
Sanatkumāra présente un manuel de sādhana en plusieurs degrés. D’abord, le guru éprouve le disciple et accomplit la mantraśodhana, en disposant les lettres du mantra sur une grille directionnelle (nṛpa-koṣṭhaka) et en vérifiant l’ordre des syllabes. Le chapitre définit des catégories de résultat—siddha, sādhya, su-siddha, ari et états mêlés—pour diagnostiquer l’efficacité du mantra et les obstacles. Il passe ensuite à la dīkṣā : rites de svasti, maṇḍala Sarvatobhadra, entrée dans la salle, levée des empêchements, préparation du kumbha avec des herbes, navaratna et pañcapallava, puis purification du disciple (bhūtaśuddhi, nyāsa, aspersion). Le guru transmet le mantra (108 récitations ; huit fois à l’oreille), bénit et prescrit la guru-sevā et la dakṣiṇā. Le culte quotidien des pañcadevatā est ordonné avec placements central et périphérique. L’ensemble culmine avec le mantra et le stotra de Guru-pādukā, puis l’ascension de la Kuṇḍalinī à travers les six cakra jusqu’au brahmarandhra, et l’Ajapā/Haṃsa-Gāyatrī, japa du souffle avec ṛṣi, chandas, devatā, ṣaḍaṅga et offrandes selon les cakra, s’achevant par des affirmations non-duelles de mokṣa-dharma.
Verse 1
सनत्कुमार उवाच । परीक्ष्य शिष्यं तु गुरुर्मंत्रशोधनमाचरेत् । प्राक्प्रत्यग्दक्षिणोदक्चपंचसूत्राणि पातयेत् ॥ १ ॥
Sanatkumāra dit : après avoir d’abord éprouvé le disciple, le guru doit accomplir la purification du mantra ; puis faire disposer les cinq fils sacrés selon les directions — est, ouest, sud et nord.
Verse 2
चतुष्टयं चतुष्कानां स्यादेवं नृपकोष्ठके । तत्राद्यप्रथमे त्वाद्यं द्वितीयाद्ये द्वितीयकम् ॥ २ ॥
Ainsi, dans la grille royale (nṛpa-koṣṭhaka), un ensemble de quatre se forme à partir des groupes de quatre. Dans ce dispositif, à la première place principale on met le premier ; à la seconde place principale, le second.
Verse 3
तृतीयाद्ये तृतीयं स्याञ्चतुर्थाद्ये तुरीयकम् । तत्तदाग्नेयकोष्ठेषु तत्तत्पंचममक्षरम् ॥ ३ ॥
Dans l’ensemble commençant par le troisième, on prend le troisième ; dans celui commençant par le quatrième, le quatrième. Et dans chaque case correspondante d’« Agni » (sud-est), on place la cinquième lettre de cet ensemble.
Verse 4
विलिख्य क्रमतो धीमान्मनुं संशोधयेत्ततः । नामाद्यक्षरमारभ्य यावन्मन्त्रादि वर्णकम् ॥ ४ ॥
Après avoir écrit le mantra dans l’ordre convenable, le sage doit ensuite le vérifier et le rectifier : en commençant par la première lettre du Nom, et en poursuivant jusqu’à chaque syllabe qui constitue le mantra et ses parties d’ouverture.
Verse 5
चतुष्के यत्र नामार्णस्तत्स्यात्सिद्धिचतुष्ककम् । प्रादक्षिण्यात्तद्द्वितीयं साध्याख्यं परिकीर्तितम् ॥ ५ ॥
L’ensemble de quatre où sont placées les syllabes du Nom est appelé le « quadruple des siddhi ». En les prenant dans l’ordre vers la droite (sens horaire), le second ensemble est déclaré « Sādhya ».
Verse 6
तृतीयं पुंसि सिद्धाख्यं तुरीयमरिसंज्ञकम् । द्वयोर्वर्णावेककोष्ठे सिद्धसिद्धेति तन्मतम् ॥ ६ ॥
La troisième catégorie au masculin est appelée « Siddha », et la quatrième est nommée « Ari ». Lorsque deux lettres partagent une même case (koṣṭha), l’appellation admise est « Siddha–Siddha ».
Verse 7
तद्द्वितीये तु मंत्रार्णे सिद्धसाध्यः प्रकीर्तितः । तृतीये तत्सुसिद्धः स्यात्सिद्धारिस्तञ्चतुर्थके ॥ ७ ॥
Mais lorsqu’il se trouve dans la deuxième syllabe-mantra (mantrārṇa), on le proclame « siddha-sādhya » (succès atteignable). Dans la troisième, il devient « su-siddha » (pleinement réussi) ; et dans la quatrième, il est nommé « siddhāri » (ennemi ou obstacle à l’accomplissement).
Verse 8
नामार्णान्यचतुष्कात्तु द्वितीये मंत्रवर्णके । चतुष्के चेत्तदा पूर्वं यत्र नामाक्षरं स्थितम् ॥ ८ ॥
Si les syllabes du nom (les lettres formant le nom) ne se trouvent pas dans un groupe de quatre, alors, dans le deuxième quatuor des lettres du mantra—si l’on applique le quatuor—il faut les placer plus tôt, à l’endroit même où se tient la lettre du nom.
Verse 9
तत्र तत्कोष्ठमारभ्य गणयेत्पूर्ववत्क्रमात् । साध्यसिद्धः साध्यसाध्यस्तत्सुसिद्धश्च तद्रिप्रुः ॥ ९ ॥
Là, en commençant par cette case (koṣṭha), on doit compter comme auparavant, selon l’ordre prescrit. De ce calcul naissent les résultats nommés : « sādhya-siddha », « sādhya-sādhya », « tat-su-siddha » et « tad-ripru » (adversaire/obstacle).
Verse 10
तृतीये चेञ्चतुष्के तु यदि स्यान्मंत्रवर्णकः । तदा पूर्वोक्तरीत्या तु क्रमाद्देयं मनीषिभिः ॥ १० ॥
Si, dans le troisième groupe de quatre, apparaît une syllabe-mantra (une unité porteuse de mantra), alors les sages doivent la transmettre dans l’ordre, selon la méthode énoncée plus haut.
Verse 11
सुसिद्धसिद्धस्तत्साध्यस्तत्सुसिद्धश्च तदृषिः । तुरीये चेञ्चतुष्के तु तदैवं गणयेत्सुधीः ॥ ११ ॥
«Su-siddha-siddha», «Tat-sādhya», «Tat-su-siddha»—et ce même ṛṣi : dans la quatrième section, au sein du groupe quadruple, le sage doit l’énumérer exactement de cette manière.
Verse 12
अरिसिद्धोऽरिसाध्यश्च तत्सुसिद्धश्च तद्रिपुः । रिद्धसिद्धो यथोक्तेन द्विगुणात्सिद्धिसाध्यकः ॥ १२ ॥
L’un est nommé «ari-siddha» et l’autre «ari-sādhya»; de même, il y a «tat-su-siddha» et son «ennemi» correspondant. De plus, comme il a été dit, le «ṛddha-siddha» est celui qui accomplit la réussite selon une mesure double (augmentée).
Verse 13
सिद्धः सुसिद्धोर्द्धतयात्सिद्धारिर्हंति गोत्रजान् । द्विगुणात्साध्यसिद्धस्तु साध्यसाध्यो विलंबतः ॥ १३ ॥
Un «Siddha», par la puissance accrue de l’état «Su-siddha», fait que le «siddha-ari» détruit même ceux nés de son propre lignage (gotra). Avec le double de cette intensité, on devient «Sādhya-siddha»; mais le «Sādhya-sādhya» n’obtient le fruit qu’après délai.
Verse 14
साध्यः सुसिद्धो द्विगुणात्साध्यारिर्हंति बांधवान् । सुसिद्धसिद्धोर्द्धतया तत्साध्यो द्विगुणाज्जपात् ॥ १४ ॥
Un sādhya devient susiddha par un effort doublé; l’ennemi du sādhya nuit à ses proches. Mais par la puissance accrue de celui qui est à la fois susiddha et siddha, ce sādhya même est de nouveau obtenu par un japa accompli en mesure double.
Verse 15
तत्सुसिद्धप्राप्तिमात्रात्सुसिद्धारिः कुटुंबहृत् । अरिसिद्धस्तु पुत्रघ्नोऽरिसाध्यः कन्यकापहः ॥ १५ ॥
Par la seule obtention du «tat-su-siddha», le «susiddha-ari» devient ravageur du foyer. On dit que l’«ari-siddha» tue les fils, et que l’«ari-sādhya» devient ravisseur d’une jeune fille (fille/jeune femme).
Verse 16
तत्सुसिद्धः कलत्रघ्नः साधकघ्नोरेऽप्यरिः स्मृतः । अन्येऽप्यत्र प्रकारा हि संति वै बहवो मुने ॥ १६ ॥
Cette configuration est dite pleinement efficace : elle détruit l’époux ou l’épouse et se montre hostile même envers le pratiquant (sādhaka). Ô muni, il existe ici, en vérité, bien d’autres formes de tels cas.
Verse 17
सर्वेषु मुख्योऽयं तेऽत्र कथितो कथहाभिधः । एवं संशोध्य मंत्रं तु शुद्धे काले स्थले तथा ॥ १७ ॥
Parmi toutes les méthodes, celle-ci est la principale ; elle t’a été exposée ici sous le nom de « Kathahā ». Ainsi, après avoir purifié et vérifié le mantra, on doit l’employer à un moment pur et en un lieu pur également.
Verse 18
दीक्षयेञ्च गुरुः शिष्यं तद्विधानमुदीर्यते । नित्यकृत्यं विधायाथ प्रणम्य गुरुपादुकाम् ॥ १८ ॥
Le maître doit conférer la dīkṣā au disciple, après avoir d’abord énoncé la procédure correcte de cette initiation. Puis, ayant fait accomplir au disciple les devoirs quotidiens prescrits, qu’il se prosterne avec révérence devant les pādukās, les sandales du Guru.
Verse 19
प्रार्थयेत्सद्गुरुं भक्त्याभीष्टार्थमादृतः । संपूज्य वस्त्रालंकारगोहिरण्यधरादिभिः ॥ १९ ॥
Avec bhakti et un profond respect, on doit implorer le sadguru, le maître véritable, pour l’objet désiré, après l’avoir d’abord honoré pleinement par des vêtements, des ornements, des vaches, de l’or, des terres et autres offrandes semblables.
Verse 20
कृत्वा स्वस्ति विधानं तु मंडलादि च तुष्टिमान् । गुरुः शिष्येण सहितः शुचिर्यागगृहं विशेत् ॥ २० ॥
Après avoir accompli le rite des bénédictions auspiciennes (svasti-vidhāna) et achevé le maṇḍala ainsi que les préliminaires connexes, le guru — purifié et comblé — doit entrer dans la salle du sacrifice (yāga-gṛha) avec le disciple.
Verse 21
सामान्यार्घोदकेनाथ संप्रोक्ष्य द्वारमस्त्रतः । दिव्यानुत्सारयेद्विघ्नान्नभस्थानर्च्य वारिणा ॥ २१ ॥
Ô Seigneur, après avoir aspergé le seuil avec l’eau d’un arghya simple et l’avoir protégé par le mantra de l’Astra, qu’on chasse les obstacles d’ordre divin; et, en rendant un culte par l’eau, qu’on apaise aussi les êtres établis dans le ciel.
Verse 22
पार्ष्णिघातैस्त्रिभिर्भौमांस्ततः कर्म समाचरेत् । वर्णकैः सर्वतोभद्रे यथोक्तपरिकल्पिते ॥ २२ ॥
Ensuite, en frappant le sol trois fois du talon, qu’on accomplisse le rite, à l’intérieur du diagramme « Sarvatobhadra » (tout-auspice) préparé exactement selon la prescription, au moyen des lettres (varṇa) désignées.
Verse 23
वह्निमण्डलमभ्यर्च्य तत्कलाः परिपूज्य च । अस्त्रप्रक्षालितं कुंभं यथाशक्ति विनिर्मितम् ॥ २३ ॥
Après avoir adoré le maṇḍala du feu et honoré comme il se doit ses kalā-s (puissances auxiliaires), qu’on prépare—selon ses moyens—un kumbha, vase d’eau, purifié rituellement par le mantra de l’Astra.
Verse 24
तत्र संस्थाप्य विधिवत्तत्र भानोः कलां यजेत् । विलोममातृकामूलमुच्चरन् शुद्धवारिणा ॥ २४ ॥
L’ayant installé là selon le rite prescrit, qu’on adore la kalā, le rayon/portion divine du Soleil. Ce faisant, qu’on récite la racine de la Matṛkā (semence de l’alphabet) en ordre inverse, avec de l’eau purifiée.
Verse 25
आपूर्य कुंभं तत्रार्चेत्सोमस्य विधिवत्कलाः । धूम्रार्चिरूष्मा ज्वलिनी ज्वालिनी विस्फुलिंगिनी ॥ २५ ॥
Après avoir rempli le kumbha, qu’on y adore selon le rite les kalā-s de Soma : Dhūmrārci (flamme enfumée), Ūṣmā (chaleur), Jvalinī (embrasée), Jvālinī (flamboyante) et Visphuliṅginī (qui projette des étincelles).
Verse 26
सुश्रीः सुरूपा कपिला हव्यकव्यवहा तथा । वह्नेर्दश कलाः प्रोक्ताः प्रोच्यंतेऽथ रवेः कलाः ॥ २६ ॥
Suśrī, Surūpā, Kapilā et Havyakavyavahā : telles sont proclamées les dix kalās (puissances/rayons) d’Agni, le Feu sacré. Maintenant, viennent ensuite les kalās de Ravi, le Soleil.
Verse 27
तपिनी तापिनी धूम्रा मरीचिज्वालिनी रुचिः । सुषुम्णा भोगदा विश्वा बोधिनी धारिणी क्षमा ॥ २७ ॥
Elle est Tapinī, Tāpinī, Dhūmrā, Marīci-jvālinī et Ruci ; elle est Suṣumṇā, dispensatrice de jouissance, l’Omniprésente, Bodhinī qui éveille la connaissance, Dhāriṇī qui soutient, et Kṣamā, la patience elle-même.
Verse 28
अथेंदोश्च कला ज्ञेया ह्यमृता मानदा पुनः । पूषा तुष्टिश्च पुष्टिश्च रतिश्च धृतिसंज्ञिकाः ॥ २८ ॥
Ensuite, il faut connaître les kalās (parts) de la Lune : Amṛtā, Mānadā ; puis encore Pūṣā, Tuṣṭi, Puṣṭi, Rati, et celles qui portent le nom de Dhṛti.
Verse 29
शशिनी चंद्रिका कांतिर्ज्योत्स्ना श्रीः प्रीतिरंगदा । पूर्णापूर्णामृता चेति प्रोक्ताश्चंद्रमसः कलाः ॥ २९ ॥
Śaśinī, Candrikā, Kānti, Jyotsnā, Śrī, Prīti, Aṅgadā, Pūrṇā, Apūrṇā et Amṛtā : telles sont proclamées les kalās (phases) de Candramas, la Lune.
Verse 30
वस्त्रयुग्मेन संवेष्ट्य तस्मिन्सर्वैषधीः क्षिपेत् । नवरत्नानि निक्षिप्य विन्यसेत्पञ्चपल्लवान् ॥ ३० ॥
L’ayant enveloppé de deux étoffes, qu’on y dépose toutes les herbes médicinales. Puis, après y avoir placé les neuf gemmes (navaratna), qu’on y dispose les cinq jeunes rameaux de feuilles sacrées.
Verse 31
पनसाम्रवटाश्वत्थबकुलेति च तान् विदुः । मुक्तामाणिक्यवैडूर्यगोमेदान्वज्रविद्रुमौ ॥ ३१ ॥
On les connaît sous les noms de jacquier, manguier, banian, aśvattha (figuier sacré) et bakula ; et aussi sous ceux de perle, rubis, vaidūrya (œil‑de‑chat), gomeda (hessonite), diamant et corail.
Verse 32
पद्मरागं मरकतं नीलं चेति यथाक्रम् । एवं रत्नानि निक्षिप्य तत्रावाह्येष्टदेवताम् ॥ ३२ ॥
Dans l’ordre prescrit, qu’on dépose le padmarāga (rubis), le marakata (émeraude) et le nīla (saphir). Après avoir ainsi placé les gemmes, qu’on y invoque (āvāhana) l’Iṣṭa‑devatā, la Divinité choisie pour l’adoration.
Verse 33
संपूज्य विधिवन्मंत्री ततः शिष्यं स्वलंकृतम् । वेद्यां संवेश्य संप्रोक्ष्य प्रोक्षणीस्थेन वारिणा ॥ ३३ ॥
Après avoir accompli le culte selon la règle, l’officiant des mantras fait asseoir le disciple, richement paré, sur l’autel rituel, puis l’asperge pour le purifier avec l’eau conservée dans le vase d’aspersion (prokṣaṇī).
Verse 34
भूतशुद्ध्यादिकं कृत्वा तच्छरीरे विधानतः । न्यासजालेन संशोध्य मूर्ध्नि विन्यस्य पल्लवान् ॥ ३४ ॥
Après avoir accompli le bhūtaśuddhi et les autres purifications préliminaires selon le rite, qu’on purifie ce corps par le réseau de nyāsa, puis qu’on dépose des pousses fraîches (pallava) sur le sommet de la tête.
Verse 35
अष्टोत्तरशतेनाथ मूलमंत्रेण मंत्रितैः । अभिषिंचेत्प्रियं शिष्यं जपन्मूलमनुं हृदि ॥ ३५ ॥
Ô Seigneur ! Avec l’eau rendue puissante par la récitation cent huit fois du mantra racine, le maître doit conférer l’abhiṣeka — l’aspersion sacrée — au disciple bien-aimé, tout en répétant intérieurement dans le cœur la syllabe racine (bīja).
Verse 36
शिष्टोदकेन वाचम्य परिधायांबरं शिशुः । गुरुं प्रणम्य विधिवत्संविशेत्पुरतः शुचिः ॥ ३६ ॥
Après s’être rincé la bouche avec l’eau purifiée selon le rite et avoir revêtu son vêtement, le disciple—pur et discipliné—doit se prosterner devant le Guru selon la règle, puis s’asseoir en sa présence.
Verse 37
अथ शिष्यस्य शिरसि हस्तं दत्वा गुरुस्ततः । जपेदष्टोत्तरशतं देयमन्त्रं विधानतः ॥ ३७ ॥
Alors le Guru, posant sa main sur la tête du disciple, doit réciter dûment, selon le rite prescrit, le mantra à conférer cent huit fois.
Verse 38
समोऽस्त्वित्यक्षरान्दद्यात्ततः शिष्योऽर्चयेद्गुरुम् । ततः सचन्दनं हस्तं दत्वा शिष्यस्य मस्तके ॥ ३८ ॥
Il doit transmettre les syllabes commençant par « samo’stu » (« qu’il y ait équanimité/paix »). Alors le disciple doit vénérer le Guru. Ensuite, le Guru, posant sur la tête du disciple sa main ointe de pâte de santal, achève le rite.
Verse 39
तत्कर्णे प्रवदेद्विद्यामष्टवारं समाहितः । संप्राप्तविद्यः शिष्योऽपि निपतेद्गुरुपादयोः ॥ ३९ ॥
Avec une attention concentrée, le maître doit réciter la connaissance sacrée à l’oreille du disciple huit fois. Ayant reçu cette connaissance, le disciple doit à son tour se prosterner aux pieds du Guru.
Verse 40
उत्तिष्ठ वत्स मुक्तोऽसि सम्यगाचारवान्भव । कीर्तिश्रीकांतिपुत्रायुर्बलारोग्य सदास्तु ते ॥ ४० ॥
«Lève-toi, cher enfant : tu es délivré. Sois établi dans la juste conduite. Que la renommée, la prospérité, l’éclat, des fils, une longue vie, la force et l’absence de maladie soient toujours tiennes.»
Verse 41
ततः शिष्यः समुत्थाय गन्धाद्यैर्गुरुमर्चयेत् । दद्याञ्च दक्षिणां तस्मै वित्तशाठ्यविवर्जितः ॥ ४१ ॥
Alors le disciple doit se lever et vénérer le guru avec pâte de santal et autres offrandes; et il doit aussi lui remettre la dakṣiṇā prescrite, sans aucune tromperie au sujet des biens.
Verse 42
संप्राप्यैवं गुरोर्मंत्रं तदारभ्य धनादिभिः । देहपुत्रकलत्रैश्च गुरुसेवापरो भवेत् ॥ ४२ ॥
Ayant ainsi reçu le mantra du guru, dès lors on doit se vouer au service du guru—par ses biens et ses ressources, et aussi par sa propre personne, ses enfants et son époux/épouse.
Verse 43
स्वेष्टदेवं यजेन्मध्ये दत्वा पुष्पांजलिं ततः । अग्निनैर्ऋतिवागीशान् क्रमेण परिपूजयेत् ॥ ४३ ॥
Au centre, qu’on adore sa divinité d’élection (iṣṭa-devatā) ; puis, après avoir offert une poignée de fleurs en añjali, qu’on vénère successivement Agni, Nairṛti et Vāgīśa, Seigneur de la parole.
Verse 44
यदा मध्ये यजेद्विष्णुं बाह्यादिषु विनायकम् । रविं शिवां शिवं चैव यदा मध्ये तु शङ्करम् ॥ ४४ ॥
Quand on adore Viṣṇu en position centrale, on doit adorer Vināyaka sur les côtés extérieurs; de même, on doit vénérer le Soleil, Śivā (la Déesse) et Śiva aussi. Mais lorsque Śaṅkara est adoré au centre, l’agencement doit être établi en conséquence, avec les divinités complémentaires autour, selon la règle.
Verse 45
रविं गणेशमंबां च हरिं चाथ यदा शिवाम् । ईशं विघ्नार्कगोविंदान्मध्ये चेद्गणनायकम् ॥ ४५ ॥
Lorsqu’on énumère les noms—Sūrya (Ravi), Gaṇeśa, Ambā, Hari, puis Śivā—si Īśa (Śiva) est mentionné entre « Vighna » (celui qui ôte les obstacles), « Arka » (le Soleil) et « Govinda » (Viṣṇu), alors on doit placer Gaṇanāyaka (Gaṇeśa, Seigneur des gaṇas) au centre.
Verse 46
शिवं शिवां रविं विष्णुं रवौ मध्यगते पुनः । गणेषं विष्णुमंबां च शिवं चेति यथाक्रमम् ॥ ४६ ॥
Invoque Śiva, Śivā, le Soleil et Viṣṇu ; puis encore, lorsque le Soleil est au centre, invoque Gaṇeśa, Viṣṇu, Ambā et Śiva, selon l’ordre prescrit.
Verse 47
एवं नित्य समभ्यर्च्य देवपञ्चकमादृतः । ब्राह्मे मुहूर्त्ते ह्युत्थाय कृत्वाचावश्यकं बुधः ॥ ४७ ॥
Ainsi, après avoir chaque jour vénéré avec respect les cinq divinités, le sage doit se lever au brāhma-muhūrta, puis accomplir les rites quotidiens obligatoires.
Verse 48
अशंकितो वा शय्यायां स्वकीयशिरसि स्मरेत् । सहस्रदलशुक्लाब्जकणिकास्थेंदुमण्डले ॥ ४८ ॥
Ou bien, étendu sur sa couche sans crainte, qu’il médite sur l’orbe lunaire établi dans sa propre tête, reposant sur les filaments au centre d’un lotus blanc aux mille pétales.
Verse 49
अकथादित्रिकोणस्थं वराभयकरं गुरुम् । द्विनेत्रं द्विभुजं शुक्लगंधमाल्यानुलेपनम् ॥ ४९ ॥
Qu’il médite sur le Guru, établi dans le diagramme triangulaire commençant par « Aka-thā », montrant les mudrā de don et d’intrépidité ; pourvu de deux yeux et de deux bras ; paré de blanche fragrance, de guirlandes et d’onguents.
Verse 50
वामे शक्त्या युतं ध्यात्वा मानसैरुपचारकैः । आराध्य पादुकामन्त्रं दशधा प्रजपेत्सुधीः ॥ ५० ॥
Après avoir médité sur (la divinité) unie à Śakti sur le côté gauche, et l’avoir adorée par des offrandes mentales, le pratiquant avisé doit réciter dix fois le Pādukā-mantra.
Verse 51
वा माया श्रीर्भगेंद्वाढ्या वियद्धंसखकाग्नयः । हसक्षमलवार्यग्निवामकर्णेंदुयुग्मरुत् ॥ ५१ ॥
«Voici les groupements de syllabes-semences (bīja) : “vā”, “māyā”, “śrīḥ” et “bhaga” (pourvu du son lunaire) ; puis la série “viyat”, “haṃsa”, “kha”, “kā” et “agni”. Ensuite : “ha-sa”, “kṣa”, “mala”, “vāri”, “agni”, le son de “l’oreille gauche”, avec la paire de sons “lune” et le “marut” (souffle/vent).»
Verse 52
ततो भृग्वाकाशखाग्निभगेंद्वाढ्याः परंतिमः । सहक्षमलतोयाग्निचंद्रशांतियुतो मरुत् ॥ ५२ ॥
«Ensuite, le principe du Vent (Marut) est décrit comme enrichi de Bhṛgu, de l’éther (ākāśa), de l’espace (kha), du feu (agni), de Bhaga et de la Lune (indu) ; et comme pourvu de patience, de pureté, d’eau, de feu, d’un calme lunaire et d’apaisement.»
Verse 53
ततः श्रीश्चामुकांते तु नन्दनाथामुकी पुनः । देव्यंबांते श्रीपांदुकां पूजयामि हृदंतिमे ॥ ५३ ॥
«Ensuite, j’adore Śrī (Lakṣmī) à Cāmukānta ; puis encore, Nandanātha à Āmukī. À Devyambānta, j’adore Śrīpāṇḍukā : ce sont ceux qui sont les plus intimes, les plus chers à mon cœur.»
Verse 54
अयं श्रीपादुकामंत्रः सर्वसिद्धिप्रदो नृणाम् । गुह्येति च समर्प्याथ मन्त्रैरेतैर्नमेत्सुधीः ॥ ५४ ॥
«Voici le mantra de la Śrīpādukā, qui accorde aux hommes toutes les réalisations (siddhi). Après avoir offert (la pādukā) en prononçant “guhya” (“secret, très confidentiel”), le sage doit ensuite se prosterner avec ces mantras.»
Verse 55
अखण्डमंडलाकारं व्याप्तं येन चराचरम् । तत्पदं दर्शितं येन तस्मै श्रीगुरवे नमः ॥ ५५ ॥
«Hommage au vénérable Śrī Guru : par lui l’on sait que l’univers, le mobile et l’immobile, est pénétré par l’Unique, de forme totale et sans brisure ; et par lui est révélé l’état suprême, cette Réalité.»
Verse 56
अज्ञानतिमिरांधस्य ज्ञानाञ्जनशलाकया । चक्षुरुन्मीलितं येन तस्मै श्रीगुरवे नमः ॥ ५६ ॥
Hommage au vénérable Guru qui, par la tige du collyre de la connaissance, ouvre les yeux de celui que l’obscurité de l’ignorance a rendu aveugle.
Verse 57
नमोऽस्तु गुरवे तस्मा इष्टदेवस्वरूपिणे । यस्य वागमृतं हंति विषं संसारसंज्ञकम् ॥ ५७ ॥
Hommage au Guru, incarnation de la Divinité choisie; dont la parole, nectar d’amṛta, anéantit le poison nommé saṃsāra, l’existence mondaine.
Verse 58
इति नत्वा पठेत्स्तोत्रं सद्यः प्रत्ययकारकम् । ॐ नमस्ते नाथ भगवान् शिवाय गुरुरूपिणे ॥ ५८ ॥
Après s’être ainsi prosterné, qu’on récite cet hymne qui donne une assurance immédiate : « Oṁ, salutations à Toi, ô Seigneur—Bhagavān Śiva—qui te manifestes sous la forme du Guru ».
Verse 59
विद्यावतारसंसिद्ध्यै स्वीकृतानेकविग्रह । नवाय तनरूपाय परमार्थैकरूपिणे ॥ ५९ ॥
Hommage à Celui qui, pour accomplir la descente de la connaissance, assume de multiples formes; au Toujours-Nouveau, au corps subtil, dont la nature véritable est l’unique réalité de la Vérité suprême.
Verse 60
सर्वाज्ञानतमोभेदभानवे चिद्धनाय ते । स्वतंत्राय दयाक्लृप्तविग्रहाय शिवात्मने ॥ ६० ॥
Hommage à Toi : soleil qui dissipe les ténèbres de toute ignorance; trésor même de conscience; Seigneur pleinement souverain; Toi qui assumes une forme par compassion; dont l’essence est Śiva, l’auspiciosité.
Verse 61
परत्र त्राय भक्तानां भव्यानां भावरूपिणे । विवेकिनां विवेकाय विमर्शाय विमर्शिनाम् ॥ ६१ ॥
Dans l’au-delà, qu’Il protège les dévots; qu’Il, dont la nature même est l’Être sacré et auspicious, garde les vertueux. Qu’Il accorde le discernement aux hommes de discernement, et la réflexion profonde à ceux qui s’adonnent à l’examen intérieur.
Verse 62
प्रकाशानां प्रकाशाय ज्ञानिनां ज्ञानरूपिणे । पुरस्तात्पार्श्वयोः पृष्टे नमस्तुभ्यमुपर्यधः ॥ ६२ ॥
Hommage à Toi—Lumière de toutes les lumières, forme même de la connaissance pour les sages—présent devant, sur les côtés, derrière, au-dessus et au-dessous.
Verse 63
सदा सञ्चित्स्वरूपेण विधेहि भवदासनम् । त्वत्प्रसादादहं देव कृताकृत्योऽस्मि सर्वतः ॥ ६३ ॥
Établis-moi sans cesse sur Ton siège, dans la forme de la pure Existence-Conscience. Par Ta grâce, ô Seigneur, je suis comblé de toutes parts : rien ne demeure à faire, ni à laisser inaccompli.
Verse 64
मायामृत्युमहापाशाद्विमुक्तोऽस्मि शिवोऽस्मि वः । इति स्तुत्वा ततः सर्व गुरवे विनिवेदयेत् ॥ ६४ ॥
«Je suis délivré du grand nœud coulant de l’illusion et de la mort; je suis auspicious (Śiva) pour vous.» Après avoir ainsi loué, qu’on remette alors toute chose au Guru.
Verse 65
प्रातः प्रभृति सायांतं सांयादिप्रातरंततः । यत्करोमि जगन्नाथ तदस्तु तव पूजनम् ॥ ६५ ॥
Du matin jusqu’au soir, et du soir de nouveau jusqu’au matin : quoi que je fasse, ô Jagannātha, Seigneur de l’univers, que cela devienne Ton culte.
Verse 66
ततश्च गुरुपादाब्जगलितामृतधारया । क्षालितं निजमात्मानं निर्मलं भावयेत्सुधीः ॥ ६६ ॥
Alors, par le flot d’ambroisie s’écoulant des pieds-lotus du Guru, le sage doit contempler son propre être comme lavé et rendu parfaitement pur.
Verse 67
मूलादिब्रह्मरंध्रांतं मूलविद्यां विभावयेत् । मूलाधारादधो भागे वर्तुलं वायुमंडलम् ॥ ६७ ॥
Qu’on contemple la mūla-vidyā (science racine) depuis le Mūlādi (centre racine) jusqu’au Brahma-randhra (l’ouverture au sommet du crâne). Au-dessous du Mūlādhāra, dans la région inférieure, qu’on visualise un cercle : le maṇḍala de Vāyu (l’élément vent).
Verse 68
तत्रस्थवायुबीजोत्थवायुना च तदूर्द्ध्वकम् । त्रिकोणं मंडलं वह्नेस्तत्रस्थवह्निबीजतः ॥ ६८ ॥
Ensuite, par le vent né de la syllabe-semence (bīja) de Vāyu placée là, cette (forme/région) est élevée vers le haut. De la bīja d’Agni située là, naît le maṇḍala triangulaire du feu.
Verse 69
उत्पन्नेनाग्निना मूलाधारावस्थितविग्रहाम् । प्रसुप्तभुजगाकारां स्वयंभूलिंगवेष्टिनीम् ॥ ६९ ॥
Par le feu qui s’est levé, qu’on contemple sa forme demeurant dans le Mūlādhāra : semblable à un serpent endormi, enroulée autour du liṅga auto-manifesté (svayambhū).
Verse 70
विसतंतुनिभां कोटिविद्युदाभां तनीयसीम् । कुलकुंडलिनीं ध्यात्वा कूर्चेनोत्थापयेञ्च ताम् ॥ ७० ॥
En méditant sur la Kula-Kuṇḍalinī—subtile comme la fibre du lotus, éclatante comme un crore d’éclairs et d’une finesse extrême—qu’on l’élève vers le haut au moyen du kūrca (verrou/impulsion yogique).
Verse 71
सुषुम्णावर्त्मनातां च षट्चक्रक्रमभेदिनीम् । गुरुपदिष्टविधिना ब्रह्मरंध्रं नयेत्सुधीः ॥ ७१ ॥
Suivant la voie de la suṣumṇā et perçant l’enchaînement des six cakras, le sage—selon la méthode transmise par le guru—doit la conduire jusqu’au brahma-randhra, « l’ouverture de Brahman » au sommet du crâne.
Verse 72
तत्रस्थामृतसंमग्नीकृत्यात्मानं विभावयेत् । तत्प्रभापटलव्याप्तैविमलं चिन्मयं परम् ॥ ७२ ॥
Là, l’esprit fixé, qu’on contemple le Soi comme plongé dans l’amṛta, nectar de béatitude. Sous le dais de la radiance du Suprême, on réalise la Réalité transcendante : sans tache, pure conscience, immaculée.
Verse 73
पुनस्तां स्वस्थलं नीत्वा हृदिदेवं विचिंतयन् । दृष्ट्वा च मानसैर्द्रव्यैः प्रार्थयेन्मनुनामुना ॥ ७३ ॥
Ensuite, la ramenant à son lieu juste et stable, méditant la Divinité au cœur et présentant mentalement des offrandes imaginées, qu’on prie avec ce mantra.
Verse 74
त्रैलोक्यचैत न्यमयादिदेव श्रीनाथ विष्णो भवदाज्ञयैव । प्रातः समुत्थाय तव प्रियार्थं संसारयात्रां त्वनुवर्तयिष्ये ॥ ७४ ॥
Ô Seigneur primordial, incarnation de la conscience des trois mondes—ô Śrīnātha Viṣṇu—par Ton seul ordre, me levantant tôt chaque matin pour ce qui T’est cher, je poursuivrai et suivrai le cours de la vie en ce monde.
Verse 75
विष्णोरिति स्थले विप्र कार्य ऊहोऽन्यदैवते । ततः कुर्यात्सर्वसिद्ध्यै त्वजपाया निवेदनम् ॥ ७५ ॥
Ô brāhmane, là où le rite est prescrit avec la formule « de Viṣṇu », s’il doit être appliqué à une autre divinité, qu’on fasse la substitution appropriée. Ensuite, pour obtenir toutes les siddhis, qu’on accomplisse le nivedana (offrande) à l’Ajapā : le japa non proféré, le courant subtil du mantra.
Verse 76
षट्शतानि दिवा रात्रौ सहस्राण्येकविंशतिः । अजपाख्यां तु गायत्रीं जीवो जपति सर्वदा ॥ ७६ ॥
Le jour, il y en a six cents, et la nuit vingt et un mille (souffles) ; ainsi l’être incarné répète sans cesse la Gāyatrī dite Ajapā—sans effort volontaire, à tout instant.
Verse 77
ऋषिर्हंसस्तथाव्यक्तगायत्रीछंद ईरितम् । देवता परमो हंसश्चाद्यंते बीजशक्तिकम् ॥ ७७ ॥
Le ṛṣi est Haṃsa, et le mètre (chandas) est proclamé être la Gāyatrī non manifestée (avyakta). La divinité présidante est le Haṃsa Suprême ; et sa semence (bīja) ainsi que sa puissance (śakti) sont placées au début et à la fin (du mantra/rite).
Verse 78
ततः षडंगं कुर्वीत सूर्यः सोमोनिरंजनः । निराभासश्च धर्मश्च ज्ञानं चेति तथा पुनः ॥ ७८ ॥
Ensuite, il faut établir la division en six (ṣaḍ-aṅga) : Sūrya, Soma, Niranjana, Nirābhāsa, Dharma, et de nouveau Jñāna.
Verse 79
क्रमादेतान्हंसपूर्वानात्मनेपदपश्चिमान् । जातयुक्तान्साधकेंद्र षडंगेषु नियोजयेत् ॥ ७९ ॥
Dans l’ordre requis, ô le plus éminent des sādhakas, applique ces éléments—commençant par la série « haṃsa » et s’achevant par l’ensemble ātmanepada—avec leurs jāti appropriées, aux six auxiliaires (ṣaḍ-aṅga) de la pratique védique.
Verse 80
हकारः सूर्यसंकाशतेजाः संगच्छते बहिः । सकारस्तादृशश्चैव प्रवेशे ध्यानमीरितम् ॥ ८० ॥
Le son « ha » est une splendeur semblable au soleil et se dirige vers l’extérieur. Le son « sa » est de même nature ; il est déclaré être la méditation au moment où le souffle entre au-dedans.
Verse 81
एवं ध्यात्वार्पयेद्धीमान्वह्न्यर्केषु विभागशः । मूलाधारे वादिसांतबीजयुक्ते चतुर्दले ॥ ८१ ॥
Ayant ainsi médité, le pratiquant avisé doit, selon les justes divisions, déposer les énergies/mantras invoqués en Agni et dans le Soleil. Qu’il les place aussi dans le Mūlādhāra, le lotus à quatre pétales, muni des syllabes-semences allant de «va» à «sa».
Verse 82
बंधूकाभे स्वशक्त्या तु सहितापास्वगाय च । पाशांकुशसुधापात्रमोदकोल्लासपाणये ॥ ८२ ॥
Hommage à Celui qui rayonne tel la fleur bandhūka, accompagné de sa propre Śakti divine et servi par ceux qui l’entourent ; dont les mains brillent en tenant le lacet et l’aiguillon, le vase de nectar et le doux modaka.
Verse 83
षट्शतं तु गणेशाय वागधीशाय चार्पयेत् । स्वाधिष्ठाने विद्रुमाभे वादिलांतार्णसंयुते ॥ ८३ ॥
Qu’on offre six cents (oblations/récitations) à Gaṇeśa, Seigneur de la Parole ; en le méditant dans le centre Svādhiṣṭhāna, de teinte corail, associé à la suite syllabique intérieure allant de «va» à «la».
Verse 84
वामांगशक्तियुक्ताय विद्याधिपतये तथा । स्रुवाक्षमालालसितबाहवे पद्मजन्मने ॥ ८४ ॥
Hommage à Celui qui est uni à la Śakti sur son flanc gauche, Seigneur du savoir sacré ; dont les bras sont ornés de la louche rituelle et du rosaire, et qui est né du lotus.
Verse 85
ब्रह्मणे षट्सहस्रं तु हंसारूढाय चार्पयेत् । विद्युल्लसितमेघाभे डादिफांतार्णपत्रके ॥ ८५ ॥
Qu’on offre six mille (oblations/récitations) à Brahmā, monté sur le cygne, au moyen d’une feuille (inscrite) des syllabes de «ḍa» à «pha», dont l’aspect est celui d’un nuage éclairé par l’éclair.
Verse 86
मणिपूरे शंखचक्रगदापंकजधारिणे । सश्रिये षट्सहस्रं च विष्णवे विनिवेदयेत् ॥ ८६ ॥
Au centre Maṇipūra (nombril), qu’on offre six mille (récitations/oblations) au Seigneur Viṣṇu, porteur de la conque, du disque, de la massue et du lotus, avec Śrī (Lakṣmī).
Verse 87
अनाहतेऽर्कपत्रे च कादिठांतार्णसंयुते । शुक्ले शूलाभयवरसधाकलशधारिणे ॥ ८७ ॥
Dans l’Anāhata (lotus du cœur), sur un pétale semblable au soleil, uni aux syllabes-semences de « ka » à « ṭha », qu’on médite la divinité blanche et rayonnante : elle porte le trident, montre les mudrā d’intrépidité et de don, et tient un vase d’amṛta (nectar).
Verse 88
वामांगे शक्तियुक्ताय विद्याधिपतये सुधीः । वृषारूढाय रुद्राय षट्सहस्रं निवेदयेत् ॥ ८८ ॥
Que le pratiquant avisé offre six mille (selon le compte prescrit) à Rudra : uni à Śakti sur son flanc gauche, seigneur du savoir sacré, et monté sur le taureau.
Verse 89
विशुद्धे षोडशदले स्वराढ्ये शुक्लवर्णके । महाज्योतिप्रकाशायेन्द्रियाधिपतये ततः ॥ ८९ ॥
Puis, dans le Viśuddha (lotus de la gorge) aux seize pétales—résonnant des sons sacrés, d’une blancheur pure—qu’on médite la Grande Lumière, le seigneur qui préside aux sens.
Verse 90
सहस्रमर्पयेत्प्राणशक्त्या युक्तेश्चराय च । आज्ञाचक्रे हक्षयुक्ते द्विदिलेऽब्जे सहस्रकम् ॥ ९० ॥
Par la puissance de la prāṇa-śakti (énergie du souffle vital), qu’on offre mille (répétitions/oblations) à Yukteśvara. De même, à l’Ājñā-cakra—uni aux syllabes « ha » et « kṣa », dans le lotus à deux pétales—qu’on accomplisse mille (récitations).
Verse 91
सदाशिवाय गुरवे पराशक्तियुताय वै । सहस्रारे महापद्मे नादबिन्दुद्वयान्विते ॥ ९१ ॥
Hommage au Guru qui est Sadāśiva, uni à la Śakti suprême—demeurant dans le grand lotus aux mille pétales (Sahasrāra), pourvu des deux principes, Nāda et Bindu.
Verse 92
विलसन्मातृकावर्णे वराभयकराय च । प्ररमाद्ये च गुरवे सहस्रं विनिवेदयेत् ॥ ९२ ॥
Au Guru—resplendissant des lettres de la Mātṛkā, dont les mains accordent le don et l’intrépidité, le premier et l’originel—qu’on présente un millier (de répétitions/oblations) selon la règle.
Verse 93
चुलुकेंऽबु पुनर्द्धृत्वा स्वभावादेव सिध्यतः । एकविंशतिसाहस्रप्रमितस्य जपस्य च ॥ ९३ ॥
Reprenant une paume d’eau, le rite s’accomplit de lui-même, par sa propre nature; de même s’accomplit le japa mesuré à vingt et un mille (21 000) répétitions.
Verse 94
षट्शताधिकसंख्या स्यादजपाया विभागशः । संकल्पेन मोक्षदाता विष्णुर्मे प्रीयतामिति ॥ ९४ ॥
L’Ajapā (japa naturel, non proféré) est dite, selon ses divisions, compter un peu plus de six cents. Avec ce saṅkalpa : «Que Viṣṇu, dispensateur de mokṣa, soit satisfait de moi», qu’on la pratique.
Verse 95
अस्याः संकल्पमात्रेण महापापैः प्रमुच्यते । ब्रह्मैवाहं न संसारी नित्यमुक्तो न शोकभाक् ॥ ९५ ॥
Par le seul saṅkalpa de cette réalisation, on est délivré des grands péchés. (On sait :) «Je suis Brahman seul; je ne suis pas un être errant dans le saṃsāra; je suis éternellement libéré et ne participe pas à la douleur».
Verse 96
सञ्चिदानंदरूपोऽहमात्मानमिति भावयेत् । ततः समाचरेद्देहकृत्यं देवार्चनं तथा ॥ ९६ ॥
Qu’on médite ainsi : « Je suis l’Ātman dont la nature est Être, Conscience et Béatitude (Sat–Cit–Ānanda). » Ensuite, qu’on accomplisse comme il se doit les devoirs du corps, et de même le culte rendu à la Divinité.
Verse 97
तद्धिधानं प्रवक्ष्यामि सदाचारस्य लक्षणम् ॥ ९७ ॥
À présent, j’exposerai cette prescription : les signes distinctifs de la bonne conduite (sadācāra).
It functions as a formalized hermeneutic tool for mantra-letters—placing name-syllables and mantra-syllables into compartments to classify outcomes (siddha/sādhya/ari, etc.). In śāstric terms, it is a diagnostic overlay that links phonemic arrangement with predicted siddhi or obstruction, thereby guiding correction (śodhana) before dīkṣā and japa.
It anchors the ritual and yogic program in guru-tattva: the pādukā-mantra and hymns sacralize transmission, cultivate devotion and surrender (samarpana), and frame later inner practices (Ajapā and Kuṇḍalinī) as empowered by lineage rather than mere technique.
Ajapā interprets the natural breath current as continuous mantra-japa (Haṃsa/Gāyatrī), complete with ṛṣi-chandas-devatā and ṣaḍaṅga mapping. The practice culminates in nondual resolve—‘I am Brahman’—showing a bridge from counted ritual performance to internalized realization.