reçoit des vêtements.
Verse 41
अथ सर्वेष्टदं वक्ष्ये चतुरावृत्तितर्पणम् । मूलेनादौ चतुर्वारं प्रत्येकं च प्रतर्पयेत् ॥ ४१ ॥
À présent, j’exposerai le tarpaṇa en quatre cycles, qui accorde tous les fruits désirés : d’abord, avec le mantra racine (mūla-mantra), on doit faire l’offrande quatre fois; puis, de même, on doit rassasier chaque être invoqué, séparément, l’un après l’autre.
Verse 42
पूर्वमंत्राक्षरैर्मंत्रैः स्वाहांतैश्च चतुश्चतुः । मूलमंत्रैश्चतुर्वारपूर्वकं संप्रतर्प्य च ॥ ४२ ॥
Ensuite, au moyen de mantras composés des syllabes du mantra précédent—chacun se terminant par « svāhā »—qu’il offre des libations propitiatoires quatre fois pour chacun ; puis, avec le mantra racine (mūla-mantra), qu’il accomplisse de nouveau la satisfaction rituelle, précédée de quatre récitations.
Verse 43
मिथुनादींस्ततः पश्चात्पूर्ववत्संप्रतर्पयेत् । देवेन सहितां शक्तिं शक्त्या च सहितं तु तम् ॥ ४३ ॥
Ensuite, qu’il accomplisse la satisfaction rituelle des couples divins (mithuna) et des autres, comme auparavant : en adorant la Śakti avec le Deva, et de même ce Deva avec sa Śakti.
Verse 44
एवंच षड्विंशतिधा मिथुनानि भवंति हि । स्वनामाद्यर्णबीजानि तानि सन्तर्पयेत्क्रमात् ॥ ४४ ॥
Ainsi, en vérité, les couples se présentent sous une forme vingt-six fois. En commençant par les syllabes-semences (bīja) qui débutent par leurs propres noms, qu’on les satisfasse rituellement dans l’ordre prescrit.
Verse 45
भवेत्संभूय सचतुश्चत्वारिंशञ्चतुः शतम् । एवं संतप्य तत्पश्चात्पूर्ववत्सोपचारकैः ॥ ४५ ॥
Une fois réunis, cela devient cent quarante-quatre. Après avoir ainsi accompli la santarpya et la préparation, qu’on poursuive ensuite comme auparavant, avec les upacāra, les services rituels prescrits.
Verse 46
सर्वाभीष्टं च संप्रार्थ्य प्रणम्योद्वासयेत्सुधीः । भाद्रकृष्णचतुर्थ्यादिप्रतिमासमतंद्रितः ॥ ४६ ॥
Après avoir prié pour l’accomplissement de tous les buts désirés et s’être prosterné, le sage doit clore formellement le culte (udvāsana, la congé). Et, à partir du quatrième jour lunaire de la quinzaine sombre de Bhādrapada, et ainsi de suite, qu’il l’observe chaque mois sans négligence.
Verse 47
आरभ्यार्कोदयं मंत्री यावच्चंद्रोदयो भवेत् । तावन्नोपविशेद्भूमौ जितवाविस्थरमानसः ॥ ४७ ॥
Du lever du Soleil jusqu’à l’apparition de la Lune, le pratiquant du mantra ne doit pas s’asseoir sur la terre nue, ayant maîtrisé l’errance et la dispersion du mental vers l’extérieur.
Verse 48
ततश्चंद्रोदये मन्त्री पूजयेद्गणनायकम् । पूर्वोक्तविधिना सम्यङ्नानापुष्पोपहारकैः ॥ ४८ ॥
Ensuite, au lever de la Lune, l’officiant doit vénérer comme il se doit Gaṇanāyaka (Gaṇeśa), selon la méthode énoncée plus haut, avec des offrandes de fleurs variées et d’autres présents de dévotion.
Verse 49
एकविंशतिसंख्याकान्मोदकांश्च निवेदयेत् । तदग्रे प्रजपेन्मन्त्रमष्टोत्तरसहस्रकम् ॥ ४९ ॥
Qu’on offre en naivedya vingt et un modakas ; puis, devant cette offrande, qu’on récite le mantra mille huit fois (1008).
Verse 50
ततः कर्पूरकाश्मीररक्तपुष्पैः सचन्दनैः । अर्ध्यं दद्यात्तु मूलांते ङेते गणपतिं ततः ॥ ५० ॥
Ensuite, avec du camphre, du safran, des fleurs rouges et du santal, qu’on offre l’arghya (oblations de respect) au pied ; puis, après s’être incliné, qu’on vénère Gaṇapati.
Verse 51
इदमर्ध्यं कल्पयामि हृदंतोऽर्ध्यमनुर्मतः । स्तुत्वा नत्वा विसृज्याथ यजेच्चंद्रमसं पुनः ॥ ५१ ॥
«D’un élan du cœur, je prépare cet arghya, selon ce qu’approuve la tradition.» Après avoir loué et s’être incliné, qu’on laisse s’écouler l’arghya, puis qu’on vénère de nouveau la Lune.
Verse 52
अर्ध्यं दद्याञ्चतुर्वारं पूजयित्वा गुरुं ततः । निवेदितेषु विप्राय दद्यादर्धांश्च मोदकान् ॥ ५२ ॥
Après avoir honoré et vénéré le guru, qu’on offre l’arghya à quatre reprises; puis, l’offrande de nourriture (naivedya) ayant été présentée, qu’on donne au brāhmane des parts—des demi-parts—des doux modaka.
Verse 53
स्वयमर्द्धान्प्रभुंजीत ब्रह्मचारी जितेंद्रियः । एवं व्रतं यः कुरुते सम्यक्संवत्सरावधि ॥ ५३ ॥
Qu’il ne mange, par maîtrise de soi, que la moitié (de la mesure ordinaire), vivant en brahmacārī et les sens domptés. Celui qui accomplit ainsi ce vœu, correctement, durant une année entière, obtient le fruit spirituel visé.
Verse 54
पुत्रान्पौत्रान्सुखं वित्तमारोग्यं लभते नरः । सूर्योदयादशक्तश्चेदस्तमारभ्य मंत्रवित् ॥ ५४ ॥
Un homme obtient fils et petits-fils, bonheur, richesse et bonne santé. Et si un connaisseur des mantras ne peut (commencer) dès le lever du soleil, qu’il commence dès le coucher du soleil.
Verse 55
चंद्रोदयांतं पूर्वोक्तविधिना व्रतमाचरेत् । एवं कृतेऽपि पूर्वोक्तं फलमाप्नोति निश्चितम् ॥ ५५ ॥
Qu’on observe le vœu selon la méthode exposée plus haut, jusqu’au lever de la lune. Même accompli ainsi, on obtient à coup sûr le fruit annoncé auparavant.
Verse 56
गणिशप्रतिमां दंतिदंतेन कपिनापि वा । गजभग्रेन निंबेन सितार्केंणाथवा पुनः ॥ ५६ ॥
Une image de Gaṇeśa peut être façonnée avec une défense d’éléphant, ou même par un singe; ou à partir d’un fragment brisé d’éléphant; ou encore en bois de neem, ou bien dans une pierre solaire pâle et blanchâtre.
Verse 57
कृत्वा तस्यां समावाह्य प्राणस्थापनपूर्वकम् । अभ्यर्च्य विधिवन्मन्त्री राहुग्रस्ते निशाकरे ॥ ५७ ॥
L’ayant préparé, le prêtre versé dans les mantras doit y invoquer la divinité, après avoir d’abord accompli le rite d’établissement du prāṇa (souffle vital) ; puis, lorsque la lune est saisie par Rāhu (lors de l’éclipse), qu’il rende le culte selon le vidhi prescrit.
Verse 58
स्पृष्ट्रा चैव निरहारस्तां शिखायां समुद्वहन् । द्यूते विवादे समरे व्यवहारे जयं लभेत् ॥ ५८ ॥
Après l’avoir touché et être demeuré à jeun, en portant dûment cette śikhā (touffe rituelle), on obtient la victoire au jeu, dans les litiges, au combat et dans les affaires du monde.
Verse 59
बीजं वराहो बिंद्धाढ्यौ मन्विंद्वान्नौ कलौ ततः । स्मृतिर्मांसेंदुमन्वाग्रा कर्णोच्छिष्टगणे वदेत् ॥ ५९ ॥
Dans le groupe dit «karnocchiṣṭa» (le “reste de l’oreille”), qu’on récite cette suite mnémotechnique : «bīja (graine) ; Varāha (Sanglier) ; Bindha et Āḍhya ; Manu, Indu et nourriture ; puis, en Kali ; Smṛti ; chair ; lune ; Manu ; le terme suprême (agra)».
Verse 60
बकः सदीर्घपवनो महायक्षाय यं बलिः । बलिमंत्रोऽयमाख्यातो न चेद्वर्णोऽखिलेष्टदः ॥ ६० ॥
«Baka, celui au souffle prolongé» : tel est le bali (offrande rituelle) destiné au Grand Yakṣa. Ceci a été proclamé comme le bali-mantra ; et si les syllabes, leur coloration phonique, ne sont pas correctement formées, il ne confère pas les fruits désirés.
Verse 61
प्रणवो भुवनेशानीस्वबीजांते नवार्णकः । हस्तीति च पिशाचीति लिखेञ्चैवाग्रिंसुंदरी ॥ ६१ ॥
Le mantra de neuf syllabes est formé avec le Praṇava «Oṁ» et s’achève par la bīja de Bhuvaneśānī. Qu’on l’écrive avec les mots «hastī» et «piśācī», ainsi qu’avec «Agriṃ-sundarī».
Verse 62
नवार्णोऽयं समुद्दिष्टो भजतां सर्वसिद्धिदः । पदैः सर्वेण मंत्रेण पञ्चांगानि प्रकल्पयेत् ॥ ६२ ॥
Ce mantra Navārṇa, de neuf syllabes, a été enseigné selon la règle; pour les dévots, il accorde toutes les réalisations. En prenant tous les mots du mantra, qu’on établisse ses cinq membres rituels (pañcāṅga).
Verse 63
अन्यत्सर्वं समानं स्यात्पूर्वमंत्रेण नारद । अथाभिधास्ये विधिवद्वक्रतुंडमनुत्तमम् ॥ ६३ ॥
Ô Nārada, tout le reste doit être accompli de la même manière qu’avec le mantra précédent. À présent, selon la règle, je décrirai l’incomparable Vakratuṇḍa, le Seigneur à la trompe recourbée.
Verse 64
तोयं विधिर्वह्नियुक्तकर्णेंद्वाढ्यो हरिस्तथा । सदीर्घो दारको वायुर्वर्मांतोऽयं रसार्णकः ॥ ६४ ॥
« Toya » (l’eau) est aussi « Vidhi » (Brahmā / l’ordonnance). « Vahni » est ce qui, joint à « karṇa » et à « indu », s’en trouve enrichi. « Hari » est pareillement ainsi nommé. « Vāyu » est la forme allongée; « Dāraka » est l’enfant. Celui-ci se termine par « varma » et il est l’« océan de rasa » (l’essence).
Verse 65
भार्गवोऽस्य मुनिश्छन्दोऽनुष्टुब्देवो गणाधिपः । वक्रतुण्डाभिधो बीजं वं शक्तिः कवचं पुनः ॥ ६५ ॥
Pour ce mantra, Bhārgava est le ṛṣi (voyant); le mètre est Anuṣṭubh; la divinité présidante est Gaṇādhipa (Gaṇeśa). « Vakratunḍa » est déclaré comme son bīja; « vaṃ » est sa śakti; et il y a encore son kavaca, l’armure protectrice.
Verse 66
तारदृन्मध्यगैर्मंत्रवर्णैश्चंद्रविभूषितैः । कृत्वा षडंगमन्त्रार्णान्भ्रूमध्ये च गले हृदि ॥ ६६ ॥
Avec les syllabes du mantra placées au milieu (entre « tāra » et « dṛt »), ornées de l’élément lunaire (candra), qu’on accomplisse le nyāsa à six membres (ṣaḍaṅga) de ces syllabes, en les déposant au point entre les sourcils, à la gorge et dans le cœur.
Verse 67
नामौ लिंगे पदे न्यस्याखिलेन व्यापकं चरेत् । उद्यदर्कद्युतिं हस्तैः पाशांकुशवराभयान् ॥ ६७ ॥
Après avoir posé (accompli le nyāsa des) deux Noms sur le liṅga et sur les pieds, qu’on s’exerce ensuite à la contemplation de l’Omniprésent. Qu’on médite la Divinité, éclatante comme le soleil levant, tenant dans ses mains le lacet (pāśa), le crochet (aṅkuśa), le geste qui accorde les dons et le geste d’absence de crainte (abhaya).
Verse 68
दधतं गजवक्त्रं च रक्तभूषांबरं भजेत् । ध्यात्वैवं प्रजपेत्तर्कलक्षं द्रव्यैर्दशांशतः ॥ ६८ ॥
Qu’on adore Celui qui porte un visage d’éléphant, paré d’ornements rouges et de vêtements rouges. Après avoir médité ainsi, qu’on accomplisse le japa cent mille fois, puis qu’on offre le dixième en oblation/homa avec des substances convenables.
Verse 69
अष्टभिर्जुहुयात्पीठे तीव्रादिसहितेऽर्चयेत् । मूर्तिं मूर्तेन संकल्प्य तस्यामावाह्य पूजयेत् ॥ ६९ ॥
Qu’on offre huit fois l’oblation sur le pīṭha (siège d’autel) et qu’on accomplisse l’adoration avec les mantras/rites commençant par Tīvra. Ayant formé en esprit l’icône de la Divinité sous une forme tangible, qu’on l’y invoque (āvāhana) puis qu’on la vénère.
Verse 70
षट्कोणेषु षडंगानि पत्रेष्वष्टौ तु शक्तयः । यजेद्विद्यां विधात्रीं च भोगदां विप्रघातिनीम् ॥ ७० ॥
Dans les six triangles, qu’on place les six auxiliaires (ṣaḍaṅga) ; et sur les pétales du lotus, les huit puissances (śakti). Qu’on vénère Vidyā—appelée aussi Vidhātrī—qui accorde les jouissances et abat les forces ennemies.
Verse 71
निधिप्रदीपां पापघ्नीं पुण्यां पश्चाच्छशिप्रभाम् । दलाग्रेषु वक्रतुंड एकदंष्ट्रमहोदरौ ॥ ७१ ॥
Ensuite, qu’on place/medite Nidhipradīpā, destructrice des péchés et dispensatrice de mérite ; puis Śaśiprabhā, rayonnante comme la lune. Aux pointes des pétales, qu’on visualise Vakratuṇḍa (à la trompe courbe), Ekadaṃṣṭra (à la seule défense) et Mahodara (au vaste ventre).
Verse 72
गजास्यलंबोदरकौ विकटौ विध्नराट् तथा । धूम्रवर्णस्ततो बाह्ये लोकेशान्हेतिसंयुतान् ॥ ७२ ॥
On le nomme « Face d’Éléphant » (Gajāsya), « Ventre-ample » (Lambodara), « le Redoutable » (Vikaṭa) et « le Souverain des obstacles » (Vidhnarāṭ). Puis, dans le domaine extérieur, il est « Celui à la teinte de fumée » (Dhūmravarṇa), lié aux gardiens du monde (Lokapālas) et à leurs armes.
Verse 73
एवमावरणैरिष्ट्वा पञ्चभिर्गणनायकम् । साधंयेदखिलान्कामान्वक्रतुंड प्रंसादतः ॥ ७३ ॥
Ainsi, après avoir vénéré Gaṇanāyaka (Gaṇeśa) au moyen des cinq ‘āvaraṇa’ protecteurs, l’on accomplit tous les buts désirés, par la grâce du Seigneur à la Trompe Courbe (Vakratūṇḍa).
Verse 74
लब्ध्वा गुरुमुखान्मंत्रं दीक्षासंस्कारपूर्वकम् । ब्रह्मचारी हविष्याशी सत्यवाक् च जितेंद्रियः ॥ ७४ ॥
Ayant reçu le mantra de la bouche du guru, précédé du rite d’initiation (dīkṣā) et des sacrements de consécration, qu’on vive en brahmacārin : se nourrissant de havis (nourriture d’oblation sanctifiée), disant la vérité et tenant les sens vaincus.
Verse 75
जपेदर्कसहस्रं तु षण्मासं होमसंयुतम् । दारिद्य्रं तु पराभूय जायते धनदोपमः ॥ ७५ ॥
Si l’on récite l’Arka-sahasra (le « millier » de noms ou de mantras d’Arka, le Soleil) durant six mois, accompagné du homa (oblations au feu), on terrasse la pauvreté et l’on devient riche, comparable à Kubera, seigneur des trésors.
Verse 76
चतुर्थ्यादि चतुर्थ्यंतं जपेदयुतमादरात् । अष्टोत्तरशतं नित्यं हुत्वा प्राग्वत्फलं लभेत् ॥ ७६ ॥
Du quatrième jour lunaire jusqu’au quatrième jour lunaire suivant, qu’on récite avec ferveur dix mille fois. Et, en offrant chaque jour cent huit oblations, on obtient le même fruit que celui énoncé précédemment.
Verse 77
पक्षयोरुभयोर्मंत्री चतुर्थ्यां जुहुयाच्छतम् । अपूपैर्वत्सरे स स्यात्समृद्धेः परमं पदम् ॥ ७७ ॥
Dans les deux quinzaines (croissante et décroissante), le pratiquant des mantras doit offrir cent oblations au jour de Caturthī, avec des gâteaux apūpa ; en l’espace d’un an, il atteint le rang suprême de prospérité et d’abondance.
Verse 78
अङ्गारकचतुर्थ्यां तु देवमिष्ट्वा विधानतः । हविषा पा यसान्नेन नैवेद्यं परिकल्पयेत् ॥ ७८ ॥
Au jour d’Aṅgāraka Caturthī, après avoir honoré la divinité selon le rite prescrit, qu’on prépare un naivedya (offrande de nourriture) fait de havis et de pāyasa, riz au lait sucré.
Verse 79
ततो गुरुं समभ्यंर्त्य भोजयेद्विधिवत्सुधीः । निवेदितेन जुहुयात्सहरस्रं विधिवद्वसौ ॥ ७९ ॥
Ensuite, le sage doit s’approcher du guru avec respect et le nourrir selon la règle ; puis, avec l’offrande dûment présentée, accomplir mille oblations dans le feu, conformément au rite.
Verse 80
एवं संवत्सरं कृत्वा महतीं श्रियमाप्नुयात् । अथान्यत्साधनं वक्ष्ये लोकानां हितकाम्यया ॥ ८० ॥
En pratiquant ainsi durant une année entière, on obtient une grande prospérité. À présent, désirant le bien de tous, j’exposerai un autre moyen de pratique spirituelle.
Verse 81
इष्ट्वा गणेशं पृथुकैः पायसापूपमोदकः । नानाफलैस्ततोमंत्री हरिद्रामथ सैन्धवम् ॥ ८१ ॥
Après avoir honoré Gaṇeśa avec du pṛthuka (riz aplati), du pāyasa, des gâteaux apūpa et de doux modakas, ainsi qu’avec divers fruits, le prêtre versé dans les mantras offre/emploie ensuite le curcuma et le sel gemme (saindhava).
Verse 82
वचां निष्कार्द्धभागं च तदर्द्धं वा मनुं जपेत् । विशोध्य चूर्णं प्रसृतौ गवां मूत्रे विनिक्षिपेत् ॥ ८२ ॥
Qu’on prenne la vacā (acore odorant) à la mesure d’un demi-niṣka, ou de la moitié de cela, et qu’on récite le mantra ; puis, l’ayant purifiée et réduite en poudre fine, qu’on dépose deux mesures de prasṛti de cette poudre dans l’urine de vache.
Verse 83
सहस्रकृत्वो मनुना मंत्रयित्वा प्रयत्नतः । स्नातामृतुदिने शुद्धां शुक्लांबरधरां शुभाम् ॥ ८३ ॥
Après l’avoir consacrée avec soin par le mantra prescrit mille fois, qu’on dispose la dame de bon augure : baignée au jour fixé, purifiée, et revêtue de vêtements blancs.
Verse 84
देवस्य पुरतः स्थाप्य पाययेदौषधं सुधीः । सर्वलक्षणसंपन्नं वंध्यापि लभते सुतम् ॥ ८४ ॥
L’ayant placée devant la Divinité, le sage doit lui faire boire la préparation médicinale ; même une femme stérile obtient alors un fils pourvu de tous les signes de bon augure.
Verse 85
अथान्यत्संप्रवक्ष्यामि रहस्यं परमाद्भुतम् । गोचर्ममात्रां धरणीमुपलिप्य प्रयत्नतः ॥ ८५ ॥
À présent, j’exposerai un autre secret, merveille suprême : avec un effort attentif, qu’on enduise et prépare un espace de terre n’excédant pas la taille d’une peau de vache.
Verse 86
विकीर्य धान्यप्रकरैस्तत्र संस्थापयेद्धटम् । शुद्धोदकेन संपूर्य तस्योपरि निधापयेत् ॥ ८६ ॥
Après y avoir répandu des tas de grains, qu’on y place un pot ; qu’on le remplisse d’eau pure, puis qu’on dépose (l’objet prescrit) au-dessus.
Verse 87
कपिलाज्येन संपूर्णं शरावं नूतनं शुभम् । षडष्टाक्षरमंत्राभ्यां दीपमारोपयेच्छुभम् ॥ ८७ ॥
Avec un plat (śarāva) neuf et de bon augure, rempli de ghee sacré (kapilājyā), qu’on installe pieusement une lampe, en récitant les mantras de six syllabes et de huit syllabes.
Verse 88
दीपे देवं समावाह्य गंधपुष्पादिभिर्यजेत् । स्नातां कुमारीमथवा कुमारं पूजयेत्सुधीः ॥ ८८ ॥
Après avoir invoqué la divinité dans la lampe, qu’on l’adore avec pâte de santal, fleurs et autres offrandes. Ensuite, le sage honorera avec révérence une jeune fille purifiée par le bain—ou un jeune garçon—par des marques de respect.
Verse 89
दीपस्य पुरतः स्थाप्यध्यात्वा देवं जपेन्मनुम् । प्रदीपे स्थापिते पश्येद्द्विजरूपं गणेश्वरम् ॥ ८९ ॥
En plaçant (l’offrande sacrée) devant la lampe, qu’on médite la divinité et qu’on récite le mantra. Lorsque la lampe est installée, qu’on contemple Gaṇeśvara sous la forme d’un « deux-fois-né » (brāhmaṇa).
Verse 90
पृष्टस्ततः संपदि वा नष्टं चैवाप्यनागतम् । सकलं प्रवदेदेवं कुमारी वा कुमारकः ॥ ९० ॥
Ensuite, si l’on l’interroge au sujet de la prospérité, de ce qui a été perdu, ou même de ce qui n’est pas encore advenu, la jeune fille ou le garçon devra tout dire ainsi, en donnant le récit entier.
Verse 91
षडक्षरो हृदंतश्चेद्भवेदष्टाक्षरो मनुः । अन्येऽपि मंत्रा देवर्षे सन्ति तंत्रे गणेशितुः ॥ ९१ ॥
Si le mantra de six syllabes se conclut par la syllabe-graine ‘hṛd’, il devient un mantra de huit syllabes. Et, ô sage divin, il existe aussi d’autres mantras dans le tantra de Gaṇeśa.
Verse 92
किंत्वत्र यन्न साध्यं स्यात्र्रिषु लोकेषु साधकैः । अष्टविंशरसार्णाभ्यां तन्न पश्येदपि क्वचित् ॥ ९२ ॥
Mais ici, quel but ne serait pas atteignable pour les sādhaka accomplis dans les trois mondes ? En vérité, grâce à ces vingt-huit éléments techniques du mantra, dits « rasa » et « arṇa », on ne trouverait nulle part quoi que ce soit d’inaccessible.
Verse 93
एतद्गणेशमंत्राणां विधानं ते मयोदितम् । शठेभ्यः परशिष्येभ्यो वंचकेभ्योऽपि मा वद ॥ ९३ ॥
Ainsi t’ai-je exposé le vidhāna, la règle rituelle prescrite des mantras de Gaṇeśa. Ne le divulgue pas aux fourbes, à ceux qui sont disciples d’autrui, ni même aux imposteurs.
Verse 94
एवं यो भजते देवं गणेशंसर्वसिद्धिदम् । प्राप्येह सकलान्भोगनिंते मुक्तिपदं व्रजेत् ॥ ९४ ॥
Ainsi, quiconque adore le deva Gaṇeśa, dispensateur de toute siddhi, obtient ici-bas toutes les jouissances et, à la fin, s’avance vers l’état de mukti, la délivrance.
Nyāsa is presented as the ritual “installation protocol” that aligns mantra, body, and cosmos: ṣaḍaṅga nyāsa stabilizes the mantra’s limbs, bhuvana-nyāsa maps Bhūr–Bhuvar–Svar onto the practitioner, and varṇa/pada-nyāsa installs phonemic and semantic power (mātṛkā) so that japa and homa operate as an integrated consecration rather than mere recitation.
It specifies a center-and-enclosure logic: a geometrically defined yantra (hexagon/triangle/lotus/bhūpura), pīṭha worship from Ādhāra-Śakti to Paratattva, directional placements, corner deities with consorts, mātṛkā and ṣaḍaṅga installations on petals/filaments, and lokapāla associations—hallmarks of layered protective “coverings” (āvaraṇas).
It openly promises siddhis (prosperity, influence, victory, fertility, protection) through calibrated offerings and vows, while framing Gaṇeśa-mantra worship as also yielding liberation when performed with proper initiation, restraint (brahmacarya), truthfulness, and disciplined observance—thus placing pragmatic results within a soteriological horizon.