
Chapter 81 — समयदीक्षाविधानम् (Procedure for Samaya Initiation)
Ce chapitre définit la samaya-dīkṣā comme une initiation qui fait naître la connaissance chez le disciple et sert à la fois bhukti et mukti en tranchant les liens de mala et de māyā. Il classe les états incarnés selon la typologie des kalā (pralaya-ākala ; sakala) et distingue la dīkṣā en nirādhārā (sans support rituel, portée par un śakti-nipāta intense) et sādhārā (avec des appuis rituels), nuancée encore en « avec semence » (savījā) ou « sans semence » (nirvījā) selon le samayācāra et l’aptitude. Le texte déploie ensuite une liturgie śaiva-āgamique rigoureuse : levée des obstacles, bhūta-śuddhi, arghya spécial, pañcagavya, opérations protectrices d’astra/kavaca, et nyāsa de création et d’identification, culminant dans la certitude « Śivo’ham ». Śiva est installé en plusieurs lieux—maṇḍala, kalaśa, feu et disciple—de sorte que le rite devient à la fois consécration extérieure et libération intérieure. Viennent ensuite des protocoles détaillés de homa (offrandes, décomptes, dīpana/tarpaṇa, préparation du caru, pūrṇāhuti), puis des règles pour le disciple concernant bhukti versus mukti, la purification par eau-mantra et cendre, le symbolisme du pāśa-bheda, et l’ultime imposition de la śiva-hasta autorisant le culte continu de Bhava. Le chapitre conclut que la samaya-dīkṣā rend apte (yogya) à l’arcana śaiva.
Verse 1
इत्य् आदिमहापुराणे आग्नेये दमनकारोहणविधिर्नाम अशीतितमो ऽध्यायः अथैकाशीतितमो ऽध्यायः समयदीक्षाविधानं ईश्वर उवाच वाक्ष्यामि भोगमोक्षार्थं दीक्षां पापक्षयङ्करीं मलमायादिपाशानां विश्लेषः क्रियते यया
Ainsi, dans l’Agni Purāṇa, le Mahāpurāṇa primordial, s’achève le quatre‑vingtième chapitre intitulé « Le rite de l’ascension du (plant) damanaka ». Commence maintenant le quatre‑vingt‑unième chapitre : « La procédure de l’initiation Samaya ». Le Seigneur dit : « J’exposerai l’initiation (dīkṣā) visant à la fois la jouissance mondaine et la délivrance, qui détruit les péchés ; par elle, les liens faits d’impureté (mala), de māyā et des autres entraves sont desserrés et tranchés. »
Verse 2
ज्ञानञ्च जन्यते शिष्ये सा दीक्षा भुक्तिमुक्तिदा विज्ञातकलनामैको द्वितीयः प्रलयाकलः
Cette initiation (dīkṣā) par laquelle la connaissance naît dans le disciple est celle qui donne à la fois la jouissance mondaine et la libération. Parmi les (états) distingués sous le nom de « kalā », le second est le Pralaya‑ākala, le « non‑manifesté » lors de la dissolution.
Verse 3
तृतीयः सकलः शास्त्रे ऽनुग्राह्यस्त्रिविधो मतः तत्राद्यो मलमात्रेण मुक्तो ऽन्यो मलकर्मभिः
Dans l’enseignement du śāstra, le troisième type est appelé « sakala » (le complet) et est tenu pour apte à recevoir la grâce ; on le dit triple. Parmi ceux-ci, le premier est délivré par le seul résidu d’impureté (mala), tandis qu’un autre est délivré par la purification des impuretés et des actes (karma).
Verse 4
कलादिभूमिपर्यन्तं स्तवैस्तु सकलो यतः निराधाराथ साधारा दीक्षापि द्विविधा मता
Parce que l’adorant est rendu complet en tous points par des hymnes (stava)—depuis les kalā-s et au-delà jusqu’au niveau de la terre—, l’initiation (dīkṣā) est dès lors tenue pour double : « nirādhārā » (sans support) et « sādhārā » (avec support).
Verse 5
निराधारा द्वयोस्तेषां साधारा सकलस्य तु आधारनिरपेक्षेण क्रियते शम्भुचर्यया
Pour deux de ces états/pratiques, il n’y a pas de support (ādhāra) ; mais pour la pratique totale (sakala), il y a un support. Toutefois, par la Śambhu-caryā (la discipline de Śiva), elle s’accomplit d’une manière indépendante de tout support.
Verse 6
तीव्रशक्तिनिपातेन निराधारेति सा स्मृता आचार्यमूर्तिमास्थाय मायातीव्रादिभेदया
Par la descente (nipāta) de la puissance spirituelle intense, la tīvra-śakti, elle est mémorisée comme « Nirādhārā », la Puissance qui ne repose sur aucun support. Prenant la forme de l’ācārya (maître), elle opère selon des distinctions telles que « māyā » et « tīvra » (et d’autres modes gradués).
Verse 7
शक्त्या यां कुरुते शम्भुः सा साधिकरणोच्यते प्रलयानल इति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः प्रलयात्मक इति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः इयं चतुर्विधा प्रोक्ता सवीजा वीजवर्जिता
Ce que Śambhu accomplit au moyen de la Śakti est appelé « sādhikaraṇa ». Dans la leçon du manuscrit marqué, on lit « pralayānala » (« le feu de la dissolution »), tandis qu’une autre leçon marquée donne « pralayātmaka » (« de nature dissolutive »). Cette Śakti/opération est déclarée quadruple—(dont deux types :) avec semence (savījā) et sans semence (vījavarjitā).
Verse 8
साधिकारानधिकारा यथा तदभिधीयते समयाचारसंयुक्ता सवीजा जायते नृणां
Comme il est enseigné, les hommes deviennent, selon leur condition, pourvus ou dépourvus d’habilitation (adhikāra) aux rites; unis à la juste conduite coutumière (samayācāra), ceux-ci deviennent « pourvus de semence » (savīja), c’est‑à‑dire féconds et capables de produire des fruits pour les hommes.
Verse 9
निर्वीजा त्वसमर्थानां समयाचारवर्जिता नित्ये नैमित्तिके काम्ये यतः स्यादधिकारिता
Mais pour ceux qui sont incapables, le rite est « sans semence » (nirbīja), c’est‑à‑dire privé des prérequis védiques complets; il est aussi dépourvu des observances coutumières prescrites (samayācāra). De ce fait, l’habilitation peut valoir pour les rites quotidiens (nitya), occasionnels (naimittika) et ceux accomplis par désir (kāmya).
Verse 10
साधिकारा भवेद्दीक्षा साधकाचार्ययोरतः निर्वीजा दीक्षितानान्तु यदास मम पुत्रयोः
Ainsi, la dīkṣā (initiation) est ce qui confère la juste autorité rituelle (adhikāra) tant au sādhaka (disciple‑pratiquant) qu’à l’ācārya (maître initiateur). Mais lorsque les initiés sont « sans semence » (nirbīja—sans la semence/puissance mantrique), l’initiation devient sans effet, comme ce fut le cas pour mes fils.
Verse 11
नित्यमात्राधिकारत्वद्दीक्षा निरधिकारिका द्विविधेयं द्विरूपा हि प्रत्येकमुपजायते
Parce qu’elle n’accorde l’habilitation (adhikāra) qu’aux rites quotidiens (nitya), cette initiation est dite « sans (plein) adhikāra ». Elle est double; et, en vérité, chacune d’elles naît sous deux formes.
Verse 12
एका क्रियावती तत्र कुण्डमण्डलपूर्विका मनोव्यापारमात्रेण या सा ज्ञानवती मता
Là, l’une (des pratiques) est tournée vers l’action (kriyāvatī), précédée de la préparation du kuṇḍa (foyer sacrificiel) et du maṇḍala (diagramme rituel). Mais celle qui s’accomplit uniquement par l’activité mentale est tenue pour orientée vers la connaissance (jñānavatī).
Verse 13
इत्थं लब्धाधिकारेण दीक्षाअचार्येण साध्यते स्कन्ददीक्षां गुरुः कुर्यात् कृत्वा नित्यक्रियां ततः
Ainsi, lorsque l’ācārya officiant de la dīkṣā a dûment obtenu l’autorité requise (adhikāra), le rite doit être accompli. Ensuite, après avoir exécuté le culte quotidien obligatoire, le guru doit conférer l’initiation de Skanda (Skanda-dīkṣā).
Verse 14
प्रणवार्ग्यकराम्भोजकृतद्वाराधिपार्चणः विघ्नानुत्सार्य देहल्यां न्यस्यास्त्रं स्वासने स्थितः
Après avoir adoré le Seigneur du seuil, les mains purifiées par le praṇava et l’offrande d’arghya, il doit chasser les obstacles. Puis, en déposant l’« astra » protecteur sur le seuil, il demeure assis sur son propre siège rituel (āsana).
Verse 15
कुर्वीत भूतसंशुद्धिं मन्त्रयोगं यथोदितं तिलतण्डुलसिद्धार्थकुशदूर्वाक्षतोदकं
Il faut accomplir la purification des éléments (bhūta-śuddhi) et appliquer la procédure des mantras (mantra-yoga) telle qu’enseignée, en utilisant du sésame, des grains de riz, de la moutarde, l’herbe kuśa, l’herbe dūrvā, l’akṣata (riz non brisé) et de l’eau.
Verse 16
सयवक्षीरनीरञ्च विशेषार्घ्यमिदन्ततः तदम्बुना द्रव्यशुद्धिं तिलकं स्वासनात्मनोः
Ensuite, voici l’arghya spécial : de l’eau mêlée d’orge et de lait. Avec cette eau, on doit purifier les substances rituelles et appliquer le tilaka sur son propre āsana ainsi que sur soi-même.
Verse 17
पूजनं मन्त्रशिद्धिञ्च पञ्चगव्यञ्च पूर्ववत् लाजचन्दनसिद्धार्थभस्मदूर्वाक्षतं कुशान्
Il faut accomplir le culte et rechercher l’accomplissement du mantra (mantra-siddhi), et préparer le pañcagavya comme auparavant ; de plus, tenir prêts le lāja (riz soufflé), le santal, la moutarde blanche, la cendre sacrée (bhasma), l’herbe dūrvā, l’akṣata (riz non brisé) et l’herbe kuśa.
Verse 18
विकिरान् शुद्धलाजांस्तान् सधूपानस्त्रमन्त्रितान् कृतनित्यक्रियाद्वय इति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः भस्मदूर्वाक्षतानिति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः शस्त्राम्बुप्रोक्षितानेतान् कवचेनावगुण्ठितान्
Après avoir dispersé ces grains grillés purs (lājā) avec l’encens, et les avoir consacrés par le mantra de l’arme (astra-mantra)—après l’accomplissement des deux rites quotidiens obligatoires (selon une leçon; une autre leçon marquée porte : «cendre, herbe dūrvā et riz intact»)—qu’on les asperge d’eau sanctifiée par l’astra-mantra, puis qu’on les enveloppe protectivement par le mantra de cuirasse (kavaca).
Verse 19
नानाग्रहणाकारान् विघ्नौघविनिवारकान् दर्भाणान्तालमानेन कृत्वा षट्त्रिंशता दलैः
Qu’on les façonne en diverses formes propres à être saisies, comme dissipatrices des amas d’obstacles, en utilisant les pointes de l’herbe darbha mesurées à la longueur d’un tāla, et en les composant de trente-six brins.
Verse 20
सप्तजप्तं शिवास्त्रेण वेणीं बोधासिमुत्तमं शिवमात्मनि विन्यस्य सृष्ट्याधारमभीप्सितं
Après avoir récité sept fois le Śivāstra, (qu’on prenne) la veṇī, tresse ou chignon, ainsi que l’épée suprême de l’éveil (bodhāsi) ; en installant Śiva en soi-même par le nyāsa, (on obtient) le support désiré de la création.
Verse 21
निष्कलं च शिवं न्यस्य शिवो ऽहमिति भावयेत् उष्णीषं शिरसि न्यस्य अलं कुर्यात्स्वदेहकं
Après avoir accompli le nyāsa de Śiva, l’Indivisible (niṣkala), qu’on médite : «Je suis Śiva». En plaçant par nyāsa l’uṣṇīṣa (ornement sommital) sur la tête, qu’on orne ainsi et sanctifie son propre corps.
Verse 22
गन्धमण्डनकं स्वीये विदध्याद्दक्षिणे करे विधिनात्रार्चयेदीशमित्थं स्याच्छिवमस्तकं
En plaçant l’ornement parfumé (gandha-maṇḍanaka) sur sa main droite, qu’on adore ensuite Īśa selon le rite prescrit ; ainsi, cela devient la «tête de Śiva» (dans l’enchaînement du culte).
Verse 23
विन्यस्य शिवमन्त्रेण भास्वरं निजमस्तके शिवादभिन्नमात्मानं कर्तारं भावयेद्यथा
Après avoir accompli le nyāsa avec le mantra de Śiva sur sa propre tête, on doit se contempler comme resplendissant, comme l’agent (faiseur), et comme le Soi non différent de Śiva—ainsi.
Verse 24
मण्डले कर्मणां साक्षी कलशे यज्ञरक्षकः होमाधिकरणं वह्नौ शिष्ये पाशविमोचकः
Dans le maṇḍala rituel, Il est le témoin de tous les actes ; dans le kalaśa consacré, Il est le protecteur du yajña ; dans le feu sacré, Il est le siège même et l’autorité du homa ; et dans le disciple, Il devient le libérateur des liens (pāśa).
Verse 25
स्वात्मन्यनुगृहीतेति षडाधारो य ईश्वरः सो ऽहमेवेति कुर्वीत भावं स्थिरतरं पुनः
En pensant : «Je suis gratifié au sein de mon propre Soi», on doit, encore et encore, affermir davantage la conviction : «Ce Seigneur établi dans les six supports (ṣaḍ-ādhāra) n’est nul autre que moi seul».
Verse 26
ज्ञानखड्गकरः स्थित्वा नैरृत्याभिमुखो नरः सार्घ्याम्बुपञ्चगव्याभ्यां प्रोक्षयेद्यागमण्डपं
Se tenant debout, l’« épée de la connaissance » à la main, et faisant face au sud-ouest (nairṛti), l’officiant doit asperger (consacrer) le pavillon sacrificiel avec l’eau d’arghya et avec le pañcagavya.
Verse 27
चतुष्पथान्तसंस्कारैः संस्कुर्यादीक्षणादिभिः विक्षिप्य विकरांस्तत्र कुशकूर्चोपसंहरेत्
À la fin des rites accomplis au carrefour (catuṣpatha), on doit parachever la consécration par des actes tels que l’aspersion et autres semblables ; après y avoir dispersé les offrandes rituelles, on conclura en les rassemblant avec une brosse d’herbe kuśa (kuśakūrcha).
Verse 28
तानीशदिशि वर्धन्यामासनायोपकल्पयेत् नैरृते वास्तुगीर्वाणान् द्वारे लक्ष्मीं प्रपूजयेत्
Ces (objets/offrandes) doivent être disposés en forme de siège dans la direction d’Īśāna (nord-est), sur l’emplacement propice nommé Vardhanī, qui accroît la prospérité. Dans le quartier de Nairṛta (sud-ouest), on doit adorer les divinités du Vāstu ; et au seuil, on doit vénérer dûment Lakṣmī.
Verse 29
आप्ये रत्नैः पूरयन्तीं हृदा मण्डपरूपिणीं अस्त्राम्बु इति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः शिष्ये पापविमोचक इति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः साम्बुवस्त्रे सरत्ने च धान्यस्थे पश्चिमानने
Dans le vase (d’eau), au moyen du mantra Hṛdā, on doit visualiser/établir l’énergie (ou la Déesse) de forme maṇḍala, comme remplie de joyaux. (Certains manuscrits marqués lisent ici « astrāmbu » ; et, dans l’instruction adressée au disciple, certains manuscrits marqués lisent « pāpavimocaka ».) On la placera sur un tissu humidifié d’eau, avec des gemmes, sur un lit de grains, le visage tourné vers l’ouest.
Verse 30
ऐशे कुम्भे यजेच्छम्भुं शक्तिं कुम्भस्य दक्षिणे पश्चिमस्यान्तु सिंहस्थां वर्धनीं खड्गरूपिणीं
Dans un tel kumbha consacré, on doit adorer Śambhu (Śiva). Au côté sud du kumbha, on doit adorer Śakti ; et au côté ouest, Vardhanī—assise sur un lion et ayant la forme d’une épée.
Verse 31
दिक्षु शक्रादिदिक्पालान्विष्ण्वन्तान् प्रणवासनान् वाहनायुधसंयुक्तान् हृदाभ्यर्च्य स्वनामभिः
Dans les directions, on doit adorer—dans le cœur—les gardiens des quartiers (Dikpāla), depuis Indra (Śakra) jusqu’à Viṣṇu, assis sur la syllabe Oṃ et pourvus de leurs montures et armes respectives, en leur rendant hommage par le (mantra) Hṛdā et en invoquant chacun par son propre nom.
Verse 32
प्रथमन्तां समादाय कुम्भस्याग्राभिगामिनीं अविच्छिन्नपयोधरां भ्रामयित्वा प्रदक्षिणं
En prenant la première (offrande/coulée rituelle) et en faisant tourner vers la droite (dans le sens horaire) le flux ininterrompu—dirigé vers l’avant du kumbha—on doit accomplir la pradakṣiṇā (circumambulation rituelle).
Verse 33
शिवाज्ञां लोकपालानां श्रावयेन्मूलमुच्चरन् संरक्षत यथायोगं कुम्भं धृत्वाथ तां धारेत्
En récitant le mantra racine, on doit faire entendre aux Lokapāla l’ordre de Śiva : «Protégez (ce rite) comme il convient». Puis, prenant le kumbha consacré, on le portera et le maintiendra selon la règle.
Verse 34
ततः स्थिरासने कुम्भे साङ्गं सम्पूज्य शङ्करं विन्यस्य शोध्यमध्वानं वर्धन्यामस्त्रमर्चयेत्
Ensuite, sur un siège stable, dans le kumbha, après avoir honoré pleinement Śaṅkara avec tous ses membres et éléments associés (sāṅga), et après avoir accompli le nyāsa de la voie à purifier (śodhyam adhvānam), on doit y adorer le mantra-arme «Vardhanī» (astra).
Verse 35
ः अस्त्रासनाय हूं फट् ॐ ॐ अस्त्रमूर्तये नमः ॐ हूं फट् पाशुपतास्त्राय नमः ॐ ॐ हृदयाय हूं फट् नमः ॐ श्रीं शिरसे हूं फट् नमः ॐ यं शिखायै हूं फट् नमः ॐ गूं कवचाय हूं फट् नमः ॐ फट् अस्त्राय हूं फट् नमःचतुर्वक्त्रं सदंष्ट्रञ्च स्मरेदस्त्रं सशक्तिकं समुद्गरत्रिशूलासिं सूर्यकोटिसमप्रभं
«ḥ—au siège de l’arme, hūṁ phaṭ. Oṁ, oṁ—hommage à l’Arme en sa forme incarnée (Astramūrti). Oṁ hūṁ phaṭ—hommage à l’arme Pāśupata. Oṁ, oṁ—au cœur, hūṁ phaṭ, hommage. Oṁ śrīṁ—à la tête, hūṁ phaṭ, hommage. Oṁ yaṁ—à la śikhā (touffe), hūṁ phaṭ, hommage. Oṁ gūṁ—au kavaca (cuirasse), hūṁ phaṭ, hommage. Oṁ phaṭ—à l’astra (arme), hūṁ phaṭ, hommage.» On méditera l’arme comme ayant quatre faces et des crocs, pourvue de Śakti, portant massue, trident et épée, d’un éclat égal à dix millions de soleils.
Verse 36
भगलिङ्गसमायोगं विदध्याल्लिङ्गमुद्रया अट् ॐ ॐ अस्त्रमूर्तये नमः ॐ स्वां स्वं क्रूं फट् पाशुपतास्त्राय स्वाहा ॐ ॐ हृदयाय क्रूं फट् नमः ॐ पं शिखायै क्रूं फट् नमः ॐ खं कवचाय क्रूं फट् नमः ॐ हं फट् अस्त्राय फट् नमः इति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः अग्गुष्ठेन स्पृशेत् कुम्भं हृदा मुष्ट्यास्त्रवर्धनीं
On doit accomplir la conjonction (samāyoga) du Bhaga-liṅga au moyen de la liṅga-mudrā, avec l’exclamation «aṭ». (Puis réciter :) «Oṁ Oṁ—hommage à Astramūrti. Oṁ svāṃ svaṃ krūṃ phaṭ—au Pāśupata-astra, svāhā. Oṁ Oṁ—au cœur, krūṃ phaṭ, hommage. Oṁ paṃ—à la śikhā, krūṃ phaṭ, hommage. Oṁ khaṃ—au kavaca, krūṃ phaṭ, hommage. Oṁ haṃ phaṭ—à l’astra, phaṭ, hommage.» Telle est la lecture d’un manuscrit marqué. Du pouce on touche le kumbha ; la main sur le cœur, poing fermé, est le geste qui fortifie l’astra-vardhanī.
Verse 37
भुक्तये मुक्तये त्वादौ मुष्टिना वर्धनीं स्पृशेत् कुम्भस्य मुखरक्षार्थं ज्ञानखड्गं समर्पयेत्
Au début, pour la jouissance mondaine et pour la délivrance (mukti), on doit toucher la «Vardhanī» du poing fermé ; et, afin de protéger l’orifice du kumbha, on doit offrir l’«épée de la connaissance» (jñāna-khaḍga).
Verse 38
शस्त्रञ्च मूलमन्त्रस्य शतं कुम्भे निवेशयेत् तद्दशांशेन वर्धन्यां रक्षां विज्ञापयेत्ततः
On doit déposer l’arme, avec cent récitations/infusions du mantra racine, dans une jarre d’eau (kumbha) ; puis, avec le dixième de cela (c’est‑à‑dire dix), dans un vase d’aspersion, on doit proclamer et investir de puissance le rite de protection (rakṣā).
Verse 39
यथेदं कृतयत्नेन भगवन्मखमन्दिरं रक्षणीयं जगन्नाथ सर्वाध्वरधर त्वया
Ô Seigneur, Jagannātha, soutien de tous les sacrifices : ce sanctuaire sacrificiel (makha-mandira) a été préparé avec un effort appliqué ; qu’il soit donc protégé par Toi.
Verse 40
प्रणवस्थं चतुर्बाहुं वायव्ये गणमर्चयेत् स्थण्डिले शिवमभ्यर्च्य सार्घ्यकुण्डं व्रजेन्नरः
Dans le quartier nord‑ouest (vāyavya), on doit vénérer le Gaṇa établi sur la syllabe Oṁ et pourvu de quatre bras. Après avoir adoré Śiva sur le sol rituel (sthaṇḍila), l’officiant doit se rendre à la fosse d’offrande d’arghya (sārghya‑kuṇḍa).
Verse 41
निविष्टो मन्त्रतृप्त्यर्थमर्घ्यगन्धघृतादिकं वामे ऽसव्ये तु विन्यस्य समिद्दर्भतिलादिकं
Une fois assis, afin d’achever et de satisfaire les mantras, il doit placer à gauche l’offrande d’arghya, les parfums, le ghee et les autres requis ; et du côté non gauche, disposer les baguettes de combustible (samid), l’herbe kuśa/darbha, le sésame et autres éléments semblables.
Verse 42
कुण्डवह्निस्रुगाज्यादि प्राग्वत् संस्कृत्य भावयेत् मुख्यतामूर्ध्ववक्त्रस्य हृदि वह्नौ शिवं यजेत्
Après avoir préparé et consacré, comme précédemment, la fosse (kuṇḍa), le feu rituel, la louche (srug), le ghee et les autres objets requis, on doit accomplir la visualisation prescrite. Tenant pour principal l’aspect au visage tourné vers le haut (ūrdhva‑vaktra), on doit adorer Śiva dans le feu, en ce centre du cœur.
Verse 43
स्वमूर्तौ शिवकुम्भे च स्थण्डिले त्वग्निशिष्ययोः सृष्टिन्यासेन विन्यस्य शोध्याध्वानं यथाविधि
Après avoir accompli le sṛṣṭi-nyāsa (la « pose créatrice » des mantras) sur sa propre forme corporelle, sur le Śiva-kumbha (vase de consécration de Śiva), sur le sthaṇḍila (sol/autel rituel) et sur soi-même avec le feu et le disciple, il faut ensuite purifier l’adhvā (la voie rituelle des tattva et des mantras) selon la règle prescrite.
Verse 44
कुण्डमानं मुखं ध्यात्वा हृदाहुतिभिरीप्सितं वीजानि सप्तजिह्वानामग्नेर्होमाय भण्यते
Après avoir médité le kuṇḍa (fosse du feu) comme la « bouche » divine, et après avoir offert les oblations désirées comme offrandes du cœur, on récite alors les syllabes-semences (bīja) des sept langues d’Agni en vue du homa.
Verse 45
विरेफावन्तिमौवर्णौ रेफषष्ठस्वरान्वितौ इन्दुविन्दुशिखायुक्तौ जिह्वावीजानुपक्रमात्
Ces deux phonèmes, Va et Ra, sont pourvus du son « repha » et reliés à la sixième voyelle ; ils portent les signes du croissant, du point (anusvāra) et du trait en forme de flamme, selon la succession opératoire de la semence de la langue (jihvā-bīja), c’est‑à‑dire la base articulatoire de la langue.
Verse 46
हिरण्या वनका रक्ता कृष्णा तदनु सुप्रभा अतिरिक्ता बहुरूपा रुद्रेन्द्राग्न्याप्यदिङ्मुखा
De teinte dorée, demeurant dans la forêt, rouge et noire ; puis de nouveau rayonnante. Surpassant par l’éclat, aux formes multiples ; et tournée vers Rudra, Indra, Agni, ainsi que vers les directions—telle est sa description.
Verse 47
क्षीरादिमधुरैर् होमं कुर्याच्छान्तिकपौष्टिके अभिचारे तु पिण्याकसक्तुकञ्चुककाञ्चिकैः
Pour les rites śāntika (d’apaisement) et pauṣṭika (d’accroissement de prospérité), on doit accomplir le homa avec des substances douces, à commencer par le lait ; mais pour l’abhicāra (rite de sorcellerie offensive), on offrira tourteau d’huile, farine grillée, balle/son et bouillie aigre.
Verse 48
लवणैर् आजिकातक्रकटुतैलैश् च कण्टकैः वायव्ये कालमर्चयेदिति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः समिद्भिरपि वक्राभिः क्रुद्धो भाष्याणुना यजेत्
Avec du sel, de la moutarde, du babeurre, des huiles âcres et piquantes, et aussi avec des épines, dans la direction Vāyavya (nord‑ouest) on doit vénérer Kāla—ainsi le porte la leçon du manuscrit marqué. Même avec des baguettes de bois de feu courbées, lorsqu’on est courroucé, on doit accomplir l’offrande selon l’instruction explicative (bhāṣya).
Verse 49
कदम्बकलिकाहोमाद्यक्षिणी सिद्ध्यति ध्रुवं बन्धूककिंशुकादीनि वश्याकर्षाय होमयेत्
En offrant au feu, en homa, les boutons floraux de kadamba, la Yakṣiṇī est assurément menée à l’accomplissement. Pour la subjugation et l’attraction, on doit accomplir le homa avec bandhūka, kiṃśuka et d’autres plantes ou fleurs similaires.
Verse 50
बिल्वं राज्याय लक्ष्मार्थं पाटलांश् चम्पकानपि पद्मानि चक्रवर्तित्वे भक्ष्यभोज्यानि सम्पदे
Le bilva s’emploie pour obtenir la royauté ; pour obtenir Lakṣmī (fortune et prospérité), on emploie aussi la pāṭalā et le campaka ; les lotus pour la souveraineté universelle du cakravartin ; et les aliments comestibles ainsi que les mets préparés pour l’acquisition de la richesse matérielle.
Verse 51
दूर्वा व्याधिविनाशाय सर्वसत्त्ववशीकृते प्रियङ्गुपाटलीपुष्पं चूतपत्रं ज्वरान्तकं
L’herbe dūrvā s’emploie pour détruire les maladies et pour mettre tous les êtres sous influence. Les fleurs de priyaṅgu et de pāṭalī, ainsi que les feuilles de manguier, s’emploient comme remèdes mettant fin à la fièvre.
Verse 52
मृत्युञ्जयो मृत्युजित् स्याद् वृद्धिः स्यात्तिलहोमतः रुद्रशान्तिः सर्वशान्त्यै अथ प्रस्तुतमुच्यते
Par (le rite/mantra de) Mṛtyuñjaya, on devient vainqueur de la mort ; par le tila-homa, l’offrande de sésame au feu, naissent accroissement et prospérité. Le rite d’apaisement de Rudra (Rudra-śānti) vise l’obtention de toutes les pacifications ; à présent est énoncée la procédure en cours.
Verse 53
आहुत्यष्टशतैर् मूलमङ्गानि तु दशांशतः सन्तर्पयेत मूलेन दद्यात् पूर्णां यथा पुरा
Après avoir offert huit cents oblations (āhuti), on doit ensuite apaiser et satisfaire (santarpayet) les membres subsidiaires du rite au moyen du dixième de cette quantité ; puis, avec le mantra racine (mūla-mantra) lui-même, on offrira l’oblation complète (pūrṇāhuti), comme on le faisait jadis selon la procédure établie.
Verse 54
तथा शिष्यप्रवेशाय प्रतिशिष्यं शतं जपेत् दुर् निमित्तापसाराय सुनिमित्तकृते तथा
De même, pour l’entrée-initiation d’un disciple (śiṣya-praveśa), on doit réciter (japa) le mantra cent fois pour chaque disciple ; et pareillement, on accomplit le japa afin d’écarter les présages néfastes et de faire naître des signes favorables.
Verse 55
शतद्वयञ्च होतव्यं मूलमन्त्रेण पूर्ववत् मूलाद्यष्टास्त्रमन्त्राणां स्वाहान्तैस्तर्पणं सकृत्
Deux cents (oblations) doivent être offertes, comme auparavant, avec le mantra racine (mūla-mantra). Ensuite, pour le mantra racine et les huit mantras-armes (astra-mantra) commençant par lui, on accomplira une tarpaṇa unique (offrande de satisfaction) au moyen de formules se terminant par « svāhā ».
Verse 56
शिखासम्पुटितैर् वीजैर् ह्रूं फडन्तैश् च दीपनं ॐ हौं शिवाय स्वाहेत्यादिमन्त्रैश् च तर्पणं
Avec les bīja-mantras enveloppés par la śikhā (encadrement par le śikhā-bīja), et avec le bīja « hrūṃ » terminé par le mantra-arme « phaṭ », on doit accomplir le dīpana (rite d’allumage et d’activation). Et avec les mantras commençant par « oṃ hauṃ śivāya svāhā », on accomplira la tarpaṇa (rite de satisfaction par l’offrande).
Verse 57
ॐ ह्रूं ह्रौं ह्रीं शिवाय ह्रूं फडित्यादिदीपनं ततः शिवाम्भसा स्थालीं क्षालितां वर्मगुण्ठितां
« Oṃ hrūṃ hrauṃ hrīṃ śivāya hrūṃ phaṭ »—et des syllabes semblables—doivent être proférés pour le dīpana (rite d’allumage et de dynamisation). Ensuite, avec l’« eau de Śiva » consacrée (śivāmbhas), on lavera le récipient rituel (sthālī) et on le fixera, scellé d’une enveloppe protectrice.
Verse 58
चन्दनादिसमालब्धां बध्नीयात् कटकं गले वर्मास्त्रजप्तसद्दर्भपत्राभ्यां चरुसिद्धये
Après l’avoir oint de santal et d’autres substances semblables, on doit nouer à la gorge l’amulette de cou (kaṭaka), au moyen de deux feuilles d’herbe sacrée darbha sur lesquelles ont été récités les mantras Varma et Astra, afin d’assurer l’accomplissement réussi de l’oblation rituelle (caru).
Verse 59
हुं फडन्तैश् च ख, चिह्नितपुस्तकपाठः ॐ हूं हौं हूं शिवाय हूमिति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः ॐ क्रं हौं क्रं शिवाय क्रूं इति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः धर्मगुण्ठितामिति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः वर्माद्यैर् आसने दत्ते सार्धेन्दुकृतमण्डले न्यस्तायां मूर्तिभूतायां भावपुष्पैः शिवं यजेत्
Avec le bīja « huṃ » accompagné de l’exclamation « phaṭ » (selon certains manuscrits signalés), on emploiera des formes de mantra telles que « oṃ hūṃ hauṃ hūṃ śivāya hūṃ » (selon une recension) ou « oṃ kraṃ hauṃ kraṃ śivāya krūṃ » (selon une autre). Après avoir placé (la divinité) sur le siège rituel (āsana) muni de protections telles que le Varma et autres, et à l’intérieur d’un maṇḍala tracé avec le croissant de lune et son appendice (sārdhendu), lorsque l’image, installée par nyāsa, est devenue « incarnée » en forme manifeste, on doit adorer Śiva avec les « fleurs de la contemplation » (bhāva-puṣpa), c’est-à-dire des offrandes intérieures de dévotion.
Verse 60
वस्त्रबद्धमुखायां वा स्थाल्यां पुष्पैर् वहिर्भवैः चुल्ल्यां पश्चिमवक्त्रायां न्यस्तायां मानुषात्मना
Ou bien, dans un pot (sthālī) dont l’ouverture est liée et couverte d’un tissu, on placera des fleurs « nées au dehors » (c’est-à-dire cueillies à l’extérieur). Ce pot, déposé par le pratiquant humain, doit être posé sur le foyer (cullī) en orientant son ouverture/face vers l’ouest.
Verse 61
न्यस्ताहङ्कारवीजायां शुद्धायां वीक्षणादिभिः धर्माधर्मशरीरायां जप्तायां मानुषात्मना
Lorsque la semence de l’ego (ahaṅkāra) a été apaisée et que le champ intérieur a été purifié par des pratiques commençant par l’observation disciplinée et autres, alors—quand le soi humain accomplit le japa sur ce corps constitué de mérite et de démérite (dharma et adharma)—la purification intérieure visée s’accomplit.
Verse 62
स्थालीमारोपयेदस्त्रजप्तां गव्याम्बुमार्जितां गव्यं पयो ऽस्त्रसंशुद्धं प्रासादशतमन्त्रितं
On doit placer un plat/récipient (sthālī) sur lequel a été récité le mantra de l’Arme (Astra), et le purifier avec l’eau de vache (gomūtra). Ensuite, le lait de vache, purifié par le mantra Astra et consacré par la récitation cent fois du mantra « Prāsāda », doit être utilisé pour l’opération rituelle.
Verse 63
तुण्डलान् श्यामकादीनां निक्षिपेत्तत्र तद्यथा एकशिष्यविधानाय तेषां प्रसृतिपञ्चकं
Là, l’on doit déposer le tuṇḍala et les autres semblables—tels que le śyāmaka—selon la méthode prescrite ; pour la règle destinée à un seul disciple, la mesure de ces ingrédients est de cinq prasṛtis.
Verse 64
प्रसृतिं प्रसृतिं पश्चाद्वर्धयेद् द्व्यादिषु क्रमात् कुर्याच्चानलमन्त्रेण पिधानं कवचाणुना
Ensuite, l’on doit accroître progressivement—en commençant par deux (unités)—en ajoutant à chaque étape une mesure de « prasṛti ». Puis, au moyen du Mantra du Feu (Anala-mantra), on accomplit le pidhāna (fermeture/scellement) avec le kavaca-mantra dans sa forme subtile (anu).
Verse 65
शिवाग्नौ मूलमन्त्रेण पूर्वास्यश् चरुकं पचेत् सुखिन्ने तत्र तच्चुल्ल्यां श्रुवमापूर्य सर्पिषा
Tourné vers l’est, on doit cuire le caru (bouillie sacrificielle) dans le feu de Śiva en récitant le mūla-mantra. Lorsqu’il est cuit comme il convient, sur ce même foyer on remplit le śruva (louche rituelle) de ghee.
Verse 66
स्वाहान्तैः संहितामन्त्रैर् दत्वा तप्ताभिघारणं संस्थाप्य मण्डले स्थालीं सद्दर्भे ऽस्त्राणुना कृते
Après avoir accompli l’abhighāraṇa (aspersion chaude) avec les mantras de la Saṃhitā se terminant par « svāhā », on met le rite en ordre : dans le maṇḍala, établir la sthālī (pot d’offrande) sur du darbha pur, après avoir exécuté le rite de l’astra (mantra-arme protecteur) en forme subtile (anu).
Verse 67
प्रणवेन पिधायास्यां तद्देहलेपनं हृदा सुशीतलो भवत्येवम् प्राप्य शीताभिघारणं
Après avoir fermé la bouche par le Praṇava (la syllabe Oṁ) et appliqué cette pâte sur le corps avec une intention recueillie depuis le cœur, on devient entièrement rafraîchi ; ainsi s’obtient la procédure du śītābhighāraṇa (aspersion/affusion refroidissante).
Verse 68
विदध्यात्संहितामन्त्रैः शिष्यं प्रति सकृत् सकृत् धर्माद्यासनके हुत्वा कुण्डमण्डलपश्चिमे
Il doit consacrer dûment le disciple au moyen des mantras de la Saṃhitā, en les répétant encore et encore ; après avoir offert des oblations sur les sièges de Dharma et les autres, il doit établir le disciple du côté occidental du foyer (kuṇḍa) et du maṇḍala.
Verse 69
सम्पातञ्च स्रुचा हुत्वा शुद्धिं संहितया चरेत् चरुकं सकृदालभ्य तयैव वषडन्तया
Après avoir offert l’oblation finale (sampāta) avec la louche rituelle (sruc), on accomplit le rite de purification au moyen du saṃhitā-mantra prescrit. Puis, après avoir touché une seule fois l’offrande de caru, on fait l’oblation avec ce même mantra, se terminant par l’exclamation « vaṣaṭ ».
Verse 70
धर्माद्यैर् आसने इति क, चिह्नितपुस्तकपाठः सार्दाम्बुकृतमण्डले इति ख, चिह्नितपुस्तकपाठः धर्माद्यासनके धृत्वेति ख, ग, चिह्नितपुस्तकपाठः धेनुमुद्रामृतीभूतं स्थण्डिलेशान्तिकं नयेत् साज्यभागं स्वशिष्याणां भागो देवाय वह्नये
Ayant rendu le rite « semblable au nectar » au moyen de la Dhenu-mudrā, on doit porter l’offrande pacificatrice (śāntika) au sthaṇḍila, l’autel/foyer de terre. La part accompagnée de ghee revient à ses propres disciples ; la part principale est pour le dieu — Agni (Vahni).
Verse 71
कुर्यात्तु स्तोकपालादेः समध्वाज्यमितिदं त्रयं नमो ऽन्तेन हृदा दद्यात्तेनैवाचमनीयकं
On doit accomplir le rite en commençant par le vase d’aspersion (stokapāla) et le reste, avec (des substances telles que) le miel et le ghee : cet ensemble de trois. On l’offre avec le mantra du cœur (hṛdaya) se terminant par « namaḥ » ; et par ce même mantra on consacre l’eau d’ācamana (pour la purification par gorgées rituelles).
Verse 72
साज्यं मन्त्रशतं हुत्वा दद्यात् पूर्णां यथाविधि मण्डलं कुण्डतः पूर्वे मध्ये वा शम्भुकुम्भयोः
Après avoir offert cent portions d’oblation mantra avec du ghee, on doit ensuite accomplir la pūrṇāhuti, l’offrande pleine (finale), selon la règle. Le maṇḍala rituel doit être disposé à l’est du kuṇḍa, ou au milieu, entre Śambhu (Śiva) et le kumbha (vase rituel d’eau).
Verse 73
रुद्रमातृगणादीनां निर्वर्त्यान्तर्बलिं हृदा शिवमध्ये ऽप्यलब्धाज्ञो विधायैकत्वभावनं
Après avoir accompli comme il se doit, dans le cœur, l’oblation intérieure (antar-bali) pour Rudra, la troupe des Mères (Mātṛgaṇa) et les autres, même celui qui n’a pas obtenu l’autorisation rituelle complète doit, au sein de Śiva (dans la conscience de Śiva), cultiver la contemplation de l’unité (ekatva-bhāvanā).
Verse 74
सर्वज्ञतादियुक्तो ऽहं समन्ताच्चोपरि स्थितः ममांशो योजनास्थानमधिष्ठाहमध्वरे
Doué d’omniscience et de qualités semblables, je demeure au-dessus et tout autour. Dans le sacrifice (adhvara), une part de moi préside aux stations mesurées et assignées (yojanā-sthāna).
Verse 75
शिवो ऽहमित्यहङ्कारी निष्क्रमेद् यागमण्डपात् न्यस्तपूर्वाग्रसन्धर्भे शस्त्राणुकृतमण्डले
Avec l’auto-affirmation (ahaṅkāra) de la pensée-mantra «Je suis Śiva», il doit sortir du pavillon sacrificiel (yāga-maṇḍapa), dans un cadre rituel où l’agencement dirigé vers l’avant a été posé d’avance et où le cercle/diagramme a été formé (ou marqué) au moyen d’armes.
Verse 76
प्रणवासनके शिष्यं शुक्लवस्त्रोत्तरीयकं स्नातञ्चोदङ्मुखं मुक्त्यै पूर्ववक्त्रन्तु भुक्तये
Fais asseoir le disciple sur un siège de Pranava ; qu’il porte des vêtements blancs avec une étoffe supérieure blanche et, après s’être baigné, qu’il fasse face au nord pour la délivrance (mukti) — tandis que faire face à l’est est prescrit pour l’obtention des jouissances mondaines (bhukti).
Verse 77
ऊर्ध्वं कायं समारोप्य पूर्वास्यं प्रविलोकयेत् चरणादिशिखां यावन्मुक्तौ भुक्तौ विलोमतः
Le corps redressé et tourné vers l’est, on doit contempler avec constance depuis les pieds jusqu’au sommet du crâne ; et, dans les pratiques de délivrance (mukti) et de jouissance (bhukti), on doit procéder en ordre inverse (vilomataḥ) selon l’enseignement.
Verse 78
चक्षुषा सप्रसादेन शैवं धाम विवृण्वता अस्त्रोदकेन सम्मोक्ष्य मन्त्राम्बुस्नानसिद्दये
Les yeux rendus sereins et bienveillants, tandis qu’intérieurement il dévoile par la contemplation le séjour śaiva, qu’il dissipe et purifie les obstacles au moyen de l’eau investie par l’Astra-mantra, afin de réussir le bain d’eau consacrée par mantra (mantrāmbu-snāna).
Verse 79
भस्मस्नानाय विघ्नानां शान्तये पापभित्तये सृष्टिसंहारयोगेन ताडयेदस्त्रभस्मना
Pour le rite du bain de cendre sacrée (bhasma)—afin d’apaiser les obstacles et de briser le péché—qu’il frappe ou applique rituellement la cendre consacrée par l’Astra, en recourant au procédé yogique de création et de résorption (sṛṣṭi–saṃhāra).
Verse 80
पुनरस्त्राम्बुना प्रोक्ष्य सकलीकरणाय तं स्थण्डिलोपान्तिकं नयेदिति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः तेनैवाचमनीयमिति क, ख, ग, चिह्नितपुस्तकत्रयपाठः पाशभित्तये इति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः नाभेरूर्ध्वं कुशाग्रेण मार्जनीयास्त्रमुच्चरन्
Ensuite, l’ayant de nouveau aspergé avec l’« eau-astra » consacrée, qu’il le conduise près du bord du terrain rituel (sthaṇḍila) en vue du sakalīkaraṇa (complétude). Avec cette même eau, qu’il accomplisse l’ācamana (gorgée purificatrice). En récitant le mārjanīya-astra, qu’il essuie le corps au-dessus du nombril avec la pointe de l’herbe kuśa.
Verse 81
त्रिधाअलभेत तन्मूलैर् अघमर्षाय नाभ्यधः द्वैविध्याय च पाशानां आलभेत शराणुना
Pour le rite d’Aghamarṣaṇa (expulsion du péché), qu’on accomplisse l’offrande ou l’immolation en trois temps avec ces parties de racine, au-dessous du nombril. Et pour établir la double classification des pāśa (liens/entraves), qu’on fasse l’offrande avec la pointe de flèche (śarāṇu).
Verse 82
तच्छरीरे शिवं साङ्गं सासनं विन्यसेत्ततः पुष्पादिपूजितस्यास्य नेत्रे नेत्रेण वा हृदा
Alors, sur ce corps, qu’il accomplisse le nyāsa, en y installant Śiva avec ses membres (sāṅga) ainsi que son siège (āsana). Pour cette divinité déjà honorée par des fleurs et autres offrandes, que l’installation se fasse dans les yeux—œil par œil, ou bien d’un seul coup par le cœur (hṛdā).
Verse 83
बध्वामन्त्रितवस्त्रेण सितेन सदशेन च अप्_८१०८३अब्प्रदक्षिणक्रमादेनं प्रवेश्य शिवदक्षिणं
L’ayant lié avec un tissu consacré—blanc et muni de dix nœuds/tours selon la règle—on doit ensuite le faire entrer selon l’ordre correct de la circumambulation, en gardant Śiva à droite (pradakṣiṇā).
Verse 84
सवस्त्रमासनं दद्यात् यथावर्णं निवेदयेत् संहारमुद्रयात्मानं मूर्त्या तस्य हृदम्बुजे
On doit offrir un siège avec un tissu, et présenter les offrandes selon l’ordre prescrit des couleurs/varṇa. Ensuite, au moyen de la Saṁhāra-mudrā, on doit déposer (fondre) soi-même—avec sa forme incarnée—dans le lotus du cœur de Lui.
Verse 85
निरुध्य शोधिते काये न्यासं कृत्वा तमर्चयेत् पूर्वाननस्य शिष्यस्य मूलमन्त्रेण मस्तके
Après avoir maîtrisé (les sens/le souffle) et purifié le corps, on doit accomplir le nyāsa puis l’adorer ; pour le disciple tourné vers l’est, le mantra racine (mūla-mantra) doit être posé/récité sur la tête.
Verse 86
शिवहस्तं प्रदातव्यं रुद्रेशपददायकं शिवसेवाग्रहोपायं दत्तहस्तं शिवाणुना
On doit conférer la « main de Śiva », qui accorde l’état ou le rang de Rudra et d’Īśa ; c’est le moyen d’admettre formellement quelqu’un au service de Śiva. Cette main doit être donnée par l’initié de Śiva (śivāṇu).
Verse 87
शिवे प्रक्षेपयेत् पुष्पमपनीयार्चकन्तारं तत्पात्रस्थानमन्त्राढ्यं शिवदेवगणानुगं
On doit jeter une fleur sur Śiva ; après avoir écarté l’élément (rituellement) impur ou obstructif près de l’officiant, on établira ensuite le vase approprié et son emplacement, richement accompagné de mantras, conformément à Śiva et aux troupes de ses divinités (gaṇa).
Verse 88
विप्रादीनां क्रमान्नाम कुर्याद्वा स्वेच्छया गुरुः प्रणतिं कुम्भवर्धन्योः कारयित्वानलान्तिकं
Le guru doit attribuer le nom selon l’ordre prescrit, en commençant par les brāhmaṇas (et les autres classes), ou bien selon son propre choix. Après avoir fait accomplir une prosternation révérencielle devant le kumbha (pot rituel d’eau) et la vardhanī (vase d’aspersion), il doit ensuite passer aux actes accomplis près du feu sacré.
Verse 89
सदक्षिणासने तद्वत् सौम्यास्यमुपवेशयेत् शिष्यदेहविनिष्क्रान्तां सुषुम्णामिव चिन्तयेत्
De même, sur le siège de droite, il doit faire asseoir celui dont le visage est doux et paisible. Et il doit se représenter (le courant vital) comme étant sorti du corps du disciple, tel la suṣumṇā, le canal subtil central.
Verse 90
निजग्रहलीनाञ्च दर्भमूलेन मन्त्रितं सुवर्णञ्चेति ग, चिह्नितपुस्तकपाठः शिवात्मनेति ख, ग, चिह्नितपुस्तकद्वयपाठः अपनीयाधिकाम्बरं इति घ, चिह्नितपुस्तकपाठः सदक्षिणासन तत्रेति ङ, चिह्नितपुस्तकपाठः दर्भाग्रं दक्षिणे तस्य विधाय करपल्लवे
Après avoir placé (la personne/l’objet) sous son contrôle et l’avoir consacré par un mantra au moyen de la racine de l’herbe darbha préalablement mantrée—(les manuscrits donnent aussi des leçons variantes telles que « suvarṇam—l’or », « śivātmane », « apanīya adhikāmbaraṃ » et « sa-dakṣiṇāsana tatreti »)—il faut disposer la pointe de la darbha à sa droite, sur la paume de la main (c’est-à-dire dans la main droite) selon le rite.
Verse 91
तम्मूलमात्मजङ्घायामग्रञ्चेति शिखिध्वजे शिष्यस्य हृदयं गत्वा रेचकेन शिवाणुना
« (Le maître) doit placer sa “racine” sur son propre tibia et sa “pointe” (agra) dans la région de la śikhā (mèche du sommet), ô Agni au signe de bannière ; puis, étant entré dans le cœur du disciple, (il agit) par l’expiration (recaka) avec l’“atome subtil” auspicieux, le śiva-aṇu. »
Verse 92
पुरकेण समागत्य स्वकीयं हृद्यान्तरं शिवाग्निना पुनः कृत्वा नाडीसन्धानमीदृशं
Étant parvenu à la stabilité par l’inhalation (pūraka) et, de nouveau, ayant embrasé la région intérieure de son propre cœur par le feu de Śiva (Śiva-agni), il doit opérer une telle jonction des nāḍīs (canaux subtils).
Verse 93
हृदा तत्सन्निधानार्थञ्जुहुयादाहुतित्रयं शिवहस्तस्थिरत्वार्थं शतं मूलेन होमयेत् इत्थं समयदीक्षायां भवेद्योग्यो भवार्चने
Avec le mantra «Hṛdā», afin de susciter Sa présence, on offrira trois oblations. Ensuite, pour assurer la stabilité de la « main de Śiva » (c’est-à-dire la fermeté et la justesse de la main dans les actes rituels et les mudrā), on accomplira cent oblations au homa avec le Mūla-mantra. Ainsi, par la samaya-dīkṣā, on devient apte au culte de Bhava (Śiva).
A precise Śaiva-Agamic workflow: classification of dīkṣā (nirādhārā/sādhārā; savījā/nirvījā), establishment of Śiva across maṇḍala–kalaśa–agni–śiṣya, and the protective/mantric technology of astra, kavaca, vardhanī, nyāsa, and homa counts (e.g., 800 oblations, then daśāṁśa for aṅgas, plus pūrṇāhuti).
It frames initiation as knowledge-producing and bond-severing (mala–māyā–pāśa), culminating in Śiva-identity contemplation (“Śivo’ham”) and the conferral of ritual authority (adhikāra) through samaya-dīkṣā, making the disciple fit for sustained Bhava (Śiva) worship aimed at both disciplined worldly flourishing and liberation.
Savījā is ‘seeded’—effective and result-bearing when joined to samayācāra and proper entitlement; nirvījā is ‘seedless,’ associated with incapacity and lack of prescribed observances, limiting the scope and potency of ritual authority.
The rite is designed as a total consecration ecology: Śiva is witness in the maṇḍala, protector in the kalaśa, authority in the fire, and liberator in the disciple—so outer ritual supports mirror and activate inner transformation.